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Pourquoi les efforts de transfert de technologie échouent-ils si souvent dans les pays en développement ?
A cette question lancinante, le Dr Ahmed Ayad apporte une réponse aussi rigoureuse que novatrice. Fort de son expérience dans la conduite de projets technologiques complexes, il propose dans cet ouvrage un cadre inédit, systémique et centré sur l'apprentissage, pour comprendre et réussir le transfert technologique dans des contextes marqués par des ressources limitées, une faible capacité d'absorption et une dépendance prolongée aux fournisseurs étrangers.
Articulé en trois parties claires:
- fondements conceptuels,
- critique des modèles d'innovation importés
- cadre d'évaluation
Ce guide méthodologique et stratégique déconstruit les approches purement économiques pour leur préférer une vision basée sur la connaissance, la progressive indigénisation et le développement de capacités locales. Destiné aux praticiens du développement (décideurs, managers, industriels, évaluateurs, économistes, technologues) et au monde académique (chercheurs, enseignants, étudiants), ce livre est un instrument de transformation.
Il interpelle, outille et inspire tous ceux qui veulent penser autrement l'avenir technologique des pays en développement.
Un ouvrage de référence, entre théorie, stratégie et action.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Le Dr Ahmed AYAD est consultant, avec plus de 25 ans d’expérience dans le domaine spatial. Il a dirigé le Centre National d’Exploitation des Satellites de Télédétection en Algérie de 2018 à 2024. Titulaire de plusieurs diplômes, en informatique (Ing-EMP), droit (DEUA-UFC), systèmes d’information (MSC-INSA-Lyon), administration des affaires (MBA-UQAM) et management de la technologie (PhD-Cranfield University), il s’est spécialisé dans les enjeux du transfert de technologie vers les pays en développement. Il est auteur de plusieurs publications scientifiques sur les technologies spatiales et le transfert technologique.
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Seitenzahl: 574
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Réussir
le transfert technologique
Guide pour les pays en développement
Ahmed Ayad
Réussir
le transfert technologique
Guide pour les pays en développement
CHIHAB EDITIONS
Les opinions et les points de vue
émis dans cet ouvrage n’engagent que l’auteur
© Éditions Chihab, 2025.
Tél. : +213 (0) 555 99 15 67 / Fax : +213 (0) 23 84 72 04
www.chihab.com / fb : Chihab éditions
ISBN : 978-9961-63-561-2
Dépôt légal : septembre 2025
À ma famille
À mes amis
Remerciements
Je tiens à exprimer ma plus sincère gratitude à tous ceux qui ont cru en ce projet. Il m’est difficile de les nommer tous, mais leurs retours, leurs critiques constructives et leurs encouragements ont été essentiels à la réalisation de cet ouvrage.
Un grand merci également à l'équipe des Éditions Chihab pour son professionnalisme, son soutien constant et la confiance manifestée à l'égard de ce projet dès le départ. Votre engagement a été déterminant pour donner vie à ce livre.
Préface du Pr. Ron Matthews*1
En 2024, les 20 pour cent des pays les plus riches étaient environ 30 fois plus riches que les 20 pour cent les plus pauvres. Cette comparaison est troublante et soulève la question de savoir pourquoi certains pays sont riches et d’autres pauvres. Bien sûr, il n’y a pas de réponse simple, comme en témoigne la longévité du débat intellectuel autour de cette question. Les origines du discours sont ancrées dans le traité d’Adam Smith de 1776, intitulé Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations. Il était clair que la croissance économique et la création de richesses dépendaient de l’accumulation du capital et du travail, mais le rôle important de la ‘connaissance’ était ignoré. Pourtant, à partir de la révolution industrielle, il est devenu de plus en plus évident que la puissante interaction entre la connaissance et l’innovation était la principale force motrice de la transformation économique. Toutefois, il a fallu attendre 1987 et les travaux de Robert Solow sur la Productivité Totale des Facteurs (PTF), récompensés par le prix Nobel, pour que cet élément innovant ‘résiduel’ soit découvert. Il s’agit de la dynamique qui explique qu’une grande partie de la croissance économique est le produit d’un ensemble de considérations, telles que la recherche et le développement (R&D), l’innovation et l’efficacité organisationnelle, également définies comme ‘connaissance’.
La technologie est l’incarnation des connaissances explicites et tacites, et l’importance de leur interaction a été démontrée de manière spectaculaire lors de la transformation industrielle du Japon au 19e siècle. Pour les Japonais, la technologie, c’est le pouvoir, et c’est pourquoi ils se sont approvisionnés auprès de la première puissance industrielle de l’époque, la Grande-Bretagne. Le processus de transfert de technologie tacite se faisait par l’intermédiaire d’universitaires japonais étudiant dans des universités écossaises spécialisées, tandis que la technologie explicite était transférée au Japon par le biais de la production sous licence de systèmes de fabrication britanniques. Le paradigme du développement technologique réussi du Japon soulève deux questions importantes pour les chercheurs et les décideurs politiques : premièrement, si le transfert de technologie a servi de catalyseur à la transformation rapide et réussie de l’économie japonaise, pourquoi n’a-t-il pas réussi à transformer de la même manière les pays en développement au 21e siècle et, deuxièmement, le succès du transfert de technologie repose-t-il uniquement sur un cadre économique monodimensionnel, plutôt que sur un ensemble interdisciplinaire de variables. Les réponses à ces deux questions constituent l’idée centrale de l’ouvrage majeur du Dr. Ayad, Réussir le transfert technologique : Guide pour les pays en développement. L’ouvrage de l’auteur n’est pas un simple tome de plus évaluant le rôle du transfert de technologie comme moyen de promouvoir le développement industriel, mais plutôt une plongée profonde et critique dans la littérature afin de construire un cadre basé sur la connaissance pour évaluer la performance des projets d’ingénierie transplantés dans les pays en développement du 21e siècle.
L’ouvrage est structuré en trois parties, la première comprenant les chapitres un à cinq, consacrés à l’élaboration d’un cadre analytique original permettant d’étudier le transfert de technologie de manière systémique. Ce cadre intègre ‘l’apprentissage’ sous trois angles : micro (niveau de l’individu et de l’équipe) ; méso (niveau de l’entreprise ou de l’organisation) ; et macro (niveau sectoriel, national et international). Cette approche analytique stratifiée permet à l’auteur d’adopter une perspective fondée sur la connaissance pour évaluer le rôle central de la technologie dans le développement, le processus complexe de transfert de technologie et l’étape finale de la mise en place de capacités technologiques dans les pays en développement. L’auteur ajoute ensuite deux séries de méthodologies pour faciliter l’analyse du transfert ‘efficace’. Le premier ensemble se réfère à ce qu’il appelle la vélocité et la viscosité de l’apprentissage technologique, c’est-à-dire la vitesse et la qualité de leur absorption dans le secteur manufacturier. Le second ensemble, en revanche, se réfère au degré de compréhension du produit transféré, c’est-à-dire aux éléments constitutifs de base, décrits comme la connaissance des composants, et à la configuration du système de ces composants de base, définie comme la connaissance architecturale. Le succès du transfert de technologie dépendra de l’équilibre délicat atteint à la fois au sein de ces deux ensembles de concepts et entre eux, car il faudra inévitablement faire des compromis entre, par exemple, la vitesse (vélocité) et la qualité (viscosité), ainsi que la connaissance des composants et la connaissance architecturale (complexité du système).
La deuxième partie de l’ouvrage couvre les chapitres six et sept, qui mettent l’accent sur le rôle de l’innovation dans le développement technologique des pays industrialisés. Ces chapitres contiennent une critique prudente relative à l’inadéquation des modèles d’innovation, schumpétériens dans le contexte des pays en développement. Le Dr. Ayad s’interroge à juste titre sur la pertinence de l’application des processus occidentaux d’acquisition de connaissances et d’innovation au paysage industriel étranger et pauvre en ressources des pays en développement. Le modèle occidental implique le développement de l’innovation dans les pays avancés riches en ressources, alimenté par des niveaux élevés de capacité d’absorption technologique. Cela se traduit non seulement par des niveaux généreux de dépenses en R&D et des compétences sophistiquées en ingénierie scientifique, mais aussi par le riche patrimoine technologique de générations d’apprentissage accumulé. L’expression physique de cet apprentissage se traduit par l’évolution de clusters industriels diversifiés dans les secteurs contemporains de haute technologie, tels que la défense, l’aérospatiale, les satellites, l’automobile, la cybernétique, l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique. Ces clusters sont peuplés de grands maîtres d’œuvre et de milliers de petites et moyennes entreprises sous-traitantes hautement spécialisées et innovantes. Outre les niveaux élevés de R&D organique des entreprises, les clusters accueillent également des départements universitaires d’ingénierie et des instituts de recherche spécialisés, qui contribuent tous au parrainage de l’innovation fondée sur la recherche. L’interaction entre ces chaînes de valeur et leurs clients maîtres d’œuvre est essentielle pour aider à définir l’émergence d’une culture de ‘résolution de problèmes’ par le biais de relations client-fournisseur innovantes. Le contraste entre cet environnement technologique des pays avancés et celui des pays en développement est saisissant. Ces derniers n’effectuent pratiquement pas de R&D, n’ont accès qu’à un niveau minimal de personnel d’ingénierie qualifié, et il n’y a ni clusters ni chaînes d’approvisionnement. Ainsi, dans cet environnement technologique rudimentaire, la technologie étrangère peut être transférée dans les entreprises locales, mais les connaissances spécialisées exclusives des entreprises fournisseurs sont situées à des milliers de kilomètres dans les chaînes d’approvisionnement des pays avancés. Par conséquent, l’apprentissage du savoir-pourquoi (know-why) et même du savoir-faire (know-how) dans l’économie en développement bénéficiaire du transfert sera sévèrement limité et le développement technologique sera mort-né. C’est le défi que le Dr. Ayad cherche à relever en appliquant les outils analytiques présentés dans les première et deuxième parties de l’ouvrage.
La troisième et dernière partie de l’ouvrage, qui comprend les chapitres 8 à 12, guide le lecteur dans l’utilisation de ces outils visant à évaluer l’efficacité des politiques de transfert de technologie dans le contexte des pays en développement. L’argument de l’auteur est que l’évaluation, lorsqu’elle est utilisée dans les pays en développement, est mal comprise et mal conduite. La boucle de rétroaction (feedback) est donc rompue, ce qui brise le cycle important de l’apprentissage technologique et supprime le progrès indigène. Pour remédier à cette faiblesse, le Dr. Ayad élabore un cadre d’évaluation adapté aux conditions du monde en développement. Ce cadre comporte trois éléments: premièrement, un modèle de système d’innovation technologique pour évaluer le contexte du marché local ainsi que le contexte plus large ; deuxièmement, un outil de planification stratégique pour analyser la connectivité entre les approches de la mission et de la vision ; et troisièmement, un modèle systémique double incorporant le « flux de connaissances » et les méthodologies « d’apprentissage expérientiel » pour évaluer l’efficacité du flux de connaissances depuis leur transfert initial entre le cédant et le bénéficiaire de la technologie, jusqu’à leur diffusion locale pendant et après le projet de collaboration. L’auteur emploie intelligemment des métriques pour évaluer les facteurs endogènes ayant un impact sur l’efficacité de la mise en place des capacités technologiques locales ainsi que les facteurs exogènes influençant l’apprentissage à l’interface entre le cédant et le bénéficiaire du transfert technologique. L’ouvrage se termine par un résumé des questions clés abordées, une liste de conclusions et, enfin, des recommandations politiques associées pour une application efficace du cadre d’évaluation.
L’ouvrage du Dr. Ayad propose un cadre original et unique pour l’évaluation des performances des programmes internationaux de collaboration pour le transfert de technologie complexe. Il se concentre sur les conditions de ressources limitées des pays émergents et sur les défis auxquels ces derniers sont confrontés pour sortir de la dépendance technologique vis-à-vis des fournisseurs de technologies des pays avancés. L’apprentissage local est considéré comme essentiel et découle de processus centrés à la fois sur les connaissances et sur les produits. Une approche multidimensionnelle est adoptée, reflétant l’influence significative des facteurs économiques, d’ingénierie, organisationnels et même culturels aux niveaux macro, méso et micro-environnementaux. En outre, les politiques visant à faciliter les flux de connaissances au cours de la phase d’assimilation de la technologie étrangère doivent être mesurées et équilibrées, en encourageant l’indigénisation progressive. Compte tenu de la complexité de ces systèmes, un certain degré d’externalisation sera nécessaire, mais il devrait se faire en parallèle avec l’établissement progressif de chaînes d’approvisionnement locales centrées sur l’assimilation croissante des connaissances architecturales. Enfin, l’auteur souligne l’importance cruciale d’une évaluation post-implémentation relative à la diffusion de connaissances vers l’environnement plus large afin d’assurer une infusion plus profonde de la technologie dans l’économie locale.
En résumé, ce livre propose une perspective pertinente et remarquablement originale sur le pragmatisme nécessaire à un transfert de technologie efficace, non seulement en décomposant et en mettant en lumière les composantes des processus d’apprentissage qui sont essentiellement intégrateurs, mais aussi en reconnaissant que le transfert n’est que la première étape dans la mise en place d’une capacité locale. Tout aussi important, voire davantage encore, est l’impératif de superviser en continu l’effort de post-implémentation des projets collaboratifs pour mettre en place une solide capacité d’absorption technologique indigène. Ceci est aussi révélateur que l’auteur ait su appliquer avec succès ses outils didactiques de transformation technologique au développement du secteur algérien de la fabrication de petits satellites. Ainsi, tant du point de vue conceptuel que pratique, le livre du Dr. Ayad est une lecture incontournable pour les chefs de projet, les planificateurs et les universitaires impliqués dans des programmes de transfert de technologie complexe dans le contexte des pays en développement.
Professeur Ron Matthews.
Préface du Pr. Dzulkifli Abdul Razak*2
Les problèmes mis en lumière dans le livre sont effectivement vitaux dans le contexte des pays en développement, en particulier le Sud Global. Très peu de ces pays parviennent à réaliser un saut en avant pour rejoindre leurs homologues du Nord Global, précisément parce que le modèle adopté est mal aligné, comme le suggère l’auteur. Comme il est justement souligné, ce modèle est unidimensionnel, à dominante économique, et comporte plusieurs désavantages pour les pays en développement. Avant tout, il est biaisé en faveur de l’Occident (Western-biased) dans sa conception, tant dans sa genèse historique (depuis la Seconde Guerre mondiale) que dans sa dimension sociale. Les pays en développement ont du mal à assimiler et à s’adapter, d’où un taux élevé de non-alignement, entraînant des échecs. Comme mentionné, la tendance vers un modèle « Economique » et donc « Industriellement orienté » complique davantage la situation dans ces pays. Cela contribue à forger une image de « déficit de Réputation », où le développement et le transfert technologiques sont perçus comme étant « Déshumanisants ». Le modèle passe-partout W.E.I.R.D doit être nuancé pour garantir sa pertinence dans le contexte d’un véritable développement. Cela peut se résumer par une formule en 5A : adéquation, abordabilité, acceptabilité, accessibilité et autonomie. Evaluer la mise en place des capacités technologiques et de son impact sur le transfert pour chacun de ces facteurs permettra aux pays d’adapter les processus aux besoins de chaque communauté, leur offrant ainsi la possibilité de calibrer indépendamment les politiques avant de prendre des décisions cruciales en matière de développement, dont certaines sont mises en avant dans la troisième partie de l’ouvrage.
Plus récemment, un autre « A » – l’intelligence Artificielle – est apparu, suscitant encore plus d’inquiétudes ! Il ne fait aucun doute qu’il s’agit là de l’avancée technologique la plus redoutable à ce jour, plaçant la question de la mise en place de capacités et de transfert technologiques dans le domaine du risque existentiel pour l’humanité, comme jamais auparavant ! À moins que la formule des 5A ne soit appliquée de manière précise et consciente, les enjeux liés à l’utilisation et au transfert des technologies pourraient bien représenter la dernière frontière de l’héritage de l’humanité.
En ce sens, le livre arrive à point nommé, reconnaissant que diverses problématiques évoluent rapidement, obligeant le monde entier à collaborer plus étroitement et avec une intensité accrue pour humaniser la contribution de la technologie en général.
Professeur émérite Dzulkifli Abdul Razak
Universiti Sains Malaysia
Penang, MALAISIE.
Préface du Dr. Zolana João*3
C’est avec un grand honneur que je rédige cette préface au livre du Dr. Ahmed AYAD, Réussir le transfert technologique : Guide pour les pays en développement. À une époque où la quête d’autonomie technologique est devenue centrale pour atteindre un développement durable, cet ouvrage constitue une contribution à la fois opportune et essentielle à la littérature académique ainsi qu’à l’élaboration de politiques pratiques et adaptées aux contextes.
J’ai rencontré le Dr. AYAD par l’intermédiaire d’un grand ami, et nous nous sommes liés par notre engagement commun à faire progresser les capacités spatiales et l’autonomie technologique en Afrique. Le Dr. AYAD possède un intellect exceptionnel et un dévouement remarquable pour susciter des changements significatifs à travers le transfert et le développement technologique. Son travail trouve un écho auprès des professionnels de tout le continent africain car il s’appuie sur une expérience concrète, une vision stratégique et une compréhension profonde de nos défis structurels.
Le Dr. AYAD a guidé de nombreux leaders émergents du secteur spatial, qui se heurtent souvent à des difficultés pour comprendre les complexités de l’intersection entre la politique spatiale, la planification de projets et la mise en œuvre technique. Ses écrits et ses interventions ont permis de clarifier ce que la mise en place de capacités par le transfert de technologie devrait impliquer : une démarche ancrée dans les contextes locaux, soutenue par une stratégie solide et portée par une vision à long terme. Son point de vue a constitué une boussole essentielle pour les acteurs du domaine.
Il apporte à cet ouvrage plus de 25 années d’expérience, incluant des fonctions de leadership au sein du programme spatial national de l’Algérie, une implication étendue dans les opérations satellitaires, ainsi qu’une participation aux plus hauts niveaux de formulation de la politique spatiale. En plus d’un diplôme d’ingénieur en informatique, il est titulaire d’un PhD en Management de la Technologie et d’un Executive MBA, témoignant de sa profondeur analytique et de sa vision managériale. Cette combinaison rare de connaissances académiques et d’expérience de terrain le place dans une position unique pour explorer la complexité du transfert de technologie dans le monde en développement.
L’analyse de l’environnement macroéconomique à travers le prisme du système d’innovation technologique proposée dans ce livre résonne profondément avec les réalités auxquelles sont confrontées de nombreuses nations africaines. Les lacunes en matière d’infrastructures, le développement institutionnel inégal et les disparités régionales demeurent des obstacles persistants. Le travail du Dr. AYAD incite les évaluateurs et les décideurs à ajuster leurs analyses en fonction de ces réalités et à adapter délibérément les politiques aux conditions locales.
D’un point de vue du continent africain, la Partie III du livre revêt une importance particulière. L’Afrique présente un contexte unique pour le transfert de technologie : elle est diverse dans ses défis, ses aspirations et ses capacités. Le cadre d’évaluation proposé par le Dr. AYAD offre une approche structurée mais adaptable pour évaluer l’efficacité des programmes de mise en place des capacités. Il nous encourage à aller au-delà des indicateurs superficiels pour considérer plutôt l’environnement favorable, la cohérence de la planification stratégique et les mécanismes d’apprentissage technologique.
Peut-être plus important encore, le livre nous rappelle que la mise en œuvre ne consiste pas uniquement à transférer du matériel ou des systèmes, mais bien à favoriser l’apprentissage. Acquérir une technologie sans développer de capacités locales n’est, au mieux, qu’une solution temporaire. En Afrique, l’assimilation à long terme de technologies complexes exige un investissement soutenu dans l’éducation, la formation pratique et une culture de l’innovation. Le cadre proposé par le Dr. AYAD permet de mettre en lumière comment ce processus peut être évalué et orienté de manière significative.
En tant que Directeur Général de l’Agence spatiale angolaise, j’ai constaté de première main la différence entre l’acquisition d’outils et la construction de capacités technologiques. Ce livre offre une opportunité unique à tout responsable technologique désireux de construire une feuille de route fondée sur le contexte et l’impact, destinée aux décideurs politiques, aux technologues et aux stratèges du développement engagés dans la construction de l’avenir technologique de l’Afrique.
La contribution du Dr. AYAD va bien au-delà de son contexte national. Elle offre de l’espoir et, plus important encore, un plan sur la manière dont les pays en développement peuvent passer de la dépendance à l’autonomie grâce à une action stratégique, soutenue et systémique.
Dr. Zolana João
Directeur Général,
Bureau de gestion du programme
spatial angolais (GGPEN).
Avant-propos
Nul ne peut nier les efforts de nombreux pays en développement depuis plusieurs décennies pour l’acquisition de technologies de l’étranger, avec l’intention d’en faire usage pour s’industrialiser et développer des capacités technologiques propres (il existe peu de projets dans ces pays où le transfert de technologie n’est pas évoqué). Nul ne peut nier non plus les investissements consentis par ces pays dans la promotion des enseignements technologiques pour accompagner leurs efforts de développement technologique.
Mais, dans le même temps, personne ne devra ignorer ce sentiment éprouvé par de nombreux citoyens de ces pays, toutes classes et catégories confondues, accompagné d’un cri de frustration : pourquoi cela ne marche-il pas ? pourquoi ces pays ne se développent-t-ils pas technologiquement parlant à la mesure des efforts consentis ?
Comme de nombreux citoyens de ces pays, je l’ai éprouvé, ce sentiment de frustration, qui m’a poussé à me poser les mêmes questions, mais qui a évolué tout au long de ma carrière d’ingénieur, impliqué dans des missions techniques, puis managériales, vers un sujet d’intérêt continu. Cet intérêt m’a poussé à creuser davantage pour tenter de comprendre le phénomène de mise en place de capacités technologiques par le transfert de technologie dans les pays en développement en général et en Algérie en particulier. Ce sentiment intuitif s’est transformé au fil des années et à la lumière des connaissances et des expériences acquises, en un phénomène d’étude qui a constitué l’un de mes centres d’intérêt depuis une quinzaine d’années. Les connaissances acquises et les leçons tirées de mon expérience ont été rassemblées, critiquées et complétées pour enfin se cristalliser et prendre forme d’une thèse de doctorat que j’ai eu l’opportunité de préparer, et dont le présent ouvrage s’inspire fortement.
À travers cet ouvrage qui dissèque la problématique d’une manière scientifique, je voudrais d’abord rendre justice aux intuitions et constatations partagées par de nombreux citoyens des pays en développement, mais qui n’ont pas suffisamment de légitimité scientifique. Je voudrais aussi rappeler aux élites, académiciens et praticiens, notamment les technologues et les managers de la technologie (industriels, etc.), que la mise en place de capacités technologiques par le transfert de technologie de l’étranger est une problématique difficile à appréhender, et qu’il est d’abord nécessaire de reconnaitre cette difficulté pour sortir du syndrome de l’ignorance complexe ou profonde (l’ignorance complexe ou profonde est celle de celui qui ne sait pas qu’il ne sait pas) dont souffre une bonne partie de ces élites lorsqu’il s’agit particulièrement de ce sujet. Cela nous aidera à mieux comprendre ce phénomène et à cesser de répéter les mêmes erreurs.
Cet environnement d’ignorance profonde se reflète, par exemple en Algérie, dans la rareté des études sérieuses sur la problématique du transfert de technologie et de la mise en place de capacités technologiques, et d’une manière générale, dans la rareté des études sur la problématique du management de la technologie, en dépit du rôle central de la technologie dans le développement. Pour le cas de l’Algérie, autant que je sache, aucune université, et elles sont nombreuses, ne dispose d’entité organisationnelle spécialisée dans le management de la technologie.
À travers cette contribution, je veux dénoncer ce désert intellectuel qui entoure la problématique du management de la technologie dans mon pays et dans nombreux pays en développement, et en dépit de mes maigres connaissances et de mon maigre talent devant ce désert, j’ai fait le choix de faire mienne la pensée de Lao-Tseu : « Mieux vaut allumer une bougie que maudire les ténèbres ».
Il faut reconnaitre que réussir à mettre en place des capacités technologiques par le transfert de technologie dans les pays en développement reste un défi majeur. Le domaine est très vaste et complexe, sous-tendu par beaucoup d’idées et de concepts théoriques. Cet ouvrage s’emploie, dans ces deux premières parties, à rassembler, organiser et articuler, dans un ensemble cohérent et intelligible, les concepts les plus pertinents pour le lecteur dans les pays en développement. La troisième partie de l’ouvrage, qui constitue presque la moitié du volume, est consacrée à l’action et à comment faire usage des concepts théoriques pour asseoir, mener et évaluer les actions de mise en place des capacités technologiques par le transfert de technologie. Cet ouvrage se veut d’abord une contribution d’action et non pas une œuvre littéraire. Certains concepts et idées sont rappelés plusieurs fois le long de l’ouvrage. Ceci est un choix délibéré car comme il est dit « La répétition est mère de l’apprentissage et père de l’action ». Certains arguments dans l’ouvrage s’appuient sur des ‘signaux’ faibles plutôt que des preuves systématiques, et ceci pourrait ne pas satisfaire les rigoristes. L’alternative était de ne pas développer ces arguments du tout. J’ai cependant choisi de le faire pour essayer d’ouvrir des débats et d’attirer l’attention sur des questions inexplorées.
Mon souhait est que cet ouvrage n’ait pas seulement une place dans le rayonnage de quelques bibliothèques pour ce qu’il rassemble comme concepts théoriques, mais qu’il constitue une boite à outils d’agenda pratique, utile à tous ceux versés dans les problématiques de conception des politiques technologiques et de leur implémentation.
Enfin, je dois avouer que l’écriture de cet ouvrage est motivée par un désir personnel profond, certainement partagé par beaucoup de citoyens dans les pays en développement, celui de voir nos pays se moderniser sans perdre leurs identités, de se moderniser sans perdre leurs valeurs. Maitriser la technologie représente la voie vers la modernité sans se renier. Pour cela, j’ai puisé d’abord dans l’histoire des civilisations qui ont placé la connaissance au cœur de leur existence. Mais j’ai puisé aussi dans l’actualité et cette tendance à voir des ‘petits’ pays réussir à s’imposer en gardant leurs valeurs. Cette tendance prend de l’ampleur à travers le monde et les grandes mutations géopolitiques constatées et prédites en témoignent clairement.
L’importance du moment et de l’étape cruciale que traversent aujourd’hui nos pays nécessite d’accompagner ces grandes mutations d’un débat intellectuel intense. Mon souhait est que cet ouvrage contribue, même modestement, à l’enrichissement de ce débat dans son volet maitrise technologique.
Introduction
L’importance de la technologie dans le soutien et le maintien du développement socio-économique, tant dans les pays développés que dans les pays en développement, est reconnue et a été largement documentée. Le rôle de la technologie dans le soutien de la croissance économique sur le long terme a été démontré à travers plusieurs études. A notre époque, la technologie, dont les points forts résident dans le développement de l’information, de la connaissance et des TIC (Technologies de l’Information et de la Communication), joue également un rôle prépondérant dans le développement humain. Celui-ci a entraîné des changements majeurs dans l’éducation, les modes et marchés de travail, ainsi que dans la qualité de vie, par le biais du changement du comportement social, du renforcement de la responsabilisation personnelle, de l’autonomie et de la liberté.
Le rôle de la technologie dans le développement durable mérite aussi d’être souligné. En effet, le développement durable est généralement affecté par trois facteurs : la consommation (adoptée comme modèle de croissance par les sociétés du monde entier), la croissance démographique, et la technologie (utilisée pour transformer les ressources en produits consommables). Les marges de manœuvre des gouvernements sont très étroites lorsqu’il s’agit de réduire l’impact sur l’environnement en modifiant les modèles de consommation ou en limitant la croissance démographique. Il ne reste par conséquent que la marge liée au facteur « développement technologique ». Cela démontre le rôle essentiel de la technologie (ou de la technologie respectueuse de l’environnement) en tant que levier du développement durable.
Reconnaissant le rôle vital de la technologie, les pays en développement se sont continuellement engagés, au cours des quatre-vingt dernières années (principalement après la Seconde Guerre mondiale), dans une quête visant à développer des capacités technologiques qui les aideraient à passer du sous-développement à la prospérité. Pour développer leurs capacités technologiques, trois options non mutuellement exclusives s’offrent à ces pays :(i) acquérir des technologies de l’étranger, (ii) améliorer les technologies locales existantes, et (iii) partir de zéro en utilisant la R&D (Recherche et Développement) et l’expérience de production pour développer de nouvelles technologies locales. Compte tenu du stade de développement limité de ces pays, la technologie acquise ou transférée de l’étranger est devenue la principale source de technologie. Ce phénomène est davantage favorisé par l’ouverture des relations internationales en matière de transfert de technologie au cours des dernières décennies. Le transfert de technologie des pays développés vers les pays en développement a été donc utilisé comme un catalyseur permettant d’accélérer la mise en place de capacités technologiques locales des pays en développement. Autrement dit, le transfert de technologie vers les pays en développement va au-delà de sa simple acquisition de l’étranger. Il vise à mettre en place les capacités technologiques locales du pays. Ce double objectif renvoie à l’aptitude de concilier des facteurs exogènes, extérieurs à l’environnement socio-économique du pays (pour transférer la technologie de l’étranger), avec des facteurs endogènes, internes à l’environnement socio-économique du pays (pour mettre en place les capacités technologiques locales).
L’analyse de l’expérience des pays en développement montre que, pour que des capacités technologiques soient mises en place d’une manière réussie et durable, l’effort d’acquisition de technologies étrangères doit s’accompagner d’un effort d’assimilation locale. Seule la combinaison de ces deux efforts pourra permettre aux pays en développement de passer progressivement de l’utilisation des technologies importées au développement de technologies locales (dites aussi indigènes).
La réussite dans la combinaison de ces deux efforts a été l’une des principales forces motrices à l’origine du décollage économique spectaculaire de certains pays de l’Est et du Sud-Est asiatique. Ceci n’a pas été le cas dans beaucoup d’autres pays dans le monde. Les efforts d’indigénisation des technologies n’ont pas toujours été couronnés de succès. De façon générale, et après de nombreuses tentatives de transfert de technologie menées par de nombreux pays en développement, les résultats restent mitigés, ce qui rend le sujet du transfert technologique et de l’évaluation de son efficacité, controversé et toujours d’actualité, avec des implications tant pour les pays en développement que pour les pays développés.
En dépit de l’importance de la mise en place de capacités technologiques dans les pays en développement par le transfert des technologies, ce processus n’est que partiellement compris en raison de sa complexité. En fait, la littérature dans ce domaine est fortement influencée par une perspective économique monodimensionnelle, soutenue par une littérature sur la politique technologique qui est également étroitement liée à la perspective économique. L’accent est généralement mis sur des objectifs économiques tels que l’impact de la technologie transférée sur la productivité ou sur le rapport coût-bénéfice de la production. Cette perspective économique monodimensionnelle empêche les pays en développement d’appréhender toute la complexité et la diversité associées à la problématique de la mise en place de capacités technologiques à travers le transfert de technologie. Elle ne permet pas de comprendre des phénomènes où, par exemple, les objectifs des pays en développement sont développementaux et non-économiques (ou non-immédiatement économiques).
Une perspective exclusivement économique n’est pas non plus appropriée pour étudier le transfert de technologie dans certaines économies mixtes des pays en développement car le corpus de connaissances sur le transfert de technologie est essentiellement issu d’environnements d’économie de marché. Les analyses menées sur la base de ce corpus uniquement économique risquent d’être biaisées par rapport à l’environnement économique de certains pays où il devient difficile l’établissement d’un lien entre toute action de mise en place de capacités technologiques et son environnement économique.
Pour transcender ce type d’insuffisances, une approche basée sur la connaissance est proposée dans cet ouvrage et qui permet d’étudier la problématique de la mise en place de capacités technologiques et du transfert de technologie dans les pays en développement, à partir de la perspective de l’apprentissage technologique (c.-à-d. l’acquisition de la connaissance). De ce point de vue, l’ensemble du processus peut être considéré comme un phénomène d’apprentissage technologique dans lequel la technologie (en tant que connaissance) circule des organisations étrangères vers les organisations locales. Les connaissances sont transmises au-delà des frontières par le biais d’un effort de transfert de technologie, impliquant des facteurs exogènes au pays. Elle est ensuite diffusée localement par le biais d’un effort de mise en place de capacités technologiques locales, impliquant des facteurs endogènes.
Différemment de la perspective économique, qui est celle des économistes, la perspective axée sur la connaissance est celle des ingénieurs. Ces derniers, comme l’est aussi l’auteur de l’ouvrage, considèrent le transfert de technologie comme un transfert de connaissances.
En raison de la complexité de la problématique du transfert de technologie et du large éventail de facteurs à considérer pour son analyse et sa compréhension, quasiment tous les livres déjà écrits dans le domaine du transfert de technologie vers les pays en développement ont, d’une part, des difficultés à maintenir une ligne d’argumentation principale, ou un fil conducteur, allant du début du livre à sa fin, et d’autre part, des difficultés à offrir une analyse systémique du phénomène, intégrant d’une manière homogène les divers niveaux d’agrégation, à savoir le niveau sectoriel, national et international (niveau macro), le niveau de l’entreprise ou de l’organisation (niveau méso), et le niveau de l’individu et des équipes (niveau micro).
La perspective axée sur la connaissance, adoptée dans cet ouvrage, permet d’étudier le phénomène du transfert de technologie en le considérant comme un processus d’apprentissage technologique dans lequel la technologie (en tant que connaissance) circule des organisations étrangères vers les organisations locales, et que cet apprentissage s’effectue dans les organisations locales, à un niveau micro, puis s’intègre et s’amplifie dans les contextes méso et macro. Cette perspective permet donc de maintenir une ligne d’argumentation principale ou un fil conducteur tout au long de l’ouvrage (qui est l’apprentissage ou la circulation de la connaissance). Elle permet également d’intégrer d’une manière homogène l’apprentissage technologique qui se produit à tous les niveaux d’agrégation (micro, méso et macro).
Au-delà de ces commentaires introductifs, il est essentiel à notre sens d’expliquer la portée de cet ouvrage. Il ne prétend pas être exhaustif quant aux différentes thématiques entourant la problématique de la mise en place de capacités technologiques par le transfert de technologie dans les pays en développement. Il ne prétend pas non plus fournir des recettes toutes faites pour réussir un transfert de technologie dans ces pays. Toutefois, grâce à la perspective de la connaissance qu’il adopte, il propose d’étudier le phénomène du transfert de technologie d’une manière systémique.
L’ouvrage comprend douze chapitres regroupés en trois parties. Les deux premières parties se présentent comme une boite à outils. Elles cherchent à doter le lecteur des outils didactiques nécessaires pour comprendre la problématique de mise en place de capacités technologiques par le transfert de technologies.
La première partie décortique, dans les chapitres 1 et 2, la problématique de développement et explique le rôle central de la technologie dans le développement. Elle présente dans le chapitre 3, à partir d’une nouvelle perspective axée sur la connaissance, les outils nécessaires à la compréhension du concept d’apprentissage technologique. Cette dernière perspective est enrichie (triangulée) par les perspectives traditionnelles sur la mise en place de capacités technologiques (chapitre 4) et le transfert de technologie (chapitre 5) dans les pays en développement.
La deuxième partie de l’ouvrage aborde la question de l’innovation dans le développement technologique. Elle présente, d’une manière critique, les outils nécessaires à la compréhension de la relation innovation-développement technologique (chapitre 6), et met notamment en garde quant à l’approche centrée sur l’innovation dans les pays en développement (chapitre 7). En effet, le discours qui prévaut chez une bonne partie de l’élite dans ces pays est celui qui vante les mérites de l’innovation, en énumérant ses bienfaits, voire en la présentant comme une panacée pour le développement de capacités technologiques de ces pays. Cet excès d’enthousiasme est principalement le résultat de l’influence du discours régnant dans les pays industrialisés, et qui a eu pour conséquences, chez l’élite des pays en développement, une tendance à exagérer l’apport des modèles d’innovation ‘importés’ dans ces pays, et une tendance à présenter, ou copier, ces modèles d’innovation d’une manière superficielle, sans tenir compte des éléments les sous-tendant, notamment le contexte et l’histoire de l’évolution industrielle et technologique des pays industrialisés.
La troisième partie de cet ouvrage cherche à guider le lecteur dans l’usage des outils présentés dans les deux premières parties, pour évaluer l’efficacité des politiques et stratégies technologiques et industrielles, ainsi que les projets et actions qui en découlent avec l’apprentissage qui s’y produit, notamment lorsqu’il s’agit de politiques, stratégies, projets et actions s’appuyant sur le transfert de technologie. Dans cette partie, le chapitre 8 traite des lacunes de la discipline de l’évaluation ‘technologique’ dans les pays en développement et rappelle l’essentiel des principes de l’évaluation qui devraient aider les évaluateurs dans ces pays à adopter l’approche d’évaluation la plus appropriée. Les chapitres 9, 10, 11 et 12 déclinent les composantes du cadre global d’évaluation proposé dans cet ouvrage. L’idée derrière la proposition de ce cadre global d’évaluation est d’expliquer que l’efficacité des évaluations dépend essentiellement de la capacité des évaluateurs à construire des modèles d’évaluation adaptés à la technologie et au contexte, et qui sont à même de combler les lacunes des modèles existants, que l’on a tendance à réutiliser sans se poser des questions sur leur convenance.
Cet ouvrage s’adresse aux académiciens (chercheurs, enseignants, étudiants, etc.) et aux praticiens (décideurs, managers, industriels, évaluateurs, économistes, technologues, etc.) dans les pays en développement, en premier lieu, mais aussi dans les pays développés, car le transfert technologique et l’évaluation de son efficacité, a des implications pour les pays développés. Il s’adresse à tous ceux qui se préoccupent de la question du transfert de technologie, des politiques technologiques, des actions de mise en place de capacités technologiques par le transfert de technologie, et particulièrement de l’évaluation de l’efficacité de ces actions.
Ce livre est également destiné à servir de guide à tous ces lecteurs afin d’améliorer leur capacité à penser d’une manière systémique dans le management du transfert de technologie.
La perspective de la connaissance à partir de laquelle est écrit ce livre permet de l’inscrire dans la tendance actuelle des ouvrages conformément à la vision de sociétés basées sur la connaissance. Ceci ouvrirait le livre au lectorat intéressé par le large domaine de la gestion de la connaissance (knowledge management).
Partie I
Adoption des technologies
dans les pays en développement
Chapitre 1
Le développement, un concept à multiples facettes
Le développement est défini comme « la croissance progressive de quelque chose de manière à ce qu’elle devienne plus avancée, plus forte... »4. Cela fait référence généralement à une amélioration. Le développement national est un concept multidimensionnel car il renvoie au développement d’un système très complexe, souvent appelé système socio-économique, qui correspond à une nation ou un pays. La littérature traite généralement le développement national soit comme un système global composé de plusieurs éléments en interaction (appelés sous-systèmes), soit à partir d’une perspective restreinte visant un sous-système cible (ex. le développement économique, le développement humain, le développement durable, le développement territorial, le développement technologique, le développement industriel et le développement agricole). (En raison de la complexité du système couvrant une nation, le développement national «peut se produire dans différentes parties ou de différentes manières, à différentes vitesses et sous l’impulsion de différentes forces». Par conséquent, réussir à combiner un grand nombre de sous-systèmes enchevêtrés avec des objectifs divers et dans une multitude de contextes (nationaux et internationaux) constitue clairement un énorme défi. Ainsi, la définition du développement national pourrait être davantage une question de compréhension de la dynamique des relations entre les composantes du système, et de leur importance relative dans le système de valeurs de la nation, qui est en constante évolution au fil du temps. A titre d’exemple, dans les années 1950 ou 1960, le développement durable ne faisait pas partie des systèmes de valeurs de la majorité des nations du monde, d’où son traitement non-prioritaire durant cette époque, contrairement à l’époque actuelle où le développement durable est devenu prioritaire dans les systèmes de valeurs des nations. 1.1)
Figure 1.1: Composantes du développement national
Source : Auteur.
Enraisondelacomplexitédusystèmecouvrantunenation, ledéveloppementnational «peutseproduiredansdifférentespartiesoudedifférentesmanières, àdifférentesvitessesetsousl’impulsiondedifférentesforces»5. Parconséquent, réussiràcombinerungrandnombredesous-systèmesenchevêtrésavecdesobjectifsdiversetdansunemultitudedecontextes (nationauxetinternationaux) constitueclairementunénormedéfi. Ainsi, ladéfinitiondudéveloppementnationalpourraitêtredavantageunequestiondecompréhensiondeladynamiquedesrelationsentrelescomposantesdusystème, etdeleurimportancerelativedanslesystèmedevaleursdelanation, quiestenconstanteévolutionaufildutemps. Atitred’exemple, danslesannées1950ou1960, ledéveloppementdurablenefaisaitpaspartiedessystèmesdevaleursdelamajoritédesnationsdumonde, d’oùsontraitementnon-prioritairedurantcetteépoque, contrairementàl’époqueactuelleoùledéveloppementdurableestdevenuprioritairedanslessystèmesdevaleursdesnations.
Lafaçonlaplusappropriéed’aborderledéveloppementnationalestdoncd’adopteruneperspectiveholistique, enrassemblanttouteslescomposantessocio-économiques. Cecinécessiteclairementunesophisticationdesesprits, souventdépassantlescapacitéshumaines, capabled’appréhenderlacomplexitésystémiquedécoulantdelacombinaisondemultiplesfacteurs. Lacomplexitéd’unetelleperspectiveaconduitlespraticiens (gouvernants, gestionnaires, etc.) etlesacadémiciensàadopterdesapprochespluspratiquesenmatièred’élaborationdepolitiquesetdegestiondudéveloppement. Cesapprochesmettentl’accentsurlescomposantesséparéesdusystèmededéveloppementaulieudeletraiterdanssonintégralité. L’identificationdecescomposantessefaitprogressivementsurlelongterme, àlalumièredesdébatsintellectuelsimpliquantpraticiensetacadémiciens, enplusdesélémentsempiriquesetdesconnaissancesacquisesaufuretàmesuredel’évolutiondelanationetdesonsystèmedevaleurs.
1.1. Développement économique
Lacomposanteouladimensionlaplustraditionnelledudéveloppementnationalestéconomique. Eneffet, ledéveloppementéconomiqueestunprocessusquigénèredelacroissance. Troisraisonsmajeuresexpliquentlacroissanceéconomique.
LapremièreestfournieparSolowdanssontravailpubliéen19566. Ens’appuyantsurdesétudesantérieures7, ilsoutientquel’accumulationducapital8oul’augmentationducapitalparunitédetravailfaitaugmenterlaproductivitéetlacroissanceéconomiqueparhabitant. Leproblèmeestquel’augmentationcontinueducapitalfaitdiminuerprogressivementlaproductivitémarginale. Au-delàd’uncertainpoint, touteaugmentationducapitaln’auraitaucunimpactsurlaproductivitéparunitédetravail. Unesolutionplusjudicieuseconsisteraitàfaireensortequel’augmentationducapitaletcelledutravailsefassententandem9.
Danslecontextedespaysendéveloppement, leratiocapital/travailestfaible. L’argumentdeSolowsignifieengrosqu’eninvestissantdanslecapital, lespaysendéveloppementobtiendraientunrendementsupérieuràceluidespaysdéveloppés, carcesderniersdisposentderatioscapital/travailplusélevés. Encontinuantainsi, leséconomiesdespaysendéveloppementetdespaysdéveloppésconvergeraient (lesratioscapital/travailconvergeraient). L’analysedesrésultatséconomiquesdespaysendéveloppementquiontinvestidanslecapital (acquisitiond’installationsindustrielles, demachines, etc.) permetdeconclurequecettehypothèseesttrèsdiscutableetmetenévidenceleslimitesdecetteargumentation.
Ladeuxièmeraisonavancéepourexpliquerlacroissanceéconomiqueestconnuesouslenomdecroissanceschumpétérienne. Schumpeter10suggèreen1934quelacroissanceéconomiqueàlongtermeestgénéréedansunelargemesureparl’innovation. Lesagentséconomiquesoulesentrepreneursintroduisentdesinnovations, ycomprisdesnouvellestechnologies, dans leurs entreprises afin de les améliorer et de détruire les résultats des innovations antérieures. Ce cycle continu d’introduction/destruction de l’innovation est le principal moteur de la croissance à long terme. Dans le contexte des pays en développement, ce cycle obéit à une dynamique différente de celle observée dans les pays développés (Voir Chapitre 7, Section 7.3).
Latroisièmeraisonexpliquantlacroissanceéconomiqueaétédéveloppéeen1991parNorth11. Cederniersefocalisesurlarelationentrelechangementinstitutionneletlacroissanceéconomique. Lesinstitutionssontdéfiniescomme « descontraintes, conçuesparl’homme, quistructurentlesinteractionspolitiques, économiquesetsociales »12. End’autrestermes, lesinstitutionssontlesrèglesformellesetinformellesmisesenplaceparlasociétépourassurerl’ordreetlasécuritédumarché. Commeilestsouventrisquéd’opérersurunmarché, lesrèglesréduisentcerisqueetsoutiennentledéveloppementetl’expansiondumarché.
Cettevisionestpertinentedanslecontextedespaysendéveloppementenraisondelaprévalencedesdéfaillancesdumarchédanscespaysetdurôleinstitutionnelàtraversl’interventiondesgouvernements. Stiglitz13, quiasoulignécetteprévalence, aégalementexpliquéqueles pays en développement souffrent de défaillances de marché quant à l’accès à la « connaissance » età « l’information ».
Ainsi, laconnaissancedevientunélémentcentraldudéveloppementéconomiquequiestalorsdéfinicomme « unprocessusconsistantàpasserd’unensembled’actifsbaséssurdesproduitsprimaires, exploitésparunemain-d’œuvrenonqualifiée, àunensembled’actifsbaséssurlaconnaissance, exploitésparunemain-d’œuvrequalifiée »14.
1.2. Développement humain
Ledéveloppementéconomiquen’estpasunefinensoi, maisdoitpermettreledéveloppementhumain15. Cedernierrenvoieàuneautredimensionimportantedudéveloppement. LeProgrammedesNationsUniespourledéveloppementproposedelesaisirparl’agrégationdetroismesuresdebase : laduréedevieetlasanté, laconnaissance, etleniveaudevie16. Ainsi, lanotiondeconnaissancedevientcentralepourledéveloppementhumain. Elledonneauxgenslesmoyensd’agir, élargitleurspossibilités, favoriselacréativitéetlalibertépersonnelle.
Ledéveloppementéconomiqueetledéveloppementhumainserenforcentmutuellement. Ceciestdavantageconfirméparlefaitque «durantlapériode1960-1992, pasunseulpaysn’aréussiàpasserd’undéveloppementdéséquilibréavecundéveloppementhumainlentetunecroissancerapide, àuncerclevertueuxdanslequelledéveloppementhumainetlacroissancepeuventserenforcermutuellement»17. Inutileiciderappelerquedenombreuxautrestravauxontsoulignél’impactsignificatifd’uncapitalhumainappropriéetmotivésurlacroissanceéconomique18.
1.3. Développement durable
Ledéveloppementéconomiqueethumainnedoitpassefaireaudétrimentdel’environnementoudesgénérationsfutures, nienmettantenpérillebien-êtredespersonnesvivantailleurs. Cespréoccupationsontconduitàl’émergenceduconceptdedéveloppementdurable, quiaétédéfinipourlapremièrefoisparBrundtland, considérantqueledéveloppementestdurables’il « ... répondauxbesoinsduprésentsanscompromettrelacapacitédesgénérationsfuturesàsatisfaireleurspropresbesoins »19. Ilestsous-tendupartroiscomposantes : économique, socialeetécologique20. Ellessonttoutesessentiellesaudéveloppementhumain - pourassurerlaprospéritééconomique, l’équitésocialeetlaqualitédel’environnement.
Eneffet, ledéveloppementdurableestétroitementliéaudéveloppementsocialetéconomique. Lelienentreledéveloppementdurableetledéveloppementéconomiqueressort, parexemple, àtraverslamultitudededécisionsquisontfondéessurlemarchéetdesréglementationséconomiquesetdeconcurrencequisontpromulguéesenconformitéaveclesquestionsenvironnementales (ex. laprotection, lecontrôleetl’exploitationdesressources) etmaintiennentlavaleuréconomiquedesressourcesenvironnementales21. Ilestnécessairedefairevaloiraussiladimensiondedurabilitésocialedansledéveloppementdurableetquisemanifesteparunequalitédeviedurable, unesantédurable, unemploidurableetdesconnaissances. Pourcequiestdelacomposanteécologiquedudéveloppementdurable, ilestessentielderappelerlanécessitédemaintenirlarésilienceetlarobustessedessystèmesbiologiquesetphysiques22.
Outre les composantes du développement national mentionnées précédemment, à savoir le développement économique, le développement humain et le développement durable, plusieurs autres composantes sont souvent évoquées, telles que le développement industriel, le développement technologique, le développement agricole et le développement territorial (Figure 1.1). Ces composantes ont généralement des objectifs divers mais qui se chevauchent, et trouver le juste équilibre entre ces composantes est un défi pour tous les pays.
Lesliensentrelescomposantesdudéveloppementnationalsontcomplexesetdifficilesàdémêler. C’estpourquoilechapitresuivantmetl’accentsurladimensiontechnologiquedudéveloppement, enparticulierdanslecontextedespaysendéveloppement, carellesous-tendl’objetduprésentouvrage.
Miseengarde
Leconceptdedéveloppementétantsouventinfluencépardesthéoriesetdesidéesgénéréesdanslespaysdéveloppés23, lamiseenœuvredecesthéoriesetidéess’estavéréedifficiledanslecontextedespaysendéveloppementenraisondesparticularitésdecespays, lesquellessontsimplementignoréesouinsuffisammentconsidéréesdanslesprocessusdegénérationdesthéoriesetdesidées.
Uneautredifficultéestcellededéfiniretdecaractériserlespaysendéveloppement. Selonlalittératurecontemporainesurledéveloppement, lespaysendéveloppementsontdéfiniscommedesÉtatsquitententderattraperlespaysdéveloppéssurdemultiplesdimensions : économique, humaine, durable, technologique, territoriale, etc. Plusieursindices24sontactuellementutilisésparlesorganisationsinternationalespourclasserledéveloppementdespays. Cependant, aucund’entreeuxn’estconsidérécommeexhaustifdesnouveauxproblèmesdedéveloppementauniveaumondial.
Enraisondecetteincertitudeopérationnelleconcernantlesniveauxdedéveloppementdespays, laclassificationdelaBanquemondiale, l’unedesplusanciennesetdesplusconventionnellementacceptées, estadoptéepourlesbesoinsdecetouvrage. LaBanquemondialeclasselespaysselonquatrecatégoriesbaséessurleRevenuNationalBrut (RNB) parhabitant : faiblerevenu, revenuintermédiairedelatrancheinférieure, revenuintermédiairedelatranchesupérieure, revenuélevé25.
Chapitre 2
La technologie et le développement
Leprogrèstechnologiquepeutêtreperçusoitcommeunecomposanteensoidudéveloppementnational, soitcommeunagentcontribuantaudéveloppementdesautrescomposantesàl’instardudéveloppementéconomique, dudéveloppementhumainoududéveloppementdurable (Figure 2.1). Cettesectionproposed’explorerlesrelationsàpartirdecettedernièreperspective, c.-à-d., latechnologieentantqu’agentcontribuantaudéveloppementéconomique, humain, oudurable.
Figure 2.1 : La technologie en tant qu’agent de développement
Source : Auteur.
2.1. La technologie, ‘Le’ levier du développement économique
Latechnologiepeutêtreperçuecommeunconceptàmultiplesdimensions26, évolutif, faisantréférenceaux «aptitudesdelasociétéhumaineàtransformerlanatureenproduitsutilespourlaconsommationhumaine»27. L’évolutiontechnologiqueseproduitàtraverslesmultiplesdimensionsquelatechnologieenglobe28. Solow29étudiel’impactdel’évolutiontechnologiquesurleniveaudeviedesAméricainsentre1909et1949. Ilconstatequel’améliorationduniveaudeviedesAméricainsdécouleengrandepartieduprogrèstechnologique. Ilendéduitensuitequecelui-ciestlefacteurdominantdelacroissanceéconomiqueàlongterme. S’appuyantsurcetteidée, Mansfield30expliquequeletauxduchangementtechnologiqueestlefacteurdominantquiaffecteletauxdelacroissanceéconomique.
Lerôledelatechnologiedanslesoutiendelacroissanceéconomiqueàlongtermedanslespaysindustrielsaétésoulignéàtraversplusieursétudes, l’estimantàplusde50 %, etmettantenévidencecerôledansl’améliorationdelaproductivitéetlacréationdenouveauxproduitsetprocédésainsiquedansledéveloppementindustriel31. Lerapportsurledéveloppementmondialde199132indiquequel’améliorationdelaproductivitérésultantduprogrèstechnologiqueestunfacteurimportantquiexplique30%delacroissancerapideduPIBdel’Asiedel’Est. Eneffet, l’impacttechnologiquesurlaproductivitéestillustréparlebiaisdelafonctiondeproductionformuléeparKondo33, quisoulignelefaitqueleprogrèstechnologiqueestleseulintrantquiaugmentelarichessesansaccroîtrelecapitalouletravail.
Progrès technologique endogène vs exogène
Lesidéesintroductivesdéveloppéesprécédemmentnousconduisentàlaquestionfondamentaledesavoirsilacroissanceéconomiqueestfondéesurleprogrèstechnologiqueendogèneouexogène. Deuxécolesdepenséesicis’affrontent. Lespartisansdelathèseexogène34affirmentquelacroissanceéconomiqueàlongtermeestprincipalementinduitepardesfacteursexternes, générésendehorsdusystèmesocio-économiquemais « facilement » transférablesdanscesystème. Danslecontextedespaysendéveloppement, celasignifiequelacroissanceéconomiquepeutêtreobtenuesimplementparletransfert (ouimportation) detechnologiesdel’étranger, cequiestclairementtrop « simpliste » commeraisonnement.
Relevantlafaiblessedelathéoriedelacroissanceexogène, lespartisansdelathèseendogène35proposentunethéorieoùl’investissementinternedansl’éducation, laR&D, l’innovationetlaconnaissanceentraîneraunchangementtechnologique, quiestlemoteurdelacroissanceéconomique. Pourquel’effetd’entraînementsoitsignificatif, ilfautmettrel’accentsurl’effortinterneoulocal, reposantsurdespolitiquesdesoutienaudéveloppementducapitalhumain, àlaR&D, àl’éducationetàl’innovation. Ici, lerôledesinstitutions, telquedéfiniparNorth36, estessentielpourpromouvoirleprogrèstechnologiqueendogène. Auniveaud’unpays, cerôlecomprend, parexemple, desmesuresgouvernementalespourencouragerl’innovation, laconnaissanceetfairerespecterlesdroitsdelapropriétéintellectuelle. Cesmesuresdoiventêtreaccompagnéesd’unefiscalitéappropriée, quiencasdedéséquilibre, pourraitentraverleprogrès37.
Unequestionmajeureseposealorsquantàlapertinencedelathéoriedelacroissanceendogènedurantlesétapesdecréationd’entreprisesetaucoursdespremièresétapesdedéveloppement. Eneffet, lesretombéesdel’investissementdansl’apprentissagetechnologiquesurlequelcettethéorieestfondée, reposentsurl’hypothèsequelesentreprisesontdéjàdémarréetquelesprocessusdeleurdéveloppementsontdéjàencours38.
Mais, qu’enest-ildesentreprisesetorganisationsquidémarrent ?
Danscecas, d’autresavisprônentlathéoriedelacroissanceexogèneenutilisantdesfacteursexternestelsquelesinvestissementsétrangersetletransfertdetechnologiequipeuventêtreutiliséspourdémarrerdesactivités. Unefoisqueleniveaud’accumulationetd’appropriationrequisestatteintentermesdecapitaletdeconnaissancestechnologiques, unmodèledecroissanceendogèneouunmélange (exogène-endogène) peutprendrelerelais. Cetteapprochesemblepertinentepourlespaysendéveloppement.
Toutefois, ilfautappeleràlaprudenceenraisondesdifficultésinhérentesaupassaged’unmodèledecroissanceexogèneàceluiendogène, car «desmodalitésdeproductionétrangères, desinformationsretenuesoudéguiséessurlesavoir-faireparlesinvestisseurs, associéesàunmanquedecontrôledesprocessusd’accumulationducapitalparlesacteurslocaux, parexempleenraisondel’expatriationfurtivedesbénéfices, peuvententraverl’accumulationducapital»39. Lesdifficultés « peuventégalementaffecterlagénérationendogèned’innovationsenbloquantladynamique « d’apprentissageparlapratique », enentravantl’autonomisationdesacteurslocauxetencompromettantl’utilisationappropriéedesdotationsetactifslocaux »40.
2.2. La technologie et le développement humain
Pour ce qui est de la relation entre le progrès technologique et le développement humain, le rapport des Nations Unies sur le développement humain souligne la nécessité d’utiliser le progrès technologique et la richesse au profit des personnes41. Il convient à ce propos de mentionner que la technologie est considérée comme un type particulier de connaissance42 et que la centralité de cette dernière pour le développement humain est reconnue43, notamment à travers l’impact croissant de la connaissance ’technologique‘ sur la qualité de la vie, l’éducation, l’emploi et les modes de travail44. Cet impact est sans doute favorisé par le développement phénoménal des technologies de l’information et de la communication45.
2.3. La technologie et le développement durable
Le développement durable est généralement affecté par trois facteurs : la consommation (adoptée comme modèle de croissance par les sociétés du monde entier), la croissance démographique et la technologie (utilisée pour transformer les ressources en produits consommables)46. Les marges de manœuvre des gouvernements sont très étroites lorsqu’il s’agit de réduire l’impact sur l’environnement en modifiant les modèles de consommation ou en limitant la croissance démographique. Il ne reste par conséquent que la marge liée au facteur « développement technologique ». Cela démontre le rôle essentiel de la technologie (ou de la technologie respectueuse de l’environnement) en tant que levier du développement durable. Un certain nombre d’études font valoir qu’une gamme remarquable de technologies pouvant contribuer de manière significative au développement durable relève déjà du domaine public. Cependant, ces technologies ne sont pas facilement accessibles en raison de leur coût ou du manque de connaissances appropriées pour leur acquisition ou leur mise en œuvre47.
La technologie est une connaissance (ou forme de connaissance), un concept transversal qui peut être considéré comme un bien public48. Une responsabilité incombe à la communauté internationale pour la diffusion de la connaissance, car son importance dépasse les frontières nationales ou régionales.49 La diffusion ou le transfert de connaissances peut alors se faire à l’intérieur ou au-delà des frontières. Cependant, la majeure partie des connaissances est générée dans un nombre très limité de pays développés. Par conséquent, l’accès à ces connaissances dans le contexte des pays en développement nécessite un transfert depuis l’étranger, associé à un effort interne pour absorber ces connaissances. D’où le parallèle entre l’accès à la connaissance et le modèle de croissance mixte exogène-endogène, présenté précédemment.
D’autres considérations doivent être prises en compte, notamment le fait que la technologie transférée n’est pas constamment à jour, qui permettrait ainsi le développement durable (à titre d’exemple, le débat sur le transfert des technologies de véhicules à moteur à combustion classique alors que le progrès technologique est à l’heure du moteur hybride ou électrique). Pour cette raison, la dynamique du progrès technologique devrait être prise en compte dans la conception de tout modèle de développement ‘durable’50. Il est essentiel de noter à ce titre que le débat dans ce domaine reste dominé par les perspectives du marché, et nourri par la littérature économique.
Après avoir examiné les dimensions du développement au niveau d’un pays (c.-à-d. développement national) et le rôle que joue la technologie, la section suivante introduit les questions liées à la mise en place des capacités technologiques par le transfert de technologie, en mettant l’accent sur les pays en développement.
Piégé dans le paradigme des sciences ‘occidentales’
Il est important de signaler que la discussion dans cet ouvrage se réfère à un paradigme bien établi où l’examen de la question du développement est abordé depuis la perspective des sciences ‘occidentales’ (ex. la consommation constitue un facteur déterminant dans les modèles de croissance). Cette discussion pourrait se référer à d’autres paradigmes, dans lesquels d’autres valeurs, d’autres agendas et d’autres besoins doivent être satisfaits par la science51.
2.4. Le transfert des technologies et la mise en place de capacités technologiques : un processus d’acquisition de connaissances
Avant d’aborder en détail la discussion sur le transfert de technologie et la mise en place de capacités technologiques, il convient de définir le concept de technologie. Il y a eu au fil du temps une prolifération de définitions qui découlent de perspectives multiples, influencées par les transformations que les sociétés humaines ont connues.
Toffler52 explique que le développement des sociétés s’est fait en trois vagues. La première a été celle de la société agricole, dominée par la main-d’œuvre et les ressources naturelles (la terre). La deuxième a été celle de la société industrielle, à forte intensité de capital (machinerie, installations industrielles, etc.). La troisième celle de la société des services/informations (ou société post-industrielle ou post-capitaliste), à forte intensité de connaissances. Drucker53 qualifie la transformation qui a eu lieu immédiatement après la Seconde Guerre mondiale de transition vers une société post-capitaliste ou société de la connaissance. La qualification de «connaissance» vient du fait que le principal facteur de production dans la nouvelle société est la connaissance et non plus le capital, la main-d’œuvre ou la terre.
De ce point de vue, la technologie est définie comme un type particulier de connaissance qui «dans sa forme de base, consiste en des instructions ou des recettes sur la façon de fabriquer des choses ou de fournir un service. Mais ces instructions sont basées sur une connaissance de base des phénomènes naturels et les régularités qui peuvent être exploitées pour formuler ces instructions. À mesure que les gens en apprennent davantage sur la nature et le monde physique, ils peuvent rédiger de meilleures instructions et mettre à profit de meilleurs moyens pour manipuler la nature, c.-à-d. produire».54
Les éléments impliqués dans la technologie peuvent être classés en produits, processus (techniques de production) et connaissances (connaissances sociales55 et compétences)56. Le concept de connaissance est donc central lorsque l’on discute des questions liées au transfert de technologie et à la mise en place de capacités technologiques.
Le transfert de technologie désigne donc le transfert de connaissances. C’est pourquoi il est difficile de le définir - parce que la technologie est une connaissance et non un produit57. Le transfert de technologie va au-delà de sa simple acquisition de l’étranger, mais aussi parce qu’il vise à mettre en place des capacités technologiques nationales58. Ceci ressort dans les aspects confus, complexes et multidimensionnels qui l’entourent et qui donnent lieu à une multitude de définitions utilisées dans la littérature.59
Pour les besoins de cet ouvrage, le transfert de technologie fait référence aux connaissances acquises par une organisation située dans un pays autre que celui où elles ont été produites, avec l’intention de l’acquéreur d’utiliser ces connaissances localement, les adapter, les modifier, les améliorer et même s’appuyer sur elles pour innover.60
D’autre part, dans cet ouvrage, la mise en place de capacités technologiques fait référence à la «capacité de l’acquéreur à utiliser efficacement les connaissances technologiques dans un effort visant à assimiler, utiliser, adapter et modifier les technologies existantes. Cette capacité permet également de créer de nouvelles technologies et de développer de nouveaux produits et processus en réponse à un environnement économique en mutation».61
Cela revient à dire que l’acquéreur de la technologie a besoin de se doter de la capacité de générer sa propre technologie. Cette intention (ou exigence) est cruciale pour comprendre la signification du transfert de technologie vers les pays en développement.62
Pour résumer, le transfert de technologie fait référence à un système impliquant des facteurs exogènes, tandis que la mise en place de capacités technologiques en implique d’autres mais endogènes (N.B. La représentation linéaire du flux de connaissances (N.B. La représentation linéaire du flux de connaissances (Figure 2.2) à partir de celui qui transfère la technologie (le cédant) vers le bénéficiaire du transfert, puis vers la diffusion locale, ne doit pas occulter les interactions et les connaissances qui circulent en sens inverse. 2.2) à partir de celui qui transfère la technologie (le cédant) vers le bénéficiaire du transfert, puis vers la diffusion locale, ne doit pas occulter les interactions et les connaissances qui circulent en sens inverse. 2.2). Toutefois, le transfert de technologie et la mise en place de capacités technologiques sont deux concepts qui s’articulent autour de l’acquisition de la connaissance, également appelée l’apprentissage technologique.
Figure 2.2: Le transfert de technologie et la mise en place de capacités technologiques dans les pays en développement
Source : Auteur.
N.B. La
