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“Aline vient de mourir.”
Personne n’aurait cru qu'elle se réveillerait un jour. Pourtant, la jeune femme ouvre les yeux dans son propre cercueil.
Elle est amnésique et a acquis des capacités surhumaines. Un mystérieux jeune homme la découvre ainsi. Il aurait dû être étonné de la voir en vie, elle aurait dû avoir peur de lui. Mais il n'en est rien.
Il fera tout pour la protéger.
Malheureusement, Aline fera également tout pour retrouver ses souvenirs, mettant terriblement en péril son nouvel allié.
Et si ce bel homme lui cachait tout ce qu'elle a toujours cherché ?
Plongez sans plus attendre dans ce roman fantastique déjà primé à de nombreuses reprises !
EXTRAIT
Le jeune homme ferme enfin les yeux, tentant de toutes ses forces de se rappeler de chacun des douloureux traits du visage de celle qu'il vient de perdre. Il ne verra plus jamais les expressions qu'accueillait le visage de sa bien-aimée. Plus jamais. Le rire cristallin de cette fille a disparu tel un feu de camp qu’on éteint. C’est la lueur de son cœur que cette nouvelle avait brisée. Il ne lui reste plus rien, si ce ne sont les souvenirs vécus avec elle. Ces bouts de mémoire qu’il aimerait revivre encore et encore. Pourtant, cela lui est impossible.
Ça, c'est ce qu'il croyait en tout cas.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
Un livre surprenant rempli de sensualité et de mystère, rédigé par une plume envoûtante. -
Les Ficties
Un chef d'oeuvre du suspens qui nous fait passer un message véritablement engagé. -
Golden Awards
À PROPOS DE L'AUTEUR
Elin Bakker a 17 ans. De nationalité belge, elle a toujours été passionnée par l’écriture et la lecture. Depuis son plus jeune âge, elle imagine des mondes fantastiques aux nombreuses facettes. À 15 ans, elle se lance sur la plateforme Wattpad avec son premier roman. Encouragée par ses lecteurs et par le franc succès de ses histoires loup-garou, elle explore tous les genres littéraires de l’imaginaire. Aujourd’hui, elle écrit des romans fantasy, comme le premier volet de sa saga autour du monde des vampires nommé
Vampire en colocation.
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Seitenzahl: 333
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Vampire
en colocation
"L'imaginaire est notre maison, tant qu'on l'entretient tout ne fait que s'améliorer."
Une pluie tout aussi pesante qu'acide s'abat sur la ville de Mornal. Une foule incroyablement dense se presse à l'intérieur de la bâtisse constituée d'une pierre grise et fade. Tous sont habillés en noir, formant une mer obscure à l'intérieur de cet endroit aux airs sacrés.
Pourtant, malgré le fait que ces personnes soient à l'abri là-bas, leurs joues ne cessent d'être inondées par une cascade aussi limpide que douloureuse.
Les inconfortables bancs en bois, qui occupent la moitié de l'espace de cette immense salle, sont déjà presque tous occupés. Ils accueillent toutes sortes de personnes de classes sociales différentes.
Les parapluies, quant à eux, ont l'honneur de rester à la majestueuse porte d'entrée en bois massif.
Chacun se fond dans la population accumulée en masse ici, personne ne s'en distingue. Ce n'est pas le moment d'être extravagant, au contraire. Des centaines, non des milliers, de bouquets de fleurs se dressent un peu partout autour de ces êtres humains. Certains sont obligés de rester debout, faute de place.
Leurs innombrables pétales, rouges comme blanches, contrastent parfaitement avec tout le reste du décor. Cette sombre scène en est une que tous aimeraient pouvoir oublier.
Sur le tout premier banc, celui qui est le plus proche de l'autel, est assise une jeune fille aux cheveux presque dorés. À ses côtés, se trouve un homme aux épaules larges et fières. Il ne cesse de fixer cette immense boîte posée au beau milieu de l'église. Cette boîte que le père a dû choisir pour sa chère fille. Une larme solitaire coule le long de ses joues, avant d'atterrir sur ses mains jointes. Ses cheveux couleur corbeau forment un ensemble harmonieux avec la chemise noire qu'il arbore avec élégance.
Mais un jour comme celui-ci, il n'y a pas d'élégance à avoir. Il n'est pas l'heure de se mettre en valeur soi-même. La seule qui a le droit d'être belle et séduisante, une dernière fois pour toutes, est la défunte. Elle était son petit joyau, celle qui comptait le plus pour lui. L'homme baisse la tête, courbant le dos. Il contemple avec ardeur les reflets qui se dessinent sur la surface de ses chaussures laquées.
Sa fille n'aurait jamais voulu avoir une telle cérémonie. Une seule messe du dimanche était déjà de trop pour elle. Elle n'y allait jamais, elle ne le supportait pas. Cette jeune fille aurait voulu avoir une cérémonie d'adieux flamboyante avec un comité limité et non pas un spectacle uniforme et maussade comme celui-ci. Elle se battait quotidiennement contre ces hypocrites de tout genre qui la regardent à présent partir. Leurs larmes n’ont rien de réel.
Aux côtés de cet homme mûr, une place reste vide. À celle-ci, aurait dû s'asseoir une personne essentielle à celle qui vient tout juste de se retirer du monde. Cette personne aurait dû venir, mais elle n'est pas là et elle ne le sera jamais. Cette femme qui manque à l’appel se fichait de sa famille, de son sang et de leurs sentiments. Elle préférait toujours s’occuper de ceux qu’elle avait choisi, ceux qu’elle appelait sa nouvelle famille. Le père serre les poings, se sentant incompris et abandonné.
À l’autre extrémité du banc, une jeune fille aux yeux couleur noisette serre fortement les poings. Elle contient sa rage, luttant contre ses pires démons à cet instant même. Son regard reste fixé sur le lys blanc qui est posé sur le cercueil blanc et rouge. Rouge, la couleur du sang et de l’amour. Rien n’est assez beau pour son amie. Cette boîte en bois est encore et toujours présente sur l'autel. Cela n’aurait pas dû arriver ! Elle se sent mal, rongée par une culpabilité destructrice. Et elle sait bien pourquoi.
De lourdes gouttes, remplies de regrets, coulent sur les joues de cette fille très proche de la disparue, avant de s'écraser au sol. Elle aurait dû empêcher ce drame. Elle l’aurait pu. Une nouvelle crise de sanglots secoue son frêle corps qui a été détruit par cette déchirante nouvelle. Tête baissée, elle se remémore des souvenirs avec sa meilleure amie, comme tant d’autres le font ici.
Mais loin de tous les regards indiscrets, tout au fond de l'église en pleine cérémonie, se tient la personne à laquelle la belle et jeune victime tenait tant.
Ce jeune homme, posé contre un des glacials murs en pierre de l'édifice, contemple cette scène entière avec une tristesse sans limite au plus profond du regard. Des milliers de gouttes cristallines dévalent de ses yeux, courant lentement à leur perte. Entre ses mains, il tient la fleur préférée de son aimée : un lys blanc. Personne ne le connaît ici. Pourtant, lui, il connaît tous les visages et noms de ceux qui se plaignent dans le vide de cet endroit sacré.
Il reste là, immobile, les yeux rivés sur le cercueil de celle qu'il aime tant. Il a tout fait pour la sauver, mais rien n'a suffi à la ramener à la vie.
Tout à coup, il lève la tête vers la voûte qui surplombe l'intégralité de cette foule attristée. Celle-ci lui communique le son des chants lyriques qui ne cessent de résonner dans le bâtiment entier.
Le jeune homme ferme enfin les yeux, tentant de toutes ses forces de se rappeler de chacun des douloureux traits du visage de celle qu'il vient de perdre. Il ne verra plus jamais les expressions qu'accueillait le visage de sa bien-aimée. Plus jamais. Le rire cristallin de cette fille a disparu tel un feu de camp qu’on éteint. C’est la lueur de son cœur que cette nouvelle avait brisée. Il ne lui reste plus rien, si ce ne sont les souvenirs vécus avec elle. Ces bouts de mémoire qu’il aimerait revivre encore et encore. Pourtant, cela lui est impossible.
Ça, c'est ce qu'il croyait en tout cas.
Mes yeux s'ouvrent lentement, comme si ceux-ci ne s'attendaient pas à faire de nouveau cette manœuvre avant un long moment. Mais, même réveillée, je n'arrive pas à respirer. J’ai l'impression que je suis sur le point de m'étouffer. Pourtant, quelque chose me dit que cela ne changera pas grand-chose à mon sort. C’est comme si cette fonction vitale n’a plus d’intérêt pour moi.
Malgré le fait que j’ai ouvert les yeux, tout reste sombre autour de moi. Cela me fait frissonner, tandis que je m’apprête à sortir de mon lit, comme à mon habitude. Pourquoi me suis-je réveillée à cette heure-ci ? Normalement, mon réveil est le seul à pouvoir me tirer de mes rêves à une heure pareille. Je tente de me redresser pour me lever au plus vite. J’ai froid, extrêmement froid. D’où cette sensation peut-elle bien provenir ?
Malheureusement, lorsque je tente de me redresser, je me heurte la tête contre une surface dure. Étrangement, cette collision ne me fait aucun mal. Aucune douleur ne transperce mon crâne, malgré le choc d'une violence inestimée que celui-ci vient de subir. Je secoue la tête pour tenter de comprendre un peu mieux la situation étrange dans laquelle je me trouve piégée. J’ai sûrement dû tomber de mon lit ! C’est ce que je tente de faire croire à ma raison. Cela est la seule raison plausible que je peux donner à une telle situation. Pourtant, je sais pertinemment que je me trouve allongée sur le dos et non sur le ventre. Mais quelque chose m’empêche quand même de me lever. Cela me perturbe jusqu’à m’en faire peur. Que m’arrive-t-il ?
Je passe mes mains, qui sont allongées sur mon ventre en forme de croix, sur les côtés de mon petit corps. Elles passent à peine entre la surface dure qui m’entoure et la masse de ma longue silhouette. Celle-ci a considérablement maigri depuis la dernière fois où je me suis réveillée. Où est donc passé ma mémoire ? Un vide a pris place en moi. Plus aucune image de mon passé ne me revient. Pas une seule ne se presse à la surface. Je ne me rappelle plus que de moi-même et de tout ce qui m’a un jour appartenu, le reste semble avoir pris la fuite. Je m’appelle Aline. C’est la seule chose que mon cerveau parvient à retrouver dans le brouillard de mes souvenirs. Mais qu'est-ce que je fais là ? Comment ai-je atterri ici ? Je ne me souviens même plus de cet endroit ! Tout cela me fait paniquer. Soudainement, je remarque enfin le fin filet de lumière qui pénètre dans l'espace fermé de l'endroit où je me trouve. Mon rythme cardiaque double, non triple, et mes mains deviennent de plus en plus moites. L’intégralité de mes membres tremble horriblement, reflétant la terreur qui commence peu à peu à m’envahir tout entière.
Je tente lentement d'ouvrir cette satanée boite qui m’entoure de toutes parts, tandis qu'un sentiment extrême d’angoisse m’envahit. C’est comme si un mauvais présage se frayait un chemin vers mon existence encore incertaine. Tout cela n'a rien de normal ! Je donne un gros coup dans la surface en bois au-dessus de ma tête. Celle-ci, s'ouvre aussitôt dans un fracas énorme. Le bruit continue éternellement à résonner dans l’espace qui m’entoure. Cette musique se répète un peu partout autour de moi tel un écho.
Une lumière aveuglante me perce soudainement les pupilles, me poussant de nouveau dans le coffre dont je ne parviens pas à refermer le couvercle. Je ferme les yeux pour leur donner une chance de s'habituer à la luminosité excessive de l’environnement dans lequel je me trouve. Pourtant, j’ai tout de même du mal à retenir le cri qui souhaite s'échapper de ma gorge asséchée face à cette agression inattendue. Mon instinct me pousse à rouvrir de nouveau les yeux, ce qui n’est pas vraiment une bonne idée en fin de compte. Je recouvre instinctivement mes yeux de mes mains glaciales, cherchant désespérément un moyen d'arrêter ce calvaire qui ne cesse de me tourmenter.
Puis, après une longue et silencieuse attente, je retrouve enfin le courage de retenter ma chance. Mes paupières s'ouvrent l'une après l'autre, permettant à mon regard de scruter avec attention l'environnement qui s'étend partout autour de moi. L'endroit où je me trouve est majestueusement grand et beau. J’en connais très bien la fonction, malgré le fait que je ne me souvienne pas d'avoir mis un jour les pieds ici. Je me lève en vitesse, tremblant sous la pression de cette affreuse découverte. Mes membres affaiblis me guident en dehors de cette caisse confinée dans laquelle j’étais gardée prisonnière.
C'est alors que je remarque enfin que la boîte, peu confortable, dans laquelle on m’avait allongée arbore un extérieur laqué. Elle ressemble étrangement à du marbre blanc, parcourue de quelques veines rouges, qui remplacent les fils noirs qui s'intègrent dans le marbre naturel. L'ensemble scintille sous la lumière qui entre de toute part à travers les vitraux plus magnifiques les uns que les autres. C'est une boîte qui emporte avec elle les morts. Celle qui se trouve en dessous des pierres tombales à cinq pieds sous terre. Je me trouvais dans un cercueil !
Partout autour de moi se trouve le décor d'une église triste et grisâtre, décorée de quelques centaines de bouquets de fleurs tous plus splendides les uns que les autres. Je couvre ma bouche de mes mains, reculant lentement face à cette découverte des plus traumatisantes. Je me trouve dos à la porte d'entrée faite de bois massif qui semble me fixer avec ses mille croix qui y sont gravées. Je ne trouve pas le courage de me retourner vers celle-ci, le regard fixé sur ce qui aurait dû être ma dernière demeure.
Mes jambes tremblent de peur, me donnant un aspect encore plus vulnérable. Les larmes commencent peu à peu à dévaler sur mes joues telle une cascade. Mes mains moites s’agrippent à tout ce qu’elles peuvent trouver, tandis que je cherche désespérément une explication plausible à cette situation. Ma respiration s’accélère peu à peu, me donnant l’impression que je suis sur le point de m’étouffer avec mon propre souffle. Les battements de mon cœur ne cessent de résonner dans ma tête, accentuant son rythme insoutenable. Mes jambes manquent de céder sous la pression de la panique qui pèse sur mon être entier. Comment est-ce possible ?! Je recule lentement, sur le point de faire une certaine crise de panique. Un immense noeud se forme dans mon estomac, me poussant à avaler à plusieurs reprises une salive bien trop épaisse et pâteuse.
Le sang semble me monter à la tête, réchauffant mon visage entier d’une température remplie de panique. Pourtant, je reste droite, comme fière d’être là. Une partie de moi comprend sûrement la situation, mais je ne réussis nullement à me l’avouer. Mes bras gesticulent inutilement et ma tête se met aussitôt à tourner. Des centaines de larmes continuent à couler le long de mes joues, tandis que j’ai de plus en plus de mal à tenir debout. Tout ceci me paraît tellement invraisemblable que j’ai juste envie de me jeter par terre, de sortir en courant et de demander de l’aide en pleurant toutes les larmes de mon corps. J’en ai besoin, mais je ne le fais pas pour autant. Il me faut comprendre la situation avant de m’abandonner à l’hystérie.
Je manque de tomber à cause des immenses jupes de la robe noir corbeau qui recouvre l'intégralité de mes fins membres. Cette magnifique robe bustier, composée de deux tissus satinés qui se croisent élégamment sur ma poitrine, voltige élégamment autour de mes jambes. Elle m’arrive aux chevilles et épouse tous les contours de mon corps dans un mouvement léger et fluide, grâce à son corset noir rigide et ses autres tissus incroyablement souples. Par-dessus toute la partie du bas, se pose un léger voile noir, proche de la transparence, qui s'accorde parfaitement avec les détails en dentelle du bas de la robe. Je suis, l’espace d’une seconde, éblouie par toute cette beauté et générosité. Malgré cela, mon angoisse ne cesse de monter et le vertige ne cesse de s’amplifier dans mon petit crâne. J’ai l’impression que je n’arriverai jamais au bout de cette souffrance qui transperce ma tête.
Plus je passe de temps dans cet édifice, plus j’ai l'impression que je viens véritablement de décéder. Est-ce que la mort est réellement venue me chercher ? Cela doit être une blague ! Non. Qui ferait une blague pareille ? Cette idée ne fait qu’accentuer mes frayeurs les plus profondes et secrètes. Mon cœur tambourine contre mes tempes, dirigeant cette scène d’une main de fer. Mes pieds font mal et mes dents claquent de peur. Que fais-je ici ? Ce ne peut être qu’un cauchemar ! Soudainement, tout semble s’éteindre avant de m’éblouir de nouveau. Mes yeux ne savent plus ce qu’ils veulent voir ou croire ! Je ne parviens pas à m’apaiser, hantée par la vision d’une figure féminine qui est la mienne. Je suis allongée dans ce cercueil, mon teint est blême et mes mains croisées sur mon ventre. Des présences presque transparentes sont penchées par-dessus mon corps vidé de toute âme. Serait-ce possible que je sois vraiment morte ?
Je pousse un cri assourdissant, tout en faisant quelques pas en arrière. Cet éclat de voix a pour don d’apaiser le brouhaha qui ne cesse d’envahir le vide de mes souvenirs. Chacune des notes de ce cri résonne une éternité dans le bâtiment entier, faisant part de ma confusion à toutes les fleurs qui me rendent hommage. Mes poings sont serrés, ma tête baissée et mes épaules retombent misérablement en avant. Je renifle à plusieurs reprises, m’avançant de nouveau légèrement vers mon cercueil pour m’assurer qu’il est bel et bien en face de moi.
La splendeur des lignes rouge sang qui traversent le blanc immaculé de cette création capte aussitôt toute mon attention. Cela me permet d’oublier un peu mon désarroi. Pendant un court instant en tout cas. Ces veines sont belles et délicates, et n'ont absolument rien à envier à la splendide tenue que je porte. On m’a préparé un adieu en toute beauté. Cela me touche, même si je ne sais nullement d'où tout ceci sort. Et je préfère ne pas le savoir pour le moment. C’est mieux ainsi. Tout en moi n’est que confusion de toute façon. Ma main caresse lentement la surface extrêmement froide du cercueil, faisant part au reste de mon corps que ceci est bel et bien la réalité.
Soudainement, l'immense porte d'entrée de l'église s'ouvre. Je retire aussitôt ma main de la surface blanche, mais ne me retourne pas pour autant vers le nouveau venu. Malgré le fait que je sois paralysée par l’angoisse, mon cœur fait quand même un petit bond de surprise. Cela a le don d’amplifier les tremblements incontrôlés qui secouent mon organisme entier. Si je suis bel et bien décédée, alors il ne pourra pas me voir n'est-ce pas ? Les fantômes ne font pas partie de la vie des mortels. Il passera à côté de moi pour faire ses adieux à celle que j’étais autrefois. Cela provoque une succession de sueurs froides dans mon dos. Rien que de penser à mon propre décès me terrorise toute entière. J’ai de plus en plus de mal à tenir debout et mes genoux peuvent céder à tout instant. Je le sais, je le sens. Mon dos se redresse lentement, remontant vertèbre par vertèbre jusqu’à ce que ma posture ait de nouveau l’air de celle d’une femme fière d’elle.
Un bruit de pas assez régulier s'avance vers moi, si je ne me trompe pas. La confusion pourrait très bien fausser mes sens encore perturbés et endormis. Non. Qu’est-ce que je dis ? Mes sens de jeune fille décédée ! Pourtant, l’inconnu s’approche de plus en plus d’un pas aussi déterminé qu’effrayant. J’espère de tout mon cœur que j’ai tort et croise lentement les doigts. Cette personne ne peut pas venir vers moi ! Malheureusement, mes doutes sont confirmés lorsqu’une main masculine et puissante se pose sur mon épaule droite.
— Est-ce que ça va mademoiselle ?
Me demande-t-il, alors que je continue à espérer que tout ceci n'est qu'une quelconque farce. Je ne réponds donc rien, trop occupée à contempler la magnifique robe noire qui orne mes membres blancs et froids comme neige. Non. Je veux tout simplement éviter ce sort imminent. Tout ceci n’est qu’un cauchemar ! Et je vais me réveiller bientôt, vous allez voir !
— Demoiselle ? Que faites-vous ici ? Me répète cet homme en douceur. Je reste immobile, comme pétrifiée. Que faire ? Mes muscles sont tendus tels des cordes de violon et des perles cristallines coulent encore et toujours sur mon visage. Mon regard part dans tous les sens, cherchant désespérément une sortie. Ma gorge asséchée m’empêche de répondre au nouveau venu, alourdissant encore un peu plus l’ambiance de cet endroit.
Le doute s’empare de moi, me rongeant la conscience. Les secondes paraissent des heures, emportant avec elles des fragments de ma fierté. Je serre encore un peu plus les poings, les réduisant à de petits boulets de canon. L’incertitude me rend muette. La pression me fait vaciller et mon cœur me fait mal.
Finalement, je décide de lui dévoiler mon visage. Que peut-il se passer après tout ? Je me retourne lentement vers lui, tandis que de lourdes larmes coulent encore et toujours le long de mes joues glaciales. Je ferme les yeux, effrayée de tomber sur quelque chose que j’aurais aimé éviter. La seule chose qui parvient à atteindre mes oreilles est le bruit d’un bouquet de fleurs qui tombe par terre. Cela provoque un fracas incroyable dans toute l’église. Un fracas qui poursuit interminablement son chemin dans l’espace. Je ferme les yeux à l’entente de cette chute, par peur de ce que je m’apprête à découvrir.
Mes membres se figent, alarmés par cette réaction loin de la normale. En fin de compte, je ne sais plus si j’ai vraiment envie de savoir la vérité sur tout ceci. Car, au fond de moi, je crois déjà bien connaître la réponse à mes questions. Je suis bel et bien morte, c’est la seule explication à toute cette scène. “Je suis morte” sont les seuls mots que je ne cesse de me répéter.
Mes yeux sont encore et toujours clos. Une grimace se dessine sur mon visage. Je serre les poings, tandis que le silence envahit peu à peu l’église. Un silence de mort. C’est ce que je suis censée être d’ailleurs. Morte. Face à cette absence de réaction, je décide d’ouvrir de nouveau les paupières.
Un jeune homme aux cheveux châtains et avec un regard d'un vert profond se présente à moi. Une expression choquée prend peu à peu place sur son magnifique visage bronzé. Je le scrute sous tous les angles, comme s’il n’était qu’une illusion de ma propre imagination. Il reste longuement immobile, comme pétrifié par ce qu'il voit en face de lui. Ses muscles semblent tendus et crispés. Face à lui, je ressemble à un fantôme. Ironique non ? Un fantôme. Est-ce de moi qu'il a peur ou est-ce seulement le fait de trouver quelqu'un d'autre que lui en cet endroit qui le perturbe ?
Au fond de moi, je sais très bien que la première possibilité est la seule valable dans cette situation plus que tordue. Une boule se forme dans mon ventre sur lequel je pose aussitôt mes mains blanches comme neige. Puis, je me détourne de lui, tenant nullement compte de sa présence. Mes jambes me ramènent vers mon cercueil dont je ferme le couvercle pour que personne ne se doute du fait que je me sois échappée de celui-ci. C'est mieux ainsi. Sinon, je vais sûrement devoir expliquer des choses que je ne comprends pas moi-même à des personnes inconnues. Il y a bien trop de zones floues dans mon esprit. Et cela ne m’aidera pas à résoudre ce mystère qui se présente à moi.
Pourquoi ma mémoire est-elle tellement défectueuse ? D'où vient cet oubli terrifiant ? Des milliers de questions torturent mon esprit embrouillé. Mes jambes continuent à trembler, manquant de me faire tomber au passage. Je m'éloigne de nouveau de mon cercueil imitation marbre. Mon allure est lente et hésitante. C’est alors que je me rends enfin compte que je suis pieds nus. Les immenses dalles grises sous mes pieds ont un aspect granuleux que je ressens enfin sous la palme de mes pieds. L’angoisse m’a fait oublier ce détail. J’inspire lentement, tout en frottant le sol de mes pieds. Une couche de poussière s’incruste entre mes orteils que je suis incapable de voir. La volumineuse robe noire que je porte m’en empêche.
Mes poumons me brûlent et ma respiration se coupe par moment. J’ai extrêmement de mal à comprendre cette situation plus que perturbante. L’apparition d’une légère migraine me fait trébucher, mais je ne tarde pas à me redresser pour continuer mon chemin. Je finis par passer à côté du jeune homme qui ramasse lentement son bouquet tombé à terre il y a seulement quelques minutes de cela. Mes mains moites se nichent dans les volumineuses jupes de ma tenue, jouant avec le soyeux tissu. Mes jambes continuent leur chemin sans vraiment savoir où aller. Devraient-elles le savoir ? Non. Elles ne peuvent pas le savoir.
L’hystérie semble se presser aux portes de mes pensées. Cela me donne du mal à respirer. Pourtant, je me dirige tout droit vers la sortie de l'église. J’ai besoin de sortir d’ici ! Ce si grand édifice se rétrécit à vue d’œil, me mettant de plus en plus mal à l’aise. Je sors mes mains de ma robe, essuyant peu à peu les larmes qui ne cessent de couler sur mes joues. Je poursuis mon trajet à une allure aussi hésitante qu’instable. Puis, je lève mes mains au visage, voulant me cacher derrière celles-ci comme une petite fille le ferait.
Un cri horrifiant m’échappe quand je remarque enfin que mes mains se sont tachées d’un rouge intense suite à mon geste. Je recule vivement, espérant que tout cela ne soit qu’une illusion. Mes yeux noirs contemplent avec encore plus de soin mes doigts collants et dégoûtants. Mes mains se mettent à trembler, tandis que de nouvelles perles rouges tracent leur chemin sur ma peau pâle. Je me retourne vers le cercueil. Mon regard fait d’innombrables allers-retours entre celui-ci et mes mains. Cette couleur ne laisse aucun doute à la nature de ce liquide. C'est du sang ! Je fais quelques pas en arrière, me cognant contre un des nombreux bancs en bois qui se dressent dans l’espace qui m’entoure. Mon regard paniqué part dans tous les sens, cherchant une raison à tout cela. Pas étonnant que cet homme a eu peur de moi ! Que m'arrive-t-il ?
Ma respiration s’accélère encore plus, et mon mal de crâne s’amplifie. J’ai envie de crier, de me jeter à genoux et de pleurer toutes les larmes de mon corps ! Si quelqu'un découvre tout ce qui m'arrive je ne serais pas seulement internée, mais je deviendrais sûrement aussi la victime de nombreuses expériences machiavéliques. Les laboratoires se battraient pour pouvoir analyser mon corps qui a survécu à la mort elle-même ! Plus rien ne laisse place au doute ! Ceci est un vrai cauchemar !
Une minuscule partie de mon être espère que les médecins légistes qui ont autopsié mon corps se sont tout simplement trompés sur mon décès. Mais cela ne me paraît pas très plausible. Même un aveugle serait capable de reconnaître que tout ceci n'est pas une situation normale. Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter tout cela ? Cela me fait éclater en sanglots au beau milieu de ce lieu sacré.
Je pourrais arracher un généreux morceau de dentelle des jupes de ma robe noire pour essuyer le sang qui coule sur mon visage. Pourtant, je sais très bien que je ne réussirais nullement à tout effacer. À quoi bon ? Où est-ce que je peux aller dans cet état alors que je ne me rappelle même plus des noms ou visages de mes propres parents ? Je ne me rappelle même pas de ma propre mort ! Cela provoque une douleur impressionnante dans mon être entier. Je donne un coup dans le banc derrière moi, me sentant impuissante face à ce qui m’arrive. Je croise les bras, prise d’une colère noire.
C'est assez perturbant de se dire que le point culminant de sa vie a été effacé de sa propre mémoire. Cela laisse place à un vide plus que perturbant. Mes larmes contrastent parfaitement avec la lueur de colère qui scintille au plus profond de mes yeux. L’angoisse s’y mêle à la douleur qui m’anime à présent. Je ne suis qu’un concentré de sentiments plus contradictoires les uns que les autres ! Le simple fait de ne se souvenir que de son nom est déjà assez perturbant en soi. Alors, trouver ses mains tâchées de sang en plus de cela est vraiment un calvaire moral.
Je retiens un nouveau cri qui souhaite se manifester face à toute cette confusion qui semble faire écho dans mon crâne. Mes faibles jambes semblent se briser sous la pression de la panique qui s'empare peu à peu de moi. Le sol s’approche à une allure fulgurante de mon visage qui s’apprête à s’effondrer contre les pavés gris.
Heureusement, le jeune homme de tout à l'heure me rattrape avec une aisance incroyable. Une nouvelle hystérie coule à travers mes pauvres veines. Je me sens tellement lasse, lessivée, tout simplement morte. N'est-ce pas ce que je suis censée être après tout ? C'est ce qu'ils pensent que je suis. Je laisse mon corps se reposer sur les bras de cet inconnu qui m’aide à me redresser.
— Je vais t'aider. Sont les seuls et uniques mots que ce jeune homme prononce, avant de me reposer sur mes pieds avec une grande aisance. Je le fixe intensément, comme s'il venait tout juste de changer mon existence entière avec ces quelques syllabes. Mes yeux brillent, curieux de découvrir ce qu’il va me proposer. Comment refuser de l’aide dans une telle situation ? Peut-être que je dois la refuser mais je n’en ai pas la force.
Malgré cela, la méfiance et la compassion qui s'entremêlent dans la voix de mon interlocuteur ne cessent de m'insupporter au plus haut point. Il me propose de l’aide sans pour autant me faire confiance ? Est-ce un piège ? Je recule de nouveau, me cognant contre un autre banc en bois.
— Et comment ? Lui demandai-je, ne me sentant pas réellement en confiance. Ma voix déraille à plusieurs reprises, comme si elle avait été endormie pendant des décennies. Le ton que j’emploie est bien trop incertain pour pouvoir le convaincre de me répondre de façon honnête. Je ressemble à une brise, à un murmure d’été qui finit par disparaître avec l’arrivée de l’automne.
— Tu verras. Me répond-il avec sa voix magnifiquement grave. Ses yeux verts m’inspectent sous tous les angles, faisant remonter de la bile de long de mon œsophage. Je ravale aussitôt cette substance brûlante avec une grande peine.
Le jeune homme, qui ne doit pas avoir plus de vingt-cinq ans, se détourne de moi. Il semble vouloir se diriger vers l'immense porte d'entrée entièrement faite d'un bois massif. Dans celui-ci ont été gravés des signes de toutes sortes dont les significations m'échappent. Mon premier réflexe est de retenir cet inconnu par le bras gauche, tentant d'obtenir des réponses plus fiables de sa part. Comment pourrais-je suivre un inconnu sans avoir obtenu la moindre réponse correcte de sa part ? Mes doigts n’ont qu’une faible emprise sur ce membre, comme si toute force les avait quittés.
Son regard intense se porte de nouveau sur moi. Il dégage son bras, avant de les croiser de façon impatiente.
— Vois-tu vraiment une autre alternative que mon aide ?
Je regarde bêtement autour de moi, scrutant attentivement les bancs d'église déserts qui m'entourent.
— Non. Finis-je par admettre dans un murmure. Ma tête se baisse automatiquement de honte.
— Et crois-tu vraiment que tu as un autre choix que de me faire confiance ?
Me dit-il en m'attrapant brusquement les poignets, ce qui me fait sursauter. Mon regard se porte sur sa main bronzée, dont le teint contraste parfaitement avec la peau livide de la mienne qu'il empoigne avec force. Je suis comme paralysée par cette si évidente différence.
— Peut-être bien. Ai-je le courage de répondre face à l'expression légèrement menaçante avec laquelle il me fait face. Il pouffe presque de rire, avant de me lâcher et de se détourner de nouveau de moi.
— Mais qui es-tu à la fin ?! Crie-je de toutes mes forces, créant un immense écho dans l'édifice entier. Mes cordes vocales semblent trembler et un son grinçant en sort.
Le jeune homme ne se retourne même pas, continuant imperturbablement sa route vers la sortie que j'aimerais tant franchir moi aussi.
— Tu le verras si tu décides de me faire confiance. Finit-il par me dire avec un léger signe de la main.
— Si tu en as le courage en tout cas.
Sa voix renferme une provocation certaine que je tente d'ignorer du mieux que je peux. Je tourne ma tête dans tous les sens, tentant de trouver une autre alternative que de venir avec lui. Je me frotte lentement les poignets, tout en pensant à ce qu’il vient tout juste de dire. Il n’a pas totalement tort. Je n'ai absolument pas l'impression de me trouver en face d'un inconnu ! Peut-être qu'il faisait partie de mon ancienne vie ? Qui sait. Cette situation ne peut pas devenir beaucoup plus étrange qu’elle l’est déjà. Si ?
Je croise les bras pour me donner une posture un peu plus imposante et décidée tandis, qu'au plus profond de moi, un dilemme me déchire en deux. Mes jambes vacillent encore et toujours. Cela me fait balancer entre mes frayeurs et mes incertitudes.
Et quoi s'il a vraiment raison ? Je jette un coup dernier d'œil à la silhouette de cet homme qui ne tarde pas à sortir de l'église en toute sérénité. Il m’abandonnerait ici, c’est sûr. Mais se soucierait-il vraiment de moi si je venais avec lui ? Je réprime un frisson. Et quoi s’il n’est pas du tout celui qu’il dit être ? Je me mords la lèvre inférieure, léchant les quelques gouttes rouge sang qui y ont coulé. Face à ces deux choix, mon organisme se contente de s'élancer également en direction de la sortie de cet endroit décoré de quelques centaines de fleurs.
Mes yeux partent dans tous les sens, tentant désespérément de retenir la moindre petite parcelle de cet endroit mystérieux dont je me rappellerais éternellement. Je ne comprends pas pourquoi il m'aiderait. Plus précisément, je ne sais pas comment il pourrait m'aider face à ce qui m'arrive.
Tout ce que je sais est qu'il est, pour l'instant, la seule personne qui pourrait me sortir de ce flou qui persiste dans ma tête. Même si je n'ai aucune idée de la nature de ses intentions. Mes pieds glissent à plusieurs reprises sur les dalles grises. Je ne sais pas si c’est une bonne idée, mais je suis sagement cet inconnu en dehors de l’église.
Une dernière larme coule le long de ma joue, s’écrasant ensuite sur le sol glacial de cet endroit. Cette goutte, qui ressemble à un petit cristal, est la dernière trace que je laisserai de moi en cet endroit. La dernière indication que je suis encore bel et bien en vie se trouve par terre, s’incrustant peu à peu dans les pores de la dalle. Mes frêles jambes tentent de courir pour rejoindre cet homme en dehors de l’édifice. Ma décision est prise ! Je lui fais confiance pour le meilleur comme pour le pire.
Qui suis-je censée être à ses yeux ? Je m'imagine toutes sortes de destins et de scénarios différents qui ne font qu'amplifier les doutes et questions qui rodent dans ma petite tête. C'est vrai qu'avec sa carrure imposante mais tout de même svelte et athlétique il me plaît beaucoup, mais je ne me fais sûrement que des idées.
Je sors de l'église à une allure folle, ayant peur qu'il soit déjà parti sans moi. Mais quand j'arrive sur le parking composé d'un gravier dense et sombre, je vois qu'il n'a même pas encore atteint son moyen de transport. Ses cheveux châtains et courts s'agitent au rythme du vent qui s'y fraye un chemin souple et indéniable.
Il se dirige tout droit vers une ancienne Peugeot qui était censée être bleue. La couleur de celle-ci a fini par déteindre au fil des années qu'elle a passé parmi nous. Ceci n'en a laissé plus qu'un teint fade et délavé. C'est étrange. Je ne me rappelle de plus rien de ma vie mais le cadre spatio-temporel est parfaitement posé dans ma tête. C'est comme si quelqu'un s'était amusé à effacer les plus précieux de mes souvenirs pour laisser ceux qui ne servent pas à grand-chose à leur place initiale.
À ma droite, un long mur avec gravé "cimetière" dessus me fait face. Les immenses pavés qui le constituent sont peu élégants et montrent des signes de vieillissement. Ce détail ne fait qu'amplifier l'atmosphère mystérieuse qui enveloppe cet endroit. Une croix tout à fait charmante a été intégrée au jeu d'acier du portail de ce lieu de repos qui aurait dû accueillir mon propre corps. Cette idée me fait frissonner de haut en bas, tandis que les petits cailloux du gravier sur lequel je marche s'incrustent de plus en plus dans la chair. Elles laissent délicatement leurs empreintes dans les plantes de mes pieds.
Ces petits morceaux grisâtres semblent me couper la peau avec leurs bords tranchants, ce qui me fait légèrement grimacer. Pourtant, je suis trop occupée à contempler le cimetière pour pouvoir tenir compte de cette douleur considérable qui martyrise mes pieds blancs. Je suis partie tellement loin dans mes réflexions que je n'ai même pas remarqué que le jeune homme me fait signe de m'installer à l'avant de la voiture. Je m'arrête net, haussant brièvement les sourcils face à cette demande bien spécifique. Puis, je m'avance lentement vers lui, gênée de devoir m'installer à ses côtés.
Mais puis-je vraiment lui faire confiance ? Mon cœur me dit que oui. Pourtant, ma raison s'obstine à éviter tout rapprochement avec cet étranger. Il pourrait potentiellement présenter un réel danger pour moi. Et ça, je ne l’oublie pas une seule seconde. J'inspire profondément tout en fouillant du mieux que je peux dans mes souvenirs pour tenter de retrouver son visage dans mon passé. Rien ne me vient.
Puis, je me rappelle que je n'ai pas vraiment le choix. La vue du cimetière dans lequel ils déposeront bientôt mon cercueil me donne des sueurs froides. Pas question de rester ici une seconde de plus !
Je doute fortement face à cette gentillesse qui me paraît presque excessive. Je secoue donc la tête pour me sortir de mes pensées sombres. Puis, je décide de m'asseoir à côté de lui. Mes membres bougent à une vitesse incroyable qui nous surprend tous les deux. En l’espace de quelques secondes je suis assise sur le siège. J’écarquille les yeux, choquée de ce que je viens tout juste de faire.
— Attache toi s'il te plaît.
Est pourtant la seule chose que cet inconnu me dit avant de démarrer la voiture. Maintenant, je me retrouve piégée avec lui. Je ne peux plus reculer. Mais ai-je vraiment raison de lui faire confiance ? Il démarre brutalement avant de s'élancer sur le béton de la route complètement déserte à une vitesse monstrueuse. C’est comme s'il veut être quelque part au plus vite. Je regrette aussitôt ma décision et m'accroche à tout ce que mes mains trouvent. Au fond, j'espère seulement qu'on arrive sains et saufs à notre destination, ce qui ne me semble pas tout à fait gagné.
La voiture continue inlassablement son chemin à travers la campagne qui nous entoure de toute part. Je n'ose nullement tourner la tête vers celui qui m'a embarquée dans tout ceci. Une partie de moi a peur de cet homme aux airs sévères qui m'a sauvé de la solitude. Pourtant, je ne peux pas me résoudre à lui faire confiance. J'ai bien trop peur d'avoir fait une immense erreur en le suivant jusqu'ici.
Malgré cela, je peux déjà être heureuse qu'il soit là pour moi dans cette situation. J'aurais très bien pu me réveiller et être découverte par une horde de personnes mal intentionnées. Mais, après tout, je ne sais pas grand-chose des intentions de cet homme à mes côtés non plus. Cette idée me fait frissonner. Je ne parviens pas à le regarder dans les yeux, par peur d'y retrouver une lueur qui me décevrait au plus haut point.
De l'autre côté de la vitre, tout défile à une allure hallucinante, me donnant à peine le temps d'observer correctement l'environnement. Tout ce que je parviens à voir est un espace sombre parsemé de champs et petites maisons campagnardes. Les nombreuses vaches, parsemées de taches brunes et noires, se baladent paisiblement dans leurs prés. Mon regard les suit attentivement, retenant chacun de leurs mouvements maladroits et lourds. Cela fait naître un sourire sur mon visage. Étais-je habituée à voir ces créatures avant de mourir ? Tout ce que je sais est que cette ambiance paisible et reposée me met de bonne humeur. Rien ni personne ne semble pouvoir perturber ces créatures.
