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*** Cet ebook est optimisé pour la lecture numérique *** La mythologie, ou science de la fable, est l’histoire des fausses divinités que les païens adoraient. Cette adoration s’appelle idolâtrie. Pour en expliquer l’origine, il faut remonter jusqu’à la naissance du monde et consulter l’Ecriture sainte. On y lit que, lorsqu’Adam et Eve eurent été chassés du paradis terrestre, après leur désobéissance, les hommes allèrent se corrompant de plus en plus. Ils oublièrent le Dieu qui les avait créés, et qui les punit par le déluge. Le genre humain, conservé dans la personne de Noé et de sa famille, ne tarda pas à se corrompre de nouveau. Dieu lui infligea un autre châtiment, la confusion des langues, à la tour de Babel. Ce fut le signal de la dispersion des hommes et de leur partage en peuples et en nations. Dès lors, éloignés de leur commune origine, ils perdirent la mémoire des traditions saintes. L’idée de Dieu s’altéra dans les esprits, et la connaissance de la vraie religion semblait destinée à périr, si Abraham n’eût été choisi pour être le chef du peuple juif, qui devait la conserver. Chez les autres nations, pour expliquer l’origine du mal, on associa à l’idée d’un dieu bon celle d’un génie malfaisant. Vint ensuite le culte de la nature, dans laquelle les hommes crurent trouver l’image de Dieu. Alors on adora les choses où il paraissait quelque activité ou quelque puissance, le soleil, les astres, le feu et les autres éléments. Bientôt la reconnaissance ou la flatterie déifia les héros et les rois ; enfin, on alla jusqu’à adorer les animaux et les plantes, de sorte que, du temps de Moïse, “tout était dieu chez les païens excepté Dieu même”, selon l’expression de Bossuet.
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Veröffentlichungsjahr: 2018
Évêché de Bayeux.
Avertissement
Notions préliminaires.
Livre premier.
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Livre II.
Chapitre 1
Livre III.
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Livre IV.
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
J’ai lu, par ordre de Monseigneur de Bayeux, une Mythologie élémentaire, à l’usage des collèges et des pensions de jeunes personnes, par M. Edom, inspecteur de l’académie de Caen, et je n’ai recueilli de cette attachante lecture que plaisir, instruction, et presque édification. On peut donc confier avec sécurité à la jeunesse, pour qui il est fait, cet excellent abrégé, qui lui suffira longtemps ; car l’auteur a eu l’heureuse idée d’ajouter aux anthologies grecque et latine celles des autres peuples, qui offraient plus d’intérêt ou devaient rendre plus intelligibles les livres qui parlent de ces nations antiques. Le mérite de M. Edom n’est pas seulement d’avoir traité d’une manière inoffensive une matière si délicate, mais surtout d’avoir fait tourner ces études si profanes au profit de l’instruction religieuse, en mettant à propos la vérité chrétienne, figure si sublime, si grave, si digne de Dieu et de l’homme, en opposition avec les égarements honteux de la raison humaine, avec les erreurs païennes. On sent que l’auteur a voulu prévenir la jeunesse, à laquelle il consacre ses veilles et ses talents, contre ce rationalisme du jour, qui voudrait ravir son origine divine au christianisme, et en trouver le germe et les éléments dans les conceptions contradictoires de la raison humaine, dans des rapprochements arbitraires avec les idées anciennes, dans ce progrès humanitaire qui s’enrichit de tout ce qui l’a précédé ; illusion qui peut flatter l’orgueil de notre siècle, mais que tous les faits démentent.
Bayeux, 7 décembre 1847.
FALIZE,
Chanoine, Vicaire général.
Après l’étude de l’histoire sainte, rien n’est plus propre à faire comprendre à la jeunesse la beauté de la vraie religion, que la connaissance de cet amas de fictions mensongères qui composent la Mythologie. La faiblesse de notre nature ne nous permet souvent d’apprécier les choses que par leurs contraires, la lumière par les ténèbres, et la vérité par l’erreur. Aussi, Dieu voulant faire sentir au genre humain le bienfait éclatant de la rédemption, l’a-t-il laissé plongé pendant quatre mille ans, sauf un seul peuple, dans la nuit de l’idolâtrie. Le spectacle de tant de corruption et d’aveuglement, présenté à la jeunesse avec la réserve qu’exige la prudence chrétienne, ne peut donc que lui inspirer plus d’amour et de respect pour la morale si pure de l’Évangile, et plus de reconnaissance pour son divin auteur. Mais cet avantage, quoique capital, n’est pas le seul que procure l’étude de la Mythologie. Sans elle, il serait impossible de comprendre la littérature ancienne, et même la littérature moderne, les productions des arts, une foule d’allégories ingénieuses, et d’expressions figurées, qui du domaine de la fable sont passées dans le langage ordinaire.
Suivant le conseil du sage Rollin, dont nous venons d’exposer les idées, et que nous nous ferons toujours un devoir de prendre pour guide, nous n’avons présenté dans cet ouvrage élémentaire que les faits les plus importants, les plus connus, et qui peuvent le plus contribuer à l’intelligence des auteurs. Nous avons évité un étalage de science que rendraient facile les savants et ingénieux travaux du chancelier Bacon, de Banier, de Bergier, de Guérin du Rocher, de Tressan, et de plusieurs autres écrivains. S’il nous est arrivé de faire quelques réflexions de ce genre, nous les avons rejetées dans de courtes notes.
1. Définition de la mythologie. Origine de l’idolâtrie.
La mythologie1, ou science de la fable, est l’histoire des fausses divinités que les païens2 adoraient. Cette adoration s’appelle idolâtrie3. Pour en expliquer l’origine, il faut remonter jusqu’à la naissance du monde et consulter l’Ecriture sainte. On y lit que, lorsqu’Adam et Eve eurent été chassés du paradis terrestre, après leur désobéissance, les hommes allèrent se corrompant de plus en plus. Ils oublièrent le Dieu qui les avait créés, et qui les punit par le déluge. Le genre humain, conservé dans la personne de Noé et de sa famille, ne tarda pas à se corrompre de nouveau. Dieu lui infligea un autre châtiment, la confusion des langues, à la tour de Babel. Ce fut le signal de la dispersion des hommes et de leur partage en peuples et en nations. Dès lors, éloignés de leur commune origine, ils perdirent la mémoire des traditions saintes. L’idée de Dieu s’altéra dans les esprits, et la connaissance de la vraie religion semblait destinée à périr, si Abraham n’eût été choisi pour être le chef du peuple juif, qui devait la conserver. Chez les autres nations, pour expliquer l’origine du mal, on associa à l’idée d’un dieu bon celle d’un génie malfaisant. Vint ensuite le culte de la nature, dans laquelle les hommes crurent trouver l’image de Dieu. Alors on adora les choses où il paraissait quelque activité ou quelque puissance, le soleil, les astres, le feu et les autres éléments. Bientôt la reconnaissance ou la flatterie déifia les héros et les rois ; enfin, on alla jusqu’à adorer les animaux et les plantes, de sorte que, du temps de Moïse, “tout était dieu chez les païens excepté Dieu même”, selon l’expression de Bossuet.
2. Berceau de l’idolâtrie.
C’est dans la famille de Cham qu’il faut chercher, après le déluge, les premiers auteurs de l’idolâtrie. On sait que Chanaan fut maudit de Dieu parce que Cham avait manqué, dans la personne de Noé, au respect que les enfants doivent à leur père : portant dès lors la peine de son crime, cette race fut prompte à se corrompre et à rendre à des objets créés le culte qui n’est dû qu’au Créateur. Les fils de Cham, Chanaan et Mesraïm, s’étant établis, le premier en Phénicie et le second en Egypte, ce fut dans ces deux royaumes que l’idolâtrie prit naissance ; de là elle se répandit en Orient, aux lieux qu’habitaient les descendants de Sem, en Mésopotamie, en Chaldée et dans les pays circonvoisins ; ensuite elle passa en Occident, parmi les enfants de Japhet, c’est-à-dire dans l’Asie Mineure et dans la Grèce, d’où elle pénétra chez les Romains.
3. Progrès de l’idolâtrie. Formation des fables.
Lorsque les hommes, asservis à l’empire des sens, eurent perdu l’idée d’un Dieu infini, immatériel, ils adressèrent leurs hommages à l’être de la nature qui en offre la plus vive image, au soleil. Mais l’esprit humain, une fois entré dans la voie de l’erreur, ne s’arrêta plus. On adora le soleil sous les noms d’Osiris, de Phébus, d’Apollon, et la lune sous ceux d’Isis et de Diane. Le ciel même fut divinisé sous le nom d’Uranus, l’air sous celui de Jupiter, la terre sous les noms de Rhéa, de Tellus, de Cybèle et d’Ops. Neptune fut le dieu de la mer et Pluton celui des enfers. Les montagnes, les bois, les fontaines eurent leurs Nymphes, leurs Faunes, leurs naïades. On déifia les hommes qui se distinguèrent par leur courage, leur force, leur science : tels furent Mars, Hercule, Esculape. Enfin, on divinisa les passions, les vertus et les vices : la vengeance, la justice, l’envie, etc.
La poésie s’empara de toutes ces fictions et les fit goûter en les embellissant :
Là, pour nous enchanter, tout est mis en usage ;
Tout prend un corps, une âme, un esprit, un visage,
Chaque vertu devient une divinité :
Minerve est la prudence, et Vénus la beauté ;
Ce n’est plus la vapeur qui produit le tonnerre,
C’est Jupiter armé pour effrayer la terre ;
Un orage terrible, aux yeux des matelots,
C’est Neptune en courroux qui gourmande les flots ;
Echo n’est plus un son qui dans l’air retentisse,
C’est une nymphe en pleurs qui se plaint de Narcisse
Boileau.
4. Division de la mythologie.
Nous avons divisé ce petit traité en quatre parties qui forment autant de livres.
Le premier comprend les dieux du premier ordre, ou les grands dieux, et les dieux inférieurs, ou du second ordre ;
Le deuxième, les divinités allégoriques ;
Le troisième, les demi-dieux et les héros ;
Le quatrième livre contient un précis sommaire de la mythologie des Égyptiens, des Indous, des Scandinaves et des Gaulois.
1Le nom de Mythologie est formé de deux mots Grecs, muthos, fable, récit mensonger, et logos, discours, traité
2Principalement les Grecs et les Romains.
3Idolâtrie vient aussi du grec : de eidôlon, idole ou image, et de latreia, culte, adoration.
5. Le Destin.
Les païens, obéissant au sentiment de l’unité, avaient reconnu un dieu supérieur à tous les autres, c’était le Destin, ou Fatum. Il gouvernait tout par une nécessité inévitable. On le supposait sourd, et on le représentait sous les traits d’un vieillard aveugle, ayant sous ses pieds le globe de la terre, entre les mains l’urne qui renfermait le sort des mortels, et devant lui un livre dans lequel était écrit l’avenir. Tous les dieux étaient obligés de consulter ce livre pour connaître les choses futures.
Cette idée que les païens s’étaient formée du Destin atteste la nécessité d’un Dieu suprême et unique ; mais en le supposant sourd et inflexible, ils dépouillaient la Divinité d’un de ses principaux attributs, de cette bonté qui se plaît à écouter les vœux des mortels et à exaucer leurs prières.
Le Destin était né du Chaos et de la Nuit, deux anciennes divinités que l’on croyait antérieures à toutes les autres.
6. Le Chaos.
Les peuples anciens, privés de la lumière de la révélation, ne pouvaient concevoir l’univers créé par la toute-puissance d’un Dieu. Ils supposaient une matière première existant de toute éternité, et dans laquelle les éléments de tous les êtres étaient confondus. Ils appelaient Chaos ce premier état : ils en avaient emprunté l’idée au récit de la création d’après Moïse1, mais ils l’avaient altérée en supposant la matière éternelle. Au lieu de reconnaître la parole divine séparant et formant, dans l’œuvre des six jours, cette matière créée d’abord confuse et informe, ils croyaient que les premiers éléments et les atomes, après avoir erré longtemps épars dans le vide, avaient fini par s’unir, s’arranger d’eux-mêmes et par produire le bel ordre que nous voyons. Quel aveuglement ! Racine fils a fait ressortir le ridicule de cette croyance :
Les atomes erraient dans un espace immense ;
Déclinant de leur route, ils se sont approchés.
Durs, inégaux, sans peine ils se sont accrochés.
Le hasard a rendu la nature parfaite.
L’œil au-dessous du front se creusa sa retraite,
Les bras au haut du corps se trouvèrent liés :
La terre heureusement se durcit sous nos pieds,
L’univers fut le fruit de ce prompt assemblage :
L’être libre et pensant en fut aussi l’ouvrage.
Poëme de la Religion.
Le Chaos périt par la création, et la Nuit par la lumière. Ainsi ces deux divinités, qui seules n’avaient point eu de commencement, eurent une fin, et tous les autres dieux, qui devaient être immortels, avaient été engendrés. On voit par là que les païens n’avaient pu s’élever à l’idée d’un Dieu éternel.
7. Naissance des premiers dieux : Uranus, Tellus, les Titans.
Du Chaos naquirent le Ciel, sous le nom d’Uranus, et la Terre, sous les noms de Tellus, de Rhéa et de Titea. Ces deux divinités, s’étant unies, donnèrent le jour à plusieurs enfants. Les plus célèbres sont Titan, Saturne, Japet et l’Océan. Trois autres, Cottus, Briarée et Gygès, furent des géants monstrueux, ayant cinquante têtes menaçantes et cent bras vigoureux qui pendaient autour de leur corps. Tous ces fils du Ciel et de la Terre portèrent le nom générique de Titans, de celui de Titea, leur mère. Celle-ci donna encore naissance aux Cyclopes Brontès (tonnerre), Stéropès (éclair) et Argès (rapide)2, qui furent chargés dans la suite de forger les foudres de Jupiter. D’ailleurs semblables aux dieux, ils n’avaient, comme l’indique leur nom3, qu’un œil de forme circulaire au milieu du front.
1« Au commencement Dieu a créé le ciel et la terre, et la terre était inutile, informe, vide, invisible, confuse. »Genèse”.
“« Voilà. dit Bossuet, ce chaos, cette confusion, dont la tradition s’est conservée dans le genre humain, et se voit encore dans les poëtes les plus anciens. »”Elévations sur les Mystères.
2Hésiode, poète contemporain d’ Homère, et auteur d’une théogonie ou généalogie des dieux, ne compte que ces trois cyclopes ; mais, selon d’autres mythologues, ils étaient plus de cent. On croyait qu’ils n’avaient qu’un œil, parce qu’ils portaient des casques, au milieu desquels était une ouverture ronde qui leur servait de visière.
3En grec ; cuclos, cercle, et ôps, œil, vue.
8. Uranus détrôné par Saturne.
Tous les enfants que la Terre mettait au jour étaient odieux à Uranus, leur père, parce qu’il avait lu dans le livre du Destin qu’il serait détrôné par l’un d’eux. Aussi, dès qu’ils étaient nés, il les plongeait dans de profonds abîmes. La Terre, qui gémissait de cette barbarie, fit, avec des métaux tirés de son sein, une large faux, et proposa à ses fils de seconder sa vengeance. Saturne, le plus jeune, accepta, surprit son père et le mutila en le frappant du tranchant de sa faux. Du sang qui coula de sa blessure naquirent les Furies, selon Hésiode1.
9. Saturne détrôné à son tour.
Saturne, vainqueur de son père, régna à sa place. Titan, son frère aîné, renonça à ses droits au trône par égard pour les prières de sa mère, mais à la condition que Saturne dévorerait, dès leur naissance, tous ses enfants mâles. Cependant Cybèle, sa sœur, qu’il avait épousée, parvint à soustraire trois fils à sa voracité, en lui faisant avaler à leur place une pierre emmaillotée. C’étaient Jupiter, qui devint roi du ciel, Neptune, souverain des mers, et Pluton, monarque des enfers. Titan, s’en étant aperçu, attaqua son frère avec le secours des Titans, ses fils, le vainquit et l’enferma dans une étroite prison. Saturne fut délivré par Jupiter et rétabli sur le trône ; mais comme il redoutait les desseins ambitieux de son libérateur, il lui tendit des embûches. Alors Jupiter, excité secrètement par sa mère, conspira contre Saturne, le chassa du ciel et régna à sa place.
10. Saturne exilé sur la terre.
Saturne, chassé du ciel, se réfugia en Italie, dans la contrée où régnait Janus, et qui reçut le nom de Latium2, en mémoire de cet événement. Janus partagea généreusement son trône avec le dieu fugitif. Celui-ci s’occupa de civiliser les hommes, encore sauvages. Il leur donna des lois, leur apprit à cultiver la terre et les rendit si heureux, que ce règne fut appelé l’âge d’or. Saturne, voulant récompenser l’hospitalité qu’il avait reçue de Janus, lui donna la connaissance du passé et de l’avenir. C’est ce que les Romains exprimaient en le représentant avec deux visages. On lui rendit après sa mort les honneurs divins, et Numa Pompilius, deuxième roi de Rome, lui éleva un temple célèbre dont les portes restaient ouvertes pendant la guerre. Ce qui prouve le caractère belliqueux du peuple romain, c’est que le temple de Janus ne fut fermé que trois fois pendant les sept cent cinquante-trois ans qui s’écoulèrent depuis sa fondation jusqu’à la naissance de Jésus-Christ : la première fois, sous Numa ; la seconde, après la deuxième guerre punique ; et la troisième fois, après la bataille d’Actium.
11. Allégories cachées sous le nom et les attributs de Saturne.
Saturne, de retour au ciel, présida au cours régulier des heures, des jours et des saisons. Il est le dieu du temps, et, à ce titre, les Grecs l’appelaient Kronos. Son histoire, expliquée d’après ce nom, est une allégorie continuelle. Il est fils du Ciel et de la Terre, parce que le temps, qui n’est que la durée mesurable de ce qui existe, a commencé avec l’univers et finira avec lui. On dit qu’il dévorait ses enfants, parce que le temps détruit tout ce qu’il a fait naître. L’accueil qu’il reçut de Janus et la prudence dont il le gratifia signifient que ce roi profita des leçons du temps et de l’expérience pour gouverner son peuple par des lois sages qui le rendirent heureux.
On représente Saturne sous les traits d’un vieillard, parce que rien n’est plus vieux que le temps. Il est armé d’une faux, parce qu’il moissonne tous les êtres. Il porte des ailes, qui indiquent sa marche rapide. Il tient à la main un sablier, dont les anciens se servaient comme d’horloge, pour mesurer les heures : quelquefois il tient un serpent arrondi en cercle, emblème de l’éternité, qui n’a ni commencement ni fin. Un de nos grands poëtes a tracé ainsi le portrait du Temps :
Ce vieillard qui, d’un vol agile,
Fuit sans jamais être arrêté,
Le Temps, cette image mobile
De l’immobile éternité,
A peine du sein des ténèbres
Fait éclore les faits célèbres,
Qu’il les replonge dans la nuit.
Auteur de tout ce qui doit être,
Il détruit tout ce qu’il fait naître,
A mesure qu’il le produit.
J.-B. Rousseau.
12. Fêtes de Saturne. Les quatre âges.
