Retour en Utopie - Benoit Quercy - E-Book

Retour en Utopie E-Book

Benoit Quercy

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Ce livre est une suite au livre, "l'Utopie de Thomas More". Il s'agit d'une discussion politique et philosophique, sur le passé, le présent et le futur de l'île d'Utopie, entre un philosophe utopien et le capitaine du navire sur lequel ils voyagent.

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Seitenzahl: 125

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Retour en Utopie

Ce livre est une suite au livre, "l'Utopie de Thomas More".

Il s'agit d'une discussion politique et philosophique, sur le passé, le présent et le futur de l'île d'Utopie, entre un philosophe utopien et le capitaine du navire sur lequel ils voyagent. Ce livre est une suite au livre, "l'Utopie de Thomas More"

Retour en Utopie

Je me nomme John Harrison, marin de mon état. Longtemps j’ai tenu la plume pour écrire sur les journaux de bord des différents navires que j’ai commandés et fait naviguer sur les sept mers du globe. Maintenant que je ne navigue plus, car les ans ont passé sur moi et que le port de Londres est devenu mon port d’attache définitif, je prends de nouveau la plume pour conter une histoire qui m’est arrivée il y a 20 ans, en l’année 1575 sur l’île d’Utopie alors que j'étais capitaine du navire l'Athanor. L'histoire d'une rencontre dont je n'ai rien oublié depuis tout ce temps, et qui de toutes les aventures innombrables de ma vie de marin est la plus intéressante et la plus digne d’être rapportée ici. Pour l'édification de mes contemporains et des générations futures.

Voici cette histoire.

Sommaire

Livre premier

Livre second

Livre troisième

Livre quatrième

Livre cinquième

Livre sixième

Livre septième

Livre premier

Je faisais relâche depuis 15 jours environ dans le port de Puripathnam situé dans le Sud Est des Indes orientales, car mon navire l’Athanor, un solide brik construit dans les Sept Provinces, nécessitait quelques entretiens avant d’entreprendre notre voyage retour vers la mère patrie. Mon équipage et moi avions effectué une très longue course dans l’océan indien et le golf du Bengale à la recherche d’épices et de marchandises précieuses pour le compte de notre armateur, le sir James Barclay de la compagnie Sea Harvest de Londres.

Le soir, après que mon équipage sous la direction de William Scot le très compétent maître charpentier du bord eu effectué les travaux d’entretien quotidien, et que j’eus fini de m’occuper des affaires administratives et commerciales, nous nous rendions dans les tavernes du port à fin de nous délasser et profiter de la fraîcheur vespérale. Ainsi, c’est dans la taverne sans âge du Lion vert qui était devenue notre point de rendez-vous habituel, que je remarquais soir après soir, assis seul à une table près de l’entrée un personnage qui dénotait fortement sur la population habituelle, souvent malsaine, qui fréquentait ce genre de lieux. Les premiers soirs je ne prêtais vraiment attention qu’au fait qu’il était le seul client à ne pas boire d’alcool, mais seulement du thé, était vêtu d’une manière très étrange, mais très simple et lisait un livre qui me parut très ancien et très sombre. Qu'un homme dans ce pays sache lire était déjà en soi un fait extrêmement inhabituel. Je ne me souviens plus du titre de son livre seulement des premières lettres qui étaient Necron, je crois.

Je l'observais attentivement et de soir en soir je remarquais que cet homme interrogeait systématiquement les capitaines de navires entrant dans la taverne, et ce en plusieurs langues. En flamand, portugais, anglais, espagnol et d’autres langages inconnus pour moi.

Il ne m’avait jamais interrogé, car j'étais vêtu comme un autochtone et par conséquent il ne devait pas savoir que j'étais un capitaine étranger. Pendant ma carrière J’avais en effet pris l'habitude de porter les habits du peuple chez lequel je faisais escale, cela était utile pour le commerce de se faire bien accepter par la population et les autorités locales. C'est aussi une marque de respect envers la culture du pays dans lequel on fait escale. Et donc sans doute a-t-il pensé que j’étais un autochtone. Il n'interrogea pas mes hommes d'équipage, peut-être qu'il ne reconnut en aucun d'eux, et ce malgré leur bonne tenue, un capitaine de navire, un chef. Soir après soir dans le brouhaha de la salle, je pus malgré tout saisir quelques questions que l’homme posait à chaque nouvel entrant qui devait lui sembler diriger un navire.

– Êtes-vous capitaine ? Avez-vous un navire, partez-vous bientôt ? Vers quelle direction partez-vous ? Allez-vous vers le Sud…?

Je pensais alors que cet homme étrange et inhabituel cherchait seulement un embarquement sur un navire qui serait en route vers son pays. Un simple voyageur comme il y en a tant dans tous les ports du monde, sous toutes les latitudes. Je l’aurais très vite oublié si un soir je n’avais perçu dans ces questions à plusieurs reprises le mot Utopie. Je connaissais l’île d’Utopie par le récit du voyageur portugais Raphaël Hythloday rapporté il y a un demi-siècle par mon compatriote sir Thomas More et par quelques capitaines et marins rencontrés dans un port ou un autre au cours de mes nombreux voyages, mais je n’avais jamais rencontré d’utopiens ni visité cette île. Car le mot Utopie et son attitude peu commune me persuadèrent vite ce soir-là qu’il s’agissait bien d’un citoyen utopien cherchant un passage sur un navire en route pour son île. Cela naturellement éveilla en moi une très vive curiosité. Pourtant j’hésitais longtemps avant d’aller parler à cet homme étrange, mais je n’ai jamais depuis regretté ma décision. Un soir je me levais, laissant mon équipage et m’approchais de la table où il était assis, je me présentais et le saluais de quelques mots et compliments d’usage.

– Je me nomme John Harrison capitaine de l’Athanor du port de Londres. Avec mon équipage nous fréquentons cette taverne et je vous observe depuis quelques jours, seriez-vous comme je le pense un citoyen de l’île d’Utopie ?

Je lui parlais directement en anglais, et toutes nos conversations par la suite se firent heureusement pour moi dans cette langue, qu'il parlait très correctement. L’homme se leva lentement de sa table et me regarda fixement un instant, puis il me toisa des pieds à la tête intensément. Il semblait à la fois curieux et vexé.

– Oui effectivement, je me nomme Ogygès et je suis de l’île d’Utopie comme vous l'avez deviné. Donc vous êtes capitaine et vous avez un navire. Partez-vous bientôt ? Dans quelle direction se fera votre prochaine navigation ? Prendriez-vous éventuellement vous un passager, me répondit-il.

Il parlait d’un ton calme et avec un accent indéfinissable. En fait plus qu’un accent, il s’agissait d’une manière particulière de poser les phrases et les mots, un ton monocorde et régulier. Cela ajouté à sa façon de regarder les personnes fixement, de ne pas faire pas plus de gestes que nécessaire annonçait l'homme sage et maître de lui-même, le philosophe caché sous le voyageur.

– Oui j’ai un excellent navire l’Athanor et je partirai pour Londres dans trois jours au matin. Notre course dans cet océan est terminée, mes cales sont pleines à craquer de toutes les marchandises que l'on peut trouver sur cette mer, ou tout au moins au nord de votre île. Que fait un citoyen de l'île d’Utopie dans ce port ? Vous ne me semblez pas être un commerçant, ni un marin, le questionnais-je.

– En effet, me répondit-il et ajouta, vous êtes le premier et en fait le seul, capitaine Harrison dans ce port et dans cette taverne, à avoir deviné mon appartenance au peuple utopien depuis que j'y séjourne. Moi-même je n'avais pas remarqué que vous étiez un marin étranger avec les habits que vous portez et qui vous font ressembler à un autochtone. Je suis vexé et déçu de moi-même, car un homme doit toujours et en permanence être attentif et vigilant et tout remarquer de son environnement immédiat. Cela est nécessaire pour appréhender la réalité et aussi deviner et prévoir les événements immédiatement à venir.

Je lui répondis.

– Avant d’être marin j’ai beaucoup étudié et beaucoup lu sur tous les sujets, car je voulais être historien comme mon père, mais ma destinée personnelle en a décidé autrement. Savez-vous que le nom de votre île est devenu, parmi les gens cultivés d’Europe, depuis la publication du livre de Sir Thomas More synonyme de lieux idéal, de monde parfait. Beaucoup parmi nous aimeraient y vivre, ou plutôt par mis ceux qui sont suffisamment éduqués et éclairés pour avoir d’autres préoccupations que leurs vies quotidiennes et leurs propres existences. Moi aussi je pense que ce serait une très bonne chose d'importer et d'appliquer dans mon pays, qui est aussi une île, et en Europe toutes ou parties des institutions utopiennes.

Il répondit en souriant.

– vous aviez parfaitement raison de vouloir suivre les pas de votre père. L’histoire est sans conteste aucun la science suprême. Un honnête homme ne peut se prétendre vraiment cultivé si il ne connaît rien ou trop peu de l’histoire du monde et des nations. Le présent est le résultat du passé et le futur sera le résultat du passé et du présent conjugués. Pour bien connaître et appréhender le présent et supputer l’avenir il faut étudier sans relâche l’histoire des nations, des peuples et des hommes. Un honnête homme ne sait jamais assez de choses, sur tous les sujets en général et sur l'histoire en particulier. Par exemple, l'histoire en politique, et donc pour la vie des nations, est mère de sagesse. Les hommes en charge des nations devraient idéalement être des historiens. Cela vaut aussi pour les individus, car on ne connaît bien quelqu'un que si l’on connaît tout de son passé.

Du geste il m’invita à m’asseoir en face de lui. Nous commandâmes à boire, lui du thé et moi une de ces affreuses bières que l’on fait par ici. Mais j’avoue que mes hommes et moi nous nous étions vite habitués à son goût. L'homme s'habitue à tout, même au pire, parfois même sans s'en apercevoir. Au bout d'un certain temps la nouveauté devient une habitude et si l'on revient aux habitudes anciennes cela semble étrange. Un léger et furtif sourire passa sur le visage d'Ogygès, une accusation muette du philosophe contre les buveurs d’alcool sans doute.

– Je levais mon verre et lui dit, santé !

Il répondit avec un nouveau léger sourire.

– La paix et la prospérité.

Je le questionnais ensuite.

– Alors, je suis très intrigué que fait un utopien ni marin ni commerçant dans une taverne de ce port ?

– Je suis en quelque sorte un étudiant, j’étudie les hommes, leurs civilisations, leurs histoires et leurs institutions. En les visitant directement pour celles qui sont situées dans cette partie du monde où nous nous trouvons. Pour les autres je me sers des livres, hélas trop peu nombreux et des rencontres avec les voyageurs, les commerçants et bien sûr les marins. J'étudie en particulier les institutions, car ce sont elles surtout qui changent de pays à pays. Car les hommes comme ils sont partout les mêmes ou presque, connaître les habitants de mon pays me suffit à connaître ceux du monde entier. Je veux dire bien sûr qu'ils sont identiques dans les grandes lignes, dans leurs principes fondamentaux.

Je le questionnais encore.

– Comment ? Je pensais que les institutions utopiennes étaient les meilleurs de l’ancien et du Nouveau Monde, qu’avez-vous donc à apprendre des autres nations et des autres hommes de la Terre ? L'Utopie n'est-elle pas un monde parfait et les utopiens des gens raisonnables ?

– Hélas, les civilisations et leurs institutions sont des créations de l’homme, et celui-ci étant, je vous l'assure, quelle que soit sa race ou sa culture, extrêmement faillible, il n’est pas étonnant que ses créations le soient aussi. Rien en ce bas monde n'est éternel. Les choses durent juste plus ou moins longtemps. Cela dépend des individus, hommes et femmes qui forment le peuple dont sont issues ces institutions. Si ils sont forts ou faibles individuellement leur collectivité, et donc toutes leurs créations seront également fortes ou faibles. Mais les individus ou plutôt les individualités, et donc les peuples sont plus faibles qu'on le pense en général y compris le peuple utopien que vous me semblez tenir, à tort, capitaine Harrison en si haute estime, répondit-il sur son ton monocorde.

J'ajoutais.

– Je sais bien que l'homme est une créature imparfaite. Mais l'homme est 'il vraiment si extrêmement faillible ? C'est ce que vous pensez sur l'île d'Utopie ? N'est-ce pas une affirmation exagérée ?

Il poursuivit sans relever ma question.

– Hélas il y a bien longtemps que les institutions utopiennes ne sont plus comme vous le dites, les meilleures de l’ancien et du Nouveau Monde. Les nations, vous ne l’ignorez sûrement pas, car vous avez étudié l'histoire, sont comme les hommes, elles naissaient elles grandissent, vieillissent et meurent. Innombrables sont les nations, les peuples et les empires qui ont disparu au fil des siècles. Tous se sont crus immortels, mais la plupart ne sont plus connus que des lettrés et des savants et ignorés du commun peuple. Les institutions d’Utopie sont nées elles ont vécues et vieillit et elles sont en train de mourir. L'Utopie elle-même ne sera plus un jour qu'un souvenir, un chapitre dans un livre d'histoire. Peut-être même que cela semblera juste un mythe aux gens du futur. Mais de même que la mort d’une génération d’individu permet de laisser la place à la suivante plus évoluée, la fin des lois et des institutions d’une nation doit permettre théoriquement la création de nouvelles. Il appartient aux législateurs d’en imaginer et créer de meilleurs, de plus évoluées, de plus adaptées au monde présent et futur. Il en est de même sur mon île. Mais avant de décider quelles nouvelles institutions nous adopterions les plus hauts magistrats et responsables de mon pays décidèrent d'envoyer de par le monde des sortes d'enquêteurs pour étudier et évaluer celles des autres nations. J'eus l'honneur d'être choisi pour cette partie du monde. C'est ainsi que mon travail d'enquête achevé je cherche dans ce port un passage sur un navire pour retourner en Utopie.

Je commandais une autre bière et lui dit.

– Ce que vous dites m’étonne, nous avons peu d’informations sur l’Utopie, mais pour ce que j'en sais les institutions étaient faites pour durer éternellement et le peuple utopien suffisamment sage, raisonnable et éduqué pour vouloir conserver longtemps les avantages que celles-ci procuraient à tous en général et à chacun en particulier. L'île d'Utopie n'est-elle pas grâce à ses lois, prospère, fortunée, en paix avec ses voisins et militairement très forte ? L'île d'utopie n'est-elle pas un exemple pour toutes les autres nations et les autres peuples de la Terre ?

Il commanda ostensiblement lui aussi une bière.

Je le lui fis remarquer.

– Depuis que je vous vois et que je vous observe dans cette taverne vous n’aviez bu que du thé et ce soir vous prenez une bière, mais je suppose que cela n’est pas pour rien n’est-ce pas ?

Il répondit.

– En effet, cela est dû à l’influence des personnes présentes dans la taverne, car je suis un être humain et comme tel faillible. Donc plus ou moins influençable et il en est de même des peuples, y compris le peuple utopien. Un peuple, comme un homme ne peut échapper aux