UNE APPROCHE PHÉNOMÉNOLOGIQUE DE LA COMPLEXITE - Claude Bochurberg - E-Book

UNE APPROCHE PHÉNOMÉNOLOGIQUE DE LA COMPLEXITE E-Book

Claude Bochurberg

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Beschreibung

Au delà de la théâtralisation de la consultation ostéopathique, le présent essai aborde pour la première fois selon une approche phénoménologique, les résonnances complexes qui entourent cette consultation, où se tisse une relation singulière entre le soignant et le soigné. Après nombre d'ouvrages de référence, dont "le cri du psoas" ou "introduction à l'ostéopathie psychosomatique", le présent essai, nourri par la sève des grands penseurs contemporains dépasse les apparences, la superficialité ou la posture du "comme si" qui incombe à la rencontre entre l'un et l'autre, pour se frayer un chemin neuf, à travers le magma opaque, infiniment complexe de la proximité du patient. Une analyse étonnante qui incite à interroger le champ culturel et éthique pour accompagner au mieux le patient. Claude Bochurberg DO MROF Chevalier dans l'Ordre de la Légion d'Honneur Chevalier dans l'Ordre National du Mérité Médaille Vermeil de la Ville de Paris Diplômé de l'European School of Osteopathy de Maidstone (GB) Diplômé Universitaire en Ostéopathie et Médecine Manuelle de la Faculté de Médecine Paris-Nord Diplômé Universitaire et Formation Clinique en Psychosomatique de l'Université Paris-Descartes Ancien Chargé de Cours à la Faculté de Médecine Paris-Nord Chargé d'enseignement au Conservatoire Supérieur Ostéopathique

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Seitenzahl: 122

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Du même auteur :

« Jeux de mains, jeux de vie, l’alternative ostéopathique », avec la collaboration de Françoise Edmonde Morin, Le Seuil 1993.

« Mémoire et Vigilance », préface de Serge Klarsfeld, Le liseré Bleu 1983

« Traitement des rhinites et sinusites chroniques », Maloine, 1986

« Une approche ostéopathique de l’angoisse », Maloine 1986

« Brasillach ou la célébration du mépris », en collaboration avec Jacqueline Baldran, AJ Presse 1990

« A l’écoute infinie de la nuit », en collaboration avec Jacqueline Baldran, l’Harmattan 1990

« La vieille femme qui passait », Bibliophane 1991. Réédition augmentée, AJ Presse 2007

« La relation inachevée ou une approche phénoménologique de la relation ostéopathique », l’Harmattan 1991

« L’Histoire bafouée ou la dérive relativiste », avec la participation de Jacqueline Baldran, l’Harmattan 1992

« Rubrique Mémoire », recueil d’articles publiés dans « Actualité Juive », présenté par Jacqueline Baldran, AJ Presse 1992

« Parole au corps », l’Harmattan 1993

« David Rapoport, la Mère et l’Enfant, 36 rue Amelot », en collaboration avec Jacqueline Baldran, préface de Serge Klarsfeld, Montorgueil-CDJC 1994, et réédition Mémorial de la Shoah 2008

« Le corps et l’aventure ostéopathique », l’Harmattan, 1996

« Entretiens avec Serge Klarsfeld », Stock 1997

« Le cri du Psoas ou le reflet de l’humain, AJ Presse 2001, suivi de 4 rééditions, et chez BOD en 2021

« La Main ou la promesse d’une parole-geste », AJ Presse 2003

« La brisure de la coque ou une transmission éthique du dire dans l’œuvre de Levinas, préface de Marc-Alain Ouaknin, AJ Presse 2006

« La vielle femme qui passait », AJ Presse, Edition revue et augmentée, AJ Presse 2007

« Le patient-humain », AJ Presse 2008

« Plaidoyer pour l’opacité », Essai, Revue Sigila 2010

« Les Témoins et le Témoin », préface de Serge Klarsfeld, FFDJF 2011

« Souffler sur les braises pour que revivent les ombres », préface de Serge Klarsfeld, AJ Presse 2014. CD Editions 2021

« Militer et Témoigner » avec Serge Klarsfeld, FFDJF 2016

« Introduction à l’ostéopathie psychosomatique », AJ Presse 2017.

CD Editions 2021

« Les derniers porteurs de voix, la lecture « Primultime » des Fils et Filles des Déportés Juifs de France, FFDJF 2017

« Marcel (Meir Elazar Kulski, un prince-médecin », AJ Presse, 2019

« Militer et Témoigner 2015-2019 » avec Serge Klarsfeld 2020

« Henri Zajdenwerger, l’ultime », préface de Serge Klarsfeld, FFDJF 2020

« Résonances », FFDJF, 2020

„Introduction à l’Ostéopathie Psychosomatique“, CD-Edition 2021

„Le Cri du Psoas ou le Reflet de l’Humain“ BOD 2021

A Karinne Gueniche

« Dans tous les domaines nous vivons aujourd’hui la crise des concepts clos et des explications mécanistes, linéaires strictement déterministes. Nous commençons à comprendre l’insuffisance des conceptions réductrices, qui noient le tout dans les parties qui le constituent ou qui noient les parties dans le tout qui les englobe.

Nous devons considérer l’un dans le multiple et le multiple dans l’un sans que l’un absorbe le multiple et que le multiple absorbe l’un. Nous devons concevoir l’association complexe, qui est faite non seulement de complémentarité, mais aussi de concurrences et d’antagonismes, et comprendre que tout phénomène en devenir requiert, pour sa compréhension, l’association complexe de l’ordre, du désordre et de l’organisation. »

Edgar Morin, « Penser l’Europe », Gallimard.

Avant-Propos:

Après l’annonce, il y a déjà plus d’un an de la prochaine tenue du séminaire organisé à Necker par Karinne Gueniche et Nicole Nataf sur le thème :

« Eloge de la complexité et problématiques contemporaines » je me suis mis immédiatement au travail en creusant ma réflexion autour de la complexité qui se joue au sein de la consultation ostéopathique, cette consultation si particulière où le praticien rencontre un être parlant et un être-corps, dont le moins que l’on puisse dire est qu’il est radicalement opaque, bien qu’en partie dénudé, comme il sied lorsqu’il s’agit de traiter autrui avec pour recours, essentiellement la main du soignant.

Cette approche phénoménologique consacrée à la complexité dans le cadre ostéopathique se profile très naturellement dans la suite de mes essais antérieurs, où il s’agit d’explorer la relation entre l’impact psychique en amont, tendu de ses tensions anxiogènes, et ce qu’offre la sémiologie du soma en aval, voire, réciproquement.

Après avoir mis en évidence le fait que cette consultation se frayait un chemin dans un espace que je qualifie « d’hybride », soit entre l’écoute du dire verbal du sujet, et le toucher-voir de la sémiologie de son être-corps, on imagine que rien d’absolu n’a pu déboucher sur une quelconque vérité, tout au long de ces années de recherche.

L’espace hybride n’a rien livré de son mystère. Il est toujours à conquérir. Et, c’est ce qui fait son charme, car il nous enjoint, afin de ne pas abdiquer, et de toujours mener cette quête folle, sur les traces de tout ce qui fait la complexité de l’humain. Avec pour résultat de nous maintenir en alerte, vivant, et libre, face à la doxa ambiante et la sclérose du prêt à penser.

La relation à autrui dans le domaine du soin impose en effet de réinterroger en permanence le pourquoi du comment, avec l’appui de notre culture humaine, philosophique, sociale, anthropologique, etc… et le fruit - le moins délirant possible - de notre interprétation, dans le but comme le disait Sartre de « nous désengluer du monde », autrement dit, de poser une séparation entre le monde et nous, en privilégiant notre appareil critique, et jouir de notre pleine dimension d’existant.

Depuis des décennies, je fais montre de cette réinterrogation autour de la clinique qui relève d’un moment « Primultime », qui comme le soulignait Vladimir Jankélévitch arrive pour la première et la dernière fois!

Rien n’est jamais identique lors de chaque rencontre. L’être toujours en train d’être, dans sa persévérance à être, n’étant donc jamais tout à fait le même. La rencontre se fait à l’aune d’une première et dernière fois !

Depuis des décennies, j’ai le privilège de partager cette réflexion (qui débouche ainsi sur de la non-violence dans le soin) avec mes étudiants, en faisant en sorte qu’ils se gardent bien de toute précipitation, et de toute capture du sens immédiat s’agissant des patients.

Les rendre attentifs aussi au fait que l’on ne saurait décapiter l’être de ses affects et de ses émotions, et qu’à ce titre, la plainte émise par le patient mérite d’être entendue non pas sous l’angle seulement d’un dérangement mécanique, mais en prenant en compte tout ce que peut sous-tendre sa plainte, lourde de sa dimension existentielle.

Tout cela est en effet complexe et mérite un déchiffrement inlassable pour tenter d’aller jusqu’au bout d’une démarche éthique.

En tout cas, c’est cette aventure que je tente depuis si longtemps, aidée en cela par ma participation depuis 20 ans au séminaire de psychanalyse et son option pluridisciplinaire, organisé par Karinne Gueniche à Necker, et à son cabinet à Boulogne qui a permis bien des éclairages subtils avec le concours de nombre de personnalités issues des sciences humaines.

Pour jouer le jeu de ma participation concernant l’éloge de la complexité, et ce, dans le domaine qui est le mien, celui de l’ostéopathie psychosomatique, dans le cadre du séminaire, et au-delà, j’ai donc opté en cette fin 2021 de proposer cet essai réflexif, avant même le déroulement du séminaire, (pour m’extraire de toute influence), avec le désir utopique, j’en suis conscient, de me porter à l’assaut de quelque chose d’insondable.

Accompagné par nombre d’auteurs notoires, tels que Levinas, Janlélévitch, Marc-Alain Ouaknin, Merleau-Ponty, Catherine Chalier, Bergson, Jeanne Hersch, Platon, Descartes François Gachoud et d‘autres, ce magma complexe entourant le consultant, abordé sous l’angle phénoménologique, se déploie en quatre parties, avec au cœur de l’essai, un chapitre consacré au « regard » qui fit l’objet d’une année d’étude au séminaire, pour lequel j’avais préparé une communication, mais qui n’a pas pu avoir lieu en raison du Covid.

Elle figure donc ici en bonne place. Enfin, il conviendra de retenir de tout ceci, comme le revendique cet essai que la complexité peut être également une chance offerte à tout un chacun, ainsi que je vous le laisse découvrir dans la dernière partie intitulée « So What ? »

SOMMAIRE

Avant-Propos

I PARTIE: L’UN ET L’AUTRE AU LOIN

Chapitre I :L a réduction, un mal largement partagé

Chapitre II: Assigné au dehors

Chapitre III : Le dehors en appelle au recours phénoménologique

Chapitre IV: Une approche qui dénonce la quête de la clarté panoramique

Chapitre V: Un magma opaque auquel s’ajoute le flux du temps

Chapitre VI : Un magma opaque sur fond de langage

Chapitre VII: Le langage comme signifiant archaïque de l’être-cops

II PARTIE : LE REGARD

Chapitre I : Le débordement d’une idée adéquate

Chapitre II : Quand on voit, que voit-on ?

III PARTIE : LE FACE A FACE

Chapitre I : La rencontre du patient

Chapitre II : L’impossibilité d’un dévoilement absolu de l’être-corps

Chapitre III : Un débordement ontologique sur fond « d’horizons »

Chapitre IV : La verbalisation

Chapitre V : La plainte

Chapitre VI : Entendre

Chapitre VII : La Main. Toucher. Traiter

IV PARTIE : SO WHAT ?

Chapitre I : Face à la complexité la lucidité est une force

Chapitre II :L’incitation au dépassement

Chapitre III : L’incitation à l’humilité

Chapitre IV : Interpréter relève d’une obligation face à la complexité d’autrui

Chapitre V : L’opacité comme gage e on violence

Chapitre VI : Un obstacle initiateur de savoir

Chapitre VII : Un éveil culturel salutaire.

Quelques mots encore

Partie I

L’UN ET L’AUTRE, AU LOIN

Chapitre 1

La réduction, un mal largement partagé.

Après des décennies de soins, nourris de différents essais consacrés à l’approche du patient sur le plan de la clinique ostéopathique, j’avoue que rien de véritablement construit n’a pu voir le jour. Tout Juste des pistes.

Tout reste ouvert.

Comment en serait-il autrement dès lors que l’on se confronte à l’infinie complexité de la condition humaine ?

Pour le dire clairement, face à autrui, on est toujours trop court.

Et, peut-être, est-cela qui mobilise notre besoin d’approfondir l’approche clinique du patient, qui malgré la constance de nos efforts, nous place à distance, dans une posture d’extériorité, sous le signe d’une rencontre phénoménologique ?

L’accumulation des publications et la somme incalculable des cas cliniques rencontrés en consultation durant des décennies, ne changent rien à l’affaire. Nous sommes toujours dans le flou

Car, l’être qui nous fait face est fuyant par essence. Il est stricto sensu hors de notre portée, de notre prise… Et ce, quand bien même notre main colle au plus près de son être-corps.

Cette vision tendue de paradoxe, qui ne cesse de m’interroger, explique ma recherche inlassable pour me porter au plus près de l’énigme, que représente le « patient-humain », recouvert pour le meilleur, comme pour le pire, de son opacité infranchissable.

Pas plus tard qu’il y a deux jours, je lisais encore ceci sous la plume de Marc-Alain Ouaknin (In Zeugma) qui ne fait que corroborer les enjeux complexes à l’œuvre dans la proximité d’autrui :

« Chaque être humain est le centre toujours décentré de la rencontre des hasards infinis, des complexités multiples et des niveaux divers, psychique et somatique, de la complexité relationnelle et sociale. »

Chaque mot compte ici soulignant les différentes strates de la complexité qui incombent à chaque « être-corps », voué à l’environnement social, augmenté de ses rencontres fortuites, et privées d’autrui.

Comment s’y retrouver au fond face à cette infinie complexité, si ce n’est en recourant naturellement à la propension de « réduire » le champ infini des strates existentielles de cet être-corps, jusqu’à l’amputer de la plus grande partie de sa substance, et pour ainsi dire l’assigner finalement à une essence « d’étant » en quelque sorte univoque, étroite, voire quelque peu étique?

Et, pour expliquer cette réduction, ne faut-il pas en quelques mots revenir à Heidegger, qui dès 1927, dans son ouvrage « être et temps » argumentait selon Marc Alain Ouaknin (in“Bibliothérapie, lire, c’est guérir“, Seuil) que: « la métaphysique occidentale est l’oubli de l’être, c’est à dire oubli de la différence ontologique de l’être en train de devenir et de l’étant (qui semble objet préhensible essentiellement par le langage). »

On l’aura compris, pour le dire simplement, notre vue n’est pas assez large ou généreuse. Privée d’imaginaire, la complexité nous échappe, car, on se fixe, et on s’attarde sur l’étant, sans prendre en considération l’existence de son être sous-jacent, comme on le verra plus loin.

Et cela, bien entendu, n’est certainement pas étranger à ce qui se passe dans le cadre de la consultation ostéopathique ou autre.

Comme le souligne Jeanne Hersch dans: (L’étonnement philosophique, une histoire de la philosophie“, Folio essai) :

« Heidegger fait une distinction entre « étant » et « être ». L’étant doit son être à l’être, et l’être n’est qu’en tant qu’étant. Et pourtant – c’est décisif – l’étant « dissimule » l’être… Il y a encore autre chose, selon Heidegger, qui contribue à dissimuler l’être de l’étant ou à l’obscurcir – en même temps que le sens de la question posée à son sujet – c’est l’habitude et surtout l’habitude « qui va sans dire », qui ne soulève aucun problème, qui consiste à se servir de l’étant conformément à son utilité – donc: le monde de la technique tout entier, comme aussi celui des sciences exactes. Lorsqu’il s’adonne à de telles activités, le sujet se perd dans l’anonymat du « on » impersonnel et devient incapable de poser authentiquement la question de l’être de l’étant. »

Par extension, ne peut-on pas dire que c’est notre relation à autrui qui mérite d’être interrogée sans pause aucune ? Car la plupart du temps, c’est bien à l’étant que nous avons à faire, sans prendre en considération, (par déficit imaginatif de la conscience), que c’est bien l’être qui enveloppe et possède l’étant.

Notre conscience ne saurait embrasser le tout de l’être qui nous fait face. Considérer l’autre à sa seule dimension d’étant, est peut-être ce qui spontanément conforte notre besoin de sens. En tout cas, c’est ce que l’on observe… La réduction du champ existentiel d’autrui sous notre regard est une loi de nature.

Et, en prendre conscience, n’est-ce pas une donnée importante qui nous oblige d’aller plus loin et d’approfondir l’abord du patient au sein de la consultation ostéopathique ?

Chapitre II

Assigné au dehors.

En dépassant la notion d’étant pour accepter la pleine existence de son être sous jacent, c’est accepter que nous ne saurions saisir totalement ou com-prendre le sujet qui me fait face. Autrement dit, accepter que nous nous trouvions radicalement en dehors de lui, en bannissant toute idée d’intrusion de son intériorité.

Si l’on suit Lévinas (in « Totalité et infini, essai sur l’extériorité », Biblio essai), cette façon d’accepter autrui dans toute la dimension de son être, soit l’infini de ses possibles) augure que l’idée de cet infini se doit d’affleurer et s’imposer à toute conscience dans la relation à autrui.

Autrui encore une fois n’est pas maitrisable. Il est toujours plus « grand » que notre conscience le suppose. A condition que notre conscience acceptât que l’idée de l’infini n’ait rien d’ésotérique, mais qu’elle puisse s’éveiller de façon naturelle et concrète, si je puis dire dans la proximité d’autrui.