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En une petite vingtaine d’années face à l’hostilité des protestants et malgré une santé précaire et un manque de moyens tant humains que financiers, Nicholas Wiseman a réussi à faire avec une poignée d’aristocrates, quelques brillants convertis et une multitude d’Irlandais misérables une véritable « Église en Angleterre » avec laquelle le pays devra compter. Les paroles et les écrits de Nicholas Wiseman ont eu un effet décisif sur un John Henry Newman à la croisée des chemins et c’est aussi vers lui que Manning se tournera avant de quitter l’Église d’Angleterre. Newman et Manning ont éclipsé le cardinal comme celui-ci l’avait prédit en 1841 : « Si les théologiens d’Oxford se convertissent, nous devons être prêts à passer à l’arrière-plan. » mais si Newman et les convertis ont été bien accueillis dans l’Église catholique malgré l’hostilité que leurs écrits antérieurs y suscitaient, c’est grâce à la compréhension et au soutien sans faille du cardinal Wiseman qu’ils le doivent.
À PROPOS DE L'AUTEURE
Jacqueline Clais Girard, professeur émérite de l’Université d’Angers, est agrégée d’anglais et docteur d’État. Elle est aussi l’auteur de nombreux articles dans des revues spécialisées françaises, belges, anglaises et américaines ; elle a publié en 2017 chez le même éditeur Henry Edward Manning, le cardinal des pauvres, et en 2021, Frederick William Faber, D’Oxford à l’Oratoire de Londres 18141863
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Seitenzahl: 105
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Nicholas Wiseman
1802-1865
Premier Archevêque de Westminster
© Saint-Léger éditions, 2022
Tous droits réservés
Jacqueline Clais-Girard
Nicholas Wiseman
1802-1865
Premier Archevêque de Westminster
« On sera sans doute frappé de ce fait que l’initiative de Wiseman ait ainsi coïncidé avec le Mouvement suscité par Newman à Oxford. Pas le moindre lien entre ces deux hommes : leurs points de départs étaient absolument distincts et même opposés. Et cependant, dans le dessein providentiel, ils concouraient l’un et l’autre, au succès de la même cause, si bien qu’on serait embarrassé de dire lequel l’a mieux servie. Seulement, il y avait, en 1836, entre Wiseman et Newman, cette différence, que le premier entrevoyait dès lors la convergence des deux mouvements, tandis que le second ne s’en doutait pas, et au besoin la répudiait. »
Paul Thureau-Dangin, La Renaissance Catholique en Angleterre au XIXe siècle.
“There can be no doubt whatever that without such a view of the Catholic Church and her position as we obtained from the Dublin Review, we Oxford people should have had our conversion indefinitely retarded, even had we at last been converted at all.”
William George Ward
Preface
Cardinal Nicholas Wiseman was the first Archbishop of Westminster and presided over a new hierarchy of diocesan bishops. He did so much to build up the faith community, promote a strong Catholic identity, open churches, schools and other institutions, and encourage converts such as St John Henry Newman and Henry Edward Manning. He is consequently regarded as an important figure by English Catholics.
However, he is not as well known in other countries, which is why I warmly welcome this study by Jacqueline Clais, which I believe is the first biography of Wiseman in French. In his lifetime, the cardinal was well known across Europe as a scholar and writer – not least for his novel, Fabiola. His French contacts included Lamennais, Montalembert and Lacordaire, and he was involved in all the key ecclesiastical issues of the day.
His story is thus not only of interest to English Catholics and I hope that this volume will make him better known to French language readers.
Cardinal Vincent Nichols
Archbishop of Westminster
Préface
Premier archevêque de Westminster, Nicholas Wiseman présida une nouvelle hiérarchie d’évêques diocésains. Il a beaucoup œuvré pour développer la communauté des fidèles, promouvoir une forte identité catholique, ouvrir des églises, des écoles, des institutions, et soutenir les convertis, au nombre desquels St John Henry Newman et Henry Edward Manning. C’est pourquoi les catholiques anglais le considèrent comme une personnalité de premier plan.
Dans d’autres pays cependant il n’est pas aussi connu, c’est donc avec beaucoup de plaisir que j’accueille cette étude de Jacqueline Clais Girard qui est, je pense, la première biographie de Wiseman en français.
À son époque le cardinal était célèbre en Europe à la fois comme savant et comme écrivain, en particulier pour son roman Fabiola.
En France ses relations incluaient Lamennais, Montalembert et Lacordaire et il était impliqué dans toutes les questions ecclésiastiques importantes de son temps. De ce fait, son histoire n’intéresse pas seulement les catholiques anglais et j’espère que ce volume le fera mieux connaitre des lecteurs français et francophones.
Né en 1802 à Séville, Nicholas est le fils de James Wiseman, un marchand irlandais de Waterford, Munster, dont le père avait émigré en Espagne au dix-huitième siècle.
Lorsque James Wiseman meurt en 1804, son épouse rentre au pays avec ses enfants, James, le fils aîné, Nicholas et sa fille Frasquita1 ; la famille s’installe à Waterford où les enfants vont apprendre l’anglais. Les deux fils intègrent St Cuthbert’s College, Ushaw, l’un des deux établissements héritiers du Collège anglais de Douai, en France, détruit par la Terreur en 1793 ; le Dr Lingard, le célèbre historien, en est le président par intérim. Mrs Wiseman s’installe à Durham pour être auprès de ses enfants.
Nicholas ne garde pas que de bons souvenirs de ses années de collège : « Mes camarades m’ont toujours trouvé stupide et ennuyeux. » I was always considered stupid and dull by my companions mais comme il le dit lui-même : « Ces années solitaires de collège m’ont appris à ne compter que sur moi, ni vanité ni présomption mais la détermination de travailler pour moi-même. » The great lesson I learnt during those desolate years of college life is self-reliance, not vanity or presumption but the determination to work for myself.”C’est à l’issue de ces années à Ushaw qu’il décide de devenir prêtre.
Lorsqu’à la suggestion du cardinal Consalvi, le pape décide de rouvrir le Collège Anglais - fondé en 1579 par le cardinal Allen mais fermé depuis l’invasion de Rome du fait des déprédations commises par les Français - le jeune Nicholas Wiseman est choisi avec quatre de ses camarades pour être parmi les premiers séminaristes formés pour donner à l’Angleterre un clergé anglais fidèle à Rome : « Ce jeune homme est vraiment au-dessus de tout éloge. Ses talents sont sans égal à Ushaw, sa piété est fervente, solide et en tant que chrétien il est sans faute. Il est de bonne famille et quoique indépendant financièrement il s’est volontairement voué à la mission anglaise. » This young man may truly be pronounced above all praise. His talents are unrivalled in Ushaw Cottage, his piety fervent, and solid, and his character as a Christian scholar quite without fault. He is of a good family, and though quite independent as to circumstances, has voluntarily devoted himself to the English mission.” Telle est la recommandation envoyée par le collège d’Ushaw.2
Le 2 octobre 1818, Nicholas et ses camarades embarquent à Liverpool pour l’Italie. Ils n’arriveront à Livourne que le 18 décembre, plus de deux mois plus tard, et le voyage de Livourne à Rome sera tout aussi inconfortable et mouvementé que l’a été la traversée : sur la route, les relais de poste sont décorés par des cadavres de brigands et de voleurs ! L’arrivée à Rome marque la fin du cauchemar ; le Collège se trouve via di Monserrato tout près du palais Farnèse. « On s’est senti tout de suite à la maison, elle n’appartenait qu’à nous, c’était anglais, un morceau de la patrie, un héritage retrouvé. » One felt immediately at home; it was nobody else’s house, it was English ground, a part of fatherland, a restored inheritance.”3Les jeunes élèves sont présentés le 24 décembre au pape Pie VII, rentré triomphalement dans la Ville Éternelle quatre ans plus tôt.
La vie des quatre années suivantes fut de grande régularité et de stricte discipline : lever tous les jours, sauf le jeudi et le samedi, à 5 h 30, suivi d’une demi-heure de méditation, de la messe et du petit-déjeuner, puis des cours : philosophie, théologie, histoire de l’Église… et travail jusqu’au ‘dîner’ de midi. L’après-midi, visite au Saint Sacrement, sieste puis promenade en rangs deux par deux, dans la ville pour visiter un musée, une église ou pour monter au Monte Pincio ; le jeudi, les sorties se faisaient autour de Rome. La journée se terminait par un Ave Maria, l’étude et la prière. Les vacances de printemps et d’été se passaient dans la maison de Monte Porzio, près de Tusculum. Nicholas Wiseman s’est beaucoup plu à Rome mais il n’a laissé ni journal, ni notes ni lettres sur cette période. On trouve pourtant dans ses Recollections quelques faits qui l’ont particulièrement marqué : la bénédiction urbi et orbi depuis la loggia place Saint Pierre, les célébrations de Corpus Christi, l’enlèvement en 1820 des ermites camaldules par des bandits, la description des corridors menant à la bibliothèque du Vatican, l’incendie de la basilique Saint Paul, les obsèques de Pie VII en 1823, l’élection du nouveau pape…
Quoique son goût le portât davantage vers les antiquités romaines, l’art et la musique, Nicholas Wiseman suivit les cours de théologie et de philosophie scolastique avec suffisamment d’application pour obtenir son diplôme de docteur en philosophie avant son vingt-deuxième anniversaire, le 7 juillet 1824 ; sa soutenance (public disputation) devant un auditoire de professeurs, docteurs et savants où se trouvaient aussi bien le futur pape Grégoire XVI que Félicité de Lamennais marque la fin de cette période.4 Il se rend ensuite à Versailles pour voir sa mère et sa sœur. Sous-diacre le 18 décembre, diacre en janvier, il est ordonné prêtre l’année suivante, le 10 mars 1825.
« Délivré du joug d’une discipline répressive il est maintenant libre de suivre son inclination », mais son amour pour Rome doit composer avec une santé précaire et de fréquents accès de dépression ; c’est pour lui une longue période de doute – sur la vérité du christianisme – qu’il ne vainc qu’à force de travail et de méditation. Il se consacre désormais à ses études orientales – il s’est très tôt intéressé aux langues syriaques et arabes au point de ne guère s’accorder de récréation. Ses recherches aboutissent à la publication en 1827 de Horae syriacae –une étude sur les versions syriaques de l’Ancien Testament – qui fait de lui un spécialiste reconnu par ses pairs dans toute l’Europe ; le pape le nomme professeur de langues orientales à la Sapienza, l’Université de Rome. Vice-recteur du Collège Anglais, il a maintenant une position permanente à Rome.
Cette année 1827 est un moment décisif dans sa carrière. Voyant s’accroître le nombre d’Anglais, protestants et catholiques, qui visitent la Ville Éternelle ou y résident, le pape Léon XII émet le souhait de leur donner des sermons dans leur langue, et le recteur, Dr Gradwell, suggère que Nicholas Wiseman soit le prédicateur. C’est une tâche qu’il accepte sans enthousiasme – il n’aime pas se mettre en avant – et qui va lui demander beaucoup de travail, mais c’est un succès, sa réputation grandit et l’étudiant plutôt timide qu’il était jusque-là devient vite LA personne à voir et à entendre pour les étrangers de passage.
Lorsqu’en 1828 le Dr Gradwell est nommécoadjuteur du Vicaire-Apostolique de Londres, c’est tout naturellement Wiseman qui le remplace en tant que recteur du Collège. Il n’a pourtant que 26 ans et aucune disposition pour l’administration, c’est donc George Errington, qu’il connaît depuis le collège, qui le suppléeen ce domaine. Nicholas Wiseman préfère s’occuper des étudiants, leur faire visiter les antiquités chrétiennes, les musées et les galeries, tout ce qu’il a aimé, tout ce qu’il aime à Rome ; ses propres doutes l’empêchent encore d’être directeur spirituel. Sa vie sociale devient importante, il participe aux dîners officiels avec des personnalités anglaises, il fréquente ainsi une société cultivée qui n’appartient pas à la sphère catholique, ce qui est rare pour un ecclésiastique romain. Il s’intéresse du même coup à ce qui se passe en Angleterre où l’on parle d’émanciper les catholiques - ce sera fait en 1829 - et à la candidature de Daniel O’Connell aux prochaines élections pour le comté de Clare, en Irlande ; il est aussi l’agent romain des quatre Vicaires Apostoliques d’Angleterre qui ont la tâche bien difficile d’apprendre aux catholiques anglais ce qu’est l’autorité d’un évêque.
En mars 1833, il reçoit la visite de deux clergymen de l’université d’Oxford, John Henry Newman et Richard Hurrell Froude ; séjournant à Rome les deux hommes se tiennent à l’écart du monde catholique mais s’interrogent sur les conditions d’un rapprochement entre l’Église anglicane et l’Église catholique.5 Nicholas Wiseman est également tenu au courant de ce qui se passe en France grâce à Lamennais, Lacordaire et Montalembert qui attendent à Rome d’être reçus par un pape peu pressé de les recevoir, Rome et les États Pontificaux étant alors menacés par les révolutionnaires. Ils sont hébergés au Collège Anglais et Montalembert restera ami avec Wiseman sa vie durant.
Wiseman est un recteur très occupé : outre le sermon hebdomadaire et les conférences quotidiennes à la Sapienza, il va être amené à donner le mardi et le vendredi pendant le carême 1835 des conférences chez le cardinal Weld au palais Odescalchi sur « les relations entre la science et la religion révélée ». Pour ce faire il doit mettre à jour certaines de ses recherches philologiques et scientifiques afin de les adapter à un public d’auditeurs éduqués, plus mûrs que ses étudiants, au nombre desquels des personnalités aussi diverses que Mrs Somerville, l’éminente mathématicienne anglaise, le Chevalier Bunsen et son aumônier le Dr Abeken, le Dr Döllinger, auteur d’une Histoire Ecclésiastique, le cardinal Mai etc… « Dans mon public se trouvaient des hommes dont la réputation dans leurs domaines respectifs aurait pu me faireredoutercette tâche compliquée ; je les ai pourtant trouvés assidus et encourageants dans leurs jugements. » Among my audience, I counted men whose reputation in their respective departments might have made me shrink from my complicated task; yet I found them assiduous in their attendance and encouraging in their judgment, écrit Wiseman 6. Il est alors au faîte de sa réputation, l’intérêt de ces conférences et le respect qu’elles suscitent sont très marqués. Sa cordialité et sa bienveillance en font une personnalité recherchée et le pape a une haute opinion de lui.
L’année 1835 voit le début des Conférences de Lacordaire à Notre-Dame qui vont lancer un immense mouvement religieux dans la jeunesse 7
