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Le récit de Français engagés dans la Waffen SS durant la Seconde guerre mondiale.
Cet ouvrage captivant présente les récits inédits de Waffen SS français ayant lutté contre l’armée soviétique en 1944-1945. Dans la neige, le froid, contre des adversaires implacables nettement plus nombreux et mieux armés, ils ont été engagés dans des opérations souvent suicidaires, de véritables missions de sacrifice ultime.
Chez beaucoup d’engagés français dans la Waffen SS, on retrouve la quête d’un « idéal » fasciste, porté par la camaraderie indestructible du front, la nostalgie fraternelle des tranchées, le culte de la force virile, la fascination pour l’univers militaire allemand, la haine du communisme et du capitalisme, le goût de l’aventure et de l’épopée guerrières, la volonté de restaurer l’héroïsme militaire français dans un cadre européen... Ils rêvent d’un ordre militaire nouveau, hérité de la chevalerie médiévale. Un ordre fondé sur la discipline, l’honneur, la fidélité, le sens du sacrifice, le mépris de la mort. Un ordre quasi religieux, où se retrouvent des catholiques traditionalistes et des païens convaincus. Tous ne sont pas antisémites, mais avant tout anticommunistes.
Cet ouvrage ne se veut en aucun cas une réhabilitation déguisée de ces combattants d’une cause perdue.
L’auteur se contente de relater le plus fidèlement possible leurs témoignages, tout en écartant toute forme d’apologie du nazisme.
Découvrez l'histoire de ces Français qui ont choisi de suivre un idéal. Loin d'être une réhabilitation, l'ouvrage se veut être une analyse d'un mouvement de combattants qui aura marqué au fer rouge l'Histoire du XXe siècle.
EXTRAIT
Chez beaucoup d’engagés français dans la Waffen SS, on retrouve la quête d’un idéal fasciste, porté par la camaraderie indestructible du front, la nostalgie fraternelle des tranchées de 14-18, le culte de la force virile, la fascination pour l’univers militaire allemand, la haine du communisme et du capitalisme, le goût de l’aventure et de l’épopée guerrières, la volonté de restaurer l’héroïsme militaire français dans un cadre européen... Pour de nombreux Waffen SS français, il faut purger la France de ses ennemis, qui sont pour eux les responsables de la défaite de 1940, à savoir les francs-maçons, les communistes et les démocrates.
Ils rêvent d’un ordre militaire nouveau, hérité de la chevalerie médiévale. Un ordre fondé sur la discipline, l’honneur, la fidélité, le sens du sacrifice, le mépris de la mort. Un ordre quasi religieux, où se retrouvent des catholiques traditionalistes et des païens convaincus. Les volontaires disent s’engager « contre le communisme, l’égoïsme bourgeois, l’individualisme, la franc-maçonnerie, la dissidence gaulliste, le capitalisme international ; pour la civilisation chrétienne, le paganisme européen, la hiérarchie, la discipline, la justice sociale, la solidarité, le corporatisme, l’unité et la pureté françaises ». Tous ne sont pas antisémites, mais avant tout anticommunistes.
A PROPOS De L'AUTEUR
Historien et écrivain, membre de l’Institut Jean Moulin, prix de la Légion d’Honneur,
Dominique Lormier est l’un des meilleurs spécialistes de la Seconde Guerre mondiale.
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Seitenzahl: 222
Veröffentlichungsjahr: 2018
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© Éditions Jourdan
Bruxelles - Paris
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ISBN : 978-2-39009-328-2 – EAN : 9782390093282
Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.
DOMINIQUE LORMIER
SS FRANÇAIS
INTRODUCTION
Comment expliquer l’engagement de plusieurs milliers de Français dans cette armée maudite, celle de la Waffen SS ? La terrible saignée de 14-18 plonge une partie de la France dans un pacifisme béat, cherchant par tous les moyens à s’entendre avec l’Allemagne, même devenue hitlérienne... C’est ainsi que des hommes de gauche vont s’engager dans la collaboration. Spécialiste de l’antisémitisme, l’historien israélien Simon Epstein a constitué au fil des ans un socle informatif considérable sur les itinéraires contrastés de deux catégories de Français, à travers notamment un livre remarquable, Un paradoxe français, antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, publié aux éditions Albin Michel en 2008 : « Ceux qui protestèrent contre le racisme et l’antisémitisme dans les années 1920 et 1930, avant de s’engager dans la Collaboration ; et ceux qui exprimèrent une hostilité ou un préjugé à l’égard des Juifs, puis qui se retrouvèrent, l’heure venue, dans la Résistance (…). Les principaux chefs de la Collaboration ont traversé, chacun à sa manière, une phase de dénonciation de la haine antijuive ; beaucoup furent même militants de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA). Réciproquement, de nombreux résistants, et non des moindres, sont originaires d’une extrême droite nationaliste qui, dans les années 1930, fut fertile en prises de position hostiles aux Juifs. »1
L’itinéraire de Jacques Doriot et de Marcel Déat, deux personnalités importantes de la gauche pacifiste des années 1920, devenues des admirateurs du régime fasciste durant les années 1930, puis des collaborateurs actifs durant l’occupation, est révélateur de cette évolution. On pourrait multiplier les exemples à ce sujet. Il convient cependant de ne pas généraliser. La collaboration compte également dans ses rangs de nombreux militants nationalistes d’extrême droite, anticommunistes viscéraux, déjà très engagés politiquement bien avant la Seconde Guerre mondiale. La défaite militaire de la France en mai-juin 1940 ne fait que grandir en eux la haine de la IIIe République, qu’ils estiment entièrement responsable de cette humiliation nationale. Ils cherchent alors un idéal politique rédempteur dans les régimes totalitaires allemand ou italien, finissent pour certains dans la Waffen SS. Car il s’agit de trouver des boucs émissaires à l’effondrement de mai-juin 1940. À partir de juin 1941, la guerre de l’Allemagne contre l’Union soviétique pousse les ultras de la collaboration à la lutte militaire aux côtés de l’occupant. L’ennemi est alors clairement identifié : le bolchevisme. L’habile propagande nazie pousse à la mise en place d’une armée européenne contre le bolchevisme. La Waffen SS, avec notamment des divisions de diverses nationalités, devient l’élément fondateur de cette armée dite européenne.
Chez beaucoup d’engagés français dans la Waffen SS, on retrouve la quête d’un idéal fasciste, porté par la camaraderie indestructible du front, la nostalgie fraternelle des tranchées de 14-18, le culte de la force virile, la fascination pour l’univers militaire allemand, la haine du communisme et du capitalisme, le goût de l’aventure et de l’épopée guerrières, la volonté de restaurer l’héroïsme militaire français dans un cadre européen... Pour de nombreux Waffen SS français, il faut purger la France de ses ennemis, qui sont pour eux les responsables de la défaite de 1940, à savoir les francs-maçons, les communistes et les démocrates. Ils rêvent d’un ordre militaire nouveau, hérité de la chevalerie médiévale. Un ordre fondé sur la discipline, l’honneur, la fidélité, le sens du sacrifice, le mépris de la mort. Un ordre quasi religieux, où se retrouvent des catholiques traditionalistes et des païens convaincus. Les volontaires disent s’engager « contre le communisme, l’égoïsme bourgeois, l’individualisme, la franc-maçonnerie, la dissidence gaulliste, le capitalisme international ; pour la civilisation chrétienne, le paganisme européen, la hiérarchie, la discipline, la justice sociale, la solidarité, le corporatisme, l’unité et la pureté françaises »2. Tous ne sont pas antisémites, mais avant tout anticommunistes.
« La Waffen SS recrute des idéalistes, des braves types, des moins braves types, des fanatiques, des fourvoyés, des malchanceux.3 » Les promesses de l’aventure, la possibilité de satisfaire les sensations les plus fortes, la quête pour certains d’une respectabilité reconquise sous l’uniforme jouent dans cet engagement. Les motifs idéologiques sont bien présents, comme l’anticommunisme et le fascisme ; mais ne sont pas toujours déterminants. Des Waffen SS français sont d’authentiques héros de 14-18, des guerres coloniales et de la campagne de mai-juin 1940 : germanophobes au début, mais également très anticommunistes, finalement persuadés de servir la grandeur de la France en luttant contre le bolchevisme. On y retrouve toutes les classes sociales de la France de l’époque : aristocrates, bourgeois, fonctionnaires, ouvriers et paysans.
Le cas de Robert Lambert est révélateur d’un parcours typique menant à la Waffen SS. Né le 10 février 1918 à Grand-Verly, dans l’Aisne, il suit ensuite sa famille qui s’installe à La Roche-Guyon en Seine-et-Oise. Il dévoile très jeune un caractère affirmé tourné vers l’action. Intrépide, il traverse la Seine en kayak, entre un temps au séminaire, puis décide de s’engager dans l’armée. Ses idées nationalistes et son anticommunisme viscéral le poussent dans un premier temps à rejoindre les troupes franquistes durant la guerre civile d’Espagne. Revenu en France, il signe le 9 septembre 1937 pour 3 ans au 3e régiment de spahis marocains (RSM), en garnison à Meknès. Il rêve de grands espaces, d’aventures viriles en plein désert. Déjà familiarisé avec quatre langues, il apprend également deux ou trois dialectes du Maghreb.
Jusqu’à la fin juin 1940, le maréchal des logis Robert Lambert assure la surveillance de la frontière commune avec le protectorat espagnol au Maroc. En effet, son régiment, le 3e RSM, ne rejoint pas la Métropole en septembre 1939. Par la suite, l’armée d’armistice le maintient en activité au Maroc. Le déclenchement de l’offensive allemande contre la Russie soviétique, le 22 juin 1941, est pour lui l’occasion de s’engager dans cette lutte titanesque, au sein de la Légion des volontaires français (LVF) contre le bolchevisme, fondée dès juillet. Il se présente à la caserne Borgnis-Desbordes, à Versailles, parmi les premiers, sans doute dès le 25 août, recevant le matricule numéro 74. Il rejoint ensuite le camp militaire de Deba, en Pologne occupée, endosse l’uniforme allemand de la Wehrmacht, reçoit une formation militaire. Dès la fin octobre, son régiment, le 638e d’infanterie, rejoint le front russe, en partie par voie ferroviaire, à pied, puis en camions. Le sergent Lambert combat avec son régiment dans la zone des opérations de la 7e division d’infanterie bavaroise, opposée à la 32e division sibérienne. Les soldats français de la LVF participent notamment à l’attaque victorieuse du 1er décembre 1941 devant le village de Djutkowo. Les lourdes pertes et la température polaire provoquent la relève rapide des Français. Lambert, victime de la faim et du froid, voit sa santé se dégrader rapidement. Évacué le 12 avril 1942 vers Breslau en Allemagne, siège du dépôt régimentaire, il est finalement réformé, lors de son retour à Versailles le 14, où son engagement est résilié. Il sera par la suite décoré de la Médaille de l’Est, réservée aux combattants du premier hiver de la campagne de Russie. Les mois suivants, il se rapproche du Parti franciste, dont le chef Marcel Bucard est l’un des fondateurs de la LVF en juillet 1941.
Une loi du 22 juillet 1943 autorise les Français à s’engager dans la Waffen SS. Comme deux ans auparavant avec la LVF, Robert Lambert est l’un des premiers à rejoindre les rangs de cette armée d’élite. Il se présente en août 1943 au conseil de révision à Paris, subit avec succès la visite médicale, où 50 % des postulants sont refusés. Certains de ces recalés rejoindront par la suite la Résistance, l’armée de Lattre, voire la division Leclerc ! On évoque le cas d’un Bordelais, refusé dans la Waffen SS, qui rejoindra la brigade FFI Carnot sur le front du Médoc et sera gravement blessé au combat contre les Allemands en avril 1945 ! Le 17 octobre 1943, Robert Lambert rejoint le camp de Sennheim. Les Français y découvrent l’univers mystique de la Waffen SS, sa discipline et son esprit européen différent de celui de la LVF, nettement plus tricolore. Ils doivent se mettre à l’allemand. À leur arrivée, Robert Lambert et les autres volontaires détenant un grade d’officier ou de sous-officier dans l’armée française redeviennent simples soldats.
Du 10 janvier au 11 mars 1944, Lambert suit finalement les cours pour élèves officiers de la Waffen SS à l’école de Bad Tölz, au pied des Alpes bavaroises. Après l’obligatoire serment de fidélité au Führer, il est nommé sous-lieutenant, puis envoyé fin mars avec ses principaux compagnons faire du ski en Italie, à San Martini di Castrozza, à titre de récompense. Il est par la suite promu au grade de lieutenant. En août 1944, au sein de la brigade d’assaut des Waffen SS français, il combat avec bravoure en Poméranie, où il est tué le 22, à Mokré. Il est enterré à l’hôpital de campagne de Lipigny, à une quinzaine de kilomètres au nord de Tarnow. La Croix de fer lui sera attribuée le 21 septembre 1944.
L’anticommunisme et « l’idéal européen » ne suffisent pas à expliquer que des milliers de Français aient volontairement porté l’uniforme de la Waffen SS. Les raisons sont multiples : la rupture avec l’ordre ancien, le rêve d’un « socialisme européen », faire partie du dernier carré de la Waffen SS contre le bolchevisme, militant d’un parti fasciste, plutôt au front qu’au stalag, pour avoir fréquenté les Allemands, des chantiers de jeunesse à la Waffen SS, devenir soldat d’un corps d’élite, pour ne pas abandonner ses camarades...
Voici quelques exemples :
« En 1943, raconte Jean-Pierre, je suis en classe de philo et furieusement romantique comme on l’est à dix-sept ans. Je découvre un livre qui me fascine, La Gerbe des forces, d’Alphonse de Châteaubriant. Ce vieux gentilhomme breton prophétise la résurrection de Siegried, héros de la mythologie germanique, exalte le pangermanisme, ordonne que nous apportions en renfort toute la spiritualité du vieux monde celtique. C’était très exaltant ce rêve de réconcilier les Allemands et les Français dans cette quête mystique.
Après avoir été scout avant-guerre et dévoré les livres de la collection Signe de Piste, du style Prince Eric de Serge Dalens, j’ai lu l’œuvre de Nietzsche et écouté la musique de Wagner. Je commence à croire que Parsifal se trouve aux commandes d’un char Tigre et qu’il roule sur les pistes du front de l’Est. L’uniforme et le casque allemands me fascinent comme une armure médiévale. Je rêve de chevalerie, de combat légendaire. Je décide de partir à mon tour pour cette folle aventure. Je m’engage dans la Waffen SS. J’ai lu Les Réprouvés de l’écrivain combattant Ernst von Salomon. Je veux rompre avec le monde bourgeois qui m’entoure, celui de ma famille. Je crois au mythe de la révolution fasciste. Cet engagement dans la Waffen SS est pour moi une rupture avec le monde ancien. »4
Michel témoigne ainsi : « Mon père était instituteur. Un homme honnête et droit, avec des idées socialistes. Attaché à la paix, à l’amitié entre les peuples, à la juste répartition des richesses, à la lutte contre la pauvreté. Grâce à lui, je découvre l’écrivain pacifiste Romain Rolland et l’Allemagne. Je crois qu’il faut éviter un nouveau bain de sang équivalent à celui de 14-18. L’amitié avec l’Allemagne à tout prix ! Je m’inscris dans les auberges de jeunesse. Je découvre l’Allemagne national-socialiste en plein été : l’air pur de la montagne, le soleil, la camaraderie franco-allemande, la beauté esthétique des défilés militaires et hitlériens...
Mobilisé en 1939, je subis la défaite de 1940 comme un traumatisme cataclysmique. Je vois autour de moi la veulerie, la lâcheté, même si les hommes de mon régiment luttent avec courage contre un ennemi mieux équipé et mieux commandé. Je retourne à Angers. Mon père, dégoûté par cette défaite, rejoint le Rassemblement national populaire de Marcel Déat, un socialiste converti à l’idéal fasciste. Je trouve qu’il a raison, mais cette mascarade sans combat ne me tente guère. Les chemises de couleur, les bottes et les bérets basques cela me semble ridicule. Ce qui m’intéresse, c’est l’Europe nouvelle. Un socialisme à la dimension de tout un continent. Je ne suis pas particulièrement militariste, mais je pense qu’il faut gagner la guerre contre le bolchevisme soviétique que je n’ai jamais aimé, contre le capitalisme apatride que j’ai toujours détesté. La LVF ne me tente pas à cause de son côté tricolore. On y trouve trop de militaires de carrière. À la Waffen SS, j’espère trouver une armée européenne, une sorte de socialisme chevaleresque dans la pauvreté, le courage, la discipline volontaire. Je m’engage dans cette chevalerie moderne. »5
Paulin s’exprime ainsi : « J’étais à dix-neuf ans en première année de droit et je m’ennuyais terriblement, j’avais l’impression d’y perdre mon temps alors que le monde était en guerre. En 1940, les soldats allemands m’avaient à la fois rempli d’horreur et d’admiration. J’étais fasciné par la beauté esthétique de leurs uniformes, de leur armement, du casque d’acier à la forme médiévale. En 1943, ils me firent pitié. Ils luttaient contre le monde entier, je savais qu’ils risquaient désormais de perdre la guerre. Après El Alamein et Stalingrad, on ne voyait plus guère de grands athlètes blonds de cette armée d’occupation. Je croisais dans Paris des adolescents pâlichons de seize ou dix-sept ans, avec des casques trop grands et de vieux fusils Mauser de l’autre guerre, voire des fusils Lebel français capturés. Parfois aussi des vieillards avec des yeux tristes. Mais soudain, à l’appel des chefs de la Waffen SS, se forma une armée européenne, composé de soldats conformes à la légende : sportifs, silencieux, solitaires, des traits à la fois endurcis et enfantins. Au revers de leur col, les deux éclairs de la Waffen SS. Les portes s’ouvrent pour les Français désirant rejoindre cette armée d’élite. Je m’engage aussitôt pour lutter contre le bolchevisme, au sein de cette chevalerie d’un ordre nouveau. »6
Didier, traumatisé par la défaite de 1940, rêve d’un idéal militaire nouveau, plus européen, luttant contre le bolchevisme : « À vingt ans en 1943, alors que la guerre fait rage sur le front de l’Est, je suis avide d’aventures guerrières, dans un esprit nouveau, guidé par un idéal fasciste. Au début, je calme cette volonté d’action avec les Jeunes du Maréchal, par le service social, l’aide aux vieillards et aux sinistrés, l’entraide d’hiver. Mais finalement ce n’est qu’une sorte de “conférence de saint Vincent de Paul”... Le maréchal Pétain entretient notre esprit dans une mentalité de vaincus. Cela devient insupportable. Je découvre en ville des affiches d’une grande beauté esthétique appelant à s’engager dans la Waffen SS, une nouvelle armée européenne en lutte contre le bolchevisme. Je deviens ouvertement fasciste. On ne pourra pas me reprocher d’être un opportuniste : la guerre semble être perdue par l’Allemagne, assiégée de tous côtés. On commence à échanger des coups de feu entre collabos et résistants. Je ne désire pas entrer dans cet engrenage, je ne veux pas faire couler de sang français. J’estime alors que la seule place possible pour un fasciste français se trouve dans la Waffen SS sur le front de l’Est contre les Rouges soviétiques. Je m’engage en 1944 dans cette nouvelle chevalerie du Graal. »7
Arnaud se souvient qu’il avait vingt-cinq ans le 6 février 1934 : « Je militais à cette époque à l’Action française. Je me retrouve place de la Concorde, les mains nues contre la police qui nous tire dessus avec des armes. D’anciens combattants de 14-18 tombent sous les balles des policiers. Nous protestions contre un régime politique corrompu, marqué par de nombreux scandales, de multiples affaires. Le soir, on ramasse les blessés et les morts en jurant de revenir le lendemain avec des grenades. Mais nos chefs nous ordonnent de rester à la maison. J’ai alors compris que Maurras était un vieux con, pire : un bourgeois aigri de la troisième république.
Avec un groupe de copains, on commence à stocker des armes pour écraser une éventuelle révolution communiste en France. On admire Mussolini et son régime romain. Puis arrive la guerre. Je me retrouve dans l’infanterie, dans les corps francs. Je suis fasciste, mais ne veux pas que la France devienne allemande, même si je n’aime pas les politiciens de notre régime décadent. Avec mon fusil Lebel de 14-18, je ne fais pas le poids contre les Panzers et les Stukas. Je me retrouve dans un Stalag en Allemagne, prisonnier de guerre comme beaucoup d’autres. Le grand problème, c’est la bouffe. On parvient à voler quelques conserves aux boches qui nous gardent. On se dispute entre pétainistes et gaullistes. Moi, je suis impatient de combattre à nouveau. Je trouve que Pétain est trop mou et de Gaulle trop loin. Je travaille dans une ferme, mais j’en ai vite marre de pousser une brouette. J’apprends que les prisonniers français peuvent s’engager dans la Waffen SS, afin de lutter contre les Rouges sur le front de l’Est. Je décide de voir comment ça se passe de l’autre côté des barbelés... Je m’engage dans cette nouvelle chevalerie européenne. »8
André se souvient de son côté : « À quatorze ans en 1936, j’étais apprenti. Les mains dans le cambouis. Je participe aux grèves du Front populaire. À la veille de la guerre, je travaille dans un garage à Pantin. Trop jeune pour m’engager. Je déteste la guerre. Cependant, l’armistice est pour moi une catastrophe. J’envisage de rejoindre le général de Gaulle à Londres. Je rejoins une filière clandestine qui est malheureusement découverte et démantelée par la Gestapo. J’en réchappe de justesse. Plus de boulot dans la mécanique, parce que les voitures ne roulent presque plus, à part celles des médecins et des caïds du marché noir. Arrivent les premières affiches vantant le travail en Allemagne. Je signe un contrat, touche la prime et me retrouve dans la banlieue de Munich, sur une chaîne de montage : boulot idiot avec une sale ambiance. La moitié des ouvriers sont des Polonais qui détestent les Français. Ils nous reprochent notre passivité militaire en septembre 1939. Seule distraction le dimanche : les balades le long du Danube. Il nous est interdit de fréquenter de jeunes Allemandes. Je passe outre. La Gestapo me tombe dessus. On m’accuse de salir la race aryenne. Je risque quelques années dans un camp de travail. Arrive un type en uniforme qui me dit que tout peut s’arranger : si je m’engage dans la Waffen SS, je ne me retrouve pas en taule. Je signe sans hésiter... »9
Philippe se trouve à Louis-le-Grand en 1939, afin de préparer l’examen d’entrée à Saint-Cyr, pour ensuite devenir officier : « Dès la déclaration de guerre, je m’engage et découvre une armée française bien différente de celle que j’imaginais en voyant le film Trois de Saint-Cyr. L’esprit défensif est à la résignation sans enthousiasme. Durant l’hiver on fait du terrassement et on creuse de tranchées sans pratiquement tirer un seul coup de fusil ! Mai 1940, les Allemands passent à l’offensive. Je reçois la même semaine mon galon d’aspirant et une balle dans le bras. Je sors de l’hôpital militaire pour apprendre que j’ai la croix de guerre et que nous signons l’armistice !
Je me retrouve parmi les gradés d’un camp de chantier de jeunesse, en pleine nature. Je pratique la gymnastique matinale torse nu et, comme le demande le maréchal Pétain, «je conserve ma foi dans la France éternelle». Je décide de m’engager dans l’armée d’armistice. Me voilà, toujours avec un galon d’aspirant, dans un bataillon d’infanterie. J’y reste seulement quinze jours, le temps que les Allemands envahissent la zone libre en novembre 1942. J’envisage de rejoindre la Résistance. Le réseau pour lequel je devais combattre tombe entre les mains de la Gestapo ! Je me retrouve sans rien. Très anticommuniste, tout en étant antiboche, je découvre sur les murs des affiches appelant les jeunes Français à rejoindre la Waffen SS dans la lutte contre le bolchevisme sur le front de l’Est. On me propose également de rejoindre la Milice, mais je ne désire pas tuer des compatriotes. Je m’engage alors dans cette nouvelle armée européenne, à savoir la Waffen SS. »10
Édouard se souvient : « Je me suis engagé à dix-huit ans dans l’armée de terre, en 1936, lors du Front populaire. La politique ne m’intéressait pas, mais je croyais que l’armée incarnait encore une valeur à l’esprit chevaleresque. Je me retrouve dans les tirailleurs au Maroc. La belle époque : le pinard, les filles, les copains, les manœuvres dans des paysages magnifiques. En 1939, je reviens en France avec mon régiment avec le grade de caporal : la neige, le froid, les patrouilles en Lorraine, les bagarres contre les Boches aux avant-postes. Première citation et croix de guerre pour ma vaillance en première ligne. Mai 1940, c’est l’offensive allemande. En Belgique, nous causons un échec sanglant aux Boches à Gembloux. Mais les Panzers teutons percent dans les Ardennes. Nous risquons l’encerclement. On retraite en direction de Dunkerque. Évacué par mer, je reste peu de temps chez les Anglais. Me voici de nouveau au front avec un fusil contre les chars ! Nous sommes enfoncés, on retraite jusqu’à la Loire. On résiste de nouveau, puis c’est encore un repli en bon ordre en direction du Sud-Ouest. J’échappe de peu à la capture. L’armistice me plonge dans un état second. J’envisage de rejoindre l’Afrique du Nord pour poursuivre la lutte. Je traîne, ne fais pas grand-chose. Un ami m’amène à une réunion de Doriot. Ces types en chemise bleue qui jouent aux guerriers me semblent plutôt sympathiques. Je deviens ouvertement fasciste, vomis le précédent régime qui a causé notre perte. Je suis en colère contre Blum, Daladier, Gamelin et les autres. Lorsqu’on recrute pour la Légion des volontaires français contre le bolchevisme, je me présente à Versailles. Mais les médecins allemands me refusent, à cause de ma mauvaise dentition. Je traîne de nouveau, multiplie les petits métiers, gagne un peu d’argent, vais chez un dentiste pour me faire soigner. Je me planque pour ne pas partir au Service du travail obligatoire (STO). Je deviens réfractaire, envisage de rejoindre un maquis. En ville, je vois les magnifiques affiches de la Waffen SS. Profondément anticommuniste, je décide de tenter ma chance, avec de meilleures dents. Je me retrouve dans un camp de cette armée d’élite en Allemagne. »11
1. Epstein S., Un paradoxe français, antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Albin Michel, 2008.
2. Archives nationales, Paris.
3. Delperrié de Bayac J., Histoire de la Milice, éditions Fayard, 1969.
4. Entretiens de l’auteur avec Jean-Pierre en mai 1985. Lire également Historia hors série n° 32, l’International SS, 600 000 étrangers français, belges, suisses..., éditions Tallandier, 1973.
5. Entretiens de l’auteur avec Michel en mai 1985.
6. Entretiens de l’auteur avec Paulin en juin 1985.
7. Entretiens de l’auteur avec Didier en juin 1985.
8. Entretiens de l’auteur avec Arnaud en juin 1985.
9. Entretiens de l’auteur avec André en juillet 1985.
10. Entretiens de l’auteur avec Philippe en septembre 1985.
11. Entretiens de l’auteur avec Edouard en septembre 1985.
Charles se présente comme un homme d’ordre : « J’appartiens à la moyenne bourgeoisie, celle qui fait des économies, qui va la messe et n’aime pas beaucoup les étrangers. Avant-guerre, je travaille comme chef du personnel dans une petite usine du Béarn, près de Pau. Je suis inscrit au Parti social français du colonel de La Rocque. Je n’aime pas les fanatiques de l’Action française, déteste les Rouges, admire l’armée, la gendarmerie et la police. En 39-40, j’accomplis mon devoir de patriote comme officier subalterne dans un régiment d’infanterie. On se bat avec courage sur l’Aisne en mai-juin 1940, mais nous n’avons plus assez de chars pour colmater la percée massive des Panzerdivisions en plusieurs endroits. Je réussis tout juste à ne pas être fait prisonnier. La défaite m’accable profondément : elle est tellement écrasante. Très remonté contre le régime qui nous a plongés dans cet abîme, je retrouve l’espoir en la personne du maréchal Pétain, le vainqueur de Verdun. Je suis très Révolution nationale. Je deviens un responsable local de la Légion des combattants, dirige le service d’ordre de mon département. Je trouve que Darnand, héros de 14-18 et de 39-40, est un type formidable. Je passe du SOL à la Milice. Pourtant je ne suis pas spécialement proallemand ni collaborationniste. Mais je reste anticommuniste. Lorsqu’à la fin de l’été 1943 on demande des cadres miliciens pour la Waffen SS, j’estime que c’est mon devoir de partir, afin de lutter contre le bolchevisme. Je suis pris finalement dans l’engrenage et me retrouve sur le front de l’Est en uniforme allemand de la Waffen SS... »12
Nous pourrions multiplier les exemples. Ils se recoupent souvent. J’ai choisi pour cet ouvrage de m’attarder très longuement sur cinq portraits de Waffen SS français ayant lutté contre l’armée soviétique en 1944-1945. Ils illustrent parfaitement l’état d’esprit de ces combattants d’une cause perdue. J’ai changé les prénoms et les noms de certains d’entre eux, afin de ne pas porter ombrage aux descendants, à la demande des familles.
En 1945, les Français de la Waffen SS deviennent des réprouvés aux yeux de leurs compatriotes. Des défenseurs de cette armée défaite soutiennent devant les juges de Nuremberg que la Waffen SS était une organisation purement militaire, sans rapport avec les autres branches de la SS, comme notamment le SD, les commandos des Einzatzgruppen et les bataillons de sécurité. Le ministère public rejeta cette présentation et le tribunal condamna collectivement la SS comme criminelle. En effet, de nombreuses unités Waffen SS, comme notamment la tristement célèbre division Das Reich, ont massacré des populations, des prisonniers militaires, détruit des villages, etc. Cependant, certaines divisions étrangères de la Waffen SS ont uniquement combattu l’armée soviétique, comme la division Charlemagne. Certes, ils n’étaient pas des enfants de chœur, certains venaient de la Milice, coupable de nombreux crimes en France, d’autres étaient cependant portés par un idéal européen de lutte contre le bolchevisme, coupable également, il ne faut pas l’oublier, de nombreux crimes. Beaucoup de ces jeunes engagés étaient des rêveurs casqués pour reprendre le titre d’un livre célèbre13. Ils rêvaient d’une véritable restauration de la chevalerie médiévale, sous une forme moderne, avec des codes et des rites quasi religieux.
12. Entretiens de l’auteur avec Charles en octobre 1985.
13. de La Mazière C., Le rêveur casqué, éditions Robert Laffont, 1972.
– I – ROGER PUJOL
