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Miroirs et matrices, les maisons ou les appartements reflètent l'identité de leurs habitants et influencent leur quotidien. C'est pourquoi, il semble essentiel de se donner le temps et les outils pour concevoir par soi-même les grandes lignes de son lieu de vie, y compris lorsqu'on fait appel à un professionnel de l'architecture. Le propos de cet ouvrage est de donner des clés pour penser et repenser son habitat afin qu'il soutienne la vie de ceux qui y résident. Une maison poétique est une invitation amicale et instructive pour plus de conscience et de liberté afin d'oser s'inventer un lieu de vie bien à soi.
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Seitenzahl: 129
Veröffentlichungsjahr: 2024
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sommaire
Voyage intérieur
Une maison vivante
PRATIQUE Prévoir les changements
Passages
PRATIQUE Les vestiaires
Espace et volumes
PRATIQUE Travailler avec un architecte... ou pas
Cuisiner : à l’origine, le feu
PRATIQUE La cuisine
Séjours, ensemble en scène
Les 5 sens et l’oignon
Écologie et bien-être
Au bureau, petites histoires et territoires
PRATIQUE Un coin bureau ergonomique
Couleurs
Méli-mélo
Toilette et beauté
PRATIQUE La salle d’eau
Le petit coin, haut lieu de création
La lumière, matériau de l’architecture
PRATIQUE Termes et mesures de la lumière
La chambre secrète
Enfances, espaces à grandir
PRATIQUE La chambre d‘enfants
Conclusion
Le seul véritable voyage, le seul bain de jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux.
Marcel Proust, À la recherche du temps perdu
Il y a beaucoup de fées sur le berceau de notre maison : architectes, décorateurs, designers réinventent régulièrement le lieu de vie pour qu’il soit toujours plus pratique, plus confortable, avec des produits accessibles économiquement.
Le marché regorge de solutions. Quantité de blogs, de revues et de livres proposent des recettes « pour ne pas se tromper ».
Et depuis quelques années, de nouveaux conseillers se situent à l’interface entre psychologie et aménagement : coach Feng-shui ou coach-rangements, décothérapeutes…
Pour ma part, j’aime à penser qu’aménager son lieu de vie est un temps heureux de renouvellement, un voyage intérieur, une aventure qui permet une rencontre avec soi-même et les autres habitants du lieu.
En grec ancien, le verbe poiein qui a donné poème ou poésie, signifie aussi bien créer, faire, fabriquer manuellement ou techniquement que composer des vers. Matière et esprit sont mêlés en un seul mot. C’est pourquoi, à mes yeux, aménager sa maison est œuvre de poésie ; réalités concrètes et imaginaires s’épanouissent ensemble, dans un aller et retour fructueux.
Je vous invite donc dans une promenade créative en compagnie de mes sources d’inspiration : des histoires, des souvenirs, des paysages, des lumières, des couleurs, des matières, des formes et des suggestions pratiques ou écologiques.
En somme, je vous propose de partager mon plaisir à regarder la maison avec des yeux conteurs, des yeux voyageurs, faisant le vœu que cela suscite en vous le désir de concevoir votre lieu de vie avec une humeur amusée, dans la confiance en votre propre créativité, c’est-à-dire en votre capacité à réaliser vos rêves tout en vous adaptant aux besoins et contingences matérielles qui sont les vôtres.
En regard des textes, j’ai imaginé des illustrations décoratives : objets à découper en papier, en carton ou en bois, décors à peindre ou dessiner pour animer son lieu de vie. On peut les réaliser soimême, seul ou avec ses enfants, ou s’en inspirer pour imaginer d’autres créations.
L’idée est de retrouver la fraicheur des livres pour enfants, l’enchantement du fait-maison et la gaieté des choses légères.
DO IT YOURSELF
Et pour débuter notre voyage, je vous propose de réaliser un mobile en découpant le cercle de la page ci-après en pièces formant un voilier voguant entre soleil et vagues… Vous pouvez par exemple le suspendre au-dessus de l’endroit où vous vous tenez pour dessiner, discuter, projeter votre nouvelle maison…
C’est parti pour le voyage intérieur !
Un voilier caché dans un cercle !
Ici la découpe a été faite avec une machine de découpe numérique sur un contreplaqué de bouleau de 3 mm. (en vente chez les revendeurs de matériaux pour modélisme).
Vous pouvez aussi réaliser votre mobile en carton. En ce cas, un cutter et un poinçon pour les trous feront très bien l’affaire.
Une simple ficelle à rôti convient pour l’assemblage des pièces.
La diversité des trous permet différentes solutions. Réglez les longueurs à votre guise, mais en vérifiant l’horizontalité des vagues, de la coque et de la baguette supérieure.
Peignez les pièces avec vos couleurs préférées. N’hésitez pas à faire un soleil vert, une mer rose et des poisson jaunes (faites ce que je dis, pas ce que je fais : je suis restée classique !).
> Retrouvez le gabarit à la fin du livre
Qu’il s’agisse de l’aigle planant dans les airs ou du pommier en fleur, du cheval de trait qui peine ou du cygne alerte, de l’eau qui suit les méandres de la rivière ou du chêne ramifié, des nuages qui passent ou du mouvement du soleil, la forme suit toujours la fonction et telle est la loi.
Louis Sullivan, The Tall Office Building Artistically Considered
Nous avons une vision immuable de la maison : la demeure demeure...
Mais dans les faits une maison s’adapte tout au long des changements : vie en solo, en colocation, ou familiale, transformations de la relation dans le couple, enfants qui grandissent, évolution des situations financières ou tout simplement besoin de renouveau. Je vous propose donc de vous représenter la maison comme un corps vivant constitué d’organes qui assurent chacun leurs fonctions et interagissent entre eux.
Organe, organisation, organigramme : une même racine... En effet, pour l’organisation interne d’un lieu de vie, le premier acte à poser est de définir les fonctions qui y seront abritées ainsi que les relations qu’elles auront entre elles.
Concrètement, je vous invite à rassembler tous les habitants de la maison pour réaliser un organigramme
(ou mind-mapping comme on préfère dire aujourd’hui) qui servira de support à l’établissement de vos plans. Cet exercice peut vous servir avant de faire construire ou de rénover, mais aussi avant de choisir un lieu et même avant d’emménager dans un appartement dont vous ne pourrez pas modifier les cloisons. Il y a toujours une marge de manœuvre.
En fondant l’organisation de la maison sur la définition des fonctions, autrement dit des activités, on permet à la vie des habitants de s’épanouir dans leurs spécificités propres.
Pour cela, prenons le temps d’un retour sur soi pour identifier les besoins auxquels la maison devra répondre. Le principe est simple : chacun - y compris les enfants si vous en avez - liste ses activités, actuelles ou souhaitées, en solo ou collectives.
L’idée est de donner une place à tous nos besoins : ceux qui d’emblée semblent évidents comme dormir ou manger, mais également ceux qui nous sont spécifiques et auxquels nous n’accordons pas toujours une place faute d’y avoir songé.
Notre pensée se construit avec les mots. Or, les noms des pièces de la maison ne représentent qu’une partie des activités que nous y menons. Quel espace pour le panier du chien, les puzzles en cours, la machine à coudre et ses inévitables fils et épingles qui tombent au sol ? Quand la place des activités et des objets n’est pas initialement prévue, leur présence peut générer une sensation de désordre et même créer des tensions entre les habitants.
À cette liste en train de s’établir, vous pouvez associer des observations : orientation idéale, horaires des activités, ambiance sonore... Ainsi, la séance de yoga matinal sera peut-être plus agréable si elle est orientée vers le soleil levant.
Ou encore, en prenant conscience du niveau sonore requis par chaque activité, vous éviterez de fusionner au sein du séjour les fonctions de salon de musique, salle de jeux, home studio, salle à manger, cuisine ouverte et bibliothèque… À défaut, vous risquez de vous priver du plaisir de lire un bon roman tant que les enfants seront encore au nid.
Laissez-vous inventer votre vie : si vous êtes une famille de bricoleurs, pourquoi ne pas imaginer un atelier collectif avec un établi pour chaque membre de la famille ? Et si l’un d’entre vous a le réveil difficile, qui vous empêche de prévoir dans sa chambre un petit coin avec bouilloire et bol pour un petit-déjeuner en douceur et en solo. Ou encore, vous aimez le minimalisme et vous n’avez qu’une pièce ? N’hésitez pas à installer un lit escamotable pour dégager l’espace.
Soyons attentifs aussi à ne pas nous créer de faux besoins en nous conformant à des normes qui nous sont étrangères.
Par exemple, les équipementiers de la maison nous assurent qu’une cuisine élégante et technique est un investissement qui donne de la valeur aux biens immobiliers. Mais si vous n’aimez pas faire la cuisine, à quoi bon ? Dans 15 ans, modes et techniques auront changé et si vous voulez revendre votre maison, vos potentiels acheteurs auront selon toute vraisemblance une autre idée de la cuisine que celle que vous avez eue.
Il faut reconnaître qu’il n’est pas toujours aisé de discerner nos vrais besoins des obligations que nous nous imposons.
Les injonctions par lesquelles nous nous laissons habiter sont véhiculées par la société et l’éducation et ont, de ce fait, beaucoup d’emprise. L’important est de donner une place aux besoins identifiés.
Si des prises de conscience interviennent plus tard, il sera toujours temps d’adapter les aménagements.
Vous l’avez compris, aménager un lieu est l’occasion de réfléchir à la vie que l’on souhaite mener pour construire les conditions concrètes de la réalisation de ses désirs. Ce faisant, on peut aussi commencer à recenser le mobilier nécessaire, y compris les rangements associés aux activités.
Une fois vos listes individuelles établies, mettez-les sur la table : écoutez-vous, parlez-en. Identifiez ce qui relève de l’intimité de chacun et ce que vous avez envie de vivre ensemble, hiérarchisez aussi vos priorités, c’est utile pour trouver des compromis. Et autorisez-vous à changer d’avis, ces inventaires ne sont jamais complètement définitifs !
Maintenant que vous avez ajusté la définition de vos besoins et désirs en discutant, je vous propose de donner une taille, une forme, une couleur à vos activités : ce peut être de simples taches de couleurs avec le nom inscrit dessus. Vous pouvez vous inspirer des illustrations ci-après pour créer vos propres dessins.
Puis, jouez en déplaçant vos cartons de couleurs pour trouver les meilleures associations d’activités. Il y a différents angles d’approche : par nature d’activités - repos, convivialité, travail, bricolage -, par groupes de personnes - les adultes, les jeunes adultes, les enfants -, par impératifs techniques - pièces d’eau, accès, poussière, lumière. L’organisation spatiale commence à apparaître.
Vos besoins vont alors rencontrer les réalités matérielles du lieu. Selon que vous êtes locataire, propriétaire, que vous intervenez dans un lieu existant ou que vous faites construire, la situation sera évidemment différente. Quel que soit le cas, il y a des aspects inamovibles ou des travaux que l’on écarte parce que trop onéreux. Les invariants d’un terrain et / ou d’un bâti existant sont le plus souvent l’orientation, la surface totale, la structure porteuse, la couverture, les ouvertures sur l’extérieur, les évacuations et les sols. En dessinant le plan de ce que vous choisissez de conserver, vous tracez en quelque sorte le squelette, la base autour de laquelle vont s’organiser les organes et les fluides. Surtout ne vous laissez pas impressionner par la structure. L’espace est très plastique. Il suffit de visiter un lieu que l’on a connu dans le passé et qui est occupé par de nouveaux habitants pour constater combien l’atmosphère peut changer. Vous avez maintenant tous les éléments pour aborder la phase de dessin !
DO IT YOURSELF
Habiter, c’est vivre. Le temps de préparation est aussi du temps partagé et vécu ensemble qui peut laisser de beaux souvenirs… Aussi, pour fêter cette première étape, vous pourrez convertir vos découpages en sous-verre pour un apéro festif bien mérité !
Pour un mind-mapping festif
Tout simple : peignez puis découpez des taches de couleurs !
Pour la conversion en sous-verres : collez-les sur un carton.
Et s’ils sont réussis et que vous voulez les conserver, vous pouvez les protéger en les plastifiant.
Associer chaque activité à une tache de couleur, puis associer les taches entre elles pour visualiser leur répartition dans le lieu de vie.
Difficile de se projeter sur un avenir très lointain. Prévoir les changements plausibles sur une petite dizaine d’années me semble une temporalité correcte. Au bout de ce temps, le lieu a besoin d’être rafraichi et soi-même, on a changé.
Une maison sera d’autant plus flexible qu’elle sera simple. Choisir des matériaux naturels et basiques vous évitera de vous lasser.
En ne posant qu’un seul revêtement de sol par étage, vous pourrez modifier les implantations des cloisons sans avoir à refaire le sol, à condition, bien évidemment, qu’il soit posé avant les cloisons.
Un chauffage au sol permet une souplesse d’implantation du mobilier et vous dispensera de déposer des radiateurs si vous modifiez les cloisons.
Un réseau électrique conçu avec plus de prises que nécessaire s’adaptera à différents agencements.
Une sortie, c’est une entrée que l’on prend dans l’autre sens.
Boris Vian, Traité de civisme
L’entrée, le vestibule, le hall, la réception, on entre de façon très variée : dans certaines maisons, on pénètre de plain-pied dans l’intimité cordiale d’une cuisine, d’autres s’ouvrent cérémonieusement sur un large vestibule au centre duquel une envolée de marches s’élève. À la campagne, il y a fréquemment plusieurs entrées : on peut pénétrer par le garage comme par le jardin ou la rue. Et puis, on nous a conté des histoires de portes dérobées et d’entrées secrètes…
Mais dans notre société pressée et préoccupée de rentabilité, l’entrée tend à disparaître des lieux de vie : un non-lieu, on ne fait que passer. Pourtant, cet espace entre-deux est influent : le passage d’un extérieur à un intérieur, surtout la première fois, provoque l’arrivée d’une série d’impressions : changements de température, d’ambiance sonore et visuelle mettent les sens en éveil comme s’ils cherchaient à capter l’humeur de l’endroit : abandonné, naturel, sophistiqué…
Que vais-je vivre ici ? Cette vivacité des sens invite à ressentir le moment présent : il y a un avant et un après et entre les deux un moment de suspension.
D’ailleurs, chez les Romains, Janus est à la fois le dieu du passage, des portes, et le dieu du temps, des commencements et des fins, avec ses deux visages, l’un tourné vers le passé, l’autre vers le futur.
À mes yeux, les lieux de passage ont une poésie liée au temps et au rythme. La chorégraphie du mouvement des voyageurs est intense dans un hall de gare.
À contrario, le temps s’étire dans les halls d’attente des aéroports. Et dans un film, si le héros se trouve dans un couloir, je m’attends à ce que l’action surgisse brusquement de l’une des portes fermées.
L’escalier est aussi un lieu de passage. Sa verticalité lui confère une proximité avec l’être humain. Il est parfois considéré comme la colonne vertébrale d’un bâtiment et des symboliques sont associées à l’âme humaine dans l’action de monter ou descendre les escaliers : ascension vers la sagesse ou descente dans les profondeurs de l’inconscient suivent la progression des marches. Prétexte à de savantes géométries et à des jeux de pleins et de vides très graphiques, c’est souvent un bel objet sculptural.
Revenons à l’entrée comme lieu de prédisposition : les hommes de pouvoir l’ont compris depuis longtemps : dans la plupart des institutions, les halls sont sublimés par de majestueuses proportions et des matériaux luxueux qui intiment le respect. Au théâtre aussi, l’accueil est souvent traité avec emphase, créant un enchantement qui prépare le spectateur à la magie du spectacle. Et dans le monde professionnel, c’est encore à la décoration de la réception d’une entreprise que clients et partenaires évaluent sa réussite.
