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Après un divorce difficile, Léonie à retrouver une sérénité entre son métier de professeur des écoles et ses enfants. La rencontre avec Paul, un pompier va pourtant bouleverser sa vie. Un choix difficile va s'imposer à elle de gré ou de force.
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Seitenzahl: 464
Veröffentlichungsjahr: 2021
Léonie était debout, dans cette salle de classe, prête à accueillir ses élèves de CP. C’était sa première rentrée depuis une quinzaine d’années. Elle avait attendu ce moment depuis longtemps et aujourd’hui, c’est avec la boule au ventre qu’elle attendait ses petits élèves. Une chance pour elle d’avoir eu ce poste, après son divorce, une nouvelle vie s’ouvrait à elle. Elle allait enfin pouvoir exercer son métier de professeur des écoles, eh oui, le terme avait évolué de maîtresse, ou institutrice, en professeur des écoles. Le métier pour lequel elle avait fait des études et surtout, celui pour lequel elle était faite. Aujourd’hui, elle était là, dans ce qui allait être sa classe pour une année. Tout était prêt, les cahiers, la liste avec le nom de ses élèves, et tout ce qu’elle avait accroché au mur : les lettres de l’alphabet en majuscules, minuscules, ainsi que les tables d’addition et de soustraction. Ce métier, c’était une vocation pour elle.
Depuis l’âge de 11 ans, Léonie sait ce qu’elle veut faire : maîtresse d’école. Elle, elle y était brillante, sautant une classe au primaire, puis au collège, qu’elle passa sans encombre, et à 16 ans elle avait son bac littéraire avec la mention assez bien. Ses parents qui n’avaient pas forcément de gros moyens se sont privés pour l’envoyer à la faculté de lettre. Léonie a toujours été consciente du sacrifice de ces derniers, et elle savait qu’elle n’avait pas d’autre choix que de réussir. C’est à la fac qu’elle rencontra celui qui allait devenir son mari, Vincent De Richemont. Il était en fac de gestion d’entreprise et management, car son destin à lui était tout tracé, reprendre la gestion du haras familiale. Entre eux deux, ça avait été un coup de foudre, comme s’ils étaient faits l’un pour l’autre, comme s’ils avaient toujours été ensemble, du moins, c’est ce qu’elle avait cru. Elle avait eu son DEUG et sa licence à force de travail et elle fut admise à l’IUFM dès sa première tentative. Durant sa deuxième année, elle épousa Vincent, au grand soulagement de ses parents, qui savaient que leur fille ne serait jamais dans le besoin. Elle obtint son diplôme de fin de session et elle eut son premier poste dans une école primaire de Deauville dès le mois de septembre. Elle devait bien reconnaître que le nom de De Richemont l’y avait bien aidé. Cette année-là, elle tomba enceinte, et elle accoucha de sa fille Vanessa en juin. Vincent voulait qu’elle arrête de travailler pour élever sa fille, mais Léonie batailla pour reprendre son métier dès le mois de septembre, dès la rentrée. C’est à l’arrivée de Benjamin, deux ans plus tard, qu’elle se résigna à abandonner ce métier qu’elle aimait tant. Vincent avait lourdement insisté, cette fois-ci, et elle avait fini par capituler.
Léonie fut sortie de ses rêveries, lorsqu’on frappa à sa porte. Sa collègue apparue dans l’embrasure. C’était Céline Dupont, la maîtresse des CE1, et elle venait la chercher pour aller dans la cour de récréation ou devait avoir lieu l’appel rituel de la rentrée.
Ne t’inquiète pas, lui dit-elle, c’est ma onzième rentrée et j’ai toujours autant le trac ! ça va bien se passer tu verras. Et puis, si tu as un problème, ma classe est juste à côté de la tienne. Il faut y aller maintenant, notre chère directrice a
horreur des retardataires !
Si Mme Trouce n’aime pas ça, il faut effectivement y aller, alors ! lui répondit cette dernière avec un petit sourire aux lèvres.
Ensemble, elles prirent la direction de la cour de récréation ou les autres professeurs des écoles étaient là, ainsi que les parents et les élèves avec leurs beaux habits et leurs cartables flambant neuf. La directrice, Mme Trouce, les accueillit avec un regard noir et un commentaire qui les mit tout de suite à l’aise:
J’ai cru qu’on allait devoir aller vous chercher, ou commencer sans vous !
Tout le monde étant présent, cette dernière commença son petit discours, elle présenta Léonie ou plutôt Mme Vanier, la nouvelle institutrice des CP qui venait d’arriver dans l’établissement. Elle lui souhaita la bienvenue, et toute la réussite possible. Puis, elle commença l’appel des élèves de sa classe. Léonie se retrouva avec 21 bambins, pas plus hauts que trois pommes, en rang devant elle. Elle prit une grande inspiration et elle se dirigea dans les couloirs, jusqu’à sa classe avec sa troupe d’élèves sur ses talons. Une fois installés en classe, les élèves sortirent leurs affaires et elle demanda le silence afin de se présenter. Elle leur expliqua à quoi correspondaient les différents cahiers, ce qu’ils allaient faire tout au long de l’année et le plus important, elle allait leur apprendre à lire et à écrire. Elle leur distribua leur cahier d’écriture et le premier cours pouvait commencer.
À l’heure du repas, Léonie retrouva Céline dans « la salle des professeurs » où un four à micro-onde était à leur disposition. Céline questionna sa nouvelle collègue sur sa première matinée, qui à entendre cette dernière s’était très bien passée. Son trac s’était évanoui dès qu’elle s’était retrouvée en face de ces jeunes élèves. Céline, dont la curiosité la titillait, lui demanda où elle avait enseigné précédemment. Léonie voulut rester évasive, et dit simplement qu’elle avait eu ses diplômes il y a une quinzaine d’années puis elle avait eu un premier poste à Deauville durant deux années environ. À cette époque elle était mariée, elle avait eu sa fille Vanessa, puis elle était tombée enceinte de son fils, Benjamin. Son mari avait alors souhaité qu’elle reste à la maison pour s’occuper de ses enfants. Il lui avait alors expliqué que des enfants avaient besoin de leur mère pour un bon équilibre. Elle avait cédé, et c’est vrai que l’argent n’était pas un problème, donc pourquoi ne pas devenir une femme au foyer. Et puis, elle pouvait mettre ses études d’institutrice au service de ses enfants, ça en était que mieux. Aujourd’hui, elle était divorcée et elle avait voulu renouer avec son ancien métier, ce qui avait été loin d’être évident, car elle avait enseigné deux ans, tout au plus, et elle savait qu’elle avait été rayée des listes de professeurs disponibles au niveau du rectorat. Elle avait demandé un poste, en novembre de l’année dernière juste après son divorce afin d’être sûr d’avoir quelque chose à la rentrée, même en remplacement.
Tu as eu de la chance de pouvoir arrêter de travailler pour élever tes enfants. Je m’excuse d’avance si je te parais indiscrète, mais pourquoi tu as divorcé si ton ex gagnait bien sa vie ? lui demanda Céline. Moi je n’attends que ça de rencontrer quelqu’un qui gagne assez d’argent pour arrêter de travailler, même si j’aime mon métier. Je rêverai de pouvoir rester chez moi, et de profiter de la vie.
Céline avait mis sa tête entre ses mains, et Léonie eut l’impression qu’elle n’était plus là, mais sur une île paradisiaque.
Tu sais, l’argent ne fait pas tout, et puis je pense que l’on s’est perdu à un moment donné, les enfants avaient grandis et j’avais envie d’autre chose, mais pas lui.
Ouais, je vois. J’ai une fille moi aussi, mais son père s’est fait la malle quand il a su que j’étais enceinte. Depuis, je l’élève toute seule…
J’en suis désolée, ça ne doit pas être facile tous les jours. Quel âge a-t-elle ?
14 ans, le début de l’adolescence, que du bonheur !
Ne m’en parle pas, mon fils à 14 ans, lui aussi, et ma fille en a 16, ce n’est effectivement pas toujours facile à la maison. Elles rirent de bon cœur, avant de finirent leur repas respectif en parlant de tout et de rien, et en se racontant des
L’après-midi se déroula comme la matinée pour Léonie, et à 16h30, lorsque la sonnerie retentit, elle était heureuse de cette première journée, même si la fatigue se faisait sentir. Elle prit son portable pour voir si Benjamin était bien rentré du collège. Elle en avait pour environ 30 minutes de route, et elle voulait être rassurée sur ce point-là. Elle envoya un message à son fils qui lui confirma qu’il était bien rentré chez eux et qu’il était en train de goûter. Rassurée, elle quitta l’école, en se disant qu’elle serait de retour dès le lendemain, dans ce nouvel environnement.
Dans la cour, elle croisa Mme Trouce qui lui demanda ses impressions sur sa première journée. Elle lui répondit de façon positive, et la remercia de cette attention. Cependant, cette dernière ajouta qu’elle était consciente de son peu d’expérience et que ce n’est pas parce qu’elle avait été mariée avec un De Richemont que ça lui laissait un passe-droit quelconque dans son école. Léonie fut troublée par cette déclaration et elle répondit à sa directrice qu’elle n’en attendait pas moins de sa part ; de toute façon, elle était divorcée et maintenant c’était Mme Vannier et rien d’autre. Sur ces bonnes paroles, elle s’excusa auprès de cette dernière, mais elle devait rentrer chez elle où son fils l’attendait. Sur la route, comme il était 17 heures, elle appela ce dernier, pour lui dire qu’elle arrivait, qu’elle avait été retenue par sa directrice, mais qu’elle serait à la maison d’ici 20 minutes. Elle en profita aussi pour appeler sa fille, qui elle, était rentrée à l’internat la veille de la rentrée, afin de savoir si tout s’était bien passé, et si elle avait retrouvé ses copines. Vanessa aurait pu arrêter l’internat, car sa mère habitait à 10 minutes de Caen, mais cette dernière avait voulu continuer et ne rien changer à sa vie d’avant. Léonie ne voulut pas la contrarier, car, elle savait que le divorce avait été rude à encaisser pour sa fille. Elle idolâtrait son père et elle n’avait pas compris la décision de sa mère. En effet, pour Vanessa, tout était de la faute de sa mère, son père l’aimait encore, elle en était sûre. Elle ne comprenait pas sa décision. Pour elle, sa mère avait tout pour être heureuse au haras, alors pourquoi vouloir divorcer. Aujourd’hui, elle devait vivre dans une maison 3 fois plus petite, en bord de mer, alors qu’elle avait horreur de la plage, et du sable, mais surtout, sa mère venait de reprendre une activité professionnelle. Elle aurait donc moins de temps à lui consacrer. Vanessa avait besoin de se sentir au milieu de l’attention de tout le monde, elle devait être le centre du monde sinon elle se sentait menacée et son monde ne tournait plus rond. Sa mère, en divorçant, avait fait une entaille dans sa vie parfaite, et elle lui en voulait pour ça. C’est pour ces raisons qu’elle avait voulu garder « son indépendance » en étant à l’internat. Léonie tomba sur le répondeur de sa fille, elle lui laissa un message, mais elle était déçue de ne pas pouvoir lui parler. Elle lui demanda de la rappeler dès qu’elle le pourrait, pour savoir comment c’était passé sa rentrée et avoir de ses nouvelles. Ce que Léonie ne savait pas c’est que Vanessa avait vu l’appel de sa mère, mais elle avait délibérément décidé de ne pas lui répondre.
Ce soir-là, Léonie n’eut pas d’appel de sa fille, juste un SMS, pour lui dire que tout allait bien, et qu’elle quittait à 16h30 vendredi soir, afin que sa mère puisse venir la récupérer. Elle, quittait à 15h50 le mardi et le vendredi suite à la semaine des quatre jours et demi, lui répondit que c’était d’accord, et qu’elle serait au rendez-vous. Elle ajouta qu’elle avait hâte de la revoir et de pouvoir parler avec elle.
Elle passa le restant de sa soirée à sa place favorite, à la table de la salle à manger, en face de l’océan. C’est pour ça qu’elle avait choisi cette maison. Elle avait vécu à la campagne, entourée de prairie durant des années, alors qu’elle n’aimait pas forcément cela. Elle l’avait fait pour Vincent, parce qu’elle l’aimait et que c’était sa vie, à lui. Elle finit par sortir les cahiers d’écriture de ses petits élèves pour les corriger, et les préparer pour le lendemain.
Le mois de septembre s’était écoulé doucement. Léonie avait trouvé son rythme, elle essayait de passer un maximum de temps avec ses enfants, les week-ends où elle les avait, pour le plus grand plaisir de Vanessa. Puis, elle faisait son boulot pour l’école, ainsi que son quotidien de la maison le soir lorsque ses enfants étaient dans leur chambre, sur leur portable, ou sur leur ordinateur. Elle s’était promis aussi de s’avancer durant les vacances de la Toussaint, surtout sur son programme pour l’école, car ayant eu son affectation assez tardivement, elle n’avait pas pu anticiper comme il l’aurait fallu, et elle en bavait pour être à jour.
En ce vendredi soir, elle était justement toute seule, ses enfants étaient chez leur père. Une voiture était venue récupérer Benjamin il y a environ une heure et Vanessa allait directement chez son père à la sortie de l’internat. Léonie se mit « en mode ménage » comme elle aimait le dire. Un vieux caleçon, un tee-shirt et l’album de Cindy Lauper dans son portable avec ses écouteurs. C’est sur les premiers airs de « Girls just want to have fun », qu’elle se mit à bouger en chantant dans les différentes pièces de la maison. Elle commença par la chambre de ses enfants, et Dieu sait que c’était un sacré foutoir dans celle de Vanessa. Elle retrouva des vêtements qui tapissaient le sol, du maquillage qui traînait sur le bureau, et une odeur de parfum entêtante, un vrai capharnaüm ! Léonie fit au mieux pour ranger, mit tous les vêtements de sa fille au sale, et rangea tout son maquillage dans le bac prévu à cet effet dans la salle de bain. Elle se promit d’en toucher deux mots à cette dernière lorsqu’elle rentrerait la semaine prochaine. La chambre de Benjamin fut plus rapide, ce dernier n’aimait pas le désordre, tout était à sa place, elle changea leur lit à tous les deux et passa le chiffon sur leur étagère. Un coup d’aspirateur, de vaporetto sur le parquet, et le tour était joué ! Elle enchaîna avec la salle de bain et les toilettes puisque le vaporetto était allumé, et lorsqu’elle se posa dans son canapé, il était plus de 19h00. Son portable passait « Sally’s Pigeons », et elle adorait cette chanson. Elle mit sa tête en arrière, ferma ses yeux, et se mit à chanter :
When I was eight the had a friend With a pirate smile
make believe and play pretend we were innocent and wild
hopped a fence and slammed the gate running down my alleyway
Elle n’eut pas le courage ce soir-là de se mettre sur son travail d’école. Après s’être fait chauffer une pizza, qu’elle dégusta sur sa terrasse, elle alla directement se coucher.
Le week-end passa à une vitesse effrayante et le dimanche vers 18h00, Vanessa et Benjamin étaient de retour à la maison. Vanessa hurla en entrant dans sa chambre, où étaient passées ses affaires ?
Maman !!!!! Qu’est-ce que tu as fait dans ma chambre ???? Je ne retrouve plus mon pull rose, et mon slim
gris, je voulais l’emmener pour l’internat cette semaine. Et mon maquillage, mon gloss, qu’est-ce que tu as fait !!!!!
Léonie essaya de garder son calme et monta dans la chambre de sa fille.
Calme-toi, inutile de hurler comme ça... si tu avais regardé dans ton armoire, tu aurais retrouvé ton pull rose et ton slim, lavé et repassé. Quant à ton maquillage, il est à sa place dans la boîte prévue à cet effet, dans la salle de bain. Maintenant, si tu n’es pas contente, la prochaine fois tu rangeras un minimum ta chambre ! Ce n’est pas la peine de faire ta belle, si c’est pour mettre des fringues qui ont traîné dans ta chambre pendant plus d’une semaine. Imagine l’odeur… même ton super parfum hors de prix ne pourra pas la masquer ! Et sinon, de rien, pour le rangement que je t’ai fait !
Vanessa ne sut quoi répondre à sa mère et elle se trouva interloquée, voir même vexé de s’être fait rembarrer de la sorte. Si sa mère n’avait pas divorcé, et si elle n’avait pas repris son travail, elle aurait plus de temps pour faire sa chambre et les tâches ménagères, c’était son job estima-t-elle. Chez son père il y avait des domestiques pour ça. Elle ne voit pas pourquoi ça serait à elle de nettoyer sa chambre ! Il ne manquerait plus que ça ! Et puis si ça lui convenait, à elle, d’avoir une chambre en bordel, c’était son problème non ! Vanessa s’abstint de dire quoi que ce soit à sa mère, et elle prépara son sac pour retourner à l’internat. Cependant, en descendant pour le repas, elle fit comprendre à sa mère qu’elle n’avait pas apprécié ses remontrances.
Tu sais maman, si ça t’ennuie tant que ça de faire ma chambre, je peux aller vivre chez papa, comme ça, tu n’auras vraiment plus rien à faire pour moi. C’est peut-être ce que tu cherches après tout!
Ne dit pas de bêtise Vanessa, je te demande juste de faire un petit effort de rangement au niveau de tes affaires. Ce n’est quand même pas la mer à boire ! Je ne peux pas tout le
temps passer derrière toi.
Ça c’est sûr, que tu as beaucoup moins de temps main- tenant, mais ça c’est ton problème. Il ne fallait pas quitter papa si tu n’es pas capable de te débrouiller toute seule !
Écoute Vanessa, ce qui s’est passé entre ton père et moi ne regarde que nous, on ne fait pas toujours ce que l’on veut dans la vie. Je ne me sens pas débordée, je vous demande juste une petite participation à toi et à ton frère pour ranger votre chambre. Tu as 16 ans, Vanessa. Comment vas-tu faire lorsque tu n’auras plus personne pour faire les choses à ta place ? Si tu vas à la fac, dans deux ans, et que tu as un appartement, comment vas-tu faire ? Tu ne peux pas toujours dépendre des autres comme ça.
Ça, c’est ta vie maman, pas la mienne, je sais qu’il y aura toujours quelqu’un pour s’occuper de moi. Et puis la fac, je ne sais pas si j’irai, et si j’y vais, je vivrai chez papa, j’aurai un chauffeur à ma disposition et tout le reste. Je ne comprends pas que tu aies voulu renoncer à tout ça ! Je ne te comprends vraiment pas !
Tu l’as dit Vanessa, c’est ma vie… j’avais mes raisons et crois-moi, l’argent de ton père ne sera pas toujours là pour t’entretenir. Tu n’as pas envie d’être indépendante, d’avoir un métier qui te plaît, quelque chose qui te fait envie.
Non, pour le moment je n’ai aucune idée de ce que je veux faire, et j’espère pouvoir me marier avec quelqu’un de riche, vu le nom que je porte. J’aurai un mari pour m’entretenir, et je n’aurai pas besoin de travailler. C’est ça la vraie vie pour une personne comme moi !
Avec ces derniers mots, Léonie eu l’impression de recevoir un coup de couteau dans la poitrine… sa fille avait-elle si peu d’honneur, si peu d’orgueil. Elle voulait juste être mariée à un homme riche pour se faire entretenir. Au fond d’elle, elle se dit que c’était de sa faute, que c’était le seul exemple qu’elle avait su donner à sa fille jusqu’à maintenant. Elle n’avait été qu’aux « ordres » de son cher mari durant toutes ces années, toujours à s’écraser pour ne pas subir et c’est tout ce que Vanessa avait retenu de sa relation avec son père. Aux yeux de sa fille, Léonie avait été choyée, elle n’avait jamais manqué de rien, elle ne s’était jamais rendu compte de ce qu’elle avait dû subir et quelque part, heureusement. Elle se réjouissait d’avoir pu cacher à ses enfants la partie la plus sombre de sa vie de couple. Elle reprit néanmoins la parole:
Tu sais ma chérie, ce n’est pas si simple, épouser un mari riche est une chose, mais il y a autre chose qui rentre en ligne de compte, c’est l’amour, et j’espère qu’un jour, riche ou pas, tu rencontreras vraiment un homme que tu pourras aimer de tout ton cœur. Maintenant, va te coucher, il est tard, demain tu te lèves tôt pour aller à l’internat.
Vanessa écouta sa mère et elle se dirigea vers les escaliers pour rejoindre sa chambre. À mi-hauteur, elle se retourna et demanda à sa mère :
Tu as aimé papa ? Maman.
Oh que oui, je l’ai aimé ma chérie, plus que de raison, crois-moi. Maintenant, va au lit.
Léonie se retrouvant seule, elle réfléchit à la discussion qu’elle venait d’avoir avec sa fille. Elle savait que Vanessa n’avait pas bien vécu le divorce, mais elle ne pensait pas qu’elle puisse juger aussi mal l’acte de sa mère. Elle avait une vision de la femme qui la dépassait. Léonie espérait au plus profond d’elle-même, que sa fille changerait d’avis, qu’elle finirait par rencontrer un garçon pour qui elle aurait le béguin, même si ce dernier n’avait pas d’argent. Elle espérait vraiment que Vanessa allait changer, car, elle, tout ce qu’elle souhaitait c’était le bonheur de ses enfants. Rien d’autre ! Qu’ils ne fassent pas les mêmes erreurs qu’elle, même si c’est ainsi que l’on apprend, et que l’on devient plus fort.
Nous étions le dernier vendredi avant les vacances de la Toussaint. Léonie avait eu du mal à tenir sa classe ce matin- là. Les enfants étaient énervés à l’idée d’être en vacances, et il avait été difficile de travailler dans ces conditions. Elle avait, cependant, essayé de faire des choses plus basiques pour les intéresser, mais sans grand succès. Elle avait voulu transformer la leçon de géométrie, en fabrication de mini parachute pour Playmobil. Les enfants s’étaient tenus tranquilles durant toute la fabrication, mais l’essai sur les Playmobil avait vite dégénéré. En même temps, il fallait s’en douter. Heureusement, cet après-midi, elle n’avait que 2 heures à faire et le temps de préparer les cartables, elle savait que ça allait passer vite. Surtout qu’elle avait prévu de faire quelques travaux manuels. Elle avait ramené différents styles de serviettes en papier et des pots de confiture vide il y a 15 jours. Les enfants avaient joué des ciseaux et Léonie les avait aidés à choisir, et à placer certains décors sur les pots en verre. La semaine dernière chaque élève avait choisi sa couleur et peint son pot comme bon lui semble, et maintenant, c’était la touche finale, elle allait les aider à coller
leurs bouts de serviettes sur leur pot. Son seul souci était qu’elle allait devoir agir par petit groupe et les autres allaient devoir s’occuper seuls pendant quelques minutes, être en autonomie, comme on dit dans le jargon de l’Éducation nationale. Mais bon, elle était confiante !
Elle rangea sa gamelle, et elle se dirigea vers sa classe pour la remettre dans son panier. Au vu de l’heure, elle se dirigea directement vers la cour de récréation, car les premiers élèves allaient arriver et c’était à elle de faire « l’ouverture » à 13 heures 30. Elle alla ouvrir la grille et les premiers élèves entrèrent dans la cour. Mme Trouce vint la rejoindre peu de temps après, tout comme Céline et Mr Gamelon, l’instituteur des CM2. Ils discutaient tous les quatre, en surveillant les enfants, lorsque des pleurs leur parvinrent sur le coin gauche de la cour. Zoé, une petite de la classe de Léonie était au sol et en larme. Léonie se précipita vers elle et elle s’aperçut qu’elle saignait abondamment au niveau de son annulaire gauche.
Qu’est-ce qui s’est passé Zoé ? Qu’est-ce que tu t’es fait à ton doigt ?
Je suis tombé de la poutre Maîtresse, et… et… mon doigt est resté coincé entre les deux poutres. J’ai mal Maîtresse, j’ai trop mal, réussi à dire Zoé entre deux sanglots.
Mme Trouce, la directrice, était déjà partie dans son bureau pour appeler les pompiers et prévenir les parents de Zoé. Léonie était restée auprès de la petite fille, elle l’avait transportée jusque dans «la salle des professeurs » et elle avait essayé, avec des compresses, d’arrêter les saignements du petit doigt de son élève. La petite continuait à sangloter, mais plus doucement, elle avait peur, ça se sentait. Léonie faisait de son mieux pour la calmer. Elle était douce avec elle, elle la réconfortait du mieux qu’elle le pouvait, en lui disant des mots doux, que tout allait bien se passer, qu’elle allait avoir la chance de voir de jolis pompiers, et mieux encore, de monter dans leur camion. Léonie essaya de faire rire la petite fille, en lui disant qu’elle allait avoir une jolie poupée à son doigt et que ça pouvait être rigolo. Qu’il fallait prendre des photos pour qu’elle se souvienne plus tard de ce qui lui était arrivé. Et puis, sa maman allait arriver pour lui faire un gros câlin aussi, il ne fallait pas qu’elle s’inquiète. Léonie essayait tant bien que mal de cacher son inquiétude à sa petite protégée. Elle avait eu l’habitude des petites blessures avec ses enfants, mais le doigt de Zoé lui faisait peur, elle trouvait l’entaille bien profonde. Mme Trouce arriva dans la salle, et annonça, sans beaucoup de tact, que la maman de Zoé la rejoindrait à l’hôpital. Zoé se remit à pleurer, en disant qu’elle avait peur, et qu’elle voulait sa maman. Léonie lui caressa les cheveux pour essayer de la calmer. On entendit les sirènes au loin, les pompiers arrivaient…
Au même moment, à la caserne de Bayeux, l’adjudant-chef Paul Cali avait reçu l’appel pour intervenir dans une école et s’apprêtait à partir avec ses hommes pour cette urgence. Les enfants, ce n’est pas ce qu’il préférait. Ça lui rappelait celui qu’il avait perdu, par sa faute, et à chaque fois ça lui donnait un coup de blues. En plus, il savait au vu de l’appel qu’il s’agissait d’une petite fille qui aurait, à peu de chose près, le même âge que la sienne aujourd’hui. Il se résigna cependant à partir, et puis un bobo d’école ça ne devait pas être bien méchant, il fallait qu’il prenne sur lui, il n’avait pas le choix.
En même temps, c’est ce qu’il faisait depuis presque 2 ans, prendre sur lui jour après jour. Ce n’était pas toujours évident, mais il fallait faire avec, la vie en avait décidé ainsi pour lui. Il était donc d’humeur bougonne ce jour-là au milieu de ses collègues et aucun d’entre eux ne se serait permis une quelconque blague, connaissant son passé. En arrivant aux abords de l’école, son collègue mis la sirène en marche, pour, d’une part annoncer leur venue et il savait que
les enfants adoraient ce genre de choses… alors autant leur faire plaisir !
Les pompiers garèrent leur camion à l’entrée de l’école, sortirent leur matériel et ils rentrèrent dans la cour de récréation. Mme Trouce vint à leur rencontre et les accompagna jusque dans la salle des professeurs où se trouvait Zoé. L’adjudant-chef s’approcha de l’enfant et voulut voir sa blessure afin de pouvoir faire une première évaluation. Il vit dans les yeux de l’enfant qu’elle était apeurée, et malgré son air bourru, il essaya de gagner sa confiance. Léonie qui tenait toujours Zoé contre elle tenta de lui expliquer qu’elle n’avait rien à craindre, et qu’il fallait qu’elle montre son doigt au pompier, pour qu’il puisse la guérir. Zoé tendit sa main et Paul Cali lui enleva délicatement les compresses. Ce n’était pas beau à voir, les deux autres pompiers apportèrent de quoi désinfecter le doigt de la fillette et s’aperçurent rapidement que l’on voyait son os. Léonie s’en rendit compte elle aussi, et elle essaya d’occuper le regard de Zoé pour ne pas qu’elle le voie. Il ne fallait pas que la petite pose des questions, dont les réponses pourraient la faire paniquer encore plus. L’adjudant-chef laissa son collègue refaire le pansement, pendant qu’il discutait avec la directrice, sur la façon dont l’accident était arrivé. Cette dernière lui répondit qu’elle n’avait rien vu de particulier, mais que l’enfant s’était confié à Mme Vanier, son institutrice, qu’elle désigna du doigt. Paul se tourna vers Léonie, il trouvait cette jeune femme formidable, par la façon dont elle avait géré la situation, et surtout, comment elle avait su réconforter la fillette. Il retourna auprès d’elles, et demanda à Zoé comment elle se sentait.
Ça va dit-elle, mais j’ai peur d’aller à l’hôpital toute seule. Mme Vannier, vous ne voulez pas venir avec moi dans le camion des pompiers ? dit-elle en regardant cette dernière, de ses yeux suppliants.
Je ne peux pas ma puce, lui répondit Léonie en lui caressant la joue, je dois être là aussi pour tes autres camarades, tu sais. Mais tu sais, aussi, que tu es entre de bonnes mains avec ces jolis pompiers. En plus, tu en as trois, rien que pour toi. Tu as beaucoup de chance je trouve. Et puis n’oublie pas que ta maman t’attend à l’hôpital. Il faut que tu sois courageuse, Zoé, et moi je sais que tu l’es, parce que tu l’as été jusqu’à présent !
Paul, qui était spectateur de la scène, se dit qu’il n’aurait pas eu les mots pour réconforter cet enfant. Il ressentit quelque chose qu’il n’avait pas ressenti depuis longtemps, mais il faisait tout pour ignorer ce chamboulement intérieur.
Tu es prête Zoé, on y va, on va retrouver ta maman. Lui dit-il, un peu radouci.
La fillette fit signe que oui de la tête. Elle fut installée sur le brancard, et emmenée jusqu’au camion par les deux autres pompiers. Paul était seul avec Léonie. Il lui demanda s’il était possible de la revoir pour savoir comment l’enfant s’était blessé. La jeune femme, qui avait une sorte de contre coup, se sentit défaillir et elle dut s’asseoir. Paul la vit pâlir, il se rapprocha d’elle, et lui demanda si tout allait bien.
Oui, ça va aller, merci, je pense que c’est le trop-plein d’émotion qui sort maintenant. On n’a pas le droit de craquer devant les enfants, c’est la règle.
Respirez tranquillement en prenant de grandes inspirations, ça devrait passer. En tous cas, vous avez été très courageuse avec cette petite. Je ne sais pas si tout le monde aurait pu faire ce que vous avez fait.
Je n’ai pas fait grand-chose, du moins, j’ai fait ce que j’ai cru bon de faire, comme je l’aurai fait pour mes propres enfants.
Ça s’est vu. Vous vous sentez mieux ?
Oui, ça va aller, merci.
Paul se leva et prit une feuille de papier et un stylo qu’il y avait sur une table. Il y inscrivit un numéro de téléphone et le tendit à Léonie. Il lui dit que si elle besoin, si elle avait à nouveau un contre coup, elle pouvait le joindre sur ce numéro. Elle le remercia et glissa le papier dans sa poche. Paul s’en alla rejoindre ses collègues avec une sorte de regret au fond lui. Même s’il ne voulait pas l’admettre, cette Mme Vanier lui avait fait une belle impression, elle l’avait touché.
Léonie retrouva ses esprits et elle retourna dans sa classe dont la porte était ouverte, car Céline essayait de surveiller les deux classes, en même temps.
Ça y est, Zoé est partie ? Comment va-t-elle ? Lui demanda cette dernière.
Ça va, je pense, elle était angoissée à l’idée de partir avec les pompiers, mais je sais qu’elle va retrouver sa mère à l’hôpital, c’est le principal. Merci pour ma classe, à charge de revanche !
Ne t’inquiète pas, c’est normal !
Elle reprit sa classe en main, et elle dut répondre à beaucoup de questions concernant Zoé et ce qui lui était arrivé. Léonie essaya de répondre en choisissant bien ses mots, pour ne pas brusquer ses jeunes élèves, et surtout les rassurer sur ce qui c’était passé. Elle ne voulait pas leur cacher la vérité, mais elle ne voulait pas heurter leur sensibilité non plus. Elle arriva, au milieu de tout ça, à finir les pots à confiture pour le plus grand bonheur de ses élèves, qui avaient quelque chose d’intéressant à ramener chez eux. Elle colla elle-même les serviettes sur le pot de Zoé, afin de pouvoir lui donner à la rentrée.
La sonnerie retentit et ce fut la cohue pour sortir. L’incident de Zoé était derrière eux, et avec un peu de chance, certains allaient en parler ce soir à leurs parents. Ça allait être une sorte d’exutoire pour eux, ce n’était que des enfants. Après avoir accompagné ses élèves jusqu’à la sortie en leur souhaitant de bonnes vacances, elle retourna dans sa classe, s’installa à son bureau, et prit sa tête entre ses mains. Cette journée avait été épuisante, à plusieurs points de vue, et elle craqua. Les larmes se mirent à couler sans qu’elle puisse les retenir. Elle avait besoin d’évacuer tout cela. Elle fut interrompue par Mme Trouce.
Tout va bien, Mme Vannier, lui demanda la directrice.
Léonie releva la tête, essuya ses yeux et ses larmes et tenta de faire bonne figure.
Oui ça va aller Mme la directrice, excusez-moi pour ce manquement.
Bien, je vous apporte le dossier à compléter pour l’accident de la petite Zoé. Comme ce sont les vacances scolaires ce soir, vous imaginez bien qu’il me le faut pour hier.
Oui pas de soucis, je comprends, je vais vous le compléter et je vous le dépose avant de partir.
Une fois cette dernière sortie de la pièce, Léonie sortit son portable et composa le numéro de sa mère. Elle s’excusa de la prévenir aussi tardivement, mais est-ce qu’elle pouvait aller récupérer Vanessa à la sortie de l’internat, car elle était retenue à l’école. Elle expliqua brièvement à cette dernière la cause de son retard, et s’excusa encore une fois de la prévenir si tard. Sa mère lui assura qu’il n’y avait pas de problème, qu’elle fasse ce qu’elle avait à faire, et elle, s’occupait de Vanessa et de Benjamin. Léonie raccrocha, soulagée d’avoir trouvé une solution pour récupérer sa fille, car c’était les vacances et cette dernière ramenait sa couette, sa housse de couette… et il lui était impossible de prendre le car pour rentrer.
Elle s’installa à son bureau, et commença à compléter le dossier de déclaration d’accident… la date, l’heure, le lieu, les circonstances… au bout d’une bonne heure, Léonie arriva enfin au bout du dossier. Elle voulut le relire une dernière fois avant de le ramener à la directrice, lorsque l’on frappa à sa porte, qui était entrebâillée. Elle se leva tout en demandant à ses visiteurs d’entrer, et elle vit apparaître Mme Capelli, la maman de Zoé. Elle l’invita à entrer et à s’asseoir devant son bureau. Elle voulut lui demander des nouvelles de Zoé, mais Mme Capelli ne lui en laissa pas le temps.
Mme Vannier, je suis venue pour récupérer les affaires de ma fille, pour les vacances, et pour vous remercier, aussi. Zoé n’a pas tari d’éloge sur vous, elle m’a dit que vous étiez resté avec elle tout le temps, même lorsque les pompiers sont arrivés. D’ailleurs ces derniers, ont confirmés ces dires, en ajoutant que Zoé avait été très courageuse, tout comme vous.
Je vous remercie Mme Capelli, mais je n’ai fait que ce que j’avais à faire. Puis-je vous demander comment va Zoé, et ce qu’elle a ?
Ça va mieux, elle est restée à la maison, car elle s’est endormie en voiture au retour des urgences. En fait, elle a une fracture ouverte de son annulaire gauche. Elle a eu 4 points de suture, et elle doit garder une attelle pendant 15 jours, pour que son doigt reste droit et que son os se soude correctement. Elle n’aura donc plus rien après les vacances scolaires.
Effectivement, elle ne s’est pas loupée… en tous cas vous l’embrasserez pour moi. Ses affaires sont prêtes, j’ai fait moi- même son cartable, et vous lui donnerez ceci pour moi, c’est elle qui a peint le pot, choisi et découpé ses motifs, je n’ai fait que les coller tout à l’heure.
Je vous remercie beaucoup, je le lui transmettrais avec grand plaisir. Par contre, je suppose qu’il va y avoir une déclaration d’accident de réalisée, au niveau de l’école, et j’ai un document à transmettre à la directrice, que l’hôpital m’a donné.
Oui bien sûr, pas de soucis, je viens justement de finir de compléter le rapport, et j’allais l’apporter à cette dernière lorsque vous êtes arrivée.
Je vous accompagne, alors, si ça ne vous dérange pas.
Non, je vous y emmène. Allons-y.
Mme Capelli et l’institutrice prirent la direction du bureau de Mme Trouce. Léonie frappa, et présenta la maman de Zoé à sa directrice. Elle rendit son rapport et les laissa toutes les deux, pour régler les dernières questions purement administratives, d’assurance scolaire, entre autres. De retour dans sa classe, Léonie prépara ses affaires, récupéra tous les cahiers dont elle avait besoin pour les vacances, et prit le chemin du parking. Enfin ! La journée était finie ! Elle allait rentrer chez elle pour passer une soirée au calme… du moins c’est ce qu’elle espérait…
Paul avait eu une journée chargée, les interventions s’étaient succédé, et il n’avait pas eu une minute à lui. Il était installé dans son bureau, en train de rédiger les rapports des interventions de la journée. Il en était à celle de la petite Zoé Capelli et le visage de l’institutrice s’imposa à lui. En même temps, cette image ne l’avait pas vraiment quittée de la journée. Il revoyait son doux visage, ses cheveux blonds qui ondulaient sur ses épaules, et ses grands yeux verts, remplis d’inquiétude pour sa petite élève. Il y avait une réelle complicité entre l’institutrice et sa jeune élève. Qu’est-ce qu’il lui arrivait, il n’avait pas ressenti ça depuis longtemps, depuis Marie. Cette femme avait quelque chose. Hormis le fait qu’elle était plutôt pas mal physiquement, elle l’avait touché.
Il regarda la photo de sa femme et de sa fille, qu’il avait toujours sur son bureau, bientôt deux ans qu’elles n’étaient plus là, deux ans qu’il n’avait rien ressenti de tel, deux ans qu’il enchaînait les conquêtes sans vraiment se fixer. Jamais plus d’un mois avec la même femme, ne surtout pas s’attacher, ne surtout pas perdre à nouveau quelqu’un que l’on aime… et aujourd’hui il était en plein doute, cette institutrice le faisait douter. Il était arrivé à la fin de son rapport, il notait les coordonnées de la directrice et ceux de Léonie. Il prit de quoi noter son téléphone, il ne savait pas s’il aurait le courage de l’appeler, mais il fallait qu’il l’ait sur lui, c’était comme vital. Il attrapa le cadre où se trouvait la photo de sa famille, et il caressa le visage de sa femme et de sa fille avec son pouce.
Je suis désolée de vous avoir fait souffrir, toutes les deux, et je me sens coupable de ressentir ce que je ressens, aujourd’hui. Je ne le mérite pas, se dit-il pour lui-même, sans pour autant l’exprimer à voix haute.
C’est un de ses collègues qui vint l’interrompre, pour lui dire que le repas allait être prêt, et que s’il voulait venir manger, c’était maintenant ou jamais. Paul lui répondit qu’il arrivait. Il termina le rapport de Zoé Capelli, l’enregistra, et rejoignit ses collègues dans le réfectoire de la caserne.
Au menu ce soir, spaghettis bolognaise, comme souvent d’ailleurs. En même temps, ils n’avaient pas forcément le temps de faire des choses élaborées, car la sirène pouvait retentir à n’importe quel moment, et dans ce cas ils devaient partir en urgence, et laisser tout en plan. Il était 20 heures 30 et la relève allait arriver, pour prendre le relais à partir de 21 heures. Paul s’installa en bout de table et se servit. Julien et Gilles, qui avaient été ses coéquipiers tout au long de la journée, le regardèrent en souriant. Il leva les yeux et remarqua leur manège.
Quoi, qu’est-ce qu’il y a les gars ? J’ai une pustule sur le front ? Pourquoi vous me regardez comme ça ?
Pour rien, pour rien, répondit Julien, en pouffant de rire. Gilles regarda son chef droit dans les yeux :
Elle t’a tapé dans l’œil la p’tite institutrice…
Pourquoi tu dis ça ?
Depuis que nous sommes repartis de là-bas, tu n’as quasiment pas parlé, tu étais comme ailleurs, perdu dans tes pensées… ne me dis pas le contraire, chef.
OK, OK, je reconnais qu’elle m’a touché, mais c’est tout, ça s’arrête là.
Encore une qui va faire partie de tes conquêtes pour le mois à venir ! Lui dit Julien avec un grand sourire aux lèvres. Paul le regarda, il se trouvait face à sa réalité. Pour ses collègues aussi, il était vu comme le salaud aux mille conquêtes, incapable de se fixer, et c’était dur à entendre lorsque ça venait des autres, même si c’était vrai. Il se leva, sans avoir touché à son assiette, et retourna dans son bureau sans dire un mot.
T’es vraiment trop con, lui dit Gilles. Ça se voit ce qu’il a ressenti pour cette nana, et toi, il faut que tu lui renvoies sa réalité en pleine figure.
Quoi, je ne vois pas où est le problème, ça sera comme avec les autres. Il va l’appeler, lui faire son charme habituel, et une fois qu’il aura eu ce qu’il veut, il arrêtera tout. Il est comme ça de toute façon !
Je crois que tu te trompes cette fois-ci. Et puis après ce qu’il a traversé, je peux le comprendre, mais je crois vraiment que tu te trompes. Je le connais bien tu sais, depuis le temps, et je peux te dire qu’il y a quelque chose dans son regard qui n’est pas comme d’habitude.
Le repas se termina dans le calme, la relève était effectuée, certains pouvaient se détendre alors que d’autres étaient sur le qui-vive. Paul, lui, était retourné dans son bureau, il s’était remis sur ses rapports, qu’il se devait de terminer. Il faut battre le fer tant qu’il est chaud, comme dit le proverbe. Il était plus de 21 heures 30 lorsqu’il se dirigea vers les vestiaires pour récupérer ses affaires et rentrer chez lui. Il y retrouva Gilles, mais il se dirigea vers son casier sans même le regarder.
Écoute vieux, je suis désolé pour tout à l’heure. Je reconnais que Julien y a été un peu fort avec toi. Il faut l’excuser, il est encore jeune.
Ce qui est dur, c’est de se dire que les gars me voient comme un collectionneur de femmes, alors qu’en fait ils ne me connaissent pas. Je peux avoir des sentiments et ce soir, ça m’a fait mal de me prendre cette réalité en pleine figure.
Je sais, et je m’en excuse, car c’est moi qui en ai parlé avec lui. Je te connais depuis suffisamment longtemps pour voir que tu n’as pas été dans ton assiette depuis cette intervention.
Écoute Gilles, si j’avais envie de me confier à quelqu’un, c’est pas ici que je le ferai, et encore moins avec toi. Tout le monde sait que tu es la commère de la caserne. Une vraie langue de pute. Maintenant, excuse-moi, mais je n’ai qu’une envie, c’est de rentrer chez moi, prendre une bonne douche et surtout manger quelque chose, car grâce à toi, et à Julien, je n’ai pas pu le faire tout à l’heure. Et puis, n’oublie jamais que, pour le moment, je suis ton supérieur hiérarchique et que, par conséquent, tu me dois le respect. Même si tout être humain doit, pour moi, être respecté et respecter les autres. Mais, je ne suis même pas sûr que tu te respectes toi-même au final !
Sur ces derniers mots, Paul sortit des vestiaires et de la caserne pour rejoindre sa voiture et rentrer chez lui. Durant le trajet jusqu’à Port en Bessin, où il habitait, les mots de Julien résonnèrent dans sa tête.
Ils ne me connaissent pas, se dit-il à haute voix comme pour se rassurer. Ils ne savent pas ce que je ressens, et avec quoi je dois vivre depuis deux ans.
Il n’y a qu’une personne qui était au courant de ses angoisses, de ses cauchemars, c’était son ami et supérieur, le capitaine Richard. Lui pouvait le juger, mais personne d’autre.
Arrivé chez lui, il monta dans sa chambre pour y déposer son sac, il le vida et mit une machine en route. Puis il prit une bonne douche pour se détendre et oublier tout ça. Il avait deux jours devant lui avant de retourner à la caserne, et
si la mer le permettait, il pourrait faire une sortie avec son voilier. Il aimait ces moments où il se retrouvait seul face à l’océan, seul face à sa vie.
Il sortit de la douche, s’entoura d’une serviette et se vit dans le miroir. Il était encore pas mal pour 41 ans, plutôt bel homme ! En même temps, son métier l’obligeait à s’entretenir un minimum. Il essuya ses cheveux châtains et les plaça avec ses mains. Il enfila un jeans et un tee-shirt, et son regard tomba sur le papier avec le téléphone de Léonie qu’il avait déposé sur sa table de nuit en vidant les poches de son pantalon. Il descendit dans le salon, déposa le papier sur la table du salon, et alluma la télé. Il alla dans la cuisine, ouvrit son frigo, il n’y avait plus grand-chose dedans, il fallait qu’il aille en course demain, c’était impératif ! Il trouva quand même une tranche de jambon et un reste de pâté. Il prit une assiette, mit du pain de mie dedans et emmena le tout dans le salon sur un plateau. Un paquet de chips et un peu de salade en sachet avec tout ça et cela fera l’affaire pour ce soir. Il alla jusqu’au placard qui lui servait de bar et se servit un verre de whisky.
C’est devant la télé qu’il dégusta son « festin ». Une fois son repas terminé, il prit le papier avec le téléphone de Léonie, il avait envie de l’appeler, mais quoi lui dire et comment allait- elle réagir ? Elle l’avait probablement oublié. Elle ne pensait sûrement pas à lui, pourquoi le ferait-elle d’ailleurs ? En même temps, que risquait-il en l’appelant, se prendre un râteau, ce ne serait pas le premier, et ça, ce serait le pire des scénarii. Peut-être serait-elle d’accord pour le revoir ? Et après, combien de temps cela durera-t-il, il ne pouvait pas le savoir lui-même ; arriverait-il à combattre ses démons ? L’avenir lui apportera la réponse. Le problème, c’est qu’il n’était même pas sûr qu’elle fût seule. Elle n’était pas mariée en tous cas, car elle ne portait pas d’alliance. Il reposa le papier, et porta son regard sur la mer, elle avait toujours su l’apaiser, elle avait toujours su lui dire quoi faire… elle était son amie, il pouvait compter sur elle. Elle ne l’avait jamais déçue, elle, au moins.
Lorsque Léonie arriva chez elle, il était pratiquement 18 heures. La maison était calme. Benjamin, qui était devant la télé, se leva pour venir embrasser sa mère et lui demander comment elle allait, si ça n’avait pas été trop dur pour elle, de gérer ce type d’accident. Cette dernière le remercia de s’en inquiéter, mais ça allait, elle allait s’en remettre, même si la journée n’avait pas été facile, et qu’elle était fatiguée. Benjamin lui apprit aussi que sa « chère sœur » n’avait pas digéré le fait qu’elle n’est pas pu venir la chercher. Elle avait crié au scandale auprès de sa grand-mère, que c’était inadmissible pour une mère d’oublier sa seule et unique fille… Léonie avait un sourire aux lèvres en voyant son fils imiter sa sœur, et elle savait, d’ores et déjà, que la soirée allait être conflictuelle avec Vanessa. Elle se dit que peu importe ce qu’elle pourrait dire pour sa défense, pour cette dernière, elle aurait tort, et surtout, elle était coupable. Léonie déposa ses sacs auprès de son ordinateur, et alla se servir un grand verre de jus d’orange tout en continuant à écouter son fils imiter sa sœur. Puis il changea de sujet et lui dit :
Tu sais maman, moi je comprends que tu aies voulu divorcer d’avec papa. Je sais que tu n’étais pas très heureuse avec lui.
Elle se retourna stupéfaite, pourquoi son fils lui disait cela, avait-il vu ou entendu quelque chose qu’elle ne savait pas… elle lui posa la question.
Parce que je le voyais bien que tu ne souriais pas toujours, et que souvent tu avais la tête ailleurs… surtout à la fin, avant qu’on ne parte du haras. Vanessa était déjà à l’internat, elle n’était jamais à la maison la semaine, et le week-end, tu faisais le maximum pour faire plaisir à tout le monde. Et puis de toute façon, ma sœur était trop intéressée par sa p’tite personne pour se rendre compte de quoi que ce soit.
Ne soit pas si sévère avec elle, Benjamin, si elle est comme ça, c’est en partie à cause de moi, les enfants sont comme on les élève tu sais.
Peut-être, mais moi je ne suis pas comme elle… peut-être parce que papa ne m’a jamais fait de cadeau, contrairement à Vanessa. Tu sais pourquoi papa ne m’aime pas, maman ?
Elle sentit son cœur se remplir de désarrois. Elle s’approcha de son fils et elle lui caressa la joue, avant de reprendre.
Tu ne dois pas penser ça mon chéri. Ton père t’aime, mais à sa façon. Il rêvait d’avoir un garçon, il ne s’attendait pas à ce qu’il soit aussi chétif et malade à la naissance. Pourtant tu es né à terme, contrairement à ta sœur qui est arrivée un mois avant. Tu n’étais pas le garçon costaud, qui pouvait l’aider au haras. Mais il t’aime Ben, il t’aime vraiment.
Je le crois pas, mais bon, c’est pas grave tu sais, j’ai appris à vivre avec. Et toi maman, tu as aimé papa ?
Bien sûr que j’ai aimé ton père, je ne me serais pas marié avec lui, si ça n’avait pas été le cas.
Alors pourquoi tu as voulu partir ? Pourquoi tu avais l’air si triste par moment ?
Tu sais, les adultes se comportent souvent comme des enfants, et je crois qu’avec ton père, nous n’étions plus sur la même longueur d’onde. On avait plus les mêmes envies et les mêmes besoins. Parfois, il vaut mieux partir que de continuer à se faire du mal. Je ne voulais pas qu’on en vienne à se détester avec ton père. Et surtout, je ne voulais pas que toi ou ta sœur assistiez à des disputes, je ne voulais pas que vous soyez témoin de tout ce gâchis. Tu comprends ?
Oui je comprends, c’est en quelque sorte pour nous protéger que tu as préféré partir.
C’est un peu ça oui. Bon changeons de sujet, tu veux manger quoi ce soir ? Pizza ça te va ?
Benjamin fit signe que oui de la tête et il alla chercher le prospectus de la pizzéria du coin pour choisir celle qui lui ferait plaisir.
Pendant ce temps, Léonie monta à l’étage pour voir sa fille, elle n’était même pas descendue depuis qu’elle était rentrée. Elle frappa à la porte de sa chambre, par respect, pas de réponse. Elle poussa la porte et vit que sa fille était sur son lit avec ses écouteurs sur les oreilles et du Justin Bieber à fond, dedans. Vanessa leva les yeux vers sa mère, retira un de ses écouteurs et dit sur un ton sarcastique:
Tiens ! voilà ma très chère maman ! Enfin celle qui est censée me servir de mère ! Mais une mère ne doit pas OUBLIER sa fille à la sortie du lycée, n’est-ce pas ?
Je ne t’ai pas oublié, Vanessa, puisque j’ai appelé ta grand-mère pour qu’elle te récupère. Je n’avais pas le choix, une de mes élèves s’est blessée cet après-midi, et j’ai eu un rapport à faire ; avec les vacances scolaires, c’était à faire ce soir impérativement. Et puis, de toute façon, peu importe ce que je pourrai te dire, je ne trouverai pas grâce à tes yeux. Tu m’en veux, et je peux le comprendre.
Oh que oui, je t’en veux maman ! J’ai donc si peu d’importance à tes yeux, pour que ton super nouveau métier soit ta priorité, et qu’il passe avant moi ! Ta propre fille ! Si tu savais comme je te déteste maman, oh que oui je te déteste ! Maintenant, sors de ma chambre et fous-moi la paix !
OK, je vais te laisser, on va commander des pizzas pour ce soir, tu veux quoi?
J’en veux pas, je n’ai pas faim, et puis tu crois pouvoir te faire pardonner avec une simple pizza, tu me dégoûtes !
Elle accusait le coup depuis tout à l’heure, mais là, c’en était trop. Sa fille n’avait pas à lui parler ainsi. Pas en ces termes.
Stop Vanessa ! Je ne suis pas là pour me faire insulter, je suis ta mère et tu me dois un minimum de respect. Je suis désolée de ne pas avoir pu aller te chercher, mais c’est ainsi, je me suis excusée. On ne fait pas toujours ce que l’on veut dans la vie.
Justement si maman, on peut faire tout ce que l’on veut dans la vie, à condition de faire le bon choix. Toi, tu as fait le mauvais choix, c’est tout. Maintenant dégage de ma chambre, je ne veux plus te voir.
Léonie se retourna et prit la direction de la porte, elle regarda une dernière fois sa fille. Vanessa avait remis ses écouteurs, et elle lui tournait le dos.
Arrivée dans le salon, Benjamin lui dit qu’il avait choisi sa pizza, qu’il pouvait passer commande. Elle le laissa faire, les paroles de Vanessa l’avaient blessé, elle ne pensait pas que sa fille puisse avoir autant de haine et de colère envers elle. Elle ne comprenait pas pourquoi. Certes, elle vivait mal la séparation d’avec son père, mais, de là à la détester, c’était inconcevable pour elle.
Benjamin lui dit que les pizzas seraient prêtes dans une demi-heure, elle essaya de faire comme si tout allait bien, elle lui sourit et lui proposa de faire un mini apéro, en attendant. Ce dernier alla choisir un paquet de gâteaux, pendant que Léonie lui ramenait un coca pour lui et un verre de vin pour elle. Ils regardèrent la télé tout en sirotant leur boisson et en grignotant quelques Monster Munch (les préférés de Benjamin), puis Léonie alla chercher leurs deux pizzas. Elle toucha à peine à la sienne, elle voyait que Benjamin était inquiet de ne pas la voir manger, mais elle le rassura en lui disant qu’elle n’avait pas très faim tout compte fait, à cause de la journée qu’elle avait passée, et qui avait été éprouvante pour elle. Benjamin finit la sienne, aida sa mère à débarrasser, et il lui dit bonsoir. Il allait regarder un film dans sa chambre. Elle lui demanda, quand même, de ne pas veiller trop tard. Ce n’est pas parce que c’était les vacances, qu’il fallait commencer à aller se coucher, à pas d’heure. Ben lui fit signe de la main en montant les escaliers.
Une fois seule, elle se servit un nouveau verre de vin, elle enfila une veste en laine et elle alla sur sa terrasse, face à la mer pour écouter le bruit des vagues et faire le vide dans sa tête. Quelle journée ! Elle espérait ne pas avoir à en passer une autre comme celle-ci. Elle craqua, en se la remémorant, les larmes coulèrent sur ses joues sans qu’elle ne puisse les retenir. Zoé, Vanessa, une qui était contente de l’avoir eu à ses côtés, et l’autre, qui lui en voulait de ne pas avoir été là pour elle. Quel paradoxe ! Est-ce normal d’avoir passé du temps avec une inconnue alors que sa fille estimait avoir besoin d’elle ? Était-elle une si mauvaise mère que ça ? Elle était en pleine réflexion lorsque son portable vibra, le numéro qui s’affichait était inconnu. Comme à son habitude, elle ne décrocha pas. Pas au numéro qu’elle ne connaissait pas, et puis qui pouvait bien l’appeler à cette heure… Son téléphone vibra, à nouveau, elle avait un message.
Bonsoir Léonie, je suis l’adjudant-chef Paul Cali, on s’est vu cet après-midi à l’école et je voulais savoir comment vous alliez ? Vous aviez l’air tellement bouleversé…
Elle était surprise de son message, elle ne s’y attendait pas, surtout. Tous les pompiers étaient-ils aussi consciencieux que lui… elle en doutait. Elle lui répondit.
Bonsoir Paul, je vous remercie de votre message, mais je vais mieux. Puis-je savoir qui vous a communiqué mon numéro de portable ?
C’est votre directrice, j’avais besoin de vos coordonnées pour le rapport que j’ai dû faire sur l’accident. Je ne voulais pas vous importuner avec mon message.
Elle ne comprenait pas pourquoi ce pompier s’inquiétait pour elle. Personne ne s’était jamais inquiété pour elle jusqu’à présent, elle s’était toujours débrouillée, toute seule. Son attention la toucha néanmoins.
Pas de soucis, vous ne m’importunez pas, c’est sympa de votre part de prendre de mes nouvelles. Je m’excuse de ne pas avoir répondu tout à l’heure, mais je ne décroche jamais, lorsque je ne connais pas le numéro.
Ça signifie que, si je vous rappelle, vous allez décrocher… puisque vous savez que c’est moi maintenant…
Peut-être… oui.
Léonie eut à peine le temps de finir son message, et de l’envoyer, que son téléphone vibra à nouveau, et cette fois c’était un appel. Paul la rappelait, il avait vraiment envie de lui parler visiblement.
Bonsoir Paul.
Bonsoir Léonie. Je suis content de pouvoir vous parler de vive voix. À l’entendre d’ailleurs, ça n’a pas l’air d’être la grande forme, malgré ce que vous venez de me dire.
Je dois bien reconnaître que la journée a été éreintante, j’ai qu’une hâte c’est qu’elle se termine.
C’est vrai que ce n’est pas toujours facile de gérer un petit blessé de l’âge de Zoé, mais, si ça peut vous rassurer, vous vous en êtes très bien sortie.
Merci, c’est gentil, je dois bien avouer que pour ma reprise dans l’éducation nationale, j’ai fait fort. Un accident d’élève au bout d’un mois, je ne suis pas sûre que beaucoup de professeur, est eu déjà à gérer ça, durant toute leur carrière !
Vous faisiez quoi avant d’être instit ?
J’étais mère au foyer, je m’occupais de mes deux enfants. Mais, j’ai divorcé, alors j’ai repris mon ancien métier, et je m’occupe toujours de mes enfants quand même… Enfin pas assez aux yeux de ma fille, mais ça, c’est autre chose.
Quel âge ont-ils ?
Mon fils a eu 14 ans et ma fille en a 16.
Ce n’est pas un âge facile, l’adolescence.
Non c’est vrai, ce n’est pas toujours simple, mais je m’en sors, du moins je l’espère… Et vous Paul, vous avez des enfants ?
Il y eut un blanc, avant que ce dernier ne réponde. Les femmes qu’il avait fréquentées jusqu’à présent s’intéressaient peu à sa vie passée. En même temps, c’est ce qu’il cherchait, pas d’attache. Devait-il lui dire la vérité ?
Paul ? Vous êtes toujours là ?
Oui, oui, je suis toujours là. En fait j’avais une fille, Agathe, elle aurait 9 ans, aujourd’hui… elle est décédée dans un accident de la route, il y aura 2 ans cette année…
La jeune femme se sentit soudain très mal à l’aise.
Oh ! je suis désolée, je ne voulais pas vous paraître indiscrète. Il y avait une boulette à faire, et je l’ai faite !
Elle se sentit rougir, elle ne voulait vraiment pas être indiscrète, elle se sentait gênée. Si elle avait pu, ne serait-ce qu’imaginer un tel drame, jamais elle n’aurait abordé le sujet. Paul sentit sa gêne.
Ne vous inquiétez pas, Léonie, vous ne pouviez pas savoir, et puis c’est de bonne guerre, j’ai été le premier à vous harceler de questions. Vous m’avez rendu la pareille.
Certes, mais quand même, je ne voulais vraiment pas vous mettre mal à l’aise.
Pas de soucis, croyez-moi.
