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Tant d'années ont passé. Quarante ans de labeur, de relations, de communication ont laissé une empreinte indéniable. Impossible de se résoudre à clore ce parcours sans tenter d'en extraire le meilleur; en garder une trace et la partager, voilà l'objectif de ce vide-grenier. Les métiers évoluent, de nouvelles règles interviennent, la société change, mais l'implication et les émotions demeurent intactes. De nombreuses situations viennent l'illustrer. C'est par le biais des ressentis que ce récit vous fera découvrir le questionnement de cette professionnelle du social à l'approche de la retraite.
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Seitenzahl: 67
Veröffentlichungsjahr: 2022
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COTĖ TERRASSE
Chapitre 1 Le compte à rebours
Chapitre 2 Un choix
Chapitre 3 Un esprit positif
Chapitre 4 Des relations basées sur l’authenticité
Chapitre 5 La routine
Chapitre 6 La motivation
Chapitre 7 L’intuition
Chapitre 8 Le stress
Chapitre 9 La loi des séries
Chapitre 10 La réciprocité
Chapitre 11 Le tampon
Chapitre 12 Un réseau
Chapitre 13 Les résultats
COTĖ JARDIN
Chapitre 14 Un bouquet de vies
COTĖ MAISON
Chapitre 15 L’une et l’autre finalement
Chapitre 16 Les projets
Chapitre 17 L’équilibre
Chapitre 18 Un engagement
Chapitre 19 La santé
Chapitre 20 Il n’y a pas grand chose à jeter
Chapitre 21 Des regrets ?
Chapitre 22 L’évidence
LE COMPTE À REBOURS
(à méditer)
Depuis quelques temps je suis partagée entre l’impatience d’atteindre l’âge de mon départ à la retraite et le désir de prolonger l’ultime période qui m’en sépare.
J’oscille entre l’envie de poursuivre mon activité professionnelle et celle d’y mettre définitivement un terme.
J’hésite… Faut-il me rendre encore un tant soit peu utile ou, au contraire, me détacher et par la même occasion me débarrasser enfin de tout le stress engendré au fil du temps ?
Il me reste trois années à effectuer.
Trois longues années si je considère qu’elles me mèneront à la liberté. Des années trop brèves, si elles devaient aboutir, à l’inverse, à l’ennui, au manque ou au désœuvrement ?
Comment m’extraire de cette ambivalence ? De quelle manière neutraliser les pensées qui m’obsèdent en cette fin de carrière ? Comment interpréter les sentiments qui m’envahissent ?
Tout doucement je prends la mesure des enjeux d’un départ à la retraite.
En même temps quoi de plus banal ? Chaque jour des milliers de personnes cessent leur activité professionnelle. Pourtant, nombreuses sont celles qui éprouvent le même malaise. Comme elles, je m’interroge, alors que je réalise qu’un retour en arrière sera impossible.
Ainsi, ne vaudrait-il pas mieux profiter pleinement de la dernière étape et balayer une fois pour toutes, la vague inquiétude qui tend à poindre face a l’horizon ?
Jamais je n’ai connu l’inactivité. D’abord j’ai poursuivi mes études dans les années soixante-dix. À ce propos, il ne me serait jamais venu à l’esprit d’arrêter les cours après le baccalauréat — d’autant que peu d’enfants de parents issus du milieu ouvrier y avaient accès à l’époque —.
Ensuite, logiquement, j’ai enchaîné avec mon travail. Voilà près de quarante ans que je suis salariée, quarante ans que j’exerce la profession d’Assistante Sociale !
Je voudrais que mon « baisser le rideau » soit une réussite.
L’idée de noter mes réflexions m’est venue.
J’ai toujours voulu écrire. J’ai tenté plusieurs essais, des histoires pour enfants au récit de ma vie, sans y parvenir. Outre le thème, il me manquait le fil conducteur. Peut-être l’ai-je enfin trouvé.
Bien que bavarde, j’ai, semble-t-il, d’avantage d’aisance à l’écrit qu’à l’oral. Chose curieuse, on m’a souvent dit — l’un de mes professeurs de français en premier — que j’écrivais « comme on parle ». Alors…
Après avoir consacré ma vie professionnelle à l’écoute, le besoin de faire entendre ma voix est devenu primordial, une nouvelle façon, personnelle, de m’extérioriser.
Evoquer mon expérience m’aidera, je l’espère, à franchir la transition entre la dernière épreuve, dont je pressens toute l’intensité, et les congés forcés prolongés qui suivront.
Mon journal m’accompagnera tout au long du parcours, une sorte de rite de passage.
(à conforter)
Il a fallu que j’approche de mes soixante ans, que j’atteigne l’aube de ma retraite, pour saisir la portée de mon engagement. Ainsi je me rends compte que j’aime mon métier, j’en éprouve de la fierté, je l’exerce de manière choisie et il participe à mon épanouissement.
Au fil des ans, ma personnalité propre s’est fondue avec celle de la professionnelle que j’incarne et inversement.
Il est vrai qu’à mes débuts cette activité ne correspondait pas réellement à ce que j’avais imaginé. Ma formation, malgré les stages effectués, me paraissait superficielle au regard des problématiques à gérer. Tout au long de ma carrière, j’ai été préoccupée par la protection de l’enfance — confer les articles dans les journaux sur la mise en cause des services sociaux dans des affaires de maltraitance —. La responsabilité était importante, mais les moyens limités, la prévention insuffisante. Aussi ai-je prospecté, régulièrement, pour une affectation différente.
J’aspirais entre autres, à cerner davantage ma mission, mon secteur d’intervention couvrant un vaste domaine tant au niveau de l’étendue géographique que de la multitude des problèmes à traiter.
Les années et l’expérience aidant, je me suis cependant adaptée. Décidée à persévérer, j’ai continué à exercer en polyvalence. La grande diversité attachée au secteur a prévalu et l’a emporté à chacune de mes remises en question, sur les autres spécificités de postes, en confortant mon choix. J’ai d’ailleurs toujours estimé qu’il était plus aisé de passer de la polyvalence de secteur au service spécialisé, quel qu‘il soit, plutôt que le contraire. Je disposais donc de tout mon temps pour faire un choix différent si besoin.
Les pauses dictées par des évènements personnels, se sont révélées bienvenues et salutaires dans mon parcours.
Le temps partiel, que j’ai pratiqué durant plus des trois quarts de ma carrière, m’a aidée à prendre de la distance, à « tenir le coup » et disons le à ne pas tricher. J’ai toujours tenu à bien distinguer la sphère privée de la sphère professionnelle et inversement.
Actuellement, je me questionne cependant. Ne me suis-je pas menti un brin à moi-même ? Puis-je encore être objective ? Ne suis-je pas conditionnée au point de me convaincre que ce métier a contribué à mon épanouissement.
J’ai des doutes sur les bienfaits d’un tel travail car, après chaque absence, j’éprouve beaucoup de difficulté à « reprendre le collier ». Les jours précédant la reprise, voilà que des troubles du sommeil, qu’une sensation d’oppression s’emparent de moi…
Ce dont je demeure persuadée c’est de mon besoin de rester active, de garder le contact avec les autres, mais sans doute à des doses plus appropriées.
En réalité j’exerce une profession difficile — une personne éclairée m’avait prévenue à l’époque où je débutais mes études mais cela ne m’avait pas découragée, bien au contraire —.
Tant que je suis « dans le bain » tout va bien. Je me montre efficace, concise, rapide, boulimique même. Toute à mon affaire, j’ai tendance ces dernières années à me comporter comme une « accro » du labeur.
C’est lorsque je m’arrête, quand la pression retombe, que je peine à remettre le pied à l’étrier. Certains jours les efforts exigés relèvent du défi, presque de l’exploit.
Jongler sans cesse avec un planning déjà bien chargé, — pour, par exemple, intercaler les urgences à tout prix — demande beaucoup de souplesse et de réactivité. Etre confronté régulièrement à des personnalités complexes, atypiques, exigeantes ou asociales, réussirait à démotiver n’importe quel professionnel au point de renoncer à « retourner dans l’arène ».
En même temps, je ne pourrais pas me satisfaire bien longtemps d’un poste où il ne se passerait rien, où surveiller les aiguilles de sa montre s’avèrerait le principal passe-temps. Je préfère la pression et la passion à l’habitude, la routine — signe du zodiaque : taureau —. C’est mon côté hyperactif.
Par ailleurs, je me lasse très vite.
Pour éviter ce piège, rien de tel que l’humain.
Il m’est arrivé malgré tout de ne plus supporter les usagers (du service social), de détester les jeudis matins, jours de permanence. Être au contact des autres au quotidien est susceptible quelquefois de provoquer l’overdose.
En vérité, il faut veiller à gérer sa disponibilité matérielle et psychologique, conserver de la marge pour les imprévus, équilibrer son temps entre les entretiens avec les usagers et les travaux administratifs — mises à jour, rédaction de rapports… —, mais également espacer les rendez-vous, surtout lorsqu’on a affaire à des personnes « sangsues », se ménager des bouffées d’oxygène — réunions, stages… —, faire équipe avec des collègues empathiques aux prises avec les mêmes préoccupations.
