Six pour cent - Mello von Mobius - E-Book

Six pour cent E-Book

Mello von Mobius

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Beschreibung

Solveig, infirmière militaire, vient d’être assignée à sa nouvelle binôme, une combattante d’élite au corps de cyborg. Sur une Terre infestée de lézards monstrueux et contrôlée par un système totalitaire, il est difficile de ne pas se laisser happer par le cynisme et la violence. Pourtant, à présent qu’elles sont en mission ensemble, Solveig en est persuadée : Sharilyn est loin d’avoir perdu toute son humanité…

À PROPOS DE L'AUTRICE

Mello von Mobius - Passionnée par la littérature fantastique et la science-fiction, Mello écrit depuis qu’elle a dix ans, et cet amour pour les beaux mots et les belles histoires ne s’est jamais tari. Particulièrement fan de Eschbach, Gaiman, Lovecraft, Barker, Matheson, Dick, VanderMeer et bien d’autres, c’est dans les mondes de l’imaginaire qu’elle prend plaisir à naviguer et qu’elle écrit tout naturellement, aimant à partager ainsi des expériences qui font se côtoyer surnaturel, horreur et poésie.

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Seitenzahl: 83

Veröffentlichungsjahr: 2024

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DÉDICACE

À tous ceux qui nous apportent tellement,

Nos amours, nos proches,

De peau, de poils, de plumes ou d'écailles,

Merci d'être à nos côtés.

AVERTISSEMENT RELATIF AU CONTENU

Cette œuvre comporte des contenus ou passages pouvant heurter la sensibilité du public.

– Principaux : violence.

– Ponctuels : autoritarisme, blessures, deuil, monstres, traumatismes, transhumanisme imposé.

– Mentions : mutilation, suicide, vulgarité.

Chapitre I

Dans la cité en ruine, un silence de mort régnait.

Abandonnée depuis bien des années déjà, la métropole avait vu ses bâtiments s’écrouler sous le poids de la guerre, puis de la végétation envahissante. Les immeubles n’étaient plus que des spec­tres de béton et de verre décharnés, rongés par les herbes folles. Les routes de l’ancien périphérique ceignaient ce cimetière urbain, frontière que peu de gens osaient traverser. La campagne était dangereuse, mais la ville était létale. Les monstres avaient élu domicile dans ses entrailles.

Juchée sur un pont effondré, une femme noire scrutait les environs dans une immobilité totale. Toute son attention était fixée sur un point et un seul. Autour d’elle, plusieurs cadavres difformes gisaient sur le bitume défoncé. C’étaient de gigantesques reptiles qui avaient évolué jusqu’à ce que leurs squelettes recouvrissent le cuir de leur chair pour les rendre plus redoutables encore. Ces kharsis étaient morts, mais d’autres ne tarderaient pas à apparaitre. Sensibles à la lumière, ces bêtes avaient tendance à se dissimuler dans l’ombre, et Sharilyn surveillait tout particulièrement ces zones. Tant que le nid complet ne serait pas exterminé, il ne servirait à rien de rentrer. Les mâles attaquaient toujours en premier, mais il était plus important de tuer les femelles : c’étaient elles qui pondaient. Plus petites, elles étaient parfaitement reconnaissables. Elles étaient également plus rapides et plus vicieuses. L’Armée de la Lumière avait beau entrainer soigneusement ses soldats et les doter de matériel aussi performant que possible, le taux de mortalité demeurait affolant.

L’Armée de la Lumière… Le nom était symbolique, mais il n’y avait plus de lumière au bout du tunnel depuis bien longtemps. Cette réalité, certains l’avaient digérée ; d’autres la repoussaient au profit d’un espoir probablement naïf.

À l’abri dans l’étage d’un immeuble baigné de soleil, Solveig faisait partie de cette seconde catégorie. Elle était le genre de personne à toujours positiver, à s’accrocher aux petits bonheurs. Ce qui expliquait sans doute pourquoi la communication passait si mal avec Sharilyn. Ou plutôt, non… Ce n’était pas que la communication passait mal, simplement qu’elles ne communiquaient pratiquement pas. Les deux femmes s’en tenaient aux informations qu’elles devaient à tout prix partager pour rester en vie. Au grand dam de Solveig, d’ailleurs.

Dans l’organisation militaire actuelle, chaque guerrier se voyait accompagné par un assistant chargé aussi bien des soins médicaux que de la nourriture, et c’était ainsi que la brune demoiselle s’était retrouvée au service de Sharilyn. Celle-ci avait perdu son assistante, Gaby, deux mois plus tôt, et Solveig l’avait presque aussitôt rejointe. C’était sa première mission, et, malgré l’angoisse, elle s’était montrée pleine d’espoir, de joie de vivre, presque. Malheureusement, ça ne l’avait pas empêchée de se heurter au mur que représentait Sharilyn. La combat­tante parlait peu, ne trahissait jamais rien de ses pensées profondes, et même sa présence n’avait rien d’agréable. Il émanait d’elle quel­que chose de froid. Solveig supposait qu’il s’agissait là de sa manière de gérer le deuil, sans certitude aucune…

Au loin, l’assistante perçut un léger rougeoiement dans la nuit qui tombait peu à peu, et plissa les yeux afin de ne pas perdre sa binôme du regard. La lumière diffuse aurait pu être prise pour l’extré­mité incandescente d’une cigarette, mais Solveig savait qu’il n’en était rien : Sharilyn venait de recharger sa vibrolame. Le système était complexe, et particulièrement efficace : des biobatteries étaient greffées au niveau de la colonne vertébrale de leur porteur ; elles y accumulaient de l’énergie à chaque contraction musculaire. Reliées à la prothèse cybernétique qui remplaçait le bras de Sharilyn depuis des années déjà, ces batteries permettaient à la combattante de recharger toutes ses armes en les tenant simplement dans la paume de sa main artificielle. Cela représentait un gain de temps énorme, et une sécurité supplémentaire non négligeable. L’efficacité implantée à même la chair pour qui était prêt à opérer ce sacrifice.

— Mouvement à 45 o S.

Quelques secondes à peine après cette recharge trahie par une brève lumière, les lunettes de détection de Solveig avaient capté ce nouveau signal. Un cliquetis résonna dans son oreillette en guise de réponse. Lorsqu’elle était en chasse, Sharilyn s’avérait muette comme une tombe, aussi la jeune femme ne s’en formalisa-t-elle pas. Elle avait fixé toute son attention sur la position qu’elle venait d’indiquer. Depuis une bouche de métro à moitié effondrée, une silhouette massive et sombre avançait. Solveig ne put s’empêcher de reculer dans un frisson. La kharsis se situait à plusieurs centaines de mètres d’elle, mais ces créatures lui inspiraient une peur violente et atavique. Celle-là devait mesurer dans les quatre mètres ; ses yeux rouges brillaient tels des feux de Bengale sous son crâne. Là où l’os cédait la place au cuir épais de la peau, nez et gueule semblaient avoir fusionné pour devenir un trou béant, bardé de crocs. Au repos, cet orifice était refermé par de très longues babines frémissantes. Au combat, celles-ci se relevaient et palpitaient sans fin, comme si elles pouvaient gouter l’air.

Sur son promontoire, Sharilyn remua enfin. Sa main raffermit sa prise sur la garde de sa vibrolame, et elle effectua un moulinet afin d’assouplir son poignet. Son pied gauche recula de quel­ques centimètres tandis que ses hanches suivaient le mouvement. Elle compléta cette garde en saisissant un orbe de protection entre ses doigts.

Droit devant elle, la kharsis trembla de l’échine jusqu’au bout de sa longue queue, ses pattes griffèrent le sol dans un crissement désagréable. Excitée par le combat à venir, la créature haleta des grognements rauques ; ses babines n’avaient de cesse de se soulever et de s’abaisser en cadence. Elle était prête. La guerrière aussi. Le temps sembla se suspendre l’espace d’un instant, jusqu’à ce qu’un hurlement suraigu résonnât.

La bête s’élança sur Sharilyn, et Solveig activa le scanner qui lui permettrait de suivre l’état du corps de sa combattante. Elle aurait pu le faire plus tôt, mais cela aurait utilisé de la batterie pour rien, et, en tant qu’assistante, elle ne possédait aucune amélioration cybernétique. Elle avait donc rapidement pris l’habitude de ne mettre en marche ses outils de travail qu’au moment de ce cri. Toujours le même. D’aucuns affirmaient qu’un tel rituel impliquait une certaine intelligence sociale chez les kharsis, mais cette thèse était trop perturbante pour être admise.

Sur l’écran de la visière, le bras mécanique de sa comparse fut une seconde nimbé de vert, puis ce fut avec toute la force surhumaine dont celui-ci disposait qu’elle abattit sa lame sur le monstre pour le couper en deux. De l’épaule droite à la hanche gauche. Il n’y avait que dans les films et les bouquins que les rixes duraient des heures. Dans la réalité, mieux valait tuer son ennemi très vite, sous peine de se fatiguer en quelques instants. Les améliorations cybernétiques offraient aux combattants un surplus de puissance impressionnant, mais elles leur pompaient également une énergie folle.

— Zone nettoyée. J’arrive.

L’habituelle économie de paroles n’étonna absolument pas Solveig, qui se détendit enfin. Cela ne l’empêcha pas de repasser sa visière en mode scanner afin de vérifier les environs. Comme Sharilyn venait de l’annoncer, il n’y avait plus âme qui vive autour d’elles. L’endroit avait sans doute été un immeuble de bureaux dans des temps plus heureux, et la vitre fendillée leur offrait un panorama impressionnant sur la ville. Sur les montants de la verrière, Solveig avait installé des senseurs dans le but de récolter des données et de sécuriser leur position. Elle plaça sa visière sur son paquetage avant de se rapprocher de sa combattante avec un boitier de contrôle à la main.

De son côté, Sharilyn était déjà parvenue à l’étage et s’était assise par terre, son regard acéré scrutant l’extérieur. Elle retira le haut de son armure avec l’aide de son assistante. Sous l’épaisseur protectrice, elle portait un teeshirt noir qu’elle enleva prestement, restant en sous-vêtements sans que cela parût la gêner. Entre les chirurgies et les contrôles, les guerriers avaient l’habi­tude d’être examinés sous toutes les coutures, aussi étaient-ils rarement pudiques. Elle ne broncha pas davantage lorsque Solveig repoussa ses cheveux afin de dégager sa nuque, où elle inséra une prise avec précaution.

— Ton cœur est à 82 % de ses capacités, ton cœur secondaire est en repos.

Par mesure de sécurité, les combattants se faisaient tous installer un myocarde cybernétique destiné à pallier toute faiblesse cardiaque. Une fois ce contrôle élémentaire effectué, Solveig put passer à la suite des vérifications.

— Biobatteries 3 et 5 en orange, les autres sont au vert. Large cicatrice de l’épaule jusqu’au coude, la peau synthétique a été bien abimée, mais le bras en lui-même n’a pas l’air d’avoir souffert. La diode de chargement est cassée… tu veux que je te la remplace ? Tout à l’heure, quand tu as rechargé ta lame, j’ai perçu la lumière du signal jusqu’ici.

Dans son sac, Solveig possédait les pièces de rechange lui permettant d’effectuer ce genre de réparation basique. Dès qu’elle aurait achevé son inspection et obtenu l’assentiment de sa coéquipière, elle pourrait y procéder. Centimètre par centimètre, elle scrutait le corps et les implants de Sharilyn à la recherche du moindre souci ; elle termina par son crâne. La jeune femme arborait une coiffure dite « sidecut », mais il ne s’agissait pas là d’un choix esthétique. Depuis quelques années maintenant, le département ingénierie imposait le port d’implants cérébraux afin d’optimiser encore ses guerriers, et celui de Sharilyn appartenait déjà à l’ancienne génération. Dès qu’elle retournerait au quartier général dont elle était issue, elle devrait se faire opérer en priorité pour le remplacer. En attendant, Solveig effectuait un diagnostic quotidien.

— Ton implant cérébral est à 31 %… on ne devrait peut-être pas trop tarder à rentrer au QG, non ?