Vous que j'ai rencontré... - Jacky Belvès - E-Book

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Jacky Belvès

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Beschreibung

Ce livre est le témoignage d'une ville et de son coeur, Bergerac. L'auteur essaye de franchir le fleuve de l'oubli, car les personnes qu'il évoque ont leur place dans le patrimoine bergeracois, ouvriers, employés, patrons, ils ont bâti en leur temps la réputation rayonnante de Bergerac, l'ont embellie par leur force de travail et leur fidélité. La nostalgie, cette conscience de la permanence du passé ne doit pas être pétrie d'un sentimentalisme trop aigu qui empêche d'affronter le présent. Dans cet ouvrage de 234 pages couleur et noir et blanc, Jacky Belvès évoque les rencontres et remercie tous les noms qui ont éclairé les rues de la Résistance, de Sainte-Catherine et le centre ville de Bergerac, dans lequel il a vécu pendant 70 ans.

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Seitenzahl: 542

Veröffentlichungsjahr: 2019

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À mon épouse Josette Belvès 27/10/1950 – 04/11/2018

Je ne sais plus rien te dire

Je reste là à te sourire

Merci pour toi et pour moi

Merci et chapeau bas

(Barbara)

J’y suis né, j’y ai travaillé,

J’y ai trouvé l’amour et partagé tant d’amitiés

J’y ai souffert, j’y mourrai sans nul doute

Sommaire

Une vie au cœur de Bergerac

Ma deuxième famille

Un éloge de mon métier

L’imagination et l’improvisation dans la rigueur au service d’une cuisine qui émoustille l’homme

La cuisine est comme la musique, un mot de partage

Les brèves de chasse

Les Brèves du Rotary Club Bergerac Cyrano

Le procès

Les soirées Rotariennes

Les coulisses de la Rue de la Résistance 1947-2007

1947-1973 les décors de la Pâtisserie Bar Américain Salon de thé du 21 rue de la Résistance

L’envers du décor, de 1947 à 1974

Et vint le Royal Périgord 19 et 21 rue de la Résistance

Le travail du bureau

Les coulisses du spectacle

Reste l’endroit le plus ingrat de la cuisine : la plonge !

Le retour aux sources

L’oxygène de l’entreprise : les clients

Mes premiers pas de traiteur

Les repas et les lunchs du 1er étage

Les travaux

Les fournisseurs.

Restait la carte des vins.

Les collègues restaurateurs, hôteliers

Les brèves politiques et du golf

L’année 2015 (extraits)

Une vie au cœur de Bergerac

Ma naissance à la vie je la dois à un père et une mère qui m’ont accompagné jusqu’à leur dernier souffle et le Cupidon de la vie m’a fait croiser Josette, ne plus la quitter pour, ensemble, donner la vie à notre fils Christophe, créer un petit être n’est-ce pas un don de « la vie » Comme pour tous les humains, elle ne m’a pas fait toujours des cadeaux, la vie, à tort ou à raison… il est vrai qu’elle n’est qu’un passage dans ce monde de spectacle. Sentant que l’érosion naturelle me mine qu’il faut commencer à ranger mes affaires, je vais rajouter ces souvenirs consacrés à ma famille par alliance, à ce métier qui m’a dicté sa loi, à cette rue de la Résistance de Bergerac où j’ai habité et travaillé durant 60 ans et surtout à tous ces vivants qui ont croisés « Ma vie ».

« J’ai besoin d’être porté par le passé derrière moi, comme le surfeur poussé par sa vague. La mémoire est une force qui empêche le temps de couler. Pourquoi devrions-nous préférer le présent au passé ? Déjà qu’on doit y vivre… Mieux vaux glisser sur ses souvenirs ! »Frédéric Beigbeder

Ma deuxième famille

Les lumières et les ombres du Paillet A La Cavaille

Dans mon premier petit livre « Le passé simple de l’imparfait » j’ai évoqué les origines de ma famille, je ne peux oublier de citer celle de mon épouse qui m’a accueilli, une famille de gens simples et travailleurs.

A 14 ans, Josette se rendait en solex sur son lieu d’apprentissage chez Luminex un magasin des Arts de la Table rue de la Résistance à Bergerac, des allers-retours dans la journée, qu’il pleuve, qu’il gèle le régime était le même… trajet sur cette grande ligne droite de la route de Bordeaux qui menait à Bergerac. Les marguerites dans les près où broutaient les vaches servaient de bordures fleuries à cette nationale et l’emplacement du Leclerc actuel abritait une immense carrière presque à l’abandon.

En revenant, dans le premier grand tournant, elle virait à gauche à l’ancienne tuilerie (Drive Leclerc) puis allait aussitôt vers la droite toujours en pleine nature.

La grande allée du Paillet était bordée de pâturages, de vignes et de cerisiers ; au printemps les monticules où poussaient les asperges relevaient le relief.

Une terre sablonneuse et riche, où tout pouvait pousser, parsemée de nombreux puits pour arroser les cultures. Un grand hangar en bois jouxtait la petite maison bien simple qui abritait aussi l’étable avec 2 vaches comme locataires. Il y aura toujours de nombreux chiens de toutes races pour la garde ou la chasse, attachés ou libres. En faisant le tour, on trouvait la soue avec les cochons, la volière et ses poulets, pintades et canards. En prévision des fêtes de fin d’année, oies et dindons se rajoutaient à ce tableau campagnard, sans oublier la cave remplie de conserves et des barriques de la récolte maison.

René et Gilberte Vigier avaient délaissés le centre- ville pour acquérir en septembre 1961 cette petite propriété avec leurs 3 enfants, Gérard né en 1948, Josette en 1950 et Jean-Pierre en 1952, la quatrième Jocelyne viendra plus tard en 1965. René travaillait à la Coopérative laitière de Bergerac vers Gala, entretenait sa propriété et préparait l’examen pour intégrer les PTT. Reçu, il montera en formation à Paris, ( Yves Guéna était alors ministre des PTT, député maire de Périgueux et René m’expliquera que les sélectionnés originaires de la Dordogne étaient pistonnés pour devenir rapidement titulaire et obtenir les mutations « au pays » ; Guéna sera le principal acteur de la venue de l’usine du Timbre, une époque où les élus locaux étaient efficaces !) aussi Gilberte devra pendant 2 ans, assurer le quotidien, les 3 enfants, biner, planter, semer, gérer les animaux. La famille vivait en autarcie avec les légumes frais et les conserves, on élevait les gorets destinés aux pâtés, jambons, enchauds, grillades, mais aussi pour la vente à des amis. Les jours où l’on tuait le cochon, Josette quittait la ferme ne pouvant supporter les cris des bêtes égorgés, une tâche ingrate mais le repas des cochonnailles en soirée effaçait toute fatigue. Les quelques vignes produisaient un vin de table de consommation personnelle ou pour quelques amis des PTT qui aidaient aux deux jours de vendanges, dont le résultat final au gré des années bonnes ou mauvaises vous décapait souvent le gosier. René avait une passion pour les arbres, surtout les cerisiers qui formeront avec le temps une haie naturelle clôturant la propriété. Si à cette époque, Gérard Lenorman invitait musicalement les français à planter des arbres, à la Cavaille rien à voir avec la Ballade des Gens Heureux… ni malheureux d’ailleurs !! Dehors, tous les abris, les clôtures, la balançoire étaient des mécanos à base de poteaux téléphoniques et de matériels obsolètes récupérés au PTT avant destruction, avec l’avantage que les bois étaient traités donc imputrescibles!!

Gérard et Jean-Pierre seront mis en apprentissage de boucherie dès leurs 14 ans, pour Josette ce sera vendeuse. Curieusement Gérard commencera Au Foyer (petit superette avec épicerie, boucherie, charcuterie etc) dans la rue de la Résistance, à 20 mètres de ma pâtisserie familiale… Josette sera embauchée un peu plus loin de l’autre côté, à 100 mètres. René avait vu le jour à Vergt en 1928, dans le Périgord profond, à son mariage en 1950, à la rubrique profession on pouvait lire « domestique de ferme », tout à fait en bas de l’échelle sociale ou presque. Seuls souvenirs de son service militaire effectué à Madagascar, un casque colonial et une photo de lui au volant d’une jeep. A ces dures contraintes se greffait la rudesse des hommes dans ces familles rurales, où l’alibi des travaux éreintants de la ferme du lever du jour au coucher au soleil semblait excuser parfois un alcoolisme chronique.

Les enfants, élevés à la dure, surtout les 3 premiers, supporteront ce système, où l’on ne restait pas au lit le week-end ou pendant les vacances ; la mise en apprentissage leur amènera une bouffée d’oxygène, la découverte d’un autre monde qui aiguisera un appétit de liberté, pour se couper du joug paternel. Christophe le petit fils, en sera aussi un peu témoin avec le vime pour faire avancer l’éducation. Gilberte l’épouse, subira en silence, cachant la clé de la cave, puis sur le tard sonnera la révolte s’occupant enfin de sa personne et prenant le dessus sur son époux !!

Toute sa famille était d’origine italienne venue chercher du travail en France au début du XXème siècle. Elle était née à St Sauveur en 1927, une enfance consacrée au travail avec des parents métayers et de maigres subsistances mais toujours dans la dignité. Le Paillet, un petit coin de campagne bucolique, où l’on entendait le vent qui couchait les récoltes, où l’on sentait le parfum des foins coupés, toute une vision d’une nature lumineuse palette de couleurs réunies loin du chaos urbain. René n’a connu que le travail, il n’avait pas mauvais fond, il reproduisait inconsciemment sur les autres les conditions de vie que lui avaient imposé ses géniteurs dans sa jeunesse où les effusions n’étaient pas de mise et les coups pleuvaient ! Doté d’une volonté farouche pour s’élever dans l’ascenseur social, ses théories de base semblaient le plus souvent simplistes et son bon sens paysan pas toujours efficace mais ce titulaire d’un simple Certificat d’Études (à son époque c’était déjà une référence) possédait une bonne culture générale et l’oreille musicale d’un mélomane professionnel. Josette était autorisée à sortir le samedi soir, mais au début de notre relation, je restais prudent devant la réputation de ce père moustachu qui menait sa maisonnée à l’ancienne, en déposant mon petit trésor en bout d’allée, elle finissait à pied avec souvent un de ses frères qui montait la garde!

Voilà le monde où j’arriverai en foulant pour la première fois le chemin de terre qui menait au Paillet à la Cavaille… pour me présenter. Je ne pouvais l’imaginer encore, pour partager une longue route avec Mlle Josette Bernadette Vigier. L’avenir me le démontrera, tomber amoureux est un miracle, chaque génération réinventant l’amour avec la même innocence et le même enthousiasme !

Après notre mariage et la naissance de notre fils, nous habitions 10 avenue Pasteur et le repas dominical se voulait être souvent au Paillet, ma mère s’occupant de la pâtisserie l’après-midi.

Oubliant que sa fille était mère de famille et travaillait beaucoup avec moi, René s’ingéniait à nous inviter à l’aider dans des travaux sur la propriété, surtout le lundi qui était notre jour de repos. En parfait gendre ou presque, je me prêtais volontiers à la chose, surtout devant la charge de travail pour ma belle-mère (les deux garçons étaient partis et Jocelyne la dernière n’avait que 3 ans). Avec le temps, l’addition de mes nuits et journées passées à la boutique pesaient, un besoin de respirer un peu et l’envie d’être avec ma petite famille se faisait jour

Au bout d’un an, un clash sur ce repas du dimanche s’est produit ayant décidé avec Josette de boycotter purement et simplement ce rendez-vous à quelques exceptions près !!! J’étais malheureux pour Gilberte de cette situation, mais elle nous comprenait.

Avec le temps, les choses rentreront dans l’ordre, et notre petit Christophe grandissait. Arrivé à l’âge de 3 ans, Gilberte lui servait de nounou, surtout en plein été quand notre fourchette horaires de travail nous amenait à ne pas finir avant 20 heures. Jocelyne sa tante avait 7 ans et petit à petit ils sont devenus frère et sœur. Ma belle-mère continuait ses travaux dans les champs et faisait suivre Christophe dans la poussette au milieu des rangs d’asperges. Ils allaient chercher le lait chez les voisins les Tabanou en coupant à travers champs, Line s’y baladait d’ailleurs pieds nus. Aussi, récupérer notre fils le soir était un poème car il se plaisait beaucoup chez la Mamy et avait une compagne de jeux. On le retrouvait couleur de la terre, parfumé de l’odeur des chiens dont il adorait partager la niche !! Vite dans la baignoire en arrivant !!

Une anecdote me revient au sujet de la ville de Bergerac dans ces années 70. Il n’y avait que le seul « vieux pont » pour traverser la Dordogne, aussi pendant les mois de Juillet et Août, en particulier les jours de grands départs, ce n’était qu’une file de voitures de la route de Périgueux, en descendant par la rue Neuve (alors en double sens) jusqu’après le faubourg. Même en temps normal, les bouchons sur cet axe étaient nombreux pour les bergeracois !! Du coup, en cette période estivale, même à 20 heures se rendre à La Cavaille, prendre Christophe et revenir à la maison avenue Pasteur était une épopée, il m’est arrivé de jouer du pare choc en coupant la route à des parisiens sur la file descendante qui refusaient de s’arrêter pour me laisser me garer devant chez nous !

Au décès du grand-père maternel de Josette, la famille recueillera Elvira, la grand-mère, italienne pure souche qui ne partageait jamais nos repas dans la salle à manger, restant dans la cuisine, tradition machiste de son pays d’origine.

Pour preuve désirant retrouver sa famille à Musile, à côté de Venise, c’est Josette et moi qui l’y avons conduit, moi tout fier au volant de ma 204 toute neuve, qui malheureusement après l’aller-retour sur les autoroutes, rendra l’âme avec une culasse H.S. Reçu comme des princes dans ces modestes familles, l’oncle, employé sur les vaporettos, prendra sans préavis envers son patron une semaine pour nous guider. On a bouffé de l’église à devenir francs-maçons en découvrant les ors de cette Sainte Mère, comme ils disent.

Roberto, le cousin nous amènera dans les restos non touristiques et à la remise de l’addition que le propriétaire réservait aux pigeons de passages de la Place San Marco, partait négocier avec succès un nouveau tarif plus adapté aux autochtones !!Pour nous balader en soirée, il n’oubliait pas de fermer à clé son appartement avec sa femme à l’intérieur… jaloux les italiens ???

Dans la famille, Gérard Vigier se mariera à Bernadette Bellanger et engendreront deux enfants Sandra et Lionel. Il s’installera boucher derrière l’église de Bergerac, puis après des moments difficiles, divorcera de Bernadette en 1997 pour devenir gérant de Supérette à Montauban, avec celle qui deviendra en 2003 sa deuxième épouse Lucie Liabaste. Les parents de Bernadette avaient une propriété à Thénac, un petit hameau sur les coteaux. Le père, premier magistrat de son village pendant des années, un immense colosse que les travaux de la terre avaient buriné possédait un regard qui ne reflétait que gentillesse et empathie.

Chaque fois qu’il descendait à Bergerac il ne manquait pas de rendre visite « à Jacky et Josette », je ne sais pas pourquoi mais j’éprouvais envers lui, non pas de l’admiration mais un profond respect. Jean-Pierre Vigier partira de Bergerac pour épouser, le 27 avril 1974, Dominique Millet à Roquefort et auront trois filles, Emmanuelle, Marie et Laura, il deviendra brocanteur antiquaire suivant les traces de ses beaux- parents. Je précise la date exacte de leur union car la cérémonie s’est déroulée 3 jours après l’ouverture officielle du Royal Périgord et, malheureusement, nous ne pourrons pas y participer avec Josette. Victime d’un cancer foudroyant, Jean-Pierre nous quittera en Août 2012. Quant à la retardataire, Jocelyne, elle épousera Thierry Pilipenko en 1987, s’ensuivra 3 enfants, Mélanie, Céline et Williams.

Dans la famille de Gilberte (Rubin) je ne connaitrais vraiment que Tony son frère et Flore son épouse qui habitait à St Germain et Mons, »métayers » du château de la famille Walter, hollandais d’origine, pas des inconnus pour moi, étant des piliers inconditionnels du salon de thé Le Belvès depuis sa création.

L’un des fils Nicolas deviendra toubib du coin et bridgeur impénitent. Une anecdote me revient en mémoire, venant au salon de thé du temps de ses études, au moment de payer il demanda à ma mère « si elle faisait un prix pour les étudiants en médecine ? » Montée au filet de tante Yvonne » Non uniquement pour les apprentis mécaniciens ! ».

Tony et Flore avaient quatre enfants : Titou, Serge, Bernard et Pascal. Serge, un très brave garçon était mécanicien au garage Peyrichou place des Deux Conils en centre-ville… le malheur pour lui, garçon très introverti et totalement transparent sera dans sa première expérience amoureuse de tomber sur une jeune femme connue pour ses mœurs légères et qui le fera tourner en bourrique, mais il était amoureux ! Bernard, dyslexique, s’en sortira bien en faisant carrière à La Poste comme facteur et en 2017 vit encore avec sa mère. Pour Titou, l’histoire est remplie de haut et de bas, le bas sera surtout pour sa fin. Mécanicien comme son frère, mon père recherchait pour son dépôt de Glaces et surgelés un homme pour l’entretien des nombreux véhicules de l’entreprise. Je pousserais un peu mon géniteur à l’embaucher, ce qui arriva. La plupart des camions étaient frigorifiques aussi la société L. Belvès, son employeur lui fera suivre une formation de frigoriste et il obtiendra brillamment son diplôme. Il occupera un long temps son emploi, puis se laissera aller, la bouteille faisant parti de ses démons… mon frère Jean-Pierre devenu PDG de la boîte s’en séparera… Il disparaîtra assez jeune !

D’un autre frère de Gilberte il y a Josiane la cousine de Josette, assez complices, elles ont partagées les moments bons et mauvais dans leur enfance. Mariée à Pierrot Garrigue un ancien de la SNPE, elle officie encore chez Loryc, le chausseur de la rue de La Poste, et ce, depuis plus de 40 ans ! Il y avait un cousin Rubin qui malheureusement n’avait pas pris un bon chemin, lui aussi, mais ne manquait pas de venir me saluer.

Dans la famille à René Vigier, je ne connaitrais qu’une personne, son frère Léo, aussi bourru et renfrogné que René. Il était métayer dans une grande ferme route d’Eymet et son épouse, celle que l’on appelait La Madelon, vendait les légumes tous les mercredis et les samedis au marché. Il était fâché avec son fils unique.

Pendant ces années 1969 à 1976, les fêtes étaient nombreuses à La Cavaille, bien arrosées. L’été, pour que Christophe et Line puissent se baigner j’avais installé une petite piscine démontable. Une année je décidais donc d’organiser un méchoui avec ball-trap, invitant mes deux frangins, leurs épouses et les enfants, les Simounet qui m’avaient si bien logé à Lyon pendant mes stages chez Armand le premier pâtissier de Lyon et au Sofitel au restaurant panoramique des trois Dômes, quelques copains, et toute la fratrie Vigier. Cette journée du mois de Juillet fut très joyeuse et placée sous le signe d’une chaleur caniculaire. Les agapes durèrent tard dans la soirée, le rosé était très frais et les jeux d’eau commençaient à dériver. Attrapant le papi Vigier par les jambes et les bras, nous avons balancé le poids lourd dans l’onde rafraîchissante… mais surpris par la masse, ayant mal calculé l’élan,le papi a accroché le bord en tôle en la déformant… des dommages matériels donc, en principe rien de grave, mais la victime se plaignait une peu. Bilan le lendemain, côtes fêlées, et arrêt de travail !!

Pendant des années, les repas de Noël et de Pâques étaient d’anthologies et gargantuesques. Bernadette, l’épouse de Gérard Vigier travaillait de nuit à la Fondation John Bost à La Force. Un dimanche soir d’hiver, vers 22 heures, nous l’avons raccompagné à son boulot, Gérard, Jean-Pierre et moi. Pénétrant dans l’enceinte du lieu, nous avisâmes 3 vélos qui trainaient… champions dans l’âme nous avons enfourché les fiers destriers pour une course dans les allées… Jean-Pierre prendra une sacrée gamelle en s’étalant de tout son long dans la boue… en costume et cravate. Dans les années 80, en été, même cérémonial du soir, nous avons conduit Bernadette au boulot, dans la magnifique Peugeot 505 de mon père… .Après Lamonzie St Martin, dans la grande ligne droite, deux phares arrivant dans l’autre sens se dirigeaient droit sur nous… le choc a été de face, la 2ch rebondissant sur mon véhicule et atterrissant dans le fossé en contre bas ! N’ayant pas bougé sur l’impact, nous sortons, un peu inquiet malgré tout, je saute dans le fossé profond ou gisait notre tamponneur… j’étais en short et… au milieu des orties !! J’ouvre la portière, je sors le conducteur qui n’avait pas l’air blessé et ses premières paroles seront « Oh putain et toi tu m’avais rien fait !! » J’ai relâché le corps bien imbibé dans les piquants et remonté le talus. Les gendarmes en poste un peu plus loin pour des contrôles, prévenus par des passants, sont arrivés et fait le constat d’usage… il me semble que le gars était à presque deux grammes et finira au poste pour la nuit… à moi, ils ne m’ont rien demandé..heureusement. La Peugeot de papa Belvès n’avait pas bronché mais elle ne pouvait plus bouger, il fallut donc la faire remorquer par un garage tout proche. Le fin mot de l’histoire se déroulera le mardi, j’ai reçu un coup de fil au Royal de Mr Conti le maréchal ferrant de Lamonzie St Martin, pilier redouté des terrains de rugby qui avait écumé les stades sous l’ère du Président de l’USB des années 50… Lucien Belvès, me contant l’histoire de ce jeune qui sortait d’un après match de foot arrosé et dont la vie familiale n’est pas une sinécure. Il me demandait de ne pas porter plainte… Mon père absent, je lui proposais de venir nous voir le lendemain pour en discuter, mais tout le dossier était dressé par les gendarmes et je n’y pouvais pas grand- chose. Le mercredi, Conti est arrivé accompagné du garçon : après discussion où il a été plus question de souvenirs rugbystiques que d’autres choses nous ne pouvions rien pour arrêter le cours de la justice. Avant de partir mon père leur a proposé de prendre un verre… le jeune homme a commandé sans sourciller à 11 heures du matin… un Ricard !! Indécrottable le mec ! Les cousins italiens de Venise, sont venus rendre visite à la famille… notre plus grand plaisir était bien évidemment de les pousser à la consommation avec pour digestion une partie de pétanque ou un match de foot dans le pré, où Roberto ne distinguait plus le ballon. De retour d’une journée de chasse où j’avais invité René, un petit repas s’en suivit et mon esprit espiègle avisant un chapelet d’andouilles dans le frigo, me poussa à l’installer dans le lit du couple. Gilberte avait bien vu la manœuvre mais ne pipa mot, laissant la surprise à son époux qui fit un bond de deux mètres au coucher, pensant à un animal rampant qui avait pénétré sa couche. Une autre année, la journée de chasse à Bannes s’était prolongée par un dîner au Royal Périgord, fermé le dimanche soir, en compagnie de René, d’amis chasseurs et de leurs épouses. Décidant de ne pas se quitter ainsi, l’un de nous proposa de finir la soirée au Windsor, la boîte de nuit de la route de Bordeaux. On a dansé, on a bu et stupéfaction, René a disparu… sans doute fatigué, avait-il rejoint sa propriété voisine de cet empire de la nuit. Donc très peu d’inquiétude quant à son sort. Le lendemain, Gilberte m’a appelée pour me narrer la fin de l’histoire. Son mari en sortant de la boîte s’était garé juste en face devant la maison d’un propriétaire voisin avec qui il avait des relations houleuses concernant l’achat d’un terrain jouxtant les deux propriétés… et fait parler toute la puissance de son klaxon à plusieurs reprises et quand les lumières de l’habitation se sont allumées, il a pris la poudre d’escampette !! Vite démasqué, c’est la belle-mère qui est allé s’excuser le lendemain suite à un coup de fil furibard de la victime !! Pour sa défense, René argumentera avec conviction qu’il avait été victime de décibels trop puissants et de spots lumineux qui lui avaient tourné la tête !

Après le mariage de Jocelyne, les parents de Thierry, se joignaient parfois à ces Noëls remplis de plaisir partagé. Mr Pilipenko était responsable de la piscine Municipale de Bergerac, fermée en ce jour de fête, et, pour une fois, cette année-là, tous les frères et sœurs Vigier participaient aux agapes la tribu était au complet. Pendant le repas, l’eau n’ayant pas mouillée la nappe ni troublée nos verres de vin, un besoin de purification me vint, lançant une idée géniale pourquoi ne pas aller se tremper à la piscine ! Dire que le maître-nageur fut enchanté de ma proposition il y a plus que la largeur d’une margelle, mais après plusieurs questionnements introspectifs papa Pilipenko jeta aux orties, un peu forcé quand même, ses convictions quant à sa qualité de gardien des ondes bergeracoises !!! Nous voilà donc envahissant une piscine monumentale, les gosses grimpaient sur les plongeoirs, les papas déliraient et dans son coin, le MNS, ne savait plus où se mettre… une belle journée de Noël !

Gilberte s’occupait de toute la basse-cour, une année, son troupeau de pintades était inapprochable. Elle fit donc appel aux deux tartarins qu’elle avait sous la main, deux nemrods reconnus pour leur sérieux, Jean-Pierre son fils et moi-même… des spécialistes de la gâchette en un mot ! Massacre il y eut ! Les volatiles une fois plumées, vidées, etc..furent mises en bière, non en congélateur, pour nos futurs repas !! La première que nous avons goutée, l’odeur de faisandé était tellement forte, que je ne mangerais plus jamais de pintade !! Peut-être le fait de les avoir tuées au fusil… je ne sais pas, mais quand j’arrivais devant la porte de la cuisine rien qu’au fumet je comprenais que l’une de mes victimes était dans le four !! Mais ma gentille belle-mère préparait toujours un petit quelque chose pour son gendre préféré ! Certains dimanches, il nous est arrivé pour changer un peu d’air après ces repas pantagruéliques, de « monter » vers 17 heures au Moulin de Malfourat, où se tenait le bal à papa. Jean-Pierre , Gérard, René et moi nous nous installions simplement au comptoir et nous faisions voyeurs. Après leur danse, ces couples aux cheveux blancs ou gris, rejoignaient leur table, et voir la dame s’installer sur les genoux de son cavalier n’avait rien de puéril, il suffisait de regarder les mains du Mr qui procédaient à une introspection tactile et même gynécologique entre les froufrous de la gente dame !! et une multitude de comportements dépassant les limites de la bienséance, qui, commis par des jeunes auraient soulevés des réactions outrées et des cris effarouchés de ces mêmes aïeuls !

Christophe adolescent, passait souvent ses samedis et dimanches à la Cavaille, et la disparition de ses boutons d’acné le poussait à quelques visites nocturnes pour la découverte du corps féminin dans l’antre du Windsor. Le déplacement pour s’y rendre, en compagnie de son cousin Lionel, se faisait à travers champ, n’ayant juste que la route nationale à traverser. Le tout avec la bénédiction de la grand-mère qui leur préparait à leur retour le petit déjeuner complet !! Il valait mieux à pied, car l’âge venu, possesseur du permis, il m’a fallu payer la réinstallation de la clôture d’un voisin qu’ils avaient complètement défoncée avec la bagnole!! Pour que les étés ne leurs soient pas trop longs, Josette et moi travaillions tous les jours, j’avais installé une nouvelle grande piscine démontable qui fera le bonheur des petits et des grands.

L’adresse au Paillet avait ses aficionados, deux de nos amis, Jean-Pierre et Robert faisaient partie de la Police Nationale, aussi pour les rondes en soirée, ils prenaient leur boulot à cœur pour surveiller étroitement la sérénité du coin, le tout se terminant par un casse- croûte arrosé. La présence ensuite de la boîte le Windsor leur donnera un alibi en bêton pour leurs déplacements ! Entre parenthèses, au commissariat, Robert avait un poste stratégique, il collationnait les P.V avant les envois d’amendes !! Il me sera d’une aide précieuse quand je récupérerai dans un carton les contraventions que Christophe étudiant à Bordeaux, ne payait pas, la note fut quand même douloureuse pour moi !!

Papy Vigier assumait son travail d’employé des télécom, il effectuait toute la journée des interventions chez les particuliers ou entreprises, jumelé à l’entretien de la ferme en rentrant. Pendant des années, il viendra à 6 heures 30 du matin au Royal chercher les poubelles remplies de déchets alimentaires du restaurant, retour des assiettes des clients ainsi que les huiles de friture pour nourrir les cochons. Ce qui me permettait de récupérer les couverts en argent que, dans le feu de l’action des services, les plongeuses laissaient tomber malencontreusement. Les vignes seront arrachées, le bétail vendu car Gilberte ne pouvait pas tout faire non plus. Les relations avec son fils Jean-Pierre seront houleuses et l’incompréhension sera durable. Jocelyne la petite dernière (13 ans d’écart) ne connaîtra pas le sort d’une jeunesse à la dure comme ses frères et sa sœur, souvent l’apanage d’un retardataire. Dans son métier, il était exemplaire, tous les clients chez qui il se déplaçait pour des dépannages ne tarissaient pas d’éloges à son encontre, lui offrant un petit billet ou une bouteille de vin… une autre époque ! Vis-à-vis de ses collègues, il n’hésitait pas à les remplacer dans les astreintes de week-end, restant à la maison, n’intervenant que pour des urgences. Ce qui lui permettait d’être payé double mais aussi de récupérer des jours… pour travailler ses terres. Pourtant, à deux ans de la retraite il va subir un affront professionnel qui le laissera pantois. Les PTT étaient devenues Pet T, puis en fin de carrière France Télécom. Le matin, au dépôt, une fois récupéré son planning il effectuait sa tâche avec le zèle et la célérité du bon fonctionnaire fier de son état, il ne traînait pas, rentrait au dépôt, garnissait ses comptes rendus de journée et filait à La Cavaille pour enfourcher le tracteur entamant sa deuxième journée. Il fut convoqué par le responsable de Bergerac qui, après lui avoir passé la pommade dans le bon sens de la moustache, lui fit comprendre que son zèle et la qualité de ses interventions étaient louables mais soulevaient des jalousies et des interrogations parmi ses collègues !! Ce Mr n’a pas fait sienne de « Ne méprisez pas la sensibilité d’une personne, la sensibilité de chacun, c’est son génie ». Il ne s’en remettra pas, la claque fut monumentale ! Tous ses anciens compagnons de travail étaient partis ou allaient partir, il se trouvait confronté à une nouvelle génération où le mot amour du métier et efficacité semblaient rayés du vocabulaire ! Son plus grand plaisir dans l’exercice de son boulot était de se sentir utile aux autres… un sacerdoce ! Tout s’écroulait autour de lui, homme honnête et simple, qui avait édifié patiemment une nouvelle vie sur les ruines de son passé douloureux de « domestique de ferme ». Il mit donc la pédale douce jusqu’à la retraite devenant la caricature que l’opinion aime se faire des fonctionnaires… sans regrets !

Il a donc fait le grand saut dans l’inconnu de la vie de retraité, sans se préparer, directement, sans avoir anticipé le grand vide qui allait le couper définitivement du monde actif. Pourtant, il devenait maître de son temps, ayant stoppé son état de salarié mais pas de travailleur, puisqu’il lui restait toutes ses activités sur la propriété. Il aurait fallu qu’il s’implique, s’initie dans des projets, qu’il apprécie les gens et s’intéresse aux autres ! Au contraire, il a commencé à se plaindre de toutes les grandes choses et les petites aussi, il s’isolait, bougonnait, cherchait des responsables à son ennui, le gouvernement, le mauvais temps, le beau temps, ses enfants parfois… . Debout au lever du jour, couché à 19 heures le plus souvent, seule la partie de chasse le dimanche à St Laurent des Bâtons aurait pu lui amener un semblant de vie sociale. Il n’en était rien, il chassait le gros gibier, installé à son poste de guet au lever du jour, il y restait parfois jusqu’à 15heures, sans voir personne. Un rassemblement pour le partage et retour à la case départ. Gilberte supportera en silence, mais ne se laissait plus faire, elle filait en ville, faire les boutiques, elle essayait de s’éloigner de celui qui était devenu muet, de ce mari arc-bouté sur ses silences. Gilberte paiera au prix fort cet accompagnement qui l’isolait elle aussi. Les problèmes de santé attraperont René rapidement et le balloteront d’hôpital en hôpital, il était aussi atteint d’une maladie de la peau qui le rongeait, victime sans doute de ces produits qu’il passait dans les vignes ou les cultures sans aucune protection. Cette dernière affection lui faisait courir les charlatans, guérisseurs et compagnie qui lui ponctionnaient le compte en banque en lui prescrivant des poudres de perlimpinpin au prix du caviar… et en liquide ! Une amie, Fabienne Lehérissier, épouse de Arnault Lehérissier cardiologue à Bergerac, responsable d’un secteur à l’hôpital de St Foy la Grande, nous facilitera son admission et lors d’une de mes visites durant laquelle Josette s’était absentée un instant, il me demandera, d’aider Gilberte dans son futur accompagnement de la vie de tous les jours. J’avais peur que cela n’entraîne quelques tiraillements par rapport à ses enfants surtout la gestion comptable, cela c’est à peu près bien passé, à part avec Jean-Pierre, paix à son âme, qui lors de la succession chez le notaire, accusera Josette de tous les maux, elle me reviendra complètement effondrée. Je pense que je me suis bien acquitté de la tâche demandée par mon beau-père, en fournissant tous les ans aux enfants un bilan annuel complet et en gérant tous les problèmes d’intendance de la propriété. Ramené au Paillet pour une issue fatale à court terme, c’est Lionel Vigier qui nous appellera en ce matin du 09 octobre 2004 à 6 heures, René venait de s’éteindre dans son fauteuil doucement sans bruit, après d’énormes souffrances.

Le Paillet venait de perdre son créateur, celui qui l’avait façonné, cet enfant né à côté de Vergt, dans la campagne profonde du Périgord, élevé dans une adolescence à la dure, affublé dans ses premiers pas dans le monde du travail de la mention « domestique de ferme », à la force du poignet il a brisé les chaînes de son passé si dur, il a bâti son royaume, élevé ses quatre enfants avec Gilberte et initié ses petits- enfants aux secrets de la nature et de la débrouille. Gilberte se retrouvera seule dans ce grand espace avec pour seuls compagnons, ses chiens. Dans l’impossibilité d’assumer l’entretien, elle commencera à s’enfermer dans une solitude mortifère.

On lui a donc trouvé une petite maison au faubourg et Josette lui rendait visite presque tous les jours, malgré son travail à la boutique. Elle aura un accrochage assez sérieux, ayant brûlé un stop mais avec seulement des dégâts matériels. Gilberte ne pouvait plus conduire ! Il restait les deux chiens qui erraient sur la propriété et aux alentours, une petite bâtarde et un chien loup très âgé. C’est donc moi qui aurais la douloureuse mission une fois de plus de faire venir le vétérinaire pour les euthanasier. J’avais la boule au ventre devant le regard des chiens, orphelins de leur patronne qui ne pouvaient plus leur rendre visite, les nourrir, les caresser. Il les a piqués sur place, pour seule consolation, il me confirmera que la petite, même jeune, était atteinte d’un cancer et qu’elle était condamnée, je n’étais pas très fier de moi au retour.

Un jour, nous avons ouvert le frigo, les repas préparés étaient stockés, Gilberte ne mangeait presque plus ! Les enfants ont donc décidé de l’accueillir à tour de rôle chez eux, mais son état se dégradait…

« Dégénérescence, ce mot use, ronge, torture, anéantit. Dégénérescence, le mot pleure avec des larmes de sang comme démence, décadence, évanescence. Il écartèle, empoisonne, oppresse, assomme, étouffe, asphyxie, broie. Il enterre les « encore vivants » dans des sables mouvants des « déjà morts » ou dans les bétonneuses des « fins honteuses » (Daniel Riot conférencier). Comme ma mère, Yvonne Belvès, Gilberte allait avoir à vivre sa vie « dans une agonie lente, pesante, inexorable. Une descente aux enfers, dans un terrible face à face avec l’abîme, ce n’est plus l’être humain qui regarde l’abîme, c’est l’abîme qui regarde l’être humain s’abimer, s’autodétruire, se vider de sa vitalité, perdre sa dignité ! » On attendait une place à la maison de retraite de Mont de Marsan qui ne venait pas vite, aussi je décidais de contacter le directeur de celle du Faubourg à Bergerac avec qui nous avions des amis communs. Son admission viendra dans la foulée, les mensualités étaient couvertes grâce à l’addition de sa petite retraite, de la pension de réversion de René et d’une aide du département dont j’avais ficelé le dossier pour l’obtenir et adressée à qui de droit. N’étant plus en état de signer un quelconque document surtout pour la mise en vente de la propriété, le notaire a demandé sa mise sous tutelle. Étant sur place, je fus désigné pour m’occuper une nouvelle fois du montage du dossier pour le Juge des Tutelles. Je fus convoqué à deux reprises avant l’accord définitif. Tous les ans je devais remplir un dossier avec bilan comptable etc… et le transmettre au Tribunal. Elle s’éteindra le 11 mars 2016 en douceur, en regardant dans les yeux ce Bon Dieu qu’elle priait si souvent, comme une personne qui va au ciel après une vie d’épouse et de mère pleinement assuré sur terre.

Mon travail accompli depuis 2004 auprès de Gilberte, je rendrais mon tablier aux enfants, ayant accompli avec sérieux et amour cette mission auprès de René et Gilberte, mes beaux-parents

Pour Josette, ce ne sont pas des pages de son histoire qui se sont arrachées dans son livre de vie c’est un livre entier qui a disparu. Pour moi aussi, nos cœurs et nos esprits ont tout gardé en mémoire.

Le Paillet est vide, heureusement entretenu par Lionel Vigier, les péripéties de la vente ou pas, ou à des prix prohibitifs, je n’en parlerai pas, j’ai toujours averti les frères et sœurs qu’il fallait profiter un peu de la vie et ne pas attendre des fortunes lointaines et incertaines… la vie est une fortune.

Le Paillet sous la neige

Le royaume de la Cavaille un jardin d’enfants pour des générations

Léna Belvès et Mélanie Pilipenko

Gilberte Vigier, Léna et Josette Belvés

Les rois du tracteur, Jocelyne et Christophe

Maïs, Patates, Asperges, tout le monde travaillait aux champs

La famille VIGIER De gauche à droite debout : Gérard, Josette, Jocelyne, Jean-Pierre Assis : Gilberte et René Vigier

05 Mai 1969

Sandrine, Enzo et Lionel Vigier

La famille de Tony et Flore Rubin et La Maretta

Pauline et Enzo Vigier

Fred et Sandra Lidon Emma et Julien

Dominique Vigier (Veuve de Jean-Pierre Vigier) Emmanuelle, Marie et Laura

Thierry et William Pilipenko Mélanie, Céline et Jocelyne Pilipenko

Un éloge de mon métier

Les premiers cuisiniers restaurateurs n’apparurent qu’au début du XIX siècle. Les contours des chefs de cuisine de cette époque sont très flous, mais ils comptaient le plus souvent dans leurs rangs… des femmes !. Elles rendaient une cuisine simple et parfaite où les choses ont le goût de ce qu’elles sont ! Au début du 20ème siècle on se tourne vers la cuisine régionale et tape à l’œil où chaque région défend pied à pied ses recettes dans une concurrence féroce… Paul Bocuse porte drapeau de la cuisine lyonnaise ira jusqu’à parler de la cuisine périgourdine comme d’un art de la conserve !! Mais il prendra le tournant de la Cuisine Moderne et de Marché, puis la cuisine sera légère avec Guérard et enfin Moléculaire avec Ferran Adria… .

L’imagination et l’improvisation dans la rigueur au service d’une cuisine qui émoustille l’homme

En ce XXIème siècle, phénomène de mode, la cuisine s’est exportée de son environnement carrelé vers nos petites lucarnes pour doper l’audimat. Dans son fauteuil, tout téléspectateur se fait jury de l’expression d’un art majeur, qu’il croit accessible à tous… dans sa petite cuisine pour quatre personnes oui ! « Manger n’est pas cette courante et passagère récréation du goût qui consiste exceptionnellement à se réjouir les papilles de mets fameux. L’art de la table est un culte millénaire voué à la juste célébration d’une des plus merveilleuse cuisine du monde aussi, restaurer des convives dans un restaurant est un métier !! »

Nos grands cuisiniers actuels sont les auteurs de chefs d’œuvre de logique et de chefs d’œuvre de passion comme les compositeurs de musique classique. Ils s’émancipent des carcans anciens comme au début du 20ème siècle, un Stravinsky, en rupture profonde avec la tradition antérieure avait scandalisé les puristes avec son Sacre du Printemps.

Dans une cuisine, le chef est chef d’orchestre maîtrisant la technique dans l’exécution d’une œuvre. Dans le crescendo du service, il est ce virtuose du piano interprétant « La Rhapsodie Hongroise » de Litz, avec sa première partie lente grave et dramatique pour enchaîner sur une suite rapide, alternance d’harmonie dominante et tonique avec ses acmés à vous couper le souffle

La cuisine est comme la musique, un mot de partage

Toute ma vie j’ai rêvé de jouer du piano, mes longs doigts courant sur les touches noires et blanches, arrachant à cet instrument des notes qui vous décantent l’incertain. Je n’en aurais aucun talent, aucun air n’a pris forme sur le clavier, mes pauvres oreilles ont été hermétiques à tout son mélodieux. Je ne prendrai pas la bretelle de l’accordéon non plus mais la bretelle du tablier blanc… une déviation dans la gamme des métiers !!

Mon rêve éveillé m’a donc conduit vers ces pianos brûlants, rougissants, crachant ce feu qui vous marquent d’une façon indélébile les mains et les bras, leur chaleur, fait perler sur votre front la sueur qui ruisselle sur votre visage, arrache des larmes à vos yeux embués et humecte vos lèvres de la saveur salée et acide des affres de ce métier. La mandoline comme la guitare vous usent les doigts, le couteau fait gicler votre sang comme l’archet fait gicler les notes des cordes des violons. Pour ma part je me suis ébouillanté avec l’eau de cuisson d’une grosse marmite, lorsque j’enlèverai ma chaussette,… la peau du dessus de pied a suivie… j’en souffrirai pendant 3 semaines et, le matin, le fait de me lever m’arrachait les larmes, j’en ai gardé les cicatrices !

Au 21ème siècle, les grands chefs cuisiniers sont des compositeurs de musique, mais aussi peintres et sculpteurs de l’Art Culinaire. Chaque assiette est une œuvre unique, palette de couleurs digne d’une toile d’Arcimboldo, sculpture de Rodin ciselée dans la chair des légumes… un chef d’œuvre déposé sur une nappe immaculée qui embellit une table, envahit vos narines d’effluves parfumées, tirant dans votre palais le bouquet final des saveurs !

J’ai restauré du mieux que possible ma clientèle comme mes chefs me l’ont appris, j’ai essayé d’être parfaitement et imparfaitement moi-même. A mon humble niveau j’ai souvent innové dans l’exercice de ce métier, un succès a suivi. Le Royal Périgord était un lieu de vie, une brasserie où il fallait être vu, sans une cuisine et un service honnête l’expérience n’aurait pas durée. Je ne me sentais jamais fort sauf quand j’étais au travail ! La cuisine vous harcèle et vous tourmente de mille manières, comme une maîtresse exigeante. Pour un artiste sur scène, le métier commence par une grande intimité, une grande solitude, de grands doutes. Il lui faut aimer tout cela autant que la lumière. Il brille sous les spots mais laisse ses spectateurs clients dans la pénombre de la salle. Pour le cuisinier, il y a les grands doutes, souvent la solitude mais contrairement à l’artiste, il est dans l’obscurité et installe ses clients dans la lumière… .il lui faut aimer cela tout en la cherchant… cette lumière… cette ambition ! Éblouis par les feux de la rampe, certains chefs sont devenus de vraies stars dont leur vocabulaire de cuisine ou du vin m’est devenu étranger, sans doute efficace pour une minorité de « spécialistes aisés », mais jargon inutile d’une opportunité douteuse pour les non-initiés… . ils se sont boboïsés. Les sommeliers prennent des poses à la Marie Curie pour vous décliner les arômes sous-jacents dans le moindre pinard : fleur d’oranger, églantines, rose citronnelle, banane mûre ou pas… Le Maître d’hôtel vous déclame les plats du menu comme un poème de Baudelaire, respectant les douze pieds de l’alexandrin, véritable acrobatie verbale faisant oublier que l’art et l’émotion proviennent le plus souvent de la simplicité ( ex : turbot de ligne sauvage et ses bardes pochées dans un milieu de chicons braisés marinés à la betterave, d’un beurre de betterave et d’algues dulce, de pickles de betterave, de feuilles de cresson et leur vinaigrette). On voit les chefs animant des « ateliers » dans des émissions culinaires aller faire leurs emplettes, petit panier sous le bras cueillant eux même à la main les légumes « oubliés » dans le jardin »bio » du producteur local ! On verse dans le monde people, dans la téléréalité et ses excès ! Prenons garde à la lassitude d’une grande partie de la clientèle sur des choses trop pointues qu’ils ne comprennent plus vraiment… ils sont décontenancés par ce grand écart entre la tradition et l’innovation !

Pour ma part, après presque 40 ans de métier, le cœur et le plaisir n’y étant plus, j’ai remisé la veste blanche et le pantalon pied de poule… pour moi et pour mes clients fidèles.

Je me suis donc transformé pour quelques amis en « pseudo saltimbanque journaliste familiarisé à la procédure ironique des phrases bien tournées et surtout détournées qui porte un intérêt particulier à la cabriole du mot dans la phrase et de la jonglerie du permis pas permis dans le texte, qui cherche l’équilibre sur la ligne d’écriture d’un trapéziste qui officie sans filet »

Ma timidité en public m’a quelque fois desservi, j’ai toujours préféré l’écrit à l’oral pour exprimer mes sentiments. Aussi tout ce qui est enfoui en moi ressort sur des pages garnies avec ces mots et ces phrases que je retourne et détourne à l’envie. Sitôt que j’ai le La, je récite mes gammes respectant le Bémol mais n’oubliant pas une dièse pour hausser le ton dans l’humour, seuls quelques couacs grammaticaux peuvent nuire à la partition pour les esthètes

J’essaye de garder le tempo mais mon timbre est celui de la sincérité. « Pour dire vrai ou pour dire faux on emploie les mêmes mots, il n’y a que la sonorité qui change ». A l’écoute de mes écrits j’ignore ce qu’est ma voix mais j’espère que vous percevrez celle de la conscience et de la sincérité.

Dîner au Conseil Général de Périgueux Présentation officielle de l’Association des Restaurateurs de Métiers du Périgord fraisier créé par J.J. Belvès et Claude Dupré Livre en nougatine avec les noms de tous les adhérents Décor du logo départemental en glace royal et pastillage

Inauguration des nouveaux locaux du Journal Sud Ouest Rue Neuve d’Argenson ‘(1972-73)

Les brèves de chasse

De 1985 à 1992, je produisais modestement une revue annuelle sur la vie de notre communauté de chasse »Les amis de la Chasse de Bannes ». La prose était plutôt Sanantoniesque parfois un arrangement d’un texte existant, mais toujours remplie d’une générosité à l’égard de tous ces hommes avec qui je traversais une tranche de vie. Tous les ans, l’ouverture était l’occasion de faire la fête des retrouvailles cynégétiques et chaque chasseur attendait avec impatience la remise du Petit livre de l’année passée, toujours pleins d’anecdotes où chacun y avait une place.

Lettre d’un setter à son maître chasseur de bécasse

« Bien sûr nous eûmes des orages, Tant d’années de chasse c’est l’amour fou, Mille fois tu crias de rage, Mille fois je bourrais sur le bon coup, Et chaque arbre se souvient, Dans ces bois que tu aimes beaucoup, Des éclats de tes vieilles tempêtes, Je n’étais plus ton chien, Tu perdais ton âme de raboliot, Et moi le sens de la quête, Moi je sais tout tes secrets, Tu connais tous mes mouvements, Tu m’as affublé d’un affreux collier, Je t’ai perdu assez souvent, Aussitôt tu me mettais au courant, Il te fallait bien dresser le garnement, Finalement, finalement, Il nous fallut bien du talent, Pour être deux à chasser en même temps. Mais je te le dis sans détour, Mon dieu mon roi de la bécasse, De l’aube claire jusqu’à la fin du jour, Je chasse pour toi, tu sais, Je chasse pour toi… «

La quête à mon maître

« Un chien bien élevé ne vient pas mendigoter lorsque l’on est à table !! Bien élevé… c’est à dire bien dressé. Moi quand mon maître est à table, je n’ai pas faim, je ne mendie pas, j’attends… je réclame juste ce que j’estime être dû de par la loi de l’amitié et de l’amour.

Mon cadeau, c’est un lien entre nous, on demande un partage équitable, une miette nous comble… et puis bien sur une autre et une autre après celle-là !!!Le cadeau c’est comme la caresse, on ne s’en lasse pas. Tu ne me résistes pas quand ma patte impériale t’effleure la cuisse d’un seul coup, et combien est notre regard qui t’observe attendant son dû.

Tu aurais pu nous dresser à ne pas faire ainsi, tu sais que tu peux tout nous demander. Mais tu sais car tu nous aimes que tu nous aurais alors privé de cet élan si naturel, bien innocent et que tu nous aurais fait rentrer dans la gorge notre désir d’amour »(Cavanna)

Lettre d’un chasseur retraité des P et T au Président Mitterrand

« Dis donc toi le Dieu, le gars là- haut vautré sur ton petit nuage rose, c’est fini la sieste !! Oui d’accord je suis un peu familier, mais que voulez- vous, ça urge ! Tu es si mal entouré avec tous ces gens qui te font des courbettes que t ‘en as perdu complètement le contact avec la réalité !! Depuis le début, je n’ai pas bronché toujours passé par la hiérarchie : baptême, communion, confirmation, Enfants de France, Télécom… mais là il y en a ras le missel de passer par les intermédiaires qui oublient les messages. Alors comme il vaut mieux s’adresser au Bon Dieu qu’au ministre des Pet T, j’ai une question à te poser et ce n’est pas d’hier « Les dix points d’indice à la grille, nous les retraités, va falloir qu’on monte les chercher oui ou merde ! »

Lettre d’un chasseur épicurien

« Quand on arrive à la cabane de chasse, on s’assoit autour de la table. On s’offre pendant deux heures ce qui nous manque le reste du temps : une communion fraternelle sans risque pour le patrimoine, les animaux de la jungle vivent les trêves de l’eau et les hommes d’affaires les trêves du vin. Le fleuve de Bergerac remplace le marigot africain. Pour un instant se forme autour de nous, le paradis perdu d’une société qui ne s’entredévore plus. La bouffe remplit l’intérieur du rond, chacun peut y aller à pleines dents sans faire crier la chair du voisin »

Lettre d’un biologiste chasseur de retour de chasse aux canards en Argentine qui a dû jeter tout le gibier ramené

« Pour mon retour cela a été !!! Mais alors les canards !! Même pour 400 frs j’aurai refusé de faire l’analyse dans mon laboratoire de la rue Candillac. J’ai consulté le dico médical pour voir, ce n’était pas le psoriasis, pas l’érésipèle, ce n’était pas non plus l’érythème… peut être, sans engagement de ma part, ça tournait plutôt autour d’une kératose pilaire purulente… bénigne

Pour les canards mâles, c’était le genre tumeur testiculaire ! Attends, je reprends mon dico « formes malignes parfois féminisantes qui peuvent entraîner des tests biologiques de grossesse positifs » On a tout balancé dans la Gironde !! »

Lettre pour un dernier lièvre

« Le bonnet de laine enfoncé jusqu’aux oreilles, les après skis cognant les labours, Stan avait le visage des mauvais jours. Depuis le début de la saison avec quelques amis, il cherchait le lièvre qu’ils devaient partager autour d’une bonne table. En ce dimanche de fermeture de décembre, en longeant l’étang, il désespérait. Dans son gîte, attendant la nuit, le lièvre avait choisi avec un étonnant sentiment, les tons, les couleurs, la terre sur laquelle se fondait son pelage. Il avait approfondi son gîte afin que rien de lui ne dépasse. Les pieds du chasseur se posèrent à quelques centimètres de l’animal tapi sans qu’il ne le voie sans qu’il ne bouge. Sous la voix de Stan qui appelait son chien, l’animal détala dans son dos par une refuite que ces diables- là ont la finesse de se garder quand ils font leur tanière. Stan se retourna et foudroya l’animal qui s’éloignait à vive allure et s’écria… « Jacky,… A la Royale le lièvre !! »

Lettre des secrets d’une chienne à son Docteur de maître

« Devant mes fugues incessantes en période de chasse, mon Maître Pierre désespère de moi et ses colères sont terribles. Aussi, comme vengeance de femme qui aime, je vais vous confier mon secret « Sa môme pimpante et choucarde, aux seins blottis dans sa blouse blanche, ses hanches violoncelleuses dont l’étendue est de beaucoup plus de quatre octaves, sa bouche qui lui acharne le chipolata dans les moments intimistes, il en disconvient môchement, lui qui s’élançait sur tout ce qui portait une jupe… c’est fini, il peut plus !! »(San Antonio)

N.B : la dame de mon ami docteur, infirmière de son état, s’étant à raison reconnue, sa colère à mon égard sera terrible, aussi après des excuses circonstanciées, j’arrêterai la parution de mon livre de Chasse annuel et tout est rentré dans l’ordre au grand regret des autres actionnaires. Une erreur de jeunesse, il est vrai que l’on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui !

Le dernier mot à mes Amis de la Chasse de Bannes (09/2017)

Cher Président, chers Amis de la Chasse

J’attendais la réunion pré ouverture pour vous annoncer ma décision d’arrêter la chasse en général et le plus difficile pour moi de quitter Les Amis de la Chasse. Depuis deux ans je tergiversai l’esprit pur de la chasse m’avait quitté et la direction prise de ne traquer que le gros gibier sous les contraintes des propriétaires et les ambitions territoriales de quelques voisins ne convenaient plus à ma vision de ce sport, au fil du temps l’envie ne m’est pas revenue et me fuyait chaque jour ; me restait le plaisir partagé de quelques promenades et repas en commun qui donnent du baume au cœur je le pense à chacun d’entre nous. De plus, la situation financière de notre association qui malgré les efforts de nos présidents Bernard De Lamarlière et Bernard Marty qui faisaient ce qu’ils pouvaient pour la survie de notre société me donnait mauvaise conscience de vous abandonner, ayant été moi aussi Président pendant 7 ans et avoir œuvré de tout mon cœur pour la continuité d’une belle aventure. On ne met pas fin à une histoire d’amour de 45 ans sans tristesse et pincement au cœur. Beaucoup de ceux que j’ai côtoyé m’ont laissé orphelin et avec Jean-Claude Roux nous nous étions promis de rester à Bannes jusqu’à notre dernier souffle « le plus valide poussant le fauteuil roulant de l’autre dans les layons » !

Voilà mon cher Bernard, je te laisse avec François, le lourd privilège de l’ancienneté et du devoir de mémoire. La bonne humeur de Michel Bourousse me manquera, dans Jacques Plé j’ai découvert un homme d’une immense distinction et d’une grande simplicité, pour Pierre Lacoste je dirai simplement merci Pierre et pour son binôme Bernard Champelos, cet homme de la terre, taiseux et altruiste que ces repas remplis de sincérité partagé avec quelques amis communs et nos épouses continuent à nous rassembler et surtout Bernard soigne toi et repose toi, et enfin je n’oublierai pas Lucien Rouault qui lui aussi fait de son mieux. Mon dernier mot sera pour ce grand bonhomme aux cheveux longs et au verbe haut qui animait notre communauté et qui vient de disparaître subitement… salut Francis Carlier les terres du seigneur du Rolant à Montaud sont orphelines. Je vous salue mes amis !

La société « les Amis de la chasse » à Bannes m’a fait partager 45 années durant « les vies » de nombreux amis avec qui j’ai fait un bout de chemin, et dont j’ai narré de nombreuses anecdotes dans mon petit recueil « Le Passé simple de l’imparfait », des bergeracois pures souches pour la plupart :

Ceux qui ont disparus : Henry Vieillefond, Vinasse, Mickey Brachet, Lucien Loubière, Jacky Pauillac, Pouliquen, Michel Lavoix, Jean Mounet, Fernand Gaillardou, André Lermurier, Daniel Iriarte, Jean-Pierre Armand, Jean-Claude Marty, Jean-Marie Laurent, Jean Teillet, Louis Frutero, Jean-Claude Roux, Horatio Clap, Antoine Chérubino, Pierre Benquet, Hervé Maltor, Robert Maltor, Francis Carlier

Ceux qui restent : Jeannot Artaso, Serge Mornac, Michel Pauillac, Jean-Paul Bonnal, Jeannot Almodovar, Gérard Boularot, Claude Chillaud, Michel Carvaille, Philippe Giraudel, Jean Stanislas Laurent, Jean-Claude Larnaudie, André Rigal, Tintin Clap, Jeannot Bazet, Bernard Marty, Bernard De Lamarlière, Pierre Lacoste, Jean-Louis Peyrot,Bernard Champelos, Jacques Plé, Michel Bourousse, Lucien Rouault

Notre territoire de chasse se situait autour du Château de Bannes, 1 000 ha à une époque ! Sur ces terres que nous louions à plusieurs propriétaires agricoles (Fayol, Landat, Armand, Blanchié, etc), j’aurai une pensée particulière pour cette famille où j’ai vu grandir les 3 enfants de Mr et Mme Fayol. Ils ont su transformer ces terres arides et en friches de Larroque des années 1975, en une magnifique plantation de pruniers dotée d’un système d’irrigation modèle. Mme Fayol est toujours parmi nous et peut être fière du travail accompli de Benoît, Bertrand et Jérôme. Benoît Fayol syndicaliste agricole est devenu un important membre de la Chambre d’Agriculture de la Dordogne. Lors du décès de son père, en qualité de président de notre société de chasse, je lui avais transmis mes condoléances et joint un petit mot plus personnel. Il m’en remerciera plus tard, lors d’une manifestation paysanne assez chaude en centre-ville, alors que je me tenais devant la vitrine de ma maroquinerie rue de la Résistance, m’apercevant, il quittera la tête du cortège pour venir me saluer. Un sacré geste ! Plus tard, il me renouvellera ce témoignage simple. En ce mois de juillet 2018, j’ai accompagné en sa dernière demeure, un grand bonhomme, figure incontournable de la vie économique et sociale de la communauté de Creysse, ancien directeur de l’usine Bernard Dumas, Mr Daniel Doillon, frappé en 6 mois par la cruelle maladie.

C’est grâce à Patrick Mathieu et Éliane Mézy que j’ai pu intégrer il y a une vingtaine d’années l’entourage très proche de ce Mr à l’écoute des autres et rassembleur. Il m’a accordé son amitié et sa confiance, j’en suis toujours très fier ; des repas avec Noëlle son épouse et quelques amis nous réunissaient régulièrement. En juillet 2018, à la fin des obsèques de Daniel Doillon, immense hommage rendu par toute une population locale, j’ai senti des mains se poser sur mon épaule. En me retournant je me trouve en présence d’un colosse en costume qui me souriait dans sa barbe naissante. Encore dans l’émotion de ce moment de recueillement, je n’ai pu m’empêcher de l’attraper par les épaules ce grand gaillard, 45 ans que je le connais Benoît Fayol ! Daniel ayant été Président de la Caisse Locale du Crédit Agricole, il effectuait les déplacements au siège du C.A. à Angoulême en covoiturage avec Benoît représentant La Chambre d’Agriculture de la Dordogne. Sur le trajet ils parlaient entre autres de Jacky m’avait indiqué Daniel !

Un dernier mot sur Mr Daniel Doillon, je lui avais offert mon premier « bouquin » qui narre mon périple sur terre. Lors de notre dernière entrevue en mai 2018, alors qu’il déjeunait au Château Les Merles avec la nouvelle direction de l’usine « Bernard Dumas », il me confiera qu’il avait eu la larme à l’œil en le lisant… .Devant les nouvelles alarmantes que je recevais je lui ai fait parvenir quelques jours avant sa disparition une lettre qui lui sera lue par Noëlle « Si la communication reste le fondement de l’amitié, je préfère l’écrit à l’oral la magie des mots aspirant un peu les souffrances de l’autre ». Je t’embrasse Daniel !

Les Brèves du Rotary Club Bergerac Cyrano

Une illustration de mes facéties toujours basé sur l’actualité du moment

« Devant les incertitudes qui entourent le jumelage avec Charlesbourg au Canada, les past-présidents et le président en exercice, sous la houlette du trésorier ont beaucoup ferraillé verbalement pendant les réunions. Ayant remarqué certaines voix allant du baryton au ténor sans oublier des sopranos (nous n’avons constaté aucune présence de castrats), et avec tout ce gaspillage de vocalises à fond perdu, il nous a semblé intéressant devant tant de talents cachés, de prévoir l’idée pour l’année prochaine de former une chorale présidentielle. Le « La » est dans le camp de Christophe Bailly, président 2005-2006 »