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" TU PIGES " est un florilège éclectique d'articles de presse sur l'actualité chevauchant l an 2000 telle qu'observée, analysée et vécue par un homme engagé et qui plus est un "poète civil" selon l'expression de Moravia, c'est-à-dire de son temps et ayant pour armes sa plume et sa lyre. Des rencontres et des portraits, des éditos et des enquêtes, des billets et des hommages, des critiques sur les arts et la littérature, le théâtre et le cinéma , la politique et le social, le bien-être et les loisirs... un patchwork d événements d'une étrange ressemblance à notre aujourd'hui. Le temps serait-il immobile et nous figés ? That is the question, ce livre lu et refermé.
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Seitenzahl: 317
Veröffentlichungsjahr: 2025
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- Manège
- L'Attente
- Les Provençales
- Les Sanaryennes
- Octobre
- L'Été jadis
- Poèmes de mes années vingt
- Un jour comme les autres
- Van Gogh et moi
- Peau-Aime, réservé à un public adulte
- Sagesse passionnée
- Soleils
- Entre Mer et Collines, deux volumes d'extraits des éditions parues et d'inédits
- Les Sanaryennes, édition revue et complétée
- Les Sanaryennes, 3e éd. (208 pages)
- Petits Minous Gros Toutous, poèmes pour enfants
- Braises ardentes, réservé à un public adulte
- Vibrations Andante, réservé à un public adulte
- Fais-moi signe
Distinctions
Prix de l'Académie du Var
Prix Jacques Prévert
Prix du Club des Poètes
Chère lectrice, cher lecteur.
Telles des chandelles inépuisables, les archives veillent sur nos écrits.
Consultant ces endormies, j'ai rassemblé divers de mes articles parus dans la presse ; des tags, des flashes qui me paraissent refléter l'actualité que j'ai vécue d'un siècle l'autre.
Cet assemblage je vous le présente aujourd'hui et maintenant, pourquoi ? D'abord pour le plaisir du partage, ensuite pour constater, tantôt avec amertume, tantôt avec joie, que si le temps passe en accéléré l'âge venant, si tout change en apparence, le fond des choses et des êtres évolue peu.
Un progrès lent et parfois même rétroactif.
Amer de constater que les questions socio-sociétales piétinent en l'absence de dynamisme politique et de l'indifférence des nantis envers les plus humbles.
Mais joyeux d'être encore des vôtres sur cette paradisiaque planète bleue, en douce France, pour vivre ensemble de nouvelles aventures humaines prolongeant, en chaîne d'union, celles d'hier.
Je pense notamment au combat, en tout lieu à toute heure, contre l'exploitation de l'homme par l'homme.
Joyeux de garder un appétit incessant d'écouter les musiques du monde, fréquenter galeries et librairies, être à l'affût d'un film étranger, de la reprise originale d'une pièce ou d'un ballet, s'enthousiasmer d'un exploit sportif ou de la découverte d'un bon restaurant.
C'est ce sucré-salé du quotidien, quelques instants hors de ma poésie (si peu), que je vous invite à goûter et, je l'espère, à apprécier. ROGER-POL
Dans tout ce qui définit une civilisation, la fréquentation du passé occupe une place importante.
Pourquoi lire des textes d'auteurs inconnus ?
Parce qu'aimer la littérature, le journalisme d'une époque, c'est ne pas s'en tenir aux seuls écrits de quelques personnalités majeures.
(Réflexion inspirée par les propos de Rémi de Fournas, comédien- metteur en scène).
OEuvres poétiques de Roger Pol Cottereau
FOCUS
PURÉE DE PRESSE
JOUJOUX, BIJOUX
JEUX DE CROISEMENTS
REPOSEZ, ARMES !
BRIGADIER,
Seulement 3 h, dans ton quartier, avec des murs sentant bon la peinture
PRAGUE SOUS LA NEIGE
Me voici sur le pont Charles, dans la nuit précoce, baigné par le halo des
Mozart socialiste
PARIS SUR L'EAU
50 ème ANNIVERSAIRE DU RÉGIME DE RETRAITE DES CADRES LA LÉGENDE D'UN DEMI-SIÈCLE
Du dernier western de Reagan aux pendentifs de la Shabanou, de la valse polonaise à la conférence de Madrid, des escarmouches présidentielles au million et demi de chômeurs, de cette actualité je n'ai pu tirer un fait dominant.
Cette indécision provient du nivellement des faits et évènements par le bulldozer du superlatif, qu'il s'agisse d'un attentat meurtrier, à la pudeur ou des larmes de la Princesse de Monaco, d'iraniennes ou d'irakiennes devant le cadavre d'un fils tué pour quelques grosses larmes de pétrole.
Une actualité ouragan qui ne laisse derrière elle que jugements d’un librearbitre à la dérive.
Dans ces dépressions médiatiques et politiciennes, l’homme doit se mettre vent-debout, à la cape, de manière à réfléchir et trouver la route pour traverser cet atlantique de mots et de maux, faute de quoi il risque de perdre son indépendance intellectuelle et morale Provincial, je me sens parisien par le pavé mouillé luisant sous les réverbères, par les commerçants de la rue St Antoine et du marché d'Aligre, par les cinémas où repassent "América-América" et "Baby Doll", chefsd'œuvre d'Elia Kazan, par les cafés-théâtres avec au "Fanal" "le Président" qui a dépassé la millième représentation et montre combien il est utile, pour un prince, d'aller s'exercer aux Puces avec un ami brocanteur.
Parisien aussi par la photo puisque novembre offre un festival de cent photographes, trois mille images en quarante expositions en mairies, musées et galeries. C'est, comme l'a dit un animateur de cette manifestation : "tout ce que le regard humain retient de la réalité ou des rêves".
La réalité et les rêves, voilà les yeux du photographe avec ou sans pellicule extra-sensible, avec ou sans téléobjectif et accessoires nippons.
De Cartier-Bresson au Musée d'Art Moderne à Charles Marville à la bibliothèque historique de la ville de Paris, les villes, les campagnes, les hommes, les animaux, tout ce qui vit, même végétal et minéral dès lors que l'artiste, comme le disait Cézanne, sait "rendre à chaque objet son poids et son volume et ne pas se borner à peindre l'apparence des choses".
Deux photos m'en ont donné confirmation, toutes deux publiées dans le mensuel "Photo" consacré à Paris, capitale de la photo.
Deux photos d'enfants, l'une de Benoit Gysembergh exposée au Grand Palais, et l'autre de David Burnett. L'une l'enfer, l'autre le paradis.
La première : un enfant de dix ans, presque nu marchant à quatre pattes, une lampe de mineur pendue entre les dents et tirant au bout d'une corde, comme un mulet nain, un lourd bloc de charbon dans la galerie d'une mine en Colombie.
Mains et pieds s'agrippant au sol, regard fixe, c'est l'enfant taupe, frère aujourd'hui de ceux d'Europe au 19ème siècle et début du 20ème qu'on utilisait pour leur "facilité à se glisser dans les filons étroits", s'éclairant à la bougie, avec tous les risques d'accidents qu'entraîne un tel éclairage.
C'est le même poids et le même volume du dedans, la même chair meurtrie, le même sourire disparu, la même rigueur triste et étonnée dans les yeux : c'est l'exploitation de l'homme par l'homme.
L'autre photo, en couleurs (est-ce symbolique ?) nous montre un gamin du même âge.
Blond (les princes et les princesses, les gentils sont presque toujours blonds…) en jeans et knickers, blouson ouvert sur un t-shirt USA. Il se repose et médite, bien assis à l'aise entre les cuisses et les seins d'une de ces statues gulliveresques qui gardent le Trocadéro, planche de skate posée à sa droite.
Sa peau est douce, il est calme et sent bon le bonheur. Il a dévalé maintes fois, avec des cris de joie, les allées qui descendent en direction de la Tour Effel.
Avec ses copains, l'été c'est une glace vite engloutie, l'hiver des marrons chauds qu'on met dans les poches et qui câlinent de leur tiédeur le haut des cuisses avant de les manger en remontant la pente, la planche sur l'épaule.
C'est un enfant qu'on aime, qui s'aime et qui aime la vie et, comme dirait Monsieur Tout le Monde, elle le lui rend bien. Entre les deux, pas de dialogue Nord/Sud, on ne se téléphone pas pour un devoir sur les ressources du sous-sol colombien ou un problème avec l'aide de 50 millions de consommateurs sur le meilleur rapport prix-qualité de la planche de skate.
Deux photos, deux enfants, deux mondes, l'Enfer et le Paradis.
Dites, Monsieur Kipling, Mowgli n'a pas quitté la jungle pour une telle société ?
Ne sommes-nous pas passibles du tribunal de notre conscience pour nonassistance au Petit d'Homme en danger de mort.
La presse est à la une au centre Pompidou à Paris.
Parmi les quatre manifestations maîtresses de ce show sur le business de l'information, j'ai choisi le spectacle son lumière et audiovisuel monté à grand renfort d'écrans panoramiques, de dioramas, (j'en ai pris plein les yeux et les oreilles) mais sans décoller de la position en tailleur que chacun adopte au mitan de la salle pour capter devant, derrière, ici et là, les images saccadées, le bruit bidon des rotatives et la mitraille terroriste des rues de Beyrouth.
Du croissant - crème du petit matin au lumière nocturne de la ville lasse d'actualité, mes sens sont restés sur leur faim.
"Y' a plus d'odeurs" dit un type qui a connu le plomb avant que la profession en ait dans l'aile.
"On allait au boulot comme au ciné" poursuit-il sur la bande magnétique qui se déroule en trente minutes toutes les heures, style prise de fréquences par radio libre.
J'étais au ciné de la presse comme au boulot. Silence on bosse. Pas de sous-titres pour les profanes, et l'inévitable discours de mauvaise conscience sur les médias au service des riches. Des avions papier journal lancés par un môme survolaient les fidèles ayant du mal à suivre le cantique.
Impertinent, le gamin se lève et crie : assis ! assis !, court à travers rafales et grenades et, frappé en pleine poitrine, tend les bras au ciel et s'écroule… Et refait des avions papier journal.
J’ai le stylo qui ronchonne : des faits à gogo, du gibier d'ouest en est, et une presse elle aussi assise en tailleur. Reste l'enfant grand reporter.
Noël dans quinze jours. Une artère principale de Paris, rue de Rivoli.Des passants pressés entre boulot et dodo, fêtes dans la tête, pas sûr.
Du Louvre à l'Hôtel de Ville, en sens unique, le flot des voitures est plus dense que les piétons sur le trottoir. Vite sortis du travail, sprinters reconnus, les parisiens rejoignent de plus en plus promptement leur domicile surtout quand le thermomètre, flirte avec zéro.
Budget en baisse
Interrompus dans leurs courses, questionnés sept passants sur dix engagent moins de dépenses cette année pour fêter noël et le jour de l'an, deux dépenses davantage et un n'a pas encore arrêté ses comptes.
Avec un humour amer un des deux " dépensiers" ajoute : " je claque plus de fric, mais pour moins de plaisir". Pourtant de nombreux magasins, d'habillement en particulier, affichent des soldes à -20 et -30 %.
Très mode, le rouge et le noir des tenues de soirée connaîtront-ils la fête sur le corps des femmes ?
Les vêtements de sport d'hiver se vendent mieux. Les stations de ski répondent déjà complet pour les vacances scolaires de fin d'année et de février. Et puis le citadin s'habille de plus en plus sport, alliage de décontracté et d'élégance pratique. Côté adultes, les montres et la joaillerie sont préférées, "à égalité pour les hommes et femmes" d'après la première vendeuse d'un grand bijoutier-joaillier dont l'horloge en fronton est au garde-à-vous sur midi minuit…
Des robots dans les souliers et les enfants guerroient dans les étoiles car "la guerre n'est qu'un jeu" chante Hugo dans la balade du roi Jean. Le roi Jean de la lune : robots, fusée, soucoupe, armes à laser, sondes et engins téléguidés.
Les extra-terrestres seront parmi nous au réveillon.
Juillettistes et Aoûtiens s'essuient les pneus sur l'autoroute ; c'est super mais ça coûte cher.
"Pierre qui roule n'amasse pas mousse, mais prend en stop une anglaise rousse" chantera mon arrière-petite-fille, collectionneuse de cartes postales des années 1980 aux parfums d'anémones fanées et de roses en solde.
C'est le temps des vacances, fractionnées avec dénominateur commun : gagner deux jours, l'aller et le retour en supplément gratuit. Une loi sur laquelle, pour une fois, nous sommes tous d'accord.
Autre accord parfait : en solfège balnéaire une plage blanche en vaut deux noires, même si la blanche est noire de monde, même si les pollueurs des deux autres ont été "blanchis".
Bof, depuis qu'un magazine m'a révélé que Paul Newman est daltonien, le noir et le blanc, le Black and White, me laissent muet, comme "le fils du Cheik", pétrodollars obligent.
Ah les vacances, le grand écran ; on passe en V.O. et on prend des couleurs.
Ils ont décidé de ne plus fabriquer d'objets guerriers, volontairement et bien que cet engagement ait été pris la veille de Noël, il survivra à la trêve des confiseurs.
Ce faisant ils ont passé outre l'avis des psychologues jugeant comme moyen de se défouler l'armement lilliputien des chers bambins blonds.
Les fabricants de jouets sont suédois, car c'est d'eux qu'il s'agit. Ils ont fait la pige à leurs ainés d'Helsinki, en "casques bleus" quand le téléphone rouge est au noir et qu'ils couvrent le droit de l'homme à disposer de son voisin comme au Liban.
VOUS N'AVEZ PLUS RAISON
Jean-Michel Belorgey a rendu public le rapport établi par la commission, dont il est président, chargée d'étudier les missions de la police. Cinquante pages à bâtons blancs rompus.
Mon fils, tu as eu raison de voter pour le changement le 10 mai.
La prochaine fois que ton solex te lâchera et que tu traîneras les rues en le poussant casque sur le porte-bagages, et carte d'identité oubliée dans l'autre jean, tu verras le changement, foi de Belorgey, sous-traitant Deferre.
Plus de képi, la casquette, plate comme une déclaration ministérielle et l'uniforme bicolore, réversible pour les gradés dont les ordres pourront être légalement jugés illégaux.
Plus de tutoiement non plus, à toi de grand-père corse côté cour et grandmère d'Estrémadure côté jardin, souvent traité de petit juif ou de raton.
Fini le flic bête et méchant de Giscard 1er. Rien que du beau monde. Des flics triés sur le volet, après des études supérieures, pour certains l'ENA, et un code de déontologie. Presque des médecins, avec en prime le droit à l'erreur pourtant contesté aux chirurgiens.
Et plus question de te garder 6 h au commissariat, sur un banc crasseux, loin de ton domicile.
Seulement 3 h, dans ton quartier, avec des murs sentant bon la peinture fraîche.
Des flics sympas, plus nombreux (pour réduire le chômage) et toujours en tenue, histoire de "rassurer et de faire peur à la fois".
S'il ne manquait le droit de grève, la bénédiction syndicale serait donnée urbi et orbi. Seuls les commissaires de police boudent ce rapport sur la police.
"Il y a des gens qu'il vaudrait mieux écarter" a précisé J-M Belorgey.
Donc pas de souci à se faire. En écartant quelques huiles, tout baignera dans l'huile.
Par contre mon fils, tu n'as pas de chance, tu arrives trop tôt en terminale.
Ton cousin lui, dans quelques années pourra passer sans doute un bac "P", une nouvelle option "police". Console-toi, tu ne voulais pas du service national, tu seras bidasse – policier, la réforme le prévoit.
Treize ans après l'opération chirurgicale soviétique, Prague est encore convalescente. Faible, elle hésite à ouvrir la fenêtre à double vitrage qui la sépare du reste du monde.
Dans ma sacoche les dernières éditions des quotidiens français ont un parfum de liberté buissonnière. "Ne lui apporte pas de presse, elle sera confisquée à la frontière" m'avait conseillé Germain qui a connu Ladislav aux Beaux-Arts avant le printemps aux fleurs fanées.
Peine perdue quand la recommandation s'adresse à un petit fils chouan et corse.
Me voici sur le pont Charles, dans la nuit précoce, baigné par le halo des réverbères en intervalles des trente statuts baroques ornant les parapets.
Ladislav recevra-t-il un inconnu, même si la bouteille de whisky que je lui porte, en guise de mot de passe, est de sa marque préférée ?
A l'aéroport, les policiers et les douaniers avaient ce sérieux marxisteléniniste qui ride le front et ternit le regard. Mais le douanier était fatigué et ma cargaison de nouvelles "subversives" a passé les écluses rouges.
Prague est sage sous la neige, les rares noctambules admirent mes bottes d'après-ski en fourrure et me demandent, en allemand, si je veux les vendre. En U.R.S.S., l'an dernier, mes jeans avaient la vedette, aujourd'hui mes chaussures crânent.
Le philosophe écrit juste quand il avance que "l'homme ne vit pas seulement que de pain".
Ne téléphone pas
Sur l'autre rive de la Vitava, la vieille ville est un gros chat noir endormi.
Les tramways boueux et bondés apparaissent et disparaissent dans la brume plagiant dans leur rythme le passage fugitif des automates de la grande horloge. Je plonge dans ce quartier comme dans un dessin à la plume, sombre, puissant et romantique de Victor Hugo.
J'ai une envie subite de manger, pour me rassurer.
Une queue, une pâtisserie, un savoureux gâteau au chocolat surplombé d'un dôme de crème chantilly : c'est l'architecture gastronomique des Tchèques. Et mon équilibre calorique est rétabli…
"Avec les évènements de Pologne, ne le préviens pas de ton passage, ni par lettre ni par téléphone, tant de Paris qu'à Prague même. Va directement chez lui" avait insisté Germain. Vérifications faites sur les boîtes aux lettres, sous le porche renaissance, c'est bien là.
Je grimpe un grand escalier, quatre étages dans une faible lumière, j'y suis.
Je frappe trois coups avec force - tu vois Germain je n'ai rien oublié - à la haute et large porte de fer d'un ancien grenier aménagé.
Ladislav est en compagnie d'amis dont la plupart parlent le français "grâce aux cours dispensés par les services culturels de l'Ambassade".
Tous m'accueillent avec cette amitié simple et fraternelle dont parle mon père quand il radote sur les années d'occupation et de captivité.
Le déclic est bon. Nous buvons une Becherovka, liqueur prise en apéritif, proche de notre Chartreuse et du genièvre hollandais.
Les informations télévisées vantent, à grand renfort de reportage militaire, la pacification soviétique en Afghanistan : les troupes héliportées y font des prouesses. Avec elles "le peuple" des villages "débarrassé des contre-révolutionnaires" a retrouvé "la paix et le bonheur".
Sur la Pologne, pas d'images, même militaires, sauf le portrait du général "patriote" Jaruzelski projeté en fondu sur la carte du pays "frère".
Puis un long commentaire du journaliste de service sur les "forces antisocialistes", les "anarchosyndicalistes de Solidarnosc", les "extrémistes empêchant encore certains de leurs camarades de travailler".
Budapest, Prague, Varsovie, trilogie sanglante. Toujours le même refrain, celui des banderoles, rares à Prague, nombreuses dans les autres villes environnantes : "Avec le peuple soviétique, travaillons pour le bonheur et pour la paix".
La paix, elle me pénètre et m'enveloppe le lendemain dans les églises et les cimetières.
A la basilique Saint-Jacques, avec la "messe du couronnement" de Mozart, mêlant debout touristes et praguois recueillis dans un univers baroque, au sens propre et au sens figuré.
A la synagogue Vieille-Nouvelle, construite au 13ème siècle par des cisterciens français, une des cinq synagogues rescapées sur les dix-huit d'avant le nazisme et le stalinisme, la seule ouverte au culte.
Au cimetière juif, en plein ghetto, par l'indescriptible foule de pierres tombales, verticales et obliques, dressées en désordre sur plus d'un hectare sur un terrain tourmenté par les amoncellements de terre apportée pour permettre à chaque défunt d'être enseveli rituellement.
"Tout cela est une partie du patrimoine culturel de notre république socialiste" récite sans accent, mais aussi sans cœur et par cœur notre guide officiel.
Le Baroque, Mozart, le Golem, produits socialistes dans le sens de l'histoire, unique et obligatoire.
Magasins pour indigènes
Pour Ladislav, la version est tout autre.
Un visa pour des vacances en France, attendu depuis dix ans. Sa tristesse de jeune architecte quand nous flânons au pied des échafaudages emprisonnant édifices religieux et bâtisses de style, rouillés et sans ouvriers, comme autant de plans quinquennaux demeurés sans lendemains qui chantent. Moitié moins de restaurants qu'avant la guerre. Et trente mois de salaires pour s'acheter une voiture, pas la Mercédès officielle.
Prague est sage sous la neige. La bière y est toujours brune à la brasserie "U.FLEKU" et nous provoque toujours à 14° au "U.SUPA". Les jeunes y élèvent encore la voix, ancrés aux longues tables de bois sombre, quais des détresses et des espérances. Ici comme dehors, pas un flic, vêtu selon l'usage s'entend.
Une ville polie sans police, une ville droite sans droite. De temps en temps, une voiture jaune et blanche file par les rues désertes où s'aventurent seulement la tribu des taxis "Skoda" et les trams bruyants transportant des muets.
A "la Lanterne Magique" les comédiens jouent classique le spectacle de pantomimes et d'audiovisuel à l'avant-garde dans les années soixante.
Et le public des touristes français, suivant l'itinéraire du "romantisme absolu" de Gonzague St Bris s'en délectent en découvreurs tardifs.
"Que jouer d'autre" répond Yan, artiste ami de Ladislav, quand je m'inquiète de sa permanence dans ce spectacle vieillissant, "ça marche et que de complications si nous devions monter une nouvelle création".
Pardon j'avais oublié le système, les musiciens des dancings qui interprètent trois morceaux et font la pause avec une régularité de métronome (ça va de soi), le billet de cent francs valant cent soixante-dix couronnes au taux officiel et quatre cents changé en pleine rue, les magasins pour Tchèques - j'allais dire pour indigènes pris dans l'ambiance coloniale - et les Tuzex, boutiques pour les touristes et les détenteurs de devises (d'où trafic monétaire dans la rue).
Prague après Budapest et avant Varsovie : triangle des Bermudes pour les casse-cous de la liberté.
Dans le Tupolev 134 du retour, je somnole quelque part au-dessus des deux Allemagnes.
Des visages, des regards, des paroles voguent dans ma tête. Ce passant à qui mon amie demande où acheter du caviar et sa réponse cinglante : "Ici ce n'est pas Moscou !", sur un ton inhabituel d'agressivité.
Dans l'église Saint Jacques, une fillette, mains jointes, aussi immobile et belle que les santons de la crèche qu'elle admire. Ce voyageur âgé m'orientant dans le métro, puis s'éloignant : "j'aimerais tant revoir Paris".
Et les yeux de Ladislav, quand il raconte comment "on explique à un adolescent qui préfère passer des vacances en camping sauvage et en stop combien sont plus grandes les joies des vacances en groupe des centres collectifs".
Prague est sage sous la neige sale.
De Bercy à Neuilly, d'amont en aval, Paris fait l'amour à la Seine.
Rive droite, rive gauche, 30 km de vie à deux, par trente-cinq ponts, des ports marchands et de plaisance. Autant de caresses et de maladresses. C'est une aventure répertoriée par les historiens, sublimée par les poètes.
C'est aujourd'hui, pour quelques pas de plus, moins pressés, la découverte d'une existence sur l'eau pleine de charme et d'insolite.
"Rendre la Seine à Paris, affirmer la vocation de promenade des rives du fleuve" ; telle est la volonté du Conseil de Paris, exprimée par Christian de La Malène.
Objectif : ramener à trois, Tolbiac, Quai de la Gare et Javel, la dizaine d'implantations portuaires ; regrouper les bateaux-logements au-delà de Grenelle, accueillir au bassin de l'Arsenal, entre Bastille et Austerlitz, la plaisance transitant par la capitale.
Ce choix de la municipalité fondé sur l'étude de M. Rocher, collaborateur de Jacques Chirac, divise et oppose les usagers : port autonome de Paris (PAP), bateaux-mouches, pêcheurs, plaisanciers et habitants sur péniches.
M. Bruno Grange, nouveau directeur du PAP (Port Autonome de Paris), premier port fluvial de France et deuxième d'Europe, estime : "un grand fleuve n'est vivant que s'il supporte une navigation et donne lieu à des échanges avec la ville qu'il traverse. Les millions de tonnes qui ne seraient pas acheminées par le PAP devraient l'être par des routiers qui embouteilleraient encore plus la circulation."
Il est d'accord pour concentrer les activités mais en conservant "un juste équilibre entre les ports, les promenades et l'automobile". Le port occupe aujourd'hui 8 des 30 kilomètres de berges. La municipalité veut réduire cette implantation de moitié. Déjà, le Quai St Bernard est devenu un musée de la sculpture en plein air.
César, Brancusi, Rougemont, Stahly - avec un géant de granit de 15 tonnes - et des œuvres d'autres contemporains, témoignent des tendances actuelles.
Expo aussi : l'exposition universelle, annoncée par François Mitterrand pour le bicentenaire de 1789, renforce le jugement de B. Grange : "Par où d'autre que par la Seine faire venir les matériaux pour construire les pavillons et, après la fête, déblayer les gravats".
Quand on est maître des eaux des frontières de l'Eure à celles de Seine et Marne, pour le PAP et la ville de Paris les berges prennent des airs de Malouines...
BATEAUX MOINS BEAUX
Pris entre deux grands gestionnaires adversaires – le PAP et la Ville de Paris – les habitants du fleuve attendent, inquiets, la nouvelle règlementation, avec au quotidien les plaisirs de la vie à bord et les tracasseries administratives. Au-dessus des écoutilles (toit recouvrant le ventre des péniches) plane un décret de 1958 limitant à deux jours le stationnement des bateaux démunis d'autorisation, avec tout un chapelet d'amendes.
"Ici on est en règle" est fier d'annoncer M. Favelle, responsable du port de plaisance du Touring Club de France. Le T.C.F. occupe les quais rive droite de la passerelle de Solférino au pont des Invalides. Il bénéficie depuis 1933 d'une concession de l'Etat expirant en 1999.
Chaque année, 500 bateaux y font escale, en moyenne cinq jours. Des Anglais (50 %), des Français (20 %), des Scandinaves et des Américains.
"Des bateaux moins beaux qu'autrefois et des navigateurs moins argentés" regrette M. Favelle, mais toujours des célébrités : Peter Towsend, La Princesse Paola.
Le T.C.F. assure les services habituels d'un port : eau, électricité, yachting club, et des renseignements touristiques avec réservation de spectacles.
Sont aussi amarrés une soixantaine de bateaux-logements de vingt-cinq mètres. Mêmes prestations, avec en sus le téléphone,. Le règlement prévoit pour eux l'obligation de s'éloigner au moins deux mois ; mais le T.C.F. est bon enfant, l'essentiel étant d'avoir un aspect correct et un moteur en état de marche.
Un bateau, le "Papillon" du nom de l'ex-bagnard est en vente. Son propriétaire, un journaliste américain en veut 570 000 francs, prix correct, les péniches rénovées variant entre 400 et 800 000.
Salon, bibliothèque, 8 couchettes, baignoire, sanitaires, et des machines bien entretenues. Le "Papillon" a été acheté il y a dix ans en Hollande "où les chantiers sont expérimentés et les coûts plus bas". Non équipée, une péniche vaut rarement moins de 100.000 F et "son aménagement triple ou quadruple son prix d'achat". Tout se joue sur l'emplacement car une péniche sans emplacement est une tente sans terrain de camping.
En principe à Paris le PAP est d'accord pour maintenir la place du vendeur à l'acheteur, mais ces derniers mois des rejets sont intervenus. M. Favelle refuse tous les jours des demandes d'accostage, par manque de place et parce qu'elles émanent de sociétés commerciales, comme Pierre Cardin, "folles de s'installer sur la plus belle avenue de Paris ce qui nuirait à l'environnement et à notre vocation".
Au port du T.C.F., comme aux autres quais, l'inconvénient majeur et le tangage, provoqué par le passage des convois de 20.000 tonnes tractés à 20 Km/h. Le T.C.F. espère obtenir la concession du nouveau port, au bassin de 1'Arsenal : 200 places, une écluse télécommandée, espaces verts, jeux, cafétéria, et une vedette itinérante pour le ravitaillement en carburant.
Ce confort, les amateurs de bateaux-ivres s'en méfient.
Contre quai, ou à berge basse comme à Neuilly, solitaire ou en grappes, avec ou sans autorisation, ils n'ont pas choisi de vivre sur l'eau pour retrouver les mêmes contraintes qu'en HLM.
500 fans de la péniche. Peu de hippies, quelques écolos, des architectes, des artistes, des antiquaires, des retraités, un banquier. Des célibataires endurcis et des familles dont les enfants "font un bateau quand la maîtresse leur demande de dessiner leur maison".
BATEAUX ECOLOS
Ici des résidences raffinées, des coques rouillées ; là des ponts avec jardins, miroirs solaires, éolienne, poulailler : un village avec ses notables et ses gens du peuple, ses beaux quartiers et sa banlieue.
Au Pont Sully, rive gauche, Xavier Esselink, sur "l'Alma" connait bien cette population "classée marginale et aisée".
Il est leur parlementaire à la tête de l'Association de Défense de l'Habitat Fluvial (ADHF) "les municipalités sont chez elles jusqu'au quai haut et l'Etat, dans notre région relayé par le PAP, est propriétaire du bas. Mais à part Neuilly, les villes, ne sont pas d'accord.
Outre la taxe d'accostage, nous payons les impôts locaux. Pour l'eau, ceux du Quai de Conti s'arrangent avec les Sapeurs-Pompiers, d'autres utilisent des jerricans ; ici, à St Bernard, nous nous servons des bornes d'arrosage des jardins. Pour l'électricité, après des débuts à la lampe tempête, nous installons tous un groupe électrogène. Quant au téléphone, j'ai dû passer par les services des parcs et jardins, puis des monuments historiques...".
A Neuilly, les berges privatisées contredisent la loi d'Ornano protégeant la circulation des piétons au bord de l'eau. Des difficultés existent avec la mairie, le service de la navigation et les pêcheurs.
BATEAU BARBEAU
Les poissons, grâce à l'assainissement des eaux ces dernières années, sont revenus nombreux en Seine : sandres, tanches, gardons, carpes et parfois des brochets.
Les péniches ? M. Armirail, président de l'Association des Pêcheurs de Neuilly-Levallois, juge que "c'est une question d'éducation. Nous avons nettoyé les berges et les péniches s'y sont amarrées. La loi n'est pas respectée, les amendes peu dissuasives. Les propriétaires sont intolérants.
C'est le domaine public ; leurs chiens nous menacent. Toutes ces habitations flottantes freinent l'eau, les détritus s'entassent et le "Silure" n'est pas toujours disponible".
Le "Silure", du nom d'un poisson friand de déchets, est le bateau nettoyeur du PAP.
Jean Bruel, PDG de la Société des Bateaux Mouches, est lui aussi critique à son égard : "Quand on l'appelle il vient trois jours après, alors nous nous débrouillons".
Jean Bruel sait faire face à toutes les situations.
Etudiant il vivait déjà, avant la guerre, sur une péniche avec des copains.
A la libération, il sent se lever le vent du tourisme fluvial, contacte en vain les pouvoirs publics pour relancer sur la Seine le transport de passagers, activité jadis prospère et défunte avec la création du métro.
"A l'époque, on m'a ri au nez ; aujourd'hui on me consulte pour étudier un trafic sur l'eau à l'occasion de l'expo de 1989 !".
En 1949 il achète un vieux rafiot, le rafistole. L'entreprise est un succès.
En 1981 sa flotte de 7 bateaux embarquant de 400 à 1500 passagers a fait découvrir Paris à un million de touristes, dont 80 % d'étrangers. Des européens, avec en tête les Allemands, des Américains, des Japonais, des Arabes. Les restaurants "embarqués" ont servi 150.000 repas l'an dernier.
Bilan du week-end Pascal 1982 : 52.000 passagers.
150 salariés assurent chaque jour une vingtaine de départs, avec le soir des projecteurs puissants "remplaçant l'éclairage capricieux de la ville".
Sous le Pont d'Iéna, en particulier le mardi, des sonneurs de trompe, de cor de chasse, sont ainsi sous les sunlights durant leur répétition, pour la paix nocturne de leurs lointains voisins de palier.
BATEAUX RAGOTS
Malgré sa réussite Jean Bruel ne s'est pas embourgeoisé l'esprit.
En 1953, à l'occasion du lancement d'un nouveau bateau, un canular de taille fut monté par lui et ses amis, le dessinateur Gus, Escarpit, le billettiste du "Monde" et Edmond Heuze, de l'Institut.
Ce dernier, devant le Tout-Paris et les officiels, dont le représentant du Ministre de l'Education Nationale, rendit hommage à Jean Sébastien Mouche, avec buste à l'appui, "père de la navigation touristique...
collaborateur d'Haussmann... descendant de Nicolas Mouche qui lança la mode de la Mouche sous les Mousquetaires... et de Suzanne Mouche, dernière passion de Louis XV...".
La presse rapporta l'évènement. Et deux jours plus tard les joyeux lurons ne firent pas rire tout le monde quand ils rappelèrent que Mouche n'était rien d'autre qu'un lieudit sur la Saône où, en 1864, la Compagnie des bateaux à vapeur "omnibus", avait fait construire le premier bateau à hélice pour la circulation urbaine des voyageurs...
Toujours provocateur amusé, Jean Bruel s'est fait aussi des ennemis en distribuant des dépliants d'embarquement dans lesquels on lisait : "les Hollandais sont invités gratuitement... Les Arabes paient en pétrole...
L'Université est, avec l'Armée Rouge et la Général Motors, la plus grande industrie du Monde". Et certains slogans antigaullistes qui lui valent encore des regards sombres de la mairie de Paris.
Jean Bruel poursuit : "Nous sommes régis par des textes dépassés. Nous sommes surveillés par la préfecture de police, la mairie, le secrétariat d'Etat au tourisme, le port autonome dont nous sommes concessionnaires par bail.
Nos embarcations sont soumises à des tests de sécurité, parfois ubuesques quand des technocrates recherchent comment réagirait le bateau si 800 passagers s'entassaient sur 1 m2! ".
BATEAU MAILLOTS
Si 800 passagers sur un m2 de bateau mouche est une fiction, à Deligny, l'unique piscine parisienne sur la Seine, au pont de la Concorde, la réalité des jours d'été c'est 2 500 maillots pour la drague sur 300 m2 de solarium.
Cet établissement, lui aussi concessionnaire du PAP par contrat annuel, date de 1785. Ancienne école royale de natation, un de ses anciens bassins avait été construit avec les restes du bateau cénotaphe qui devait transporter les cendres de Napoléon, projet resté sans suite, la Seine ayant gelé cette année-là.
"Tous les "bains de rivière" - piscine est une appellation récente - ont disparu avec l'ouverture des piscines dans les quartiers. Mon père, successeur des Deligny, ne s'en est tiré que grâce à la mise en place, en 1937, du premier bassin étanche à eau filtrée", raconte Albert Richard, 71 ans bien portés. Deligny a connu le premier championnat de France de natation, le 6 août 1889 et c'est à Deligny qu'en 1921 la mixité fut autorisée, d'abord quelques heures, puis en permanence. Le bassin actuel de 50 m date de 1964 et, à lui seul, nécessite 300 des 1000 kg de peinture indispensable à la rénovation d'avril.
Deligny a connu des jours difficiles : un incendie en 1954 et des années déficitaires entrainant presque la faillite en 1972, par manque d'ensoleillement. Depuis la ville de Paris achète 8 500 des 100 000 entrées, subvention déguisée qui profite aux écoliers parisiens auxquels ces billets sont distribués. Malgré cette aide Albert Richard qui "ne veut pas vendre à des étrangers ou à une Société commerciale" envisage de cesser bientôt son activité. "J'ai fait des propositions à Chirac ; mes contacts sont encourageants".
Verrons-nous le maire de Paris en maillot à Deligny comme Paul Reynaud en 1938 ? A la piscine sont annexés un restaurant et une école de navigation, l'une des trois avec celles du Pont d'Iéna et de Solférino.
La saison estivale terminée une foire à la brocante dresse ses stands dans le bassin vide.
BATEAU CLODOS
Quand Deligny hiberne, la péniche de l'Armée du Salut, au Pont d'Austerlitz, ouvre ses portes jusqu'au printemps. Dans ses 92 lits les nomades du Quart Monde se réchauffent trois jours maximum. M. Schiffmann, l'officier de service, un suisse allemand plein de rudesse chaleureuse doit faire des prouesses, presque des miracles, chaque jour.
"On m'envoie des malheureux de partout : assistance publique, églises, communautés. Je garde les plus jeunes, les plus pauvres, les nouveaux.
Pour les dernières places le bateau est parfois pris d'assaut."
Sa femme le seconde ainsi que six matelots, des "récupérés qu'on essaie de sortir du fossé en leur donnant du travail à bord pour six mois, par roulement et 100 F mensuels".
Une forte odeur de savon de Marseille domine.
"Vous vous rendez compte ce que c'est pour un Suisse, la saleté, les poux, la vaisselle à l'eau froide. J'ai laissé ma personnalité à Bâle il y a 16 ans !".
L'idée de cet asile flottant revient à une amie des pauvres. Celle-ci, dans une vente de charité après la grande guerre s'exclama : "puisqu'à Paris on
ne trouve pas d'immeubles, cherchons une péniche !".
On en repéra une, vers St Denis, faite de béton et désaffectée depuis qu'elle ne ravitaillait plus la capitale, sa vocation durant la guerre.
L'acquisition, son transfert, son aménagement se réalisèrent avec le Ministre des Travaux Publics d'alors.
Les devises "Aider les corps pour aider les âmes" et "Savon, Servir, Salut" ont depuis pignon sur Seine.
BATEAUX COSTAUDS
Les corps, les sapeurs-pompiers du Quai de Conti s'en occupent 24 h sur 24.
Depuis janvier ils ont sauvé neuf désespérés. 14 sauvetages l'an passé dont une mère et son enfant en poussette tombés du quai.
"Souvent les suicidés préfèrent le Pont St Michel. Mais il y a aussi les chiens abandonnés par leurs maîtres et qui, assoiffés, se jettent à l'eau et sont pris dans le courant". Également des appels "pour n'importe quoi, un trousseau de clés, des bijoux".
Ils interviennent contre les incendies proches des rives, les bateaux mal amarrés - comme durant la forte crue de cet hiver - et des actions antipollution avec des barges et des bateaux-pompes type "Lutèce".
Des gaillards bien entraînés, plongeurs spécialisés "aux sinus et tympans en excellent état".
Excellente forme physique aussi pour les plongeurs de "Sogetram" et "Doris", deux sociétés associées dans les recherches et les travaux fluviaux et sous-marins.
De la base flottante installée en aval du pont de Bercy, ils partent sur les chantiers de la Seine et ses affluents. Ils entretiennent et réparent ponts, écluses, canalisations, prises d'eau des usines.
Un exploit cet hiver : une plongée de longue durée dans une canalisation d'égout obstruée sur une longueur de 80 m. "Une intervention d'utilité publique parmi tant d'autres" précise avec un mélange de fierté et de modestie M. Caillot, responsable de la base.
Des plongeurs appelés aussi à des missions lointaines pour implanter ou contrôler plates-formes en mer du Nord et sur les côtes africaines.
BATEAU CREDO
"Aider les âmes" pourrait être la devise de "L'Emmanuel", une communauté chrétienne logée sur le "Mont Thabor", au Pont de Neuilly.
La règle de ce groupe est que chaque membre se consacre à une heure de prière personnelle quotidienne "car en ville celle-ci passe trop facilement au second plan".
Hervé Catta, un de ses animateurs, a laissé au vestiaire sa robe de jeune avocat mondain et plein de promesses "pour montrer qu'on peut être chrétien à Paris".
Leur point d'orgue : "chez les gitans d'Argenteuil dans l'une ou l'autre des caravanes, on prie. En trois mois, 50 baptêmes" Ce mouvement rassemble 3 000 fidèles et leur revue "Il est vivant" tirée à 20 000 exemplaires.
BATEAU CANAUX
Avec ou sans prière le recueillement est de rigueur sous la voûte de deux kilomètres du canal St Martin, de la Bastille à la Rue du Temple. Chaque soupirail du Boulevard Richard Lenoir, au-dessus, est un vitrail naturel d'où la lumière joue avec l'ombre verte.
