Rome sweet home - Scott Hahn - E-Book

Rome sweet home E-Book

Scott Hahn

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Beschreibung

Témoignage d'un jeune couple de pasteurs protestants, qui, en étudiant la Bible en profondeur et sans a priori, deviennent catholiques sans pour autant renier la tradition évangélique. Un beau témoignage œcuménique.


À PROPOS DE L'AUTEUR

Scott Hahn is a Professor of Theology and Scripture at the Franciscan University of Steubenville and the author of many bestselling works, including The Lamb's Supper: The Mass as Heaven on Earth.

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Table des matières

AVANT-PROPOS

PRÉSENTATION

INTRODUCTION

Chapitre premier DU BERCEAU AU CHRIST

Chapitre 2 DU CÉLIBAT MILITANT A LA VIE DE COUPLE

Chapitre 3 NOUVELLES CONCEPTIONS DE L’ALLIANCE

Chapitre 4 ENSEIGNER ET VIVRE L’ALLIANCE EN TANT QUE FAMILLE

Chapitre 5 SCOTT SE TOURNE VERS L’ÉGLISE MÈRE

Chapitre 6 SCOTT ARRIVE A LA MAISON DE ROME

Chapitre 7 LES DIFFICULTÉS D’UN MARIAGE MIXTE

Chapitre 8 UNE RÉUNION TRÈS “ROME-ANTIQUE”

Chapitre 9 UNE VIE DE FAMILLE RENOUVELÉE

Conclusion DEVENIR DES CHRÉTIENS DE LA BIBLE EN VÉRITÉ

Scott et Kimberly Hahn

ROME SWEET HOME

de la foi de Luther à la foi de Pierre

Traduit de l’anglais par Claude Mahy

Éditions de l’Emmanuel

Titre de l’édition originale anglaise : Rome Sweet Home© Ignatius Press, San Francisco, 1993ISBN 0-89870-478-22e édition, 1997

Édition québécoise de Rome Sweet Home de S. et K. Hahn.Traduction française sous le titre : Comment nous sommes arrivés cheznous, par Georges Allaire, La Pocatière, Québec.© Les Publications Marie et notre temps Inc.5055, rue Saint-Dominique, Montréal, Québec H2T 1V1ISBN/ISSN 2-920990-07-1Dépôt légal : 1er trimestre 1997

Pour l’édition européenne traduite par Claude Mahy :1re édition : © Éditions de l’Emmanuel, 2009Nouvelle édition : © Éditions de l’Emmanuel, 201020, rue Jean-Baptiste Pigalle, 75009 Pariswww.editions-emmanuel.fr

ISBN numérique 978-2-35389-316-4

AVANT-PROPOS

De nombreux chemins œcuméniques se sont ouverts ces dernières années : la semaine pour l’unité, le dialogue fraternel entre baptisés de diverses confessions, des démarches communautaires de prière, d’études, de pardon mutuel… Tous ces efforts vers une plus grande communion constituent autant de filets d’eau vive venant alimenter l’unité voulue par le Christ et rappelée encore récemment par le Pape Jean-Paul II pour le grand Jubilé de l’an 2000.

Le témoignage qui suit est précisément à placer dans cette perspective dynamique et positive de l’unité. Il raconte la découverte de l’Eglise catholique par un pasteur et son épouse. Ce couple épris de vérité va jusqu’au bout de sa démarche. Approfondissant sa propre tradition protestante, notamment par l’étude priante de la Parole de Dieu, il en vient à découvrir la beauté du catholicisme. Ici, sans jamais oublier ses racines, il nous partage son itinéraire de foi.

Ce chemin est bien sûr le leur. Il ne saurait apparaître comme le modèle unique et exemplaire de ce que devrait vivre tout chrétien non catholique. Il est simplement une invitation pour tout baptisé à ne jamais cesser de marcher avec foi jusqu’au terme de la vérité et de l’amour. Si Seigneur ne bâtit sa Maison, c’est en vain que peinent les maçons (Ps 127, 1). Lui seul peut nous introduire à la vérité entière et nous y garder fidèlement.

Ce témoignage permettra aux catholiques de redécouvrir la richesse souvent cachée de leur propre tradition tout en saluant celle du protestantisme, issue d’un grand amour de l’Ecriture. Que chacun, éclairé par l’Esprit, vive donc pleinement sa propre foi, là où il est, intercédant sans cesse pour l’unité, ce bien précieux de tous et de chacun !

L’Éditeur

Nous rendons grâce à Dieu pour nos parents,qui ont su nous prodiguer vie et amour :Jerry et Patricia Kirk,Molly Lou Hahn et le regretté Fred Hahn.

Nous rendons également grâce à Dieu pournos quatre enfants :Michael, Gabriel, Anna et Jérémie.Ils sont à eux quatre le don de vie etd’amour que Dieu nous a fait, pour formerune famille. C’est une joie d’être leur père etleur mère.

PRÉSENTATION

Selon le regretté Mgr Fulton Sheen, il n’y aurait pas plus d’une centaine d’Américains à détester l’Église catholique. Par contre, ils seraient des millions à détester l’idée fausse qu’ils s’en font.

Mon épouse Kimberly et moi avons toujours cru faire partie du premier groupe avant de découvrir qu’en fait, nous appartenions au second. Mais dès que nous avons mieux saisi cette distinction, il devint évident que nous ne pouvions plus nous rattacher à aucun des deux. Dès ce moment-là, nous étions bel et bien en route vers notre demeure. Ce livre raconte notre voyage. C’est l’histoire de notre découverte de l’Église catholique, la famille par alliance de Dieu.

Dans ce récit, nous avons tâché de mettre en lumière la façon dont l’Esprit Saint s’est servi de l’Écriture Sainte pour corriger nos propres idées. Nous n’avons donc pas cherché à traiter ici les idées erronées des autres.

Ce témoignage n’aurait pas pu être publié sans l’aide de Terry Barber, des Communications Saint-Joseph en Californie. C’est lui qui nous a gracieusement fourni un ordinateur portable, ainsi que de nombreux enregistrements de nos conférences que ma femme a pu retranscrire. Elle n’est pas sans mérite, car elle a réalisé ce travail au premier étage de notre maison, entourée de quatre enfants, dont un tout petit plutôt turbulent. Pendant ce temps, j’étais tranquillement enfermé dans mon coin, au sous-sol, pour terminer ma thèse de doctorat : “La parenté par alliance”.

Chesterton a dit un jour : « Si une chose vaut vraiment la peine d’être faite, elle vaut la peine d’être faite même imparfaitement ! » C’est la raison – et la consolation – que nous avons de prendre le risque de cette publication, en cette période particulièrement chargée de notre existence.

Scott et Kimberly HAHNen la fête de S. Pierre et S. Paul, 29 juin 1993

Scott, Kimberly et Michael en mars 1983.

INTRODUCTION

Nous sommes reconnaissants à Dieu pour la grâce de notre conversion au Christ et à l’Église catholique qu’il a fondée, car c’est seulement par la plus étonnante des grâces que nous avons pu trouver notre chemin vers “sa maison”.

Moi, Scott, je remercie Dieu pour mon épouse Kimberly, la deuxième grâce majeure de ma vie. Elle est celle que Dieu a utilisée pour me révéler la réalité de sa Famille par alliance. Tandis que je m’enthousiasme facilement pour l’aspect théorique des choses, Kimberly, elle, a toujours su mettre ces choses en pratique. Ainsi, elle a joyeusement accepté que Dieu fasse d’elle le canal de transmission pour la troisième de ses grâces surprenantes : nos enfants Michael, Gabriel, Anna et Jérémie. Le Seigneur s’est servi de toutes ces grâces pour aider un pauvre détective biblique (un “Colombo de la théologie”) à résoudre l’énigme du catholicisme – l’amenant ainsi à rentrer “à la maison”.

En réalité, si le voyage a commencé comme une histoire de détective, elle s’est bientôt muée en une sorte d’histoire d’horreur, pour se terminer comme un grand roman d’amour au moment où le Christ nous a dévoilé son Épouse, l’Église (il vous serait d’ailleurs utile de garder présent à l’esprit ces trois types d’histoire tout au long de votre lecture).

Moi, Kimberly, je remercie Dieu pour Scott, mon époux chéri. Il a pris au sérieux l’appel que le Seigneur lui a fait (par Ep 5, 29) de me nourrir de sa Parole et de me chérir par sa grâce. Pour que notre famille soit accueillie dans l’Église, il a préparé le chemin en donnant sa vie pour nous – sa formation, ses rêves, sa carrière –, préférant suivre le Christ à n’importe quel prix.

Notre pérégrination changea de ton et de couleur à mesure qu’elle progressait, comme les saisons. Nous ignorions alors à quel point le passage de l’été au printemps allait être long.

Chapitre premierDU BERCEAU AU CHRIST

Scott

J’étais le plus jeune des trois enfants Hahn, nés de Molly Lou et de Fred Hahn. Baptisé dans l’Eglise presbytérienne, je fus élevé dans une famille qui n’avait de protestante que le nom. L’Église et la religion ne jouaient chez nous qu’un rôle mineur, et encore, surtout pour des raisons de convenance sociale.

Je me souviens de ma toute dernière visite à notre paroisse. Ce jour-là, le pasteur exposa toutes ses raisons de douter de la naissance virginale de Jésus ainsi que de sa résurrection corporelle. Je me suis alors levé en plein sermon et suis sorti. Je me souviens avoir pensé que je n’étais pas certain de ce que je croyais, mais que moi, à sa place, je serais assez honnête pour ne pas attaquer un credo que j’étais censé confesser. Je m’étais aussi demandé pourquoi cet homme n’abandonnait pas tout simplement ses fonctions de pasteur presbytérien pour aller là où ses croyances seraient mieux reconnues. J’ignorais alors que cet événement était porteur d’un sens prophétique pour mon propre avenir.

Quoi que j’aie fait, je l’ai fait avec passion, que ce soit le bien ou le mal. Comme la plupart des adolescents, je perdis le goût des choses religieuses et m’intéressai ferme à celles de ce monde. Cela m’entraîna dans de graves difficultés. Devenu délinquant, je fus traduit devant un tribunal pour enfants. Sous le coup de diverses inculpations, je fus mis devant la perspective d’avoir à passer une année dans un centre de détention. Je parvins tout juste à bien mentir pour y échapper et obtenir en échange une période probatoire de six mois. Contrairement à mon meilleur ami, Dave, j’étais effrayé de la tournure que prenaient les événements. Je savais qu’il fallait que cela change. Ma vie était en train de plonger très vite et j’en perdais le contrôle.

Je remarquai que Dave était nonchalant. Je savais qu’il était catholique, mais lorsqu’il se vanta de mentir au prêtre en confession, je pensai vraiment avoir tout entendu. Quelle hypocrisie ! Tout ce que je pus lui répondre fut : « Dave, je suis bien content de ne jamais avoir à confesser mes péchés à un prêtre. » Si j’avais pu savoir !

Pendant ma première année de lycée, je fis une rencontre providentielle, celle de Jack qui était déjà à l’université. Il était animateur à “Vie de Jeunes”, un mouvement chrétien fondé pour faire connaître l’Évangile à de jeunes durs qui ne fréquentaient pas l’église. Bref, des jeunes comme mes copains et moi. Jack devint un bon ami et notre relation m’était précieuse. Il restait avec nous pour jouer au basket après l’école, et nous raccompagnait ensuite à la maison dans sa camionnette.

Après avoir mieux fait connaissance, Jack m’invita à une rencontre de “Vie de Jeunes”. « Merci bien, mais non merci ! », lui dis-je poliment. Je n’avais aucune envie d’aller à une quelconque réunion religieuse, même si ce n’était pas directement à l’église.

Jack me fit alors remarquer négligemment qu’une certaine Kathy s’y rendait. Il devait savoir qu’elle était justement la fille que j’essayais de conquérir à ce moment-là. Aussi je lui répondis : « Je vais y réfléchir. » Il ajouta alors qu’un des meilleurs guitaristes de Pittsburgh, un gars du nom de Walt, se produisait à ces rencontres, et qu’il s’attardait à la fin pour jouer avec les guitaristes amateurs intéressés. Évidemment, Jack savait que la guitare était devenue comme une religion pour moi cette année-là. Elle avait remplacé mes folies d’antan. Maintenant, j’avais au moins une excuse valable pour expliquer à mes copains que j’allais à “Vie de Jeunes”.

J’y suis donc allé. J’ai discuté un moment avec Kathy et j’ai joué avec Walt, qui était absolument étonnant à la guitare. Il m’enseigna même quelques trucs. La semaine suivante, j’y retournai – et la suivante également et celle d’après.

Chaque semaine, Jack nous racontait de façon vivante une histoire de l’Évangile portant sur Jésus. Puis il nous confrontait avec le message chrétien fondamental : nous sommes tous des pécheurs qui avons besoin du salut et le Christ est mort sur la Croix pour racheter nos péchés. Nous devions le choisir pour notre Seigneur et Sauveur personnel, si nous voulions être sauvés, le salut n’étant pas automatique. J’écoutais, mais n’étais guère impressionné.

Environ un mois plus tard, Jack m’invita à une retraite. « Non merci, lui dis-je. J’ai d’autres projets. » Il me dit alors que Kathy y serait… tout le week-end. Brillant, le gars ! Mes “autres projets” pouvaient attendre.

Le prédicateur de la retraite présenta l’Évangile de façon simple, mais provocante. Le premier soir, il nous dit : « Regardez la Croix. Si vous êtes tentés de prendre vos péchés à la légère, je veux que vous la regardiez attentivement, un bon moment. » Pour la première fois, il me fit prendre conscience que c’étaient effectivement mes péchés qui avaient mis Jésus en Croix.

Le soir suivant, il nous provoqua d’une autre façon. « Si vous êtes tentés de prendre l’amour de Dieu à la légère, dit-il, regardez de nouveau la Croix. C’est l’amour de Dieu qui a envoyé le Christ là, pour vous. » Jusque-là, je voyais l’amour de Dieu comme quelque chose de sentimental. Mais la Croix, c’est tout sauf du sentimental.

Le prédicateur nous invita alors à nous engager pour le Christ. Je vis un certain nombre de jeunes comme moi s’avancer, mais je me retins. Je ne voulais pas me faire avoir par l’émotion. J’attendrais. Si tout cela était vrai ce soir, ce le serait encore dans un mois. Aussi, je rentrai à la maison en remettant à plus tard mon engagement de vie.

J’avais acheté deux livres lors de cette retraite. Un mois plus tard, un soir, je me mis à lire d’une traite Sachez pourquoi vous croyez de Paul Little ainsi que certaines parties des Fondements du christianisme de C. S. Lewis. Ces livres répondaient à bon nombre de questions que je me posais sur l’évolution, l’existence de Dieu, la possibilité des miracles, la résurrection de Jésus, la fiabilité de l’Écriture Sainte. Vers deux heures du matin, j’éteignis la lumière et me retournai pour prier : « Seigneur Jésus, je suis un pécheur. Je crois que tu es mort pour me sauver. Je veux te donner ma vie maintenant. Amen. »

Puis, je m’endormis. Il n’y eut aucun chœur d’anges, aucun son de trompette, ni même de poussée émotive. Apparemment, il ne s’était même rien passé. Mais le lendemain matin, quand je vis les deux livres, je me ressouvins de ma décision et de ma prière. Je réalisai alors que quelque chose venait de changer.

Mes amis aussi remarquèrent le changement. Mon meilleur ami, Dave, un des gars les plus populaires de l’école, s’aperçut que je ne voulais plus toucher à la drogue. Il me prit à part et me dit :

« Scott, je ne veux pas t’offenser, mais nous ne voulons plus que tu viennes avec nous. Moi et les gars, on pense que tu es devenu un indic.

– Voyons, Dave, lui dis-je, tu sais bien que je ne le suis pas !

– Eh bien, nous ne savons plus ce que tu es. Tu as changé et nous ne te voulons plus avec nous. Bonne chance ! »

Et ils s’en allèrent. J’étais foudroyé. Environ un mois après avoir pris mon engagement pour le Christ, je me retrouvais seul, sans un ami au lycée. J’avais l’impression d’être trahi. Je m’adressai à Dieu : « Seigneur, je t’ai donné ma vie et tu m’as enlevé mes amis. Qu’est-ce que c’est que ce marché ? »

Je ne pouvais pas le comprendre alors, mais, en fait, Dieu m’invitait à sacrifier quelque chose qui faisait obstacle à ma relation avec lui. Ce fut lent et difficile, mais dans les deux années qui suivirent, je me forgeai de nouvelles amitiés, solides et réelles.

Avant la fin de ma deuxième année, j’éprouvai la puissance transformante de la grâce divine de conversion. L’année suivante, j’expérimentai une effusion spéciale de l’Esprit Saint et cela changea ma vie. Il en résulta une faim dévorante pour l’Écriture Sainte. Je tombai passionnément amoureux de la Parole de Dieu et de la théologie fondée sur cette Parole.

Je passai les deux dernières années de lycée à jouer de la guitare et à étudier l’Écriture Sainte. Jack et son ami Art me l’enseignaient. Durant ma dernière année, Art m’amena même avec lui suivre certains cours du professeur John Gerstner.

Je découvris que les personnages qui m’attiraient le plus dans l’histoire du christianisme étaient les grands réformateurs protestants, Martin Luther et Jean Calvin, dont Jack et Art parlaient d’ailleurs tout le temps. J’étudiai d’abord comment Martin Luther avait redécouvert l’Évangile, à ce qu’il me semblait, en se séparant complètement de l’Église catholique. Et je commençai à dévorer ses écrits.

Du coup, mes convictions anti-catholiques se renforcèrent. J’étais à ce point convaincu que je décidai de faire mon mémoire de fin d’études secondaires sur les positions de Luther. Cela m’amena à endosser une nouvelle mission : corriger les catholiques et les libérer du légalisme des bonnes œuvres contraire à la Bible. Luther m’avait convaincu que les catholiques croyaient qu’ils étaient sauvés par leurs œuvres alors que la Bible enseignait la justification par la foi seule, la sola fide.

Luther avait un jour dit en chaire qu’il pourrait commettre l’adultère cent fois dans une journée, sans que cela affecte sa justification devant Dieu. L’envolée était manifestement rhétorique, mais elle m’avait touché. Et j’en fis part à bon nombre de mes amis catholiques.

Soyons francs, l’anti-catholicisme peut être quelque chose de très raisonnable. Si l’hostie que les catholiques adorent n’est pas le Christ (et j’étais convaincu qu’elle ne l’était pas), alors leur prosternement devant l’Eucharistie et leur adoration sont une idolâtrie et un blasphème. J’en étais convaincu et faisais tout mon possible pour en convaincre les autres. Comprenez que mon ardent anti-catholicisme provenait d’un zèle pour Dieu et d’un désir charitable d’aider les catholiques à devenir de vrais chrétiens. Comme, avant ma conversion, c’étaient surtout des jeunes de cette Église que j’avais vus s’enivrer et jurer, je ne pouvais douter qu’ils aient besoin d’aide.

A l’époque, je sortais avec une catholique. Je lui montrai ce que l’on considère comme la bible de l’anti-catholicisme : Le catholicisme romain de Lorraine Bœttner, un livre qui m’apparaît maintenant plein de fausses représentations et d’erreurs. Ma petite amie le lut et m’écrivit plus tard un mot pour me remercier, me disant qu’elle ne retournerait plus jamais à la messe. Je donnai ensuite des exemplaires de ce livre à bon nombre de mes amis et remerciai Dieu, avec un sincère aveuglement, de pouvoir lui être utile de cette façon.

Grand-maman Hahn était l’unique catholique des deux côtés de la famille. C’était une âme silencieuse, humble et sainte. Comme j’étais le seul de notre famille à être porté sur la religion, mon père me donna ses objets religieux lorsqu’elle mourut. Je les regardai avec dégoût et horreur. Je saisis son chapelet, le brisai en morceaux en priant Dieu : « Mon Dieu, libère-la des chaînes du catholicisme qui l’avaient liée. » Je déchirai aussi ses livres de prière avant de les jeter, espérant que ces bêtises superstitieuses n’avaient pas piégé son âme. J’avais appris à considérer tout cela comme un bagage excédentaire, inventé pour compliquer un Évangile pourtant simple et salvifique (Je ne suis pas fier d’avoir fait ces choses, mais je les raconte pour montrer combien profondes et sincères peuvent être les convictions anti-catholiques des chrétiens évangéliques.) Je n’étais pas anti-catholique par fanatisme, mais par conviction.

Un événement renforça cette conviction. A la fin de ma dernière année scolaire, alors que je me rendais au lycée pour une répétition, je passai devant la maison de Dave, autrefois mon meilleur ami. Comme la lumière de sa chambre était allumée, j’eus l’idée de passer lui dire au revoir avant les examens et mon départ pour l’université. Je ne l’avais guère vu ces dernières années.

Je sonnai et c’est sa mère qui m’ouvrit la porte et m’invita à entrer. Je pense qu’elle avait entendu dire que je m’intéressais beaucoup à la religion – elle était si heureuse de me voir. Comme j’entrais, Dave descendait les marches en mettant son manteau. En me voyant, il s’arrêta net :

« Scott ! dit-il.

– Dave ?

– Viens, monte ! »

Au début, nous étions mal à l’aise. Puis nous nous sommes mis à parler et parler. Nous avons ri et échangé des idées, comme au bon vieux temps. Ce qui nous parut quinze minutes dura plus de deux heures. Je ratai complètement ma répétition ! Comme je m’en plaignais, je réalisai soudain : « Mais tu avais mis ton manteau ! J’ai dû t’empêcher de faire quelque chose, toi aussi. Je suis désolé ! »

Aussitôt, toute son expression changea :

« Pourquoi es-tu venu ici ce soir ?

– Pour te dire au revoir et te souhaiter bonne chance.

– Mais pourquoi ce soir ?

– Je ne sais pas, Dave. Dis, est-ce que je t’ai fait manquer quelque chose d’important ? »

Je regardais ce grand gars costaud qui avait été si athlétique, si drôle, si populaire, et sa voix trembla :

« Quand tu es venu, je m’apprêtais à aller… » Il tira de sa poche une solide cordelette d’environ deux mètres de long et terminée par un nœud coulant. « Je sortais pour aller me pendre. Déjà cet après-midi, j’avais grimpé dans un arbre du vieux verger pour le faire, mais deux petites filles sont passées par là. Je me suis dit que j’avais déjà gâché ma vie et que je n’avais pas aussi à gâcher la leur. J’avais donc décidé d’en finir ce soir, quand il ferait noir, et c’est là-bas que j’allais quand tu es arrivé ! »

Il fondit en larme et me demanda de prier pour lui. Nous nous sommes embrassés et je me suis mis immédiatement à prier pour lui. En me dirigeant vers la sortie, j’aperçus un crucifix sur le mur, près de la porte de devant. Je songeai : Quel dommage qu’il n’ait jamais entendu parler de l’Évangile ! Puis, sortant pour rentrer chez moi, je regardai les étoiles et dis à Dieu : « Seigneur, je ne savais pas ce qu’il s’apprêtait à faire, mais toi, tu le savais, n’est-ce pas ? Si tu peux te servir de gens comme moi pour aider un gars comme Dave, eh bien ! me voici. Sers-toi de moi encore – surtout pour aider les catholiques ! »

*

Kimberly

En 1957, les cloches de Noël allaient sonner, quand mon père reçut la nouvelle que son premier enfant, Kimberly Lorraine, était née. Son cœur bondit de joie comme celui de ma mère.

Mes parents, Jerry et Patricia Kirk, m’ont plongée dans un bain de prière depuis l’instant où ils surent que j’étais en route jusqu’à aujourd’hui. Ils me nourrirent de la Parole de Dieu tout autant que de petits pois et de pommes de terre. Ils me baptisèrent quand j’étais bébé et m’enseignèrent la foi dès mon plus jeune âge. Ils me donnèrent le bon exemple en s’instruisant continuellement des choses de Dieu et en grandissant eux-mêmes dans leur vie de foi. Leur amour mutuel, ainsi que leur amour du Seigneur, offrit à ma foi un formidable fondement. Quel riche héritage !

Ils pouvaient dire avec le psalmiste : « Je chanterai éternellement les bontés du Seigneur. De génération en génération, ma bouche glorifiera ta fidélité. » (Ps 89, 1).

Comme j’aimais mes parents, j’aimais le Dieu qu’ils aimaient. Parce que je croyais mes parents, je croyais au Dieu auquel ils croyaient. Ainsi, je croyais qu’Il avait fait ce qu’ils disaient qu’Il avait fait. Je croyais que la Bible était vraie, parce qu’ils disaient qu’elle l’était. Cependant, un temps vient où il faut que chacun décide si, en fait, les revendications de Jésus sur sa vie sont justifiées.

Un jour, en cinquième, j’eus l’occasion de prendre position par moi-même. Élevée dans une famille chrétienne solide, j’étais un de ces enfants typiquement “bons”, qui ne font guère de gros péchés visibles, mais plutôt des péchés d’attitude et de pensée. Les péchés par omission avaient tendance à l’emporter sur les péchés par action. Ce jour-là, j’étais très consciente de mes manquements envers Dieu et j’avais l’âme toute prête à écouter le sermon du Révérend Lloyd Ogilvie.

J’entendis l’Évangile d’une façon qui me toucha le cœur : Dieu m’aimait et souhaitait que je vive avec et pour lui, mais mes péchés m’en séparaient. Il fallait donc qu’ils soient pardonnés. C’est pour cela que Jésus était venu. Il me fallait reconnaître que j’avais besoin de lui. Je devais tout particulièrement lui demander pardon pour mes péchés volontaires en disant : « Jésus, je veux que tu prennes place au centre de ma vie : Jésus, sois mon Sauveur et mon Seigneur ! » N’étant plus tenue par la main par mes parents, j’avais désormais besoin d’être saisie fermement par la main de mon Père des cieux.

Le prédicateur avait à peine terminé “l’appel à l’autel”, que je dévalai les gradins en courant, et me précipitai le long de l’allée pour confesser : « Oui, Jésus. Oui, j’ai besoin de toi. Oui, je veux que tu sois au centre de ma vie ! »

Le psaume 51, 1 dit : « O Dieu, prends pitié de moi, dans ta bonté. Selon ta grande miséricorde, efface mes fautes. » Ce jour-là, ce fut ma prière.

Cette expérience me plongea dans une toute nouvelle relation avec le Seigneur. Je brûlais d’approfondir ma foi comme jamais auparavant. Je voulais jeûner, non parce qu’on me le demandait, mais parce que je désirais Dieu encore plus qu’avant. J’étais affamée de sa Parole. Je voulais la lire, l’étudier, la mémoriser. Et j’attendais avec impatience la Confirmation qui me serait donnée cette année même, non seulement pour partager ma foi avec les aînés de notre paroisse, mais pour pouvoir commencer à recevoir la Communion. Lorsque je pensais à la table du Seigneur dont j’allais m’approcher, je l’associais à ma propre expérience donnée par ma mère au dîner, jour après jour : c’était le retour au foyer après les combats du jour ; c’était une célébration communautaire ; c’était une fête d’amour servie avec grâce et beauté. J’ignorais alors à quel point elle préparait mon cœur beaucoup plus à la future réception de l’Eucharistie qu’à la Communion presbytérienne.

J’eus des occasions de vivre ma foi de nouvelle façon : j’en témoignais le plus souvent possible, mettant ma Bible au-dessus de mes autres livres autant pour la lire que pour provoquer des échanges, aidant à organiser des groupes de prière le matin avant les cours… Il m’arrivait pourtant d’être insupportable, mais les convertis sont parfois ainsi, et souvent ils donnent plus de fruits que ceux qui sont confortablement installés dans la foi.

Je grandissais en amour, laissant Dieu m’aimer comme j’étais et aimant Dieu de nouvelle manière, apprenant à bien traiter mes frères et sœurs dans le Christ. Mes années de lycée furent remplies de toutes sortes d’engagements passionnants. Je dirigeais des cercles d’étude biblique, évangélisais et chantais avec un groupe de jeunes chrétiens appelé Les Jeunes. Nous participions à l’animation du culte dans les paroisses locales et faisions même des tournées estivales. Cela me permit d’établir des relations fortes avec un groupe de jeunes chrétiens de mon âge.

Je connus au lycée public des combats difficiles, mais revigorants. Je partageais ma foi et j’étais interpellée par des étudiants et des enseignants. Puis je rentrais à la maison où mes parents me fortifiaient, me donnant davantage d’Écriture Sainte pour retourner au combat. Je paraissais incarner mon nom, Kimberly, qui signifie “la jeune guerrière” en gallois. J’avoue que je prenais un réel plaisir à ces confrontations. J’étais curieuse de savoir si un collège chrétien pourrait m’offrir de semblables défis.

Chapitre 2DU CÉLIBAT MILITANT A LA VIE DE COUPLE

Scott

L’été avant mon départ pour l’université, je fis une tournée aux États-Unis, en Écosse, en Angleterre et en Hollande, jouant de la guitare avec un groupe musical chrétien, les “Continentals”. Après quoi, gavé de guitare et de musique, je pus me concentrer sur l’Écriture Sainte et la théologie.

Mes quatre années à l’université de Grove City passèrent en trombe. Mes sujets de prédilection étaient la théologie, la philosophie et l’économie. J’avais ajouté cette dernière pour plaire au sens pratique de mon père qui finançait ma scolarité. Je m’engageai aussi auprès du groupe local de “Vie de Jeunes”. C’était une manière de remercier Dieu pour la grâce de m’avoir amené à l’Évangile par ce mouvement. Aussi, travaillai-je dans cette organisation pendant mes quatre années, en évangélisant et en amenant à la foi des jeunes du lycée, comme on l’avait fait pour moi.

Je voudrais raconter un fait qui illustre le genre de zèle qui me poussait alors à offrir l’Évangile aux gens qui ne connaissaient pas le Christ.

L’une de mes relations me parla du Dr Francis Schaeffer, un grand savant chrétien avec lequel il étudiait en Europe. Le Dr Schaeffer avait décidé de s’offrir un week-end pour visiter Paris avec deux de ses étudiants. Un soir, en flânant, ils aperçurent une prostituée qui se tenait à un coin de rue. Horrifiés, les étudiants virent leur maître s’approcher de la dame.

« C’est combien ?, demanda-t-il.

– Cinquante dollars. » Il la regarda de haut en bas et dit : « Non, ce n’est pas assez.

– Ah oui ? Eh bien ! pour les Américains, ce sera cent cinquante dollars. »

Il recula de nouveau : « C’est toujours trop peu. »

Rapidement, elle dit : « Euh, eh bien ! mon tarif de week-end pour les Américains est de cinq cents dollars.

– Non. C’est encore trop bon marché. »

La jeune femme commençait à s’impatienter :

« Alors, dit-elle, dites-moi combien je vaux pour vous ? »

Il répondit : « Madame, je ne pourrais jamais payer ce que vous valez, mais laissez-moi vous parler de quelqu’un qui a déjà payé ce prix. »

Les deux étudiants virent alors leur maître s’agenouiller avec elle sur le trottoir – à même le macadam – et l’amener, dans la prière, à offrir sa vie au Christ.

Voilà le genre de zèle apostolique qu’il nous arrivait de vivre dans notre mouvement “Vie de Jeunes”. Tout au fond de moi, je ne parvenais pas à comprendre pourquoi tant de communautés paroissiales bien installées semblaient y être totalement indifférentes.

Je visais délibérément des catholiques par compassion et avec le souci de les tirer de leurs erreurs et de leurs superstitions. Quand j’eus à diriger des cercles d’étude biblique auprès des jeunes du secondaire, j’orientai délibérément mon enseignement de façon à atteindre les jeunes catholiques qui me paraissaient terriblement perdus et troublés. J’étais particulièrement inquiet de leur ignorance, non seulement de la Bible, mais aussi des enseignements de leur propre Église. Pour je ne sais quelle raison, ils ne connaissaient même pas les bases du catéchisme. J’avais l’impression qu’ils étaient traités comme des cobayes dans leurs propres programmes de catéchèse. Par conséquent, il était aussi facile de les amener à voir les “erreurs” de leur Église que d’abattre un canard à bout portant.

Dans notre dortoir, certains de mes copains commencèrent à discuter de la possibilité d’être “rebaptisés”. Nous grandissions très vite ensemble dans la foi et nous étions membres d’une confrérie locale. Le pasteur – un brillant orateur – nous enseignait que ceux d’entre nous qui avaient été baptisés peu après leur naissance n’avaient jamais été réellement baptisés. Mes copains semblaient accepter sans discuter tout ce qu’il disait. Le lendemain, ils songeaient déjà à la date à laquelle ils pourraient être “plongés pour de vrai” dans l’eau baptismale.

Je pris la parole : « Ne croyez-vous pas que nous devrions étudier nous-mêmes la Bible, afin de nous assurer qu’il a raison ? »

Ils ne parurent pas m’entendre. « Qu’est-ce qui ne va pas dans ce qu’il dit, Scott ? En fin de compte, te souviens-tu de ton propre baptême ? Que vaut un baptême pour des bébés qui de toute façon ne peuvent pas croire ? »

Je manquais moi-même de certitude sur la question, mais je savais que la réponse ne consistait pas à “suivre le chef” et à fonder nos convictions seulement sur des sentiments, comme eux semblaient le penser. Aussi, je répondis : « Faites ce que vous voulez, mais pour ma part, je vais étudier davantage la Bible avant de me précipiter dans un nouveau baptême. »

La semaine suivante, ils étaient “rebaptisés”.

Entre-temps, j’allai voir un de mes professeurs de Bible et lui racontai ce qui se passait. Il ne voulut pas me donner son opinion. Par contre, il m’encouragea à étudier la question de plus près. « Scott, pourquoi ne prendrais-tu pas le baptême des petits enfants comme sujet de ton travail de recherche pour mon cours ? »

J’étais coincé.

Pour être honnête, je n’avais pas envie d’étudier ce sujet autant que ça. Mais je crois que le Seigneur savait qu’il fallait me pousser un peu. Aussi, pendant les quelques mois qui suivirent, je lus sur le sujet tout ce qui me tomba sous la main.

A ce stade de ma vie de chrétien, j’avais déjà lu la Bible en entier trois ou quatre fois. Ces lectures m’avaient convaincu que la clef de la compréhension de l’Écriture se trouve dans l’idée d’alliance. On la retrouve à chaque page, Dieu en établissant une pratiquement à chaque époque !

L’étude de ce thème clarifia chez moi un point obscur. Pendant deux mille ans, d’Abraham à la venue du Christ, Dieu avait indiqué à son peuple qu’il voulait que leurs bébés fassent aussi partie de son alliance. La façon de le faire était simple : leur en donner un signe tangible.

Dans l’Ancien Testament, ce signe d’entrée dans l’alliance divine fut la circoncision des enfants mâles. Le Christ le remplaça par le baptême pour tous, mais, dans le Nouveau Testament, je ne trouvai aucun endroit où il annonçait qu’à partir de là, les bébés seraient temporairement exclus de l’alliance jusqu’à leur âge de raison.

En fait, il affirma plutôt le contraire en déclarant : « Laissez venir à moi les petits enfants et ne les empêchez pas, car c’est à leurs semblables qu’appartient le Royaume des cieux » (Mt 19, 14).

Je vis aussi que les Apôtres l’imitèrent. Par exemple, à la Pentecôte, après avoir terminé son premier sermon, Pierre invita tout le monde à venir au Christ dans la nouvelle alliance : « Repentez-vous et recevez tous le baptême au nom du Christ Jésus pour le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don de l’Esprit Saint. Car la promesse est faite pour vous et vos enfants… » (Ac 2, 38-39).

Autrement dit, Dieu n’excluait nullement les enfants de son alliance. Comme le Nouveau Testament ne donne que le baptême comme signe d’entrée dans la nouvelle alliance, pourquoi les bébés des croyants n’auraient-ils pas été baptisés ? Il n’était donc pas étonnant, et mon étude le montrait, que l’Église ait administré le baptême aux petits enfants dès les premiers temps.