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Weston se trouve dans une impasse après avoir appris l’existence de sa fille, adoptée par une autre famille. Famille dont le père est décédé… Après avoir accepté une mission en Alaska pour retrouver Shambhala, une chienne K9 disparue aveugle d’un œil et boiteuse, il comprend qu’il est exactement là où il doit être pour résoudre cet autre problème. Retrouver le chien s’avère plus facile que Weston ne l’a prévu, mais déterminer comment et pourquoi ses propriétaires ont été assassinés, c’est une autre paire de manches.
Désormais veuve, Daniela sait que sa fille a besoin d’un père. Elle contacte donc Weston. Quand il lui annonce qu’il est en chemin, elle s’inquiète de ce qu’elle a déclenché. Cette émotion se change en terreur quand la mère biologique de Sari se présente sur le pas de sa porte pour récupérer sa fille.
Weston va devoir agir vite pendant son enquête pour ne pas perdre définitivement tout ce qu’il a enfin retrouvé.
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Veröffentlichungsjahr: 2022
K9 Files : chiens de guerreTome 8
Dale Mayer
Première de Couverture
Page de Titre
À propos du livre
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Épilogue
Greyson
Note de l’auteure
À propos de l’auteure
Tous droits réservés
Bienvenue à tous les nouveaux lecteurs de la série K9 Files, dans laquelle vous allez retrouver les inoubliables héros de Légion d’acier, dans une nouvelle saga de romance à suspense pleine d’action et de rebondissements ; une saga attendue par tous les fans de l’auteure à succès Dale Mayer, reconnue par le USA TODAY. Pssst, vous croiserez également certains de vos personnages préférés rencontrés pour la première fois dans SEALs of Honor et Heroes for Hire !
Weston se trouve dans une impasse après avoir appris l’existence de sa fille, adoptée par une autre famille. Famille dont le père est décédé… Après avoir accepté une mission en Alaska pour retrouver Shambhala, une chienne K9 disparue aveugle d’un œil et boiteuse, il comprend qu’il est exactement là où il doit être pour résoudre cet autre problème. Retrouver le chien s’avère plus facile que Weston ne l’a prévu, mais déterminer comment et pourquoi ses propriétaires ont été assassinés, c’est une autre paire de manches.
Désormais veuve, Daniela sait que sa fille a besoin d’un père. Elle contacte donc Weston. Quand il lui annonce qu’il est en chemin, elle s’inquiète de ce qu’elle a déclenché. Cette émotion se change en terreur quand la mère biologique de Sari se présente sur le pas de sa porte pour récupérer sa fille.
Weston va devoir agir vite pendant son enquête pour ne pas perdre définitivement tout ce qu’il a enfin retrouvé.
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Weston Thurlow entra dans les bureaux de la Titanium Corp et se jeta dans le grand fauteuil de bureau autour de la table du conseil d’administration.
— Je veux en être.
Cade regarda Erick, qui était assis à côté de lui, puis Weston.
— C’est-à-dire ?
— Quelle que soit la teneur de cette affaire qui fait disparaître tous ces gars, je veux en faire partie aussi.
Erick fixa Cade en levant un sourcil. Puis ils se tournèrent tous les deux à nouveau vers Weston.
— Pardon ?
Weston sourit.
— Oh, non ! Non, non, non ! J’ai entendu tout plein de rumeurs, alors n’essayez pas de me cacher quoi que ce soit !
— Tout plein de rumeurs ? s’enquit Cade. Tu peux être plus précis ?
— Pierce, Blaze, Zane, Parker, Lucas et même Ethan. Que s’est-il passé avec eux, enfin ? J’ai entendu une histoire à propos de chiens.
— Pourquoi tu t’intéresses aux chiens, tout à coup ? demanda Erick en se laissant aller contre le dossier de sa chaise, comme s’il comprenait enfin.
Sur ces mots, Badger entra.
— Pourquoi vous parliez de chiens ? lança-t-il en jetant un dossier devant Cade.
Sur la page de garde se trouvait une photo de Carter, assis sur une balustrade, accompagné d’une femme qui avait passé ses bras autour de lui ; ils avaient le visage pressé l’un contre l’autre, l’air transis de bonheur.
Cade le regarda et sourit.
— Et encore un de moins !
— Ou on pourrait dire… Encore une autre belle histoire, corrigea Erick en lui donnant un petit coup dans l’épaule.
— Ou on pourrait dire ça, convint Cade en hochant la tête. Ils ont l’air heureux ensemble.
— Qui ?
Weston se leva pour jeter un coup d’œil.
— Allez, voilà Carter ! Où a-t-il bien pu passer, dernièrement ? Et c’est qui, cette femme ?
— La sœur de son meilleur ami, dit Badger. Il nous a dit qu’il avait besoin de revenir en arrière et d’arranger certaines choses, de savoir où était la place de son cœur.
— Oh, tous ces trucs à l’eau de rose… fit Weston. Mais quel genre de boulot ils font ? Vous savez à quel point c’est ennuyeux de travailler jour après jour ? J’ai l’impression de ne faire que ça.
— Et pourtant, tu es là, à la recherche d’un nouvel emploi, remarqua Cade avec un sourire en coin. Ironique, non ?
Weston haussa les épaules.
— Oui, eh bien, c’est parce que je m’ennuie. Tu n’aurais rien d’autre à me proposer ?
— Tu as de l’expérience avec les chiens ?
— Un peu, dit-il. J’ai travaillé dans une unité canine pendant un moment.
— Seulement un moment ?
— J’ai été promu. Et après, je me suis pris une bombe. Tu sais comment ça marche quand la vie t’entraîne sur un chemin que tu ne pensais pas emprunter.
Il savait pertinemment qu’ils connaissaient ça. Trop bien, même, car ils avaient tous fini par prendre le même chemin vers l’inconnu.
— De quel État tu viens, exactement ?
— Pourquoi ?
— Parce qu’on a des chiens à sauver dans tout le pays et qu’on essaie d’adapter les problématiques des gens aux endroits où il y a des chiens à traquer.
Il lui expliqua rapidement le programme K9. Weston plissa les yeux sous le coup de l’intérêt.
— Wouah, ça a l’air d’être un vrai bordel !
— Oui, c’est exactement ça. Mais sept ont déjà été retrouvés, il ne nous en reste plus que cinq.
— Ils sont tous situés sur le territoire américain ? s’enquit Weston.
— Tu veux dire aux États-Unis ?
Il hocha la tête.
— Oui, en effet.
— Eh bien, l’un se trouve en Alaska, un autre à Hawaï. Ça compte ?
Weston se leva d’un bond.
— Je vais m’occuper de celui qui est en Alaska. Ce serait à Anchorage, non ?
— Eh bien, c’est là qu’il a été envoyé. Mais je pense qu’il a été confié à une famille de fermiers. Quand on a fait une vérification de suivi, on n’a réussi à joindre personne. Personne ne s’en est particulièrement inquiété. On a réessayé plusieurs fois, et honnêtement, il n’y a peut-être rien d’anormal là-dedans, mais tant qu’on n’aura pas eu de contact avec le propriétaire, on ne pourra pas clore ce dossier.
— Bien, ça devrait être assez facile. C’est probable qu’il y ait juste très peu de réseau sur la propriété, voire pas du tout. Leur téléphone est probablement éteint, même s’ils ont du réseau. Donc une simple visite à domicile devrait suffire. Je suis originaire d’Alaska, je devais y retourner, de toute façon.
— Tu y as également laissé un amour perdu ?
Weston grimaça.
— Pas exactement.
— Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda Badger.
— Bah, j’ai laissé une fille là-bas, apparemment, fit-il alors que sa voix se faisait bien plus basse sous le coup de la vieille douleur qui ressurgissait. Elle a été adoptée par une adorable famille. Je sais seulement que sa mère adoptive a perdu son mari récemment. Il y a environ un an.
Se sentant submergé par les émotions, mais trop impliqué pour s’arrêter de parler maintenant, il reprit :
— Ils, euh… ils m’ont demandé de passer leur rendre visite parce que… Eh bien, sa mère pense que ma petite fille devrait apprendre à connaître son père, maintenant que son autre père est parti.
Weston marqua une pause.
— Elle a presque dix-huit mois, maintenant, et je ne l’ai jamais rencontrée.
Tous les hommes le regardèrent avec surprise. Plutôt abasourdis, en réalité.
— Je sais, fit-il en hochant la tête. Je ne m’attendais pas à avoir un enfant. Mais quand une de mes aventures d’un soir a fini par m’annoncer, un an après, qu’elle avait eu un enfant de moi et qu’elle l’avait fait adopter… Bon, on peut dire que ce n’était pas exactement le moment le plus glorieux de ma vie. Je suis passé de la fureur au chagrin en un clin d’œil, et depuis, je suis en suspens, quelque part entre les deux.
— Alors, on ne paie pas de salaire pour ces missions, annonça Badger, mais il y a certains avantages.
— Ça n’a pas d’importance, répliqua Weston, les traits tirés. Il est temps pour moi d’affronter la réalité.
— Bien, fit Badger. Parce que la chienne là-haut, qui s’appelle Shambhala, aurait vraiment besoin d’une maison où couler une douce et calme retraite.
— Pourquoi ?
— Elle est aveugle d’un œil et amputée d’une patte.
Et sur ces mots, Badger attrapa une pile de dossiers. Après les avoir feuilletés, il sortit celui en question et le tendit à Weston.
— Tu as le droit à une copie de ça, mais pas grand-chose de plus.
— Je le prends, sourit-il.
Weston savait que c’était lui qui l’avait demandé, mais tandis que l’avion atterrissait à Anchorage, il fut traversé par le doute. C’était bien beau d’être du côté du bien et d’agir convenablement, mais dans ce cas, il savait que ça allait s’accompagner d’une certaine souffrance et du sentiment de ne pas s’être comporté comme il fallait longtemps auparavant. Cela dit, ce n’était pas comme si quelqu’un lui avait donné la chance d’être père. Cette chance lui avait été retirée dès le début.
S’il avait su pour la grossesse, il aurait pu faire les choses différemment, mais il n’était pas au courant. Il n’avait pas eu le choix, et pourtant, il se sentait toujours coupable d’avoir laissé sa fille grandir sans lui. Non pas qu’elle soit très vieille, mais chaque jour était un jour où il n’avait pas pu partager sa vie. Et ça le dévastait. C’était vertigineux, d’une certaine façon. Ce n’était pas bien, mais il ne savait pas ce qu’il était censé faire à ce sujet. Sur le long terme.
Il n’avait pas prévenu sa mère adoptive de son arrivée, alors qu’il aurait dû. Daniela Rogers l’avait contacté plusieurs fois, mais il avait attendu, car il ne savait pas quand il pourrait se déplacer, et puis, tout à coup, tout s’était mis en branle, et il était là.
Tout en regardant la piste d’atterrissage en ce matin de juillet, il se rendit compte à quel point cet endroit lui manquait et ne lui manquait pas à la fois. Il avait vécu de nombreuses années ici. De très bonnes années.
Weston aurait accueilli sa fille sans attendre, s’il avait su ; une fois de plus, tout revenait à cette phrase : « s’il avait su ». Sauf qu’au moment où elle était née, il s’était pris une bombe. L’apprendre y aurait-il changé quelque chose ? Les opérations ? La rééducation ? Non. Et non.
Il fallut dix bonnes minutes pour que l’avion se dirige enfin vers la passerelle de débarquement, et lorsque Weston arriva au centre de l’aéroport, le bagage qu’il avait enregistré était déjà là.
Son gros sac à dos de voyage sur les épaules, il se rendit compte qu’il ne s’était toujours pas décidé quant à sa première destination. Avec un gros soupir, il sortit de l’aéroport et se dirigea vers le taxi le plus proche.
Une femme se tenait là, les mains sur les hanches, et l’étudiait.
OK, difficile de la rater. Il haussa un sourcil, remarquant qu’elle était jolie, très jolie même, et qu’elle portait une alliance – il ne tenterait donc rien –, mais qu’elle semblait également en colère. Il était sur le point de la dépasser quand elle le héla par son nom.
— Weston ?
Il s’arrêta, puis se retourna pour l’observer et hocha lentement la tête. La mère adoptive. La veuve.
— Vous êtes Daniela ?
— Pourquoi vous ne m’avez pas dit que vous veniez ?
— Je me suis dit que je vous préviendrais en arrivant ici, déclara-t-il. Parfois, il y a des imprévus sur le trajet. Comment avez-vous appris que je venais ?
— J’ai mes sources.
À ce moment-là, il arqua son deuxième sourcil.
— Intéressant. On dirait que vous m’espionnez.
— Non, pas du tout. Mais en vérité, je suis contente que vous soyez là.
— Moi aussi, avoua-t-il. Seulement, je ne sais pas comment ça va se passer.
— Vous êtes ici pour travailler ?
— Je suis là pour vous, pour ma fille et pour une mission, oui.
— Alors, j’imagine que c’est le boulot qui vous a amené ici, lâcha-t-elle sur un ton dur.
Le premier instinct du jeune homme fut de lui jeter un regard noir. Le second de la séduire. Il soupira :
— Ces derniers mois ont été difficiles. J’avais pour projet de venir, mais j’étais en rémission. Et je vais être honnête : toute cette histoire m’a fait perdre pied.
À ce moment-là, l’expression de Danielle se radoucit, ce qu’il détesta encore plus. La dernière chose qu’il souhaitait, c’était la pitié. Il n’y avait pas de place pour ça dans son monde. Il ressentait juste le besoin de partager tout ceci avec elle, de communiquer en toute transparence. Pour Sari. C’était évident, non ?
Il s’abstint toutefois de donner plus de détails sur les raisons inattendues qui l’avaient poussé à quitter l’armée. Lorsque la plupart des gens entendaient parler de ses blessures et de son long rétablissement, la première chose qui leur venait à l’esprit était la pitié. Que ses blessures aient été suffisamment horribles pour que son nouveau médecin ait grimacé malgré ses années d’expérience lorsqu’il lui avait tout raconté lors de sa dernière consultation n’avait pas aidé. De multiples fractures, des lésions aux tissus mous, le tout aboutissant à la pose de plusieurs plaques de métal dans tout le corps – sans compter la côte qui lui manquait désormais. Il avait survécu. Cela dit, il n’était pas totalement contre le fait que Daniela l’apprenne, si ça calmait l’attitude qu’elle avait envers lui, parce qu’évidemment, il aurait dû sauter dans un avion à la minute où il avait appris l’existence de sa fille. Sauf qu’il ne l’avait pas fait. Et se blâmer lui-même plus qu’il ne l’avait déjà fait n’aiderait en rien.
— Eh bien, vous êtes là, maintenant ! reprit-elle avec un sourire un peu plus naturel qu’avant.
Il l’étudia un long moment, puis hocha la tête.
— En effet. Et je suis désolé, je n’avais aucune idée de l’existence de Sari.
— Elle nous attend à la maison.
Il s’arrêta et lui jeta un regard surpris.
— Seule ?
— Non, bien sûr, pas seule, répondit la jeune femme en secouant la tête. Ma sœur est là.
Elle désigna un pick-up d’une demi-tonne à cabine double sur le parking.
— C’est le mien, annonça-t-elle avant de s’élancer dans sa direction en partant du principe qu’il allait la suivre.
Elle ouvrit la portière côté conducteur, grimpa dedans, puis attendit qu’il fasse le tour pour la rejoindre. Il posa son sac à dos sur la banquette arrière et s’installa.
— Je ne sais pas encore où je vais loger.
— Je sais. J’imagine que vous êtes du genre à improviser.
Encore une fois, il eut l’impression que c’était une attaque personnelle et se mordit la langue.
— Non, répondit-il poliment. Comme je l’ai dit, j’ai décidé de faire ce voyage du jour au lendemain, et je n’étais pas certain de l’endroit où j’allais me retrouver ni de ce que j’allais faire exactement une fois sur place.
— D’accord.
— Vous pourriez me dire comment vous avez su que j’arrivais aujourd’hui ?
— Votre propriétaire, expliqua-t-elle brièvement.
Il s’arrêta, y réfléchit un instant, puis hocha la tête.
— Du Helen tout craché.
— C’était top secret ? demanda Daniela.
— Non, bien sûr que non, fit-il avec un sourire en coin. Vous m’avez surpris, c’est tout.
— J’ai bossé comme agente d’opérations à l’aéroport, précisa-t-elle sur un ton tranquille. Donc c’était assez facile pour moi de savoir tout ça.
— C’est comme ça que vous m’avez localisé, à l’origine ?
Il se demanda pourquoi il n’avait pas appris qu’elle travaillait pour l’aéroport.
— Non. Ça, c’est la mère de l’enfant qui l’a fait.
Intéressant, tout le monde semblait éviter de l’appeler par son prénom : Angel. Quel paradoxe entre ce nom et la personne qui le portait !
— Je n’avais pas réalisé que vous étiez en contact avec Angel.
— Ça a été bref, uniquement au moment de l’adoption. J’ai archivé le dossier et je ne l’ai rouvert qu’après la mort de Charlie. Honnêtement, ce n’est pas quelqu’un avec qui j’avais envie de rester en contact. C’était déjà assez difficile de la rencontrer pour s’occuper de tout l’aspect administratif. J’ai dû passer par plusieurs personnes jusqu’à ce que tout soit finalisé.
— Vous voulez dire plusieurs bars ?
Elle lui lança un regard dur.
— Si ça ne vous a pas dérangé de l’y trouver, je ne vois pas pourquoi ça aurait dû être le cas pour moi.
Il se sentit honteux.
— Écoutez, on peut recommencer à zéro ? Je m’appelle Weston Thurlow et je viens d’arriver à Anchorage. Je suis impatient de vous rencontrer, Sari et toi.
— Sari est impatiente de te rencontrer également, répondit-elle du tac au tac. Je m’appelle Daniela Rogers. Ravie de te rencontrer enfin.
Il acquiesça.
— Peut-on admettre que dès le départ, c’était une sale affaire ?
— Tu n’étais vraiment pas au courant ? s’enquit la jeune femme, curieuse.
— Je n’en avais aucune idée, assura-t-il, laconique. Je n’étais pas ravi de le découvrir.
Quand la conductrice étouffa une exclamation, Weston se tourna vers elle.
— Mais pas pour la raison que tu imagines.
Comme Daniela ne rétorquait rien, il continua :
— Écoute, si j’avais su qu’elle était enceinte, j’aurais été présent. Je ne sais pas si on aurait été ensemble, mais j’aurais été présent. Ou même plus tard, quand elle a décidé de l’abandonner, j’aurais pris mes responsabilités vis-à-vis de ce bébé sans y réfléchir à deux fois, si j’avais su.
À ces mots, Daniela poussa une exclamation de surprise et le dévisagea.
— Sérieusement ?
Il lui jeta un regard noir.
— Absolument ! C’est la chair de ma chair, qui a été mise à l’adoption sans même que je connaisse son existence. À ton avis, j’ai ressenti quoi ?
Elle lui jeta un second regard surpris, puis se focalisa à nouveau sur la route. Pourtant, les traits de son visage se tirèrent dans une expression qu’il ne réussit pas à comprendre – il ne connaissait pas encore assez bien Daniela pour ça.
— Quand l’as-tu découvert ?
— Après l’adoption, expliqua-t-il d’une voix douce. Angel m’a appelé un soir d’ivresse et m’a avoué ce qu’elle avait fait. Elle a gardé tous les détails pour elle et m’en a dit juste assez pour remuer le couteau dans la plaie.
Daniela étouffa une nouvelle exclamation.
— Je suis désolée. C’est une façon horrible d’apprendre qu’on a un enfant.
— Que j’ai eu un enfant. Et la façon dont je l’ai découvert était dévastatrice. J’ai eu envie de tordre le cou d’Angel, mais je n’ai pas osé venir jusqu’ici.
— Apparemment, ça te met terriblement en colère.
— Si tu avais perdu un enfant, que ressentirais-tu ?
Il sut qu’il aurait dû se taire lorsqu’elle blêmit. Une fraction de seconde plus tard, il réalisa qu’une femme qui adoptait l’enfant d’une autre le faisait probablement car elle ne pouvait concevoir le sien.
Elle hocha très légèrement la tête, et même si elle était encore pâle, elle répondit sur un ton contrôlé.
— Ça m’aurait dévastée, avoua-t-elle doucement. Je, euh, je ne peux pas avoir d’enfant, c’est pour ça que j’ai adopté Sari.
— Bien sûr. Je suis vraiment très heureux que tu lui aies offert un foyer.
Daniela regarda l’étranger dans son pick-up. Elle avait fait preuve de beaucoup de persuasion auprès de sa propriétaire en lui expliquant quel était leur lien et la raison pour laquelle elle devait le retrouver à l’aéroport. Jusqu’à présent, il avait repoussé toutes ses demandes de venir rencontrer Sari, mais c’était pour le bien de sa fille qu’elle faisait tout ça.
Du moins, c’était ce qu’elle croyait. Peut-être que c’était pour elle, en réalité. Elle ne voulait pas trop s’appesantir sur le sujet. Pourtant, depuis la mort de son mari, Sari n’était plus la même enfant. Ça avait été dur pour cette petite. Daniela se sentait également coupable, car elle avait ressenti un certain soulagement à la mort de Charlie. À quel point une telle chose était-elle horrible ?
Elle jeta un autre regard en biais à l’étranger assis à côté d’elle. Elle ne devrait pas l’appeler comme ça, puisque c’était le père de son enfant ; mais est-ce que ça ne lui semblait pas plus intime que ça ne l’était en réalité ? Elle secoua légèrement la tête en espérant qu’il ne le remarquerait pas. Alors qu’elle essayait de se débarrasser des pensées qui l’embrouillaient, elle le regarda à nouveau.
— Tu serais d’accord pour rester chez moi une nuit ou deux, le temps de trouver un logement ?
Il haussa les épaules.
— C’était déjà sympa que tu viennes me chercher. Tu n’as pas besoin de m’héberger en plus.
— Et pourtant, je dois le faire, sinon tu risquerais de ne jamais venir.
Il grimaça à ces mots.
Elle ne voulait pas être méchante avec lui, mais en même temps, elle avait besoin de savoir s’il existait bien un lien entre sa fille et le père de celle-ci. Ça semblait étrange de le formuler comme ça, mais elle ne savait pas comment le dire autrement.
Il fallut encore dix minutes de trajet avant qu’elle ne s’arrête devant la petite maison modeste à deux niveaux. Le clou du spectacle : un immense jardin, parfait pour que des enfants puissent y jouer. Sari adorait cet espace. Daniela avait toujours le cœur brisé de ne pouvoir lui donner des frères et sœurs, mais elle était tellement reconnaissante d’avoir Sari dans sa vie qu’elle refusait d’en être bouleversée.
Après avoir gardé le pick-up, elle pivota pour faire face à Weston.
— Ma sœur s’appelle Davida. Elle va probablement partir juste après notre arrivée.
Il lui jeta un regard confus. Elle haussa les épaules.
— Il faut que tu saches que beaucoup de gens ici ne te tiennent pas en très haute estime.
Il la fixa, surpris. Elle opina du chef, puis lui offrit quelques explications.
— Rappelle-toi qu’Angel a vécu ici bien longtemps avant ton arrivée. Elle n’a jamais rien eu de gentil à dire à ton sujet.
— Intéressant, ça, lâcha-t-il. Je l’ai rencontrée un soir, et certes, nous avons eu une aventure sans lendemain, mais on était deux à partager ça, cette nuit-là. Elle ne m’a jamais parlé de Sari avant que l’adoption ne soit définitive.
Il lui jeta un regard noir.
— Donc si quelqu’un devait ne rien avoir de gentil à dire, ce serait bien moi à propos d’elle.
Daniela ne répondit rien, ouvrit la portière du pick-up, en sortit et attendit qu’il la rejoigne. Il s’exécuta, son sac à la main, tandis qu’elle s’avançait vers la maison.
Sans surprise, avant même que Daniela ait fait un geste, Davida avait ouvert la porte. Elle fixa sa sœur, avant de poser les yeux sur l’homme silencieux d’un mètre quatre-vingts à ses côtés. Elle recula d’un pas, son instinct de défense se manifestant malgré elle tandis qu’elle continuait de fixer l’étranger.
— C’est lui ? demanda-t-elle à Daniela sur un ton hostile.
Cette dernière soupira.
— Oui. C’est Weston. Mais tu aimerais sûrement connaître un détail : il n’a appris l’existence de Sari qu’après l’adoption.
Davida reporta son attention sur l’étranger, le regard abasourdi. Ensuite, comme si elle ne voulait pas se défaire de sa colère et de son ressentiment, elle répondit :
— Selon sa version des faits, tu veux dire ?
— Oui. D’après ma version des faits, intervint-il en passant le pas de la porte. Il serait intéressant de faire venir Angel, pour qu’elle puisse raconter sa propre version de l’histoire en face de moi.
Davida fronça les sourcils, puis regarda sa sœur.
— Je ne l’ai pas revue depuis que tu as adopté Sari.
— Non, et Dieu merci, moi non plus !
Après avoir encore un peu reculé, Davida ignora la réponse de sa sœur et reprit :
— Sari dort.
— Parfait, répondit Daniela. Comme ça, je serai là quand elle se réveillera.
Sur ces mots, Davida attrapa sa veste et son sac à main.
— On se parle plus tard.
Tout en jetant un regard dur à Weston, elle disparut par la porte d’entrée.
Daniela se tourna vers Weston.
— Je suis désolée. Comme je te l’ai dit, il règne une hostilité tenace envers toi, dans le coin.
— Je ne vais pas prétendre ne pas avoir d’a priori moi aussi, répondit-il sur un ton plus doux.
Il laissa tomber son sac par terre, se débarrassa de son manteau, puis le plaça sur un crochet à côté de la porte. Il baissa les yeux sur ses grosses rangers et soupira.
— J’imagine que je vais devoir les enlever aussi.
— Oui, s’il te plaît.
Elle retira ses chaussures, les plaçant sur le côté. Dès qu’il eut délacé les siennes et qu’il les eut placées à côté de celles de son hôtesse, celle-ci demanda :
— Café ?
Il se redressa et lui adressa un bref sourire.
— Merci, je veux bien.
Il embrassa les alentours du regard avec intérêt.
Daniela comprit alors qu’il essayait de savoir quel genre de foyer elle offrait à sa fille. Elle haussa les épaules, l’air gêné.
— Ce n’est pas très luxueux, fit-elle sans trop savoir comment le dire autrement. La raison pour laquelle j’ai loué cette propriété, c’est le grand jardin pour les enfants. C’est vraiment une maison familiale.
— Je n’ai rien contre les maisons familiales. C’est évidemment le mieux, quand on a des enfants.
Elle le précéda jusqu’à la cuisine, une immense pièce ancienne de style champêtre avec de grands comptoirs et une large ouverture à portes vitrées donnant sur l’arrière-cour. Il alla se poster juste devant pour regarder dehors.
— Les parcelles de la ville. Elles ne sont pas très grandes.
Elle détestait la note d’excuse dans sa voix, comme si elle avait dû offrir à Sari tellement plus que ça. Il se retourna vers elle et sourit.
— C’est parfait. Je suis sûr qu’elle est très heureuse, ici.
Daniela sentit une partie de sa tension s’apaiser jusqu’à ce qu’une autre pensée lui saute au visage. Elle ne savait pas s’il avait des droits, mais après avoir entendu son histoire, elle se doutait que c’était possible. Alors elle sentait la peur lui obstruer le fond de la gorge à l’idée de perdre Sari. Daniela s’occupa donc de préparer le café.
— Prends une chaise, si tu veux t’asseoir.
Il secoua la tête.
— J’ai été assis un moment, rester debout me fera du bien.
La jeune femme capta le regard intense qu’il posait sur elle pendant qu’elle s’affairait. Elle était extrêmement consciente de chacun de ses gestes. Et le problème, c’était qu’il ne faisait rien d’autre à part la fixer. Finalement, elle appuya sur le bouton de démarrage de la cafetière, puis se tourna vers lui.
— Tu veux de manger quelque chose ?
Il secoua la tête. Elle fronça les sourcils.
— Quand Sari se réveillera, elle aura besoin de prendre un petit goûter.
— C’est logique, convint-il.
Elle s’arrêta, essayant de retrouver son équilibre.
— Tu as de l’expérience avec les enfants ?
Il haussa brusquement les sourcils.
— Tu me demandes si j’ai semé d’autres enfants de par le monde ?
Elle le regarda fixement.
— Non. Mais tu pourrais être marié et avoir des enfants, à l’heure actuelle.
— Eh bien, je considère Sari comme ma fille ! dit-il en croisant calmement les bras sur sa poitrine.
Elle prit une profonde inspiration pour se calmer.
— Écoute, j’ai l’impression qu’on est partis du mauvais pied.
— Encore.
Il haussa légèrement les sourcils, mais la fixa.
— J’espérais que Sari et toi réussiriez à construire une relation, en quelque sorte. Charlie lui manque beaucoup.
— Que lui est-il arrivé ?
— Charlie… commença-t-elle avant de se taire.
Il attendit sans flancher. Elle prit une profonde inspiration.
— Charlie est monté dans son pick-up un jour et s’est jeté d’une falaise.
Elle sentit l’immobilité saisir Weston.
— Un suicide ?
Daniela posa une main sur sa poitrine, essayant d’apaiser son cœur souffrant.
— Je ne sais pas. Ils ont jugé que c’était un accident.
Weston continua toutefois de la fixer.
— Et toi, tu en penses quoi ?
— Il avait beaucoup de problèmes de santé mentale, avoua-t-elle. Il était malade, il avait un cancer. Il était déprimé, sous traitement lourd, et avait des sautes d’humeur. Les deux options sont possibles. Ça a pu être délibéré. Ou il a peut-être simplement manqué de concentration, à moins que ce soit juste un horrible accident et qu’il n’ait eu aucune intention particulière derrière.
— C’est plus facile de ne pas savoir ?
— Absolument, parce qu’ainsi, je n’ai pas à penser qu’il a voulu nous quitter. Ni à affronter ce que j’ai ressenti toutes ces années où j’ai vécu avec quelqu’un de si émotionnellement instable.
— Et à la place, répondit-il avec une perspicacité aussi surprenante que tranchante, tu dois vivre avec la culpabilité qui te dit que tu aurais pu faire plus pour le sauver et le sentiment de soulagement à l’idée que c’est enfin terminé.
Elle le fixa, surprise, et fondit en larmes.
Il poussa une exclamation étranglée et abandonna son côté de l’îlot – qui maintenait pourtant une distance bienvenue entre eux – et se dirigea vers elle. Il la prit dans ses bras, l’attira contre sa poitrine.
— Je suis désolé. C’était déplacé.
Elle secoua la tête et essaya de s’éloigner, mais en même temps, elle s’agrippait à sa chemise, comme si elles ne faisaient plus qu’un. Finalement, elle se laissa réellement aller et commença à lâcher de profonds sanglots qui trempèrent presque immédiatement le vêtement de Weston.
Il la serra dans ses bras, se demandant depuis combien de temps elle n’avait pas pleuré et si elle avait déjà eu quelqu’un sur qui s’appuyer. Davida n’avait pas l’air d’être du genre tendre et chaleureux. Et Daniela devait rester forte pour Sari. Weston imaginait déjà aisément à quel point elle représentait une figure maternelle protectrice et nourricière pour la petite.
Ça n’avait pas dû être facile de perdre son mari, surtout dans ces circonstances, alors qu’elle devait s’occuper de la fille de Weston. Sans parler du fait qu’elle apprenait soudainement que Sari avait été refourguée aux services d’adoption sans sa permission. C’était beaucoup à encaisser d’un seul coup pour elle.
Lorsqu’elle s’arrêta enfin de pleurer, elle s’éloigna, s’essuya le visage avec sa manche comme un enfant, ce qui arracha un sourire à Weston. Elle leva des yeux larmoyants et murmura :
— Je suis tellement désolée !
— Pas la peine, répondit-il d’une voix tout aussi calme. Parfois, on peut garder nos émotions sous cloche, mais à un moment donné, il faut que ça sorte.
Elle renifla, puis se retourna et se lava les mains sous le robinet. Elle prit deux tasses et, d’une main légèrement tremblante, y versa du café.
Quand elle lui en tendit une, il put voir qu’elle reprenait lentement le contrôle.
— J’imagine, mais bordel, ce n’est pas pour ça que tu es là !
— Quand même, je suis désolé que tu aies eu une année si difficile.
— Oui, elle l’était.
— Eh bien, si je peux me permettre, pourquoi tu voulais adopter Sari, alors ?
— Peut-être parce que je me sentais seule. Peut-être parce que je désespérais d’avoir un enfant et que je savais que je n’en aurais jamais. Charlie n’était pas encore tombé malade, mais je savais déjà que je ne pourrais jamais en avoir. À part ça… je ne sais pas vraiment, mais je l’ai vue et j’en suis tombée amoureuse.
À ces mots, il sourit.
— Merci pour ça, parce que tu aurais pu me donner toutes les réponses logiques du monde, c’est uniquement la dernière qui compte vraiment pour moi.
