Traité de la concupiscence - Jacques Bénigne Bossuet - E-Book

Traité de la concupiscence E-Book

Jacques Bénigne Bossuet

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Beschreibung

Voici la première édition séparée d’un ouvrage qui mérite de prendre place parmi les compagnons quotidiens et les guides de la vie spirituelle. Bossuet le composa en 1694, l’intitulant : Exposition de ces paroles de saint Jean : N’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde, comme il fit l’admirable petit Discours sur la vie cachée en Dieu, intitulé de même : Exposition sur les paroles de saint Paul : Vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ. En même temps que les Méditations sur l’Évangile et les Élévations sur les Mystères, le Traité ne fut qu’une de ces œuvres de direction, une de ces exhortations éloquentes qu’il adressait aux religieuses de Jouarre et de Meaux, à la façon dont, près d’un siècle auparavant, saint François de Sales avait écrit son Introduction à la vie dévote. Nulle part mieux qu’ici il n’a su donner la vie aux magnifiques lieux communs qui furent la source toujours jaillissante de son génie. Mais il n’est pas seulement le maître de la chaire chrétienne ; il nous laisse reconnaître un contemporain de La Rochefoucauld et de La Bruyère, un moraliste hardi entre tous, un observateur pénétrant des troubles de la chair et du cœur. Les plus belles inspirations du sermonnaire se retrouvent toutes condensées en quelques chapitres, avec une âpreté parfois terrible et qui va jusqu’au paradoxe, lorsque, non content de flétrir la curiosité, éternelle maîtresse d’erreur et de mensonge, il englobe dans un même procès les sciences et l’histoire.

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Veröffentlichungsjahr: 2025

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BOSSUET

TRAITÉDE LA CONCUPISCENCE

© 2025 Librorium Editions

ISBN : 9782385749460

 

INTRODUCTION

Voici la première édition séparée d’un ouvrage qui mérite de prendre place parmi les compagnons quotidiens et les guides de la vie spirituelle. Bossuet le composa en 1694, l’intitulant : Exposition de ces paroles de saint Jean : N’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde, comme il fit l’admirable petit Discours sur la vie cachée en Dieu, intitulé de même : Exposition sur les paroles de saint Paul : Vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ. En même temps que les Méditations sur l’Évangile et les Élévations sur les Mystères, le Traité ne fut qu’une de ces œuvres de direction, une de ces exhortations éloquentes qu’il adressait aux religieuses de Jouarre et de Meaux, à la façon dont, près d’un siècle auparavant, saint François de Sales avait écrit son Introduction à la vie dévote. Nulle part mieux qu’ici il n’a su donner la vie aux magnifiques lieux communs qui furent la source toujours jaillissante de son génie. Mais il n’est pas seulement le maître de la chaire chrétienne ; il nous laisse reconnaître un contemporain de La Rochefoucauld et de La Bruyère, un moraliste hardi entre tous, un observateur pénétrant des troubles de la chair et du cœur. Les plus belles inspirations du sermonnaire se retrouvent toutes condensées en quelques chapitres, avec une âpreté parfois terrible et qui va jusqu’au paradoxe, lorsque, non content de flétrir la curiosité, éternelle maîtresse d’erreur et de mensonge, il englobe dans un même procès les sciences et l’histoire.

Ainsi fait Pascal, dont il se rapproche si souvent ; ainsi, et plus encore, a fait saint Augustin, que l’on retrouve partout au fond de sa pensée. Il s’est assimilé intimement la forte nourriture de l’Écriture Sainte ; mais il la sent, il la commente, il l’exprime avec toute l’âme du grand Docteur de l’Église. Ce sont particulièrement les Confessions qui lui prêtent leur accent, ce livre admirable que nous ne lisons plus et dont tout le dix-septième siècle chrétien a vécu, vraiment incorporé à notre littérature par la traduction d’Arnauld d’Andilly.

Bossuet continue le traducteur des Confessions, dans une langue à peine plus noble ; il traduit saint Augustin à la façon dont un Cicéron traduisait Eschine et Démosthène, non en interprète, disait-il, mais en orateur ; et c’est le propre de l’art classique. Mais il ajoute en commentaire sa longue expérience de prêtre et d’homme du monde. Il a des notes familières très inattendues, par exemple l’observation sur les emportements des paysans pour des bancs dans leurs paroisses (p. 45), et il a encore ces beaux traits sur l’orgueil de la vie, où l’on peut soupçonner des souvenirs personnels, quelque trace de son existence luxueuse et prodigue de grand seigneur. Le poète enfin, sublime poète en prose, s’il ne fut qu’un rimeur médiocre, termine son Traité, méditation tour à tour et homélie, par une évocation des grands spectacles de la nature. Nous l’entendons, nous le voyons au travail, assis devant sa fenêtre ouverte, et contemplant ce lever de lune (p. 88). Toute son âme s’exalte et vibre, et les versets des psaumes chantent dans sa mémoire ; et il écrit de verve quelques-unes des pages les plus pures qu’il y ait dans les lettres françaises. Est-ce que tant de qualités si diverses ne méritent pas mieux que l’attention des lecteurs délicats, et n’y a-t-il point là, malgré quelque longueur et quelque rudesse, tous les éléments d’un livre populaire ?

L’histoire des éditions de ce petit chef-d’œuvre peut se résumer brièvement. Il faisait partie des manuscrits que le neveu de Bossuet publia bien des années après la mort du grand évêque. Il parut, en 1731, sous le titre nouveau qui lui est resté, à la suite du Traité du libre arbitre. Puis il fut inséré dans les éditions successives des œuvres complètes de Bossuet, notamment, en 1772, au tome III (p. 199-269) de la grande édition des Bénédictins, avec des corrections données en appendice (p. 794-796) par Dom Déforis, et, en 1816, au tome X (p. 341-446) de l’édition de Versailles, qui admet quelques variantes nouvelles. Les éditions qui ont suivi, au cours du XIXe siècle, n’offrent aucun intérêt pour le texte. Lorsque Silvestre de Sacy entreprit de publier chez Techener sa charmante Bibliothèque spirituelle, il ne manqua pas d’y comprendre le Traité de la Concupiscence ; malheureusement il crut bon de le donner en complément des Lettres de piété et de direction écrites à la Sœur Cornuau ; et l’on ne tira qu’un petit nombre d’exemplaires de ces deux volumes destinés aux bibliophiles. Enfin il existe en librairie deux ou trois recueils des Opuscules de Bossuet, comprenant notre Traité. Mais, outre qu’il y voisine avec des ouvrages très différents, tels que le Traité du libre arbitre et la Logique, ou encore la Lettre et les Maximes sur la Comédie, le texte, pris au hasard, tantôt de l’édition de 1731, tantôt des éditions modernes, y est rempli d’incorrections.

Le manuscrit original est conservé à la Bibliothèque Nationale. Il porte la note suivante, de la main de l’abbé Le Dieu, secrétaire de Bossuet :

« Il ne s’est fait qu’une seule copie au net de cet écrit, dont voici l’original de la main même de l’auteur. La copie est parmi les papiers de feu M. de Meaux jointe aux Méditations sur l’Évangile et aux Élévations sur les Mystères. Et certainement cet écrit n’a été communiqué à personne. »

M. l’abbé Lévesque, le savant directeur de la Revue Bossuet, qui a eu la bonté de me transcrire cette note, me fait observer qu’on peut se demander si le manuscrit de la Bibliothèque Nationale donne l’état définitif de la pensée de Bossuet, ou si la copie dont parle l’abbé Le Dieu ne serait point préférable. Mais qu’est-elle devenue ? Ces sortes de copies que Bossuet faisait faire de ses ouvrages étaient souvent revues et corrigées par lui ; serait-ce de l’une de ces copies au net que l’évêque de Troyes se servit pour son édition de 1731 ? Ainsi pourraient s’expliquer bien des différences de rédaction, lesquelles, en vérité, s’expliquent d’autres manières encore ; car l’évêque de Troyes n’a point montré de grands scrupules d’éditeur.

La conclusion toute naturelle, pour un éditeur nouveau, serait de reproduire le manuscrit original, en notant les variantes de l’édition de 1731. J’espère que l’on me pardonnera d’avoir agi différemment. Le texte de 1731 me paraît, mieux que celui des éditions suivantes, avoir conservé ce caractère oratoire, ou même parlé, comme dit très justement Brunetière, qui est le propre du génie de Bossuet. Que ce soit uniquement dû à l’incurie et au sans-gêne du premier éditeur, je crois difficile de l’admettre ; en tout cas, il me semble que j’y entends mieux Bossuet. J’ai donc reproduit ce texte, à l’exception de deux ou trois erreurs évidentes, avec une orthographe modernisée, rejetant en note les variantes nombreuses et souvent considérables qui proviennent de la collation du manuscrit original par Dom Déforis, ou de la révision dernière de l’édition de Versailles. Ce qui ne m’empêchera point, je le souhaite, de préparer quelque jour une édition critique de ce chef-d’œuvre de la langue française et de la pensée chrétienne ; les proportions mêmes et le dessein de la collection m’interdisaient ici de le faire.

André Pératé.

EXPOSITION DE CES PAROLES DE SAINT JEAN :N’aimez pas le Monde, ni ce qui est dans le Monde, etc.

I Joan., II, 15, 16, 17.

CHAPITRE IParoles de l’Apôtre saint Jean contre le Monde, conférées avec d’autres paroles du même Apôtre et de Jésus-Christ. Ce que c’est que le Monde, que cet Apôtre nous défend d’aimer.

N’aimez pas le Monde, ni ce qui est dans le Monde. Celui qui aime le Monde, l’amour du Père n’est pas en lui, parce que tout ce qui est dans le Monde est concupiscence de la chair, et concupiscence des yeux, et orgueil de la vie : laquelle concupiscence n’est pas du Père, mais elle est du Monde. Or le Monde passe, et la concupiscence du Monde passe avec lui : mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement[1].

[1] I Joan., II, 15, 16, 17.

Les dernières paroles de cet Apôtre nous font voir que le Monde, dont il parle ici, sont ceux qui préfèrent les choses visibles et passagères aux invisibles et éternelles.

Il faut maintenant considérer à qui il adresse cette parole. Et pour cela il n’y a qu’à lire les paroles qui précèdent celles-ci : Je vous écris, mes petits enfants, que tous vos péchés vous sont remis au nom de Jésus-Christ. Je vous écris, pères, que vous avez connu celui qui dès le commencement, celui qui est le vrai Père de toute éternité. Je vous écris, jeunes gens, qui êtes au commencement de votre jeunesse, que vous avez surmonté le mauvais ; je vous écris, petits enfants, qui avez reconnu votre Père : je vous écris, jeunes gens, qui êtes dans la force de l’âge, que vous êtes courageux, et que la parole de Dieu est en vous, et que vous avez vaincu le mauvais[2]. A quoi il ajoute aussitôt après : N’aimez pas le Monde, et le reste que nous venons de rapporter.

[2] I Joan., II, 12-14.

Cela est conforme à ce que dit le même Apôtre au commencement de son Évangile, en parlant de Jésus-Christ : Il était dans le Monde, et le Monde a été fait par lui, et le Monde ne l’a point connu[3]. Et la source de tout cela est dans ces paroles du Sauveur : Je vous donnerai l’Esprit de vérité, que le Monde ne peut recevoir parce qu’il ne le veut pas et ne le reçoit pas, et ne le connaît pas[4] : ou il ne sait pas qui il est. Et encore : Si le Monde vous hait, sachez qu’il m’a haï le premier. Si vous eussiez été du Monde, le Monde aimerait ce qui est à lui ; mais parce que vous n’êtes pas du Monde, et que je vous ai élus du milieu du Monde, je vous en ai tirés, c’est pour cela que le Monde vous hait[5].

[3]Joan., I, 10.

[4]Joan., XIV, 17.

[5]Joan., XV, 18, 19.

Et encore : Vous aurez de l’affliction dans le Monde ; mais prenez courage : j’ai vaincu le Monde[6]. Et enfin : J’ai manifesté votre nom aux hommes que vous avez tirés du Monde pour me les donner[7]. Je ne prie pas pour le Monde, mais pour ceux que vous m’avez donnés, parce qu’ils sont à vous[8]. Je ne suis plus dans le Monde, je retourne à vous, et l’heure d’aller à vous est arrivée : pour eux ils sont dans le Monde ; mais pour moi je viens à vous[9]. Je leur ai donné votre parole, et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du Monde : et je ne suis pas du monde. Je ne vous prie pas de les tirer du Monde, mais de les garder du mal, ou de les garder du mauvais. Ils ne sont pas du Monde, comme je ne suis pas du Monde. Sanctifiez-les en vérité[10]. Mon Père juste, le Monde ne vous connaît pas : mais moi je vous connais, et ceux-ci ont connu que vous m’avez envoyé[11].

[6]Joan., XVI, 33.

[7]Joan., XVII, 6.

[8]Ibid., 9.

[9]Ibid., 11.

[10]Ibid., 14-17.

[11]Joan., XVII, 25.

Toutes ces paroles de notre Sauveur font voir que tous ceux qui font profession d’être ses disciples, sont tirés du Monde ; parce qu’ils sont sanctifiés en vérité, que la parole de Dieu est en eux, qu’ils le connaissent pendant que le Monde ne le connaît pas, et qu’ils connaissent Jésus-Christ, le suivent et l’imitent. La vie du Monde est donc la vie éloignée de Dieu et de Jésus-Christ, et la vie chrétienne, la vie des disciples de Jésus-Christ, est la vie conforme à sa doctrine et à ses exemples. C’est ce que saint Jean nous explique plus en détail par ces tendres paroles : Mes petits enfants, jeunes et vieux, je vous l’écris, je vous le répète, n’aimez pas le Monde, n’aimez pas ceux qui s’attachent aux choses sensibles, aux biens périssables : ne les aimez pas dans leur erreur : ne les suivez pas dans leur égarement : aimez-les pour les en tirer, comme Jésus-Christ a aimé ses Disciples qu’il a tirés du milieu du Monde, du milieu de la corruption : mais gardez-vous bien de les aimer comme amateurs du Monde, d’entrer dans leur commerce, dans leur société, dans leurs maximes, et d’imiter leurs exemples, parce qu’il n’y a parmi eux que corruption. Et en voici les trois sources : c’est qu’il n’y a dans le Monde que concupiscence de la chair, que concupiscence des yeux, et orgueil de la vie, qui sont toutes choses trompeuses, inconstantes, périssables, et qui perdent ceux qui s’y attachent. Je le crois, il est ainsi : c’est le Saint Esprit qui le dit par la bouche d’un Apôtre : mais il faut encore tâcher de l’entendre, afin de haïr le Monde avec plus de connaissance.

CHAPITRE IICe que c’est que la Concupiscence de la chair : et combien le corps pèse à l’âme.

La concupiscence de la chair est ici d’abord l’amour des plaisirs des sens : car ces plaisirs nous attachent à ce corps mortel, dont saint Paul disait : Malheureux homme que je suis, qui me délivrera du corps de cette mort[12] ? et nous en rendent l’esclave. Ce qui fait dire au même saint Paul : Qui me délivrera ? qui m’affranchira de sa tyrannie ? qui en brisera les liens ? qui m’ôtera un joug si pesant ?

[12]Rom., VII, 24.

Les pensées des mortels sont timides, et pleines de faiblesses, et nos prévoyances incertaines ; parce que le corps qui se corrompt appesantit l’âme, et que notre demeure terrestre opprime l’esprit, qui est fait pour beaucoup penser : et la connaissance même des choses qui sont sur la terre nous est difficile. Nous ne pénétrons qu’à peine et avec travail les choses qui sont devant nos yeux : mais pour celles qui sont dans le ciel, qui de nous les pénétrera[13] ? Le corps rabat la sublimité de nos pensées, et nous attache à la terre, nous qui ne devrions respirer que le ciel. Ce poids nous accable ; et c’est là cet empêchement qui a été créé pour tous les hommes[14], et le joug pesant qui a été mis sur tous les enfants d’Adam, depuis le jour qu’ils sont sortis du sein de leur mère, jusqu’à celui où ils rentrent, par la sépulture, à la mère commune, qui est la terre[15]. Ainsi l’amour des plaisirs des sens, qui nous attache au corps, qui par sa mortalité est devenu le joug le plus accablant que l’âme puisse porter, est la cause la plus manifeste de sa servitude et de ses faiblesses.

[13]Sapient., IX, 14-16.

[14]Déforis : pour tous les hommes après le péché.

[15]Eccl., XI, 1.