Zane (French) - Dale Mayer - E-Book

Zane (French) E-Book

Mayer Dale

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Beschreibung

Un retour au pays ne faisait pas partie de son plan…

En acceptant de rentrer chez lui dans le Maine pour retrouver Katch, un chien K9 dont le système a perdu la trace, Zane n’a pas pris une décision facile. Il va devoir affronter son père alcoolique, son grand frère glacial, et pire que tout, Holly, la veuve de son frère cadet… et son ancienne petite amie.

En fin de compte, retrouver Katch semble presque la partie la plus simple de ce retour au pays plutôt délicat. Seulement, il n’est pas le seul à la recherche de Katch.
Holly a vécu un tourbillon émotionnel ces dernières années. Le seul point positif dans sa vie, c’était l’espoir que Zane rentrerait enfin. Ils ont une histoire à clarifier et un avenir à forger… du moins, elle l’espère.

Mais un appel à l’aide amène le berger allemand blessé sur le pas de sa porte, ainsi qu’un chasseur déterminé à achever ce qu’il a commencé. L’avenir qu’elle entrevoyait avec Zane semble brusquement compromis quand le chasseur décide qu’entre l’animal et la jeune femme, la proie à deux jambes est tout aussi intéressante que celle à quatre pattes.
 

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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ZANE

K9 Files : chiens de guerreTome 3

Dale Mayer

Sommaire

Première de Couverture

Page de Titre

À propos du livre

Prologue

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Épilogue

Blaze

Note de l’auteure

À propos de l’auteure

Tous droits réservés

Zane

Un retour au pays ne faisait pas partie de son plan…

En acceptant de rentrer chez lui dans le Maine pour retrouver Katch, un chien K9 dont le système a perdu la trace, Zane n’a pas pris une décision facile. Il va devoir affronter son père alcoolique, son grand frère glacial, et pire que tout, Holly, la veuve de son frère cadet… et son ancienne petite amie.

En fin de compte, retrouver Katch semble presque la partie la plus simple de ce retour au pays plutôt délicat. Seulement, il n’est pas le seul à la recherche de Katch.

Holly a vécu un tourbillon émotionnel ces dernières années. Le seul point positif dans sa vie, c’était l’espoir que Zane rentrerait enfin. Ils ont une histoire à clarifier et un avenir à forger… du moins, elle l’espère.

Mais un appel à l’aide amène le berger allemand blessé sur le pas de sa porte, ainsi qu’un chasseur déterminé à achever ce qu’il a commencé. L’avenir qu’elle entrevoyait avec Zane semble brusquement compromis quand le chasseur décide qu’entre l’animal et la jeune femme, la proie à deux jambes est tout aussi intéressante que celle à quatre pattes.

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Prologue

ALORS QUE PIERCE regardait avec incrédulité les votes (lui attribuant le poste de shérif d’Arrowhead, dans le Colorado), au Nouveau-Mexique, Zane Carmichael s’assit au bureau de Badger et dit :

— J’ai entendu dire qu’on recherche des chiens.

Badger se recula sur sa chaise, croisa les doigts et étudia Zane.

— Est-ce que tu as une expérience en recherche K9 ?

— Non, répondit-il. J’en ai avec les engins explosifs improvisés, les EEI, j’ai toutes sortes d’expériences militaires, mais rien avec les chiens. D’un autre côté, j’ai grandi auprès d’eux, et je dirais aussi que j’ai un certain talent en ce qui les concerne.

— Dis-m’en plus.

— Les animaux de toutes sortes me parlent, expliqua-t-il. C’est juste plus facile pour moi. J’ai suivi une formation basique sur l’obéissance canine, pas le haut niveau des maîtres K9.

— Voici ce que nous avons, annonça Badger qui passa dix minutes à trier ce qu’ils avaient fait.

— Je sais qu’Ethan et Pierce avaient tous deux une formation K9, déclara Zane. Mais j’aimerais essayer.

— Il nous reste dix chiens à localiser, exposa Badger.

— On a perdu le leader de la meute à l’aéroport de Bangor, dans le Maine. Il a été repéré la dernière fois à Stetson, toujours dans le Maine.

— Stetson ? fit Zane en fronçant les sourcils. Et si tu m’envoyais n’importe où sauf là-bas ?

— Pourquoi ça ?

— J’ai de la famille dans le Maine, juste en périphérie de Corinna, expliqua-t-il. Holly, la veuve de mon jeune frère, est quelqu’un que j’essaie d’éviter.

— Pourquoi ? demanda Badger.

Zane lui jeta un regard de travers.

— Je me faisais trop de souci. La veuve de Brody était mon ex-petite amie. Après le décès de mon petit frère, je suis rentré chez moi pour les funérailles, mais je suis reparti dès que j’ai pu. Holly s’appuyait trop sur moi, comme si elle voulait que je me glisse dans la peau de mon frère, et c’était la dernière chose que je voulais, expliqua Zane sans détour.

— J’aimerais être aimé pour moi, pas parce que je suis le reflet d’un autre homme.

— Wouah, répondit Badger. Alors on dirait bien qu’il faut que tu repartes dans le Maine. Et… Gunner a fait un don conséquent à Titanium Corp, en particulier pour financer les recherches de Chiens de Guerre. Ainsi, tes dépenses seront toutes couvertes.

Il récupéra le dossier.

— J’ai ici un jeune mâle nommé Katch.

Il fronça les sourcils devant le nom.

— Apparemment, il est réputé pour sa capacité à attraper1, reprit-il en examinant la première page. Il a été renvoyé chez lui parce qu’il n’a pas assez bien suivi les ordres sous le feu. Il s’est retrouvé avec un syndrome de stress post-traumatique après un bombardement particulièrement grave, et ils n’ont pas pu le remettre d’aplomb après ça. Ils l’ont renvoyé dans un centre d’entraînement, puis envoyé à une famille d’adoption. Il a été perdu à l’aéroport, et ces gens ne l’ont jamais eu. On l’a vu à Bangor, et nous avons été prévenus, mais personne n’a pu l’attraper. Aux dernières nouvelles, il a été recueilli par un chasseur. Étant donné que Katch souffre de SSPT, cela pourrait être problématique. Aujourd’hui, nous ne savons pas vraiment où il est. La dernière fois qu’il a été vu, c’était à Stetson.

— Merde.

Zane étudia la pile de dossiers.

— Tu es sûr que tu ne veux pas me confier l’un des autres, très loin du Maine ?

— Rien que pour cette raison, dit Badger en se penchant en avant, on dirait que ce sera le Maine. Si tu es prêt…

Il ramassa le dossier qu’il lui jeta.

— Attrape !

1.NdT : Jeu de mots avec « catch », qui signifie « attraper » en anglais.

Chapitre 1

— LE MAINE ?

Zane frissonna et s’enfonça plus profondément dans son siège d’avion.

— Pourquoi il a fallu que ce soit dans le Maine plutôt que partout ailleurs ?

La vieille dame à côté de lui gloussa.

— Le Maine est un endroit charmant. Je ne sais pas ce que vous lui reprochez, gazouilla-t-elle doucement de sa voix d’oiseau. J’ai hâte de rentrer à la maison.

Il lui jeta un regard de travers assorti d’un sourire niais.

— Je viens du Maine, donc tout va bien.

— Non, absolument pas, répondit-elle. Pour je ne sais quelle raison, vous avez du mal avec cette idée. Vous devriez lâcher prise, jeune homme. La vie est trop courte pour se faire du souci pour tout, et vous rendre dans le Maine n’est certainement pas une chose qui devrait vous tracasser.

— C’est juste que je vais devoir faire face à des gens que je ne veux pas vraiment affronter, essaya-t-il de lui expliquer. En fait, une personne en particulier. Une que j’aimais vraiment autrefois, et j’espère que ce n’est plus le cas.

Elle l’observa d’un air confus, avant qu’une lueur rusée n’apparaisse dans ses yeux.

— Ah, une petite amie ? On dirait qu’il est peut-être temps de revenir et faire la paix avec vous-même. Vous ne pouvez pas aller de l’avant avec des bagages qui vous retiennent.

Il ricana.

— Ne vous inquiétez pas. Je peux gérer.

— Balivernes, rétorqua-t-elle. J’ai beau être vieille, je ne suis pas sénile. Et les jeunes croient toujours avoir toutes les réponses, mais ils ne cessent de repousser les questions sans jamais obtenir de vraies réponses.

Elle se cala dans son siège et leva son livre pour lire.

Il jeta un œil à la couverture et fit un sourire, parce que c’était un roman d’amour. À ses yeux, c’était incongru, et pourtant, il n’y avait aucune raison pour qu’elle n’ait pas sa propre histoire d’amour ou qu’elle prenne plaisir à lire celle de quelqu’un d’autre. Depuis quand avait-il peur de la romance ? Sûrement depuis que son ex-petite amie avait épousé son petit frère.

Il regarda par le hublot, comprenant qu’ils allaient bientôt entamer la descente. Il sortit son téléphone et vérifia ses messages. Avant d’aller prendre sa dernière correspondance, il avait envoyé un autre message à Badger.

Sérieusement, un aller simple pour le Maine ?

La réponse de Badger était arrivée aussitôt.

Absolument. Le Maine pour toi.

Zane se rendrait donc d’abord à Bangor, puis conduirait jusqu’à Stetson, qui était le dernier endroit connu où Katch avait été récupéré par un chasseur. Même si, au cours des derniers jours, il était possible que le chasseur n’ait plus eu le chien. Personne ne savait où il était allé ensuite. La ville natale de Zane, Newport, était assez proche pour lui servir de base.

Il dit tout haut :

— Peut-être que le chien est heureux ici.

— J’espère bien que vous n’êtes pas en train de parler d’une petite amie, le prévint la vieille dame. Ce n’est pas une manière de parler d’une jeune femme.

— Je parle d’un chien, lui expliqua-t-il. Je suis à la recherche d’un chien de guerre qui a servi en Afghanistan, mais qui s’est retrouvé avec un SSPT après avoir subi trop de bombardements.

— Pourquoi croyez-vous qu’il a des ennuis ?

— Parce qu’on nous a informés qu’il y avait des chances que le chien ait rencontré un chasseur.

La femme fronça les sourcils.

— Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose.

— Exactement, répondit-il. Honnêtement, je m’attends à ce que ce soit une visite rapide. Vérifier qu’il s’agit du même chien, faire en sorte que le chasseur sache que nous gardons un œil sur ces chiens et vérifier qu’il lui assurera une bonne vie, qu’il est en bonne santé et bien adapté. Le SSPT, ce n’est pas de la rigolade.

Elle le regarda. Puis, comme si les rouages de son cerveau venaient de se mettre en place, elle dit :

— Mais, si le chien souffre de SSPT, il ne devrait pas être avec un chasseur ! s’exclama-t-elle. Ce serait le pire endroit pour lui.

— C’est l’une des raisons pour lesquelles je vais aller voir.

Il n’avait aucune idée de ce qu’il était censé faire en dehors de ça. Peut-être emmener le chien de guerre à la retraite dans l’un des centres d’entraînement, comme celui du Kentucky ? Ils pourraient avoir des réponses pour Katch, ou du moins des suggestions. Zane haussa les épaules avec irritation.

— En dehors de ce voyage de bon Samaritain, je ne sais pas pourquoi je viens dans le Maine.

— Vous venez dans le Maine parce que vous en avez besoin, répondit-elle. Au-delà de ça, c’est vous qui décidez.

Sur ces paroles, elle revint à son livre, et garda le silence pour le reste du voyage.

Zane descendit de l’avion, traversa le terminal et sortit avec le sourire parce que, vraiment, il aimait sa ville natale. Il avait toujours apprécié cette région. Il devait récupérer sa voiture de location, et peut-être passer chez son frère aîné. Ce serait la seule personne que Zane avait envie de voir. Il doutait que son frère s’en soucie. Son père était toujours là aussi, mais leur relation n’était pas simple. L’homme, difficile au demeurant, devint un affreux ivrogne après la mort de sa mère. Les trois frères avaient souffert d’abus permanents au cours de leur enfance.

Zane espérait que les erreurs du passé pouvaient être corrigées, et que peut-être, avec un peu de chance, son père aurait diminué sa consommation d’alcool. Zane n’était pas parti sur un coup de tête. En fait, il était parti pour l’armée. Mais, après la mort de son jeune frère Brody, la dynamique familiale s’avéra plus compliquée encore. Son père avait clairement fait comprendre que c’était le mauvais fils qui était mort…

La vie de Zane avait finalement explosé moins d’un an plus tard, et il avait été démobilisé pour raison de santé. Au moins, il était encore en vie.

Puis, lorsque la veuve de son petit frère, Holly, également ex-petite amie de Zane, s’était tournée vers lui pour trouver du réconfort, les choses avaient empiré. Il s’était enfui à toute vitesse. Même encore maintenant, il ne comprenait pas tous les tenants et aboutissants de son état émotionnel de l’époque. Le plus puissant sentiment de tous avait été sa culpabilité. Il s’était senti tellement coupable d’être encore en vie alors que son petit frère avait péri.

Brody était un sacré bonhomme, casanier, heureux de vivre dans cette petite ville et de travailler à l’école locale, habile de ses mains, le genre « famille » qui sait tout faire. Il avait été professeur de sport et de sciences de la santé, et aussi assistant de l’entraîneur à l’occasion, en fonction du nombre de prospects souhaitant jouer au football ou au baseball. Dans une si petite école, il n’y avait pas beaucoup d’étudiants sportifs, donc la formation d’équipes entraînait des problèmes logistiques. Mais Brody adorait ça.

Zane avait compris quand Holly s’était mise avec Brody après leur rupture, mais il avait quand même souffert. Les voir tous les deux ensemble n’avait fait que réaffirmer la justesse de sa décision de partir pour l’armée. Chaque fois qu’il était revenu, ça s’était un peu plus apaisé.

Mais son dernier retour à la maison, il l’avait fait pour les funérailles de son petit frère. Holly avait espéré que Zane intervienne et l’aide, mais il n’avait pas pu. Ce n’était pas juste de tout laisser reposer sur les épaules de Butch, mais son frère aîné avait toujours été le dur à cuire de la famille : capable, obstiné et déterminé à tout gérer dans la vie. Il ressemblait beaucoup à leur père, et il était si déterminé à ne pas devenir comme lui qu’il avait pris les choses en main sans faire de remarques, et gérer sans problèmes les arrangements funéraires. Zane était resté jusqu’à la fin, avant de prendre le premier vol de retour. De toute façon, son congé pour raisons familiales était terminé, mais il ne serait pas resté et n’aurait pas demandé de prolongation. La situation était juste trop embarrassante. Il avait mal au cœur, son père était en colère. Holly était dévastée et Zane ne pouvait s’empêcher de penser qu’il y avait peut-être de nouveau de l’espoir pour lui avec Holly.

C’était venu s’ajouter à sa culpabilité. Il s’était enfui aussi vite que possible, ce qui n’était pas peu dire.

À l’aéroport, il signa le contrat de location d’un pick-up, sortit sur le parking et appuya sur le bip du porte-clés pour repérer le bon véhicule.

Il consulta son téléphone portable avant de démarrer le camion à cabine double, et vit un message de son frère.

Si tu arrives en ville à temps, viens dîner.

Il appuya sur le bouton d’appel en s’engageant sur la route principale. Quand son frère décrocha, il dit :

— Salut, Butch. C’est moi, Zane. Je pars maintenant. Je serai chez toi d’ici une quarantaine de minutes.

— À tout à l’heure alors, répondit son frère de sa voix grave, avant de raccrocher.

Zane jeta son téléphone sur le siège à côté de lui. C’était vraiment typique de son frangin. Un minimum de mots, un minimum d’émotions. À moins qu’il n’ait un verre à la main.

Zane espérait que Butch n’ait pas suivi les traces de leur père. Ils avaient eu suffisamment d’ennuis avec leur paternel ivre au fil des ans. Zane n’aurait pas aimé que Butch finisse de la même manière.

Le trajet fut assez agréable. Il sourit en passant devant des endroits marquants qui firent remonter des souvenirs. Le chemin vers le lac, qu’ils empruntaient tous les jours au cours de l’été, d’où il voyait la petite île au centre qu’ils avaient l’habitude de rejoindre à la nage. Il passa devant l’épicerie, puis devant la seule école des environs. Il rit en se souvenant de ce que c’était que d’aller à l’école dans une petite ville comme celle-ci. Ils connaissaient tout le monde. Tout le monde connaissait tout le monde, et la moindre relation était de notoriété publique. Ce qui avait été à la fois génial et perturbant.

Lorsqu’il se gara dans l’allée de son frère, il était plus que prêt à retrouver tout le monde et s’asseoir pour déguster un repas chaud.

L’allée de son frère était longue, bordée de buissons et pleine de trous, toujours pleine de trous. Comme si son frère pensait que quiconque ne conduisant pas un pick-up n’avait pas sa place ici. Zane conduisit prudemment dans cette semi-obscurité, en essayant de ne pas trop faire cahoter sa location.

Quand il atteignit la maison en rondins, les lumières à l’intérieur lui réchauffèrent le cœur. Il s’arrêta, remarqua le nouveau camion, un grand F-250 diesel noir, et siffla.

— Il a toutes les options, celui-ci, dit-il à haute voix.

Son frère aîné, le camionneur longue distance, avait une passion pour les gros véhicules. Zane laissa son sac pour la nuit et sa veste en jean dans son pick-up de location, le verrouilla et prit la direction du perron. À mi-chemin, il s’arrêta et fronça les sourcils. Peut-être que le secret du mariage de Butch et Sandra, c’est tout ce temps passé loin l’un de l’autre. Zane expira longuement. Ça n’a pas fonctionné pour Holly et moi.

La porte s’ouvrit. Butch était là.

Zane pointa le camion de son frère.

— Joli carrosse.

— Ouep, répondit Butch en haussant les épaules, faisant signe à son frère d’entrer avant de se tourner, laissant la porte grande ouverte.

Zane n’obtiendrait jamais plus grandes effusions de la part de son frère.

À l’intérieur, Zane ne fut pas surpris de voir Sandra assise à la table à manger, qui l’attendait. Il l’étreignit rapidement et lui déposa un baiser sur la joue. Il l’appréciait vraiment, mais il ne comprenait pas comment elle parvenait à supporter son frère, même pour de courtes périodes. C’était ça, les membres d’une famille, on essayait de les aimer en dépit d’eux-mêmes, même quand ils n’étaient pas aimables.

Elle se leva d’un bond pour servir le dîner.

— Je suis désolé d’avoir retardé votre repas, dit Zane. Il ne fallait pas m’attendre.

— Je n’en avais pas l’intention, répondit Butch, mais Sandra a insisté.

Zane sourit à sa belle-sœur alors qu’elle lui servait un grand bol de ragoût savoureux.

— Merci beaucoup, Sandra.

— Oh, mais je t’en prie ! C’est vraiment bon de te voir.

— Oui, et je me demande pourquoi tu es là, lui dit Butch. Tu es un peu avare de messages, non ?

— Ça te va bien de dire ça, répondit Zane. Je t’ai dit que je venais, et tu m’as renvoyé une réponse très succincte.

— Je me suis dit que nous aurions le temps de parler quand tu serais là, dit son frère, à moins que tu ne restes pas longtemps, encore une fois.

Butch donnait l’impression que c’était une habitude chez Zane.

Quand il était en permission, il ne pouvait pas rester dans les parages très longtemps, et cela faisait de nombreuses années qu’il était engagé. Il avait démarré sept ans avant d’être démobilisé pour raison médicale. Ils appelaient ça une décharge médicale. Il secoua la tête, prit sa première bouchée de ragoût, puis avala.

— C’est à ça que ressemble la vie à l’armée.

— Ça fait près d’un an que tu n’es plus dans l’armée, répliqua Butch. C’est la première fois que tu rentres à la maison.

— J’ai failli ne pas rentrer, cette fois, dit tranquillement Zane.

Il prit une nouvelle bouchée de ragoût et sourit.

— Tu es toujours aussi bonne cuisinière, Sandra.

Cette dernière lui adressa un sourire éclatant.

— Est-ce que tu vas bien ? lui demanda-t-elle. Nous avons entendu dire que tu étais démobilisé pour raisons médicales.

— C’est vrai, répondit-il. J’ai passé du temps à l’hôpital, puis en rééducation et, bien sûr, j’ai passé un certain temps à revenir dans le monde. La vie dans l’armée ne vous prépare pas au retour à la vie civile.

Elle rougit et fronça les sourcils d’un air inquiet.

Il tendit le bras par-dessus la table pour lui tapoter la main.

— Je vais bien, maintenant.

— Est-ce que tu travailles ? s’enquit Butch.

— Plus ou moins. Je suis en mission pour Titanium Corp, à Santa Fe, murmura-t-il.

Il était impossible que quiconque ici connaisse Badger et son groupe. Ils ne comprendraient donc pas que Titanium Corp était en réalité une société-écran qui aidait les vétérans à faire ce qu’ils avaient à faire. Zane pensait toujours que Badger avait eu tort de décider qu’il devait retourner dans le Maine. Il aurait sûrement pu faire autre chose. Mais alors qu’il était en train de se régaler du ragoût posé devant lui, il se rendit compte que ce voyage n’était pas si terrible. En fait, il était même plutôt chouette, à cet instant.

— Est-ce que c’est le boulot qui t’a fait revenir à la maison ? demanda brusquement son frère.

Zane réfléchit à sa réponse : Butch saurait probablement où pouvait être le chien.

— Je recherche un chien, expliqua-t-il.

Son frère baissa lentement sa fourchette et le regarda, le dégoût et le mépris inscrits sur son visage.

Zane adorait le fait que son frère ne manquait jamais de le décevoir.

— Un chien ? répéta Butch, incrédule. Tu as traversé tout le pays pour… un chien ?

— Un chien spécial, précisa Zane. Un chien de guerre. Et qui à cause d’un enchaînement de circonstances étranges, a fini avec un chasseur pendant un moment, mais il pourrait être de nouveau porté disparu.

— Ce n’est pas inhabituel, répondit son frère. Beaucoup de chasseurs par ici ont des chiens. Pourquoi est-ce que tu t’y intéresses ?

Zane regarda son frère.

— Parce que ce chien a un SSPT, expliqua-t-il. C’était un chien de guerre, qui a été renvoyé chez lui parce qu’il ne supportait plus l’action directe.

— Ce serait plus facile de lui mettre une balle, souligna son frère d’un ton sec avant de prendre une autre cuillerée de ragoût.

— Plus facile ?

— Certainement moins cher. Ce chien est foutu. Tu le trouves et tu lui mets une balle. C’est la seule solution.

— Pas tout à fait, dit prudemment Zane. On ne fait pas ça à nos vétérans, et ces chiens sont des vétérans. Tous ont servi dans notre armée, et sauvé autant de vies américaines qu’ils le pouvaient. Ce chien s’est retrouvé trop souvent au cœur de l’action, alors il ne peut plus ni dormir ni se reposer. Ce n’est pas parce qu’il n’a personne sur qui compter dans sa nouvelle mission de vie qu’il mérite une balle. Il a été perdu à son arrivée à l’aéroport, et n’est jamais arrivé dans la famille d’accueil qui avait été choisie pour lui. Pour autant que nous le sachions, il s’est enfui, mais il pourrait être encore en cavale. Le dernier renseignement que nous ayons, c’est qu’il était avec un chasseur, et qu’il pourrait ne plus l’être.

— Alors tout va bien, répondit Butch d’un air dégoûté. Quelle perte de temps et d’argent !

— Je ne comprends pas, intervint Sandra. S’il a un foyer maintenant, quel est le problème ?

— Je te parle d’un chien qui est à présent avec un chasseur, alors qu’il a un SSPT parce qu’il ne supportait plus d’être au milieu de combats ; tu vois le problème ?

Elle grimaça.

— Oui, effectivement, c’est un souci.

— J’ai une question pour vous deux. Est-ce que vous avez entendu parler de chiens agressifs, hors de contrôle, avec un comportement étrange, ou tout simplement nouveaux dans la région ?

— Peu importe. Dans tous les cas, sauf le dernier, expliqua Butch, on les ramènerait et on leur collerait une balle.

C’était la fin de l’affaire. Zane le savait, mais il avait espéré que son frère aurait un peu changé. Il se tourna vers Sandra.

— Et toi ?

— Non, répondit-elle. Je n’ai rien entendu. Mais tu devrais aller voir Holly.

Son cœur se figea.

— Pourquoi l’appellerais-je ? demanda-t-il, le ton dur.

Elle le regarda.

— Elle fait toujours partie de la famille.

Il haussa les épaules.

— Peut-être, dit-il. Si elle ne s’est pas remariée, bien sûr.

— Peu importe qu’elle le fasse ou non, répondit Sandra d’un ton ferme. Elle était de la famille, et elle en fait toujours partie.

— Très bien. Pourquoi devrais-je la contacter ?

— Elle est vétérinaire, tu te souviens ? Elle pourrait avoir entendu parler du chien.

Il fronça les sourcils et se cala au fond de sa chaise.

— C’est vrai. Je n’y avais pas pensé. Est-ce qu’elle travaille désormais dans son domaine ?

— Oui, c’est une vétérinaire agréée, annonça Butch avec fierté. Elle s’est bien débrouillée toute seule, malgré la perte de notre frère.

— Tant mieux pour elle, répondit Zane.

Il fit un signe de tête à Sandra.

— Bon conseil. Je vais peut-être l’appeler et voir si elle sait quelque chose.

Il entreprit de terminer son ragoût.

Un silence gênant s’installa pour le reste du repas. Zane consulta sa montre à plusieurs reprises, puis dit :

— Je devrais peut-être y aller. Papa m’attend.

— J’en doute, dit Butch. Je n’ai pas eu de nouvelles de lui de toute la journée. Je lui ai demandé si tu l’avais contacté. Il a répondu que « ouep », mais rien de plus.

— En d’autres termes, rien n’a changé, constata Zane.

Il se leva ; il n’avait pas hâte de la confrontation à venir.

— Non, il n’a absolument pas changé, sauf qu’il descend une bouteille de plus par semaine.

Zane jeta un regard incrédule à son frère.

— Comment peut-il faire ça et fonctionner quand même ?

— Personne n’a dit qu’il fonctionnait, répondit Butch de manière énigmatique.

Il désigna la porte d’entrée d’un mouvement de la tête.

— Tu ferais mieux d’y aller. Sinon, Papa te tirera sans doute dessus avant que tu aies remonté l’allée.

Sur ces paroles, Zane repartit vers son camion de location avant de reprendre le chemin de la route principale. Certaines choses ne changeaient jamais. Son frère se montrait à peine amical, sa belle-sœur était toujours adorable, et son père était toujours flippant comme tout.

Son père n’habitait qu’à quelques kilomètres, mais si ce que Butch avait dit était exact, il faudrait peut-être que Zane l’appelle avant de remonter l’allée. Son père était un peu un électron libre. Une fois alcoolisé, c’était compliqué de savoir le genre d’accueil qu’il lui réserverait. Zane ne voulait pas être abattu avant d’avoir eu la chance de voir si Katch était là.

Il se gara au bout de l’allée et sortit son téléphone. Avant qu’il ait pu passer son appel, un SUV arriva vers lui. Il s’arrêta comme pour s’engager sur la route principale, mais au lieu de ça, le conducteur le regarda. Il jura dans sa barbe. C’était Holly, son adorable belle-sœur et ex-petite amie.

Son visage s’illumina. Elle ouvrit la portière du véhicule et se précipita vers lui.

Il éteignit le moteur, descendit et l’attrapa alors qu’elle se jeta dans ses bras, s’enroulant étroitement autour de lui. Malgré lui, il la serra dans ses bras, ne s’autorisant qu’une seule fois à respirer le parfum de ses cheveux. Elle se servait toujours d’un shampoing et d’un après-shampoing qui mettaient ses sens en éveil.

Elle se pencha en arrière et lui adressa un sourire rayonnant.

— J’ai entendu dire que tu venais. Je n’arrivais pas à y croire, et pourtant te voilà.

— Qu’est-ce que tu faisais chez papa ?

— En fait, lui dit-elle, je venais voir si tu étais là.

Il recula, relâchant ses bras, libérant Holly. Encore.

— Je viens d’arriver.

Il leva les yeux vers la maison et fronça les sourcils.

— Butch m’a dit qu’il pourrait me tirer dessus avant que j’arrive à la maison.

— Oh, Butch était juste en train de se moquer de toi.

Il lui jeta un regard en coin et secoua la tête.

— Je ne crois pas. Butch n’est pas vraiment du genre farceur.

L’espoir sur son visage s’estompa légèrement, et elle hocha la tête.

— D’accord, ton père a eu quelques années difficiles. Depuis la mort de Brody.

Zane avait envie de la corriger et lui dire « Papa a eu quelques décennies difficiles ». Depuis que maman est morte. Mais il n’en fit rien.

— Bien sûr, répondit-il. Je pense que nous avons tous traversé une période difficile à la suite de ça.

— Ton père a hâte de te voir, dit-elle tout en le regardant, attendant sa réponse.

Peu probable.

— Je vais remonter avec toi. Ça aidera à briser la glace.

Le regard de Zane passa de la maison à elle, puis se posa de nouveau sur la maison.

— Comme ça il ne me tirera pas dessus, dit-il en ne plaisantant qu’à moitié.

Elle remonta dans son SUV, fit demi-tour et remonta vers la maison. Il la suivit. Elle n’avait absolument pas changé. 1m65, et elle ne pesait toujours pas plus de 45 kg. Elle possédait toujours des boucles sauvages, presque une afro, qu’elle attachait en arrière, sans réussir à les dompter totalement.

Il s’arrêta à côté d’elle. Quand ils sortirent, il ne sut pas ce qu’il ressentait. Rentrer à la maison, c’était trop d’un coup. Il avait déjà envie de s’enfuir.

Il raidit le dos et avança jusqu’à la porte d’entrée.

Elle l’avait ouverte.

— Jeffrey, j’ai croisé Zane au bas de l’allée.

Seul le silence lui répondit.

— Jeffrey, vous êtes là ?

— À l’arrière ! beugla l’intéressée.

Elle attendit que Zane entre avant de fermer la porte derrière lui. C’était la même vieille maison en rondins dans laquelle il avait été élevé. Sa mère était décédée quand il avait six ans. Brody avait alors quatre ans, et Butch n’en avait que huit. La vie n’avait plus été la même depuis lors. Leur père s’était montré brut de décoffrage et très fruste sur les bords. Il avait repris l’alcool peu de temps après.

Les garçons s’étaient plutôt bien élevés eux-mêmes, et leur père leur avait même dit une fois :

— Si vous vivez, tant mieux. Si vous mourez, je vous enterrerai dehors.

Jamais Zane n’avait oublié ces mots.

Il suivit Holly à travers la vieille maison, les mains dans les poches, agacé qu’elles soient déjà contractées. Il entra dans le grand salon où son père était assis au coin du feu, un livre à la main. Eh bien, c’était une nouveauté. D’un autre côté, la grande bouteille de whisky à moitié vide posée sur la table basse n’en était pas une.

Son père leva les yeux vers lui et fronça les sourcils. Zane fit de même.

Holly n’aurait pas dû être aussi impatiente de voir Zane, mais elle l’avait attendu depuis le décès de son mari, Brody. C’était compliqué d’expliquer ce qui s’était passé entre eux deux avant qu’elle finisse avec son jeune frère. Tout ce qu’elle savait, c’était qu’elle n’avait pas envie de perdre ce lien avec Zane. À présent qu’elle était de nouveau célibataire, elle avait songé et rêvé plus d’une fois qu’il pourrait reprendre là où ils s’étaient arrêtés. Cependant, Zane avait disparu aussi vite qu’il était arrivé pour les funérailles, et les six premiers mois, elle était restée sous le choc, à porter son deuil.

Quand elle s’était remise, elle avait eu quelques rencards, mais s’était rendu compte qu’elle ne faisait que passer le temps en attendant le retour de Zane.

C’était tellement injuste ! Tant pour ses rencontres que pour elle-même : Zane avait fait en sorte de ne jamais revenir.

Elle était amoureuse de Zane depuis aussi loin qu’elle s’en souvenait. Elle détestait ce qu’elle leur avait fait. Elle savait qu’il fallait être deux pour ça, mais elle avait été le catalyseur de leur rupture, et elle avait aggravé la situation en laissant son jeune frère la séduire et l’entraîner dans une relation. Une fois cette étape franchie, elle sut que Zane ne lui reviendrait pas. C’était dû au fait qu’elle soit sortie avec son frère, comme si elle avait dépassé les bornes.