Une nuit chez mon ex - Beny Carolin Ndouna - E-Book

Une nuit chez mon ex E-Book

Beny Carolin Ndouna

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Beschreibung

Paul et Anuarite tombent amoureux sur un malentendu qui bouleverse leur destin. Seulement, lorsque la vérité éclate, elle révèle des manipulations où certains tirent profit au détriment des autres, faisant s’effondrer leur histoire. Séparés, ils tentent de tourner la page jusqu’à ce que Paul provoque des retrouvailles décisives. Ce face-à-face intense fait ressurgir secrets et blessures, chaque révélation chamboulant leurs certitudes. Entre doutes et espoirs, ils devront affronter leur passé pour reconstruire un amour plus solide que jamais. Une romance tourmentée où la vérité, d’abord destructrice, pourrait bien devenir leur plus grande force.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Beny Carolin Ndouna est un écrivain néerlandais d’origine congolaise, vivant en France. Passionné par la langue française, il nourrit son écriture d’une richesse culturelle puisée de son expérience de vie à travers plusieurs horizons. Sa plume, sensible et profonde, reflète une vision du monde unique qui mêle diverses influences tout en explorant des thèmes liés à l’identité, la migration et la diversité culturelle.

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Seitenzahl: 217

Veröffentlichungsjahr: 2025

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Couverture

Page de titre

Beny Carolin Ndouna

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une nuit chez mon ex

Roman

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Lys Bleu Éditions – Beny Carolin Ndouna

ISBN : 979-10-422-6563-2

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

 

Une nuit chez mon ex

 

 

 

 

 

Dans la nuit étoilée, le ciel est clair, la lueur de la lune éclaire le salon de Pablo. Il y règne une atmosphère douce, car les volets ne sont pas baissés, par habitude. Pablo a horreur de dormir dans l’obscurité. Dehors, il fait froid, on entend de temps à autre de jeunes passants saouls jaser. On est en centre-ville, et on entend aussi de temps à autre une moto filer à toute vitesse ou le bruit du moteur de quelques voitures qui passent à une allure raisonnable. Dans les appartements, tout le monde dort, ou presque. Il n’y a aucune lampe allumée dans les maisons et appartements de la rue Dihéssé où les volets de toutes les maisons ne sont pas fermés, pourtant on peut s’imaginer que certains couples conversent à cette heure tardive de la nuit. Seul dans son appartement au troisième, dans ce trois-pièces où il vit depuis deux ans, Paul réfléchit.

Allongé à son aise sur son confortable canapé, sous la grande couverture, vêtu d’un pyjama adéquat à la saison, Paul leva son bras pour admirer sous la lueur de la lune les motifs de ce pyjama que Anuarite avait choisi avec soin pour lui. Pablo se retournait sous sa couverture, des images défilaient dans sa tête, des souvenirs, de très beaux souvenirs, mais par sa faute ce n’était plus que des souvenirs. Il se demandait comment faire pour que ces souvenirs se matérialisent à nouveau. Alors qu’il cherchait comment passer du rêve à la réalité, Paul se mit à concocter une chanson pour rallumer le feu, une chanson où il allait s’exprimer et non chanter juste pour le simple plaisir de l’oreille, mais bien pour faire passer un message. Des paroles jaillissaient en lui, son cœur se réchauffa avec tous ces sentiments qui émergeaient, il était encore amoureux, oui, très amoureux.

 

 

 

Anuarite,

Tu es tellement belle que j’aimerais t’appeler Mirabelle

de Beau-Regard, car tu as un regard foudroyant

Tellement gracieuse que j’ai considéré que tu es ma grâce, car je n’ai rien fait pour te séduire

Vu l’importance que tu as à mes yeux, je considère que je n’ai fait aucun effort pour te conquérir

En même temps, c’est moi et ce n’était pas moi qui t’ai séduit

Mais serais-tu d’accord que ce soit bien moi

Je te prie de m’excuser, car j’ai honteusement profité de la situation

J’ai joué, j’ai perdu… pourtant c’est au moment où j’ai arrêté de jouer que j’ai perdu

Car j’étais vrai dans mes sentiments.

J’ai été pris à mon propre piège

Ouvre-moi s’il te plaît ma grande afin qu’on discute

S’il te plaît donne-moi l’occasion de m’expliquer

Donne-moi l’occasion de te dire tout ce que j’ai sur le cœur

De te dire ce que je pense réellement et non penser ce que je vais te dire, car à ce jeu-là, j’ai perdu.

Pourtant, tu m’es tombée du ciel, tu as toujours été ma grâce, la particularité d’une grâce c’est qu’on ne fait aucun effort pour l’avoir. Celui ou celle pour qui la grâce est destinée ne peut qu’être aux anges. En effet, j’ai appris à te connaître et le mot grâce représente ce que tu es pour moi.

 

Ouvre-moi, s’il te plaît, ma grande, je ne te demande pas ton cœur, mais ton pardon.

Ces paroles défilèrent dans la tête de Pablo, il se retournait sous sa couverture et se levait de temps à autre pour aller fredonner un air avec sa guitare. Il marchait dans son spacieux salon tout en réfléchissant et jouant de son instrument, il avait Anuarite dans sa peau. Dans le salon de Pablo, il y avait un canapé d’angle beige derrière lequel il avait mis un bureau pour écrire et travailler ses chansons. En face du canapé, il y avait un grand écran très près du mur et une chaîne musicale dernier cri dans le meuble sous l’écran. Le mur était peint en deux tons, le blanc et le marron. Finalement, il ne choisissait rien au hasard, car il y avait visiblement trois couleurs dominantes dans son salon, le beige, le marron café et le blanc. Ses meubles étaient en bois massif, couleur café, comme son bureau dans lequel il passait beaucoup de temps. Pablo était très discret dans son immeuble où il était logé au troisième et dernier étage au fond du couloir à gauche en sortant de l’ascenseur. Pablo était propriétaire, il vivait seul et ne recevait que les intimes. Lorsqu’on entrait chez lui, on était tout de suite frappé par l’ameublement haut de gamme, y compris sa voiture luxueuse, son appartement était pour lui une preuve de réussite.

À deux heures du matin, Pablo n’arrivait pas à trouver le sommeil. Assis à son bureau pour coucher les paroles sur papier, il se mit aussi à composer la musique douce qui allait les accompagner, ces paroles sorties de son cœur. Pablo ne put fermer l’œil de la nuit à cause de sa culpabilité, alors il écrivit une belle chanson pour son amour perdu. C’était trop beau, cet amour qu’il avait vécu pour baisser aussi facilement les bras, il se dit qu’il fallait reconquérir le cœur perdu ou faute de mieux avoir un contact amical avec Anuarite, car en réalité c’étaient de vraies âmes sœurs qui se comprenaient souvent sans se dire un mot. Malheureusement, le mensonge peut détruire, il avait menti et n’avait pas été honnête dès le début. Empêtré dans ses mensonges, Pablo ne trouvait plus le bon moment pour rétablir la vérité afin de repartir sur de bonnes bases.

« Quel con je suis ! » dit Pablo. Je n’ai jamais été aussi amoureux et c’est à ce moment que je ne suis pas foutu d’être sincère envers moi-même et envers celle qui fait battre mon cœur. J’ai joué et j’ai perdu, mais ce n’était pas un jeu, car j’ai eu un vrai coup de foudre pour elle et pour cela, je n’ai pas joué. Mais quel con, j’aurais dû dire la vérité dès le début, alors peut-être qu’elle serait partie, mais en fin de compte, je l’ai perdue, elle me déteste, car je l’ai offensée. Il va falloir que je lui parle, qu’elle me donne la chance de m’expliquer, car j’ai menti par amour, mais mentir c’est mal. Oui, toute relation fondée sur le mensonge finit par s’arrêter. Mais qu’est-ce que je croyais ? Je n’ai pas d’excuses, j’ai été égoïste, car je n’ai pensé qu’à moi dans cette histoire, à ce qui me rendait heureux et me faisait plaisir. Je ne réalisais pas à quel point je pourrais lui faire du mal, on était heureux et c’est tout ce qui comptait pour moi, mais malheureusement tout était construit sur le mensonge, le socle était en sable, mais comment aurais-je pu en faire un roc sans avoir l’air de trahir sa confiance ? Jamais elle ne me fera plus confiance, car se dit-elle certainement « qui a bu boira », et pourtant je ne suis pas un menteur. Non, je ne suis pas un menteur, c’est juste l’occasion qui a fait le larron, il faudrait que je lui parle. Notre rencontre était tout simplement une occasion en or. Ce genre d’événement n’arrive que très rarement dans une vie, c’est normal que j’aie sauté sur l’occasion, j’aurais dû dire la vérité au premier rendez-vous, mais j’avais peur, peur de la perdre. Tous ces souvenirs qui remontaient et qu’elle évoquait et moi qui acquiesçais au fur et à mesure. C’est cela qui lui faisait plaisir et moi je m’enfonçais profondément et sûrement dans mon engrenage par peur de la perdre. Finalement, je l’ai perdue, j’espère ne pas l’avoir perdu définitivement, car ce que j’ai toujours ressenti pour elle, je ne l’ai jamais ressenti pour quelqu’un d’autre. Je souffre aujourd’hui et Anuarite est mon seul remède possible et efficace. Si elle pouvait ouvrir ou pénétrer mon cœur, c’est sûr qu’elle me comprendrait, elle serait indulgente envers moi. J’ai du succès avec les femmes, j’en ai connu avant elle. Je ne pariai plus que par elle comme si j’étais dans un profond sommeil puis elle est venue me réveiller. En sortant de ma léthargie, de l’ignorance et de mon insouciance par rapport à la détresse des cœurs de mes conquêtes, c’est ce doux visage que j’ai vu, le visage de l’amour et de la maturité qui m’a ramené à la raison. J’étais ensorcelé, conscient de mes sentiments et conscient de ce sentiment qu’on appelle l’amour qui m’effrayait tant avant que Anuarite le révèle à mon cœur. Ce sentiment plutôt doux, enivrant et source de bonheur, car je n’ai jamais été aussi amoureux. J’avoue que j’étais très superficiel avec bon nombre de mes conquêtes, mais avec Anuarite c’était autre chose. Je ne suis pas sûr que je pourrais me faire à l’idée de ne plus la voir, l’admirer, lui faire des compliments, la voir sourire. J’ai souvent été très con dans mes relations amoureuses, depuis mon succès dans mon métier, mais visiblement mon succès y était pour quelque chose concernant l’attirance soudaine des femmes pour moi et ma méfiance envers elle. Mais c’est égoïste de raisonner comme cela, c’est sûr que toutes ces femmes que j’ai brièvement fréquentées n’étaient pas toutes intéressées, c’est trop simple de faire des généralités. J’ai fait souffrir des cœurs, tout se paie ici-bas, car aujourd’hui c’est moi qui souffre. Anuarite au moins m’a quitté pour une raison valable, mais moi j’étais un vrai papillon, je me posais sur une fleur que je trouvais sur mon chemin, une fois le suc consommé, je cherchais déjà une autre fleur sans état d’âme. Je me préoccupais moins de ce que ces pauvres dames pouvaient ressentir. Au moment où j’ai eu envie de me poser, c’est à ce moment-là que je fonde tout sur un socle friable, que j’ai menti. Pourtant, j’ai été aussi sincère que cruel envers celles que j’ai quittées en leur disant une vérité qu’elles n’auraient pas voulu entendre. Au moment où il faut dire la vérité, car je suis amoureux, je la dissimule, pire encore, je mens. Je m’enfonce dans mon mensonge et j’ai bâti ma relation sur une histoire qui n’existait pas. Mais quel con je suis, j’ai joué, j’ai perdu ! Je suis mal foutu, j’ai honte, je me rends compte du mal que j’ai causé aux dames qui ont croisé mon chemin et que j’ai rejetées sans préavis, aujourd’hui c’est moi qui suis rejeté, mais là j’y suis pour quelque chose. « Comme on fait son lit, on se couche », dit-on. Pourtant, moi je ne vais pas me contenter de me coucher, je vais me battre, au moins pour une amitié sincère. Ce doux rêve est-il finalement devenu un cauchemar pour toujours ? Moi qui étais sur un petit nuage, ce nuage s’est dissipé et c’est le mauvais temps aujourd’hui. Pourtant, on dit toujours qu’après la pluie vient le beau temps, les problèmes existent afin qu’on leur trouve des solutions. Dans mon cas, aucune solution ne tombera du ciel, il faudrait que je fasse quelque chose. Une faute avouée est à moitié pardonnée, il faudrait que pour cela qu’elle me donne l’occasion de le faire, je me traînerais par terre s’il le faut, j’espère qu’elle me comprendra et me pardonnera. Toute relation fondée sur le mensonge n’est pas viable, mais en avouant sa faute on peut obtenir le pardon et repartir sur de bonnes bases. Seulement, il ne faut pas récidiver sinon on n’est plus crédible.

 

Demain à la première heure, j’irai toquer à sa porte afin qu’elle m’ouvre, que je lui parle. Elle ne prend plus mes appels et ne répond pas à mes messages. Qui ne tente rien n’a rien. J’irai la voir demain. Elle me manque, je ne peux vivre sans elle, j’ai besoin d’elle pour me sentir mieux. C’est étrange, car cette étonnante sensation de manque intense pour une nana, je ne l’ai jamais ressentie pour qui que ce soit d’autre avant. C’est sa personnalité qui me plaît le plus. C’est vrai qu’elle a une belle tête, mais ce n’est pas tout, c’est surtout qu’elle en a une bonne sur les épaules, la beauté physique attire et le caractère retient, c’est pour cela que je me suis attaché, mais me concernant, elle ne peut dire autant.

Cela faisait un mois que Anuarite avait mis un terme à sa relation avec Pablo. Elle avait coupé toute forme de communication avec son ex, elle était tellement amoureuse de ce dernier que la déception paraissait à Pablo plus importante encore et plus sérieuse au point qu’il lui semblait alors impossible de pardonner. Avant la déception, Pablo et Anuarite filaient le parfait amour. Mais était-ce là la seule faute de Pablo ? En ce qui concerne son mensonge, certainement. Seulement à côté de cela, à cause des intérêts des uns et des autres, tout le monde était parti dans un rôle pour plaire ou faire accepter une certaine réalité qui paraissait normale pour les uns, dérangeant ou carrément pas avantageux pour d’autres. Le monde est ainsi fait, les gens sont parfois obligés de mentir pour se faire accepter. Oui, se faire accepter parfois pour ne pas cacher des défauts, mais juste une réalité que d’autres prendraient pour un défaut. Mais à ce moment-là le défaut ne se trouve-t-il pas dans la personne qui juge sans comprendre ou qui juge tout simplement ? Cela dit, la vérité sur Pablo va se révéler, mais ce n’est pas ce que chacun aurait supposé, car il y aura plusieurs rebondissements, des déceptions et de la joie.

Cela fait quatre semaines, cela devient insupportable ! se disait Pablo en se retournant dans son lit. Et il continua à cogiter.

Quand elle a décroché dernièrement, parce que je l’ai appelée d’un nouveau numéro, elle m’a raccroché aussitôt au nez, elle ne prend pas non plus les numéros masqués. Cette chanson est écrite spécialement pour elle, elle réalisera que j’ai pris tout ce temps pour elle, cette chanson sort de mes tripes, elle se rendra compte que je l’aime beaucoup, même l’amitié me suffira si je ne peux plus reconquérir le cœur, je ne peux vivre sans elle, elle m’inspire.

Je ne pourrais vivre sans elle, c’est une évidence, j’irai chanter cette chanson à sa porte, elle appellera la police s’il le faut, mais je ne baisserai pas les bras. Je vais me battre pour réparer mon erreur. Je chanterai jusqu’à ce qu’elle m’ouvre, même pour une amitié en repartant sur de bonnes bases, cela en vaut la peine. Cette nana à elle seule est une vraie thérapie, elle m’a changé en un rien de temps, c’est normal que ce soit elle qui bénéficie des fruits de mon changement positif. Demain matin à la première heure, j’irai chez elle, car le vendredi elle part tard au travail et passe le week-end en centre-ville. Elle verrait bien que c’est l’expression de mon âme et non des paroles de mon esprit qui se lance dans une simple logique de reconquête. Cela dit, je m’exprimerai, car je lui dirai ce que je pense d’elle et non penser ce que je dois lui dire : elle est très intelligente, c’est sûr qu’elle s’en rendra compte.

 

Pablo médita toute la nuit tout en composant cette chanson spéciale pour Anuarite. Une chanson qu’il chantera dès qu’il se retrouvera au seuil de sa porte. Il cogita longtemps, pendant toute la nuit, et ne put s’endormir qu’aux aurores.

C’était un vendredi, dernier jour de la semaine au bureau pour Anuarite, car pendant le week-end elle était aussi plongée dans les dossiers, bien qu’elle profitât du week-end comme il le fallait.

Le jeudi matin, Anuarite était déjà au centre-ville pour lâcher un peu du lest. Son père louait pour elle un appartement au centre-ville de la Côte d’Or. Cet appartement servait aussi de bureau. La Côte d’Or est la capitale de Port-Gentil, un pays occidental où il fait de moins en moins froid pendant l’hiver et cela est en partie dû au réchauffement climatique provoqué par les émissions de CO2. Les Portois ont une grande industrie de charbon et le pic de pollution dans la capitale est souvent à son apogée, mais l’homme seul être vivant conscient de son existence, sachant que sa vie est misérablement courte, vit cependant comme si lui-même et son environnement étaient éternels.

Anuarite occupait ce deux-pièces tout le week-end, car le reste de la semaine, elle était chez ses parents qui habitaient en campagne à une heure de la Côte d’Or.

Anuarite passait beaucoup de temps en famille pour profiter des conseils de gestion de son père, car en réalité elle était en formation continue. Les parents de Anuarite étaient propriétaires d’une usine qui fabriquait ses propres sacs de luxe et accessoires à l’ancienne et pour quelques grandes marques locales dont elle exécutait les commandes. Une partie de ces sacs était produite en Asie, mais tous les produits étaient made in Port-Gentil, un cafouillage bien maîtrisé par la boîte. Anuarite était en immersion incognito dans l’entreprise de ses parents. Oui, ses parents, ou finalement sa famille, faisaient partie de la haute bourgeoisie où les codes devaient être bien respectés. Le mariage arrangé des parents de Anuarite avait permis aux deux familles d’être à la tête d’une richesse importante et d’agrandir la boîte. Cela dit dans cette famille, on ne se mariait pas n’importe comment et en plus on ne se mettait pas en couple avec n’importe qui. En réalité, c’était plus une affaire de sous qu’une affaire de mœurs. Le mariage des parents de Anuarite était un exemple parlant pour elle, car à l’origine ses grands-parents leur avaient suggéré d’être ensemble pour agrandir leur fortune. Par ailleurs, il va sans dire que ces derniers s’aimaient beaucoup et avaient pu avoir deux enfants, le fruit de leur amour. Bien qu’évoluant dans ce monde, Anuarite observait certains comportements sans critiquer ouvertement, car elle avait son avis tranché sur certaines coutumes de la bourgeoisie. Elle ne donnait pas toujours son avis dans le milieu sur certains sujets pour ne pas contrarier son père qui paraissait attaché aux valeurs de la bourgeoisie parfois pour de mauvaises raisons.

Paul Zola, dit Pablo, se leva vers trois heures de l’après-midi. Après avoir pris un bain, il se mit à la guitare pour répéter cette chanson qui vaudrait le sésame pour rentrer chez Anuarite. Il savait que vers neuf heures du soir, selon ses habitudes, Anuarite serait chez elle en train d’écouter de la musique avec Bianca, sa meilleure amie, ou alors seule devant la télé à regarder un nouveau film acheté ou loué en grignotant. Anuarite dormait de moins en moins souvent chez ses parents où elle avait encore toutes ses affaires. Après son master en gestion des entreprises, elle alla travailler dans une autre boîte que celle de ses parents, celle des amis de la famille. Celle-ci produisait du fromage pour l’exportation. Son père voulait qu’elle ait de l’expérience avant qu’elle ne commence l’immersion dans l’entreprise familiale. Lorsqu’elle y entra incognito, elle ne rentrait au centre-ville que le jeudi soir, elle était formée en continu par son père, au travail comme à la maison. Désormais, Anuarite était près du but, prendre les rênes de la société et changer les habitudes qui la rebutaient. Son père dirigeait cette entreprise d’une main de fer, et bien que les salaires y fussent convenables, les employés n’avaient pas beaucoup d’avantages alors qu’ils produisaient une plus-value importante. Les heures supplémentaires n’étaient pas payées, car il fallait les récupérer et souvent à l’avantage de l’entreprise. Koos, le père de Anuarite, n’aimait pas les employés syndiqués, car ils étaient source de problèmes selon lui, si bien qu’à l’embauche, par une voie détournée, il cherchait toujours à s’informer. Pour lui, le fait d’être syndiqué était un motif rédhibitoire à l’embauche. Anuarite était bien consciente qu’on était là dans le monde des affaires ou même tout simplement dans le monde où la candeur n’est pas la valeur cardinale.

Alors le vendredi soir, elle était déjà au centre-ville, là même où Pablo allait se rendre afin de reprendre contact avec elle. L’appartement faisant également office de bureau, elle y traitait certains dossiers que son père lui confiait. Anuarite prenait son travail à cœur et c’est à elle qu’était destinée la gérance de la boîte, car ses parents étaient fatigués et son grand frère avait décliné la proposition. Anuarite n’était pas catégorique comme son frère dans sa manière d’interagir avec les autres, elle savait bien mettre de l’eau dans son vin lorsqu’il fallait surtout se battre pour des causes justes. Elle s’entendait bien avec son père malgré leurs divergences dans la manière de concevoir les choses, car elle le forçait parfois à se remettre en question en le mettant devant des faits accomplis qui imposaient le dialogue.

Après avoir avalé quelques bouchées d’un plat surgelé, muni de sa guitare, Pablo se précipita vers sa voiture pour se rendre au sud du centre-ville de la Côte d’Or où devait se trouver sa tendre Anuarite dont il était séparé depuis un mois. Le sud du centre était presque à l’opposé de là où il vivait. Il en avait pour une quinzaine de minutes en comptant les arrêts aux feux de circulation. Anuarite ne répondait plus à ses appels ni à ses messages jusqu’à mettre son numéro en rejet automatique. Malgré cela, Pablo tenait mordicus à la revoir pour au moins s’expliquer sur le déroulement des événements passés. Pour rien au monde, il n’aurait baissé les bras, car il aimait la joie de vivre de Anuarite qui prenait le temps de s’amuser et se divertir alors qu’elle était toujours sérieuse dans son travail. Le divertissement était pour Pablo son cheval de bataille. De ce fait, Anuarite ne s’ennuyait jamais en sa présence. Le travail de Pablo était de produire du bon son pour le plaisir de l’oreille. Pablo était chanteur-compositeur, il faisait partie d’un groupe de chanteurs qui avait du succès surtout dans le milieu africain à l’international. Sans faire trop de marketing, les disques de ce groupe se vendaient comme des petits pains et la publicité se faisait surtout de bouche à oreille, mais aussi sur les réseaux sociaux. Il arrivait à remplir un stade de foot sans faire la moindre promotion dispendieuse.

Arrivé en bas de chez Anuarite, il y trouva sa voiture garée de l’autre côté de la rue. La ruelle était bondée de voitures stationnées, Pablo dut alors se mettre en quête d’une place à quelques encablures de là. Il tourna en rond dans le quartier jusqu’au moment où il en trouva de justesse à deux ruelles de là où une dame s’apprêtait à partir. Pablo occupa aussi la place avant qu’une personne malhonnête ne s’engouffrât dans la brèche. Il prit son temps une fois la voiture garée pour réfléchir et regarda dans le rétroviseur intérieur. Il trouva qu’il n’était pas mal, mais là n’était pas le problème. Étant plus que jamais au plus près de son but, tout à coup tout lui revint en pleine figure, il prit conscience de la gravité de son acte. Il accepta pour la première fois qu’on ne puisse pas vouloir lui ouvrir la porte même pour s’excuser. Il se donna du cœur au ventre, puis sortit de la voiture pour aller chez son ex. Il y avait un parcmètre à environ trente mètres. Pablo l’aperçut et se dirigea subitement vers celui-ci. Une fois arrivé devant, il se rappela qu’à cette heure de la soirée on pouvait garer sa voiture gratuitement. Il comprit qu’il n’était pas dans son état normal, car il avait peur du rejet, la preuve c’est que cela faisait déjà un mois que Anuarite avait coupé toutes formes de conversation avec lui. Empli d’un sentiment de mélancolie mêlé à un certain soulagement, il pensa à Bianca puis au frère de cette dernière. Il se dit à ce moment-là : à quelque chose malheur est bon, comme j’ai été lâche, alors il fallait que quelqu’un le fasse à ma place, car j’ai toujours repoussé l’échéance et cela me coûte cher aujourd’hui. Il se dirigea alors vers chez Anuarite. Chemin faisant, muni de sa guitare, avec en tête les paroles minutieusement choisies la veille, Pablo répétait cette douce mélodie composée pour attendrir le cœur de Anuarite. Les quelques passants qu’il croisa sur sa route, se retournèrent sur lui écoutant le beau timbre de sa voix et le beau son qui émanait de sa guitare. Oui, Pablo était un chanteur professionnel, dans son groupe, il était le plus adulé pour sa voix et sa souplesse en dansant la Rumba capnordienne. Capnord est un pays de l’Afrique noire qui a une forte communauté en occident et plus particulièrement à Port-Gentil. Port-Gentil est la première destination des étudiants Capnordiens, et nombreux s’y sont installés après leurs études comme les parents de Pablo qui y vivaient depuis le début de leur vie de jeunes adultes en tant qu’étudiants.

Une fois en bas de l’immeuble, Pablo choisit un nom au hasard sur l’interphone. Ce dernier ne répondit qu’après une deuxième tentative, en l’occurrence une dame d’un certain âge. Pablo expliqua qu’il avait laissé les clés dans son appartement alors qu’il était descendu jeter la poubelle. La dame ouvrit la porte en rouspétant en ces termes.

 

— Ah, les jeunes !

— Je vous prie de m’excuser du dérangement, Madame, enchaîna Pablo.