Un Cadavre dans les œillets - Dale Mayer - E-Book

Un Cadavre dans les œillets E-Book

Mayer Dale

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Beschreibung

Du luxe à la misère… Le chaos s’apaise… Les crimes cessent… À moins que… ?

Après avoir été impliquée dans deux affaires de meurtres depuis qu’elle est revenue vivre, il y a peu, dans la ville pittoresque de Kelowna, après son divorce, la jardinière Doreen Montgomery a acquis une réputation à la hauteur de celle de sa grand-mère. Le seul moyen d’empêcher les gens de jaser, c’est de mener une vie paisible à la limite de l’ennui jusqu’à ce que les médias et les voisins finissent par l’oublier. C’est ce que compte faire Doreen en prévoyant une visite du célèbre jardin des œillets, à Kelowna. Des plantes, encore des plantes, personne n’y trouvera à redire.

Mais quand elle assiste à une dispute entre une belle jeune femme et son petit ami, elle ne peut s’empêcher d’être inquiète. Suffisamment pour suivre le couple sur le parking et dans la ville. Lorsqu’une fusillade interrompt l’après-midi placide, il est trop tard pour se demander comment son meilleur ennemi, le brigadier Mack Moreau, réagira en apprenant qu’elle est impliquée une fois de plus dans une autre de ses enquêtes.

Entre les nouveaux cadavres dans les œillets et les rebondissements dans une vieille affaire de disparition d’enfant, Doreen ne chôme pas, même si elle essaie tant bien que mal de cacher son implication à Nan, à Mack Moreau et surtout aux médias. Mais une certaine personne ne quitte pas Doreen des yeux… une personne qui ne peut pas se permettre qu’elle découvre les réponses aux questions qu’elle pose.
 

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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Sommaire

Première de Couverture

Page de Titre

Résumé du livre

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Épilogue

Une dague dans les dahlias

Note de l’auteure

À propos de l’auteure

Tous droits réservés

Résumé du livre

Du luxe à la misère… Le chaos s’apaise… Les crimes cessent… À moins que… ?

Après avoir été impliquée dans deux affaires de meurtres depuis qu’elle est revenue vivre, il y a peu, dans la ville pittoresque de Kelowna, après son divorce, la jardinière Doreen Montgomery a acquis une réputation à la hauteur de celle de sa grand-mère. Le seul moyen d’empêcher les gens de jaser, c’est de mener une vie paisible à la limite de l’ennui jusqu’à ce que les médias et les voisins finissent par l’oublier. C’est ce que compte faire Doreen en prévoyant une visite du célèbre jardin des œillets, à Kelowna. Des plantes, encore des plantes, personne n’y trouvera à redire.

Mais quand elle assiste à une dispute entre une belle jeune femme et son petit ami, elle ne peut s’empêcher d’être inquiète. Suffisamment pour suivre le couple sur le parking et dans la ville. Lorsqu’une fusillade interrompt l’après-midi placide, il est trop tard pour se demander comment son meilleur ennemi, le brigadier Mack Moreau, réagira en apprenant qu’elle est impliquée une fois de plus dans une autre de ses enquêtes.

Entre les nouveaux cadavres dans les œillets et les rebondissements dans une vieille affaire de disparition d’enfant, Doreen ne chôme pas, même si elle essaie tant bien que mal de cacher son implication à Nan, à Mack Moreau et surtout aux médias. Mais une certaine personne ne quitte pas Doreen des yeux… une personne qui ne peut pas se permettre qu’elle découvre les réponses aux questions qu’elle pose.

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Chapitre 1

À Mission, Kelowna, Colombie-Britannique.

Mercredi, un jour après… sa dernière affaire.

Doreen était assise sur le canapé, les jambes repliées. Trois jours, c’était tout ce qu’elle avait désiré. Trois jours de paix et de calme. Était-ce dans les cartes ? Elle en doutait. Autant elle voulait désespérément s’éloigner des feux des projecteurs et se réjouir de la sérénité et de la tranquillité que procurait le fait de vivre dans la maison de Nan, autant elle avait l’estomac noué par un mauvais pressentiment.

Ses animaux étaient calmes – même Goliath, endormi à l’autre bout du canapé avec Mugs –, tous ses bébés à fourrure ou à plumes comprenant de façon évidente à quel point Doreen avait besoin de ça de leur part en ce moment. Thaddeus frotta son bec contre sa joue, puis ferma les yeux, content d’être simplement assis sur son épaule.

Malheureusement, elle ne trouva ni le calme ni la tranquillité en dehors de son foyer, pas depuis son réveil – mais la matinée était à peine avancée – et pas durant ces deux derniers jours, c’était certain. Les journalistes étaient encore à sa porte, même à cette heure. Les pigistes écrivaient toujours des articles sur la façon dont Doreen avait aidé à résoudre le cas de la mort de Betty Miles, survenue des décennies avant, et Nan et ses potes continuaient d’aimer être au centre de l’attention en accordant de nombreuses interviews, prétendument en son nom. Doreen avait affirmé à Nan que tout cela lui convenait très bien, simplement contente qu’elle ait trouvé quelque chose, autre que ses activités de pari illégales, pour apporter un peu d’excitation à sa vie.

En effet, elle rayonnait.

Mais pour sa part, Doreen voulait qu’on la laisse seule. À cette pensée, son téléphone s’alluma. Elle y jeta un coup d’œil et râla. Mais elle appuya tout de même sur la touche « Décrocher ».

— Vous avez intérêt à avoir une bonne raison de me déranger, Mack.

Elle glissa plus profondément sur le canapé jusqu’à ce que sa tête repose sur l’accoudoir. Thaddeus changea de position, mais refusa d’abandonner sa place sur son épaule.

— J’étais pratiquement certain qu’à cette heure-ci, vous seriez pleine de vie et au taquet, dit-il.

Elle pouvait déceler l’inquiétude dans sa voix et ne put que sourire.

— Je le suis, et en même temps, non. Avez-vous la moindre idée de la longueur de la file de journalistes devant ma porte ? Je sais que c’est une petite ville, mais il semblerait que les nouvelles se soient déversées à travers tout le pays.

— Vous êtes une célébrité, lança-t-il en riant. Mais non, ce n’est pas une position facile, ajouta-t-il d’une voix adoucie.

— Je n’ai tué personne, s’exclama-t-elle, se redressant sur son séant pour jeter un coup d’œil entre les rideaux. Pourquoi est-ce qu’ils me tourmentent ?

Thaddeus poussa un cri, lui jeta un regard écoeuré puisqu’elle le dérangeait durant sa sieste sur son épaule, sauta sur le dos du canapé, puis vagabonda quelques pas et entreprit de fermer de nouveau les yeux.

— C’est comme si tout le monde pensait que j’étais celle qui avait mal agi, dit-elle en tendant le bras pour caresser Mugs puis passer ses doigts sur le dos de Goliath.

— Vous vous souvenez de la fois dernière ? demanda-t-il. Ça finira par se calmer, là aussi.

— Bien sûr, mais chaque fois que je découvre un nouveau corps, s’exaspéra-t-elle, ils me regardent comme si j’avais quelque chose à voir dans l’histoire.

— Pas que vous ayez quoi que ce soit à voir dans ce qui engendre des cadavres, corrigea-t-il, son humour léger glissant sur sa voix, mais que votre arrivée ait précipité tout ça. Ou peut-être avez-vous une sorte d’habilité psychique. Ce n’est pas le cas, si ? demanda-t-il, une note curieuse dans la voix, ce qui la fit glousser.

— Je crois que, depuis le temps, vous comme moi le saurions si ça l’était.

— Eh bien, vous avez besoin de quelque chose pour vous remonter le moral.

— Qu’avez-vous pour moi ?

Elle se leva et s’approcha pour regarder à travers la fenêtre ronde de la porte d’entrée. Instantanément, les flashs des appareils photo se déclenchèrent. Elle recula et se dirigea vers la cuisine.

— Avez-vous un puzzle sympa sur lequel me faire plancher ?

— Vous voulez dire une nouvelle affaire ?

— Ça me sortirait de ce bazar. (Son ton devint rusé.) Vous savez comme j’aime un bon puzzle.

— Vous pourriez vous mettre aux vrais puzzles, s’exclama-t-il. C’est un passe-temps bien plus sûr.

— Les puzzles meurtriers sont plus amusants, gloussa-t-elle, sachant qu’il détesterait sa réponse.

— Et bien plus dangereux, répondit-il sèchement. Vous auriez pu être tuée la dernière fois.

Elle haussa les épaules.

— Vous vivez, vous mourez. Au moins, j’aurai fait quelque chose que je souhaitais.

— Résoudre des affaires classées ?

Elle eut un rictus en décelant l’hésitation dans sa voix.

— Vous en avez une autre sous le coude, pas vrai ?

Silence.

Pour la première fois depuis qu’elle s’était réveillée avant l’aube aujourd’hui, son ennui et la sensation d’un nuage noir suspendu au-dessus d’elle s’étaient presque envolés.

— Ce n’est pas ma faute si cette ville est un repaire d’iniquité, déclara-t-elle. Pensez simplement à toute la méchanceté cachée ici depuis si longtemps. (Elle pouvait ressentir ce même sentiment d’excitation déferler en elle quand elle plongeait dans l’une des affaires sans suite de Mack.) Allez-vous me parler des détails ?

— Non, lâcha-t-il, sans une hésitation dans la voix cette fois.

— Et pourquoi pas ?

Elle attendit. S’il voulait jouer la carte de l’attentisme, ce n’était pas un problème. Elle pouvait en user aussi.

— Ce n’est pas vraiment une priorité, finit-il par préciser.

— Peut-être pas pour vous, reprit-elle. Les affaires classées sont une priorité pour les familles.

— Je n’ai pas dit qu’il était question d’un homicide.

— Ça pourrait même être mieux, rebondit-elle. Au moins je n’aurais pas à trébucher une nouvelle fois sur des cadavres, enfin pas tout de suite.

— Cela me conviendrait parfaitement si vous ne trébuchiez pas davantage, à chaque fois, argua-t-il.

— Ça me va, enchérit-elle. Je suis d’accord pour ne plus jamais trouver de dépouilles.

— De plus, ce n’est pas une affaire classée dont je voulais vous parler. J’y penserai la prochaine fois.

— Mince. (Elle poussa un lourd soupir.) C’est à quel propos alors ?

— Je discutais avec le conseil municipal. Ils souhaitent refaire le grand panneau avec le jardin, quand on entre à la frontière de la ville. Vous savez, le « Bienvenue à Kelowna » entouré de parterres de fleurs.

— Oui, majoritairement des bégonias je crois, confirma-t-elle. Au moins l’un des cercles autour du panneau est composé de bégonias.

— Beurk, lança-t-il. Je serais content de ne plus en voir avant un moment.

Elle acquiesça.

— Ils sont sympas à entretenir et ils ne poussent pas trop sauvagement en extérieur, alors ils n’ont pas besoin d’une tonne d’entretien. Ils sont idéaux pour les grands jardins et constituent de chouettes décorations pour les bordures ou les caveaux.

Au mot « caveau », elle grimaça.

Il rit.

— Je constate que vous avoir dans les parages est un rappel constant pour les choses mortes et tout ce qui y est associé.

— Peut-être. Et à propos du conseil municipal. Vous leur parliez de quoi ? (Son esprit eut un sursaut d’intérêt pour son compte en banque constamment en baisse et elle se sentit profondément inquiète à ce sujet.) J’espère que c’est important. Et si ça implique de l’argent à mon intention, la réponse est oui.

— Vous ne savez même pas ce que ça pourrait induire, s’amusa-t-il.

— Ça n’a pas d’importance, répondit-elle. Je suis presque à court de l’argent trouvé dans les poches des vêtements que Nan ne porte plus, que je trie avant de les donner ou de tenter de les revendre. Ce qui signifie que je vais piocher dans les petites économies que je possède.

— Et les travaux de jardinage que vous avez réalisés chez ma mère ? Ce serait un emploi régulier, si vous êtes d’accord.

— Je suis absolument d’accord, annonça-t-elle. Ce que vous me paierez mettra de la nourriture sur ma table.

— En parlant de nourriture, rebondit-il, avez-vous allumé la nouvelle cuisinière ?

Elle pivota et sortit de la cuisine.

— Quelle cuisinière ?

Il soupira.

— Celle que vous avez payée cent dollars et que nous avons branchée. Beaucoup de personnes se sont donné du mal pour s’assurer que vous ayez un appareil pour faire à manger en toute sécurité.

— C’est ça le truc, ironisa-t-elle. « Faire à manger ».

— Je vais vous dire… Et si ce dimanche, j’amenais les ingrédients pour un truc simple au petit-déjeuner ou au déjeuner, et que je vous montrais comment le préparer ?

— Simple, ce serait genre des œufs, imagina-t-elle, et je doute fortement que vous désiriez ça pour déjeuner, je me trompe ?

— Pas un problème pour moi. J’aime les œufs à toute heure, indiqua-t-il. Vous ne savez pas les cuire ?

Elle éloigna le téléphone de son oreille afin de pouvoir observer l’écran noir.

— D’accord, d’accord, d’accord, protesta-t-il. Ne me regardez pas comme ça.

— Comment saviez-vous que je vous regardais ? s’étonna-t-elle.

— Je pouvais l’entendre dans le silence pesant au bout du fil, justifia-t-il sans rire. Et les œufs, c’est facile. Si on faisait une omelette ? C’est un peu plus consistant que de simples œufs.

L’esprit de Doreen se remémore les omelettes onctueuses et légères que son chef lui concoctait.

— Avec des épinards, du caviar et du gruyère ?

Mack répondit de nouveau avec son mutisme gênant.

— Oh, d’accord ! Alors, que contient votre omelette normalement ? s’intéressa-t-elle.

— Eh bien, les épinards sont un ingrédient potentiel, dit-il, mais sinon, tout ce que j’ai sous la main. Comme du bacon, du jambon, un reste de viande. Vous pouvez y mettre des légumes si vous le voulez. (Son ton suggérait qu’il ne voyait vraiment pas le problème.) La viande et les œufs font un combo parfait… en plus du fromage.

— Je vois. Les omelettes au jambon et au fromage sont bonnes également, déclara-t-elle. On peut ajouter des champignons ?

— Bien sûr, approuva-t-il. On peut faire revenir quelques champignons. Alors, vous êtes partante pour un cours de cuisine ?

— Oui, prononça-t-elle lentement.

Mais elle devait lui demander quelque chose, et c’était un peu embarrassant.

— Parlez franchement, intima-t-il avec un interminable soupir, un tic qui n’appartenait qu’à lui.

Comme s’il savait qu’elle faisait tout un plat de ce rien, mais qu’elle avait besoin de l’exprimer.

— Je devrai vous payer pour ça ? s’inquiéta-t-elle tout de go.

Il rit.

— Non, vous n’allez pas me payer pour un cours de cuisine. Pas avec de l’argent, pas en faisant du jardinage, pas en faisant du troc ni d’une autre façon.

Elle esquissa un grand sourire.

— Dans ce cas, j’ai hâte de suivre ma leçon de cuisine numéro un. Les omelettes.

— J’apporterai les ingrédients. Vous mettrez à l’écrit tout ce que je ferai, d’accord ?

— D’accord !

— Et mardi, vous reproduirez le menu, toute seule, ajouta-t-il. Vous prendrez une photo et m’enverrez le résultat final ; je pourrai voir comment vous vous en êtes sortie.

Elle gloussa.

— Probablement mieux si vous revenez et me regardez faire pour la seconde fois, et ensuite vous pourrez goûter le résultat.

— Vendu, valida-t-il.

Elle fronça les sourcils, suspicieuse, se demandant s’il n’avait pas prévu ça en premier lieu.

— Alors vous devrez amener les ingrédients pour deux repas, rebondit-elle rapidement.

Il hurla de rire.

— Vous voulez que je vous dise ? Vous ne savez peut-être pas cuisiner, mais vous avez une sacrée aptitude à négocier.

Et sur ce, il raccrocha.

Elle se sourit à elle-même, jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’il ne lui avait pas tout expliqué au sujet du panneau de bienvenue de la ville, ou de celui de l’affaire classée. Elle le rappela, mais il ne décrocha pas. Alors elle lui envoya un SMS. Et à propos de la ville ?

Il lui envoya une carte et un document en réponse. Ils cherchent des suggestions quant à ce qui peut être mis dans ces deux parterres.

Elle marcha jusqu’à son ordinateur, l’alluma, puis y transféra l’image et le PDF depuis son téléphone. Il y avait un panneau « Bienvenue à Kelowna ». Elle pouvait voir les plantations arrivées à maturité tout autour. Et les parterres indiqués se trouvaient de chaque côté de l’écriteau. Des suggestions pour quoi ?

Les types de fleurs, pourquoi ces fleurs, l’argent, l’estimation du coût.

Je n’ai aucune idée du coût, tapa-t-elle. Et même si je leur suggérais ce que je ferais, quel rapport avec tout le reste ?

Ils souhaitent organiser des enchères. L’enchère gagnante décroche le boulot et l’argent.

Elle se requinqua lorsqu’elle lut ça. Ensuite, elle ouvrit le PDF et parcourut le document d’une page. D’accord, mais ça dit d’envoyer les propositions avant minuit, demain soir.

Oui, répondit-il. C’est pour ça que je vous ai appelée si tôt ce matin. Alors, au boulot.

Chapitre 2

Se mettre au boulot était compliqué. Doreen se trouvait dans la troisième serre du coin, se renseignant sur les prix des plantes vivaces, Mugs marchant sagement à ses côtés. Elle avait toutes sortes d’idées, allant des aeschynanthus aux œillets. Elle se disait que les œillets seraient splendides. Mais pour obtenir la couleur qu’elle souhaitait au prix de gros, ça allait coincer.

Jusqu’à présent, aucune des personnes à qui elle avait parlé n’avait été intéressée par une vente en gros. Elle savait que quelque part dans la région d’Okanagan, elle pouvait conclure ce genre de deal, mais elle n’avait pas très bien réussi à localiser l’endroit. Elle se demandait si elle pourrait placer une enchère afin d’effectuer le travail et faire payer à la ville le coût des fleurs. Certainement que les jardiniers de la municipalité avaient accès à des plantes qu’elle ne connaissait même pas et cela au prix de gros.

Cela avait du sens pour elle, mais elle ignorait si c’était la procédure classique ou, dans le cas contraire, si la municipalité accepterait. Cependant, elle pouvait tenter. Mais, pour le moment, elle était à court d’idées quant à ce qu’elle pouvait composer et où. Elle adorait l’idée des roses, mais cela exigeait du boulot. Pour ce qui était des œillets – mais pas ceux à longues tiges cependant –, elle pouvait les disposer en plusieurs couches. Des grands au centre, puis des plus petits au fur et à mesure qu’ils approchaient du bord. Ça pourrait vraiment avoir l’air chouette.

Ces idées bourdonnant dans sa tête, elle flâna dans la serre, prenant quelques notes. Quand quelqu’un l’appela par son prénom, elle se retourna sans réfléchir et le flash d’un appareil photo s’enclencha devant son visage. Elle grogna.

— Arrêtez de faire ça !

— Vous êtes une célébrité dans cette ville.

L’homme se retourna et s’éloigna en gloussant.

Elle soupira et se glissa par la portière de son véhicule, Mugs à ses côtés. Elle resta là, assise dans sa voiture, un moment.

D’une manière ou d’une autre, elle n’avait pas associé le fait de sortir de la maison avec celui d’effectuer son premier pas devant les yeux du public, après les dernières nouvelles tombées sur Betty Miles. Doreen avait été tellement concentrée sur l’envie de s’enfuir de chez elle qu’elle avait oublié ce à quoi elle échappait. Mais sa sortie avait mieux fonctionné qu’elle l’aurait cru. Elle avait forcé la foule de journalistes à se disperser pour la laisser s’en aller, et elle ne reviendrait pas tant qu’elle ne serait pas complètement satisfaite et prête.

Puisqu’elle était assise dans sa voiture, elle regarda un vieux couple se quereller pas loin, debout à côté d’un autre véhicule garé. Ils avaient l’air si à l’aise, comme si ces calmes complaintes avaient été émises des tas de fois auparavant. Lorsqu’ils entrèrent enfin dans leur automobile et s’éloignèrent, elle voulut rire et pleurer.

Un gros engin la fit se tourner pour regarder et voir une jeune femme arriver dans une Mini Cooper rouge fantaisiste. D’ailleurs, que pouvait-il bien y avoir de mini dans le nouveau modèle, elle n’arrivait pas à savoir ? Elle paraissait plus imposante que sa Honda. Elle observa la femme sortir, parfaitement coiffée de la racine aux pointes. Doreen reconnut tout le travail effectué dans ce look, même si elle n’avait absolument plus aucun intérêt à ressembler à ça.

Elle étudia ses ongles coupés ras. Ils étaient propres, mais ses doigts montraient les ravages du jardinage, sans plus de manucure chaque semaine ou de bains spéciaux pour ongles, histoire de garder ses mains parfaites. Juste un boulot sain en plein air dans la gloire de mère Nature. Pourtant, Doreen avait besoin de trouver une bonne crème hydratante. Alors qu’elle jetait un nouveau coup d’œil à la jardinerie, elle se demanda s’ils vendaient de la crème pour les mains sollicitées, comme celles des jardiniers professionnels. Elle avait dépassé le seuil de la simple lotion fantaisiste désormais. Mais les paysagistes de son ancien foyer disposaient de petits pots verts qu’ils utilisaient tous les jours. Une pharmacie serait la meilleure option et la moins chère.

Puis elle pensa à faire un autre arrêt, mais décida qu’elle allait tout de même vérifier ici. Elle bondit hors de la voiture, saisit la laisse de Mugs et fila tout droit vers le coin le plus éloigné contenant le mur d’étagères pour tout ce qui était associé au jardinage. Bien sûr, les crèmes pour les mains étaient sur un étalage en forme de triangle.

Alors qu’elle étudiait les différents choix, elle pouvait entendre quelqu’un parler dans le fond.

Un homme exhorta d’un ton désagréable :

— Après ce que tu as fait, tu feras maintenant ce que je te demanderai.

Doreen se raidit. Mugs se décala près de ses talons, tirant sur sa laisse pour renifler les fleurs dans l’allée d’à côté. Elle regarda avec précaution vers sa gauche, mais ne remarqua personne. Elle observa vers sa droite, près du stand de crèmes pour les mains, et aperçut deux personnes près d’un autre coin. L’homme était grand – un mètre quatre-vingts, peut-être deux –, baissant les yeux vers la divine blonde que Doreen avait vue sortir de sa voiture un peu plus tôt. Mais, au lieu d’être intimidée, la blonde lui en mettait plein la figure, et, d’une voix dure, lui dit :

— Eh bien, avec ou sans moi pour te soutenir dans ta décision, tu finiras planté dans les pâquerettes. Pas moi.

Énervée, la blonde se retourna et s’éloigna à grands pas.

Doreen essaya de ne pas se trouver sur son chemin, mais la blonde percuta son épaule délibérément. L’air fut expulsé de la poitrine de Doreen dans un humpf ! Mugs aboya bruyamment, se rapprochant de la blonde.

Celle-ci se retourna, dévisagea Doreen et lança sans ménagement :

— Mêle-toi de tes foutues affaires. Et tiens ce clébard rondouillard loin de moi.

— Je n’ai pas prononcé un mot ! se défendit Doreen. (Puis, incapable de s’en empêcher, elle ajouta sèchement :) Et il n’est pas rondouillard !

Au même moment, l’homme s’approcha, et, surplombant Doreen, enchérit en ricanant :

— Si, il est gros. Et tu ne diras pas un mot, n’est-ce pas ?

Elle leva les yeux vers lui.

— Vous pouvez aller assassiner et mettre en terre tous les gens que vous voulez. Mais laissez-moi en dehors de ça. Et arrêtez d’insulter mon chien.

Il s’esclaffa.

— Ouah ! T’en as de l’imagination, hein ?

Mais elle pouvait lire l’inquiétude dans ses yeux. Il s’en alla, mais pas avant qu’elle ne se saisisse de son téléphone pour prendre une photo de son profil tandis qu’il tournait dans un angle. C’était probablement un cliché naze, mais peut-être que quelqu’un pourrait trouver qui il était, au besoin.

Avec sa crème dans la main, elle se dirigea vers la longue file du comptoir principal. Elle observa la blonde devant elle franchir la ligne, comme si elle ne voulait pas s’embêter à attendre et, d’une démarche pressée, aller vers les portes d’entrée.

Doreen posa l’article sur le comptoir, se précipita dehors et, avec son téléphone, immortalisa le visage de la femme. Comme elle marchait vers sa voiture, Doreen fit de même avec la Mini. Elle devenait sacrément douée pour se servir de son mobile à hauteur de hanche afin de prendre des photos en douce. Elle était quasi sûre que Mack ne serait pas ravi de la voir faire. Ni les gens qu’elle avait shootés. Mais il semblerait que tout le monde balançait ses appareils photo devant elle. Alors, quoi ?

Elle se demanda s’il était prudent de suivre cette femme. Mais c’était un acte idiot. Elle avait été témoin d’une querelle entre deux personnes qui avaient proféré de vaines menaces. Rien à voir avec elle. Et pas vraiment une situation où la vie était menacée. Elle devrait juste s’occuper de ses propres affaires…

Jusqu’à ce qu’elle distingue la grande brute sauter dans un énorme fourgon noir et s’éloigner brutalement derrière la Mini.

Doreen mâchouilla sa lèvre inférieure, indécise, n’appréciant pas le grondement menaçant du moteur du van. Ces monstrueux véhicules paraissaient toujours être conduits par des connards.

Ce terme la fit sourire. Elle n’était pas très à l’aise à l’idée de jurer, mais les mots s’échappaient de plus en plus. Et malheureusement, Thaddeus entendait – et répétait ! – la plupart d’entre eux. Elle souhaitait avoir usage de formules qu’elle prononcerait plus aisément et qui voudraient dire la même chose, sans baisser le niveau. Internet était empli de jurons alternatifs, mais elle ne voulait rien qui ne soit déjà utilisé par les autres. Bien sûr, connard était un terme populaire. Cependant, elle l’aimait bien.

Elle sauta dans sa voiture et démarra, suivant le fourgon et la Mini Cooper. Elle ne savait pas bien pourquoi. S’ennuyait-elle à ce point ? Cela faisait trois jours qu’elle avait résolu l’affaire de cette pauvre Betty Miles, qui avait été démembrée trente ans plus tôt par sa meilleure amie, Hannah Theroux. Trois jours, c’était tout. Qu’était-elle, une espèce d’accro aux cadavres ?

Cependant, la dispute entre les deux personnes avait eu tout l’air d’une vraie menace, maintenant qu’elle y réfléchissait, prenant en considération un homme exigeant qui suivait une femme. Pas que celle-ci parut menacée par les mots de ce type. Elle avait donné tout ce qu’elle avait pu.

Pendant qu’elle les prenait tous deux en filature, Doreen se rendit compte qu’elle empruntait la direction du panneau de bienvenue de Kelowna. Elle fut revigorée d’avoir une excuse valable à fournir à Mack d’aller dans cette direction. Elle désirait vraiment jeter un œil aux deux parterres que la ville souhaitait renouveler. Doreen aurait dû envisager ça en premier lieu, car, sans connaître la taille de chacun, elle n’aurait aucune idée du budget à y consacrer ni du nombre de plantes nécessaires.

Cela prit cinq minutes de plus pour atteindre cette zone. Les deux véhicules continuèrent devant elle. Elle fronça les sourcils lorsqu’ils empruntèrent un embranchement puis un virage en dépassant le panneau. Elle s’arrêta à un petit centre commercial tout près, ainsi elle pourrait se garer et marcher jusqu’à l’écriteau le reste du chemin en remontant la route.

En sortant, elle étudia la direction dans laquelle les autres véhicules s’étaient engagés. Ça ressemblait à une impasse. Peut-être que, lorsqu’elle en aurait fini ici, elle jetterait un œil là-bas. En attendant, elle se munit de son bloc-notes et, Mugs à ses côtés, s’approcha tranquillement pour regarder le grand jardin avec le panneau « Bienvenue à Kelowna » en plein milieu.

Elle prit plusieurs photos des deux petits parterres pour lesquels la ville cherchait d’autres options. En forme de cœur, ils étaient jolis et pouvaient donner quelque chose de vraiment unique. Sa créativité artistique la démangeait, elle avait presque trop de choix à envisager. Tandis qu’elle écrivait davantage de notes, elle vérifia la sécheresse de la terre, le type de paillis utilisé et vit comment les jardiniers de la municipalité avaient utilisé un outil coupant pour créer un fossé peu profond au bord du jardin afin d’éviter à la pelouse de déborder. Ce qui était astucieux, car la maintenance d’un espace public qu’exigeait une ville de cette taille était importante et chère. Bien que la mairie employât sûrement une armée de jardiniers, il y avait toujours trop à faire et pas assez d’heures-homme pour s’en charger.

Mugs se coucha sur l’herbe, heureux d’être en excursion. Il se roula et renifla le long du terrain, en s’amusant. Elle rit.

— J’aurais dû amener les autres avec nous. Ils auraient adoré être ici.

Bien sûr, le chat et l’oiseau étaient plus difficiles à contrôler. Elle reporta son attention sur les jardins. Son esprit bourdonnait avec plusieurs possibilités de plantes. Elle se demanda s’ils pouvaient garder les arbres à caoutchouc ici, car ils constituaient d’énormes ornements qui pourraient être au centre de chacun de ces parterres en forme de cœur. Pas seulement un arbre, mais peut-être quatre ou cinq. Elle avait vu des tas de gros pots de fleurs sur les trottoirs de la ville et dans les centres commerciaux qui étaient soumis à la même technique. Cela lierait ensemble les paysages du centre-ville avec les designs des abords de la localité.

— Allez, Mugs, on y va.

Après avoir laissé entrer le chien dans la voiture, elle retourna à son siège. Plutôt que de retourner à la maison, elle se rendit là où les deux véhicules étaient partis. Juste un petit crochet pour s’assurer que tout se passait bien. Elle se dirigea vers le coin de la rue pour y trouver le fourgon garé quelques maisons plus bas sur la gauche. Avec son téléphone, elle le prit en photo, obtenant ainsi la plaque d’immatriculation. Le van ne semblait pas être à sa place en comparaison avec la maison en mauvais état devant laquelle il était, qui, dans son esprit, ressemblait à un repaire de drogués. L’un de ces squats typiques qu’on voyait dans les grandes villes et que tout le monde évitait. Ils étaient généralement plutôt faciles à éviter, car ils étaient souvent regroupés avec d’autres pavillons du genre, dans un quartier particulier. Néanmoins, les habitations de chaque côté paraissaient plus chics. Cette maison particulièrement délabrée était un endroit dans lequel elle ne s’attendait pas à ce que la femme blonde se rende.

Doreen demeurait dans le quartier de Rutland de Kelowna et Nan vivait à Mission. Rutland était un coin plus pauvre, en aucun cas populaire, et la ville mettait certainement beaucoup en œuvre pour le redynamiser. Il représentait l’immobilier le moins cher de la ville également. Super pour attirer les promoteurs.

Comme elle passait lentement en voiture près du fourgon, elle put voir la Mini Cooper au rouge brillant stationnée à côté. Cela paraissait vraiment incongru, avec la maison en ruines. Peut-être que ces deux-là étaient des promoteurs ? Peut-être qu’ils ont acheté la maison et prévu de la reconstruire ? Elle haussa les épaules, se demandant quelle était leur magouille, mais se disant que ce n’était pas ses oignons.

Elle continua sa route jusqu’à un cul-de-sac au bout de la rue. Elle fit le tour du cercle et repassa lentement devant le pavillon. Elle n’avait absolument aucune excuse pour ce qu’elle allait réaliser ensuite, rien que Mack ne pourrait considérer comme valable. Mais elle n’y réfléchit pas à deux fois.

Elle s’arrêta près d’une maison voisine et se gara. Prétextant emmener Mugs pour une promenade, elle monta sur le trottoir et s’éloigna de la maison, traversa la route et se balada sur le trottoir opposé de la maison en question. Elle se montrait trop curieuse et elle le savait. Mais elle et son chien faisaient juste une balade innocente. Ce n’était pas comme si elle se trouvait sur une propriété privée avec une pancarte « Défense d’entrer ».

Il n’y avait pas de mal.

Pang ! Pang !

Elle stoppa, se demandant où regarder et si elle avait pu confondre ce bruit avec un autre, mais elle l’entendit de nouveau. Pang ! Pang ! Suivi d’un pleur.

Tout provenait de la maison.

— Mugs, on y va.

Elle se précipita jusqu’à sa voiture, sauta dedans et retourna à la jardinerie, où elle appela Mack, à l’abri sur le parking.

— Quoi ?

— Je crois que j’ai entendu des coups de feu, dit-elle sans préambule.

— C’est quoi ce bordel ? Où ça ?

Elle grimaça en lui parlant de la querelle du couple et du fait qu’elle les avait pris en photo ainsi que leurs véhicules, puis les avait suivis.

— Vous avez fait quoi ? rugit-il.

— D’accord, d’accord. Je sais que je n’aurais pas dû les espionner, reconnut-elle. Mais ça ne change rien au fait que je pense avoir perçu des détonations.

— Il est aussi possible que vous ayez entendu autre chose que des coups de feu, insinua-t-il. Comme les pétarades d’une voiture.

— Oui, peut-être, admit-elle. Peut-être, peut-être, peut-être. Mais peut-être pas.

Il se mit à râler.

— Très bien. Quelle est l’adresse ?

— Je ne connais pas le numéro de la maison. Mais elle est à Hawthorne Street, la troisième à partir de l’angle, sur la gauche si vous venez du panneau de Kelowna.

— Oh ! Que faisiez-vous là-bas ?

— Je devais voir de quelle taille étaient les parterres. Comment aurais-je pu émettre une offre décente sinon ?

Elle espérait qu’il croie qu’il s’agissait là de la raison principale de sa venue ici en premier lieu.

— Je jetterai un œil, annonça-t-il. Mais vous, rentrez chez vous. Vous ferez ça ?

— Oui.

— Avez-vous amené l’un de vos animaux ?

— Juste Mugs.

Elle se pencha pour caresser la tête du basset. Mugs laissa échapper un ouaf ! adéquat.

— Au moins, vous l’avez, même si je ne pense pas qu’il serait d’une grande protection en cas d’attaque.

— Comme vous le savez parfaitement, il assure grandement ma défense, quand il le faut, répondit-elle sèchement.

— Peut-être. Mais peut-être pas. Pour moi, vous êtes tous les deux une parodie de terreur.

— OK, c’est possible, dit-elle sur un ton de défi, légèrement vexée. Mais ça marche. Nous sommes une famille.

Et là-dessus, elle raccrocha. Elle se pencha et fit à Mugs un énorme câlin.

— Rentrons à la maison. Retrouvons le reste de la famille.

Y avait-il un plus beau mot au monde ? Non. Et elle ne pouvait imaginer un meilleur endroit où elle voudrait être à cet instant.

Chapitre 3

Les journalistes étaient toujours en train de se prélasser dans son allée. Ils étaient tous au garde-à-vous et prenaient des photos, leurs flashs illuminant le jardin devant sa maison tandis qu’elle arrivait en voiture. Un couple était déterminé à camper sur ses positions, mais elle continua de conduire droit devant, avec assurance. Ils bougeraient de son chemin à temps ou seraient renversés. Elle n’était pas vraiment d’humeur à discuter avec eux.

Tandis qu’elle manœuvrait dans son allée, elle se plaça devant le garage et se gara. Trop dommage qu’elle n’ait pas eu l’occasion de le vider afin de le rendre utilisable. Cela lui aurait donné une chance de fuir les regards indiscrets. Alors que Doreen avait effectué le tri dans les affaires de Nan dans la maison, pour ce qui était du garage, c’était une tout autre histoire.

Avec Mugs dans son sillage, elle marcha vers la porte de devant. Elle aurait dû acheter de quoi manger pendant qu’elle était de sortie. Elle était presque à court de crackers, de fromage, de beurre de cacahuètes, et de tout ce qui était préemballé. Depuis que Mack lui avait indiqué que les nouilles chinoises étaient supposées être cuisinées, elle avait entrepris de les mettre au micro-ondes avec de l’eau. Une source constante de nutrition pauvre. Elle ne pouvait qu’en rire.

Du perron de devant, elle pouvait voir Thaddeus, ce grand idiot, observer par la fenêtre. Elle avait fermé les rideaux avant de partir à cause des journalistes. En réalité, ils étaient clos depuis plusieurs jours maintenant. Mais le perroquet avait faufilé sa tête entre les voilages afin de pouvoir regarder dehors.

Comme il avait reculé sa tête des rideaux, elle ne pouvait plus le distinguer. Elle savait qu’il était perché sur les coussins du sofa, attendant qu’elle rentre. Elle pouvait l’entendre de l’extérieur, braillant « Elle est rentrée, elle est rentrée. » Doreen ouvrit la porte et s’écria :

— Oui, Thaddeus, je suis rentrée.

Mugs émit un ouaf ! en entrant, puis sauta sur le canapé – presque sur le chat – comme pour reprocher à Goliath, le monstre félin vautré sur le coussin du milieu, d’être là. Le feulement et le coup de griffes de Goliath furent suivis par un dernier aboiement, puis le matou prit la fuite. Alors, le chien se coucha sur le canapé, le regard désintéressé, et ferma les yeux.

Doreen se plaignit, ferma la porte d’entrée en secouant la tête et pénétra dans la cuisine pour mettre en route la bouilloire. Elle laissa tomber son bloc-notes sur le comptoir et dit à haute voix, espérant que les oreilles de Mack allaient siffler :

— De rien, Mack ! Quelqu’un est peut-être mort. Mais tout va bien. Ne vous inquiétez pas pour moi ni pour eux !

Elle était injuste, évidemment, car Mack s’était soucié de sa sécurité quand elle avait suivi le couple. Peut-être qu’ils avaient eu une querelle d’amoureux, mais, malgré la nature de leur discussion, ce n’était pas le problème de Doreen. Le fait était qu’elle s’ennuyait. Ils avaient attiré son regard et elle n’avait pu se résoudre à les laisser partir.

Sur cette pensée, elle s’assit devant son ordinateur portable et continua ses recherches, en quête de photos de grands parterres d’œillets à Kelowna. Elle ne voulait pas commettre d’erreur et choisir les mauvaises plantes. Bien qu’elle adore les œillets, de quoi avaient-ils l’air quand ils étaient en masse ? Google Images proposa plusieurs photos sympas de jardins locaux. En se disant qu’elle pourrait aller y faire un tour et les regarder de plus près, elle se prépara une tasse de thé et en versa dans son thermos.

De plus, elle était agitée, et que Mack lui ait demandé de rentrer chez elle ne lui convenait pas. Techniquement, elle était retournée à son domicile. Elle prévoyait juste de partir, une fois de plus. Si elle pouvait entreprendre quelque chose de constructif, alors elle devait le faire. Non ?

Elle remit la laisse à Mugs et fit entrer Thaddeus et Goliath dans la voiture également. Cette excursion serait une sortie en famille. Thaddeus monta sur le siège passager à l’arrière, Mugs de l’autre côté et Goliath à la place du mort, car… Eh bien, parce qu’il ne laisserait jamais quelqu’un d’autre s’asseoir là. La vie était aussi simple que ça pour Goliath. Mais le truc, c’était que quand vous étiez un Maine Coon de quinze kilos avec des griffes et des dents, la vie était relativement simple.

Doreen fit lentement marche arrière dans l’allée, frôlant une fois de plus les journalistes, ignorant les flashs de leurs appareils photo qui explosaient devant son visage. Elle se demanda si elle devait parler aux médias qui campaient dans son jardin de devant des coups de feu entendus plus tôt. Ils remballeraient tout et se dirigeraient vers la nouvelle scène de crime, non ? Mais c’était plutôt injuste pour la police. Ils pourraient perturber leur investigation initiale. Une fois débarrassée d’eux, elle reprit la route en direction de la ville.

Elle conduisit jusqu’au premier des trois sites d’œillets qu’elle souhaitait voir par elle-même, commençant par le plus éloigné. Une fois là-bas, elle laissa les animaux sortir et marcher avec elle. C’était un énorme jardin public situé à côté de l’entrée de l’un des nombreux vignobles, propriété privée de la famille Pollock. Le parterre était absolument magnifique. Elle pouvait voir, de là où elle se tenait, comment les grands œillets s’affaissaient quelque peu sur les côtés, probablement à cause du dernier déluge qu’ils avaient eu ici, genre le mois dernier. Kelowna ne connaissait pas beaucoup d’épisodes pluvieux, mais quand il y en avait une, elle tombait parfois à verse et venait écraser les fleurs.

Tandis qu’elle les étudiait, elle comprit qu’elles allaient s’en remettre, mais ne seraient plus jamais bien droites. Du coup, cette variété ne constituait probablement pas le meilleur des choix.

Maintenant, pour ce qui était de l’œillet commun, c’était une tout autre histoire. Radieux, coloré, gai, presque toujours en fleur, particulièrement lorsque la plante est mature. Ce pourrait être une meilleure option. Cependant, Doreen avait encore deux autres jardins à aller visiter.

Le suivant était bien plus petit. Les œillets étaient plantés en cercle et entourés de ce qui semblait être de la bruyère. Un choix intéressant puisque celle-ci se révélerait avec ses fleurs violettes au printemps. Elle avait toujours aimé la bruyère. C’était difficile d’être objective avec une plante qui criait de joie que la nouvelle année était arrivée, que le printemps avait finalement éclos, et qui intimait en gros à tout le monde de bouger son popotin et de sortir de sa maison, car c’était un nouveau monde, là dehors. Elle sourit à sa propre excentricité et s’occupa à prendre des photos.