Para... mais pas que - Jean-Michel Girardin - E-Book

Para... mais pas que E-Book

Jean-Michel Girardin

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Beschreibung

Il s'en est passé des choses dans la vie de Jean-Michel avant qu'il puisse, enfin ! effleurer son rêve... Son rêve, c'était faire du théâtre. Jouer dans des pièces drôles et légères, pour révéler sur scène son côté "amuseur de galerie". Mais le destin (ou plutôt, ses parents) s'en est mêlé, et Jean-Michel est devenu gendarme. Au revoir Molière, Mes respects mon Colonel... Réfractaire à l'autorité, il a des relations tendues avec la hiérarchie militaire mais parvient à trouver son équilibre grâce à la pratique du parachutisme civil et du taekwondo. Puis, bientôt, à la faveur d'une rencontre déterminante, celle d'Archy, il intègre l'Escadron parachutiste d'intervention de la Gendarmerie nationale. Entre deux missions mémorables, il fait du saut, du saut, encore du saut. Ayant raccroché son costume de pandore, Jean-Michel finira par renouer avec son rêve d'enfant et montera sur scène, pour rire, et faire rire. Une belle leçon de vie, et un récit rythmé et original, tant dans le fond que dans la forme, écrit et interprété par Jean-Michel Girardin dans le rôle-titre, et Noël Dompnier dans le rôle de narrateur.

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Seitenzahl: 105

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Un triomphe !

La soirée avait été un triomphe ! Plein jusqu’au poulailler, le théâtre Charles Dullin avait retenti des cascades de rires d’un public en or, venu s’amuser et qui ne s’était pas retenu. La pièce, d’un auteur étonnamment peu connu, possédait un rythme et des enchaînements magistralement emboîtés.

Jean-Mi avait investi avec bonheur un rôle taillé pour lui et, bien secondé par le reste de la troupe et notamment par son complice Philippe, il avait attaqué les spectateurs à la rate dès sa première apparition et ne les avait pas lâchés jusqu’au baisser de rideau. Au moment de la présentation lors du salut final, une standing ovation enthousiaste avait salué la prestation de cette troupe, talentueuse bien au-delà de la simple appellation d’amateurs. Pendant ces minutes d’applaudissements durant lesquelles le temps se fige, Jean-Mi avait senti son esprit comme bloqué à l’instant présent. Point de passé, point de futur, simplement des flots de bonheur qui le submergeaient et l’empêchaient de penser… Il planait.

Il y avait eu ensuite la rencontre avec le public qui, dans le hall du théâtre, attendait les comédiens pour les féliciter : parents, amis, collègues, politiques locaux même, tous s’empressaient de bisouiller et complimenter. Difficile de ne pas être touché par cet engouement, cette ferveur dont on sentait bien la sincérité. Après, les gens avaient commencé à refluer vers la sortie, derniers bisous, dernières claques dans le dos. Les uns après les autres, les comédiens retournaient dans les loges pour se changer. Comme par hasard (mais en était-ce vraiment un ?), Jean-Mi vit ses pas le conduire dans la galerie des tableaux où figuraient les portraits des grands qui jadis avaient foulé ces planches, Charles Dullin bien évidemment, Louis Jouvet et bien d’autres… Petit à petit, l’euphorie qui l’habitait depuis un moment commença de s’estomper et laissa place à d’autres ressentis plus profonds. Qu’est-ce que je fais là ? Est-ce que j’aurais pu… ? Bien sûr, il ne prétendait rien et ne s’imaginait pas rivaliser avec les monstres sacrés de la scène dont son regard effleurait les portraits, mais un sentiment de frustration l’empêchait de se contenter de la joie pure et simple de cette soirée. S’avouer qu’il aurait bien aimé tenter l’aventure n’était pas difficile, l’envie couvait depuis si longtemps ; les braises sommeillaient sous la cendre de la réalité quotidienne qu’il avait bien dû affronter comme tout le monde, prêtes à se raviver à la première occasion. Et le manque qui l’habitait avait été d’autant plus mal vécu qu’il ne s’agissait pas pour lui d’une lubie d’adolescent comme on en rencontre parfois, le genre d’annonce destinée à se faire mousser. Réellement, il avait ça dans la peau, dans le sang, dans les gènes. Il avait toujours été l’amuseur, prêt à rigoler et surtout à faire rire les autres, le clown disposé à égayer l’atmosphère. Et son inclination s’était nourrie des émissions de télévision Au théâtre ce soir, La piste aux étoiles… Quand il vibrait devant ces spectacles, il sentait au plus profond de lui que sa vie se nichait là. Alors quoi ? Que s’était-il passé pour qu’il ne puisse s’engager dans la voie dont il rêvait ? Certes, il ne se trouvait pas le seul à connaître ce genre de déconvenue, la foule de celles et ceux qui ont un sort identique est si nombreuse, on le sait bien. Les chemins de la vie s’avèrent parfois (souvent ?) capricieux et conduisent là où on ne pensait pas aller. Alors, à chacun de prendre une direction plus ou moins maîtrisée, ou bien aléatoire, qui engendrera un devenir plus ou moins original. Original, celui de Jean-Mi devait l’être à bien des égards. Mais pour en prendre la mesure, il convient de commencer par le commencement.

Il arrive parfois que l’avènement d’un destin mal embarqué soit mis sur le compte d’une « enfance malheureuse », cliché souvent utilisé par des avocats en mal d’arguments. Tel n’est pas le cas de notre sujet, qui passe une enfance heureuse au sein d’une grande et chaleureuse tribu. Écoutons-le en parler :

« Ma famille est très importante pour moi. Mon arrière-grand-mère maternelle, Maria, espagnole de son état, est arrivée en France dans les années 30 avec ses quatre enfants, un fils et trois filles. D’une de ses filles (ma grand-mère maternelle, prénommée Basilia) est née ma mère (Eu-sébia). Toute cette grande famille vit, ou a vécu, à Lourdes, pour la plupart. J’ai énormément de souvenirs avec mes cousins et cousines mais également avec mes grands cousins et grandes cousines. J’ai vécu une belle jeunesse avec des vacances régulières dans les Pyrénées, dont je garde des souvenirs très précis, et des réunions de famille incroyables où tout était prétexte à faire la fête. À cette époque, j’assumais (déjà) mon rôle d’animateur, de boute-en-train avec chansons, sketches et déguisements en tout genre. On m’encourageait sans retenue en me glissant çà et là pièces et billets. Des spectacles improvisés dans la rue Lamartine, avec Riri, JC et Jérôme, les concours de plongeon à la piscine municipale couverte, les journées pluvieuses au foyer et nos escapades à la pêche… les journées poétiques, rue Mozart avec la cousine Joëlle et nos baisers volés. J’ai passé de nombreuses vacances d’été chez un oncle de Maman, Tonton Pierrot, et son épouse Tatie Maïté, dont je garde le souvenir d’une grande tendresse. J’y ai appris beaucoup sur le sens de la vie, la générosité, le devoir et la force du travail à la ferme. J’ai également des souvenirs très présents des moments passés avec mes grands-parents paternels à Courbevoie. Cette jeunesse que j’ai crue très longtemps éternelle, me laisse penser que j’ai une famille extraordinaire à qui je dois certainement beaucoup. Tous ces instants gravés au plus profond de moi ont sans nul doute contribué à façonner une fibre que j’ose nommer artistique. Même les enterrements sont l’occasion de grandes retrouvailles et d’une forme de "bonheur partagé". »

Heureux d’être ensemble. Parmi tous les souvenirs de l’enfance, chez Jean-Mi comme chez beaucoup, ceux passés à la campagne tiennent une place privilégiée.

« S’il y a dans ma vie une période chère à mon cœur, c’est sans nul doute celle que j’ai passée à la ferme. Mon terrain d’aventures. Mes parents avaient pris l’habitude, dans mes années pré-pubères, de m’envoyer passer une partie des vacances estivales chez l’oncle de ma mère à Lourdes, afin, dans un premier temps, de souffler un peu mais également pour me permettre de m’épanouir différemment.

Cette ferme, c’était celle de mon grand-oncle Pierre, dit Pierrot, et de son épouse Marie-Christine, dite Maïté, rencontre d’un Espagnol et d’une Basque, cocktail d’une grande richesse, débordant de tendresse et posant un regard bienveillant sur ce petit Toulousain à l’accent roulant, à la ponctuation typique bordée de briques roses et d’un "con" chantant. Les interdits de Papa et Maman disparaissaient. Je pénétrais dans un monde de couleurs, d’odeurs et de saveurs différentes, où régnait une approche plus philosophique de la vie, plus vraie peut-être ? Je découvrais le laitier qui déposait les yaourts et le lait sur le seuil de la maison chaque matin. Le boulanger et sa 4L fourgonnette à l’odeur de pain grillé inimitable. La bétaillère de Tonton dans laquelle nous voyagions discrètement, bravant les interdits. Kid, le chien des Pyrénées, fidèle compagnon que j’abreuvais d’ordres et de contrordres, me transformant en véritable berger et en maître-chien émérite. La guitare, à laquelle mes grands cousins m’initiaient gentiment. Les cochons, que je gardais avec le plus grand sérieux, investi de la mission suprême du porcher en vacances. Les réveils matinaux, très matinaux parfois, pour observer avec des yeux d’enfant le négoce des éleveurs coiffés d’un béret basque, béarnais ou bigourdan, la cigarette roulée au coin des lèvres au patois de circonstance et à la gestuelle "maquignonesque", incompréhensible pour le profane que j’étais.

Ces journées m’enivraient d’odeurs animalières, me gorgeaient d’informations, m’enthousiasmaient, et faisaient naître au plus profond de moi un sentiment de vie. L’école était loin, très loin, j’oubliais les copains du quartier, le rugby, mon Toulouse. Je me souviens de ce jardin entretenu d’une main efficace par Maïté, des légumes de saison, piments verts doux (padrons) dont nous nous régalions en omelette, concombres savoureux (pépinos), haricots verts et tomates dont les salades nourrissaient mes jeunes papilles. Lors de ces journées sans fin bien connues des gens de la terre, nous dînions parfois à la belle étoile, de frites ou de patates rissolées, de ventrèches grillées, et d’un morceau de bethmale qui reste encore pour moi un fromage marqué de la signature des grands noms. Je découvrais le café au lait du soir adouci de chicorée au goût caramélisé unique, avant de plonger dans un lit bien trop grand pour moi, sous une couette dans laquelle je disparaissais jusqu’au petit matin. Mes nuits relevaient du sommeil du juste.

Tout me comblait de bonheur. Je me réveillais parfois au petit matin, sautant de mon lit pour m’apercevoir que la bétaillère n’était plus là, partie sans moi, ni la camionnette de Tatie. J’en languissais le retour. Je profitais une nouvelle fois de la piscine, découverte cette fois-ci sous le regard bienveillant de mes cousins Josette et Denis, plus âgés que moi, que le travail à la ferme n’émerveillait pas ou plus, qu’attiraient les sirènes d’une adolescence aux désirs décalés par rapport aux miens, et aux amourettes naissantes.

La ferme, c’était un ou deux hectares de pré, de champs et de bois sur laquelle une vieille ferme marquée par le temps trônait en bonne place. Mon regard d’enfant se repaissait de chaque instant. Ici une truie mettant bas, là un verrat gigantesque baptisé Prosper, récupérant de la lourde tâche incombant à son rôle de reproducteur. La fosse à purin interdite d’approche, le vieux chien de garde, trop souvent attaché (interdisant l’accès des lieux aux curieux ou aux mal intentionnés) à qui je vouais une certaine tendresse. Les Pottoks (lire potioks), nobles poneys du Pays basque en attente d’une estive heureuse sur le plateau de Payolle en Haute-Bigorre. Il m’arrivait de les monter à cru, sous le regard amusé de mon grand-oncle, accrochant ma vie à une crinière abondante ou un licol défraîchi. Mon sourire souvent jaune ne m’empêchait pas de devenir le temps d’un instant Zorro, d’Artagnan ou le Chevalier Ardent, chaussé de bottes à bouts pointus (un peu trop grandes pour moi), tel le cow-boy avide de grands espaces…

Aujourd’hui encore, j’éprouve une tendresse particulière pour ces moments de bonheur passés, une pincée de nostalgie dont je regrette l’évanescence et un sentiment d’inachevé. Mais heureusement, le temps n’en a pas encore effacé l’empreinte… »

Mais dans la vie, il n’y a pas que les vacances à la campagne. Toulouse ô Toulouse.

Avec les copains du quartier (Olivier, Etché, Éric, Lucho, Gallus, Toutou, Mylène), les activités se dirigent assez naturellement vers le sport : natation tout d’abord avec les frangines, gymnastique, judo et surtout l’incontournable rugby, religion prééminente dans ce sud-ouest, terre d’Ovalie. Jean-Mi, quelque peu maigrichon (chiringlet) ne fait pas de miracles dans ces disciplines car la performance pour elle-même ne le motive pas outre mesure.

En 1977 ou 1978, avec mon équipe du TCMS, lors d’une finale de championnat régional brillamment perdue... (Je suis accroupi au 1er rang, à l’extrême gauche.)

On retrouvera plus tard ce peu de goût, ce qui à l’occasion ne manquera pas de lui jouer des tours, et même de lui nuire. D’ailleurs il ne se reconnaît pas de compétences physiques extraordinaires en termes de vitesse, puissance, détente, qualités que l’on cherche à repérer immédiatement quand un jeune débute dans un sport… les fameuses dispositions. Ses qualités à lui (car il en possède) sont moins évidentes, moins visibles, demeurent sous-jacentes, latentes, et se révéleraient plus tard dans son évolution…

L’école primaire révèle un écolier dissipé, aux résultats en dents de scie, amuseur de classe (il y en a toujours un) mais au fond sérieux tout de même. Car se profile ici le moment redouté du bulletin scolaire : le papa n’est pas toujours satisfait des notes, s’ensuivent des baffes et des punitions que Jean-Mi vit évidemment mal. Son père, ancien chef de cuisine devenu professeur au lycée hôtelier de Toulouse serait quelqu’un que l’on qualifierait sans doute aujourd’hui de « psychorigide » : éducation, éducation, éducation… Jean-Mi doit affronter cette personnalité, que celle de sa mère n’adoucit pas forcément. On perçoit alors les prémices, ou le fondement, d’une attitude qui aura avec l’autorité des rapports épineux, souvent à la limite du hors-jeu et parfois au-delà.

Toutefois à la fin du primaire, l’institutrice (Mme Dudo) a observé certaines dispositions de son élève, des compétences : il est très bon en récitation, souvent cité en exemple pour sa manière de les réciter.