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« L'homme ne change pas. Les moeurs et les lois encadrent ses passions mais donnez à la foule un blanc-seing moral et elle retrouvera sur-le-champ sa sauvagerie originelle. L'antiracisme n'est pas, en soi, une cause plus dangereuse qu'une autre mais l'interprétation simpliste et le caractère sacré que nous lui avions attribués, par la doctrine de l'antiracisme bêlant, en avaient fait une arme dévastatrice : elle nous permettait de maquiller à leur avantage nos instincts les plus méprisables, de prendre notre cruauté pour de la morale, de nous rêver en justes quand nous redevenions des primitifs hurlant d'une seule voix hideuse devant le sacrifice du bouc-émissaire, une foule hilare autour du corps du supplicié... » France, janvier 2021. Un antiraciste ordinaire, naguère certain de sa bonne moralité, a pris conscience, l'année précédente, de ses compromissions intellectuelles et des drames qu'elles avaient engendrés. Il se plonge dans une réflexion sur leurs causes idéologiques, morales et finalement existentielles et ouvre ainsi la voie à une refondation intellectuelle.
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Seitenzahl: 169
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Table des matières
Introduction
Première partie : Réveillés en sursaut d’un sommeil volontaire – Le constat du déni
Chapitre I − Les trois coups de tonnerre
L’idéologie séditieuse de « l’indigénisme »
L’été 2020 et « l’ensauvagement »
Samuel Paty et l’islamisation
Chapitre II − La déception de l’hiver
Une réaction décevante
Tout n’était-il pas déjà sous nos yeux ?
Que nous est-il arrivé ?
Chapitre III − Les outils du déni
Faits divers, amalgames : du bon usage des généralités
Le privilège d’amalgame
Pertinence politique et pertinence statistique
Deuxième partie : Le plateau vide de la balance – Les causes idéologiques du déni
Chapitre IV − Le malheur des sans-étiquette
Notre mépris des personnes
La souffrance labellisée
Une obsession contre-productive
Chapitre V − Nous autres, civilisations…
Sourds aux leçons de l’histoire
L’ethnocentrisme angélique et la cécité au présent
Incapables d’imaginer l’avenir : l’illusion d’immortalité
Chapitre VI − L’antiracisme bêlant
Le stakhanovisme de la paix civile
Le traité de Versailles de la paix civile
L’empathie tragique, qui nous faisait défaut
Transition
Une erreur… ou une faute ?
Résumons-nous
Une tragique ironie
Une erreur de bonne foi ?
Troisième partie : Notre très grande faute – Les causes morales du déni
Chapitre VII − Notre lâcheté
Comme à un dîner de famille
La voix des plus bruyants
La loi du plus fort
Chapitre VIII − Notre conformisme
Le conformisme cruel du lyncheur
Le conformisme couard du petit-bourgeois
Le conformisme dépassionné du pharisien
Chapitre IX − Notre intelligence compromise
La justification
a posteriori
Le devoir de fausseté
Le point de non-retour
Conclusion
Et maintenant ?
Notre idéalisme impuissant
Nous devons faire honte aux idéalistes
France, janvier 2021.
Trois coups de tonnerre ont retenti l’année dernière : trois avertissements qui pourront être salutaires si nous les entendons ou qui nous accableront dans les siècles futurs si, par une obstination insensée dans les paradigmes qui nous ont aveuglés jusqu’ici, nous choisissons d’y rester sourds.
L’idéologie séditieuse de « l’indigénisme »
Le premier « coup de tonnerre » éclata dans le courant du mois de juin, dans le brouhaha des débordements du mouvement Black Lives Matter.
Le 25 mai, une interpellation menée par quatre policiers à Minneapolis, dans le Minnesota, avait abouti à la mort de George Floyd un homme noir au passé criminel, certes, mais qui ne lui méritait pas une telle bavure. Filmée par des témoins, la scène, extrêmement choquante, fit rapidement le tour du monde et des émeutes se déclarèrent dans plusieurs villes américaines, sous l’oeil d’abord plutôt bienveillant des médias français. Il s’agissait, pensionsnous, d’émeutes antiracistes à la française : « universalistes ».
Rapidement, cependant, les événements nous firent découvrir des méthodes et un fond idéologique aux antipodes de nos standards nationaux. Les méthodes, d’abord, se firent de plus en plus violentes : les saccages se multiplièrent, les statues de personnalités liées de plus ou moins loin à l’esclavage ou au racisme furent détruites (nous disions alors encore, pudiquement : « déboulonnées »). Le lien avec le racisme se fit de plus en plus ténu : Christophe Colomb, George Washington, Winston Churchill furent visés. Le voile du prétexte antiraciste se déchirait, laissant apparaître la jubilation primaire de la destruction. Il semblait enfin qu’il n’était pas question, au sein de ces mouvements, de réduire la distance que le racisme créait entre les hommes mais de l’accroître : on ne demanda pas aux blancs de se placer aux cotés des noirs dans leur lutte ; on leur intima l’ordre de s’agenouiller devant eux. On promut de nouveau la discrimination : le livreur de repas Uber Eats mit en place un filtre racial pour identifier les restaurants tenus par des noirs, dans le but de les soutenir en priorité durant la crise du coronavirus. Nous fûmes aussi marqués de voir ces mouvements se propager en Europe en général et en France en particulier. La mort de George Floyd permit en effet au « Comité Adama » de revenir à la charge.
Quatre ans plus tôt, Adama Traore avait spontanément pris la fuite en voyant son frère se faire arrêter pour « extorsion de fonds avec violence » et avait été poursuivi par des gendarmes. Après une épuisante course-poursuite, il s’était fait interpeller et était finalement mort dans le fourgon qui le conduisait au commissariat. À cause de sa santé fragile et d’un effort excessif sous un soleil caniculaire ? À cause d’une méthode d’interpellation trop violente ? Quatre ans plus tard, sa soeur, Assa Traore, soutenue et encadrée par ce « comité », défendait encore la thèse de l’homicide devant le tribunal médiatique, à défaut d’en convaincre le Parquet. Il ne s’agissait plus ou, du moins, plus uniquement, pour ces militants, de défendre ce qu’ils pensaient être la vérité sur la mort de ce jeune homme mais de mener un combat politique1. Ce combat, avions-nous peut-être sincèrement cru d’abord, était une nouvelle affaire Dreyfus. C’est d’ailleurs ainsi que le présentait le comité Adama2. Nous avions cru y voir le combat « universaliste » de la justice et de l’antiracisme. L’avait-il jamais été ? Il semblait en tout cas l’être de moins en moins. En juin 2020, on vit ainsi Assa Traore calomnier grossièrement l’État français, notamment devant des enfants, pour resserrer les liens d’une fraternité raciale :
Le passeport français a été créé pour l’esclave noir. Quand l’esclave noir sortait dans la rue, on avait le droit de l’abattre. Adama Traore sort dans la rue sans sa pièce d’identité, on l’abat. Un de nos frères sort dans la rue, sans sa pièce d’identité, on peut l’abattre. Ce sont des restes coloniaux qui sont là depuis l’esclavage. Et mon frère va mourir de ces restes coloniaux qu’on défend aujourd’hui.3
Ses interventions, avant d’être heureusement interdites par le rectorat, avaient même eu lieu dans des lycées de la Seine-Saint-Denis, où la jeune femme prétendait devant les élèves que la justice française, parce qu’elle était raciste, mentait sur la mort de son frère.
Une dernière chose nous marqua, que ce discours séditieux révélait : la très grande libéralité de ces militants prétendument antiracistes avec la vérité historique et la vérité en général. Non seulement Assa Traore inventait de toutes pièces des articles du Code noir mais elle calomniait ouvertement les gendarmes ayant arrêté son frère et l’État français dans son ensemble : quelle que soit l’issue du procès, nous savons en effet depuis le début qu’il ne s’agit en aucun cas de la mort d’un jeune homme noir « abattu » dans la rue pour n’avoir pas eu sur lui ses papiers d’identité. Cette libéralité, nous la vîmes à l’oeuvre tout au long de l’année en France mais aussi à l’étranger : des journaux autrefois respectables comme le New York Times relayèrent des accusations mensongères contre notre gouvernement, après qu’il eut annoncé sa stratégie de lutte contre le « séparatisme islamiste ».
Les révélations de l’été sur le viol du codétenu d’Adama Traore mirent subitement fin au succès médiatique de sa soeur et les langues se délièrent. Plus tard dans l’année, le président Emmanuel Macron affirma même que des militants politiques utilisaient la dénonciation des violences policières dans le but de fragiliser nos institutions4.
L’été 2020 et « l’ensauvagement »
Après les derniers soubresauts de l’affaire médiatique Traore (le vrai procès, lui, dure encore), l’été arriva, au milieu duquel retentit le deuxième coup de tonnerre : une succession inhabituelle de meurtres et de violences gratuits. Ce fut d’abord Mélanie Lemée, gendarme de 26 ans, volontairement percutée par l’automobiliste qu’elle contrôlait. Le lendemain, dimanche 5 juillet, Philippe Monguillot, chauffeur de bus de 58 ans, père de trois enfants, fut tabassé à mort par cinq passagers. Le 19 juillet, la jeune Axelle Dorier, à Lyon, fut tuée, trainée sous une voiture sur 800 mètres5. Plus tôt dans la journée, au Blanc-Mesnil, un forcené s’était dirigé vers une église avec un sabre et un fusil en criant, en arabe, que Dieu était grand, mais avait heureusement été maîtrisé par un automobiliste. Le lendemain, une fillette de treize ans était projetée à treize mètres de la voiture du chauffard qui l’avait percutée avant de prendre la fuite6.
Il est vrai que cet été était particulièrement meurtrier. Peut-être aussi y étions-nous plus sensibles en raison de l’actualité médiatique de la fin du printemps : si un mort aux États-Unis pouvait monopoliser l’attention des médias français durant des mois, peut-être était-il légitime de nous soucier aussi du sort de nos compatriotes. Ces meurtres, du reste, n’arrivaient pas seuls. D’autres violences parsemèrent cet été 2020, comme la bagarre géante dans le centre de loisir d’Estampes (deux cents jeunes gens) ou les violences quotidiennes subies par les employés du parc Astérix, après qu’une offre promotionnelle eut attiré les bandes des villes d’alentour. « Le parc Astérix est devenu le nouveau Chatelet », avait dit un employé7. Ce n’était pas flatteur.
Sur ce sujet aussi, la parole se libéra. Sur les réseaux sociaux, des internautes plutôt de droite relayèrent le mot d’ordre : « On veut les noms ». Et nous les eûmes : Yassine, meurtrier de Mélanie, Mohamed, Mohammed, Moussa et Sélim parmi les meurtriers de Philippe, selon certains médias8, Youcef et Mohamed, meurtriers d’Axelle. Voilà qui expliquait, jusque-là, notre silence gêné. En 2020, cependant, l’été avait été trop meurtrier et nous ne nous tairions plus. Le nouveau ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, parla « d’ensauvagement ». Martine Aubry, interpelée par une femme à qui des trafiquants de drogue avaient fracassé la mâchoire pour n’avoir pas baissé le regard, demanda au ministre des moyens supplémentaires car « ce [n’était] plus possible, [c’était] l’enfer pour les gens »9.
Nous découvrions la réalité de l’insécurité, dont nous avions jusque-là pudiquement détourné le regard, pour ne pas nous compromettre avec ce sujet « sulfureux », pour ne pas « faire le jeu de l’extrême droite ». Pendant tout ce temps, d’honnêtes gens avaient subi la loi de groupes criminels et de barbares sans allégeance, qui les intimidaient, les humiliaient et, de temps en temps, les laissaient sur le carreau… mais les choses changeraient : nous ne fermerions plus les yeux.
Samuel Paty et l’islamisation
Le printemps nous avait ouvert les yeux sur les dérives et l’instrumentalisation indigénistes10 de l’antiracisme, l’été sur ce que nous appelâmes « l’ensauvagement »11 ; arriva l’automne et un troisième coup de tonnerre : l’assassinat de Samuel Paty, qui nous fit prendre conscience de décennies de compromissions avec l’islamisme.
Ce n’était pas le premier attentat, depuis les tueries effroyables de 2015, mais, cette fois-ci, des musulmans « modérés » avaient objectivement participé à la mise à mort d’un « blasphémateur ». Quelles qu’aient été leurs raisons, quelle que fût leur responsabilité morale, les faits objectifs s’imposaient : un parent d’élève et sa fille avaient défini la cible en calomniant ce professeur, des internautes musulmans avaient diffusé leur vidéo sur les réseaux sociaux en l’agrémentant d’injures, la mosquée de la ville l’avait relayée, lui donnant un crédit supplémentaire, et des élèves avaient désigné le professeur en fin de journée à l’assassin ; celui-ci l’avait poignardé, puis décapité, avant de diffuser la photo de sa tête sur les réseaux sociaux, en commentant :
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. D’Abdullah, le Serviteur d’Allah, à Macron, le dirigeant des infidèles. J’ai exécuté un de tes chiens de l’enfer qui a osé rabaisser Muhammad. Calme tes semblables avant qu’on ne vous inflige un dur châtiment.12
Peut-être parce qu’il frappait un professeur d’histoire, peut-être parce qu’il était lié à Charlie Hebdo (le professeur avait montré les caricatures de ce journal en classe et l’assassinat avait eu lieu durant le procès des terroristes de 2015), peut-être, enfin, à cause de la participation discrète de nombreux « musulmans modérés », cet attentat libéra la parole au sujet de l’entrisme islamiste dans l’Éducation nationale et de la compromission des responsables administratifs et politiques. Nous ouvrions les yeux sur trois phénomènes : 1. L’utilisation de la lutte contre la prétendue « islamophobie » pour imposer la soumission à la loi islamique, 2. Le continuum entre l’islam « modéré » et « l’islamisme » et 3. La capitulation de l’Éducation nationale face à la pression islamiste, suivant l’impératif de « ne pas faire de vagues. »
C’en fut trop. Plusieurs personnalités de gauche clairvoyantes depuis longtemps à ce sujet firent le tour des plateaux de télévision : Caroline Fourest, Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo, Amine El Khatmi, président du Printemps Républicain, Pascal Bruckner… Même la Licra, qui, en 2015, avait porté plainte, aux côtés du Comité contre l’islamophobie en France (CCIF), contre la présidente du Front National, Marine Le Pen, pour avoir comparé les musulmans pratiquant la prière de rue à l’armée d’occupation allemande de 1940, condamnait désormais avec la plus grande fermeté la propagande islamiste fondée sur la dénonciation de la prétendue « l’islamophobie » et l’anti-universalisme des idéologues « indigénistes ». La dénonciation de « l’islamogauchisme », compromission idéologique de personnalités de gauche avec l’islamisme, dénonciation qui valait naguère une réputation sulfureuse, devint monnaie courante. Un excellent reportage d’Yves Azéroual13 consacré à cette tendance, sorti en 2019 et qui devait être diffusé à la télévision, fut mis en ligne gratuitement et précisa les mécanismes de cette compromission.
Le président Emmanuel Macron lança une réflexion sur le « séparatisme islamiste » :
C’en était fini de notre aveuglement.
1. « "Ça nous dépasse et c’est ce qu’on veut" : comment le comité Adama a réussi une mobilisation surprise contre les violences policières », Le Monde, 8 juin 2020.
2. Soirée de lancement du livre Le Combat Adama, Geoffroy de Lagasnerie, 4 avril 2019.
3. « Adama Traoré : la fresque de la discorde », Le Figaro, 22 juin 2020.
4. « Entretien exclusif : Emmanuel Macron répond à Brut », Brut, 4 décembre 2020.
5. L’enquête et le procès ne sont pas terminés. Le conducteur avait été mis en examen pour « violences volontaires avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».
6. « Axelle Dorier, Mélanie Lemée, Philippe Monguillot... La France, cette jungle », Marianne, 22 juillet 2020.
7. « Bousculades, insultes, bagarre… l’ambiance du Parc Astérix décriée par des visiteurs et salariés », Le Parisien, 17 juillet 2020.
8. Information divulguée par des policiers sur les réseaux sociaux et reprise notamment par La Dépêche et Causeur.
9. « Agression d'une femme à Lille-Moulins : "C'est l'enfer pour les gens" selon Martine Aubry, qui en appelle à l'État », France 3 Régions, Hautsde-France, 21 juillet 2020.
10. Nous parlerons ici d’« indigénisme » pour désigner la doctrine du Parti des indigènes de la République, ainsi que des autres courants se fondant sur la « mémoire » de l’esclavage ou de la colonisation et sur la dénonciation d’un supposé « racisme systémique » pour rejeter l’indifférenciation de l’antiracisme universaliste, calomnier la France, les Français et leurs institutions et justifier la haine des blancs (et parfois des Juifs, considérés comme leurs alliés) ou, du moins, de la France et de la civilisation occidentale en général : Ligue de Défense Noir-Africaine, comité Adama Traore, etc.
11. 777 violences gratuites déclarées à la police quotidiennement en France en 2017 (3,24% d’augmentation par rapport à 2016), selon le Dr Maurice Berger (Sur la violence gratuite en France : Adolescents hyper-violents, témoignages et analyse, L’Artilleur, 2019).
12. Les fautes de grammaire, d’orthographe et de syntaxe ont été corrigées.
13. Yves Azéroual, L’islamo-gauchisme, la trahison du rêve Européen, 2019-2020.
Une réaction décevante
Au printemps, en été et en automne, trois coups de tonnerre nous avaient ainsi réveillés en sursaut et nous avaient bien décidés à ne pas nous rendormir. Par le biais de nos médias et de nos responsables politiques, nous prendrions désormais ces problèmes à bras-le-corps. L’hiver approchant, nous semblions pourtant déjà nous engourdir.
Nos médias, d’abord, ne semblèrent pas avoir changé. Ils avaient, bien sûr, après chaque affaire, parlé de ces problèmes capitaux. Il était désormais presque de bon ton de dénoncer l’indigénisme, la violence gratuite et l’islamogauchisme mais, dans nos réactions à l’actualité, nous avions conservé nos habitudes.
Nous savions, par exemple, depuis les éclaircissements du printemps sur l’affaire Traore, que des militants radicaux et des criminels utilisaient des affaires de « violences policières » douteuses pour discréditer la police, sans aucun souci de la vérité. C’était ce qu’avait fait le collectif Adama Traore. C’était ce que dénoncerait bientôt le président Emmanuel Macron. Nous nous précipitâmes pourtant avec la même imprudence sur « l’affaire » Michel Zecler.
Le jeudi 26 novembre, le site Loopsider publia un court reportage sur ce producteur de musique noir, victime d’une interpellation musclée. Ce reportage à charge se voulait, images à l’appui, accablant pour les policiers : une caméra de surveillance avait filmé l’interpellation. Les images ne prouvaient en réalité pas grand-chose en ellesmêmes, les commentaires s’employant à les surinterpréter14, et il aurait été sage d’attendre les premiers éléments de l’enquête de la police des polices avant d’accabler les agents. Pourtant, plus encore que pour l’affaire Traore, les médias adhérèrent sans attendre à la version de l’avocate du producteur et reprirent unanimement le terme de « tabassage » : l’enquête n’avait pas commencé que nous nous sentions déjà obligés de croire à la culpabilité de la police.
Quelques jours plus tard, nous fîmes preuve d’un même empressement pour dénoncer, à partir d’un événement des plus anodins, le racisme dans le football. Lors d’une rencontre entre le Paris Saint-Germain et l’Istanbul Başakşehir, le quatrième arbitre, roumain, avait interpelé l’arbitre principal pour attribuer un carton rouge à l’entraîneur adjoint du club turc. Pour désigner le fautif, il s’était référé à son signe le plus distinctif, au milieu de joueurs de type turc ou européen : « Lui, là-bas, le noir ! » Noir se disant, en roumain, negru, le mot avait ému l’attaquant du club turc, Demba Ba, noir lui aussi, qui avait de façon assez agressive demandé à l’arbitre des explications. Les joueurs avaient fini par mettre un terme à la rencontre, en signe de protestation. Puis ils s’étaient tous disposés en un grand cercle, genou à terre et le poing levé, dans une scène émouvante de communion autour d’une victime sacrificielle, qui avait eu le malheur de parler une langue que les francophones ne maîtrisaient pas. Encore une fois, les médias s’emballèrent et crurent bon de détruire la réputation de ce quatrième arbitre, en l’accusant de « racisme ». Un sommet d’indécence fut atteint sur RTL. En réponse à l’animateur Pascal Praud, qui disait vouloir au moins entendre la défense de cet arbitre, un invité relativement célèbre répondit, sur un ton pédant : « Face au racisme, il m’étonne que vous attendiez. » Le crime était trop grave pour que l’on prît le temps d’en vérifier la réalité : « Cet arbitre roumain est raciste, son propos est raciste, il doit être condamné et banni à vie des terrains de football. »15
Les éclaircissements sur l’affaire Traore, après quatre ans de calomnies à l’encontre des gendarmes qui avaient interpellé le jeune homme, semblaient ne rien nous avoir appris de l’intérêt de la présomption d’innocence, dès lors qu’il s’agissait de supposé racisme. Les médias ne furent cependant pas les seuls à nous décevoir : les responsables politiques parurent très vite n’avoir, eux non plus, rien retenu, à commencer par notre Président.
Le vendredi 4 décembre, en effet, Emmanuel Macron accorda au journal en ligne Brut, un entretien proprement ahurissant. Alors même qu’il nommait de façon explicite l’instrumentalisation du terme de « violences policières » par des militants politiques ; alors qu’il avait reconnu officiellement, quelques semaines plus tôt, l’hypocrisie de la propagande islamiste dénonçant une islamophobie imaginaire pour imposer aux Français d’incessantes concessions culturelles et législatives et pour désigner des cibles à des assassins ; alors qu’il s’était offusqué, plus tôt dans l’année, des destructions de statues et de la pensée « indigéniste » qui prétendait que la réécriture de l’histoire occidentale était nécessaire à l’intégration des minorités inassimilées ; Emmanuel Macron annonça prévoir d’accorder satisfaction à tous les ennemis qu’il avait identifiés : aux islamistes, par l’apprentissage de l’arabe à l’école ; aux indigénistes, par la construction de statues et l’attribution de noms de rues rendant hommage à « trois à cinq cents personnalités noires et arabes » pour donner des héros aux enfants d’immigrés africains et maghrébins ; aux militants antipoliciers en expliquant, juste après les avoir dénoncées, qu’il adhérait à leurs thèses calomnieuses.16
