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Non sans plaisir le rimeur solidaire, homme d’un peu d’humour et de beaucoup d’humeur, qu’il a aussi mauvaise que sa vue, revient à la charge, au pas du même nom. Voici donc une deuxième livraison de nouvelles rimées à la rurale urbanité. Ce tueur à pages reprend donc humblement ici, mais pas en fumiste, c’est là son moindre défaut, le flambeau moins fumeux que fumant des fameux fabulistes d’antan. Et qu’importe si cela ne laisse guère de traces de marcher d’un pied modeste sur ces pas-là en troussant l’anecdote plutôt que le cotillon ou en filant, tel un fin limier, la métaphore en lieu et place d’un mauvais coton… Ver après ver, cet asthmatique qui ne manque pas d’air à force de le pomper aux autres, entend encore témoigner, en toute partialité, du monde comme il va, vu non par quelque censeur sangsue mais par un penseur pansu, égratignant plus que dénonçant. Ah, quel délice de se vautrer, sans complexe ni vergogne, sur la folle paille de nos inavoués penchants, ceux qui nous feront à coup sûr tomber sous la poutre de nos petitesses aussi peu sages que passagères ! Parce que, pour un conteur éclectique, la fable illumine la nuit de nos jours comme le songe le sommeil le plus lourd, celles qui se cachent ici n’ont que l’ambition de faire cogiter un instant et la prétention de distraire longtemps…
À PROPOS DE L'AUTEUR
Professeur se refusant à être un donneur de leçons,
Christian Satgé est persuadé que la fable est d’aujourd’hui comme de toujours. Ce facteur de cours ne sachant faire court, le prouve en prenant à rebrousse-plume le monde qu’il arpente, quelques vers à la main, colorant au verbe d’antan un univers où l’humaine animalité n’est pas sans rapport avec la bestiale humanité de nos sociétés trouvant pourtant archaïques ces apologues.
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Seitenzahl: 141
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Christian SATGÉ
PETITES FABLES AFFABLES…
DES VILLAGES DU COIN
DU MÊME AUTEUR
– Hors cadre
5 Sens Édition, 2020
– Petites fables affables… des champs d’en face
5 Sens Édition, 2019
INEFFABLES FABLES
J’ai bien assez de mal à vivre ma vie
Pourquoi donc voudrais-je régenter la vôtre ?
Je n’ai rien d’un gourou, d’un faiseur d’apôtres
Et mes fables ne sont qu’envies et qu’avis.
Ce ne sont que miettes, graines d’épeautre
Semées aux vents d’un Temps qui nous ravit
Tout, une sorte de guide de survie
Pour aider à réfléchir par et pour l’Autre.
Écrire m’est une planche de salut
Alors que notre société se vautre
Dans ce qu’elle estime être ses plus-values.
Qui, las, nous font oublier jusques aux Nôtres :
La fatuité qui, parfois, nous exclut ;
La vacuité qui nous happe, goulue…
2021, « Année La Fontaine » : Cherchez la fable !
Mais pas trop loin. Car le metteur en scène et en saynètes qui vous sert ici de cicérone vous en offre à nouveau : de bon aloi du plus fort, nées de ma mère l’Oye et de mon père Drix, ce sont parfois chants tournés en dérision que ces petits contes qui feront, bons princes, la tournée des Grands Ducs quand ça tourne baron. Royal. Jeunes, vieilles, éternelles, sur le retour… il vous en donne – car loin d’être cloches, vous êtes dignes d’un don – des fables. Pour tous les goûts et toutes les couleurs. On y croise même la fable de César1 qui, aussi coquette et élégante soit-elle, même nue comme la vérité et volage comme l’ineffable air du temps, ne doit pas être soupçonnée…
Si vous êtes prêts à feuilleter ces pages c’est que vous connaissez auteurs et poètes qui ont souvent, jalousant peut-être les Anciens, disserté sur le genre littéraire considéré comme mineur de fond en comble et qu’on essaie céans, sur son séant, de défendre. Ainsi, Friedrich Hegel, dans son Esthétique (1818-1829) prétendait que « La fable est comme une énigme qui serait toujours accompagnée de sa solution », alors qu’il n’est pire mystère pour l’Homme, aussi liant soit-il, que la fable à laquelle il est attaché parce qu’uni à elle pour le bailleur et pour ses sbires ; surtout si c’est une maîtresse-fable ou une fable fatale, voire une de ces fables de Caractères (Jean de la Bruyère, 1688), adhérente au Mouvement de Libération des Fables. Son émancipation reste, moins acquis qu’acquêt, un combat qu’il faut chaque jour (re)mener haut la main au pied levé et gagner de haute lutte face aux basses œuvres même si, depuis les années 1960, chacun sait que « Moulinex libère la fable ». Et dès lors la fable, même si elle ment comme elle inspire, aussi galante qu’une fête chère à Paul Verlaine, voit son empire total sur nous à la fois égérie et préceptrice… Car si l’homme propose, la fable, elle, dispose et ce que fable veut, Dieu le veut ; une simple fable étant l’égale de tomes : selon Antoine Houdar de La Motte (1672-1731), que cite Jean-Pierre Claris de Florian dans la préface de ses célèbres Fables (1792) : « Pour faire un bon apologue, il faut d’abord se proposer une vérité morale, la cacher sous l’allégorie d’une image qui ne pèche ni contre la justesse, ni contre l’unité, ni contre la nature ; amener ensuite des acteurs que l’on fera parler dans un style familier mais élégant, simple mais ingénieux, animé de ce qu’il y a de plus riant et de plus gracieux, en distinguant bien les nuances du riant et du gracieux, du naturel et du naïf. »
Aussi la fable de lettres ou d’esprit, sage et belle quand elle est jeune, est souvent incomprise de nos jours. Le genre s’étiole sans disparaître – sauf du catalogue des éditeurs – car la fable moderne existe et elle est fidèle autant que jalouse. Enfin celle que son époux, fort marri depuis, n’a pas pris pour une fable à tout faire alors qu’elle est fable d’affaires… et d’action, mot qui, lorsqu’il a la cote – de celle dont Dieu fit Eve – est pluriel. Ce ne sont pas là histoires de bonnes fables, ni de fables fortes bien entendu. Jean Ferrat aurait pu chanter qu’ « une fable honnête n’a pas de plaisir… » quoiqu’elle en offre, fable de bien comme fable de cœur, qu’elle soit de chambre – Ah, le ballet des fables ! – ou du monde. Bien sûr on pourrait m’arguer, pour me narguer, que l’un prétendit que « souvent fable varie, bien fol qui s’y fie », et qu’un autre, non moins péremptoire affirmait, trois siècles plus tard, « la chaire est fable et j’ai lu tous les livres ». C’est là, pour ceux qui ne veulent voir midi qu’à leur porte au lieu de le chercher à quatorze heures, mépriser la fable qui est moins « de ménage » que « de méninges » – on parle alors de fable de tête ! – et la compter au rang des fables de peu, voire des faibles fables. Pourtant la plupart sont de saintes fables, même les petits bouts de fables, jolies fables qui deviennent si vite de ces Fleurs du mâle (1897) qui auraient sans doute ému Charles Baudelaire. Les fables libres n’ont jamais bonne réputation, c’est pour cela qu’elles font tant d’histoires et posent des questions de morale, quelle que soit leur moralité. En effet, « pour le fabuliste, il y a d’abord une moralité et ensuite seulement l’histoire qu’il imagine à titre de démonstration imagée, pour illustrer la maxime, le précepte ou la thèse que l’auteur cherche par ce moyen à rendre plus frappants ». (Claude Simon, Discours de Stockholm, 1966)
Parce que « la plus belle fable du monde ne peut donner que ce qu’elle a », la fable parfaite, ou pire idéale, surtout si elle a la vertu court-vêtue et la morale élastique comme seules savent l’avoir les fables faciles, n’existe pas… quoique, peut-être pareille ingénue pourrait bien se cacher ici dans son plus simple appareil. Juste de vers vêtue, veux-je dire !… Saurez-vous la trouver hors de l’école des fables ? Pour mon humble part, toujours un petit peu fable d’esprit, qu’on le veuille ou non, qu’on le reconnaisse ou pas, quand les Muses m’usent je ne peux que donner raison à cet épigone de Louis Aragon, devenu pour le meilleur et pour le pire lui aussi Le fou d’Elsa (1963), « la fable est l’avenir de l’âme » ; alors je mets mes mots sur les maux du monde comme les maîtres d’hier, avec des mots de la veille parfois. C’est là, bien évidemment, on le comprend, remède de bonne fable, mais efficace ô combien. Très fables en tout cas, de celles qui, bien roulées, sont tout aussi bien troussées, en espérant qu’elles ne soient pas comme les chemins, battues.
Fabuleusement vôtre… car comme aurait pu chanter Julien Clerc : « Fables, je vous aime ! »
PAR LES RUES & RUELLES
DES VILLAGES DU COIN
LE VIEUX MAÎTRE DES COLLES
Au hameau, c’est jour de fête nationale.
Nos bons notables et les simples citoyens
Sont réunis, comme on le dit dans le journal,
Pour le discours du maire comme des doyens.
L’instituteur, prou vieilli, peste en sa barbe
Contre l’édile du lieu, connu blanc bec,
Qui allait le contraindre à manger les joubarbes
Par les racines, alors que ce p’tit pète-sec
Il l’avait nourri, non de séné ni de rhubarbe,
Mais d’Humanités et abreuvé, petit mec,
Au sein généreux des plus saines sciences
Y perdant son temps, y usant sa patience.
En effet, le vieux régent n’a plus de maison
Où abriter ses jours las et le gros bourgmestre
Lui a signifié, las, avec force raisons,
Qu’il n’avait, pour lui, lieu. Même rupestre…
Adulé des jeunes et idole des vieux,
L’élu morgue désormais qui, de son mieux,
Fit pour le faire ce qu’il est alors qu’il plaide
Gratitude, Fraternité… au nom du mandat reçu.
Le professeur qui vit corps coincé en pardessus
Sous toit branlant, alpague et rappelle au bipède :
« Les hommes sont comme les pigeons : tu les aides
À prendre de la hauteur… ils te chient dessus ! »
DONNER LE TON AU TEMPS
Chez le bon luthier du Conservatoire
Ayant ouvert échoppe par ici,
Une note la joue rebelle : le « si ».
Il peste et râle qu’il est attentatoire
À son honneur que le « la » soit seul ici
À donner, toujours, le ton à tout autre,
À commencer par lui. C’est anormal.
Profitant de l’huis entrouvert cet apôtre
S’envole au vent, libre comme air, l’animal.
C’était là son destin, où est le mal ? !
Las pour ce « si », une hirondelle le gobe,
En passant trop près du sol, car son bon bec
Est pire que rets d’Homme. On ne s’y dérobe.
Notre fat est coincé, ces salamalecs
Pour que le libère enfin son bel hôte
N’y font mie… Au contraire, ce bon son plaît
À l’oiselle qui en plane, tête haute,
Sur le ventre et sur le dos, à souhait.
Mieux son bon plaisir, elle le partage,
Non sans un vrai zèle, avec tous les siens,
Au gré de ses envols et de tous ses voyages
Tant et si bien que « si » musicien
Devint scie des demoiselles hirondelles
Marquant l’ouverture, sur tout horizon,
Du printemps et, loin des modes et modèles,
Finale de l’automne, non son oraison.
Sois toute ouïe ou regard et si tu n’es mire
Tu verras qu’il est toujours lieu ou moment
Où ton talent sera su et qu’on admire
Qui ne veut pas être admirable instamment !
VIVE LA MARIÉE !
« Femme toujours à la femme est funeste ;
Vieilles surtout sont pires que la peste. »
Barthélémy Imbert, Auberée (1788)
Chez les molosses, colosses bouffeurs d’os, sont noces :
Belosse, la fille du plus véloce roi de tous ces bolosses
Épouse, la gueule au gloss, en virginal péplos,
Un certain Hippocampéléphantocamélos.
On a amené, pour l’amen à l’hymen, une foule
De familiers et d’alliés qui se défoulent
Sur les tourtereaux qu’on imagine et, ça sans fard,
Jà ingénue volage et, lui, cocu soiffard.
C’est surtout ce qu’en dit le concile des séniles,
Lices peu lisses à pelisse sans délice de chenil.
« “Fidèle et sage” avec ce gros museau juvénile,
Sornettes ! fit l’une : c’est gage de douleurs en mesnil !
– Les tendrons n’ont d’amis que suborneurs car jeunesse
Est, surtout quand on a ces charmes-là, traîtresse.
– Si la fille ne les a jà offerts, fouchtra,
Ma foi, la femme, sous peu, les leur donnera…
Car toujours notre sexe ainsi fit, fait, fera ! »
Sachant bien quelle fumée sort de ces conclaves,
Le père de l’épousée va aux chiennes faisant enclave
Parleresse comptant les galants et les amants
À venir de la rosière au minois si charmant,
De la jouvencelle fraîchement baguée qui, pucelle,
Jouait nymphe farouche et timide jouvencelle.
Il les salue avec les révérence et respect dus,
S’enquiert de leur bien-être, l’air détendu.
Les vieilles, flattées, invitent leur bon hôte
À discuter mais il glisse, alors, à ce ban de dévotes :
« Je hais qui prétend voir dans l’ambre de l’avenir,
L’ombre de leurs plus inavouables souvenirs… »
LE CROCHET & LE PICHET
Pigeon à tondre ou mouton à plumer,
À la belle saison, l’urbain morose
Qui sait, mieux que nous tous, toute chose,
Vient de sa science enfumer
Nos vies qui ne sont déjà pas si roses
Sous l’astre nous toisant de sa hauteur…
Racontons donc ce temps sans plus de glose :
Sur l’éventaire en bois du brocanteur,
S’exposait là, à la pluie et aux vents,
Une crémaillère jadis souvent
Pendue pour des crimes qu’elle n’avait
Pas commis, comme un quelconque navet.
À ses côtés, se trouvait un vil broc,
Venu du temps où on faisait chabrot,
Trop cruche, hélas, pour vous jouer encor’
Les potiches tant est fêlé son corps.
« Mon amie, fait le broc, ce monde est fou
Nous ne valons sans mentir plus sou,
Inutiles au foyer, à la tablée,
Abîmés, dépassés, las… et d’emblée
On nous propose au chaland à prix d’or
Lequel nous paiera en tout cas, c’est fort,
Plus cher que lorsque nous étions bons
Pour le service de tous leurs barbons !…
– Les temps changent comme aurait dit Strabon.
– C’est que notre inutilité nous fait objets
De désir et non de simples sujets
De leur quotidien, des obligés
Que tout problème condamne au rejet.
– Et attends un peu qu’un olibrius
Nous transforme, matin, en « œuvre d’art »
On vaudra moches, cassés et pendards,
Au moins, le prix d’un Stradivarius !
– Il en est ainsi depuis Spartacus :
L’homme accorde plus de prix au futile
Qu’à tout ce qui lui est le plus utile ! »
L’IDIOT DU VILLAGE
Un métayer sans attelage,
Bon homme, sans fard et sans âge,
Passait pour un sottard – grand dol ! –
Car d’aucuns, las, le cuidaient fol
Pour ce qu’il était sourire
Souvent, et parfois même rire,
Alors qu’il était de bon ton
D’affecter l’air d’être un maton.
Partout. En toutes circonstances.
Or la joie, vice, ici on tance,
Et, pas à moitié ni au quart.
On le tenait fort à l’écart.
Comme un pesteux. Sotte attitude
Des moutonnières multitudes,
Pieux troupeaux processionnant
Autant de fois qu’il lui faut l’an
Pour se prémunir, tout ensemble,
Des fléaux ou de ce qu’il semble.
Résonnant prou, raisonnant peu,
Chacun fait ainsi ce qu’il peut.
Non content de sa marginale
Situation, par martingale,
On s’en tenait tout aussi loin
Comme s’il gâtait le foin,
Menait le bétail à révolte
Ou, pis, pourrissait les récoltes.
Essaim bruissant et bourdonnant,
Le bourg était fort peu donnant,
À sa vue faisait grand tumulte
Mais croyait ses absences occultes.
Le prêcheur et tous les siens,
Braves gens, bons paroissiens,
En appellent à un sage et docte
– Bègue et bigleux pour l’anecdote ! –
Qui déclare le paria
« Lunaire » et d’Ave Maria
En Pater Noster en fit, crotte !
Du lieu divine mascotte.
Et voilà notre écarté
Recherché. Mieux : Souhaité.
Ce, avec non moins de sourires
Et, ma foi, tout autant de rires.
Si un âne avec un bonnet
De docteur reste un âne, il n’est
De foule qui change plus vite
D’avis que celle qu’on invite
À célébrer la sainteté
D’un être qu’elle a condamné
Naguère. Ainsi va notre monde
Et tous ceux assurant sa ronde !
LE MOINEAU & LES CHIENS
Quoiqu’ayant vu un insecte en maraude
Et que son appétit fort le taraude,
Un moineau sur les allées arborées,
Sans réflexion plus que logorrhée,
Enfila la venelle à force allure,
Comme, pris de vent, s’enfuient galures.
Point de petits calculs ni de grands desseins :
Une meute de chiens, roussins
Lâchés je ne sais pourquoi, tout d’audace,
Lui courait au train comme on fait en chasse.
Lors l’oiseau avise un cheval, superbe
Que l’on n’avait pas mis, matin, à l’herbe
Attaché à un anneau, au mur clavé,
Et battant du fer sur le gris pavé.
Le fugitif se glisse entre les pattes
De la bête, une vraie bonne pâte
Appesantie de rustiques labours,
Mais que les abois fous rendent cabourd.
Apeurée, elle joua des semelles
Et plus d’un cabot alors se gamelle.
Cette ruade prouve que l’on a
Ma foi, toujours besoin qui ci, qui là,
D’un plus grand et plus fort que soi
Quitte, parfois, à le mettre hors de soi…
LA SARCELLE & LE CRAPAUD
Rien n’est jamais acquis, ni perdu,
Chez qui ténacité n’a pas fondu !
J’en veux pour preuve cette petite histoire
Que je vous livre là, cher auditoire.
Au temps où nos rues avaient moins de trottoirs
Que de fossés et nos maisons décrottoirs,
Y vaqua une sarcelle. Perdue. On rit
De la voir battre le pavé de ses palmes,
Peu académiques dans le plus grand calme.
Nul ne songea à la tirer : quel grand mal
Pouvait faire un aussi petit animal ?
Un matin, elle gloutit, ce n’est pas faute,
Un gros crapaud qui à peine en bec, de la glotte
De l’oiselle se saisit et la serre fort
Tant et si bien qu’un fort grand inconfort
La gagne : elle ne peut avaler miette
Ni salive alors que son dîner est là.
Elle doit recracher la bête et la diète
Fut, ce jour-là, son seul repas. Et voilà
Comment jusque dans les dents de la mort, bête
Prise ne fut pas proie toute crue dévorée…
Que cela serve de leçon à qui m’embête,
Jouant à tout bout de champ les éplorés.
LE PAPEGAI & LA CORNEILLE
Las du commerce des animaux domestiques
Et de répéter des mots banals dans le débarras,
À l’arrière de cette antique boutique
Où il avait, dit-on, ses pratiques, un ara
Se mit à réciter des poèmes et des fables
Pour un maître qui, vite, vint à le moquer.
Aussi, vexé, s’enfuit ce grand perroquet
Qui se voulait, ma foi, aussi noble qu’affable.
Venant chercher reconnaissance par les bourgeons,
Il logea dans les ramées arborant la place
Du village où des moineaux, merles et pigeons
Avaient leurs habitudes et autres mœurs qui lassent
Hélas. Là, une corneille, matin, l’aborda
Sans façon : « Mon ami, grive ou fauvette valent
Mieux que toi sachant, certes bredi-breda,
Comment se nourrir à la saison estivale,
Comme à l’autre, par elles-mêmes. Tu dépends
