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Enquête au coeur de la mystérieuse disparition de Philippe de Dieuleveult.
Cet été 1985, alors qu’il participait à une expédition traversant l’Afrique d’est en ouest,
Philippe de Dieuleveult – bien connu des français pour son émission « La Chasse aux trésors » dans les années 80 – disparaît mystérieusement avec ses six compagnons au moment de franchir les rapides d’Inga du fleuve Zaïre…
Si l’aventure s’annonçait périlleuse, les détails troublants s’accumulent, mettant à mal la thèse de l’accident par noyade que les gouvernements français et zaïrois s’empressent de défendre.
Des témoins qui se taisent ou disparaissent… Des corps introuvables ou faussement identifiés… De mensonges en manipulations… Tout porte à croire que ce qui s’est réellement passé ce jour-là à Inga ne correspond pas au discours officiel.
Qu’est-il arrivé à l’expédition « Africa-Raft » ce 6 août 1985 ? Et pourquoi ?
Pendant trente ans, un des frères de
Philippe,
Jean de Dieuleveult, s’est battu pour connaître la vérité. À sa mort, c’est
Alexis – son fils et filleul de
Philippe – qui tient à rendre hommage au combat de son père
Jean et crier des vérités sur la mort de son parrain
Philippe. Il dévoile ainsi les coulisses – méconnues du grand public – de cette troublante affaire que la famille
Dieuleveult considère être un véritable scandale d’État.
Pénétrez dans les coulisses d'un scandale d'État qui a secoué la France entière !
À PROPOS DE L'AUTEUR
Alexis de Dieuleveult est navigant, chef de cabine principal sur le réseau long-courrier d’Air France. Né en 1971, son adolescence est marquée par les mutations à l’étranger de son père
Jean, officier dans l’armée de terre, et les exploits de son parrain
Philippe de Dieuleveult, célèbre animateur de l’émission « La Chasse aux trésors » dans les années 80. Il conservera de ses aînés le goût du voyage, des rencontres et une certaine philosophie de vie.
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Seitenzahl: 177
Veröffentlichungsjahr: 2021
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La vie est une Aventure.
La seule façon de la vivre,
c’est d’être debout quand il le faut,
c’est-à-dire, quand la nature s’éveille,
quand un ami t’appelle
et quand tu te sens responsable !
Responsable de quoi ?
C’est la vie qui te le dira.
Fais-lui confiance,
elle n’est pas compliquée,
elle ne te donnera que ce que tu mérites.
À toi de la provoquer,
joue avec elle,
elle t’attend.
Ne la trahis pas !
Sincèrement,
Philippe de Dieuleveult
« En ces temps de tromperie universelle,
dire la vérité devient un acte révolutionnaire. »
1984
Georges Orwell
à Jean,
à Philippe
« Allô Alexis, il nous a quittés cette nuit ! »
Mon frère m’apprend la triste nouvelle.
Je suis dans mon appartement à Compiègne.
Nous échangeons sur les circonstances de sa mort.
Le ton est calme, posé, sans émotion.
Je raccroche, silence, pas une larme.
Cette annonce, je l’ai si souvent redoutée, pour me protéger, je me suis préparé à la recevoir. Elle est malheureusement arrivée ce jour. Bien réelle, elle ne déclenche pas la réaction naturelle, la tristesse. Pas encore. Fataliste, je l’accueille et l’accepte.
« La mort, le plus grand mystère de la vie », disait-il.
Il a souffert toute sa vie d’injustice,
de sa mère à celle des hommes,
il l’a combattue pendant trente ans.
Il ne la supportait pas.
« Être juste », répétait-il.
J’annule mon vol programmé pour gérer en famille les démarches imposées par son brusque départ. Direction Lorignac, son village en Charente-Maritime, sur les bords de l’estuaire de la Gironde. Je roule vers ce lieu, ce vide.
Un mariage y est prévu ce week-end.
Il est remplacé par un enterrement,
celui de mon père, Jean.
Lui qui a fait le deuil de ses parents et de cinq de ses sept frères, nous confiait : « Nous avons connu toutes les morts dans la famille : la vieillesse, la maladie, l’accident, le suicide et l’assassinat ».
L’assassinat…
*
Quatrième d’une famille de huit garçons,
Jean était très proche de son frère cadet Philippe.
Philippe de Dieuleveult, né le 4 juillet 1951 à Versailles, disparu le 6 août 1985 aux abords du barrage d’Inga au Zaïre, actuellement la RDC, République Démocratique du Congo. Ce jour-là, ils étaient sept.
Sept embarqués sur deux rafts à se lancer dans les rapides du fleuve Zaïre, nommé Congo aujourd’hui. Sept disparus !
Philippe, le reporter, l’animateur.
Connu du grand public dans les années 1980 pour son émission La Chasse aux trésors diffusée chaque dimanche soir sur Antenne 2, de mars 1981 à juillet 1985. Cette année-là, quatre chaînes se partagent le paysage audiovisuel français. Ce concept d’émission novateur ravissait les téléspectateurs de l’époque. Devant leur petit écran, ils se laissaient transporter, en hélicoptère, par Philippe tout de rouge vêtu, à la recherche de trois trésors cachés. En une heure, cette émission originale proposait de découvrir, vu du ciel, un pays étranger ou une région de France, grâce à la résolution de trois énigmes. Les candidats, restés dans un studio à Paris, devaient à l’aide de guides touristiques, de cartes et autres documents, orienter Philippe sur le terrain par une liaison radiotéléphonique de plus ou moins bonne qualité qui faisait partie du charme de cette émission captivante.
« Paris, vous m’entendez ?
Top Chrono ! J’ai le trésor ! », criait Philippe.
Du Groenland aux Chutes Victoria, de New York à Sydney, en passant par Saint-Malo, Philippe, avec la complicité du caméraman et du preneur de son, nous offrait une évasion hebdomadaire.
Philippe, un homme de valeurs, un homme vrai.
Simple, authentique, il touchait les gens.
Il enregistre en mars 1984 une chasse aux trésors dans la région de Matadi au Zaïre. Selon le témoignage de Philippe, l’émission rencontre des soucis techniques. En effet, les six hélicoptères disponibles à cette période ne sont pas en état de voler. L’intervention du chef de l’État débloque la situation. Thomson vient à la rescousse de la société de production et envoie en express les pièces manquantes. L’aérospatiale, quant à elle, expédie une turbine complète pour l’Alouette III zaïroise. L’hélicoptère, remis en état, peut décoller. Il survole le fleuve en direction d’Inga où est implanté le fameux barrage hydroélectrique. Des prises de vues aériennes du site sont réalisées par le caméraman. Inga, ce lieu que Philippe retrouvera l’année suivante à bord de son cataraft.
Philippe, le citoyen, le soldat.
Il effectue son service militaire au 1er RCP,
Régiment de Chasseurs Parachutistes.
Il devient moniteur parachutiste.
Ses liens avec l’armée ne sont jamais défaits.
En 1977, année de son mariage avec Diane, Philippe annonce à son frère, officier dans l’armée de terre : « Jean, je fais partie des Services, mais je te promets Jean que je ne tuerai jamais personne. Je veux servir les intérêts économiques de mon pays ».
Philippe est capitaine dans la Réserve Opérationnelle du Service action sous le commandement de la Direction des Opérations de la DGSE – la Direction Générale de la Sécurité Extérieure – le service des renseignements français. Le Service action est chargé de la planification et de la mise en œuvre des opérations clandestines. Seuls mon père Jean et Diane étaient dans la confidence au sein de la famille.
… Depuis Lorignac, j’appelle son ami d’enfance et voisin, Xavier. Je lui propose de nous accompagner au funérarium pour saluer une dernière fois notre père, son ami. Xavier décline ce moment, préférant garder en mémoire le visage bien vivant et souriant de Jean.
Si je m’écoutais, je resterais seul dans la propriété.
Posé dans ce vignoble qui jouxte la maison, un verre de rosé à la main en communion avec mon père, je serais bien.
Je ne peux cependant me résoudre à ne pas être aux côtés de mon frère, Emmanuel et mes sœurs, Dominique et Stéphanie. Ensemble, unis dans ce moment de vie douloureux, nous partons lui dire au revoir. Plus la distance qui me sépare de mon père diminue, plus l’émotion monte, la gorge se noue. À l’instant où je vois son visage endormi à jamais, la tristesse me transperce le cœur. Pudique, je ressors de la pièce, m’isole et fonds en larmes. Il est mort.
Les proches s’éclipsent discrètement de la pièce pour nous laisser tous les quatre avec notre père. Le moment est solennel, silencieux.
Je romps ce silence, en répétant les mots qu’il prononçait chaque soir, dans notre enfance, après nous avoir embrassés dans notre lit :
« Sleep well – See you tomorrow ».
Nous l’embrassons.
… Saint-Fort-sur-Gironde.
Les cloches sonnent et accompagnent le cercueil vers ce trou. Sous le regard de notre famille et des amis venus nous témoigner leur soutien, nous le portons vers cet emplacement fraîchement creusé. Qu’il peut être lourd le poids de la vie, le poids de la mort ! Doucement, nous le laissons descendre à bout de bras dans les profondeurs de la terre.
Nos cimetières de marbre sont tristes et froids,
heureusement que la région est couverte de vignes,
pour nous rappeler qu’il faut s’enivrer de la vie.
Étrange sensation que de se retrouver chez un être aimé qui nous a quittés. On n’est pas invité, on n’est pas attendu, et pourtant nous sommes tous là, réunis chez lui avec une absence bien présente. Les regards ne sont pas encore habitués à ce manque, à cette nouvelle vie qui va pourtant continuer sans lui.
La maison se vide doucement, chacun reprenant le cours de sa vie. Le lendemain soir, seul, devant ce feu de cheminée qu’il aimait tant, je me sers un verre de cognac et m’allonge sur le canapé. Le regard perdu dans les flammes, la nuit s’annonce éveillée.
… Je tourne dans ce lieu familier.
Son esprit est présent, je le sens, il est là, avec moi.
Immobile, je l’écoute, je ne suis plus seul.
Je m’arrête sur un objet, un souvenir.
Certains m’attristent, comme sa paire de lunettes ronde métallique argentée, abandonnée sur le secrétaire. D’autres me font sourire, comme ces cannes de marche transformées par ses soins. L’une d’elles cache un petit godet et son éprouvette de cognac, une autre dissimule une fine lame d’épée.
À l’étage, le couloir dessert cinq chambres. Elles accueillent enfants et petits-enfants pendant les vacances. La propriété est vivante, joyeuse, pleine de vie. Une pièce supplémentaire est entièrement dédiée à son train électrique. Jean, le regard bleu, reste un grand enfant émerveillé. Au bout du couloir, son bureau.
Amateur de jazz, il a chiné dans la région quelques instruments de musique, trompette, trombone, il les trouve racés, élégants. Jean joue de la clarinette.
Sur un meuble, son appareil photo argentique, son microscope. Au mur, ses peintures, ses aquarelles, ses poèmes humanistes et des photos de famille : ses parents, ses frères, ses enfants.
Au sol, posé contre le mur, des cartons. Je sais ce qu’ils contiennent. Je m’en approche, les ouvre. Ils sont remplis de journaux, de magazines, de coupures de presse, de petits carnets de notes, de documents, de témoignages, de rapports militaires, d’autopsie, de contre-autopsie. Encore des documents en vrac, des lettres, des contacts et des noms…
Ces cartons renferment les pièces que Jean a rassemblées sur la disparition de son frère Philippe, disparu en août 1985. Je suis face à ses recherches, ses interviews, son enquête.
Toute sa vie, mon père n’a cessé de se battre pour connaître la vérité sur la disparition mystérieuse de son frère. Il n’a jamais cru à la thèse officielle de l’accident, celle de la noyade.
Jamais.
« Un jour, les enfants de Philippe demanderont comment est mort leur papa. Ils poseront des questions. On leur devra des réponses, les vraies. Moi, leur oncle, je m’engage à les leur apporter », nous disait notre père.
Aujourd’hui décédé, Jean laisse derrière lui des certitudes, des preuves.
Le lendemain, après une courte nuit, j’appelle Yves, son frère aîné à Toulon.
« Oncle Yves, je suis toujours chez papa. J’ai mis la main sur ses dossiers, et me demande quelle suite donner à tout ça…
– Oh Alexis, c’était son combat, pas le tien, ton papa part avec… Si vous saviez à quel point cette histoire nous a tant fait souffrir. Pensez à vous mes enfants ! Tournez la page », me conseille mon oncle bienveillant et protecteur.
… Dans la soirée, je quitte la Charente-Maritime,
le coffre alourdi des précieux documents…
*
… Cela fait quatre ans que les dossiers de mon père reposent dans mon bureau à Compiègne. Trois cartons bleus, dans lesquels j’ai rangé et classé les documents laissés à l’abandon.
Les archives sont là, à attendre.
Attendre que je me décide un jour à les ouvrir, les lire, les partager. Attendre le moment où je trouverai l’énergie de m’y plonger sans m’y noyer à mon tour.
Quatre ans que nous discutons, mon frère, mes sœurs et moi, sur l’utilité des recherches de notre père. La mort de notre oncle Philippe est un évènement troublant, avec lequel nous avons grandi. Il en est de même pour tous mes cousins et cousines, et à plus forte raison les propres enfants de Philippe. Un lien fort nous unit dans cette grande famille bretonne. Nous partageons de beaux souvenirs de vacances communes dans la région de Saint-Malo où nos grands-parents avaient une propriété au Minihic-sur-Rance. Nous prenions toujours un grand plaisir à nous y rendre, Philippe également.
De tristes évènements familiaux nous ont aussi souvent rassemblés. Nombreux sont mes cousins, cousines, qui ont perdu leur papa. Maladie, accident de la vie, ils nous ont quittés trop tôt, laissant un vide irremplaçable pour mes jeunes cousins.
Ces épreuves vécues et partagées dans l’adolescence nous ont fortement rapprochés. Très sensible je m’identifiais à eux. Ils pleuraient le départ de leur père, j’essayais d’imaginer le départ anticipé de mes parents bien vivants : inimaginable. J’éprouve une grande affection pour chacun d’eux.
*
J’ai quatorze ans au moment des faits.
Après un mois de juillet 1985 passé en famille à Royan, nous remontons sur Paris accompagner notre père à l’aéroport. Il repart en Arabie Saoudite pour son travail. Quelques jours plus tard, dans le cadre d’un stage linguistique, j’embarque sur un ferry destination l’Angleterre. Au cours de mon séjour, je reçois une lettre de ma mère. Elle m’annonce la disparition de mon parrain ! Je lis qu’il est perdu quelque part en Afrique et qu’on le recherche. Je ne suis pas inquiet en apprenant la nouvelle et ne réalise pas encore la gravité de la situation.
Mon parrain est fort. Il est capable de survivre longtemps. Confiant, je l’imagine dans la forêt équatoriale, seul, se frayant un chemin à travers cette végétation dense et humide, entouré des cris de la faune sauvage. J’ai hâte de le revoir et d’écouter ses récits.
Je l’admire.
… Aujourd’hui à quarante-huit ans l’admiration est toujours aussi vive. Au point que les dossiers bleus se manifestent et s’imposent à mon esprit.
Ils veulent parler, s’exprimer, crier.
Crier à l’injustice, crier à la vérité.
Alors je plonge,
et tant pis si je m’y noie.
*
Jean consacre la fin de sa carrière militaire à la recherche de son frère. S’ensuivent trente ans de combats pour la vérité.
Homme d’honneur, de bravoure, il n’a jamais capitulé et toujours dénoncé la bavure zaïroise. Bavure couverte par la France du président Mitterrand, la Françafrique. Cette Françafrique qui désigne les relations étroites et privilégiées – de liens diplomatiques et d’intérêts économiques – entre la France et ses anciennes colonies africaines.
Deux mois avant sa mort, Jean publie avec la collaboration de Jean-Marie Potiez – journaliste en qui il accorde toute sa confiance – un article de quatre pages faisant la Une de l’hebdomadaire belge, Le Soir magazine. Il y accuse ouvertement le fils de François Mitterrand, Jean-Christophe Mitterrand.
Jean n’en veut pas aux Zaïrois.
Il en veut aux politiques français,
pour leurs mensonges et tentatives de manipulations.
Son combat devait aboutir à des écrits.
Un livre pour la Vérité,
à défaut de procès pour la Justice.
Procès qui ne verrait jamais le jour,
il en avait conscience et le déplorait.
Confiant, il laissait le temps au temps.
La mort de Philippe est une blessure ouverte pour Jean. Cette douleur, jumelée à un mal de vivre l’emportera, lui et son projet de livre.
Je suis fier de son combat.
Fier de lui.
*
Philippe m’a transmis un état d’esprit positif ainsi qu’un regard admiratif sur la vie, une ouverture aux autres et une soif de découverte insatiable. Il me faisait rêver et m’a guidé vers un métier de voyage.
En 1984, il publie son témoignage de vie en forme d’autobiographie, J’ai du ciel bleu dans mon passeport. Il se déplacera à moto à Compiègne pour une séance de dédicace. Philippe n’arrivait jamais les mains vides.
Ses cadeaux étaient tous plus originaux les uns que les autres. Comme une dent d’hippopotame, un cocon de ver à soie, une quéna – flûte droite des Andes – un bracelet en poils d’éléphant, un altimètre d’avion – que j’embarquerai des années plus tard à bord d’un de mes vols vers New York, alors steward sur Concorde – ou encore une jolie petite boîte laquée birmane, qui fut la première d’une grande collection, toutes rapportées de mes voyages en Asie du Sud-Est : Mes trésors.
Philippe avait récemment créé sa propre société de production. Il souhaitait effectuer des reportages, entre autres, sur des unités spéciales, avec des sujets plus orientés vers des personnes ayant trait à des activités hors du commun. L’exploit et l’engagement des hommes le fascinaient. En 1984, il produit et réalise un film « En limite de puissance », dédié aux secours héliportés en montage à Chamonix avec la sécurité civile. Il avait nommé sa jeune maison de production, « Passeport bleu ».
Philippe m’envoyait des cartes postales des pays qu’il visitait. Quel plaisir de découvrir dans la boîte aux lettres une de ses cartes venue de l’autre bout du monde. Une incitation aux voyages. La dernière date de juillet 1985 en provenance du Burundi. Aucune autre ne suivra.
Porté par le goût de l’aventure et son engouement pour l’image, Philippe disparaît dans l’action, à l’âge de trente-quatre ans.
*
… Après toutes ces années, je tiens à révéler la position sans équivoque du gouvernement de l’époque ainsi que les méthodes du ministre des Affaires étrangères sur cette macabre affaire.
Démontrer et prouver comment ont été mis en place, au plus haut niveau de l’État, les moyens humains, matériels, médiatiques et diplomatiques pour manipuler les familles, l’opinion publique et imposer la thèse officielle : la noyade.
Aujourd’hui,
pour la mémoire de mon père Jean,
de son frère et mon parrain Philippe,
je vais vous raconter une histoire.
Une affaire franco-française.
Une tragédie familiale.
Une histoire vraie.
Les dossiers bleus s’ouvrent,
et me voilà inévitablement englouti
dans le tourbillon d’Africa-Raft…
*
Africa-Raft est le nom donné à cette aventure ambitieuse. Il s’agit d’une expédition en radeaux pneumatiques. L’objectif : traverser l’Afrique équatoriale, d’est en ouest, de l’océan Indien à l’Atlantique. Faute d’autorisation de certains États, le départ est donné du lac Tanganyika au Burundi jusqu’à l’embouchure du fleuve Zaïre à Banana sur l’Atlantique. Un périple par les voies fluviales de plus de trois mille kilomètres pendant l’été.
Le Zaïre, deuxième fleuve le plus puissant du monde après l’Amazone pour son débit et le huitième par sa longueur, un géant de la nature. La dangerosité et la force de ses rapides, entretiennent son mythe d’invincibilité et lui attribuent le surnom de Dieu-Fleuve.
André Hérault, un ancien pilote d’Air Zaïre, est le concepteur et le chef de cette expédition. Il convie Philippe à intégrer l’aventure.
Sa présence d’homme public met un coup de projecteur sur cette entreprise sponsorisée. Philippe veut en faire un documentaire.
Un challenge sportif et humain inédit.
Ces rapides n’ont jamais été franchis !
Douze mois de préparation seront nécessaires pour monter le projet. Un matériel est spécialement conçu pour affronter et franchir les rapides. Gérard d’Aboville apportera son expertise et supervisera la construction des rafts. Marin d’expérience, il est le premier navigateur français à traverser l’Atlantique à la rame dans le sens d’ouest en est en 1980.
Deux rafts baptisés le « Godelieve » et le « Françoise ». Des radeaux, type cataraft, constitués de deux flotteurs vert kaki, gonflables, de huit mètres de long et quatre-vingts centimètres de diamètre. Chaque flotteur est cloisonné en cinq compartiments. Ils sont maintenus et reliés par une structure en inox de cinq mètres de long et un mètre quarante de large pesant cent kilos. « Du solide, du costaud ! » constatera Jean.
Les rafts sont propulsés par deux moteurs hors-bord pour la navigation en eau calme et d’avirons de quatre mètres de long pour affronter les rapides. Cinq réservoirs de cinquante litres d’essence chacun sont chargés. Cent litres d’eau et des rations de bord pour trente jours sont également emportées. Des panneaux solaires sont fixés pour alimenter les radios embarquées. Les deux rafts sont équipés de postes radio militaires insubmersibles.
Ces radios permettent de communiquer entre les bateaux sur une portée de cinquante à soixante-dix kilomètres en zone dégagée et capable de capter des appels depuis la France. Un autre dispositif d’antenne tendue entre deux arbres leur permet tous les soirs, au bivouac, d’émettre vers la France.
Le matériel additionné aux membres d’équipage représente une charge totale de mille deux cents kilos par raft.
Le « Godelieve » et le « Françoise » sont testés en France sur l’Allier et l’Isère, avant d’être acheminés au Burundi.
Début juin à Bujumbura la capitale, débarquent toute l’équipe et son matériel.
Intrigués par ce groupe d’hommes et leurs bagages encombrants, les autorités locales vérifieront tous les équipements et confisqueront dès leur arrivée, les carabines de calibre 22 Long Rifle. Philippe conservera ses caméras légères pour la réalisation d’un reportage.
Après quelques réglages sur le lac Tanganyika et une longue attente des laissez-passer nécessaires pour le Zaïre, le départ est donné début juillet. Les pavillons français et zaïrois flottent à l’arrière des rafts.
Première étape : traverser et descendre le Tanganyika, deuxième plus grand lac africain par sa surface, après le lac Victoria. Le Tanganyika s’étend du nord au sud, sur plus de six cents kilomètres de long et soixante-dix kilomètres de large. Les embarcations naviguent sur ce lac d’eau douce pour atteindre la rive zaïroise. Cap vers la rivière Lukuga qui les porte sur trois cents kilomètres vers le Zaïre, leur défi.
La répartition prévue des aventuriers sur les rafts est la suivante :
Sur le « Godelieve » six personnes.
– André Hérault, 50 ans, le chef de l’expédition.
– Gérard d’Aboville, 39 ans, le concepteur des rafts.
– Benoît Dabout, 23 ans, le spécialiste rafteur.
– Lucien Blockmans, 36 ans, à l’intendance.
– Richard Jeannelle, 39 ans, le photographe.
– Guy Collette, 37 ans.
Sur le « Françoise », cinq personnes :
– Alain Angelini, 37 ans, le responsable technique.
– François Laurenceau, 34 ans, le médecin.
– Thierry Sadoun, 26 ans, l’organisateur et trésorier.
– Marc Gurnaud, 29 ans, le responsable radio et image.
– Philippe de Dieuleveult, 34 ans, le reporter-aventurier.
Jean-Louis Amblard et Nelson Bastos
rejoindront l’expédition tardivement à Kinshasa.
