Sherif, le grand basculement - Prospective et Innovation - E-Book

Sherif, le grand basculement E-Book

Prospective et Innovation

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Beschreibung

La multiplication des régimes autoritaires, le protectionnisme étatsunien, les réponses disparates apportées aux problèmes écologiques entre autres semblant confirmer les choix géopolitiques de l’année précédente, la Fondation pour la Prospective et l’Innovation (FPI) se devait, dans son Almanach 2020 et son programme de travail, d’en éclairer les différentes composantes et enjeux.
Si les Unes des journaux s’intéressent surtout aux crises du Moyen-Orient dans un contexte exacerbé de tensions politiques entre les États-Unis et l’Iran, elles ne traitent pour l’instant qu’à minima la guerre économique à laquelle se livrent les mêmes États-Unis et la Chine, se focalisent sur les risques et les incertitudes de l’épidémie de coronavirus. Et pourtant, le risque est grand d’une généralisation systémique de conflits de tous ordres à l’échelle planétaire. Il en découlera inévitablement un bouleversement des relations internationales ainsi qu’une recomposition en profondeur des équilibres internationaux, faisant renaître les perspectives de guerres mondialisées.
Dans ce contexte, quels seront la place et le rôle de l’Europe, elle-même tiraillée à l’interne par des mouvements dissidents profonds ? Sera-t-elle spectateur ou acteur sur les grands sujets du moment : changement climatique, nucléaire, intelligence artificielle, transition écologique, internationalisation des monnaies, etc. ? Laissera-t-elle s’imposer un bilatéralisme sino-américain au détriment d’un multilatéralisme qu’elle souhaite promouvoir ? Que fera-t-elle pratiquement pour une Afrique désireuse de ne pas être laissée à la périphérie des préoccupations du monde avec son milliard de jeunes à intégrer dans le siècle, avec ses besoins en matière de révolution digitale et d’investissements ?
L’Almanach 2020 de la Fondation Prospective et Innovation (FPI) reprend ainsi et développe ces thèmes primordiaux dans le souci non de décrire le futur mais plus simplement d’appeler à la réflexion par la compréhension des grands enjeux qui façonnent notre devenir.

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Seitenzahl: 195

Veröffentlichungsjahr: 2020

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SYNTHÈSE HISTORIQUE ET ÉCONOMIQUEDES RELATIONS INTERNATIONALES DU FUTUR

SYNTHÈSE HISTORIQUE ET ÉCONOMIQUEDES RELATIONS INTERNATIONALES DU FUTUR

SHERIF

“LE GRAND BASCULEMENT”

MULTILATÉRALISMEINTELLIGENCE ARTIFICIELLEAFRIQUE

FONDATION PROSPECTIVE ET INNOVATIONALMANACH 2020

GINKGOéditeur

Couverture : DR

Maquette : David Dumand

© Fondation Prospective et Innovation, juin 2020

© Ginkgo Éditeur pour la présente édition

ISBN : 978 2 84679 455 8

Ginkgo Éditeur

33, boulevard Arago

75013 Paris

www.ginkgo-editeur.fr

Shérif, nom amical donné au Fondateur de la Fondation

Prospective et Innovation, René MONORY, par ses amis

et ses collaborateurs. Cette appellation a été choisie

pour servir de titre à l’almanach de la Fondation,

en affectueux hommage à son fondateur.

Table des matières

INTRODUCTION

AVANT-PROPOS. Le virus a déclaré « la deuxième guerre froide », par Jean-Pierre RAFFARIN

INTRODUCTION. La Fondation pour la Prospective et l’Innovation : 30 ans pour s’adapter au monde qui vient, par Olivier CAZENAVE

CHAPITRE I. Sauver le multilatéralisme

CHAPITRE II. Intelligence Artificielle : rattraper les géants ?

CHAPITRE III. L’Afrique à l’heure des opportunités et des risques

CHAPITRE IV. Miscellanées.

« Chine, le grand paradoxe », de Jean-Pierre RAFFARIN, lu par Pascal BONIFACE

« Entre Chine et France : des routes de toutes les couleurs ! » par Jean-Paul BETBEZE

ANNEXES

ANNEXE I. Intelligence Artificielle, l’approche juridique

ANNEXE II. Éphéméride de la Fondation, les évènements qui ont marqué l’année 2019

Liste des contributeurs

AVANT-PROPOS

Le virus a déclaré« la deuxième guerre froide »

par Jean-Pierre RAFFARIN,

Ancien Premier ministre,

Président de la Fondation Prospective et Innovation,

Président de Leaders pour La Paix

La Fondation pour la Prospective et l’Innovation mène ses travaux en fonction d’une part de la ligne initiale de ses fondateurs René Monory et François Dalle, il y a trente ans, et d’autre part de l’actualité géopolitique. Fondation reconnue, par l’État, d’utilité publique, nous tenons compte rigoureusement de la diplomatie française. Au moment où j’écris ces lignes le monde est infecté par le virus et surtout par les conséquences politiques et sociales de cette pandémie. La crise est grave.

Sur le fond, le travail à venir de notre Fondation va se focaliser sur les enjeux de la situation intérieure et extérieure nouvelle. Sur la forme, le digital va nous conduire à des échanges encore plus divers, encore plus ouverts. Néanmoins, nous ne souhaitons pas que l’écrit soit victime de cette évolution. Pour cette raison nous avons décidé de publier annuellement « le Shérif », rapport annuel de la synthèse de nos travaux et... surnom affectueux donné par ses Amis à René Monory.

La Chinamerica s’installe durablement

Barack Obama disait que « les États-Unis et la Chine vont dessiner ensemble le XXIe siècle ». Il ne pensait peut-être pas que ce serait un dessin d’affrontement. Les choses se précisent et se précipitent.

Les réelles inquiétudes qui marquaient les relations internationales, au début de l’année 2020, après la mort du Général Soleimani, se trouvent aujourd’hui masquées par l’action dévastatrice du virus, les tensions entre l’Iran et les États-Unis sont quelque peu enfouies sous la pression de la dernière menace : la guerre froide USA-Chine. Déjà cette tension préexistait au Covid-19 avec « la trade war » puis avec la guerre technologique à propos de la 5G et de Huawei. Mais le virus a transformé ces tensions « calibrées » en une lutte systémique, le piège de Thucydide s’est refermé. Le numéro un n’accepte pas l’émergence du numéro deux, qui, lui, se verrait bien à la place du numéro un. Cela fait déjà plusieurs années que la Chine est mise en cause dans la société américaine. On se souvient que Hillary Clinton, quand elle avait défié Barack Obama à la primaire démocrate, conduisait une campagne virulente contre la Chine. Cependant, quand son vainqueur l’a nommée Secrétaire d’État, Hillary s’est précipitée en Chine pour relancer les relations « as usual ». Maintenant, la situation est différente.

Donald Trump fait de la Chine l’ennemi numéro un de l’Amérique et prend des décisions concrètes hostiles. Avec le Coronavirus, le Président américain a décidé de faire de la Chine son thème de campagne pour novembre prochain. Il accuse la Chine d’être responsable de la pandémie.

Auparavant, les attaques contre la Chine étaient quand même tempérées par la bourse, tout excès était sanctionné par Wall Street. Aujourd’hui, dans la crise tout semble permis.

Le premier problème est que les Chinois se sentent humiliés par les attaques américaines et n’acceptent pas que « leur développement puisse être plafonné par l’Amérique ». Le second problème est que, selon le FMI, le retour de la croissance sera plus rapide et plus fort en Chine qu’aux États-Unis. Ce qui va humilier les Américains qui croient à la supériorité que Trump leur promet tous les jours. Selon l’ONG « Leaders for Peace », le choc des humiliations est une des racines de la guerre.

Si on ajoute à ces tensions, les reculs de la gouvernance internationale, pendant cette pandémie mondiale à traitements nationaux, l’impact de la crise sur la croissance mondiale et les divergences sur les enjeux majeurs de la planète, on peut affirmer que le virus a déclenché la deuxième guerre froide mondiale. Dans ce nouveau contexte international, toutes les autres nations vont être soumises à de lourdes et pesantes pressions.

Les victimes « potentielles » de ce nouveau paradigme des relations internationales sont multiples. L’affaiblissement de la croissance chinoise affecte par contagion l’ensemble des économies mondiales, la course aux armements est relancée de plus belle, nationalisme et protectionnisme profitent de la montée des égoïsmes, la compétition entre régimes autoritaires et démocraties est ouverte. Les logiques du repli sur soi l’emportent sur celles de l’ouverture.

L’Europe peut-elle se réveiller ?

Parmi les premiers ensembles fragilisés dans ce contexte bipolaire figure l’Europe. Certes, l’Europe n’a pas eu besoin des autres pour se fragiliser elle-même comme le montre la triste aventure du Brexit. Mais, pour l’Europe les équilibres internationaux changent en profondeur.

Les États-Unis sont-ils des alliés durables pour employer un qualificatif à la mode ? Ils ont pratiqué l’ingérence sur ledossier du Brexit, ils compliquent la question de la sécuritéà l’Est de l’Europe en dégradant les relations avec la Russie ; ils imposent à Total et à PSA de se retirer d’Iran ; ils jouent en permanence contre l’Euro, remettent en cause leur signature dans des accords multilatéraux stratégiques (Accords de Paris, Iran), monopolisent l’OTAN, veulent imposer leurs lois à l’extérieur de leur territoire...

L’Europe a légitimement le sentiment d’être trop exposée dans la crise irano-américaine comme dans les tensions avec la Russie. La liste des déceptions européennes quant à l’Amérique est longue. Alors, quand les États-Unis exigent la non coopération avec Huawei, ils rencontrent, ici ou là, quelques résistances. Réciproquement, la Chine n’obtient pas tous les accords qu’elle souhaiterait quant aux Routes de la Soie, projet qui inquiète et qui divise en Europe. Les deux propagandes se déploient parallèlement sur le continent, ce qui crée des crispations comme par exemple quand le Ministre français des Affaires étrangères se doit de convoquer l’Ambassadeur de Chine pour des déclarations peu conformes à la nature des relations franco-chinoises. De part et d’autre, le Covid-19 a davantage été un accélérateur de tensions plutôt qu’un facteur de coopération. En 2008, lors de la grande crise financière de l’époque, les leaders avaient privilégié la coopération plutôt que les tensions.

Sur tous les grands sujets : changement climatique, nucléaire, Intelligence Artificielle, transition écologique, internationalisation des monnaies... l’Europe est tiraillée et se condamne à des attitudes plus réactives que pro-actives. Le dossier de l’Intelligence Artificielle sera particulièrement significatif de la capacité de l’Europe à assumer sa souveraineté. La première étape se précise avec la place que peuvent prendre les opérateurs européens des télécoms dans le développement de la 5G. Cette place déterminera aussi la nature des partenariats qui pourront être mis en place avec les acteurs des deux « Hyperpuissances ». Sur ce dossier brûlant de la 5G, l’essentiel serait préservé si Français et Allemands faisaient les mêmes choix.

Mais, au-delà, l’avenir de l’Europe repose aussi sur sa capacité à faire accepter l’Intelligence artificielle comme un partenaire de la vie quotidienne des européens. C’était l’une des conclusions des travaux engagés en 2019 par notre Fondation.

Ce contexte permettra-t-il à l’Europe de se réveiller et de constituer le troisième pôle, celui qui sera indispensable aux équilibres du monde ? Le risque de cette organisation axiale des relations internationales est, pour l’Europe, ni plus ni moins que la sortie de l’Histoire. Ce réveil de l’Europe doit d’abord être le devoir et la mission du couple franco-allemand. Quand Emmanuel Macron a reçu, dans ses bureaux à l’Elysée, Xi Jinping en présence d’Angela Merkel et de Jean-Claude Juncker en mars 2019, il a exprimé un rapport de forces au sein d’une rencontre bilatérale. Le message a été entendu à Pékin où l’on sait mesurer ce que le sinologue François Jullien appelle « le potentiel de situation ». Ce « potentiel » est aujourd’hui entre les mains d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron… Pour l’Europe, le réveil sonne.

Le multilatéralisme, le réformer pour le sauver

La deuxième victime possible de cette « Chinamerica » belliqueuse, c’est le multilatéralisme. Le Coronavirus a déjà considérablement affaibli l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Le résultat est qu’à nouveau, dans une institution internationale, les Américains sont en retrait et les Chinois tirent profit de la situation. D’une manière générale, la gouvernance mondiale est sérieusement fragilisée.

La multiplication des initiatives unilatérales et la domination de la dialectique bilatérale sino-américaine marginalisent le multilatéralisme. La responsabilité majeure est ici américaine. La décision de mener un acte de guerre, tel que l’assassinat du général iranien Soleimani en terre iraquienne, sans consultation des Alliés, est l’exemple même de l’unilatéralisme que l’Europe refuse. Les États-Unis fragilisent à chaque occasion qui leur est donnée, les institutions internationales notamment les principales, l’ONU, l’UNESCO, l’OMC et maintenant l’OMS. La Chine prend évidemment le contre-pied de cette démolition américaine et investit dans ces organisations.

La difficulté est que le multilatéralisme dans ce climat apparaît bien impuissant et peu capable de se réformer.

Pourtant pour sauver le multilatéralisme il faut le réformer plutôt que le détruire. À 75 ans, le multilatéralisme fait son âge. À sa naissance, au lendemain de la seconde guerre mondiale, ni l’Afrique ni l’Asie ne pesaient leur poids d’aujourd’hui. La réforme doit rechercher la représentativité pour assurer la crédibilité. Des idées circulent sur la réforme du Conseil de sécurité, sur la régionalisation du dialogue, sur l’ouverture aux sociétés civiles... Il faut maintenant définir les lieux du débat et appeler aux propositions. Le rapport 2020 de l’Ambassadeur Pierre Vimont pour l’ONG « Leaders pour La Paix » dresse un constat sévère de la situation actuelle et propose une nouvelle grammaire du dialogue pour la Paix et un terrain d’initiatives, l’Afrique. Une perspective existe.

Afrique : l’indifférence est absurde

L’Afrique devient, depuis le Covid-19, l’urgence mondiale. En effet, quatre crises peuvent s’y développer rapidement, de manière successive ou simultanée : santé, famine, chômage et terrorisme. Le défi structurel qui consiste à intégrer dans les sociétés africaines un milliard de jeunes de moins de 30 ans d’ici 2050 devient de plus en plus compliqué à relever avec les crises qui se multiplient.

L’Afrique est, en outre, potentiellement très menacée par la rivalité entre ses deux principaux investisseurs (120 milliards de $ pour la Chine et 100 milliards pour les États-Unis sur les dix dernières années). Le premier risque serait que l’Europe, prise entre le marteau américain et l’enclume chinoise, se désintéresse de l’Afrique. S’il y a une communauté de destin qui paraît première, c’est bien l’Eurafrique. Il n’y a pas de bonheur européen possible avec une Afrique malheureuse. Les crises de l’Afrique du Nord résonnent particulièrement dans les sociétés européennes.

L’Europe doit agir en évitant ses erreurs du passé. Les projets doivent être africains pour l’Afrique. Parmi de nombreuses initiatives demandées par les Africains, l’Europe peut être utile à l’Afrique dans sa relation avec la Chine. La Chine l’a fort bien compris, elle a mesuré ses problèmes avec les opinions publiques et sollicite régulièrement les Européens pour engager en Afrique « une coopération en Pays tiers ». Pour des questions d’équilibre, de pratiques culturelles, de transformations sociales, le trilogue Afrique-Chine-Europe est une perspective positive que la tension avec les États-Unis fragilise. L’Afrique ne peut plus être à la périphérie des préoccupations du monde. Le danger des dangers est qu’on localise en Afrique nos principaux conflits, notamment que l’Afrique devienne le continent du terrorisme. Les acteurs des tensions au Levant reviennent aujourd’hui ardemment en Afrique, Russie, Turquie, Iran... pas sûr que cela calme le jeu !

Face aux nouvelles formes de « Violences Sans Frontières », ni les murs ni les mers, ni les frontières ni les barrières ne nous protégeront des virus, des drones ou des cyberattaques. L’indifférence à l’Afrique est absurde et coupable. FPI continuera à investir ce champ de réflexion.

La tentation de l’isolement de la Chine

Au Royaume-Uni, une campagne forte est menée par d’anciens Brexiters pour que le pays se libère de ses liens avec la Chine, comme il a pu le faire avec l’Europe. En France également, de nombreux articles de presse se sont élevés contre « notre dépendance à la Chine », notamment quand on a découvert en France que le paracétamol était très largement une production chinoise. Ajoutons que, dans ce climat de guerre froide, la propagande chinoise était souvent contre-productive même pour les intérêts chinois. Tous ceux qui prônent la rupture avec la Chine ne mesurent pas la place qu’elle a prise dans le monde, notamment en étant la première économie de la planète en parité de pouvoir d’achat depuis 2014 ! La Chine est le moteur de la croissance du monde et aujourd’hui beaucoup de pays ont plus besoin d’elle, qu’elle n’a besoin d’eux.

Ajoutons que, quelles que soient nos opinions sur le régime politique chinois, il est juste de reconnaître le courage et le goût de l’effort du peuple chinois qui, dans le sang et les larmes de son histoire, a réussi à sortir son pays de la pauvreté et qui, en trente ans, a repris la place qui était la sienne avant la révolution industrielle. Humilier un peuple, le plus nombreux de la planète, cela ne peut pas être sans conséquences. Aux États-Unis un racisme anti-asiatique s’est récemment manifesté en plusieurs occasions ; il faut dire que le Président Trump a montré l’exemple en conférence de presse.

Sur le plan international, la France peut aussi avoir besoin de la Chine comme ce fut le cas pour les Accords de Paris sur le changement climatique. Dans cette période, il est bon que la France n’oublie pas De Gaulle : « Il faut parler à tout le monde. ».

Notre ligne pourrait être ni Zut, ni Zèle.

Dire Zut reviendrait à couper les ponts et effacer 55 ans de partenariat global stratégique et ce serait nous éloigner de l’une des plus vieilles civilisations de la planète, aussi aujourd’hui l’une des plus innovantes. Ce serait rompre avec un peuple très sensible, plus proche de nous que beaucoup ne le pensent. Pour un pays qui fait du tourisme et du luxe des priorités, ce serait tourner le dos à sa première clientèle.

Faire du Zèle reviendrait à nier nos différences et nos divergences politiques, abandonner notre identité politique et nos valeurs. Il s’agirait davantage d’alignement que de dialogue.

Pour cela les travaux de notre Fondation nous conduisent à proposer une relation franco-chinoise périmétrée en trois cercles, avec pour code de conduite, un feu tricolore :

– Le cercle politique. C’est le cercle des divergences. Nous sommes une démocratie attachée à la séparation des pouvoirs, aux Droits de l’Homme, au pluralisme notamment de l’information... La Chine revendique son marxisme et promeut le socialisme à caractéristiques chinoises dont le leadership du Parti Communiste Chinois est la principale composante. Beaucoup d’Occidentaux se sont trompés en pensant que le marché ferait évoluer la politique chinoise vers les démocraties libérales. La réponse de Xi Jinping est : non. Aucune des deux parties n’envisage de changement systémique donc ici le feu est rouge.

– Le cercle du marché. Le marché chinois est le premier au monde. C’est un « marché impératif » pour les entreprises françaises qui veulent être mondiales. Tout comme le marché américain d’ailleurs. On ne peut leur demander de choisir. Un grand nombre de nos coopérations donnent satisfaction aux deux parties. Cependant, deux évolutions sont nécessaires, l’une est d’équilibrer nos échanges, l’autre est de relocaliser certaines productions pour protéger notre souveraineté. Il nous faut alors définir d’abord, pour négocier ensuite, le périmètre de notre économie labellisée « souveraineté », le reste étant ouvert à la coopération internationale. Le feu est donc ici orange.

– Le cercle de la gouvernance mondiale. Le multilatéralisme n’a pas de sens sans la Chine, non plus sans les États-Unis. La paix du monde exige une gouvernance réformée, tenant compte des évolutions du monde depuis 75 ans. La Chine s’engage dans les organisations internationales, ce n’est pas le moment de se retirer des dites institutions. On a vu qu’avec la Chine des avancées étaient possibles pour la maîtrise du changement climatique. L’histoire de la Chine est pacifique, elle peut contribuer à cette recherche d’un équilibre mondial qui, sans elle est inatteignable. Ici le feu est vert.

Notre diplomatie a montré qu’elle était apte à gérer des situations complexes, selon les règles de l’art, la culture, la négociation, le respect... Cependant soyons prudents, la société française connaît très mal la Chine, même nos élites ne maîtrisent pas les clés de la culture chinoise et ainsi se crée un décalage préoccupant entre l’importance que la Chine prend et prendra dans la vie du monde et notre connaissance de cette nation et de son peuple. Avec mon dernier livre j’espère avoir apporté ma contribution à une meilleure connaissance de ce pays paradoxal1.

La paix est un travail

Cette nouvelle donne internationale est dangereuse. Partout l’idée de guerre semble émerger. Elle a réussi à pénétrer les scénarios géopolitiques les plus scientifiques. Plusieurs spirales de guerre semblent se mettre en place inexorablement. Les grandes puissances développent leur budget militaire de façon parfois vertigineuse, la Chine a multiplié son budget de la Défense par 25 en 20 ans pour atteindre en 2018, 250 milliards de $ versus 650 milliards aux États-Unis. Les écoles de guerre dans chaque pays perfectionnent les affrontements, les écoles de paix, peu nombreuses, sont « artisanales » et sont effrayées par l’ampleur de la tâche.

Dans chacune de nos sociétés, la violence, sœur jumelle de la guerre, s’étend partout et notamment aux moyens des nouvelles technologies. La guerre absorbe les innovations et se réinvente en permanence. Seule perspective positive, la confiance dans l’esprit de paix peut motiver les énergies nécessaires. Pendant nos 55 jours de confinement, en regardant les télévisions du monde, on a pu constater que le populisme était souvent dominant dans les débats publics, mais sont apparus, notamment aux États-Unis et en Europe, au cœur du débat, musclé par Donald Trump lui-même, des manifestations de l’esprit de paix, brillantes et pertinentes. Alors, ne désespérons pas… et redonnons espoir à tous les faiseurs de Paix. La Paix, ne tombe pas du ciel, c’est un travail.

1.  Voir mon dernier livre « Chine, le grand paradoxe » paru aux Éditions Michel Lafon.

INTRODUCTION

La Fondation pour la Prospective et l’Innovation :30 ans pour s’adapter au monde qui vient

par Olivier CAZENAVE,

Vice-Président délégué de la Fondation

Prospective et Innovation

La Fondation pour la Prospective et l’Innovation (FPI) a été créée par un homme exceptionnel, René Monory, qui, s’il n’a pas fait de grandes études, a en revanche très vite compris l’importance de sortir de son cadre habituel pour étudier l’évolution du monde et en tirer des enseignements pour l’action locale.

Devenu maire de la commune de Loudun dans les années 50, René Monory s’empresse d’adhérer à la Fédération Mondiale des villes jumelées pour étudier la gestion des villes dans le monde entier, à Brasilia, à Washington ou à Leningrad.

Dans les années 70, devenu ministre sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, il s’entoure des meilleurs spécialistes de toutes les disciplines et s’intéresse particulièrement aux États-Unis. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication, alors balbutiantes, le passionnent : il a compris qu’elles peuvent être un atout majeur pour un département rural comme la Vienne en lui permettant d’être connecté au monde entier.

Dans les années 1980, devenu Président du Conseil général de la Vienne, il parcourt le monde avec ses conseillers généraux à la recherche des innovations partout dans le monde, en Floride, à Tsukuba, à Brisbane, etc. Les nouvelles technologies de communication ayant progressé dès 1985, il se lance dans l’aventure du Futuroscope, qui ouvre en 1987 et qui connaît depuis lors le succès que l’on sait.

L’un des objectifs du Futuroscope est de faire connaître au grand public les immenses possibilités des nouvelles technologies, mais, en même temps, René Monory veut ainsi mettre en place un instrument qui lui permette d’être à l’affût de tout ce qui se passe dans le monde et qui pourrait être utile pour agir. Il est rejoint dans sa réflexion par trois personnages très différents, François Dalle, Thierry Breton et Olivier Cazenave.

François Dalle, qui a fait de L’Oréal un grand groupe international a compris avant les autres qu’il ne suffit pas de fabriquer des cosmétiques, mais qu’il fallait au contraire anticiper les attentes des femmes pour y répondre efficacement.

Thierry Breton est un jeune ingénieur passionné d’informatique, auteur de romans de science-fiction, conseiller pour les nouvelles technologies au cabinet de René Monory, ministre de l’Education Nationale, il a pressenti leur formidable développement. Il y contribuera plus tard en tant que dirigeant de Bull, de Thomson, de France Télécom ou d’Atos.

Olivier Cazenave, directeur général des Services du Département de la Vienne, l’homme-orchestre pour la gestion de tous les aspects administratifs et financiers, est lui-même extrêmement curieux de toutes les idées génératrices du changement.

Quand ils créent, en 1989, la Fondation pour la Prospective et l’Innovation, ces quatre esprits pragmatiques ne cherchent pas à théoriser le futur, mais à repérer les innovations qui vont imprégner notre avenir.

En outre, le statut de la Fondation, financée à la fois par des ressources propres et par des partenariats public-privé, lui a permis d’être indépendante des lobbys et a accru sa crédibilité.

Dans un premier temps, la Fondation s’est employée à faire comprendre aux principaux acteurs économiques et politiques de la Vienne l’importance des transformations qui nous attendent. Le Futuroscope a ainsi attiré des conférenciers de haut niveau, spécialistes reconnus de leur domaine. Pendant une dizaine d’années, ces conférenciers ont permis au public poitevin d’aborder tous les domaines, les nouvelles technologies de l’information et de la communication bien sûr, mais aussi la biologie, les modes de production, l’économie, l’emploi, la santé, la formation, etc.

Les responsables de la Fondation savent que la société évolue sans cesse et qu’il est important de comprendre et d’anticiper son évolution. Pendant 10 ans, la FPI soutient un Observatoire du changement social en Europe, codirigé par un Français, un Anglais et un Italien. Il réunit périodiquement les meilleurs spécialistes européens sur des sujets importants de société. Toujours pragmatique, la FPI exige qu’après chaque séminaire, ces spécialistes, souvent universitaires, organisent une conférence pour expliquer leurs travaux au grand public ainsi qu’aux lycées et collèges de la Vienne reliés au Futuroscope par le Centre National de Développement Pédagogique.