Quand l'alcool et la drogue tuent - Pierre Guelff - E-Book

Quand l'alcool et la drogue tuent E-Book

Pierre Guelff

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Beschreibung

Quand l'addiction devient un fléau et entraîne violence et délinquance dans son sillage...

Sans conteste, la question de l’addiction est parmi les plus difficiles à appréhender, selon les spécialistes qui se succèdent comme « experts » devant les tribunaux.

En reportage aux « Alcooliques Anonymes », un homme d’une quarantaine d’années confia à l’auteur qu’il en était arrivé à boire de l’Eau de Cologne pour assouvir son assuétude à l’alcool. Lors d’un autre reportage, un jeune toxicomane avoua se prostituer pour se payer ses doses journalières de drogue. Jusqu’à quand ? A-t-il tué pour étancher son assuétude ? A-t-il rejoint le box des accusés d’une Cour d’assises ou a-t-il pu s’extirper de la nasse tendue par les dealers ?

Les procès relatés dans le présent ouvrage font tous état de ces violences extrêmes guidées par l’alcool et les drogues.

Toutes les affaires évoquées dans cet ouvrage se basent exclusivement sur des faits avérés et non de la fiction.

L'auteur, journaliste, a suivi de nombreux procès liés à l'alcoolisme et la toxicomanie et en donne un témoignage dans cet ouvrage surprenant !

EXTRAIT

Léon S., 46 ans, a tué à coups de couteau sa compagne, Marcelle M., 39 ans. Ils s’étaient rencontrés lors d’une cure de désintoxication au sein d’un hôpital, mais le couple qui partageait une vie commune chaotique avait rapidement sombré à nouveau dans l’alcool. La violence n’était pas exempte de cette situation qui mena l’homme à la Cour d’assises du Centre, où il déclara : « Elle déjeunait à l’alcool ! »

Il s’était quelque peu démené pour récupérer ses enfants, mais le vin et la bière restaient les plus forts. Et puis, les disputes éclataient : « Elle me parlait souvent de ses anciens amants... »

S’il a reconnu le drame, le jury populaire et la Cour apprenaient, aussi, qu’il avait déjà été condamné pour des actes de violence et des faits de mœurs...

À PROPOS DE L'AUTEUR

Pierre Guelff, chroniqueur judiciaire, a assisté à quelque 300 procès de Cour d’assises et a suivi des dossiers aussi importants que les affaires Dutroux, Fourniret, Cons-Boutboul, Tapie-Valenciennes, de grand banditisme, du génocide du Rwanda, d’islamistes..., mais, aussi, à ces « tranches de vie et de mort », véritables reflets de notre société, qui font le quotidien de procès moins médiatisés et que l’auteur, devenu chroniqueur radio-TV, nous relate dans le présent document exceptionnel de « vérité ».


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Seitenzahl: 220

Veröffentlichungsjahr: 2017

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© PixL

Paris

www.editionsjourdan.fr

ISBN : 978-2-39009-160-8 – EAN : 9782390091608

Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.

Pierre Guelff

quand l'Alcool et la drogue tuent

Pierre Guelff aux Éditions Jourdan

Charleroi-Bagdad, vie et parcours d’une kamikaze, 2006.

Belgique mystérieuse, insolite et sacrée, 2007. (*)

L’Impératrice et l’Enlumineur, roman historique, 2008. Cet ouvrage a obtenu les Prix « Arts et Lettres de France » et de la Ville de Rouen.

Le Petit Livre de la Sagesse et de l’Esprit maçonniques, 2008.

Histoires de crimes, l’amour et la passion, 2009.

France mystérieuse, insolite et sacrée, deux tomes, 2009. (*)

Sur les pas des francs-maçons, 2010.

Curieuse histoire d’une stigmatisée, 2011.

Meurtres au féminin, 2013.

Ces jeunes devenus criminels, 2013.

Les plus grands procès, 2013.

Quand l’amour et la passion tuent, 2013.

Dutroux, l’affaire, les pistes, les erreurs, 2013.

Les grands dossiers d’assises, 2013.

Mémoires d’un journaliste révolté, 2015.

(*) Chroniques en télévision (RTBF, TV5 Monde) et en radio (Viva Cité, Fréquence Terre en partenariat avec Radio France Internationale).

La liste complète des ouvrages et pour en connaître davantage sur l’auteur ou dialoguer avec lui : http://www.pierreguelff.info (site web officiel)

Également sur son blog « Littérature sans Frontières » et Facebook.

Préface

Un fait de société ravageur1

« La vie réelle est plus forte que la fiction », selon l’auteur Marek Halter2 et dans le présent ouvrage (sixième de la collection PIXL consacrée aux procès d’assises), les affaires qui y sont développées ne relèvent effectivement pas de l’affabulation ou du polar.

L’alcool et la drogue sont deux fléaux (dans le sens de « grandes calamités publiques ») qui font des ravages dans toutes les couches de la société et touchent des êtres de plus en plus jeunes. Des êtres qui, bien souvent, et, quel que soit leur âge, sont en quête d’une existence dans une société « idéale ». Mais ce concept est-il réalisable ? Existe-t-il, seulement ?

Luc Ferry, philosophe de renom, a posé la question : « Qu’est-ce qu’une vie réussie ? »3

Je résume l’un de ses développements :

« Imaginons que tous les individus vivant aujourd’hui en ce monde se mettent à observer parfaitement dans leur(s) existence(s) quotidienne(s) l’idéal du respect de l’autre tel qu’il s’est incarné dans les principes humanistes. Chacun prendrait dès lors pleinement en compte la dignité de tous, le droit égal de chaque individu à accéder à ces deux biens fondamentaux que sont la liberté et le bonheur.

Il n’y aurait plus désormais ni guerre, ni massacre, ni génocide, ni crime contre l’humanité, ni "choc des civilisations", ni racisme, ni xénophobie, ni viol, ni vol, ni domination, ni exclusion, et les institutions répressives ou punitives, l’armée, la police, la justice ou les prisons pourraient disparaître. C’est dire que la morale n’est pas rien, c’est dire à quel point elle est nécessaire à la vie commune et combien nous sommes loin de sa réalisation, même approximative.

Pourtant, et il faut peser chacun de ces mots : aucun, je dis aucun, de nos problèmes existentiels les plus profonds ne serait pour autant résolu. »

Sans conteste le fléau de l’addiction est parmi les plus difficiles à appréhender, selon les spécialistes. Parmi eux, le docteur Nicole Boulanger4 pose des questions essentielles et fournit des réponses accessibles au grand public. Je résume quelque peu…

— Qu’est-ce qu’une drogue ?

— C’est un produit qui agit sur l’organisme, en particulier sur le psychisme. Il modifie l’activité mentale, stimule, calme, peut rendre agité ou agressif, causer des hallucinations…

— Quels sont ces produits ?

— L’alcool, le café, le tabac, des médicaments, le haschisch, l’héroïne, la cocaïne… Certains sont légaux, d’autres pas. Tous les consommateurs de drogue ne sont donc pas des « drogués ».

— D’autres constats ?

— Certaines drogues produisent davantage de réactions biochimiques et conduisent plus facilement à un abus. Différentes situations ou certains sentiments (tristesse, peu d’estime de soi, isolement social, stress…), qui paraissent soulager lorsqu’on utilise la drogue, poussent aussi à en augmenter la consommation, surtout lorsque la personne se sent impuissante à opérer des changements.

— D’où, parfois, des comportements délinquants…

— Étant donné le prix des drogues illicites, lorsque la dépendance à celles-ci est importante, elle s’accompagne parfois rapidement de comportements délinquants. Beaucoup de toxicomanes vivent dans des conditions très précaires ; un grand nombre d’entre eux ont fait un ou plusieurs séjours en prison avec notamment comme conséquence l’absence de traitement médical.

— Des « solutions » pratiques ?

— Il existe divers centres d’aide traitant les patients en ambulatoire ou les accueillant en communauté thérapeutique. Également, de plus en plus de médecins de famille se forment à ce sujet.

Cette prise en charge est toujours difficile : (sans généraliser) le sevrage provoque des souffrances physiques, il y a, aussi (souvent) des difficultés existentielles et/ou une pathologie psychiatrique…, d’où la nécessité d’une collaboration étroite entre les différents intervenants (médecin, psychothérapeute, travailleurs sociaux…)

Il est question de souffrance psychique dans cette importante problématique et des difficultés majeures à la gérer : « Des spécialistes affirment que l’usage de drogue est avant tout le signe d’une souffrance et d’un conflit intrapsychiques. Les motivations sont multiples et complexes : fuite devant les angoisses de l’existence certes5, mais aussi soulagement de la douleur, recherche du plaisir, expansion de la conscience, recherche de la performance… »6, sans omettre un instinct de survie pour maintes personnes.

Malheureusement, le diagnostic, la prise en charge et le suivi ne sont pas toujours exempts de vives critiques, comme celle proférée fin septembre 2014 par une présidente de tribunal belge : « Plus il y a de psys, moins on y voit clair ! »7, et pour l’une de ses homologues françaises, autre constat : « Les drogués et les alcooliques ne méritent pas d’aller en prison avant d’avoir essayé un traitement adapté. »8

La discussion réside, peut-être, comme le suggère le docteur B., entre le comportement de la Justice qui considère le toxicomane comme un délinquant et la Médecine, comme un malade : « S’occuper de toxicomanes, c’est beaucoup de désillusions et quelques satisfactions magnifiques. » constate-t-il également.9

En reportage aux « Alcooliques Anonymes »10, un homme d’une quarantaine d’années me confia qu’il en était arrivé à boire de l’eau de Cologne pour assouvir son assuétude à l’alcool. Visiblement, il entrevoyait le bout du tunnel, à défaut de clamer que son problème d’addiction était définitivement résolu puisque, pour paraphraser Luc Ferry, il savait très bien que la vigilance s’imposait jour après jour, car « son problème existentiel profond ne serait jamais résolu ». J’ai beaucoup d’estime pour ces gens qui luttent contre leurs « démons ».

Lors d’un autre reportage, un jeune toxicomane avoua se prostituer pour se payer ses doses journalières de drogue. Jusques à quand ? A-t-il rejoint un box d’accusés ou, je le lui souhaite, a-t-il pu s’extirper de la nasse tendue par les dealers ? J’en connais quelques-uns qui y sont arrivés. Quelle magnifique victoire !

Pierre Guelff

1. Tous mes remerciements au docteur B., médecin et maître de stage, qui m’a conseillé de façon notable dans la rédaction de la préface et de l’annexe.

2. Le vent des Khazars, Pocket, Paris, 2001.

3. Essai aux Éditions Grasset, Paris, 2002.

4. Toxicomanie et parentalité, Fonds Houtman, Bruxelles, 1996.

5. « Dès la naissance et la vie durant, nous sommes aux prises avec un conflit entre la connaissance de notre mort à venir et le refus de notre finitude. », selon « Psychologie médicale », Faculté de Médecine de Montpellier-Nîmes, 2007-2008.

6. Site « Lien social » (publication 678 au sujet de « Peut-on civiliser les drogues ? » d’Anne Coppel, La découverte, 2002).

7. Le Soir du 1er octobre 2014.

8. Évelyne Sire Marin, magistrate, « C dans l’air », France 5, le 2 octobre 2014.

9. Voir, aussi, l’annexe en fin d’ouvrage.

10. Mouvement mondial – fondé en 1935 – d’entraide dont le but de ses membres est de demeurer abstinents et d’aider d’autres alcooliques à le devenir.

1. Marcelle déjeunait à l’alcool…

Léon S., 46 ans, a tué à coups de couteau sa compagne, Marcelle M., 39 ans. Ils s’étaient rencontrés lors d’une cure de désintoxication au sein d’un hôpital, mais le couple qui partageait une vie commune chaotique avait rapidement sombré à nouveau dans l’alcool. La violence n’était pas exempte de cette situation qui mena l’homme à la Cour d’assises du Centre, où il déclara : « Elle déjeunait à l’alcool ! »

Il s’était quelque peu démené pour récupérer ses enfants, mais le vin et la bière restaient les plus forts. Et puis, les disputes éclataient : « Elle me parlait souvent de ses anciens amants… »

S’il a reconnu le drame, le jury populaire et la Cour apprenaient, aussi, qu’il avait déjà été condamné pour des actes de violence et des faits de mœurs…

Dans ce procès, il est question de « déchéance due à l’alcoolisme ». D’emblée, l’avocat général, Claude X., met les choses au point :

— J’accuse Léon S. de meurtre, c’est-à-dire d’homicide volontaire.

— Quel est son passé ?

— Issu d’une famille de sept enfants nés de deux mariages différents, il a été placé, dès l’âge de 4 ans, dans un centre d’accueil de l’État. L’accusé déclara à ce propos : « La direction ne nous croyait pas quand on lui disait que nous étions battus. C’était dégueulasse ! J’y suis resté jusqu’à 16 ans. » Après les études primaires, il entreprit des études professionnelles en ajustage. Il dit encore : « Je n’avais pas assez de temps pour étudier. On m’a supprimé une activité sportive. Alors, j’ai décidé de ne plus faire d’efforts. » À partir de 17 ans, on note des vols avec violence, des faits de mœurs et de l’alcoolisme dans son comportement.

Deux enfants décédés

— Expliquez-nous les deux faits tragiques qui auraient fortement influencé Léon S., demande le président de la Cour, Robert G.

— Il y a vingt-cinq ans, l’accusé se maria. Trois enfants sont nés de ce mariage, mais deux sont décédés en bas âge. « L’un avait 3 mois et est décédé de mort subite ; l’autre avait 7 ans et est mort d’un cancer du cerveau. J’ai très mal supporté ces épreuves et cela me poussa à boire davantage. Je m’entendais bien avec mon épouse, sauf quand je buvais. Elle venait parfois me rechercher au café et, de retour à la maison, je la giflais puis je retournais boire. Elle aurait pu me faire la leçon autrement qu’en me jetant le verre à la figure ! » Le couple s’est séparé et l’accusé s’est mis en ménage avec une auditrice de la radio locale où il était animateur. Puis, ce fut une autre liaison avant la cure de désintoxication en milieu hospitalier, il y a deux années.

— Comment le drame s’est-il déroulé ?

— Léon S. et Marcelle M. se sont connus lors de la cure de désintoxication. Ils ont rapidement cohabité, la jeune femme accueillant Léon chez elle. C’est à l’occasion d’un anniversaire que le couple est retombé dans l’alcool. Il dépensait beaucoup d’argent par jour en bière et en vin. « Lorsque Marcelle avait bu, elle excitait ma jalousie. Elle n’a jamais eu de paroles blessantes à mon égard, mais elle disait que je ne lui donnais pas assez d’affection… » Ce soir-là, il a acheté du vin rouge, de la Chimay, de la Christmas…, des bières fortes. « Nous avons regardé la télévision et joué aux cartes tout en buvant. Plus tard, je suis retourné acheter de la bière. Nous avons fait l’amour. La nuit a été agitée, j’ai mal dormi et, au réveil, j’ai encore bu de la bière. Nous nous sommes disputés parce qu’elle me parlait de ses anciens amants. »

— À savoir ?

— Marcelle lui aurait dit que ses « ex » la consolaient quand elle avait trop bu. « Ferme-la. », lui a lancé Léon. « Je n’ai pas peur de toi, j’ai déjà été menacée par le passé. », lui répondit-elle. « J’ai élevé la voix et j’ai jeté ses produits de maquillage par la fenêtre. On se montait la tête l’un l’autre, quoi ! » Léon S. s’est alors rendu dans la cuisine et s’est emparé d’un couteau. Elle n’aurait pas réagi. La lame s’est brisée du premier coup. Il est retourné à la cuisine chercher un deuxième couteau. Elle ne bougea toujours pas. « Elle a continué à parler de ses anciens amants. Alors, j’ai enfoncé la lame plusieurs fois. J’ai vu qu’elle saignait abondamment… J’ai appelé les secours, fait le bouche-à-bouche, rappelé les secours, mais elle est décédée. Je regrette amèrement mon geste. »

— Quel est l’avis de l’expert-psychiatre ?

— « Léon S. est responsable de ses actes. Il représente un danger pour la société, et il n’est pas impossible qu’il devienne un danger pour lui-même. »

Interrogatoire de l’accusé

Cheveux grisonnants, moustache, fines lunettes, Léon S. est interrogé par le président Robert G. C’est un très important moment durant les trois journées du procès.

— En quoi consistait cette affaire d’attentat à la pudeur sur une mineure d’âge pour laquelle vous avez été condamné ?

— Ce n’était pas une mineure, mais une femme ! C’était un attentat à la pudeur. J’avais bu. C’est tout !

— Pourquoi avez-vous à cinq reprises refusé de sortir de la prison pour vous rendre à la police judiciaire ?

— Parce que c’était l’heure des visites.

— Qu’en était-il de votre relation avec la dénommée Caroline H. ?

— Nous nous sommes disputés et je lui ai donné un coup de poing dans la figure un soir d’ivresse. Après, j’ai fréquenté des cafés où j’ai eu une bagarre…

— Parlez-nous de vos liens avec une certaine Dominique F.

— Je l’ai connue alors que j’étais animateur dans une radio. Nous avons eu trois enfants ensemble.

— Où sont-ils ?

— Dans le centre d’accueil de l’État.

— Croyez-vous qu’ils y soient heureux ?

— Ils y sont mieux qu’à mon époque !

— Pourquoi sont-ils placés dans cet établissement ?

— Ils avaient été un peu abandonnés par leur mère, et moi je suis allé vivre dans un foyer pour hommes seuls puis j’ai été à l’Armée du Salut dans la capitale.

— On dit que Marcelle M. était une femme facile…

— Nous n’avons pas eu de rapports sexuels lors de notre cure en milieu hospitalier. C’était une fille très gentille, chaleureuse, sérieuse. Elle m’a accueilli chez elle un week-end, puis, seulement, il y a eu de l’intimité entre nous. Cependant, elle n’était pas guérie en sortant de l’hôpital et elle continuait à avoir des contacts avec les deux pères de ses filles.

— N’avez-vous pas menacé l’un d’eux de mort ?

— J’ai menacé de le shooter.

— Que lui reprochiez-vous ?

— D’après Marcelle, il ne voulait pas lui rendre des cassettes vidéo.

— Comment se passait la vie commune ?

— Pas bien. Nous avions des disputes à cause de la boisson. Je tenais mieux le coup qu’elle, car je voulais récupérer mes enfants et recréer un foyer. Nous étions d’accord sur le principe. Je pensais qu’elle arrêterait de boire.

— C’est pourtant vous qui alliez chez l’épicier pour la ravitailler, non ?

— Si je n’y allais pas, elle devenait méchante. J’ai recommencé à boire, mais plus tard.

— Venons-en aux faits de ce mois de décembre. Pourquoi êtes-vous allé chercher un couteau dans la cuisine ?

— Je ne sais pas. Marcelle m’a vu arriver avec le couteau et elle n’a pas bougé. La lame s’est cassée… J’étais en rage. Elle buvait et je voulais récupérer mes enfants…

— Pourquoi le deuxième couteau ?

— Marcelle était toujours immobile et j’ai donné plusieurs coups.

— Combien ?

— Je n’ai pas compté. Elle ne les a pas esquivés.

— Pourtant, on a retrouvé des plaies à ses mains, comme si elle se défendait.

— Je n’y crois pas.

— Que pensez-vous de tout ça aujourd’hui ?

— Ma vie ne vaut plus rien.

— Vous ne pensez donc pas à celle que vous avez prise ? Aux deux enfants qui n’ont plus de mère ? Aux vôtres, qui n’ont plus de père par la force des choses ?

Dans son box, l’accusé reste prostré.

« Obsédé sexuel »

Vingt-cinq experts et témoins défilent à la barre. Parmi eux, le commissaire P. de la police judiciaire arrivé sur les lieux quelques instants après le drame :

— Léon S. avait déjà reconnu son geste. Il était sous l’emprise de la boisson. L’enquête a démontré que le couple avait bu huit fois trois quarts de litre de bières fortes et de vin en quelques heures.

Des diapositives sont projetées sous les yeux de la Cour, des jurés, des journalistes et du public. L’accusé les fixe sans broncher.

Une coquette petite maison, bien entretenue, décorée d’un sapin et de guirlandes pour fêter Noël, mais aussi quelques bouteilles vides éparpillées sur une table. C’est là que Marcelle M. gît, dans une mare de sang, sur le divan-lit du salon. Son corps est transpercé de nombreux coups de couteau dans un flanc et au niveau de la poitrine.

Le commissaire P. poursuit sa déposition :

— Les voisins ont déclaré qu’il s’agissait d’un couple de buveurs, qu’ils faisaient du bruit et se disputaient. L’accusé aurait menacé de casser la g… à toute personne qui approcherait Marcelle. L’enquête a aussi démontré qu’il essayait de recréer une cellule familiale.

— Parlez-nous de la victime.

— Joviale et sympathique, elle a eu plusieurs activités professionnelles. Il y a cinq ans, elle a cessé de travailler pour cause de santé. Elle a eu deux filles de deux pères différents. Durant sa vie, elle a connu sept ou huit hommes, dont certains étaient violents. Elle s’est sentie fragilisée et s’adonna alors à la boisson. C’est à l’hôpital qu’elle rencontra Léon S., mais elle y avait eu de brèves liaisons avec d’autres hommes…

— Pour quelle raison, selon vous, l’accusé l’a-t-il tuée ?

— Il n’acceptait pas d’être dirigé par une femme. Et puis, l’alcool a été le détonateur. Marcelle avait l’intention de rompre avec lui et de renouer avec le père de l’une de ses filles.

— Quel résumé peut-on faire de l’enquête de moralité menée sur Léon S. ?

— Son père était un noceur, violent et buveur, qui a eu de nombreux ennuis avec la justice. L’accusé a reproché à sa mère de ne pas l’avoir repris au sein du nouveau couple qu’elle avait formé. Couple qui s’est également séparé. Léon S. a eu une scolarité désastreuse, il a été renvoyé pour indiscipline notoire. Il appréciait les retenues du mercredi après-midi : « Cela m’arrangeait bien ; comme ça, je ne devais pas faire les corvées au centre d’accueil de l’État ! » Licencié par son employeur, il s’est retrouvé au chômage. Ensuite, il a connu des problèmes judiciaires et il est tombé dans l’alcoolisme. Deux femmes l’ont décrit comme un obsédé sexuel, alors que l’accusé disait ne plus pouvoir « suivre » avec une autre femme, parce qu’il la considérait comme nymphomane.

Croire ou ne pas croire…

Évoquant les problèmes de l’accusé, le président de la Cour lit son casier judiciaire :

— Il y a vingt ans, il a été condamné à huit mois de prison pour vol avec violence, puis à quatre mois pour vol avec violence et menaces. Deux ans plus tard, il a été condamné pour violation de domicile. Deux ans après, à deux années de prison pour attentat à la pudeur avec menaces sur une mineure de plus de 16 ans. Il y a trois ans, à une amende pour ne pas avoir payé un trajet de transport en commun… Il y a vingt-quatre mois, il a été condamné à un mois d’emprisonnement pour coups et blessures volontaires. Il a bénéficié d’un arrêté de grâce pour trois années…

Le commissaire ajoute :

— Léon S. était bien connu de services de police. Outre les coups et blessures volontaires, l’affaire de mœurs, une ivresse publique, une rébellion, on note un port d’arme prohibée.

Dans le box, l’accusé se lève et clame :

— C’était un couteau qui me servait dans la pratique de mon métier de soudeur !

Conclusion du commissaire :

— Je ne suis pas là pour croire ou ne pas croire, je suis là pour les faits.

Un écrit énigmatique

Une artère d’une jolie petite cité située aux confins de l’entité, là où les vaches broutent l’herbe sur le terrain annexe d’un modeste club de football, non loin d’un manège et de coquettes villas. La nature verdoyante est accueillante, et on se dit que Marcelle M., Léon S. et leurs enfants auraient pu y couler des jours heureux si un drame sordide n’en avait pas décidé autrement.

Un drame résumé en trois lettres découvertes dans la maison de la victime. Trois écrits de la main de l’accusé, déposés dans le dossier parmi les pièces à conviction et que nous avons eus sous les yeux. Deux ont d’abord été retrouvés dans la chambre à coucher du couple. Le premier disait :

« Ce qui me fait dire que j’ai vécu jusqu’à l’âge de 4 ans auprès de ma mère et de mon père, ensuite j’ai été placé à la cité de l’État. »

— Pourquoi avez-vous écrit cela ? lui demande le président de la Cour d’assises, Robert G.

— Marcelle voulait que je raconte ma vie dans un livre.

Le deuxième écrit stipule :

« J’ai rencontré ma femme à l’hôpital, et ce jour-là, je ne savais pas qu’elle deviendrait effectivement celle que j’attendais depuis toujours. »

— Dans quel contexte avez-vous écrit cette phrase ?

— J’étais bien avec Marcelle.

Enfin, le troisième écrit. Il a été retrouvé par les policiers près du corps de la victime : « Chérie, je sais que j’ai fait l’irréparable, car je ne voulais pas que tu me quittes… »

— J’ai écrit ça après les faits. J’espérais qu’elle lise ce mot en reprenant ses esprits. Je lui ai fait le bouche-à-bouche, je croyais qu’elle n’était que blessée.

Divers témoignages laissaient présager une rupture dans le couple. Dès lors, l’acte « irréparable » pouvait avoir été prémédité. Mais Léon S. a nié la probabilité d’une rupture avec Marcelle, donc une éventuelle intention de la tuer.

En Cour d’assises, le doute doit toujours bénéficier à l’accusé. Jusqu’à preuve du contraire.

« L’alcool n’est pas un motif d’excuse, mais un choix ! »

C’est sur fond d’alcool, de violence, de misère sociale et morale que se poursuivirent les témoignages et les débats. Tous des thèmes abordés aussi au moment des réquisitoires et des verdicts.

L’accusé au président de la Cour :

— Ma mère ne me réveillait pas le matin quand je devais partir travailler…

— Vous auriez pu acheter un réveil, non ?

— Léon S. a reconnu qu’il s’emportait quand il buvait, selon le docteur H., psychiatre et « expert » de la justice. Il fait partie des personnes introverties dont le passage à l’acte est facilité par l’alcool. Le fait que la victime voulait se séparer de lui lui a été intolérable. Léon S., me parlant de ses projets, m’a dit : « Je veux rejoindre Marcelle… »

— Tout l’univers de Léon S. tournait autour de ses enfants, il ne voulait pas qu’ils revivent ce qu’il avait connu, d’après le responsable de la communauté protestante qui avait accueilli l’accusé.

Les avocats prennent la parole :

. Me D., avocat des parties civiles :

— Marcelle M. a été lardée de quatorze ou quinze coups de couteau par Léon S. Elle a été portée en terre un matin de Noël. Elle a vécu les stations d’un chemin de croix qui l’a menée au calvaire. C’est vrai que l’accusé a eu une enfance terrible et malheureuse, c’est vrai qu’il a perdu deux enfants, c’est vrai qu’il a travaillé sérieusement et qu’il voulait retrouver trois de ses enfants. Cela étant dit, il a violé une jeune fille, a tenté de faire de même avec sa propre mère, il shoote, il frappe, ou bien il tue. Sa responsabilité est entière et il n’a pas le moindre remords. Y a-t-il eu provocation de la part de Marcelle M. ? En réalité, l’accusé se sentait visé dans son amour-propre : ce n’est pas de la provocation ! Nous frôlons la préméditation, car il était encore temps qu’il arrête son geste irréparable après le bris du premier couteau.

. Me Y., avocate des parties civiles :

— La vie sentimentale de Marcelle M. fut un véritable désastre. Elle n’a pas été respectée en tant que femme. Elle est devenue fragile et vulnérable, est tombée dans la boisson et n’a jamais rencontré un homme digne d’elle. Aujourd’hui, ses enfants se réveillent chaque matin en se disant qu’ils ne reverront plus jamais leur maman.

. Claude X., avocat général :

— Faut-il croire l’accusé quand il dit que la victime n’a pas bougé durant le drame ? Alors, c’est quoi les éclaboussures de sang sur la porte ? Coupable, c’est aussi être responsable. Les quinze coups de couteau ne sont pas partis tout seuls ! Et l’alcool n’est pas un motif d’excuse, mais un choix. Léon S. a poignardé Marcelle M. à mort, puisqu’il a enfoncé la lame de 17 centimètres dans la poitrine de sa victime. Ce 21 décembre, c’était l’anniversaire de la mère de Marcelle. Lorsque le téléphone a sonné, elle a cru que c’était sa fille qui l’appelait pour l’occasion. En réalité, on lui annonçait la mort de son enfant.

. Me T., avocate de l’accusé :

— Léon S. s’est emporté par jalousie, mais tous les deux étaient ivres. Les analyses ont démontré que Marcelle avait 3,17 g d’alcool dans le sang et Léon 2,33. Il était amoureux de Marcelle. Il a voulu la blesser et non la tuer. La colère et la crainte nées de l’évocation par celle-ci de ses anciens amants et de l’impossibilité de recevoir ses enfants à la maison l’ont poussé à commettre ce geste. C’était bien plus qu’une vexation : une révolte. Elle a été le moteur du passage à l’acte.

. Me A., conseil de l’accusé :

— L’avocat de l’accusé perçoit souvent de l’hostilité, parce qu’il protège le « mauvais », mais nous sommes ici pour défendre un homme avec sa personnalité. Les facettes de celle-ci se façonnent au gré des circonstances de la vie. Des gens ont de la chance, d’autres pas. Dès le départ, Léon S. a été marqué par le malheur. Il a été en butte à la violence et à un manque d’affection. Des éducateurs et des éducatrices de la cité de l’État ont été condamnés pour des faits de maltraitance sur des enfants. Ne croyez-vous pas que l’accusé a été victime d’une injustice qui marque, qui blesse et qui n’a jamais pu être cicatrisée ? Il a été obnubilé par la récupération de ses gosses. S’il les a placés à ladite cité, c’est parce qu’il vivait dans la misère. Fallait-il que Marcelle et Léon soient malheureux pour, au lever, boire de l’alcool dès 7 heures du matin, comme ils l’ont fait le jour du drame. D’où la dispute et tout ce qui revient sur la table : l’alcool, les anciens amants, les reproches, les enfants… Avait-il l’intention d’envoyer Marcelle au cimetière ? Non, Léon S. est coupable de coups et blessures volontaires sans intention de donner la mort. Je ne sais pas si, en frappant au-dessus du sein gauche, on vise le cœur. Une injustice serait de dire Léon S. coupable de crime, alors qu’il ne l’est pas. Sa culpabilité est atténuée parce qu’il a réagi à une violence morale.

Le verdict

Léon S. a été reconnu coupable de meurtre. Quelle peine allait réclamer l’avocat général ?