Punisher : L'histoire secrète - Jérémie Damoiseau - E-Book

Punisher : L'histoire secrète E-Book

Jérémie Damoiseau

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Beschreibung

Longtemps oublié et décrié mais aussi adulé, "Punisher", le premier film tiré de la bande-dessinée Marvel se situe bien au-dessus de la médiocrité que certains veulent lui prêter. Film d'action hybride estampillé "années 80" et tourné comme un polar néo-noir, le film de Mark Goldblatt mêle les cinémas d'exploitation italiens, japonais et australiens. C'est aussi l'un des rôles les plus populaires et emblématiques de Dolph Lundgren, alors star montante du cinéma d'action encore à l'aube de sa carrière après "Rocky IV", Les Maîtres de l'univers" et "Le Scorpion rouge". Illustré de photos rares et tordant le cou à certaines idées reçues, "Punisher : L'histoire secrète" retrace la genèse complète du film à travers des anecdotes croustillantes et inédites recueillies auprès des auteurs de ce long-métrage et des premiers comics. Retour sur cette série B unique, à revisiter et réhabiliter à travers sa production, son tournage et sa sortie, véritables témoignages d'une ère révolue... "Une étude détaillée et passionnante" - Préface de Hélène Merrick ("Starfix", "Ciné-News") "Pointilleux sans jamais être ennuyeux grâce au talent de conteur de l'auteur" - Antoine Katerji ("Rue89" / "L'Obs")

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Seitenzahl: 172

Veröffentlichungsjahr: 2016

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Distribution

DOLPH LUNDGREN (Frank Castle/Punisher) LOUIS GOSSETT, JR. (Jake Berkowitz)

JEROEN KRABBE (Gianni Franco) KIM MIYORI (Lady Tanaka)

NANCY EVERHARD (Samantha « Sam » Leary) BARRY OTTO (Shake)

BRYAN MARSHALL (Dino Moretti) BRIAN ROONEY (Tommy)

Equipe technique

Réalisateur : MARK GOLDBLATT

Scénario : BOAZ YAKIN et ROBERT MARK KAMEN

d’après le personnage de MARVEL COMICS

Producteur : ROBERT MARK KAMEN Coproductrice : SU ARMSTRONG

Producteurs exécutifs : ROBERT GURALNICK

MACE NEUFELD SIMON HEATH BARRY BERNARDI

Directeur de la photographie : IAN BAKER Montage : TIM WELLBURN

Musique : DENNIS DREITH Décors et costumes : NORMA MORICEAU

Coordinateur des cascades : CHRIS ANDERSON Effets spéciaux : STEVE COURTLEY

Société de production : NEW WORLD PICTURES

Distribution cinéma en France : CAPITAL CINEMA

Date de sortie en France : 25 octobre 1989

Durée : 89 minutes Format : 35 mm 1.85:1 Son : Dolby Stéréo

« Un homme ne devrait pas avoir peur d’exprimer son moi intérieur. »1

1 « A man should not be afraid to express his inner self. », scénario original de Boaz Yakin, The Punisher, 3ème version, août 1987.

TABLE DES MATIERES

Préface

Carte blanche pour sombre héros, par Hélène Merrick

Avant-propos

Du Papier au Celluloïd

L’invasion annoncée des super-héros

Les origines

L’Ecriture

Boaz Yakin, fan, conteur et scénariste

Les intentions et les influences du scénariste

Les réécritures

La Pré-production

Mark Goldblatt, du montage à la mise en scène

Le financement et les repérages

Le casting

Marvel, le costume, et la tête de mort

Les références et les influences du réalisateur

Le Tournage

Premiers plans

La photo

Les cascades

Les combats

Un rôle de composition ?

Clap de fin

La Post-Production

Le montage,

Terminator

et

Mad Max 2

réunis

La fin originale et les prises de vue supplémentaires

Les différents montages, de la

workprint

au

director’s cut

Le générique d’ouverture

La musique

La Distribution

La sortie française, hommage à une époque révolue

La sortie américaine, au purgatoire des

Direct To Video

 »

Development Hell : Punisher II

De l’optimisme au revirement

L’annonce de

Punisher II

 : vrai/faux projet ?

Epilogue

Annexes

Vidéographie

Bande originale

Sources et bibliographie

Remerciements

CARTE BLANCHE POUR SOMBRE HEROS

Préface par Hélène Merrick

____________________________________________

Chevelure nordique teinte en noir corbeau, peau claire encrassée de suie, Dolph Lundgren renvoie Musclor illuminer Les Maîtres de l’univers et descend dans les égouts. Punisher, c’est lui. Il s’habille de cuir noir des pieds à la tête, devient motard de la mort, tout droit sorti d’Orphée de Jean Cocteau. Son regard bleu assombri par des verres de contact, se couvre de lueurs troubles : justicier haineux et désabusé, le Punisher de Dolph est l’image de la vengeance brûlante et implacable. A ce jour, dans ce film de Mark Goldblatt dont les astuces compensent le budget modeste, Dolph Lundgren est le meilleur Punisher en chair et en os issu de la BD.

Aux yeux du public, masculin et féminin, Dolph est un homme magnifique, grand, élégant, une mâchoire bien dessinée, des pommettes parfaites soutenant des prunelles bleues. Dans les années 50-60, il aurait tourné dans des péplums. Le rôle de bimbo mâle ne l’attirant pas du tout, Dolph interprète Punisher avec son esprit, son talent, en plus de la grâce de son corps d’athlète. Vengeur de la Nuit, Punisher annonce et confirme la capacité de Dolph de jouer un homme blessé, comme un terrifiant psychopathe dans Universal Soldier. Son « look » noir est son idée, comme le collier d’oreilles d’Universal Soldier. Près de 30 ans plus tard, Dolph Lundgren, viril et éternel, sans perdre de sa prestance, s’amuse de ses gracieuses rides : dans Expendables, il ronfle, il chique, il éructe, il jure… et rien n’entame sa beauté, son allure hors du commun. L’affiche de Punisher est plus émouvante que terrifiante : dans les yeux de Dolph se superposent le regret, le chagrin, le désespoir, la culpabilité, la colère, la détermination. Regardez bien cette photo. Il est ténébreux, menaçant, et pourtant, vulnérable, mais seulement dans son cœur.

Dolph est un homme gentil, bien élevé, attentionné. Il donne la main avec franchise et, perspicace, embrasse seulement les personnes en qui il a confiance. Je l’ai rencontré plusieurs fois, il m’a fait l’honneur de me reconnaître dès la seconde entrevue, m’a appelée par mon prénom comme si on s’était vus la veille. C’est rare, ça existe ! Jérémie Damoiseau me fait l’amitié de me citer dans son étude détaillée et passionnante de Punisher. Pour son travail, le soin qu’il apporte à son enquête, son approche humaine aussi sympathique que celle de Dolph Lundgren, je le remercie.

Dans le souvenir vivace de Starfix et Ciné-News,

Hélène Merrick2.

2 Illustratrice, journaliste et romancière, Hélène Merrick a vécu l’aventure de la mythique revue Starfix (1983-1990) dédiée à la défense de toutes les cinéphilies sans distinction, aux côtés de ses congénères masculins Christophe Gans, Nicolas Boukhrief, François Cognard ou encore Christophe Lemaire. Elle concoure également grandement à Ciné-News (1985-1994), autre magazine phare de l’époque principalement dédié aux stars musclées du cinéma d’action. Au sein des deux publications, c’est elle qui écrit le plus grand nombre de papiers sur Dolph Lundgren, notamment sur Punisher. En attendant son prochain ouvrage consacré justement aux gros bras, on peut lire ses souvenirs dans La Fille de Starfix (éditions Ecrituriales, 2014).

AVANT-PROPOS

____________________________________________

Le présent ouvrage a vu le jour de manière inopinée. Initialement intitulé Punisher : Journal de guerre3 et conçu comme un livret, le texte qui suit est le fruit de recherches amorcées il y a près de 15 ans4. Il ne serait pas déplacé de dire que les fondements de ce livre remontent même un peu moins de 30 ans en arrière et résultent de l’impact qu’a eu sur moi Punisher (Mark Goldblatt, 1989) lors de sa sortie.

Ayant eu connaissance du projet dès l’été 19885, il m’a été possible de suivre et anticiper le film bien en amont, avec la lecture attentionnée des magazines français6 ayant largement couvert Punisher tout au long de l’année précédant sa sortie. Après avoir enfin pu découvrir le film en salle le lendemain de sa sortie soit le 26 octobre 1989, je suis retourné voir Punisher au cinéma trois fois supplémentaires, et ce malgré le fait que je n’avais pas encore 11 ans alors que celui-ci était interdit aux moins de 13 ans. Punisher a ainsi fait une très forte impression sur le « gamin » et le cinéphile en construction que j’étais déjà. Il s’agissait là du long métrage le plus sombre et le plus violent qu'il m'ait été donné de voir jusqu’alors, mais aussi et surtout le plus mélancolique et obsédant...

Longtemps oubliée, décriée mais aussi adulée, la première apparition cinématographique du personnage de BD né chez Marvel il y a plus de 40 ans se situe bien au-dessus de la médiocrité ou de la « nanardise » que certains veulent lui prêter. Alors jugé peu spectaculaire, pas assez grand public (notamment à côté du Batman de Tim Burton, 1989), Punisher possède de par la mise en scène et les choix artistiques de son réalisateur Mark Goldblatt (monteur émérite de James Cameron et Paul Verhoeven notamment : Terminator, Rambo II : La mission, Commando, Terminator 2 : Le jugement dernier, True Lies ou Starship Troopers7) un look un peu rétro presque plus proche du cinéma de genre des années 70 que de celui des années 80. C’est un film d’action estampillé « années 80 » mais tourné comme un « néo film noir », du « Bis » hybride au croisement des cinémas d’exploitation italiens, japonais et australiens.

Punisher s’avère aussi être l’un des rôles les plus populaires et emblématiques de Dolph Lundgren, alors star montante du cinéma d’action tout juste à l’aube de sa carrière après Rocky IV (Sylvester Stallone, 1985), Les Maîtres de l’univers (Gary Goddard, 1987) et Le Scorpion rouge (Joseph Zito, 1988)8. Le géant Suédois trouvait ici un rôle de composition sombre et ambivalent, qu’il situait alors comme un Crime et châtiment (Fédor Dostoïevski, 1866) mâtiné de Taxi Driver (Martin Scorsese, 1976)… Punisher était espéré comme le film pouvant transformer Lundgren en une véritable star du cinéma d’action à l’instar de Terminator pour Arnold Schwarzenegger9. Mais il présentait cependant un antihéros névrosé peut-être ni assez sympathique ni assez héroïque pour cette fin des années Reagan10. A cette période, Jean-Claude Van Damme et Steven Seagal émergeaient avec Bloodsport (Newt Arnold, 1988) et Nico (Andrew Davis, 1988), dont les démonstrations martiales semblaient mieux correspondre aux attentes du public visé. Le Suédois arrivant après ses aînés Sylvester Stallone et Schwarzenegger et évitant volontairement de suivre la trace de ses concurrents Van Damme et Seagal (bien qu’il soit lui-même ancien champion de karaté Kyokushinkaï11), il lui a peut-être toujours manqué une identité propre, ou une touche clairement reconnaissable… si ce n’est ce côté plus sombre, cette ambiguïté dans les rôles qui l’attirent naturellement (ce qui n’était pas le cas de Musclor dans Les Maîtres de l’univers) comme Le Scorpion rouge et ce Punisher12, qui sont des films à la fois typiques et en marge de leur époque13.

Tordant le cou à certaines idées reçues et légendes urbaines, cet ouvrage a pour but de raconter l’histoire complète de Punisher, à travers des faits et anecdotes inédits recueillis auprès des auteurs du film et des comics14. Retour donc, sur cette série B « OVNI » rare à revisiter et réhabiliter, à travers sa genèse, sa production et sa sortie, véritables témoignages d’une ère révolue…

Note :

Ce livre se concentre uniquement sur la première adaptation cinéma de Punisher (dont deux autres versions ont depuis vu le jour, en attendant une série télévisée) et les bandes dessinées parues jusqu’alors. La majorité des références et crédits mentionnés sont donc ceux des membres de l’équipe au moment de la production et de la sortie du film. Par ailleurs, le présent texte a été conçu et écrit à l’origine dans un format qui ne permet pas l’inclusion des nombreux et longs entretiens réalisés sur le film qui seront inclus dans une version internationale plus complète et définitive.

3 Référence à The Punisher War Journal, seconde publication récurrente consacrée au personnage.

4 Plus de 150 interviews menés à ce jour pour un projet autour des films de Dolph Lundgren. Le premier entretien sur Punisher, avec le compositeur Dennis Dreith, remonte à l’année 2002.

5 Annoncé en juin1988 dans le magazine Ciné-News (n°17, juin-juillet 1988).

6 Très bien renseignés, à une époque précédant de loin l’ère d’internet.

7Terminator (James Cameron, 1984), Rambo II : La mission (George Pan Cosmatos, 1985), Commando (Mark L. Lester, 1985), Terminator 2 : Le jugement dernier (James Cameron, 1991), True Lies (James Cameron, 1994) ou Starship Troopers (Paul Verhoeven, 1997).

8Le Scorpion rouge n’est ni sorti ni terminé lorsque Punisher se tourne mais déjà controversé.

9 Robot, cyborg, le Terminator n’était pas le protagoniste de l’histoire, menée et humanisée par Sarah Connor et Kyle Reese.

10 Dans une veine d’antihéros très similaire, le Cobra (George Pan Cosmatos, 1986) de Sylvester Stallone n’avait d’ailleurs pas réussi à convaincre après les succès planétaires de Rambo II : La mission et Rocky IV.

11 Il s’orientera tardivement et sans succès vers les arts martiaux avec le désormais culte Dans les Griffes du dragon rouge (Mark L. Lester, 1991).

12 Ou de certains de ses meilleurs films plus méconnus tels que L’Homme de guerre (Perry Lang, 1994) écrit par le cinéaste engagé John Sayles, Assassin Warrior alias Silent Trigger (1996) réalisé par l’esthète Russell Mulcahy, voire Jill the Killer alias Jill Rips (1999) libre et minimaliste adaptation d’un roman noir de Frederic Lindsay par l’artisan du fantastique Anthony Hickox.

13De Universal Soldier (Roland Emmerich, 1992) à Expendables : Unité spéciale (Sylvester Stallone, 2010) en passant par Johnny Mnemonic (Robert Longo, 1995), Lundgren montrera également beaucoup d’enthousiasme à interpréter des rôles de « méchants », des personnages cinglés dont il avoue retirer beaucoup plus de satisfaction qu’en jouant des héros propres sur eux ou monolithiques.

14 Voir la liste des personnes interrogées dans l’annexe « Sources et bibliographie » page 149.

Poster inclus dans le magazine Ciné-News n°23, Novembre-Décembre 1989

DU PAPIER AU CELLULOID

____________________________________________

L’invasion annoncée des super-héros

Depuis X-Men (Bryan Singer, 2000), Spider-Man (Sam Raimi, 2002) et après 15 ans de blockbusters mastodontes estampillés Marvel, il peut facilement avoir été oublié qu’une première avalanche de super-héros et d’adaptations de bandes dessinées pour le grand écran avait été annoncée dès la fin 1988, avec en tête Batman et Punisher. Selon les prédictions, l’année 1989-90 devait voir l’avènement des super-héros…

Si l’on n’a pas attendu Superman (Richard Donner, 1978) et le Batman de Burton pour filmer les aventures des super-héros américains15, ceux-ci ne connaissent jusque là les joies du grand écran que dans des « serials » et double-programmes typiques des années 30-40, des séries B ou Z parfois douteuses, jamais dans des productions prestigieuses de série A. Il faut patienter jusqu’à l’émergence du blockbuster au milieu des années 7016 pour que les studios -Warner Bros en tête qui détient DC Comics1717 commencent à s’y intéresser sérieusement, avec Superman et Batman18 donc.

C’est pourtant la firme Cannon, studio indépendant du « bis » par excellence19 appartenant aux inénarrables Menahem Golan et Yoram Globus, qui se lance parmi les premiers20 dans la course aux super-héros, en faisant l’acquisition des droits d’adaptation de Captain America et de Spider-Man, dont les films sont annoncés en grande pompe à partir de 198421. Dans un development hell22 et des préventes23 sans fin, se succèdent tout au long des années 80 à la mise en scène des deux projets les noms de Michael Winner, Tobe Hooper, Menahem Golan lui-même, Joseph Zito et Albert Pyun. Aucun des deux ne verra le jour chez Cannon24, qui parvient en revanche à monter un Superman IV (Sidney J. Furie, 1987)25 dont les droits ont été rachetés (pour une durée limitée) à Alexander Salkind, avec un résultat bien en deçà de ses ambitions et des opus précédents.

En 1988, au moment même où Punisher et Batman sont en cours de production, au moins une vingtaine de films de super-héros sont annoncés du gros budget au film d’exploitation (dont une majorité par le « producteur star » de l’époque, Joel Silver26) : Dick Tracy (1990) par Warren Beatty, le Captain America (1990) de Pyun bien sûr, Rocketeer (Joe Johnston, 1991), des X-Men, Ant-man, Daredevil, Elektra, Silver Surfer et même un Fantastic Four27 ou encore Plastic Man de Joe Dante… Mais l’on retiendra surtout les mythiques et avortés Watchmen par Terry Gilliam, Sergent Rock par John McTiernan (annoncé avec Arnold Schwarzenegger, puis avec Bruce Willis), et un Judge Dredd par Tim Hunter (d’abord prévu également pour Schwarzenegger). Certains de ces titres resteront à l’état de projets fantasmatiques, d’autres seront produits et verront finalement le jour quelques années plus tard comme The Shadow (Russell Mulcahy, 1994), The Mask (Chuck Russell, 1994) et The Crow (Alex Proyas, 1994), Judge Dredd (Danny Cannon, 1995), Le Fantôme du Bengale (Simon Wincer, 1996) ou encore Spawn (Mark A. Z. Zippé, 1997). Le surdoué Sam Raimi28 lui, invente son propre personnage, Darkman (1990), campé par un Liam Neeson encore anonyme aux yeux du grand public.

« Plus ‘dessiné’ qu’un héros de papier, plus abstrait qu’un crobard de Jack Kirby29 » (selon les propres mots du journaliste et futur réalisateur Christophe Gans), le futur Punisher Dolph Lundgren se retrouve associé à plusieurs adaptations de bandes-dessinées en développement30. Vers 1986-1987, le géant Suédois tente lui-même de produire une version cinéma de RanXerox31, la très violente, sexuée et politiquement incorrecte fumetti32 culte créée par Stefano Tamburini et Tanino Liberatore. Pour la mise en scène, Lundgren approche Slava Tzukerman, réalisateur du film underground et pré-cyberpunk Liquid Sky (1982)33. Mais en 1989, Lundgren avoue que RanXerox peine à se mettre en route34. L’acteur aurait également donné son accord pour Le Fantôme du Bengale (alias The Phantom, rôle finalement tenu par Billy Zane en 1996)35. Mais surtout, Dolph Lundgren serait envisagé pour le rôle mystique de Dr. Manhattan dans Watchmen, la fameuse version avortée de Terry Gilliam (1988-1990) ! Une idée du producteur Joel Silver qui n’enthousiasme apparemment pas le réalisateur de Brazil (1984)36.

En novembre 1986, le studio indépendant New World Pictures37, initialement créé puis revendu par le légendaire Roger Corman38, fait l’acquisition de Marvel Entertainment alors en difficulté, pour une somme modique entre 30 et 50 millions de dollars39 (improbable aujourd’hui surtout quand on sait que Marvel vaut maintenant quatre milliards de dollars40). Ce n’est pas un hasard si en 1987, New World se positionne dans la même optique stratégique parmi les enchérisseurs en tête pour le rachat de la marque de jouets Kenner Parker. La firme annonce donc elle aussi son propre line-up de super-héros en long-métrages cinéma, séries et dessins animés pour la télévision, dont X-Men. Mais à son grand désarroi, New World ne peut lancer les deux personnages phares du catalogue Marvel que sont Captain America et Spider-Man, dont les droits d’adaptation dont déjà cédés à Cannon. La société prend des mesures juridiques pour essayer de contrer la firme de Golan et Globus mais sans succès41. Punisher sera donc le premier sur la liste des projets d’adaptations Marvel par New World42. Malgré un budget d’environ 10 millions de dollars soit quatre fois moins élevé que celui de Batman (production Warner oblige), Punisher ne semble pas trop désavantagé et plutôt dans l’ère du temps43.

Les origines

Le personnage du Punisher naît chez Marvel en surgissant des pages du numéro 129 d’Amazing Spider-Man daté de février 1974 (mais paru en 1973). Il s’agit d’abord d’un antagoniste de « l’homme-araignée », un assassin agissant sous les ordres d’un certain « Chacal ». Gerry Conway, le scénariste-créateur44 du Punisher, ne nie pas l’inspiration directe de L’Exécuteur, le protagoniste des romans pulp de Don Pendleton parus de 1969 à 1980, dans lesquels un vétéran du Vietnam entreprend une vendetta contre la mafia après le massacre de sa famille. Le Punisher est donc une réponse graphique et directe à l’Exécuteur45. Nous sommes alors dans le traumatisme post-Vietnam, et en plein boom de la figure du « vigilante46 » au cinéma où surgissent deux figures incontournables du genre : L’Inspecteur Harry (Don Siegel, 1971), et surtout Un Justicier dans la ville (Michael Winner, 1974)47, suivis dans une certaine mesure par la petite bombe du cinéma australien que sera Mad Max (George Miller, 1979).

Le Punisher se contente d’abord d’apparitions dans les publications Amazing Spider-Man, Marvel Preview et Marvel Super Action (écrits en partie par Archie Goodwin qui contribue à donner au personnage son histoire) avant de connaître une première résurgence au début des années 1980, grâce à la plume du scénariste et dessinateur légendaire Frank Miller dans ses numéros de Daredevil.

C’est en 1986 que sort le premier titre solo du Punisher, dans une mini-série limitée de cinq numéros intitulée Punisher : Cercle de sang, lancée sous l’impulsion du scénariste Steven Grant48 et du dessinateur Mike Zeck49 (avec les participations de Mike Vosburg, John Beatty et Phil Zimelman aux couvertures). Grant veut y donner sa vision du nihilisme dont la philosophie de Heidegger lui aurait inspiré son interprétation du personnage. Marvel s’oppose au fait de donner l’identité de Frank Castle (alias Francis Castiglione) au Punisher jusqu’ici anonyme. Et de l’aveu même de Carl Potts, superviseur du projet, personne ne croit vraiment en cette mini-série chez Marvel, et la maison mère laisse finalement carte blanche à l’équipe. Sans en avoir anticipé le succès, les ventes s’envolent et la série décolle... En 1987 sort enfin un mensuel The Punisher écrit par Mike Baron50, dessiné par Klaus Janson51 (sur les premiers numéros) et supervisé par Potts, qui lance une seconde publication fin 1988 (soit pendant la production du film) : The Punisher War Journal.

Nous sommes à un tournant dans l’histoire de la bande-dessinée américaine puisque c’est également en 1986 qu’émergent deux albums phares : Batman : Dark Knight (1986) de Frank Miller, et Watchmen (1986) d’Alan Moore et Dave Gibbons. Ces deux « romans graphiques » détonnent par leur maturité et leur noirceur, avec ce que beaucoup considèrent alors encore comme des publications dites « jeunesse ». Ce contexte libère donc une place pour un personnage comme le Punisher, également favorisé par les icônes populaires de l’époque telles que Rambo, Terminator, ou Paul Kersey dans les suites musclées du Justicier dans la ville