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Le Brigadier General Ranald Slidell Mackenzie, 1840-1889, est certainement le plus méconnu des grands chefs militaires américains de la conquête de l'ouest. Colonel du 4th U.S. Cavalry Regiment de 1870 à 1882, il affronte avec succès les Comanches et les Kiowas au Texas, les Kickapoos et Lipans au Mexique, les Cheyennes au Wyoming, les Utes au Colorado et les Apaches Chiricahuas en Arizona. Il n'a parfois qu'à leur parler pour obtenir la victoire, sans tirer un coup de feu. La fin de sa carrière et sa disparition, dans des circonstances difficiles et tristes, ont certainement joué un rôle essentiel dans l'oubli qui le frappe encore aujourd'hui. Mais sa vie, ses combats et ses succès sont également essentiels pour comprendre la complexité de la conquête de l'ouest américain et le prix personnel immense payé par certains soldats dans la construction des Etats-Unis d'Amérique.
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Veröffentlichungsjahr: 2026
Avant d’entraîner le lecteur dans la vie de Ranald Slidell Mackenzie, il me faut l’avertir. Ce livre n’est pas une œuvre répondant aux critères et méthodes universitaires d’un historien diplômé reconnu par ses pairs.
Le point de départ de ce livre, c’est la volonté de partager mes lectures avec mes camarades d’association, notamment ceux qui lisent moins bien l’anglais que moi.
Au rang de ces lectures, en premier lieu, « La cavalerie américaine » de Laurence Harlé, ouvrage généraliste et grand public, a orienté notre association vers le régiment de Mackenzie et donnait quelques éléments intriguant. « Bad Hand » de Charles Robinson III, fut le premier support de mes résumés de lecture aux camarades, suivi de « The most promising young officer » de Michael D. Pearce, eux-mêmes basés sur les travaux de Ernest Wallace, historien du Texas qui a publié la première biographie de Ranald Mackenzie, « Ranald S. Mackenzie on the Texas Border », en 1965 et qui a publié la correspondance militaire de Mackenzie de 1871 à 1879 en deux volumes. Rapidement, il fallut s’appuyer sur le témoignage le plus fourni « On the border with Mackenzie », une collection de récits par le Capitaine Robert G. Carter. Pour mieux comprendre les tactiques et le style de commandement de Mackenzie, on peut s’appuyer sur l’article « Vindictive earnestness in practice : the campaigns of Ranald S. Mackenzie as a model of post-civil war Indian policy », par Kimberley S. McCall, « Colonel Ranald Slidell Mackenzie and the Apache problem, 1881-1883 par James Weldon Smith et les mémoires « The fighting colonel : Ranald S. Mackenzie’s leadership on the Texas frontier» par le Capitaine Kyle Kivioja et « Colonel Ranald S. Mackenzie and the Remolino Raid » par le Lieutenant-Colonel David Porter. Il faut évidemment accompagner ces lectures par des éléments de contexte, sur la géographie, les tribus amérindiennes, la doctrine d’emploi de la cavalerie américaine, dont on trouve beaucoup de manuels scannés sur internet, et sur la guerre de Sécession. La Library of Congress permet d’accéder à une multitude fastidieuse de journaux de presse qui appuient les éléments découverts dans les biographies et articles.
Mais n’étant pas historien et n’étant pas chercheur professionnel, l’accès aux sources originales reste hors de ma portée, ainsi que la méthode pour garantir le maximum d’exhaustivité de ces sources. Ce livre n’est donc pas une biographie par un historien, mais bien une vulgarisation de passionné, avec toutes les limites de ce genre d’exercice.
En tant que tel, ce livre contient des partis-pris, des analyses personnelles et des réflexions orientées par mes opinions et sensibilités personnelles. Je souhaite notamment montrer la complexité de la période et ne pas idéaliser ni excuser les uns ou les autres selon une grille de valeurs modernes.
Ranald S. Mackenzie subit son époque et son pays, leurs fractures, leurs idéaux, leurs erreurs, leurs espoirs, leurs crimes, leurs rêves et leurs guerres. Mackenzie est « le jeune officier le plus prometteur » (Robinson, 2005) pour les uns, autant que « celui dont j’avais peur » pour les autres. Il participe à la plus terrible guerre américaine, qui débouche autant sur l’émancipation des esclaves que sur un siècle de ségrégation des Américains noirs, puis participe aux guerres de l’ouest qui imposent autant la paix pour les fermiers et qu’un avilissement infamant des Indiens.
Mon souhait est que le lecteur referme ce livre désireux d’en savoir davantage, en se demandant s’il aurait pu mieux faire, à la place de Mackenzie, et que la réponse reste pour toujours en suspens, dans une prudente humilité.
Timothée Larribau
Carte de visite de Ranald S. Mackenzie, au grade de Colonel, aux alentours de 1868-1870.
Avant-propos
Introduction
1. West Point et la guerre de Sécession
2. Au 41
st
Infantry Regiment, Texas
3. « Saber Brigade »
4. Le Texas en 1871 et la montée en puissance du 4
th
U.S. Cavalry
5. Premières opérations
6. Blanco Canyon
7. McClellan Creek
8. Le Raid de Remolino, Mexique
9. Les suites de Remolino
10. La Red River War & Palo Duro Canyon
11. La Little Big Horn
12. Dull Knife Fight
13. Retour au Mexique
14. Les Utes de l’Uncompaghre
15. Les Apaches et une étoile
16. Pour Florida
Epilogue : Le 4
th
U.S. Cavalry et la France
Bibliographie:
Lorsque le Brigadier General Ranald Slidell Mackenzie rendit le commandement du 4th U.S. Cavalry, le 26 octobre 1882, le régiment avait presque 28 ans d'expérience, ayant été fondé le 3 mars 1855. Sur ces 28 ans, Ranald Slidell Mackenzie l'avait commandé pendant presque 12 ans, depuis le 15 décembre 1870. Alors que d'autres régiments de cavalerie avaient des surnoms rattachés à leur identité d'unité, comme le "Dandy Fifth", le "Fighting Sixth" ou le "Garryowen" pour le 7th, le 4th U.S. Cavalry était surnommé "Mackenzie's Raiders". L'empreinte de sa personne sur le régiment était telle et les succès du régiment étaient si importants que l'identité de Mackenzie et la réputation de son régiment étaient devenus indissociables.
Qui était donc Ranald Slidell Mackenzie pour parvenir à ce résultat et pourquoi, malgré une carrière impressionnante et des succès époustouflants dans les guerres indiennes, est-il aussi peu, voire pas du tout, connu ?
La réponse est peut-être à la fois simple et complexe : le Général Mackenzie est mort, à 48 ans, le 19 janvier 1889, au domicile de son cousin à Staten Island, après quelques années dans l'obscurité impénétrable de la folie.
N'ayant pas écrit ses mémoires, ne laissant pas d'épouse pour chanter ses louanges comme Libby Custer pour son époux tué à la Little Big Horn, n'ayant pas fait de scandales, n'aimant pas la presse, sauf pour défendre l'honneur de son régiment, Mackenzie n'a jamais eu la "publicité" ou les "relations publiques" pour le montrer à sa juste valeur.
De plus son époque était notoirement impitoyable en termes de santé mentale. Lorsqu'il fut diagnostiqué comme atteint de "parésie générale des aliénés" en 1884, il fut placé en retraite de l'armée, brièvement interné dans un asile à New York, puis confié à sa famille jusqu'à sa mort 5 ans plus tard. Il fut oublié aussitôt qu'il disparut des cadres de l'armée, rapidement enfoui dans le secret gêné entourant les personnes atteintes de troubles psychiatriques.
Lorsqu’il entre dans la carrière militaire, comme élève-officier, en 1859, les Etats-Unis sont déjà en guerre civile larvée. Le territoire du Kansas, qui est sur le point de devenir un Etat, est en proie à de durs affrontements armés entre les partisans de l’abolition de l’esclavage et les esclavagistes. C’est une guérilla très vicieuse, très cruelle et très personnelle qui donne son surnom de « Bloody Kansas » (Sanglant Kansas) au territoire et déjà, les heures les plus sombres de la guerre de Sécession se dessinent avec les atrocités commises de part et d’autre par les Bushwackers et les Jayhawkers. L’année 1859 voit également l’un de ces radicaux du Kansas, John Brown, tenter de déclencher une révolte d’esclave en Virginie, en s’emparant de l’arsenal de Harpers Ferry. Combattu, arrêté, condamné et pendu, John Brown symbolise la rupture nationale. Pour les abolitionnistes, c’est un martyr de la liberté d’un pays qui doit « expier son péché de l’esclavage dans le sang », selon les propres termes de John Brown. Pour les esclavagistes, il représente la horde braillarde des radicaux les plus acharnés qui sont prêt à tout pour ruiner le Sud et combattre la « suprématie naturelle de la race blanche. »
A la même période, dans le Minnesota, au Kansas, au Texas et au-delà à l’ouest, les grandes tribus des Indiens des plaines et du sud-ouest perçoivent aisément la fébrilité de la situation. Trompés à plusieurs reprises par des ruptures de traités, repoussés toujours plus à l’ouest par l’expansion des Etats-Unis, aux prises avec l’armée mexicaine et les Texans, leurs territoires de chasse parcourus par des colons parfois peu scrupuleux, parfois illuminés, et la plupart du temps totalement inaptes à comprendre leur mode de vie et leurs coutumes et en sont terrorisés, les Indiens voient dans ce conflit une opportunité de réaffirmer leur domination sur ces territoires garanties par des traités et d’empêcher ces fermes, ranchs, routes, villages, mines, chemins de fer, églises et télégraphes qui dénaturent leur environnement et empiète sur leur mode de vie.
Sur la « frontière », les effectifs se réduisent drastiquement. Près des deux tiers des officiers et près de la moitié des soldats professionnels rejoignent les Etats Confédérés et les hommes loyaux à l’Union doivent se scinder en petites unités, certaines partant combattre à l’Est, les autres restant en poste avec une capacité d’action très limitée. En 1862, dans le Minnesota, les Sioux Dakotas déclenchent une révolte ciblant les colons blancs et les agences des affaires indiennes. Près de 350 morts et plus de 500 réfugiés blancs sont comptabilisés. Il faut envoyer des troupes rétablir la situation, au moment même où l’armée confédérée de Robert E. Lee envahit le Maryland. La répression est sanglante et pour l’opinion publique dans le Nord, les Indiens sont tous des traîtres auxquels on ne doit ni respect ni égards. Au Colorado, sur les bords de la Sand Creek, en novembre 1864, les volontaires de l’infâme pasteur/colonel Chivington trahissent la parole donnée au chef Black Kettle et massacrent environ 200 indiens sans défense, théoriquement protégés par le drapeau américain. En 1866, le détachement de 80 hommes du Capitaine Fetterman est anéanti dans une embuscade tendue par Crazy Horse. En 1868, sur la Washita River, le Lieutenant-Colonel Georges A. Custer détruit le village de Black Kettle, faisant une centaine de victimes.
Trahison de parole et de traités, méfiance hostile de chaque côté, etc., tous les éléments pour un conflit long et cruel sont réunis et, quel que soit l’issue, l’un des deux camps, blancs ou indiens, ne pourra pas continuer à vivre comme il le souhaite. La culture des guerriers nomades, chasseurs-cueilleurs et la culture des sédentaires agricoles et ouvriers entrent à nouveau en collision frontale dans les grandes plaines américaines, comme elles se sont combattues en Europe dans l’Antiquité et le haut Moyen-âge, en Asie, en Afrique et sur le continent américain. Les Indiens sédentaires du sud-ouest américain, appelés aujourd’hui Pueblos, par exemple, ont laissé des traces archéologiques de villes et de cultures agricoles, vaincues par les invasions d’Apaches, de Navajos et de Comanches. Cette fois, les nomades guerriers font face à une société industrialisée dont les soldats sortent d’un long conflit qui les a endurcis physiquement et moralement.
Existait-il une solution pacifique, un partage respectueux, une entente possible ? Il est permis d’idéaliser des solutions, 150 ans après les faits. Mais l’histoire des hommes tend à montrer que l’affrontement millénaire entre nomades et sédentaires s’est souvent soldé par la défaite sanglante des uns et l’hégémonie des autres, sauf quand les uns se sédentarisent après leur victoire et deviennent hégémoniques.
Dans le contexte difficile et la complexité de son époque et de son pays, Ranald Slidell Mackenzie sort major de promotion à West Point, est blessé sept fois au combat, est avancé au rang de général à 24 ans, commande des troupes d’artillerie, d’infanterie et de cavalerie, et affronte avec succès les Confédérés, les Comanches, les Kiowas, les Kickapoos, les Sioux, les Cheyennes, les Utes et les Apaches, parfois sans tirer un coup de feu, avant de perdre la raison et de sombrer dans l’oubli.
Pour sa carrière et ses succès autant que ses blessures visibles ou invisibles et sa triste fin, Ranald Slidell Mackenzie mérite, peut-être plus que beaucoup, le titre et la reconnaissance de "héros" de l'histoire militaire américaine.
Portrait du Cadet Ranald S. Mackenzie à l'United States Military Academy de West Point, 1859
Fils du Capitaine de Vaisseau de l’U.S. Navy Alexander Slidell Mackenzie et de Catherine Robinson, Ranald nait à New York le 27 juillet 1840 et est l’aîné de sa fratrie. Après lui naissent, Alexander, Harriet, Mary et Morris. Tous les enfants portent le nom « Slidell Mackenzie ». Né Slidell, Alexander fit rajouter le nom de sa mère à son patronyme en 1838, afin de toucher un héritage d’un oncle sans descendance qui souhaitait maintenir la lignée des Mackenzie. Ce ne fut pas un grand effort, tant Alexander était fier de ses racines écossaises, qu’il transmit à ses enfants.
Le Capitaine de Vaisseau Alexander Slidell Mackenzie est un personnage hors du commun. Il est officier de la Navy mais il est aussi un écrivain et un aventurier. Il prend des permissions longues durées pour visiter l’Europe et reste, par exemple, une année en Espagne dont il tire un livre « A year in Spain » en 1829. Il visite également le Royaume-Uni et rend visite, à Castle Leod dans les Highlands d’Ecosse, au chef du clan Mackenzie, dont est issu sa mère Margery Mackenzie. Il écrit plusieurs autres livres, sur le thème de la Marine de guerre, et également plusieurs biographies de marins américains célèbres, comme son beau-frère, Oliver Hazard Perry, John Paul Jones et Stephen Decatur. Il est un ami personnel de l’écrivain newyorkais Washington Irving et son principal ennemi n’est autre que le fameux auteur du « Dernier des Mohicans », James Fenimore Cooper.
En 1835, Alexander Slidell Mackenzie épouse Catherine Robinson, décrite comme une femme généreuse, au œeur ouvert et qui impressionnait tous ceux qui la rencontraient. Alexander Slidell Mackenzie décrivit son union comme un mariage de « bonheur, de satisfaction et d’enchantement. » L’enfance de Ranald se déroule dans une atmosphère heureuse, au sein d’une famille unie et soudée. Dans leur ferme de la vallée de l’Hudson, dans l’Etat de New York, les Slidell Mackenzie vivent une vie tranquille. Les garçons sont très appréciés et sont affectueusement surnommés les « Mackenzie boys » qui leur restera toute leur vie, témoin de leur esprit de famille. Ranald était un enfant timide, gêné par un zozotement et une voix aigüe qui ne changea que peu avec l’âge. Bien que restant dans l’ombre de son petit frère Alexandre, beaucoup plus à l’aise en société, Ranald était un jeune homme modeste, attachant, gentil, sensible et blagueur, très apprécié de ses camarades et de son entourage.
Hélas, le 13 septembre 1848, Ranald n’a 8 ans lorsqu’il ouvre le portail de la propriété pour son père qui part à cheval. C’est la dernière fois qu’il voit son père en vie. Quelques heures plus tard, le cheval revient seul à la ferme et des recherches sont lancées. Alexander Slidell Mackenzie ne tarde pas à être découvert mort, à quelques kilomètres de chez lui, victime d’un infarctus à l’âge de 45 ans.
Après le décès de son époux, Catherine Mackenzie décide de déménager à Morristown, dans le New Jersey, au croisement de Oak Street et MacCulloch Avenue. La situation financière de la famille, sans être dramatique, est délicate en raison de la faillite de leur banque quelques années auparavant.
Les problèmes financiers de sa famille font partie des raisons qui poussent le jeune Ranald à demander une recommandation pour entrer à West Point, qui offre une solde aux élèves-officiers. Mais il accomplit également le vœu de son père, qui le destinait à la carrière militaire et à laquelle il se préparait depuis son plus jeune âge. Ses oncles John et Thomas Slidell, ont bien tenté de l’aiguiller vers une carrière de juriste à leur image, mais, encouragé par l’excitation martiale de la société américaine à l’approche de la guerre de Sécession, il signe son engagement comme Cadet de West Point en 1858.
Il est un élève tout à fait dans la norme. Il participe aux bizutages et recueille son lot de punitions pour plusieurs types d’infractions. Il est même un peu plus puni que la moyenne des Cadets, ce qui indique qu’il n’est, à l’époque, pas très porté sur la discipline et la rigueur qui le caractériseront plus tard.
A la surprise de beaucoup dans son entourage, il réussit brillamment ses études. Les études à West Point font la part belle à la compétition entre les Cadets qui ont un classement par matière et un classement final. A la fin de la première année, en 1859, il est 5e sur 56 au classement général. Il est 2e à la fin de la deuxième année en 1860, étant notamment 2e en mathématiques et en anglais et 7e en français.
On sait ainsi que Ranald Mackenzie parlait français, le français étant la langue étrangère la plus étudiée à West Point et dans les hautes classes américaines. La France est alors l’une des plus grandes puissances et influences mondiales. Le soutien français à l’indépendance américaine, la Révolution française, les victoires militaires du Premier Empire et l’essor culturel, technologique et militaire du Second Empire sont autant de facteurs qui expliquent l’importance du français dans l’éducation des officiers américains à l’époque.
La troisième année à West Point semble avoir été la plus difficile. Mackenzie tombe à la 12e place, et même 22e en dessin. Sa troisième année, en 1861, correspond au déclenchement de la guerre de Sécession avec la sécession de la Caroline du Sud en décembre 1860 et le bombardement de Fort Sumter le 12 avril 1861. Un grand nombre de Cadets de West Point, d’origine sudiste, démissionnent et rejoignent les rangs de la nouvelle armée confédérée. Aucune opinion politique de Mackenzie n’a laissé de trace écrite mais cet effondrement scolaire en 1861 semble indiquer que Ranald a été profondément affecté par les évènements. Sa sensibilité et sa sociabilité ont certainement été mises à rude épreuve durant ces heures sombres où les relations entre camarades, graduellement devenus ennemis, se tendaient.
Mais lors de la dernière année, Ranald Mackenzie retrouve toutes ses capacités et termine major de la promotion 1862 de West Point, son plus bas classement par matière étant 9e en chimie. Il a 22 ans et, les meilleurs du classement étant affectés au « Corps of Engineers » il est nommé Sous-Lieutenant du Génie en juin 1862, bien que sa promotion ne soit administrativement effective qu’en octobre 1862.
La guerre de Sécession est déjà dans sa deuxième année et il rejoint l’Armée du Potomac, engagée en Virginie. Le 29 août 1862, à la Bataille de Second Bull Run, il est grièvement blessé par une balle qui lui traverse le corps par les épaules, glissant sur ses omoplates. Il est laissé pour mort mais il est retrouvé vivant le lendemain et soigné. Il retourne au service le 19 octobre 1862, comme Lieutenant, promu rétroactivement à la date de sa blessure. Il sert quelques semaines dans un bataillon du Génie avant d’être nommé assistant du Général commandant le Génie de la Grande Division Droite, Cyrus Comstock.
L’Armée du Potomac, commandée par le Major General Ambrose Burnside, remplaçant du Major General Georges B. McClellan après la bataille d’Antietam, de septembre 1862, se prépare alors à une nouvelle offensive en Virginie. Le plan de Burnside prévoit de franchir le fleuve Rappahannock sur des pontons, de s’emparer de Fredericksburg et de marcher sur la capitale confédérée de Richmond. Pour franchir le fleuve, les sapeurs du Génie sont largement mis à contribution. Le général Comstock envoie d’abord le Lieutenant Mackenzie faire une reconnaissance des gués sur le fleuve, pour identifier les points de construction des pontons et disposer l’artillerie en fonction. Le 14 décembre 1862, Mackenzie fait partie des officiers qui supervisent l’assemblage des pontons lorsque, sur la rive opposée, les tirailleurs de la brigade du Mississippi du Brigadier General Barksdale ouvrent le feu sur les sapeurs. Passé l’instant de surprise, l’infanterie fédérale se place en protection et l’artillerie pilonne Fredericksburg. Le Lieutenant Mackenzie se fait remarquer pour son calme sous le feu et pour sa prompte obéissance aux ordres et il est cité dans le compte-rendu officiel de la bataille, qui se solde par un nouvel échec retentissant.
La promotion de R.S. Mackenzie au grade de Sous-Lieutenant dans le Corps du Génie, octobre 1862
L’acceptation de R.S. Mackenzie de son grade de Sous-Lieutenant, octobre 1862
Lors de la réorganisation de l’Armée du Potomac par son nouveau commandant, le Major General Joseph Hooker, le Lieutenant Mackenzie rejoint l’état-major du Major General Gouverneur K. Warren, alors commandant le Génie de l’Armée du Potomac. Début mai 1863, il participe à la bataille de Chancellorsville, qui est un nouveau désastre pour l’armée fédérale mais, sans que les archives n’en retiennent la raison, Mackenzie est promu Capitaine pour bravoure.
