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"Le Titeux" est le livre historique de référence pour découvrir l'Ecole de Saint-Cyr des origines au 19ème siècle. "Je dédie ce livre à l'armée, à mes chers camarades de Saint-Cyr, à tous les hommes de bonne volonté et de fermes croyances qui travaillent et qui luttent pour que la France reprenne, avec son prestige militaire, le cours interrompu de ses glorieuses destinées. Un ardent amour de mon pays, le culte exclusif de sa grandeur, m'ont poussé à rechercher la vérité, à la dire sans passion, avec l'unique préoccupation d'être utile." Lt-Colonel E. Titeux.
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Seitenzahl: 1210
Veröffentlichungsjahr: 2021
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LIEUTENANT-COLONEL BREVETE DE L’EX-CORPS D’ETAT-MAJOR
ANCIEN PROFESSEUR DE TOPOGRAPHIE ET DE GEODESIE A L’ECOLE SUPERIEURE DE GUERRE LAUREAT DE L’ACADEMIE FRANÇAISE
SAINT-CYR
ET
L’ECOLE SPECIALE MILITAIRE
EN FRANCE
Tome 2/2
FONTAINEBLEAU — SAINT-GERMAIN
PREFACE PAR LE GENERAL DU BARAIL
OUVRAGE ILLUSTRE DE 107 REPRODUCTIONS EN COULEURS, 264 GRAVURES EN NOIR ET 26 PLANS, D’APRES LES AQUARELLES ET DESSINS DE L’AUTEUR.
CHAPITRE IX REPUBLIQUE ET SECOND EMPIRE
CHAPITRE X 1871-1880
CHAPITRE XI 1880-1893
CHAPITRE XII 1893-1897
APPENDICES (2/2) (Chapitre XIII & XIV)
CHAPITRE XV
COUP D’OEIL SUR LA FORMATION DE L’ARMEE PRUSSIENNE
ETABLISSEMENTS D’EDUCATION MILITAIRE ET RECRUTEMENT DU COMMANDEMENT EN PRUSSE ET EN FRANCE
CONCLUSION
www.editions-aojb.fr
Cour Wagram ; le Zingot et le grand manège.
Dans sa lettre au commandant de l’Ecole spéciale militaire, en date du 9 juillet 1848, le général de Lamoricière, ministre de la Guerre, avait autorisé le général de Ricard à accorder un congé aux élèves jusqu’au 1er octobre. Les jeunes gens étaient partis, fort mécontents d’avoir vu le gouvernement rejeter leurs prétentions à l’épaulette, si peu justifiées, et le Ministre leur infligea un blâme pour avoir adressé à l’Assemblée Nationale une pétition collective.
Cette disposition d’esprit s’était peu modifiée pendant leur absence et, lors--qu’ils rentrèrent à l’Ecole où ils formèrent la 1ère Division, il était facile de prévoir qu’ils saisiraient le premier prétexte pour se livrer à quelque acte d’indiscipline. Cette occasion ne se fit pas attendre.
L’arrivée des recrues au commencement de décembre, vit s’inaugurer un système de brimades véritablement révoltantes ; favorisées par le mélange des anciens et des recrues dans les compagnies, ces vexations prirent rapidement un caractère d’inconcevable cruauté. Se targuant des services qu’ils avaient rendus à Paris et des éloges dont ils avaient été l’objet, les élèves de la 1ère Division préten--daient se mettre au-dessus de toute règle, de toute discipline. Il devenait urgent d’agir, et le général envoya à la salle de police et en prison les brimeurs les plus coupables ; l’exaspération des anciens fut à son comble.
Dans la nuit du 19 au 20 décembre, une véritable révolte éclata. Les anciens coururent d’abord aux prisons et en firent sortir leurs camarades ; puis ils élevèrent des barricades dans les escaliers, à l’entrée des dortoirs, et contraignirent les recrues à se masser derrière ces obstacles, les armes à la main, pour en défendre l’approche. Pour éviter d’être reconnus, ils s’étaient coiffés d’un bonnet de coton rabattu sur les yeux et percé de deux trous pour la vue ; le bas du visage disparaissait sous une serviette maintenue par le bonnet ; d’aucuns avaient accommodé des traversins en forme de bonnet à poil. — Les officiers qui se présentèrent furent accueillis par une grêle de projectiles de toute nature, brosses, vases, bahuts, et par les cris furieux de : « A la lanterne ! » — Un adjudant faillit être écharpé et ne put qu’à grand peine s’échapper par les combles. — Les mutins refusèrent de descendre au réfectoire ; ils ne quittèrent leurs retranchements que pour aller à la corvée de pain, ce qu’ils appe--laient « faire une sortie. »
Mis au courant de la situation, le Ministre autorisa le général commandant l’Ecole à requérir la garnison de Versailles pour comprimer la révolte ; menacés de l’intervention de la force armée, les élèves se soumirent. — Un ordre du 23 décembre fait connaître les dispositions suivantes : Le Pouvoir exécutif de la République licencie la 1ère Division ; les élèves rejoindront sans délai les corps dont ils font partie. Cette Division sera réorganisée et composée des élèves qui, sur l’attestation des officiers et adjudants, paraîtront le plus dignes de rentrer à l’Ecole. Les élèves renvoyés, qui se conduiront bien dans leurs régiments, pourront se présenter aux prochains examens d’admission à l’Ecole.
Le travail d’épuration commença immédiatement. Chaque capitaine dut dési--gner dix perturbateurs, choisis parmi les élèves ayant témoigné du plus mauvais esprit1. Après examen des dossiers, soixante-douze jeunes gens furent expulsés et envoyés dans leurs régiments comme simples soldats ; quarante-huit furent réadmis après avoir subi une réprimande, et cent quatre-vingt-quinze élèves rentrèrent à l’Ecole sans avoir été l’objet d’aucune observation. — L’autorisation de lire les jour--naux fut retirée, et le général suspendit les sorties jusqu’à nouvelle décision du ministre de la Guerre. — Hâtons-nous de dire que cette révolte est la dernière dont il soit fait mention dans les annales de l’Ecole, qui, depuis 1849, n’a cessé de donner l’exemple de la plus parfaite discipline.
On continua à aller régulièrement à la messe le dimanche. L’ordre du 8 février 1849 porte ce qui suit : Un piquet de 60 hommes ira le dimanche à la messe avec armes et bagages ; il comprendra 1 caporal et 6 élèves par compagnie, et 4 sous-officiers. — Le piquet formera tête de colonne pour aller à la Chapelle et pour en revenir. Arrivé sur le palier qui précède la Chapelle, il s’arrêtera pour laisser passer entre ses rangs les élèves non armés et prendra la queue de la colonne pour former la haie dans la nef. Le caporal placé à la droite du premier rang et les deux premières files iront se placer à l’autel. Un des sous-officiers sera chef de peloton.
Le piquet portait les armes au moment de l’Evangile ; à l’Elévation il présentait les armes et mettait le genou à terre, chaque élève portant rapidement la main droite renversée à hauteur de la visière du schako, pendant que les deux tambours du piquet battaient aux champs. Les Saint-Cyriens fanatisaient plus encore à la messe que dans les revues ; tous les mouvements s’exécutaient avec une merveilleuse précision. Lorsque le service divin était terminé, le chef du piquet commandait : « Peloton par le flanc droit et le flanc gauche, droite, gauche ! ... Par file à gauche et par file à droite, pas accéléré, marche ! » Les tambours battaient et le piquet sortait de la Chapelle, suivi par les élèves sans armes.
Les sorties n’avaient pas tardé à être rétablies par le Ministre. Des désordres, causés par des élèves, s’étant produits à Versailles, le général annonce, par ordre du 8 mai 1849, qu’il supprime la sortie de dimanche prochain et suspend la faveur qu’il avait accordée de rentrer à neuf heures ; dorénavant on rentrera comme le veut le règlement, à la retraite.
Comme nous l’avons déjà indiqué, il ne fut plus question de voltigeurs à Saint-Cyr à partir de 1844 ; les compagnies, composées d’anciens et de recrues, compre--naient des Grenadiers, des Elèves d’élite et des Fusiliers.
Les brimades, pratiquées avec un incroyable acharnement pendant l’année 1849, avaient occasionné de nombreuses querelles, qui devaient être suivies de ren--contres ; certains élèves avaient jusqu’à trois duels en perspective. L’autorité s’émut de cette situation, et à la fin des examens, les anciens furent d’abord mis en route, par groupes de dix, avec défense formelle de stationner plus de quarante-huit heures à Paris, sous peine d’être arrêtes et mis en prison. Les recrues ne quittèrent l’Ecole que quelques jours après le départ des derniers groupes d’anciens, dans le courant du mois de septembre ; même défense leur fut faite de séjourner dans la capitale.
A la rentrée du mois de novembre 1849, les deux promotions furent de nouveau séparées ; les anciens formèrent le demi-bataillon de droite et les recrues le demi-bataillon de gauche. Par suite de cette disposition, les grenadiers, disséminés précédemment dans tout le bataillon, furent réunis en une compagnie qui prit la tête du demi de droite ; l’ordre du 22 novembre 1849 prescrivit la formation de la compagnie de grenadiers2. Le bataillon de Saint-Cyr compte alors une compagnie d’élite et sept compagnies de fusiliers numérotées de 1 à 7.
L’Instruction du 8 février 1849 sur les conditions d’admission à l’Ecole de Saint-Cyr, porte que les candidats devront être âgés de seize ans au moins et de vingt ans au plus, au 1er janvier de l’année du concours. Il ne sera plus accordé aucune dispense d’âge. — Les élèves admis à l’Ecole, s’ils ne sont liés au service militaire, seront tenus de contracter un engagement volontaire le 31 décembre, au plus tard, de l’année de leur nomination. — Il est arrêté qu’à la sortie de l’Ecole, les trente premiers concourent avec trente sous-lieutenants de l’armée pour l’admission à l’Ecole d’application d’état-major.
Au mois d’avril 1850, lorsqu’il fut question d’accorder des récompenses aux élèves du demi-bataillon de gauche, le général, ne voulant pas rompre l’unité des compagnies de ce demi-bataillon, fait savoir, par ordre du 15, qu’il ne formera pas de 2ème compagnie de grenadiers : « Le mélange des Grenadiers et Fusiliers dans les mêmes compagnies n’existant dans aucun corps, il ne sera pas non plus, ainsi que cela a déjà eu lieu, nommé de Grenadiers pour rester dans les compagnies du centre de la 2ème Division. En conséquence les Elèves du demi-bataillon de gauche qui ont mérité la première récompense donnée au travail, à la conduite, seront nommés Elèves de classe ; ils porteront un seul galon de laine placé sur chaque manche et jouiront des prérogatives attachées aujourd’hui à la grenade. » — Dans le courant du mois suivant, des élèves de 1ère classe sont nommés au grade de caporal auxiliaire, dont ils portent les insignes.
Par suite de ces dispositions, le demi-bataillon de droite (anciens) avait des grenadiers distingués uniquement par une grenade rouge au collet, tandis que le demi-bataillon de gauche (recrues) comptait des élèves de 1ère classe, portant, au lieu de grenade, un galon jaune semblable au premier galon des caporaux. — Cette anomalie disparut l’année suivante. Comme témoignage de satisfaction aux élèves du demi-bataillon de droite et aux gradés du demi-bataillon de gauche « pour leur bonne conduite soutenue, leur zèle et leur application », le général Alexandre décida, par ordre du 1er avril 1851, que tous les élèves des deux Divisions porteraient la grenade de soie jaune au collet. Il espère, ajoute-t-il, pouvoir présenter la promotion de 1850 « comme modèle à toutes les promotions suivantes, parce qu’elle aura prouvé qu’elle comprend le rude et noble apprentissage de notre noble métier ». A partir de cette époque, il n’est plus fait mention de grenadiers dans le bataillon de Saint-Cyr, et les compagnies sont numérotées de 1 à 8 ; les élèves de 1ère classe sont nommés dans toutes les compagnies.
Le nouveau gouvernement changea quelques noms à Saint-Cyr ; la Cour Royale s’appela Cour Rivoli, et la Cour de la Reine devint la Cour Marengo.
La paye de dix centimes par jour, allouée aux élèves à titre de prêt, fut supprimée par le Ministre de la guerre le 8 novembre 1850. On motiva cette mesure par l’accroissement des charges imposées à l’Etat par l’Ecole, conséquence de la diminution du prix de la pension et du trousseau, ainsi que de l’augmentation du nombre des bourses et demi-bourses. — Une loi des 26 janvier, 3 mai et 5 juin 1850, rapportant le décret du 19 juillet 1848, relatif à la gratuité des Ecoles polytechnique et militaire, avait, en effet, stipulé que des bourses et demi-bourses seraient accor--dées à tous les jeunes gens sans fortune admis à ces Ecoles ; il leur était accordé de même des trousseaux et des demi-trousseaux, et, à leur nomination au grade de sous-lieutenant, les boursiers pouvaient recevoir la première mise d’équipement attribuée dans l’armée aux sous-officiers promus officiers. — D’après cette même loi, les militaires candidats à Saint-Cyr devraient, à partir de 1851, justifier de deux ans de service effectif et réel sous les drapeaux.
Une commission, présidée, en 1849, par le général Rostolan, avait été chargée d’étudier les modifications à apporter à l’organisation de l’Ecole spéciale militaire. Elle inspira une loi ne différant guère des précédentes que par des points de détail et laissant intacts les grands errements du passé sur les principes d’éducation et les procédés d’instruction. Pendant vingt ans encore, et jusqu’au coup de foudre de 1870, notre grande Ecole militaire, chargée de recruter les hauts grades de l’armée, devait suivre l’indéracinable routine, manoeuvrant comme pas une troupe, mais indifférente au grand et menaçant travail qui s’opérait autour de nous dans les voies et moyens de la guerre, et plongée, dit le général Trochu, « dans la contemplation de la légende, dans l’application obstinée des méthodes vieillies de la tradition »3.
La loi du 11 août 1850 décrétait en substance : L’admission à l’Ecole spéciale militaire a lieu par voie de concours. Le candidat doit avoir seize ans au moins et vingt ans au plus, au 1er janvier de l’année du concours. Les élèves non militaires devront contracter un engagement volontaire de sept ans avant leur entrée à l’Ecole. — Le prix de la pension sera de 1.000 francs par an ; celui du trousseau sera déterminé chaque année par le ministre de la Guerre. Des bourses et des demi-bourses seront accordées pour insuffisance de fortune des parents. — Les élèves sont répartis en deux Divisions. — L’Ecole est soumise au régime militaire ; la police et la discipline seront les mêmes que dans les corps de l’armée. Les élèves formeront un bataillon qui sera composé de quatre, six ou huit compagnies, selon le nombre des élèves. Les sous-officiers et caporaux de chaque compagnie seront pris parmi les élèves. — L’élève dont l’expulsion aura été ordonnée par le Ministre, sera dirigé sur un des corps de l’armée. — Un Jury spécial de sortie fera les examens nécessaires pour constater l’aptitude des élèves de la 1ère Division à être promus au grade de sous-lieutenant. Le numéro de mérite obtenu dans le classement de sortie par les élèves qui n’appartiendront pas à la marine, leur donnera le droit de choisir l’arme dans laquelle ils désireront servir, savoir : 1° la cavalerie, 2° l’infanterie. — 30 élèves, désignés dans l’ordre des numéros de mérite parmi ceux qui en auront fait la demande, seront admis à concourir pour les places de sous-lieutenant élève à l’Ecole d’application d’Etat-Major. — Les élèves qui opteront pour la cavalerie et dont l’aptitude aura été constatée, seront envoyés à l’Ecole de cette arme pour y com--pléter leur instruction. — Les élèves qui n’auront pu satisfaire aux examens de sortie pourront être placés comme caporaux, sergents ou maréchaux des logis dans les corps.
Une Décision présidentielle du 5 octobre 1851, porte que les membres du Jury des compositions et les examinateurs seront adjoints au Jury d’admission à l’Ecole spéciale militaire.
Le prince Louis-Napoléon, Président de la République, se rendit à Saint-Cyr au printemps de 1850 ; il portait l’uniforme de général de la Garde nationale, bleu de roi et argent. Le bataillon l’attendait sous les armes, déployé dans la cour Wagram, face au Quinconce. Le prince passa, silencieux, devant les rangs, sans provoquer le moindre enthousiasme ; on l’entendit seulement murmurer, avec un accent très pro-noncé : « Pelle cheunesse ! Pelle cheunesse ! » Il assista aux exercices des élèves dans le gymnase couvert ; « c’est ici, dit-il au général Alexandre, qu’il faut faire un manège. »
Le maréchal de Saint-Arnaud vint visiter Saint-Cyr au mois d’août 1851. Il assista au tir du canon et à toutes les péripéties d’un triomphe. L’élève de B … , poète à ses heures et doué d’une fort belle voix, chanta devant le maréchal la chanson de La première sortie4, qu’il avait composée à l’occasion d’un déjeuner, le 1er janvier de cette même année. Le maréchal lui fit les plus vifs compliments et lui donna une paire de pistolets.
A la rentrée de novembre 1851, chaque compagnie fut commandée par un lieutenant ayant un sous-lieutenant sous ses ordres. Ces deux officiers passaient à tour de rôle l’inspection du matin, après l’astique. Il n’y eut plus que quatre capitaines, commandant chacun une division formée de deux compagnies. Les lieutenants et les sous-lieutenants dirigèrent l’instruction militaire et pratique et alternèrent pour la surveillance des études avec les adjudants. — Cette disposition n’eut pas une longue durée ; à la rentrée de 1856, chaque compagnie eut son capitaine et un lieutenant ; les sous-lieutenants furent supprimés. Enfin, en 1861, on revint au système de 1851, et les capitaines commandèrent une division de deux compagnies.
Un Décret présidentiel, en date du 31 décembre 1851, ayant rétabli l’aigle sur les drapeaux de l’armée, le Ministre de la guerre invita, par dépêche du 9 mars 1852, le Conseil d’administration de l’Ecole à substituer l’aigle au coq sur les plaques de schakos, boutons, poignées d’épées et effets d’équipement. Un aigle fut également sculpté au-dessus de la porte d’entrée de l’établissement, où flotte le drapeau.
L’Ecole prit part, le 10 mai 1852, à la grande revue passée au Champ de Mars à l’occasion de la distribution des aigles par le Prince-Président. Des députations de tous les corps s’étaient jointes aux troupes de l’armée de Paris. Le premier drapeau donné par le Prince fut celui de l’Ecole spéciale militaire, portant la devise : Ils s’instruisent pour vaincre ; il fut remis à l’élève Mercier. — Les Saint-Cyriens défilèrent après la Garde Nationale, en tête de l’armée ; leur crânerie, la correction irrépro--chable de tous leurs mouvements, excitèrent un vif enthousiasme. Ils déposèrent ensuite les armes et les sacs dans le manège de l’Ecole d’état-major et assistèrent au feu d’artifice.
Saint-Cyr reçut, peu après, la visite du Prince-Président. Il arriva le 30 août, sans qu’aucun préparatif eût été fait pour le recevoir, « Je me rappelle, nous écrit le colonel J...., que c’était dans l’après-midi ; le bataillon n’était pas sous les armes. Nous nous exercions au polygone, avec un adjudant (probablement celui qui nous apprenait que le canon était en cuivre et la lumière en métal). Le Président s’arrêta un instant auprès de nous, puis sans avoir rien dit à personne, il s’éloigna et dis-parut. » — Le Prince laissa des armes pour être distribuées en prix aux élèves les mieux notés ; le sergent de Miribel eut une paire de pistolets pour avoir abattu le tonneau. Le soir, il y eut gala au champagne. — Nous verrons l’Empereur renou--veler, en 1860, sa visite à Saint-Cyr et s’y montrer tout aussi froid, ne sachant trouver aucune de ces chaudes paroles qui font vibrer les âmes, et gagnent tous les coeurs. Il aimait pourtant les Saint-Cyriens, et les privilégiés désignés pour assister aux bals de l’Elysée, trouvaient dans les dortoirs improvisés pour eux au Palais, force provisions de punch et de cigares5. Le Prince poussa même la bonté jusqu’à loger à l’Elysée, pendant les vacances de 1851, l’élève de F... dont la famille habitait la Martinique. Il mit des chevaux à sa disposition, fit souvent sa partie d’écarté et le combla de prévenances. Ce favorisé de la fortune ne fut plus connu à l’Ecole que sous le nom de Prince-Président, titre qu’il paraissait, dit un contemporain, prendre au sérieux.
Le maréchal de Saint-Arnaud vint visiter Saint-Cyr le 21 juillet 1853. — Le 1er août suivant, le bataillon de l’Ecole prit part à une petite guerre aux environs de Versailles. Le général Alexandre commandait une division formée des deux brigades Ripert et Chasseloup-Laubat ; dans une attaque du bois de Satory, les Saint-Cyriens prirent la tête de la colonne chargée d’enlever le bois, et exécutèrent une marche au pas gymnastique, qui fut très remarquée.
Par ordre du 16 août 1853, le général commandant l’Ecole fait connaître que le Ministre de la guerre l’a chargé de témoigner toute sa satisfaction pour le défilé admirable que le bataillon a exécuté la veille devant l’Empereur ; « c’est en mainte--nant le bon esprit militaire, dit le général, que nous méritons toujours le titre de 1er Bataillon de France. »
Depuis la création, par Ordonnance royale du 5 novembre 1823, d’une Ecole d’application de cavalerie à Versailles, transférée à Saumur le 1er décembre 1824, l’enseignement de l’équitation avait été complètement abandonné à Saint-Cyr. Le manège construit en 1808 par le général Bellavène, à côté de la cour des cuisines, avait été aménagé pour les exercices de gymnastique. — Les élèves désignés par le numéro de mérite obtenu dans le classement de sortie, pour être affectés à l’arme de la cavalerie, allaient, en quittant Saint-Cyr, suivre des cours spéciaux à l’Ecole de cavalerie de Saumur, pendant deux ans. Il se produisait ainsi cette anomalie, qu’on mettait quatre années pour former un sous-lieutenant de cavalerie, alors que deux années étaient reconnues suffisantes pour former un sous-lieutenant d’infanterie. Il était évident, d’ailleurs, que le niveau d’instruction générale établi par le classement de sortie, n’impliquait nullement l’aptitude physique nécessaire pour servir dans la cavalerie.
Ce fut le général Trochu, Directeur-adjoint du personnel de la guerre et faisant fonctions de Directeur (de 1853 à 1854), qui persuada au maréchal de Saint-Arnaud d’annexer à Saint-Cyr, qui n’avait alors que six chevaux de tombereau, une Ecole de cavalerie avec 400 chevaux et un manège pour les deux armes, « C’était beaucoup pour le temps, nous écrivait le général Trochu, le 14 novembre 1894 ; à présent, pour l’énorme machine de guerre que la France a édifiée, il faudrait à sa base trois écoles comme celle-là. Et la principale devrait occuper en entier la forte--resse de Vincennes avec ses immenses bâtiments, ses vastes cours et préaux. »
Visite de Napoléon III, 30 août 1852.
A la suite d’un rapport explicatif adressé par le Ministre de la guerre à l’Empe--reur, parut, le 30 septembre 1853, un Décret impérial prescrivant les dispositions suivantes :
Vu l’Ordonnance du 7 novembre 1845, vu le Décret d’organisation de l’Ecole impériale spéciale militaire, en date du 11 août 1850.
Considérant que ce Décret, en accordant aux Elèves de l’Ecole spéciale militaire, dans un but d’émulation, la faculté de choisir, suivant leur rang de mérite sur la liste du classement scientifique, l’arme dans laquelle ils désirent entrer, ne tient pas assez compte de l’aptitude physique et des autres qualités nécessaires à l’officier de cavalerie.
Considérant, en outre, qu’il y aura avantage, sous tous les rapports, à donner aux Elèves destinés à cette arme un enseignement spécial qui leur permette, comme aux Elèves admis dans l’infanterie, de faire le service de sous-lieutenant dès leur sortie de l’Ecole spéciale militaire ;
Qu’enfin il convient de mettre les Elèves destinés à l’infanterie à même d’acquérir à l’Ecole les connaissances d’équitation les plus indispensables. Avons décrété et décrétons ce qui suit :
Art. 1er : Les Elèves de l’Ecole impériale spéciale militaire, qui se destinent à l’arme de la cavalerie, au lieu d’être envoyés à l’Ecole de Saumur pour y compléter leur instruction, recevront, dans l’intérieur de l’Ecole militaire, à Saint-Cyr, à dater du 1er novembre 1853, l’enseignement théorique et pratique nécessaire pour les mettre à même, à leur sortie de la dite Ecole, d’être placés immédiatement comme sous-lieutenants dans les divers régiments de cavalerie.
Art. 2 : A cet effet, l’état-major de l’Ecole sera augmenté d’un lieutenant-colonel de cavalerie ou chef d’escadrons et d’autant d’officiers du grade inférieur, de sous-officiers, brigadiers et cavaliers que l’exigeront les besoins du service.
Art. 3 : Tous les Elèves qui auront fait la demande au moment de leur entrée à l’Ecole, seront autorisés à suivre, à titre d’essai et pendant un laps de temps qui sera déterminé par le Ministre de la guerre, des cours d’équitation qui serviront à faire connaître ceux d’entre eux qui auront l’aptitude voulue pour servir dans la cavalerie.
Art. 4 : L’essai terminé, le général commandant l’Ecole, le commandant en second, l’officier supérieur chargé de la direction des exercices de cavalerie, et l’un des écuyers professeurs se réuniront pour former une liste de ces Elèves, par ordre d’aptitude au service de la cavalerie. Les premiers, suivant l’ordre de cette liste et dans la limite des besoins présumés des régiments de l’arme, feront définitivement partie de la section de cavalerie.
Art. 5. Les Elèves destinés à l’infanterie recevront, pendant leur séjour à l’Ecole, un certain nombre de leçons d’équitation.
Art. 6. Une fois placé dans la section de cavalerie, un Elève ne pourra, sauf le cas prévu à l’article 9 du présent décret, passer dans la section d’infanterie que pour cause d’infirmités qui le rendraient impropre au service de l’arme.
Art. 7. Les examens de fin de cours, pour le passage de la seconde Division à la première, et ceux de sortie pour constater l’aptitude des Elèves de la 1ère Division à être promus sous-lieutenants, auront lieu simultanément pour les Elèves destinés soit à l’infanterie soit à la cavalerie.
Art. 8. Le Jury de sortie, institué par le décret du 11 août 1850, dressera une liste générale, par ordre de mérite, des élèves d’infanterie et de cavalerie.
Art. 9. Aucun Elève de la section de cavalerie ne pourra être promu au grade de sous-lieutenant dans cette arme, si son aptitude à en être pourvu n’a été constatée par un Jury formé de l’officier supérieur de cavalerie, d’un professeur instructeur et d’un professeur écuyer. — Les Elèves dont l’aptitude au service de la cavalerie ne serait pas reconnue par ce Jury, pourront être nommés sous-lieutenants d’infanterie, s’ils sont portés sur la liste générale de classement mentionnée à l’article 8, et s’ils sont d’ailleurs proposés, à cet effet, au Ministre, par le général commandant l’Ecole, de l’avis du commandant en second et de l’officier supérieur chargé de la direction des exercices d’infanterie.
Art. 10. Les Elèves de la section de cavalerie seront nommés sous-lieutenants à la même date que les Elèves d’infanterie portés avec eux sur la liste générale de classement. Toutefois ils pourront être retenus un mois de plus à l’Ecole militaire, pour y compléter leur instruction relative au service de la cavalerie.
Art. 11. Les articles 3 et 4 du présent décret sont applicables aux Elèves actuels, qui, étant sur le point d’être admis en 1ère Division (2ème année d’études), demanderont à faire partie de la section de cavalerie. Ces Elèves, à leur sortie de l’Ecole spéciale militaire, en 1854, pourront être envoyés à l’Ecole de cavalerie de Saumur, si le Ministre de la guerre le juge bon.
Le Ministre de la guerre désigna le lieutenant-colonel Schmidt, de l’Ecole impériale de cavalerie, pour concourir, sous la présidence du général Alexandre, à la création d’un manège et d’une section d’élèves de cavalerie à Saint-Cyr. Afin d’établir le moins de différence possible entre les deux catégories d’élèves, « de manière à conserver entre eux l’affection et la confraternité qui existent en ce moment », on décida que l’uniformité d’habillement serait maintenue pour toute l’Ecole. Les élèves de cavalerie ne porteraient d’éperons qu’au moment de monter à cheval ; dans les sorties et hors du service, ils seraient armés comme leurs autres camarades, du sabre d’infanterie dit coupe-choux, modèle 1831. Les exercices à l’intérieur de l’Ecole se feraient en veste et comporteraient le fusil de dragon, le mousqueton, le sabre de cavalerie légère modèle 1822, et une lance avec flamme tricolore.
Afin de pouvoir donner des leçons d’équitation dès la rentrée du mois de novembre, on rendit le manège Bellavène à sa destination première, sous le nom de Petit Manège ; il n’y eut plus alors, pour enseigner la gymnastique, que l’espace découvert compris entre le côté nord du manège et le mur bordant le chemin de l’infirmerie. — On commença en même temps la construction d’un second manège placé en bordure de l’allée longeant le côté sud de Champ de Mars, avec entrée dans l’angle nord-ouest de la cour Wagram ; il fut appelé Grand Manège. La bande de jardins longeant le côté ouest du mur d’enceinte des terrains de l’Ecole, fut supprimée, et le Champ de Mars, réservé aux exercices de cavalerie, fut poussé à l’ouest jusqu’au mur de clôture.
On décida que le quartier de cavalerie comprendrait tout le terrain situé à l’ouest entre le mur d’enceinte de l’Ecole et les jardins du général.
Quartier de Cavalerie, 1853.
Cet espace était occupé par des jardins affectés aux officiers, par les bâtiments de la buanderie enfer--mant la cour de ce nom, et, au midi, par un petit enclos abandonné depuis soixante ans et dénommé pâture ou chantier de bois à brûler. — Ce coin solitaire, perdu en quelque sorte entre le chevet de l’église et les pau--vres maisons du village, était l’ancien cimetière de la Maison Royale de Saint-Louis. Il avait reçu son premier cercueil le 8 octobre 1686, à la mort de mademoiselle de Criny, novice… C’est là que, pendant plus d’un siècle, jeunes filles moissonnées au printemps de la vie, et religieuses endormies dans la paix du Seigneur, étaient venues chercher le suprême repos…Le terrain fut nivelé ; on y construisit un quartier de cavalerie avec écuries, casernes. Une avenue centrale, débouchant au sud sur la rue du village, vint effacer toute trace du champ des morts, « sans qu’une croix de bois rappelle que tant de noms illustres, tant de vertus obscures y ont été ensevelis »6.
Le premier commandant de la section de cavalerie fut le chef d’escadrons Harman. Il eut pour successeur, en 1860, le chef d’escadrons L’Hotte, écuyer de premier ordre, élève de Baucher et du comte d’Aure.
L’Instruction pour l’admission à l’Ecole impériale spéciale militaire, en date du 4 novembre 1853, porte ce qui suit : « Nul ne peut être admis aux épreuves d’exa--men, s’il ne remet à l’examinateur le Diplôme de bachelier ès-sciences. Les épreuves consistent en compositions écrites et en examens oraux. — L’examen du 1er degré se compose de deux épreuves orales : l’une sur les mathématiques, la cosmographie, la physique et la chimie, devant deux examinateurs ; la seconde épreuve, devant un troisième examinateur, roule sur l’histoire, la géographie et l’allemand. — L’examen du 2° degré, qui est fait par un jury, consiste en interrogations qui portent sur toutes les parties du programme des connaissances exigées. — Les candidats justifieront de connaissances en équitation, natation, escrime et gymnastique, par un certificat ; il leur en sera tenu compte.
En vue des nécessités de la guerre de Crimée, un Décret impérial du 24 juin 1854 arrêta que l’effectif des élèves de Saint-Cyr pourrait être porté au-delà de 600, suivant les besoins du service. — Un second Décret du 11 décembre suivant, porte qu’une promotion extraordinaire au grade de sous-lieutenant d’infanterie aura lieu au mois de janvier 1855, parmi les élèves de l’Ecole de Saint-Cyr faisant partie de la 1ère Division ; cette promotion devait être de 150 élèves, mais un Décret du 14 janvier en porta le nombre à 190. La liste de sortie par ordre de mérite fut établie par le Conseil d’instruction de l’Ecole.
Pour combler le vide fait par cette promotion anticipée, on avait ouvert, le 20 décembre 1854, un concours extraordinaire d’admission à l’Ecole de Saint-Cyr. Les jeunes gens qui avaient déjà échoué cette même année, étaient autorisés à concourir de nouveau. Les militaires candidats devaient avoir deux ans de présence sous les drapeaux et être bacheliers ès-sciences. — Par suite de ces dispositions, lorsque les 190 élèves d’infanterie de la 1ère Division (promotion Turquie), eurent été nommés sous-lieutenants, le 31 janvier 1855, il se trouva en même temps à l’Ecole, les élèves de la 1ère Division non promus officiers, ceux entrés à Saint-Cyr au mois de novembre 1854 (promotion de Crimée), et les 190 élèves (promotion de Sébastopol) admis à la suite du concours extraordinaire ouvert le 20 décembre 1854.
De la totalité des élèves de la 1ère Division, il n’était resté à l’Ecole que ceux se destinant à l’état-major ou à la cavalerie. On nomma les premiers, sergents-majors et sergents dans les huit compagnies : Pour compléter les cadres, on fit des nominations de caporaux parmi les élèves entrés en novembre 1854 et n’ayant par conséquent que trois mois de service ; un certain nombre furent cassés en avril 1855, à la suite du classement de Pâques. — Quant aux élèves de cavalerie de la 1ère Division, jusqu’alors disséminés dans tout le bataillon, ils furent réunis et formèrent la 1ère compagnie. Ils continuèrent leurs cours, se faisant remarquer, nous écrit un contemporain, par une indifférence prodigieuse pour tout ce qui ne se rapportait pas exclusivement à leur métier de cavalier. Les élèves de cavalerie de la promotion entrée en 1854, furent répartis dans toutes les compagnies. La section se trouvant ainsi au complet, les élèves entrés en 1855, au mois de janvier, ne purent concourir pour la cavalerie.
En même temps on fondit les trois promotions de Turquie, de Crimée et de Sébastopol, en faisant passer en 1ère Division la moitié environ des élèves entrés à Saint-Cyr au mois de novembre 1854 ; on se basa, pour ce choix, sur le classement d’entrée, en tenant compte toutefois des notes obtenues à l’Ecole. Les élèves ainsi désignés furent réunis à leurs anciens de la cavalerie et de l’état-major, et formèrent la 1ère Division ; ils ne restèrent qu’un an à l’Ecole et furent nommés sous-lieutenants le 1er octobre 1855. — Le restant des jeunes gens entrés à Saint-Cyr en novembre 1854 et ceux admis en janvier 1855, fusionnèrent pour constituer la 2ème Division et restèrent deux ans à l’Ecole. — Jusqu’à la fin de 1854, la veste d’uniforme avait été entièrement bleu de roi, du modèle de l’infanterie. Elle fut légè--rement modifiée, avec collet bleu de ciel, et les élèves entrés en janvier 1855 portèrent ce nouveau modèle de veste.
En exécution du Décret du 17 juin 1854, ordonnant des promotions extraor--dinaires à l’Ecole d’état-major, une première promotion composée des 45 premiers de la liste de classement établie à la suite des examens de juillet 1855, entra à l’Ecole d’application le 1er octobre suivant ; elle en sortit le 1er janvier 1857. — Une seconde promotion, composée des 45 élèves suivants sur le classement précité, entra à l’Ecole d’état-major le 1er janvier 1856, et y resta deux ans. Dans l’une et l’autre de ces deux séries, se trouvaient des élèves des promotions de Turquie et de Crimée.
Un Décret impérial du 21 mars 1855 porta à 1.500 francs le prix de la pension à l’Ecole spéciale militaire. Ce prix avait été réduit de 1.500 francs à 1.000 francs par l’Ordonnance royale du 21 octobre 1840.
Le bataillon de l’Ecole assista, le 4 juin 1855, à la revue passée par l’Empereur, au Champ de Mars, en l’honneur du roi de Portugal. Les troupes comprenaient : l’armée de l’Est et la cavalerie de la 1ère Division militaire, la partie de la Garde impériale stationnée en France, et le bataillon de Saint-Cyr. — Le roi de Portugal vint aussi visiter l’Ecole.
Le 24 août 1855, eut lieu, au Champ de Mars, une grande revue en l’honneur de la Reine d’Angleterre. L’infanterie et la cavalerie occupaient chacune un des grands côtés de ce vaste quadrilatère, l’infanterie appuyant sa droite à l’Ecole militaire et la cavalerie sa gauche. L’artillerie, près du pont d’Iéna et parallèlement aux quais, et le bataillon de Saint-Cyr, devant l’Ecole militaire, formaient les deux autres côtés de cet immense carré. Toutes les troupes, dont l’ensemble s’élevait à environ 40.000 hommes, étaient placées sous le commandement du maréchal Magnan, commandant en chef l’armée de l’Est. — L’escadron de la section de Saint-Cyr tenait la tête de la cavalerie. — Les salons de l’Ecole militaire et le grand balcon du pavillon du milieu avaient été richement décorés. De chaque côté du balcon, deux magnifiques estrades étaient disposées pour recevoir les personnes invitées ; toute la façade était pavoisée des drapeaux réunis des quatre puissances alliées. Une foule immense se pressait sur les talus, les quais, et à toutes les avenues.
La Reine d’Angleterre, l’Empereur, le Prince Albert, le Prince et la Prin--cesse de Galles, accompagnés d’une suite nombreuse, arrivèrent à cinq heures au rond-point du pont d’Iéna ; là, les attendaient le maréchal Vaillant, le général Canrobert, et un grand nombre de généraux et d’officiers supérieurs de presque toutes les nations de l’Europe, et plusieurs chefs arabes, dans leur costume national. L’Empereur monta à cheval, en même temps que le Prince Albert, le Prince Napoléon et le Prince Adalbert de Bavière ; il vint se placer à la portière de la voiture de la Reine, et le cortège entra au Champ de Mars. Les troupes présentèrent les armes, les trompettes sonnèrent aux champs et les musiques firent entendre des airs anglais et français. — Leurs Majestés parcoururent au pas le front des troupes ; arrivées à l’Ecole militaire, elles firent à-droite et passèrent successivement entre les lignes de l’infanterie, de l’artillerie et de la cavalerie ; puis l’Empereur conduisit la Reine au balcon du grand pavillon de l’Ecole, pour le défilé des troupes. — L’infanterie défila par bataillon en masse et par division, le bataillon de Saint-Cyr tenant la tête. L’artillerie, par batterie, et la cavalerie en colonne serrée, défilèrent au pas. L’attitude des troupes provoqua des acclama--tions enthousiastes et une admiration universelle.
Le demi-bataillon des anciens se rendit à Paris pour la rentrée des troupes de Crimée, le 29 décembre 1855. Il prit la tête des troupes sur les boulevards, et après avoir défilé sur la place Vendôme devant l’Empereur, il assista au défilé de tous les corps. — L’Ecole prit part, le 1er avril 1856, à une grande revue passée par l’Empereur, au Champ de Mars, à l’occasion du traité de paix signé la veille. Pour le défilé, Napoléon III s’était placé en avant du pavillon central de l’Ecole militaire, ayant le Prince Napoléon à sa droite et le comte de Reuss à sa gauche.
L’Ecole fut licenciée au mois de juillet 1856, à cause d’une épidémie de fièvre typhoïde. On envoya les élèves de 1ère année en congé. Quant à ceux qui allaient être promus sous-lieutenants, ils furent rappelés dans le courant d’août, par séries de cent environ, à l’Ecole polytechnique, où ils passèrent leurs examens de sortie. Ils y occupèrent le casernement d’une des deux Divisions alors en congé. « Ils y restaient une dizaine de jours, nous écrit un élève de cette promotion, soumis au régime et sous le commandement des officiers de l’Ecole polytechnique. Ils surent en apprécier les charmes et le trouvèrent bien plus doux que celui de Saint-Cyr. Nourriture relativement succulente, avec le menu de la journée affiché dans les corridors, liberté beaucoup plus grande et récréation de trois heures au milieu de la journée. Le travail fut faible et l’on utilisa les encriers à base de liège placés sur les tables, pour faire des dés à jouer. Les rapports avec les élèves de l’Ecole poly--technique que l’on rencontrait dans la cour pendant les récréations, furent à peu près nuls, ceux-ci semblant montrer le plus parfait dédain pour les Saint-Cyriens. » Les élèves de 1ère année entrèrent en 2ème année sans examens de passage.
L’Instruction pour l’admission à Saint-Cyr, en date du 3 février 1857, porte que les Elèves qui désirent servir dans la cavalerie doivent le faire connaître au moment de leur admission à l’Ecole ; ils suivent, à titre d’essai, les cours d’équitation qui font juger de leur aptitude à servir dans cette arme. La liste des élèves destinés à la cavalerie est formée par suite de cet essai ; ils sont nommés sous-lieutenants dans les régiments de cavalerie s’ils satisfont aux examens de sortie. — Les épreuves pour l’admission à l’Ecole spéciale militaire consistent en examens oraux et en compositions écrites. Nul ne peut être admis aux épreuves orales, s’il ne justifie de la qualité de bachelier ès-sciences. Les examens oraux roulent sur toutes les matières du programme indiqué et groupées par numéros dans des questionnaires approuvés par le Ministre de la guerre. Les questions sont tirées au sort par chaque candidat. — Les compositions écrites, dont les matières sont également indiquées, se font les 20 et 21 juillet dans toutes les villes chefs-lieux de département où des candidats se seront fait inscrire, et, en outre, dans les villes ou chefs-lieux d’arrondissement où un certain nombre de candidats termineraient leurs études. — Indépendamment des épreuves orales et écrites, les candidats en subissent une autre pour la constatation de leur aptitude physique et des connaissances qu’ils peuvent posséder en escrime, en équitation et en gymnastique. — A Paris, les épreuves orales commencent le 22 juillet ; la tournée des examinateurs pour les examens oraux sera ultérieurement fixée par le Ministre. — Chaque candidat doit faire ses compositions dans la ville la plus à proximité du lieu où il étudie. — Les candidats admis à subir les examens oraux, devront être rendus, la veille du jour fixé pour ces examens, dans la ville où ils auront droit de les subir. — Les compositions comprennent : composition française, composition mathématique (comportant l’usage des tables de logarithmes), thème allemand, dessin (esquisse d’une académie). — Les examens oraux porteront sur les matières suivantes : arithmétique, algèbre, géométrie, trigonométrie, mathématiques appliquées, cosmographie, physique, chimie, histoire, géographie, allemand.
Aux termes des décrets des 14 juillet 1852 et 7 avril 1853, il était admis annuellement à l’Ecole d’application d’état-major, de 25 à 30 sous-lieutenants, savoir : 3 parmi les élèves de l’Ecole polytechnique, et les autres parmi les élèves de l’Ecole de Saint-Cyr, qui en auraient fait la demande, concurremment avec les sous-lieutenants en activité ayant un an de grade au moins et n’ayant pas dépassé l’âge de vingt-cinq ans au 1er octobre de l’année du concours. Ces sous-lieutenants de l’ar-mée subissaient les examens à Paris, devant le Jury chargé d’établir le classement de sortie de Saint-Cyr ; le Jury classait ces officiers concurremment avec les élèves de Saint-Cyr candidats à l’Ecole d’état-major, ces derniers n’ayant pas ainsi à subir de nouvel examen après leur sortie de l’Ecole.
Un poste de police de cavalerie fut établi le 15 juin 1857, « à l’ancienne porte des Chantiers », où aboutissait la Grande Rue intérieure du quartier de cavalerie. Cette porte prit le nom de porte de la cavalerie, et fut dès lors la seule communication de la cavalerie avec le dehors. Les étrangers continuèrent à passer par la porte de la Cour Longue. — Après la campagne d’Italie, la Grande Rue du quartier de cavalerie prit le nom d’Avenue Solferino, qu’elle a conservé jusqu’en 1895, où elle s’est appelée Avenue Murat.
Le Ministre de la guerre arrêta, le 1er septembre 1857, que la formation sur deux rangs serait désormais la seule formation normale pour l’armée française.
Le Prince royal de Prusse vint visiter l’Ecole de Saint-Cyr le 1er février 1858, sans avoir été annoncé ; il était accompagné de trois aides de camp. — Dix jours après, l’Ecole reçut la visite du prince Christian de Danemark, accompagné du colonel Lepic et du comte de Niewkerque. Le bataillon exécuta devant le prince les mouvements du maniement d’armes, avec un ensemble et une correction irréprochables ; formé en bataille dans la cour Wagram, il fit une marche à la baïonnette, sans cesser un seul instant d’être aligné comme au cordeau. Après la revue et le défilé, le prince visita les dortoirs et assista à tous les exercices des élèves, au manège, à la carrière ; il les vit aussi au réfectoire. Le capitaine Gaucherel fut reçu chevalier de la Légion d’honneur devant le prince. — Le bataillon, en grande tenue, se rendit, le 21 août 1858, à la gare de Saint-Cyr pour rendre les honneurs militaires à l’Empereur et à l’Impératrice rentrant d’un voyage dans les départements de l’Ouest. Le général complimenta Sa Majesté, qui décerna la croix de chevalier de la Légion d’Honneur au capitaine de Paillot.
Le 13 janvier 1860, Saint-Cyr eut la visite de S. A. le prince d’Orange. A une heure, le bataillon, avec le drapeau, était rangé en bataille dans la cour Wagram, ayant derrière lui la section de cavalerie, les cavaliers de 1ère Division à cheval, et ceux de 2ème Division à pied. Les officiers et fonctionnaires attendaient le prince dans la salle des visites.
Dans le courant du mois de juillet 1860, le général avait annoncé aux élèves que l’Empereur et le Prince impérial viendraient visiter l’Ecole. On se prépara avec ardeur pour cette grande solennité, mais au jour fixé, l’Empereur fit dire qu’il était empêché, et, sans plus, envoya un certain nombre de paniers de champagne. Le soir, il y eut un repas somptueux, avec entremets, gâteaux, desserts variés, vins fins ; mais très mécontents d’être traités un peu comme des enfants qu’on console avec des friandises, les élèves répondirent par une muette au cadeau impérial ; ils se contentèrent du souper ordinaire et ne touchèrent ni aux desserts, ni au champagne de Sa Majesté. — Prévenu par l’officier de service, le général accourut, mais il eut beau se promener nerveusement dans le réfectoire, un silence morne ne cessa de régner parmi les jeunes gens et personne ne toucha aux excellentes choses qui encombraient les tables.
Les élèves s’attendaient à des punitions ; il n’en fut rien et le général de Monet se borna à prévenir l’Empereur et à le prier de ne pas différer trop longtemps sa visite. Napoléon III vint huit jours après, le 5 août ; un ordre du 2 août, annonçant cette visite, prescrivait que pendant la revue, les dames et les fonctionnaires civils se placeraient sous le Quinconce ou dans la salle de récréation de l’est. « Il parut à pied, nous écrit le colonel A…, de sa démarche légèrement traînante, devant le bataillon rangé en bataille dans la cour Wagram. Nous nous attendions à quelques chaudes paroles faisant appel à nos sentiments militaires, avivant notre enthousiasme et faisant vibrer les coeurs à l’unisson ; mais l’Empereur se tut et c’est à peine s’il y eut quelques timides vivats. — Après la revue du bataillon, il se rendit à pied au polygone. Près de la porte de la cour Wagram, apercevant un groupe d’élèves dont je faisais partie, il s’approcha et nous dit : « Le Prince impérial regrettera beaucoup de ne pas être venu. » Ce fut tout. — Au polygone, il demanda à voir notre camarade de promotion au titre étranger, Muñoz de Rianzares, fils morganatique de la reine Christine. Muñoz, sergent comme moi, servait une pièce voisine de la mienne ; l’Empereur lui parla de sa mère. — Les voitures qui avaient amené Napoléon III de Saint-Cloud, étaient à quelques pas derrière les pièces. A plusieurs reprises, l’Empereur demanda l’heure ; il semblait ne prendre aucun intérêt à notre tir. Il nous quitta bientôt ; sa visite n’avait pas duré deux heures. »
L’Empereur vit manoeuvrer le bataillon et assista aux exercices équestres des élèves ; il avait manifesté le désir de voir le commandant L’Hotte monter sa jument Zégris.
Le soir, les élèves burent le champagne offert huit jours auparavant par l’Empereur. Il n’y eut plus de muette, mais l’enthousiasme fut loin d’être délirant. Certains faisaient remarquer que Napoléon III n’avait pas l’air militaire, qu’il ne savait pas parler au soldat ; tous éprouvaient un indéfinissable malaise, qui s’accrut encore lorsqu’on apprit que l’Empereur, continuant à traiter les Saint-Cyriens en enfants, leur payait une soirée au Cirque de l’Impératrice, pour leur faire voir Léotard et ses tours de trapèze.
Un brillant carrousel eut lieu, le 29 août 1860, sur le Champ de Mars devenu la Grande Carrière. — L’ordre de la veille prescrit que les officiers prendront la tenue du dimanche, et les élèves la tenue avec plumet. Le bataillon sera placé entre la carrière et le fossé qui longe la chaussée. La tente sera exclusivement réservée aux autorités de Versailles. Les tribunes de droite et de gauche, ainsi que les places assises sur la chaussée, en face de la tente, sont destinées aux personnes munies de cartes d’invi--tation. — Les musiques se placeront sur le petit côté le plus rapproché de la cour Wagram. — Le carrousel fut parfait et admiré de tous les spectateurs. Le général remit aux élèves qui s’étaient le plus distingués dans les différentes branches de l’enseigne--ment militaire et scientifique, trente-cinq prix offerts par l’Empereur et quatre prix donnés par l’Ecole.
A partir de 1861, les carrousels se donnèrent dans une carrière entourée de lices, qu’on établit au nord du Petit-Bois, et qui s’appelle la Petite Carrière.
Pendant le demi-siècle écoulé depuis son transfèrement à Saint-Cyr, l’Ecole spéciale militaire s’était peu modifiée. Elle montrait toujours aux nouveaux arrivants la masse triste et imposante de ses grands bâtiments, et cette ouverture béante de la Cour Longue, que peu d’aspirants officiers ont franchie pour la première fois sans se sentir le coeur serré d’une indéfinissable angoisse. « Nous arrivâmes à l’Ecole par un fort vilain temps, écrit un contemporain, ce qui n’était pas fait pour égayer l’établissement à l’aspect toujours morose, où les futurs maréchaux de France ont remplacé, on ne peut dire avec avantage, les gracieuses pensionnaires de Madame de Maintenon. L’impression que me produisit l’antichambre de la gloire peut se résumer en trois mots : violent désir de repartir, peur atroce de la cage, grand froid dans le dos7. »
Après avoir franchi successivement la cour Longue, la cour de Rivoli (cour Impériale sous Napoléon III) et la cour Marengo, on pénétrait dans la cour d’Austerlitz plus spécialement réservée aux élèves de première année. Là, un sergent s’emparait du nouveau et le conduisait devant le médecin en chef de l’Ecole, qui, après mûr examen du sujet dépouillé de tout vêtement, déterminait son tempé--rament et le classait dans une des trois grandes séries : sanguin, nerveux, bilieux ou dans quelque sous-genre, tel que lymphatico-sanguin, nervo-bilio-sanguin, etc. La sentence fatidique était tout aussitôt transcrite sur un énorme registre.
Prestement rhabillé, le patient était conduit chez le capitaine Bull (le perru--quier)8, qui, en un tour de main, abattait les mèches devenues superflues et tondait les crânes en brosse, c’est-à-dire au plus près. En ce jour solennel, les clients étant fort nombreux, il fallait, avant tout, aller vite, et ne pas s’arrêter à des détails sans importance.
Tout cela se faisait militairement, gravement, et tout en écoutant les ciseaux impitoyables grincer sur sa tête, le nouveau avait la sensation très nette qu’il entrait dans l’engrenage. L’opération terminée, il était jugé digne de vêtir la casaque ; on le menait en toute hâte, et déjà légèrement ahuri, au magasin d’habillement. Là, il disait un adieu définitif à ses vêtements civils, et on lui distribuait tous les effets d’uni--forme, habillement, linge, équipement. Les officiers étaient présents ; ayant grand intérêt à ce que leur compagnie eût bel aspect sous les armes, ils prêtaient une attention particulière à tout ce qui était apparent, tunique, veste, pantalon, schako, képi ; ils palpaient le conscrit sur toutes les faces, le secouaient en tirant sa tunique, introduisaient les doigts dans le collet pour s’assurer qu’il était suffisamment large, et faisaient jouer toutes les articulations.
Une fois pourvu de tout son trousseau, l’élève, botté et portant la tenue d’intérieur, képi, veste, fausse-manche, pantalon à bande bleue, chargé de ses autres effets, linge, sac, ceinturon avec sabre, fourreau de baïonnette et giberne, était conduit au dortoir de sa compagnie. Il représentait alors le melon dans toute sa fleur, dans son épanouissement com--plet, gauche, étonné de tout, inquiet, le mossieu Bazar qu’allaient bientôt interpeller et pétrifier les voix tonnantes des anciens.
Lieutenant-Colonel Duhousset.
Les élèves de 1ère année formaient le demi-bataillon de gauche, composé des 5ème, 6ème, 7ème et 8ème compagnies. Elles étaient recrutées d’après le clas--sement d’entrée à l’Ecole, c’est-à-dire que le n° 1 du classement appartenait à la 5ème compagnie, le n° 2 à la 6ème, le n° 3 à la 7ème, le n° 4 à la 8ème, le n° 5 à la 5ème compagnie, et ainsi de suite. Dans chaque compagnie les élèves étaient placés par rang de taille, au dortoir comme à l’étude et dans toutes les formations ; il était d’usage d’y distinguer trois espèces : les chameaux à la droite de la compagnie, les canards, au centre, et les charançons, c’est-à-dire les élèves de la plus petite taille, formant la gauche.
L’aspect des dortoirs était resté tel que nous l’avons décrit : une longue salle prenant jour sur chaque grande face, divisée dans le sens de sa longueur par une cloison ou travée d’un mètre de haut, reliée aux poutres du plafond par des montants en bois. A cette cloison viennent s’appuyer, de chaque côté, des lits en fer, laissant un large passage le long des quatre parois de la chambre. L’intervalle d’un mètre environ, existant entre deux lits voisins, se nomme créneau ; au fond de cette ruelle et appuyé contre la travée, est placé le bahut, sorte de petit coffre dont le compartiment supérieur, à couvercle, sert à loger brosses, cirage, menus effets, et aussi les comestibles de con--trebande appelés cornard. Le bahut renfermait aussi, dans son compartiment inférieur, un vase dit de nécessité ; mais à Saint-Cyr, il était de règle qu’on le perçât d’un coup de baguette de fusil, ce qui supprimait son emploi.
Au-dessus de la tête de chaque lit, se trouve la case, caisse en bois, ouverte sur le devant, et fixée à une large traverse ; les effets d’habillement y sont rangés dans un ordre déterminé. Sur le côté de chaque case est une forte barre de fer recourbée, surmontée d’un champignon en bois où l’on place le schako ; le ceinturon, avec ses accessoires, se suspend à cette barre ; il y a un crochet particulier pour les bottes. Enfin le sac est placé sur la case, soutenu en arrière par une tringle reliant les deux côtés de cette caisse prolongés. Les lits des gradés sont placés le long des murs, entre les fenêtres. Sur les parois du dortoir sont également disposés des râteliers d’armes où les élèves rangent leurs fusils.
C’étaient bien là les dortoirs qu’avaient occupés jadis les Demoiselles de Saint-Louis, mais les lits étaient maintenant sans rideaux, des planchers avaient remplacé le dallage à carreaux rouges, et les anciennes petites chambres des surveil--lantes, occupées par les adjudants de garde et appelées en 1830 case au bas, en souvenir de la prise de la Kasaubah d’Alger, avaient été supprimées : une double porte donnait accès dans ces vastes halls. — Après la guerre de Crimée, les cinq grands dortoirs du 2ème étage prirent des noms de victoires : Inkermann, donnant sur la cour Marengo et sur la Cour de Maintenon ; Alma-Nord, donnant sur la cour de Maintenon et sur la cour Wagram ; Alma-Sud, donnant sur la cour Marengo et sur la cour d’Austerlitz ; Sébastopol, donnant sur la cour d’Austerlitz et sur la cour Wagram ; Balaclava, donnant sur la cour d’Austerlitz et sur la cour des Cuisines. — Ces dortoirs étaient desservis par le Grand Escalier des élèves, ancien Escalier des Demoiselles, aboutissant à l’intersection des salles d’étude (Grand Carré) et au dé-bouché des dortoirs (ancien théâtre), et par l’escalier dit de dégagement, appelé aussi Escalier Bayard, situé à l’angle nord-est de la cour d’Austerlitz. Du côté opposé, l’ancien Escalier des Dames, situé près de l’entrée de la chapelle, conduisait à l’appartement du général et à la bibliothèque.
Quatre dortoirs existaient au 3ème étage, sous les combles (en bonnet de police), dans l’emplacement affecté aux salles d’étude sous le premier Empire. Ils portaient des noms de victoires africaines : Dortoir d’Isly, au-dessus du dortoir d’Inkermann ; Dortoir de Constantine, au-dessus du dortoir d’Alma-Sud, dénommé plus tard dortoir de Magenta ; Dortoir d’Alger, au-dessus du dortoir de Sébastopol ; Dortoir de Zaatcha, au-dessus du dortoir d’Alma-Nord, appelé dortoir de Montebello après la campagne d’Italie. La disposition de ces dortoirs y rendant la surveillance difficile, ils constituaient la véritable terre promise du système. — C’est sur le vestibule où ils débouchaient, que se trouvait l’établissement du perruquier.
Les recrues entraient à Saint-Cyr au commencement de novembre, une huitaine de jours avant le retour des anciens. Le temps était employé à les accou--tumer au régime militaire et à leur enseigner les premières notions du métier de soldat. Quelques anciens, restés au Bahut pendant les vacances, des adjudants, des sergents, maîtres d’armes ou moniteurs de gymnastique, remplissaient les fonctions d’instructeurs.
A l’Ecole spéciale militaire, tous les mouvements d’ensemble, pour descendre du dortoir et pour y remonter, pour se rendre aux salles d’étude, au réfectoire, à la récréation, se faisaient à un signal donné par le tambour ou le clairon, chaque com--pagnie alignée comme pour aller à l’exercice.
Les salles d’étude étaient les classes des Demoiselles9, mais elles occupaient toute la longueur des bâtiments, les petits dortoirs du fond ayant été supprimés. Deux longues ran--gées de tables, peintes en noir, étaient dispo--sées perpendiculairement aux murs, laissant entre elles un large passage qui se prolongeait sur toute la longueur de la salle. Chaque table, plate, complétée par un banc, donnait place à cinq élèves, et comme les tables étaient accolées par deux, les élèves se trouvaient ainsi répartis par groupes de dix ; chacun disposait d’un grand carton où il rangeait ses papiers. Un fil de fer, appelé la tringle, était fixé au-dessus de la table par des supports ; il servait à suspendre les modèles de dessin. Des tableaux noirs étaient accrochés aux murailles, pour permettre aux élèves d’y étudier, la craie à la main, les épures compliquées ; une chaire pour l’officier de service, des casiers fixés aux murs pour les livres et les feuilles autographiées des cours, et quelques fontaines en vue des lavis, complétaient l’aménagement d’une salle d’étude. — Les gradés avaient des tables à part. — Ces salles étaient chauffées pendant l’hiver, au moyen de poêles.
Le vaste espace situé au débouché des salles d’étude, ancien vestibule des clas--ses de la Maison de Saint-Louis, s’appelait le Grand Carré. On y voyait sur le côté Est, et dans chaque angle, deux petites constructions en bois, en forme de tentes, peintes de raies rouges et blanches ; l’une était le cabinet de service, où se tenait le capitaine de garde ; l’autre, celui de gauche, servait pour le tambour et l’adjudant de garde. Pendant le jour, dès que les compagnies se mettaient en mouvement, l’officier de service stationnait sur le Grand Carré pour surveiller les allées et venues des deux Divisions.
Le réfectoire n’avait pas changé d’aspect. Entre les murs et les colonnes soute--nant le plafond, étaient installées des tables en marbre blanc, de forme rectangulaire, et, pouvant donner place chacune à dix élèves. L’intervalle entre les deux rangs de colonnes restait libre pour le service des garçons ; l’officier de garde, s’y promenait pendant toute la durée du repas, surveillant les anciens et prêt à réprimer toute tentative de brimade. Le bout de la table bordant le passage était toujours occupé par deux gradés chargés de maintenir le bon ordre à leur table.
En attendant l’arrivée des anciens, des professeurs civils amorçaient, dans la matinée, les cours de première année, qui étaient sans rapport aucun avec les sciences militaires. En général, ces leçons laissaient beaucoup à désirer. « Je me souviens, écrit un élève entré en 1857, que le premier professeur que j’entendis fut M. D... ; il tenait, disait-on, un magasin d’épices à Versailles, ce qui lui avait valu, de la part des élèves, le surnom de « picier ». Très gros, embarrassé dans ses mouvements et tout bredouillant, il tenta de nous faire une description de la chèvre : c’était inimaginable. Personne n’y comprit un traître mot, et ce début me donna une piètre idée de l’enseignement à Saint-Cyr. »
Section de Cavalerie, 1857.
Pendant l’après-midi, les recrues étaient réunis dans les dortoirs, par groupes de douze ou quinze, sous la surveillance d’un adjudant ou d’un sergent, qui leur apprenait les marques extérieures de respect, c’est-à-dire la manière de saluer ses supérieurs et le titre qu’on doit leur donner en leur parlant. — On leur enseignait également le démontage et le montage d’un fusil, la nomenclature de toutes les pièces qui le composent et des soins dont il doit être l’objet. — Souvent ces conférences étaient suivies de leçons élémentaires de gymnastique ; les élèves revêtaient la veste et le pantalon de treillis et se rendaient au Champ de Mars, où les moniteurs les faisaient se démener furieusement et courir les coudes au corps.
Au bout de huit jours de ce régime tout nouveau, les recrues commençaient à se dégrossir un peu, mais leur visage restait inquiet, dans l’attente fiévreuse des anciens et de ces brimades dont on avait ouï dire des choses si extraordinaires. C’est vers la mi-novembre que « ces officiers » faisaient au bahut leur rentrée triomphale. La musique allait les chercher à la gare10, et soudain un grand bruit de tambours et de clairons emplissait l’Ecole, jetant un vague effroi chez les melons silencieux. De grandes rumeurs, des bruits sourds de piétinements montaient par les escaliers et de tout ce brouhaha semblait se dégager parfois quelque exclamation menaçante : « Ohé les melons !... Attention les bizuts ! Serrez les f… ! »
A cette époque, les deux Divisions étaient, comme nous l’avons dit, com--plètement séparées aux dortoirs, dans les salles d’étude, au réfectoire et dans les récréations. Il n’y avait de contact régulier entre les deux promotions qu’au moment de l’exercice, dans la cour Wagram, chaque ancien apprenant à un recrue le maniement d’armes. La cour d’Austerlitz était réservée aux élèves de première année, pour les récréations et tous les rassemblements ; celle de Wagram était affectée aux anciens.
Aussitôt leur arrivée, les élèves de 1ère division, gradés aux recrues, allaient prendre possession de leur poste ; la vie normale du bataillon de Saint-Cyr com--mençait.
