Reine Sylvia - Aurore Ferrara - E-Book

Reine Sylvia E-Book

Aurore Ferrara

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Beschreibung

Sylvia ne voit du monde que ses mauvais côtés. Chaque jour, elle est confrontée à la violence et aux mensonges qui rythment sa vie. Résignée à son sort, elle ne semble plus croire en un avenir meilleur. Mais tout bascule lorsqu’elle découvre une trappe secrète menant à un autre monde, un univers empli de magie et de créatures fantastiques. Pour la première fois depuis longtemps, un espoir renaît. Sylvia n’en revient pas, mais le plus important n’est-il pas de saisir sa chance lorsqu’elle se présente ?

Ce nouveau monde lui offrira-t-il l’opportunité de reprendre le contrôle de sa destinée ? Sylvia saura-t-elle devenir l’actrice principale de sa propre vie, plutôt que de la subir ?

Un voyage où réalité et magie s'entremêlent, offrant à Sylvia une échappatoire inespérée et la possibilité de changer son destin.


À propos de l’autrice :

Aurore Ferrara est née à Guingamp, dans les Côtes d’Armor (22). Ayant beaucoup déménagé dans son enfance, elle a exercé plusieurs métiers sans lien avec l’écriture. Aujourd’hui âgée de 37 ans, elle s'est lancée dans l’écriture il y a plusieurs années. Encouragée par ses proches après la lecture de ses romans, elle a finalement décidé de les publier.

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Seitenzahl: 539

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Reine

Sylvia.

Aurore Ferrara

Fantastique

Illustration graphique : Graph’L

Image : Adobe Stock

Edition Art en Mots

Chapitre 1

Aujourd’hui le 16 octobre, le jour se lève sur une journée grise et froide, Sylvia ouvre les yeux, elle se tourne dans son lit et :

— Aïe !

Elle a mal à la hanche gauche, elle soulève la couette et le drap posés sur elle, elle a un énorme bleu. Elle regarde à côté d’elle dans le lit et s’aperçoit qu’elle est seule. C’est encore une de ces journées moroses qui commence et dont on ne connaît jamais le dénouement, elle le sait et ne se fait aucune illusion. Elle se lève rapidement et s’habille, elle n’a pas envie de quoi que ce soit, mais elle doit quand même faire des choses qui lui pèsent de plus en plus.Rester à la maison bien sagement, entretenir, ranger, préparer, voilà à quoi ressemble ses journées, aucune motivation pour faire toutes ces choses qui seront de toute façon à refaire dès le lendemain. Son mari est assis dans la cuisine, il attend qu’elle prépare le petit déjeuner, elle s’exécute. Il déjeune, se lève de table sans attendre qu’elle ait terminé son repas, il quitte la pièce. Elle reste seule au milieu de cette cuisine, assise à table dans le plus grand silence. Elle écoute, il est parti prendre sa douche, elle débarrasse pendant ce temps. La plomberie est vieillotte, un peu comme le reste de la demeure qui bien qu’accueillante n’a jamais été rénovée. Elle l’a laissé prendre sa douche avant de laver la vaisselle, afin d’éviter les foudres injustifiées de son époux. Il passe la tête par l’encadrement de la porte de la cuisine et dit :

— Je vais travailler, à ce soir.

— À ce soir.

Elle entend la porte d’entrée claquer derrière lui, puis le crissement des pneus sur les graviers de l’allée. C’est un vide et en même temps un soulagement de se sentir seule dans cette grande maison. Elle aurait aimé entendre des rires d’enfants autour d’elle, des jouets qui traînent à ramasser, les emmener à l’école. Elle sait aussi que leur situation de couple ne permet pas ce genre de rêve, elle y pense, mais cela s’arrête là.

Elle sent comme un frôlement le long de sa jambe, c’est Perle qui s’est réveillée et qui vient lui demander à manger et des caresses, comme chaque jour, la petite chienne attend le départ du mari de Sylvia pour venir demander quoi que ce soit. C’est mieux ainsi pour elle comme pour Perle, qui pour lui n’est pas vraiment la bienvenue dans cette maison. C’est Sylvia qui a dû lourdement insister pour que ce petit être puisse rester chez eux, la petite chienne qui à l’époque n’avait pas de maison et qui se trouvait dans une situation lamentable. Quand Sylvia l’a trouvée, elle était à la rue mal nourrie et pas soignée, elle l’a récupérée, s’en est occupée pour lui redonner la force et l’envie de vivre. Elle se rappelle que lors d’une de ses rares sorties avec son mari, ils s’étaient arrêtés quelques minutes au bord d’un chemin quand des gémissements ont attiré leur attention. Une petite masse de poils sales et emmêlés est sortie d’un buisson toute chancelante. Le mari de Sylvia en voyant Perle voulait juste reprendre sa route sans même s’y intéresser, mais Sylvia n’a pas lâché, finalement la boule de poils est repartie avec eux ce jour-là. À condition bien sûr qu’il ne la voie pas et ne l’entende pas une fois à la maison. Sylvia a pris soin d’elle et quelques semaines plus tard, la petite chienne s’était transformée en une petite merveille, d’où son nom. On dit souvent que les animaux sentent ce genre de chose, c’est encore une fois le cas, Perle ne demande jamais rien et ne traîne pas dans les pieds du mari de Sylvia. Elle sait que seule la jeune femme lui donnera ce dont elle a besoin, lui ne l’aime pas, c’est certain. Elle mange avec appétit sans quitter sa bienfaitrice des yeux, la journée quand elles sont seules, Perle ne quitte pas une seule seconde sa maîtresse, elle la suit dans toutes les pièces de la maison. Sa façon à elle de participer aux activités sûrement. Sylvia entretient sa maison comme chaque jour, aspirateur, serpillère, poussière, linge… Lorsqu’elle termine, elle décide d’aller prendre une douche, Perle sur ses talons.

Au moment de se rincer, elle entend de l’eau couler en dessous de la baignoire. Elle coupe la douchette et encore couverte de savon, elle enfile son peignoir pour regarder ce qui se passe. L’évacuation fuit, elle essaie de remettre le siphon, mais rien n’y fait, la fuite persiste. Elle décide de finir de se préparer, même si le fait d’être encore savonneuse n’est pas très agréable, elle verra la fuite après. Puis elle descend préparer le repas pour le soir. Elle appelle pour commander ses courses et les faire livrer le lendemain. Les minutes et les heures passent sans même que Sylvia ne s’en rende compte, elle entend une voiture dans les gravillons de l’allée, c’est lui, il rentre du travail. Perle fuit dans son panier. Sylvia regarde par la fenêtre son mari, elle sait que ça ne sera pas une bonne soirée. Elle le voit dans sa démarche et le lit sur son visage fermé, avec cette expression renfrognée des mauvais jours. Il entre, jette ses affaires et va s’asseoir dans la cuisine, Sylvia lui sert une bière, il semble se détendre un peu. Pourvu que ça dure, pense-t-elle, rien n’est moins sûr. Elle le laisse boire tranquille et part dans le salon où elle s’installe devant la télévision. Il vaut mieux se faire oublier dans ces moments-là, elle le sait, vu le nombre d’années qu’elle vit avec lui. Elle entend qu’il monte, il va prendre une douche, sûrement, pour se débarrasser de l’odeur de sa maîtresse, elle a découvert le pot aux roses il y a quelques années maintenant. Il en a changé entre-temps bien sûr, après tout quand on peut en avoir une, puis une autre, pourquoi s’en priver, c’est la philosophie de son mari. Des fois elle sent simplement le parfum d’une autre sur sa veste ou sur l’une de ses chemises. Elle sait que ce n’est pas le parfum qu’elle a senti la veille ou la semaine d’avant. Elle en déduit donc qu’il n’y a pas une seule femme, mais bien plusieurs qui changent sans aucun doute au fil des semaines et des années. Le seul souhait de Sylvia, c’est qu’il oublie un jour de rentrer, qu’il en oublie même son adresse et qu’elle soit libérée.Malheureusement cela reste un souhait bien enfoui en elle, jamais elle ne pourra partager le secret insoutenable qui la ronge de l’intérieur. Elle n’en a ni les moyens ni la force, elle doit garder ça au fond d’elle et faire avec chaque jour, en espérant que le suivant sera meilleur. C’est un peu cet infaillible espoir qui la maintient debout encore aujourd’hui. Elle entend l’eau couler et se souvient immédiatement qu’elle n’a pas réparé le dessous de la baignoire. Elle entend des cris de rage, puis son nom. Elle monte en sachant exactement les raisons de sa colère. Fébrile, elle entre dans la salle de bain, il ne lui laisse même pas le temps de finir de rentrer dans la pièce et commence :

— Tu peux m’expliquer ce qu’il s’est passé ici ?

— Je… Heu je…

Sylvia ne sait même pas comment expliquer, ni même ce qu’elle doit expliquer, il y a une fuite d’eau, ce n’est pas sa faute. Elle n’a pas le temps de chercher quoi dire que déjà la main de son mari l’atteint violemment au visage. Une telle force la fait tomber, il l’attrape par les cheveux et lui met presque le visage contre la flaque qui s’est formée sous la baignoire. Il crie, elle n’entend même pas les mots qui sortent de sa bouche, il la bouscule, la frappe de nouveau encore et encore en continuant de crier et de l’insulter. Elle ferme les yeux, résignée, elle attend que cela s’arrête, ce qui finit par arriver. Elle est au sol dans la flaque d’eau, elle entend qu’il redescend, elle se redresse difficilement et s’aperçoit qu’elle saigne au niveau du visage. Elle se regarde dans le miroir, elle a la lèvre ouverte et un hématome sur l’une des pommettes, pourtant si jolies sur un doux visage comme le sien. Elle se rince et part chercher de quoi se changer. Elle descend à son tour. Il est maintenant devant la télévision, où était Sylvia il y a encore peu de temps. Elle part dans la cuisine, commence à mettre la table, la douleur physique n’est que peu de choses pour elle. Elle n’y prête plus vraiment attention, en revanche elle a hâte qu’ils mangent et qu’ils aillent enfin se coucher, au moins cette journée sera terminée. Voilà à quoi se résume sa vie. Il l’appelle :

— Viens voir !!

— J’arrive.

Elle se dirige vers le salon et il lui fait signe de s’asseoir à côté de lui sur le canapé, elle s’exécute. Il lui prend le visage avec l’une de ses mains puissantes puis :

— Tu iras te rendre présentable avant de passer à table !

— Oui.

Il l’entoure de son bras et la colle à lui, comme un objet. Elle n’ose pas dire un seul mot de peur de le mettre encore dans l’une de ses fameuses colères. Ils restent ainsi une bonne demi-heure, puis il dit :

— C’est la fin du journal télévisé, va te rendre présentable et prépare à manger.

Sans un mot, Sylvia monte dans la salle de bain, nettoie le sang resté par terre, puis s’applique plusieurs couches de fond de teint et un peu de rouge sur les lèvres. Les marques ont presque disparu de son visage. Elle descend dans la cuisine et prépare les assiettes, puis :

— C’est prêt !

Il la rejoint, s’assoie, la regarde et confirme :

— C’est mieux, tu es plus désirable ainsi.

Comme-ci Sylvia avait vraiment envie d’être désirable aux yeux d’un tel personnage. Elle ne dit rien et se force à esquisser un sourire. La soirée se termine de façon beaucoup plus calme qu’elle n’a commencé, ils partent se coucher de bonne heure. L’heure où les lumières s’éteignent, c’est devenu un des moments préférés de Sylvia. Il est endormi et la maison est calme. Elle est en sécurité pour le court moment que dure la nuit, un répit dans cette vie chaotique. L’ombre de cette violence, toujours au-dessus de sa tête, ne fait d’elle que la chose fragile et sans âme qu’elle est devenue avec les années. Elle espère seulement chaque soir en se couchant que le lendemain sera meilleur et que pour une fois la journée aura un aspect positif sur son moral. Elle a toujours beaucoup de mal à s’endormir, elle réfléchit beaucoup à ce que les années ont fait d’elle. On peut même dire à ce qu’il a fait d’elle pendant toutes ces années. Elle réfléchit également à quelles portes de sortie pourraient s’offrir à elle, mais comme souvent elle finit par s’endormir sur ses pensées sans trouver de solution. Sans doute a-t-il brisé la volonté de Sylvia enemprisonnant ainsi la jeune femme dans le monde qu’il lui a imposé, sombre et violent.C’est la volonté de bon nombre de personnes commettant des actes horribles, le secret est primordial et la personne violentée doit absolument être isolée. C’est encore plus tordu et machiavélique que le simple fait de porter des coups. Le pire dans l’histoire c’est que l’agresseur dans quatre-vingt-dix-neuf pour cent des cas ne semble même pas heureux de cette situation qu’il maîtrise parfaitement. De très grands chercheurs en psychologie se sont penchés sur la question et même eux n’expliquent pas forcément toutes les situations. Certaines sont bien plus profondes que d’autres, mais dans la majorité des cas cela ne s’explique pas. Sylvia a lu des articles de journaux parus sur le sujet, elle espérait inconsciemment trouver des réponses et des solutions pour son quotidien, malheureusement, rien de bon n’est sorti de ces articles. Elle n’a fait que subir les foudres de son mari qui a pris cet acte pour un geste de rébellion de la part de sa femme. Il est entré dans une telle colère que Sylvia a cru qu’elle allait y rester cette fois-là. Elle voyait sa vie se terminer ainsi entre les coups et les insultes, elle s’en est finalement remise, pas sans mal, mais elle est vivante. Au lieu de voir cette opportunité comme un signal d’alarme, où comme une seconde chance, elle a préféré fermer les yeux encore une fois sur ce qui s’est passé. Puis continuer comme si de rien n’était pour calmer les craintes de son mari et qu’il ne recommence pas à la corriger de cette façon. Il sait se montrer gentil dans de rares occasions, un souvenir lui revient immédiatement en tête. Un anniversaire où il avait invité du monde, il lui avait fait la surprise, il avait fait une grande fête, de supers cadeaux, des bijoux somptueux, la journée avait été plus qu’agréable dans la joie et la bonne humeur. Tous, y compris Sylvia, avaient passé un très bon moment et elle avait presque eu le sentiment que les crises de son mari avaient réussi à lui passer. Pendant plusieurs jours après cette fête, il n’avait pas montré le moindre signe de violence. Elle ne savait pas vraiment expliquer le changement de comportement soudain, mais en était plus que ravie. Cela n’a malheureusement duré que quelques jours et tout est redevenu comme avant, la violence et les insultes sont réapparues. Les semaines, les mois, les années sont passés, mais rien n’a changé de manière durable. Elle s’est habituée à vivre avec, elle trouve des raisons pour tout. Un exemple lui vient en tête immédiatement, elle aurait voulu passer le permis de conduire, évidemment son mari s’y est formellement opposé. Elle a juste pensé de toute façon je n’ai pas de voiture, alors à quoi bon ? Elle ne l’a finalement jamais passé. C’est une façon déguisée de fermer les yeux encore une fois et même si au fond d’elle, elle en est bien consciente, elle préfère ne pas y penser. De toute façon, elle ne peut même pas compter sur le soutien de proches, comme des parents par exemple. Qu’auraient pensé ses parents de la voir dans une telle situation ? C’est une question qu’elle se pose régulièrement, mais ne sait pas vraiment comment y répondre. En effet, ses parents sont décédés dans un accident de la route alors qu’elle était encore très jeune. Seul un de ses grands-pères était encore en vie à l’époque, il a fait ce qu’il a pu pour lui offrir un toit et à manger, mais il ne remplaçait absolument pas les parents de Sylvia. Après quelques années de cohabitation, la situation a changé, il est tombé malade et c’est la très jeune femme qui s’est occupée de lui jusqu’à la fin de sa vie. Il était reconnaissant de la présence et de l’aide de sa petite fille. Elle n’a malheureusement rien pu faire quand l’heure est venue, elle s’est retrouvée seule et sans ressource. Son grand-père ne possédait rien, ni bien, ni argent, à son grand désarroi il ne pouvait rien lui laisser. Elle travaillait à mi-temps comme serveuse pour l’aider à payer les factures plus importantes du fait de sa présence chez lui. Elle a rencontré son mari dans ce restaurant, il était charmant et doux à l’époque. C’était un fidèle client qui se mettait systématiquement à des tables où il pouvait admirer Sylvia, peu importe où elle se trouvait dans la salle. Il était attendrissant, il était très amoureux d’elle, un fait qui n’avait échappé à personne. Il a commencé à lui laisser des petits mots doux glissés avec la note ou bien dans sa main directement. Elle aimait ce romantisme, ces petites attentions, des fleurs ou des chocolats qu’il lui offrait, puis il s’est décidé à l’inviter au restaurant. Un beau restaurant, une soirée parfaite, un très bon dîner, un très bon vin, de la musique, suivie d’une nuit magique, il n’a pas fallu longtemps à Sylvia pour tomber entièrement sous son charme. Elle a du mal à se souvenir quand a commencé ce tourbillon de violence. Elle sait que lors de leur mariage, il était le mari idéal, monsieur bon chic, bon genre, le bon mari aimant et aimé de tous. Personne, même pas Sylvia aurait pu se douter de ce que cachait cette gueule d’ange, elle était simplement très heureuse de l’épouser. Elle l’aimait, il l’aimait, ils s’installaient ensemble, la vie à deux s’annonçait plus que parfaite, en un mot le bonheur. Il a fallu moins de six mois pour que Sylvia se rende compte que la vie aux côtés de son mari n’était absolument pas celle qui lui avait été promise avant de se marier. Elle était très jeune et ne voyait pas vraiment de porte de sortie. Elle pensait naïvement que cela lui passerait avec le temps et elle se surprend encore aujourd’hui à le penser par moment.

Elle finit par s’endormir, complètement plongée dans ses pensées.

Le lendemain, une fois son mari partit, elle fait les corvées habituelles, rangement, ménage, linge. Puis elle décide de s’atteler à la réparation de l’évacuation de la baignoire. Elle passe dans le jardin et se dirige vers le petit chalet en bois au fond de celui-ci qui renferme les outils. La porte grince, puis craque, le bois a joué avec le temps et les intempéries qui se sont abattues dessus. Elle tire sur une cordelette, la lumière s’allume en clignotant légèrement au départ, puis reste fixe. Il y a plusieurs établis à droite et au fond, à gauche des cartons, des sacs plastiques, et d’autres bricoles posées ici et là, attendant simplement qu’on vienne les réutiliser. Au-dessus des établis, des marteaux, des tournevis, des pinces, au-dessous des établis, des caisses avec des vis, des clous, des joints, des écrous, c’est exactement cela dont elle a besoin. Elle prend les outils qui lui semblent nécessaires, et quelques accessoires de plomberie également. Le plancher résonne sous ses pas, le chalet est installé en hauteur pour éviter d’être directement au sol et de prendre l’humidité fréquente dans leur région. Elle frissonne, il ne fait pas chaud aujourd’hui, elle rentre et commence à démonter le siphon, puis remettre un joint. Elle est à quatre pattes sous la baignoire lorsque la sonnette de la maison retentit, elle se cogne la tête en se levant trop vite. Surprise elle se redresse rapidement et se souvient qu’elle a commandé des courses la veille. Elle n’est pas maquillée et surtout, elle est plutôt sale, elle s’est tachée et trempée en réparant le siphon, sans parler de la poussière qu’elle a ramassée sur ses vêtements en allant dans le chalet. Ses cheveux sont juste maintenus grossièrement par une petite pince pour éviter qu’ils ne lui viennent dans les yeux, mais ils ne sont pas peignés. Sans se regarder dans le miroir, elle descend en direction de la porte en se doutant de l’allure lamentable dans laquelle elle se trouve. Elle ouvre, face à elle, un homme de petite corpulence avec un sac dans chaque main. Il dit :

— Bonjour, Madame, je suis le livreur, je vous amène votre commande.

— Bonjour, oui je vous remercie. Pardon pour ma tenue, j’étais en train de bricoler.

— Il n’y a pas de soucis. Mais vous êtes sûr que tout va bien, Madame ?

— Oui, pourquoi ?

Le livreur ne sait pas bien comment exprimer ses craintes sans blesser Sylvia, il continue de cette façon hésitante :

— Vous vous êtes cognée en bricolant ?

— Oui la tête, je me suis relevée trop vite.

— Je parlais de votre visage.

Sylvia passe une main légèrement tremblante sur sa pommette encore douloureuse. Elle réalise qu’elle n’est pas maquillée et que l’hématome est bien visible. Elle essaie de trouver une excuse :

— À ça, ce n’est rien, j’ai fait une chute.

— Vous semblez très maladroite les derniers temps, soyez prudente.

— Je vous remercie de votre sollicitude.

— Je vous en prie, j’ai laissé une petite carte avec le numéro du magasin, si vous avez besoin d’autre chose n’hésitez pas à nous contacter.

— Je vous remercie.

— Au fait si vous souhaitez que ce soit moi, je m’appelle William. Mais tout le monde m’appelle Will. On ne sait jamais si ça peut vous servir, j’en serais ravi.

L’homme lui a en réalité lancé un message de secours au cas où elle en aurait besoin. Elle a bien compris même si elle n’a pas du tout l’intention de s’en servir ni maintenant, ni jamais. Elle dit au revoir à Will, rentre et range les courses, elle glisse la petite carte dans le carnet d’adresses dans un des tiroirs du meuble de l’entrée. Elle ne sait pas bien pourquoi, vu qu’elle n’a pas l’intention de s’en servir, mais elle le fait tout de même. Elle monte ensuite dans la salle de bain terminer ce qu’elle a commencé. Elle y passe encore plusieurs longues minutes puis essaie, elle laisse couler l’eau à forte pression pendant un moment pour s’assurer que la fuite n’y est plus. L’essai est concluant, plus une seule goutte d’eau en dessous, c’est parfait, maintenant il lui faut ranger le bazar qu’elle a mis en bricolant. Elle ramasse les outils, puis nettoie, elle va ensuite remettre les outils dans la cabane du jardin. En les déposant, le bois craque bizarrement sous ses pieds, quelque chose attire son attention, elle soulève la bâche qui couvre quelque chose d’assez volumineux. Elle découvre plusieurs cartons et cagettes dans lesquels sont disposées des sculptures. Elle se souvient que ce sont ses sculptures, elle aimait faire ce genre de chose, mais pourquoi a-t-elle arrêté ? Ça lui revient doucement, sa passion lui prenait beaucoup de temps et beaucoup de place. Elle a préféré s’arrêter pour s’occuper de sa maison et de son mari. C’est à l’époque où il a changé de visage, à peu près six mois après leur mariage et son installation ici. Elle a pris la décision en très peu de temps, elle s’est levée un jour, a pris tout son matériel, toutes ses sculptures et les a rangés ici comme elle a pu. Elle en prend certaines dans ses mains, repensant à leur fabrication, chacune a sa propre histoire, ces cartons renferment toute une page de vie de Sylvia. Elle regarde sa montre, le temps passe vite, comme si une décharge électrique l’avait atteinte, elle remet les sculptures en place, place la bâche par-dessus et se hâte de retourner à l’intérieur de la maison. Elle doit encore préparer le dîner et se préparer. Aujourd’hui, elle n’a plus vraiment le temps de s’étendre dans ses souvenirs, il est tard, mais elle n’a pourtant qu’une envie, revenir fouiller dans ses affaires. C’est ce qu’elle décide de faire, mais demain, pour le moment il faut avancer à l’intérieur. Le temps passe comme un rien, elle a juste le temps de finir ce qu’elle doit faire avant qu’elle n’entende la voiture dans les gravillons de l’entrée. Elle regarde son mari, il semble de meilleure humeur que la veille, mais au fond d’elle Sylvia ne pense qu’à une chose, passer à la journée suivante, pour aller dans la cabane. Fouiller dans ses affaires et qui sait peut-être y retrouver des trésors, comme-ci cette découverte lui avait redonné de l’énergie, même de l’espoir et un peu de joie aussi.

La soirée se passe sans violence et sans beaucoup d’échanges entre eux, pour une fois les pensées de Sylvia ne sont pas tristes ou sans réponse, elle se revoit passant parfois des heures à modeler ses œuvres. Complètement détendue, complètement libre de donner n’importe quelle forme ou inclinaison aux objets qu’elle créait. Ce sont de très heureux souvenirs qui lui font chaud au cœur, elle ne sait plus trop d’où lui venait cette inspiration, mais elle sait qu’elle n’était jamais à court d’idées. Comme-ci ses créations étaient déjà fixées dans sa tête avant même qu’elle commence à travailler dessus. Si elle devait se remettre à faire quelque chose aujourd’hui, elle ne sait pas vraiment à quoi ressemblerait son œuvre, c’est différent de l’époque. C’est sans doute dû au fait qu’elle n’a pas pratiqué son art depuis un long moment, les idées reviendraient sûrement une fois qu’elle aurait commencé. Elle se berce de cette idée pour pouvoir trouver un sommeil apaisant pour l’une des rares fois où cela lui arrive.

Depuis très longtemps, le lendemain Sylvia est la première levée, elle prépare le petit déjeuné, elle est pressée que son mari parte travailler. Ne dit-on pas « quand le chat n’est pas là, les souris dansent » ? Cette expression est plus qu’appropriée dans cette situation. L’heure du départ arrive enfin, elle fait rapidement le brin de vaisselle, vérifie que la voiture n’est plus là, elle s’habille chaudement et part dans le chalet du jardin. Mêmes gestes que la veille, elle retire la bâche, et commence à fouiller. Certaines sculptures lui sont familières, pour d’autres en revanche, elle se demande bien où elle a pu trouver de telles idées. Des personnages plutôt étranges, avec des expressions bizarres, c’est étonnant, des paysages enneigés sur des socles ronds. C’est beau, mais elle n’a pas voyagé ni bouquiné suffisamment pour pouvoir avoir tiré l’inspiration pour créer de telles merveilles. Elle pose les sculptures les unes après les autres sur les établies pour pouvoir découvrir les suivantes enfouies en dessous. L’heure tourne, elle sait qu’il va falloir bientôt tout remettre à sa place et rentrer, mais elle ne peut s’empêcher d’aller jusqu’au fond des cartons pour ne rien rater de ces merveilles. Son visage s’illumine, ses yeux pétillent, ce qui soit dit en passant n’était pas arrivé depuis un long moment. Elle déplace un carton pour tirer la cagette d’à côté vers elle, et à ce moment quelque chose au sol attire son attention. Prenant ça au début pour un défaut du bois, elle comprend rapidement qu’il s’agit d’une sorte de trappe. Mais quel est l’intérêt d’une trappe à cet endroit ? Le chalet est légèrement surélevé du sol, mais à quoi bon aller entre le fond du chalet et le sol ? Elle pense qu’il s’agit sûrement d’une façon d’installer l’abri de jardin. Ceux qui ont construit cet abri ont dû avoir besoin de faire passer quelque chose par dessous et ils ont donc laissé cette trappe. Sylvia reste très perplexe tout de même, l’électricité a été installée il y a peu de temps et encore c’est juste une petite lumière rien ne passe par dessous le chalet. Rien d’autre n’a été installé, ni isolation, ni eau, donc elle se demande bien le but d’avoir laissé une trappe. Le temps est passé vite, la journée est déjà bien entamée, elle n’a plus vraiment le temps de se pencher sur le pourquoi du comment. Elle range rapidement tout ce qu’elle a sorti et remet la bâche par-dessus. La journée défile à grande vitesse. Elle ne cesse de penser à toutes ces créations plus que fantaisistes, elle aimerait tant ne pas avoir perdu cette petite flamme qui lui permettait d’avoir tellement d’imagination. Pour garder un minimum d’espoir, elle se dit que ça finira peut-être par revenir. La soirée n’est pas des plus agréables, son mari rentre plus tard que d’habitude, il a bu, il est d’une humeur massacrante et la moindre petite chose met vite le feu aux poudres. Il lui reproche d’avoir traîné à la maison pendant que lui travaillait dur, elle sent sur la veste qu’il a laissée sur le porte-manteau de l’entrée, un parfum très féminin. Elle en déduit que s’il est rentré tard ce n’était pas pour faire des heures supplémentaires. Il a dû aller chez une femme passer du bon temps et qu’importe, elle s’en fiche. Pendant qu’il est avec cette femme, il n’est pas à la maison et ne lui demande pas de rapport intime, ça lui convient très bien. Le seul problème dans ces cas-là c’est qu’il rentre éméché et ne retient ni ses insultes ni ses coups envers elle. Elle sait qu’elle ne prend que le mauvais en lui quand il est dans cet état, vu que le bon côté c’est sûrement l’autre femme qui l’a eu. Ce soir bizarrement, elle ne vit pas la violence de la même façon, les insultes sont presque instantanément chassées de son esprit, tandis que les coups qu’elle reçoit ne sont qu’un enchaînement, bien sûr la douleur est présente. La seule chose à laquelle elle pense une fois encore ce sont ses sculptures et cette trappe. Après une telle soirée, Sylvia apprécie de partir se coucher et surtout elle apprécie que son mari soit endormi. Elle finit par s’endormir à son tour. Cette nuit-là, des rêves étranges perturbent Sylvia. C’est comme des flashs, de la neige, des petits personnages qui s’agitent, une forêt, de très beaux vêtements tout pailletés bleu clair. Elle ne comprend pas bien le rapport entre toutes ces choses, mais elle se souvient de ses sculptures, et elle y voit une nette ressemblance. Ce qui est plutôt étrange, car jusqu’ici elle n’a jamais eu ce genre de rêve, c’est plus l’œuvre d’un esprit enfantin qui s’évade dans la nuit, plutôt que les rêves d’une adulte. On dit que parfois l’esprit nous joue des tours et il n’y a pas d’âge pour cela. Elle se réveille plusieurs fois dans la nuit dérangée dans ses rêves par d’étranges flashs de lumière, cette violente luminosité la sort plusieurs fois de son sommeil. Elle passe une nuit agitée, au sommeil saccadé et un temps de sommeil très limité.

Chapitre 2

Le lendemain comme la veille, elle a hâte qu’il s’en aille, elle fait très attention à ce qu’elle fait pour qu’il ignore presque jusqu’à sa présence. Elle lave la vaisselle et câline Perle, en attendant qu’il parte, elle se presse de faire ce qui lui incombe pour retourner dans le chalet, elle est impatiente. Le moment tant attendu arrive enfin, elle pousse de nouveau les cartons pour avoir accès à la trappe. Une fois celle-ci bien dégagée, elle appuie avec le pied dessus, d’un côté puis de l’autre, ça grince, mais rien ne bouge. Il s’agit peut-être simplement d’une planche de bois mise en renfort, rien de plus, mais elle en doute. La planche semble bien faire partie du plancher, elle ne semble pas avoir été rajoutée ici, pour une raison quelconque. Elle s’accroupit, touche le contour du bout des doigts, elle sent comme un courant d’air encore plus froid que l’air extérieur. Elle entend comme un léger bruit, on dirait que quelqu’un gratte la trappe, mais extrêmement faiblement. Elle met les genoux au sol et approche son oreille de la trappe, lorsqu’elle pose sa tête contre le sol, elle bascule la tête la première, elle chute, roule et finit sa course dans un arbre en contrebas. Elle se redresse un peu sonnée, enlève avec sa main les quelques brindilles qui se sont agrippées à ses cheveux. Puis époussette ses bras et s’aperçoit que c’est de la neige qu’elle enlève. Quand elle est rentrée dans le chalet, il ne neigeait pas, combien de temps est-elle restée dans ce chalet ? Pourvu qu’il ne soit pas trop tard, sinon ça va encore lui valoir les foudres de son mari. Elle regarde autour d’elle et chuchote :

— Oula ! J’ai vraiment pris un bon coup sûr la tête cette fois-ci, je ne reconnais même plus mon jardin.

Le petit jardin s’est transformé en immenses étendues enneigées, parsemées d’arbres également couverts de neige, on dirait une carte postale tellement c’est beau. Mais où est-elle donc arrivée ? Les questions tournent comme un manège à pleine puissance dans sa tête. Elle essaie de fermer les yeux, puis de les rouvrir en se disant que ça changera ce qu’elle voit, mais rien n’y fait. Mais où est-elle tombée ? Elle fait quelques pas dans la neige qui s’enfonce sous son poids, elle avance difficilement. Le froid sur son visage est moins agressif qu’il l’était lorsqu’elle est sortie de chez elle tout à l’heure, c’est bizarre. Tout à coup elle entend de petits cris fins venant de sa droite, elle regarde et voit deux petites masses poilues et rondes lui foncer dessus sans ménager leur peine. Cela ressemble à des écureuils, en plus foncés, plus gros, plus agressifs et moins bien dessinés. Un peu comme dans un dessin animé avec des images de synthèses mal travaillées. Avant qu’elle n’ait eu le temps de faire ou dire quoi que ce soit, ils se retrouvent à ses pieds et commencent à lui mordiller les chevilles et les mollets, elle crie :

— AÏE !! Arrêtez ! Vous me faites mal !! Vous êtes fous ??

L’une des créatures lève la tête en direction du visage de Sylvia et s’arrête instantanément, il se laisse glisser en bas de la jambe de Sylvia et tombe lourdement sur son pied. Il émet un petit son aigu et le deuxième lâche également la jambe et se laisse tomber à son tour. Ils se mettent en position de prière et :

— Ô ! Notre Reine adorée, vous êtes de retour ? On ne savait pas, pardon, ma Reine, il faut nous excuser, par pitié, ma Reine !

— Qu’est-ce que…

— Ma Reine, personne ne nous a prévenues de votre retour parmi nous. C’est que nous ignorions si vous alliez revenir.

— Je ne comprends rien, de quoi parlez-vous ?

— Ô, ma Reine, vous seriez-vous cogné la tête ?

Le deuxième poilu met une claque à l’arrière du crâne du premier puis lui lance :

— Allons, tu es fou, je te rappelle que tu t’adresses à la Reine, ne sois pas désagréable, ça pourrait te coûter cher.

Il se tourne ensuite vers Sylvia et continue :

— Pardon ma Reine, vous savez avec toutes ces lunes en forêt, on en perd un peu les bonnes manières. Comme vous pouvez le voir, Hip, ici présent est parfois un peu brusque, mais loin de lui et de moi, ô ma Reine, l’idée de vous manquer de respect, je vous assure.

— Je le sais, je le sais, mais je ne comprends toujours rien à vos histoires de reine, de lune et de forêt, est-ce que vous pourriez m’expliquer ? Où suis-je ? Et comment y suis-je arrivée ?

Hip et Hop se regardent puis se rapprochent l’un de l’autre, se chuchotent quelques mots à l’oreille, puis visiblement s’engueulent. Pour finir, ils s’attrapent par le coup et commencent à rouler par terre devant les yeux médusés de Sylvia. Celle-ci finit par se gratter la gorge pour rappeler sa présence. Hip lève les yeux vers elle, puis :

— Ah oui c’est vrai, ma Reine.

Il repousse fortement Hop, puis ils se remettent debout rapidement, Hip regarde Hop et s’exclame :

— Tu vois pour qui tu nous fais passer, devant la Reine ?

— Ce n’est pas moi, c’est toi qui as commencé.

— Ce n’est même pas vrai, c’est toi qui as dit que…

— Mais tu es vraiment le roi, toi tu n’en rates pas une, vraiment…

— C’est toi qui n’en rates pas une…

Sylvia n’en croit pas ses yeux, on dirait deux enfants en train de se chamailler pour un bonbon. C’est hallucinant, elle met deux doigts dans sa bouche et siffle un coup net et fort pour mettre fin une bonne fois pour toutes à leurs chamailleries. Elle intervient :

— Messieurs, s’il vous plaît, pouvons-nous en venir à ce que je vous ai demandé ?

Hop sur un air narquois dit :

— Vous nous avez demandé quelque chose ?

Puis il attrape son ventre avec ses fines pattes avant et roule par terre mort de rire, pendant que Hip regarde la reine, l’air inquiet. Hip poursuit :

— Pardon, ma Reine, il faut excuser cette andouille, il n’a plus toute sa tête par moment. Si vous voulez, nous pouvons vous raccompagner chez vous.

— Chez moi ?

— Oui, ô ma Reine dans votre palais, vous y trouverez sûrement toutes les réponses à vos questions.

— Heu… C’est-à-dire que…

— Nous nous ferions un plaisir, que dis-je ce serait un honneur pour nous de vous reconduire.

— Bien, si j’obtiens des réponses pourquoi pas. Allons-y dans ce cas.

— Suivez-nous. Ne nous perdez pas de vue, je crains que certains ne vous reconnaissent pas dans cette tenue.

Sylvia pense immédiatement, “Ma tenue” ? Qu’est-ce qu’elle a ma tenue, ce n’est pas une tenue de soirée, mais je suis tout à fait présentable. Pourquoi diable dit-il ça ? ». Sans plus attendre, Hip et Hop commencent à sautiller et à marcher d’un pas pressant, Sylvia les suit difficilement, gênée par la neige dans laquelle ses pieds s’enfoncent à chaque pas. Chacun leur tour, les deux poilus surveillent que Sylvia suive, ils jouent entre eux le long du chemin, laissant voir à Sylvia qu’elle est très lente comparée à eux. Ils se chamaillent de nouveau tout au long du trajet, il n’y a pas de doute, de vrais gamins ces deux-là. Ils passent par la forêt, puis des clairières, des collines enneigées et enfin arrivant au sommet de l’une des collines, ils voient un château, bizarrement formé, mais tout de même digne d’un conte de fées. Hip et Hop s’arrêtent un instant, s’assoient et regardent le château comme-ci, ils le découvraient. Sylvia trouve l’endroit très beau et surtout rempli de magie comme dans les contes que lui racontait sa mère lorsqu’elle était petite. Elle demande à Hip :

— C’est ici chez moi ?

— Oui ma Reine, il ne reste qu’une courte distance pour y arriver.

— Vous connaissez bien cet endroit ?

— Oui enfin non…

— Vous connaissez ou pas ?

— Oui à l’extérieur, mais pas vraiment à l’intérieur.

— Je ne comprends pas. Comment ça, pas l’intérieur ?

— C’est à dire ma reine que nous n’avons pas vraiment été conviés à visiter les lieux.

— Pour quelle raison ?

— Nous sommes trop jeunes et n’avons pas pu entrer. Puis nous ne faisons pas partie non plus du personnel.

— Bien, je commence à comprendre. Aujourd’hui, je vous demande de m’accompagner à l’intérieur.

— C’est une blague, ô, ma Reine ?

— Pas du tout. Allons-y !

— Si c’est un ordre !

Hop surpris, mais toujours avec un ton blagueur :

— J’te jure les ordres c’est plus ce que c’était !

Son compère le reprend immédiatement :

— Allons, c’est un ordre de la Reine, et sûrement une chance inouïe pour nous, enfin surtout pour toi, vu ton manque de tenue.

— J’ai autant de tenue que toi.

— Sûrement pas ! Moi, j’ai la classe.

— Non c’est faux, tu oublies les bonnes manières deux fois sur trois.

— Même pas vrai. Je suis toujours poli, courtois, propre, sage…

— Pfff, mais oui, dans tes rêves les plus profonds, mais pas ici.

— Tout faux !! Ici et ailleurs, je suis comme ça.

Sylvia qui les écoute d’une oreille distraite, les coupes dans leurs blabla incessants comme ceci :

— Messieurs, une fois encore, pouvez-vous cesser de vous chamailler pour que nous puissions reprendre notre chemin dans le calme, si c’est possible ?

Hip ignore le flot de paroles de son compagnon et dit :

— Pardon, ma Reine, il est encore jeune, il faut l’excuser. Quant à moi, il me tape vite sur les nerfs.

Hop lui fonce dessus sans attendre avec ces mots :

— Tu vas voir si je te tape sur les nerfs !!

S’ensuit une roulade dans la neige, Sylvia en perd la tête et n’arrive plus à les différencier, ni même à comprendre les mots sortant de leurs bouches. Elle siffle un grand coup et les deux s’arrêtent instantanément. L’une des deux formes, recouverte de neige, reprend la parole :

— Ô ma Reine, avec tout le respect que je vous dois, il vaudrait mieux ne pas faire ce genre de chose par ici, vous allez nous attirer de graves ennuis.

— Quels ennuis ?

Au loin un bruit sourd se fait entendre. Un feulement étouffé, on pourrait croire qu’une horde de chiens enragés se réveille pour grogner d’une seule et même voie. C’est effrayant comme bruit, le regard de Hip et Hop ne trompe pas. Sylvia comprend qu’elle n’aurait pas dû siffler, mais ne sait pas quel genre de chose elle a déclenché en le faisant. Hip dit :

— Ma Reine, il faut courir si nous voulons avoir une chance d’arriver avant eux aux portes du palais.

— Je vous suis, conduisez-moi.

Dans un rythme effréné, ils parcourent la distance qui les sépare du palais, Sylvia tente quelques regards par-dessus son épaule pour découvrir ce qu’ils fuient. Les grondements d’abord lointains deviennent de plus en plus proches et de plus en plus menaçants. Plus que quelques mètres et ils seront à la porte du palais, une belle et grande porte, encore faut-il savoir si celle-ci va s’ouvrir à temps devant eux ou bien s’ils vont rester prisonniers de leurs poursuivants. Pris au piège entre eux et la porte sans aucun moyen de pouvoir s’échapper.

Devant la porte, Hip et Hop s’écrasent autant qu’ils le peuvent sur celle-ci, essoufflés par leur fuite, Sylvia les imite sans savoir ce qu’ils attendent, elle regarde derrière eux et découvre avec une immense peur les créatures qui les poursuivent depuis un moment déjà. Ce qu’elle voit la cloue sur place : on dirait des hyènes, mais plus grosses, plus bossues et plus laides encore. Des dents acérées dépassent de leurs grandes mâchoires, et de la bave jaunâtre en coule par filet.C’est dégoûtant et encore plus effrayant que le bruit qu’elles émettent. Elle arrive à frapper de toutes les forces qu’il lui reste contre le battant, en espérant que quelqu’un de l’autre côté l’entende, elle crie, même si le son de sa voix est presque entièrement recouvert par le bruit qu’émettent les créatures. Le bois de la porte-craque, et quelle joie, pour nos trois protagonistes de voir celle-ci s’entre-ouvrir. Ils s’engouffrent à l’intérieur sans demander leur reste, la porte se referme immédiatement derrière eux, laissant les créatures lancées à pleine puissance de l’autre côté, s’écraser contre celle-ci. Au bout de quelques minutes, les bruits cessent, les créatures ont sans doute renoncé, Sylvia ne comprend pas vraiment comment de telles choses ont pu renoncer si vite, elles avaient pourtant la force et étaient en quantité suffisante pour pouvoir mener le combat, c’est étrange. Pendant qu’elle réfléchit à cela, une petite troupe s’est formée autour d’eux, des yeux étonnés les observent, puis chacun s’agenouille et met les mains par terre, montrant un signe de respect et de soumission à leur reine. Même Hip et Hop se mettent dans la position adoptée par tous. C’est une situation qui ne semble pas confortable pour Sylvia, elle ne sait pas comment réagir devant cette scène improbable, elle entend certains chuchotements qui viennent jusqu’à ses oreilles, elle comprend à peu près ceci :

— C’est bien… C’est bien notre Reine… Elle est revenue… Nous voilà sauvés… Oui c’est vraiment elle…

C’est forcément une méprise, ils la prennent pour quelqu’un d’autre, ils sont tous de très petite taille, et ont des têtes plutôt amusantes, des oreilles pointues que couvrent des cheveux épais et bouclés pour les femmes, de petits nez ronds en forme de bouton de chemise, des yeux ronds comme des billes turquoise pour ce qu’elle a pu en voir avant qu’ils ne se mettent tous face contre terre devant elle. Une petite chose poilue arrive en courant de l’autre bout de la cour en poussant de petits cris aigus, des poils longs et blancs comme la neige qui volent en même temps que ses mouvements, Sylvia ne sait pas comment décrire ce qu’elle voit, peut-être ferait-elle penser à une serpillère toute neuve qu’on mettrait dans un courant d’air. La petite chose vient tourner autour de Sylvia, lui faisant penser à Perle, puis elle vient se blottir contre ses pieds froids et douloureux. Elle tente de briser le silence qui s’est installé dans la cour et commence ainsi :

— Quelqu’un pourrait-il m’indiquer un endroit un peu plus chaud ?

Une petite femme de l’assistance se lève et vient face à Sylvia, elle déclare :

— Ô ma Reine, veuillez me suivre, nous allons vous trouver un endroit chaud et de quoi vous changer.

La petite femme lui tourne le dos et commence à avancer, Sylvia suit accompagnée par la petite boule de poil qui sautille joyeusement. Elle se pose quand même la question de savoir ce qu’ils ont tous à dire qu’elle n’est pas habillée comme il faut, c’est étrange, elle n’a pas changé de façon de s’habiller depuis des années. La petite femme la fait passer par de très longs couloirs extrêmement bien décorés, très lumineux, tous dans les tons de bleu très pâle et blanc, c’est splendide, elle aime la décoration. Au bout d’un moment elles arrivent dans une pièce immense, un grand lit à baldaquin trône au milieu, toujours avec les mêmes couleurs, des voilages bleu très pâle, des suspensions avec de jolies perles turquoise qui les retiennent. Il y a également plusieurs paravents, décorés avec de magnifiques paysages, un grand placard, une magnifique coiffeuse, un immense miroir psyché au contour sculpté dans le bois recouvert d’un bleu azur clair. Il n’y a pas de doute c’est une chambre, mais une chambre qui fait deux fois la taille du salon de sa maison. Ce palais semble encore plus grand à l’intérieur qu’à l’extérieur, peut-être aussi que la fuite devant les créatures et la traversée des longs couloirs ont un peu déboussolé Sylvia, mais elle trouve cet endroit très accueillant et chaleureux, la température est douce, elle commence à se sentir de mieux en mieux même si elle ne comprend toujours pas trop où elle est, ni même ce qu’elle doit y faire, mais elle profite de ce moment suspendu dans ce lieu digne d’un conte de fées. Une petite femme entre dans la chambre avec un plateau à la main, un mug fumant et une assiette de gâteaux, on dirait des cookies, les préférés de Sylvia avec des pépites de chocolats et des éclats de caramel. La petite femme traverse la pièce à grande vitesse comme-ci, elle avait le feu aux fesses, dépose le plateau sur la coiffeuse et repart aussi sec dans l’autre sens, sans ralentir une seule seconde. La personne qui a conduit Sylvia jusqu’ici est toujours dans la pièce et annonce :

— Ma Reine, je vous laisse vous réchauffer et déguster votre goûter, quand vous le souhaiterez appelez l’habilleuse pour vous changer.

— Vous ne restez pas avec moi ?

— Ô, ma Reine bien sûr que non, ce n’est pas ma place, je le sais bien. Si vous voulez bien m’excuser, je reviendrai quand vous aurez besoin de mes services.

Sylvia ne voulant pas contrarier la petite femme, fais juste un signe d’approbation de la tête. La femme quitte la pièce tranquillement, la laissant seule, on entent le chant des oiseaux par la fenêtre, pourtant avec le froid on se demande bien quelles sortes d’oiseaux peuvent avoir le cœur et l’énergie de chanter, il fait plus un temps à aller faire un nid et à rester au chaud, mais elle ne se pose pas trop de questions et profite seulement du moment agréable, elle s’assoie devant la coiffeuse et goûte d’abord le chocolat chaud, il est juste parfait, comme elle l’aime pas trop sucré et correctement dosé en cacao, la boisson chaude passe délicieusement dans sa gorge, elle colle ses mains de chaque côté du mug pour profiter de sa chaleur. Elle goûte ensuite les cookies, une cuisson parfaite c’est exactement ceux qu’elle aime et qu’elle fait spécialement préparer à son pâtissier pour les fêtes de Noël chaque année, ils sont introuvables dans le commerce, elle les déguste jusqu’au dernier. Elle se lève et se dirige vers le psyché, en voyant son reflet elle n’en croit pas ses yeux, l’image que lui renvoi le miroir est une petite femme avec des vêtements sales et déchirés par endroits, un visage enfantin ressemblant aux personnes qu’elle a rencontrées jusqu’ici, un nez en forme de bouton, des oreilles en trompette et des cheveux très blonds bouclés et très mal coiffés, elle touche son visage comme-ci ce qu’elle est en train de regarder ne pouvait pas être son reflet, ses mains sont très fines et d’une beauté indescriptible, il faut dire que les petits métiers qu’elle a exercés et l’entretient de la maison ensuite ne lui ont jamais été très favorable pour avoir de jolies mains. Elle les admire un moment puis décide de se changer, elle va vers le placard qu’elle a remarqué dès qu’elle est rentrée dans la chambre, ouvre entièrement les lourdes portes et… Elle découvre un plein placard de robes plus belles les unes que les autres, elle n’a pas de mot pour décrire ce qu’elle voit, des vêtements de soirées qui scintillent, il y en a des dizaines pendues là devant elle. Elle décroche une tenue, retourne devant le miroir et la positionne devant elle, sourit, la robe est parfaite. Dans le bas du placard, des escarpins de toutes formes et de toutes les couleurs, assortis avec les robes pendues au-dessus. Elle sort la paire assortie à la robe qu’elle tient toujours dans son autre main, petits talons fins, une jolie rose au-dessus, on croirait presque du verre, elle glisse l’un de ses pieds à l’intérieur, parfait c’est ajusté comme du sur mesure, chose qu’elle n’a jamais portée faute de moyen, elle n’en a vu qu’à la télévision jusqu’ici. Elle prend son temps pour se préparer, elle se lave dans la salle de bain attenante à l’immense chambre, puis s’habille, elle continue en ouvrant la coiffeuse, qui contient tout ce dont elle a besoin, brosses, peignes, barrettes, maquillage, elle se pomponne toujours sous le regard de la petite boule de poils qui est restée avec elle pendant tout ce temps. Une fois terminée, elle se lève et va s’admirer dans la psyché, le résultat est bluffant, elle est méconnaissable, elle a un souvenir de son mariage où elle était si jolie, mais cela semble loin et c’est le seul souvenir qu’elle est d’avoir autant pris soin de son apparence. Elle ne peut cesser de s’admirer.

Chapitre 3

Au beau milieu de sa grande chambre, toujours devant le miroir, elle entend un fracas à la porte, elle lâche instantanément la psyché du regard et se tourne face à la porte. Deux petites choses roulent jusqu’à ses pieds, ce sont Hip et Hop qu’on à jeter depuis l’encadrement, sans ménagement. Un petit homme trapu et visiblement énervé se tient bien droit et s’exclame :

— Ma Reine, ces deux choses disent qu’ils vous ont sauvé la vie et que c’est vous qui leur aviez dit de venir ici. Je n’en crois pas un mot, autorisez-moi à m’en débarrasser et vos désirs seront des ordres, ma Reine.

— Enfin qu’est-ce qu’il se passe ? Hip et Hop m’ont effectivement sauvé et guidé jusqu’ici, et je les ai bien invités à venir ici avec moi.

— Ma Reine avec tout le respect que je vous dois, si nous faisons rentrer n’importe qui, nous allons au-devant de gros problèmes de sécurité.

— Je ne vois pas en quoi ils pourraient gêner la sécurité. Ils sont mes invités et resteront autant qu’ils le souhaitent, est-ce que je me suis bien fait comprendre ?

— Oui ma Reine, est-ce qu’il y a autre chose que je puisse faire pour vous être agréable ?

— Oui, je souhaite qu’on traite Hip et Hop comme n’importe lequel de mes invités, avec le respect et la courtoisie qu’on leur doit.

— Bien ma Reine, si c’est ce que vous souhaitez. Je ferais le nécessaire pour ces deux choses.

— Alors premièrement, ils s’appellent Hip et Hop et deuxièmement, je veux qu’on les installe confortablement dans une des pièces de ce palais, après tout il y a bien assez de place pour cela, non ?

— Absolument ma Reine, vos désirs sont des ordres.

— Bien maintenant que le problème est résolu, vous pouvez nous laisser.

— Bien ma Reine.

Les deux créatures cachées derrière la longue robe de Sylvia tirent la langue bruyamment à l’attention du petit homme qui opère un demi-tour sans dire un mot, avec un regard mauvais dans leur direction. La porte se referme, Sylvia déclare :

— Bon je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais je suppose que vos chamailleries incessantes vous ont conduites jusqu’ici. Je vous ai mis en sécurité, maintenant à vous de vous tenir un peu tranquille, bien sûr si c’est possible.

Hop réagit :

— Pardon, ma Reine, nous ne voulions pas vous faire du souci en plus de tout ce que vous devez déjà gérer.

— Ce que je dois gérer ?

— Oui ma Reine, vous ne vous en souvenez pas.

— Pas vraiment. Peux-tu éclairer un peu ma lanterne ?

— La chute a dû être bien violente pour que vous ne vous souveniez pas d’un tel sujet, pourtant si important pour vous et pour nous tous d’ailleurs.

— Oui la chute a été violente, si on peut en venir aux faits maintenant que nous avons éclairci ce détail.

— Détail, détail…

— Bon !! Vous me racontez oui ou non ?

— Bien sûr ma Reine ! Par où voulez-vous que je commence ?

— Par le début, ce serait pas mal.

— Bien vous vous souvenez quand même de votre royaume, et de sa beauté, comme il fait bon y vivre…

Hip intervient :

— Pas pour tous, je dois dire…

Hop répondu :

— Si tu me coupes sans cesse, je ne vais pas y arriver.

— Je dis la vérité, c’est tout.

— On la connaît ta vérité, c’est toujours pareil avec toi et puis…

Sylvia s’impatiente :

— Arrêtez-vous deux minutes, bon sang, j’ai besoin que vous soyez concentré, que je puisse enfin combler les trous de l’histoire qui me font défaut. Alors, je vous propose que l’un d’entre vous raconte et l’autre se tait pendant toute l’histoire, sinon je vous sépare,commedes enfants indisciplinés. C’est clair ?

Hop reprend la tête basse :

— Pardon, ma Reine, je vous raconte, si vous le voulez bien.

— Je vous en prie, je vous écoute.

— Voilà, il y a plusieurs centaines de lunes de ça, il y avait une harmonie parfaite ici et…

— Attendez, petites questions, qu’est-ce que c’est que des lunes ?

— Oula !! Le coup sur la tête ne vous a vraiment pas loupé !

— Oui bon, on a compris.

— C’est comment dire ? Heu… Le temps qui passe, je ne sais pas vraiment comment vous expliquer, une lune puis une autre lune et on grandit à chaque lune, nous par exemple nous avons trente lunes avec Hip, exactement les mêmes lunes vues que nous sommes jumeaux, ensuite on devient vieux, puis arrive ce qui doit arriver, on finit tous de la même façon. Vous comprenez ?

— Oui je crois, c’est un peu comme des jours.

— Des jours qu’est-ce que c’est donc que cette invention ?

— Passons, je réfléchissais toute seule, poursuivez votre histoire.

— Bien donc je disais, il y a longtemps, si vous préférez, on respirait la joie de vivre et tout aller pour le mieux, jusqu’à l’arrivée de Laurus. Vous vous souvenez ?

— Non toujours pas, continuez.

— Il vous a séduite, ô ma Reine, vous l’aimez si fort, que vous n’avez pas vu ses mauvaises intentions envers vous et envers votre royaume, il voulait votre trône pour soumettre votre royaume au K.O, il a failli y arriver, il a kidnappé Perle la pauvre…

— Perle ?

— Votre compagne de toujours, ô maReine.

Il désigne la boule de poils qui lève la tête en entendant son nom, dont on ne voit rien d’autre que de longs poils tombants. Sylvia a un peu de mal à suivre, mais essaie de ne pas déconcentrer Hop dans son récit.

— Oui bien sûr.

— Il vous faisait du mal ô ma Reine et vous étiez sous son emprise complètement envahie de ce mal qu’il répandait partout. Vous avez eu la force pour vous évader de cette situation, je ne sais pas trop comment d’ailleurs, mais nous savons tous qu’il va revenir plus averti et plus puissant que jamais pour obtenir ce qu’il n’a pu avoir la dernière fois. Vous l’aurez compris, il veut votre cœur, votre corps, votre royaume, il veut le contrôle sur tout, il veut que tout soit à lui, y compris vous ma reine. C’est pour cette raison qu’il s’est servi de Perle pour vous attirer loin de vos sujets et pouvoir prendre plus facilement le contrôle sur vous, et il savait exactement où frapper pour vous atteindre. Il y est arrivé d’une certaine façon. Le cœur a ses raisons que la raison ignore et lui vous a frappé en plein cœur, il a vu la faille, vous avez un grand cœur et il s’en est servi pour vous avoir sous son contrôle, vous ne vouliez pas que qui que ce soit en souffre et pour cela vous étiez prête à vous sacrifier vous-même ma reine. Mais en vous sacrifiant, vous auriez sacrifié le royaume entier, vous êtes le reflet de ce royaume, et sans vous il n’existerait pas. Il vous a fait voir des choses horribles pour vous convaincre que c’était la vérité et vous l’avez cru. Vous n’avez pas pu lui échapper en sachant qu’il ferait pire que ce qu’il était déjà en train de faire subir à votre royaume et à vos sujets.

— Je vois. Ce Laurus est vraiment le Mal incarné si je comprends bien ?

— Oui, ça ne vous revient pas ?

— Pas vraiment.

— Il sait que vous n’êtes pas insensible à ses charmes, il s’en est servi. Mais nous savons tous qu’il va réessayer, la seule chose que nous ignorions jusqu’à aujourd’hui, c’est ce qu’il était advenu de vous, ma Reine et nous souhaitions tous votre retour. Vous nous avez laissés sans nouvelles depuis pas mal de lunes.

— Ah bon. Mais je ne sais pas ce qu’il m’est arrivé, je ne peux pas expliquer cette absence.

— C’est dommage, je pense que le conseil va sûrement vous en demander la raison.

— Le conseil ?

— Oui, vous vous réunissez avec les membres du conseil assez régulièrement pour décider des choses importantes. Vous ne vous souvenez pas de cela non plus ?

— Non.

Au moment où elle prononce ce mot, la porte s’ouvre, la petite femme qui l’a conduite jusqu’à sa chambre entre et dit :

— Ma Reine, pardon de vous interrompre, mais le conseil s’impatiente, ils ont appris votre retour et tous sans exception se sont réunis, ils vous attendent, ma reine.

— Pour quelle raison ?

— Pour savoir ce qui a bien pu vous arriver, ma R