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Au tout début des années soixante, Grande-Synthe est une cité dortoir à l'ombre du géant de l'acier, Usinor. L'arrivée d'hommes et de femmes déterminés va transformer un désert sportif en oasis à champions des stades et des salles de sport. Le 26 mars 1963, Huguette Mierzejewski, Félix son mari, Pierre Gars, René Leroy, Messieurs Hayez, Marquant et Ovion se mettent autour d'une table pour créer un nouveau ciment au coeur de la cité en construction. Ce ciment s'appelle OGS pour Olympique de Grande-Synthe. C'est un club multisports qui va générer les liens nécessaires à la vie de la cité et à son épanouissement. La pratique du sport va élargir de l'usine à la ville la cohésion sociale nécessaire à la vie en commun. Solidarité, partage, fraternité prendront leur sens synthois. Ce livre raconte, avec les témoignages de ceux qui l'on vécue, de ceux qui l'ont faite, cette histoire fabuleuse, bâtie de rencontres, de volontés, de convictions, de dépassement de soi, et à partir de 1971, d'une politique de développement sportif probablement inégalée encore à ce jour. Grande-Synthe a été, un jour, l'endroit de la rencontre de deux militances : celle du sport comme système d'éducation et d'élévation de l'individu, et celle du politique avec des idées d'éducation populaire et d'élévation de la population. L'un avait l'expertise, la connaissance, l'autre le pouvoir de changer la vie, et le sport est monté sur le podium pour ne plus quitter la plus haute marche.
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Seitenzahl: 243
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Cet ouvrage est dédié à tous les artisans du sport Grand-Synthois,
des petites mains absolument nécessaires sans lesquelles rien ne peut se faire,
à tous les dirigeants des clubs qui ont souvent été des petites mains et sont parfois
devenus de grands Manitou dans leur discipline.
Ils sont depuis cinquante ans les acteurs de la fabuleuse aventure
du sport Grand-Synthois. C’est leur histoire qui est racontée ici.
" Le sport va chercher la peur pour la dominer, la fatigue pour en triompher, la difficulté pour la vaincre. "
Pierre de Coubertin
26 mars 1963, l’histoire du sport à Grande-Synthe se met en marche
Circonstances et nécessités fondent l’action
Champs, pâtures, gymnase et salles de classe
De la création des équipes aux premiers résultats, le chantier invisible
La section football accède à la demi-finale de la coupe Maritime
Le premier "vaisseau amiral" du sport synthois
Christophe Duhem M. Mini Basket régional
Le mai 68 du sport à Grande-Synthe
De la naissance d’une nouvelle ère au renouveau sportif
Un deuxième "vaisseau amiral" et un chaudron pour faire battre les cœurs
Olympique Grande-Synthe : sports de masse ou sports d’élite ?
Des anciens, des nouveaux, entre ceux qui partent et ceux qui restent
Une assemblée générale qui fait date
Reconnu parmi ses pairs, il deviendra un président emblématique de l’OGS
Les années 80, une décennie sportive comme jamais auparavant
Des Bains Dunkerquois aux bassins du monde entier, il est passé par la piscine Léo Lagrange
Avec un anneau, la petite reine va créer des générations de princes et de rois
La Ville prend du poids et poursuit ses efforts d’équipement, le sport progresse toujours
La voile se gonfle d’un vent nouveau au Puythouck
L’OGS a vingt ans, l’ASTV apparait dans la petite lucarne
Bruno Wojtinek, un destin brisé
Ne rentre pas à la maison si tu es président !
Les années 90, une décennie de jeunes talents
Comme un lion qui s’en va
Dans la constellation du basket, Domi, un fragment d’étoile de Marles-les-Mines
Le foot et la natation voient tout en grand
Des pieds et des mains pour être bien dans sa tête et dans son corps.
1997, l’OGS Omnisports est morte, vive l’OGS Union !
Un moteur à l’athlétisme
Alchimiste, il transforme le plomb en or
Les joueurs de billard font les trois bandes… et les jeux d’échecs deviennent un sport à part entière
Une première fois CFA2 pour gouter
Moins tendue que la corde de son arc, même si ça lui tire un peu…
Le sport synthois a de grandes valeurs et sait le démontrer quand il le faut
Un nouveau "vaisseau amiral" du sport en approche
Une épopée footballistique inédite
Putain de bagnole !!
Une charte de bonne conduite contre l’anti sport
Un esprit d’échange pour multiplier les chances
Un chapitre plus long que prévu pour la piscine Léo Lagrange
La pratique du vélo évolue, évoluons avec le vélo
Léo Lagrange pris en otage, le stadium du littoral inauguré
Quand les jeunes du foot prennent exemple sur leurs aînés…
Une compétition qui ne manque pas de chien
Racket sur les bons résultats au club de tennis
1963-2013, 50 années d’un voyage dans la constellation à la vitesse des lumières du sport synthois
Dans toute chose, il y a un avant et un après. Une frontière un peu floue pas toujours définitive pour mesurer, comparer, évaluer à travers le temps qui passe, l’activité humaine, les changements intervenus. Grande-Synthe n’y échappe pas et pourrait même en être une démonstration, tant il y a un avant et un après très distincts. Il y a eu le Grande-Synthe avant la seconde guerre mondiale, puis celui d’après, quasiment rayé de la carte. Il y a eu le Grande-Synthe d’avant Usinor et celui d’après, donnant au village de nouveaux contours de ville moderne, urbaine. Il y a eu avant le 26 mars 1963 et depuis, il était une fois le sport à Grande-Synthe.
Dans le petit village de gens de la terre : maraîchers, fermiers et artisans, le sport est une attraction, une sortie endimanchée à la grande ville d’à côté, Dunkerque. A Grande-Synthe, le sport n’existe pas. C’est la venue, il y a cinquante ans, d’hommes et de femmes qui va transformer ce désert sportif en oasis à champions des stades et des salles de sport.
Le village, qui est devenu un immense chantier, un enchevêtrement d’immeubles construits à la hâte ou encore en construction, voit affluer des travailleurs qui bien souvent arrivent en célibataires. Ils viennent des régions minières, du Valenciennois, du Pas-de-Calais et d’ailleurs. Ils ont laissé femmes et enfants dans les corons ou au pays. Jusqu’à vingt-sept nationalités vont coexister ici, sans presque se voir, sans se heurter. Si durant la semaine, la ville qui est en train d’éclore prend des allures de cité dortoir, de banlieue froide et sans âme, le week-end, elle devient une ville fantôme. Il n’y a aucune distraction, ni pour les jeunes, ni pour les parents. La vie à Grande-Synthe n’est pas facile et les quelques familles qui s’installent vivent le "far-west". L’usine est alors le seul intégrateur social. C’est à l’usine, à travers les postes, les différents services et les sections sportives que les hommes font connaissance.
René Leroy se souvient : « Comme tous les sportifs qui arrivent dans une nouvelle ville, ce qu'ils vont chercher c'est de voir s'il y a un club ou un endroit pour faire du sport. En arrivant en 1962 à Grande-Synthe, il n'existait aucun terrain de sport, ni aucune équipe. On s’est donc mis à quelques-uns à jouer au ballon sur des terrains vagues et quand les gens sortaient de l'usine et voyaient des footballeurs et des jeunes taper dans un ballon, ils s’arrêtaient. De là est venue l'idée de créer une équipe de football à Grande-Synthe, c'était en 1963.»
En juin 1962, Félix et Huguette Mierzejewski et leurs deux enfants s’installent à Grande-Synthe. Félix est contremaître à Usinor, Huguette est professeur d’éducation physique. Ce couple va changer la vie de générations de grands-synthois.
Originaire de Bergues, Pierre Gars est pompier à Paris. Il en revient en 1962. Il pratique le volley-ball et jouait à haut niveau dans l’équipe de la compagnie de pompiers. Embauché au service sécurité d’Usinor, il est l’un des acteurs clés de l’aventure sportive synthoise : « Un beau jour, Félix Mierzejewski vient me voir dans mon bureau et sa première question a été - Quel sport tu as fait ? - Je lui ai répondu - Je fais du volley. Il me demande où, je dis à Paris. Il me dit ensuite - Je viens te voir parce qu’on a l’intention de créer un club. - Je lui ai répondu qu’on ne peut pas faire ça comme ça tout seul, qu’il fallait voir avec la mairie. »
Quelques jours plus tard, en éclaireur, Pierre Gars rencontre le maire Julien D’Hulster. Celui-ci l’invite, lui, ainsi que le couple Mierzejewski au conseil municipal qui devait avoir lieu une quinzaine de jours plus tard. Cette quinzaine a été mise à profit pour préparer une présentation de leur projet. Lors du conseil municipal, le maire présente l’équipe de sportifs et leur laisse la parole. «Bon maintenant expliquez-vous ! Nous dit le maire.Avec Félix et Huguette, on a détaillé tout ce qu’on voulait faire.» Les yeux brillants, la respiration syncopée par l’émotion que cela réveille, Pierre Gars se rappelle très bien de ce grand moment. Le conseil municipal est enthousiasmé et le maire pose l’inévitable question : « Il vous faudra des sous ?!» « On a répondu - Ben oui ! - Et il nous a accordé une subvention de sept mille cinq cents francs, tout de suite !» L’OGS est portée sur les fonts baptismaux le 26 mars 1963 par une équipe de sept personnes qui se répartissent les responsabilités. Félix Mierzejewski est président, René Leroy est le premier vice-président, Pierre Gars second vice-président, Monsieur Marquant est nommé trésorier. Huguette Mierzejewski et Monsieur Hayez sont membres de cette association régie par la loi de 1901. Elle est déclarée officiellement le 12 Avril suivant à la sous-préfecture de Dunkerque et est dénommée Olympique de Grande-Synthe. Son but, c'est la pratique de tous les sports collectifs et individuels. Son siège social, c’est la mairie. L’information est parue dans le Journal Officiel du 30 Avril 1963. L’OGS comprend cinq disciplines sportives qui sont le football, le basket-ball, le volley-ball, le tennis de table et le handball.
René Leroy : « Quand on voulait faire des championnats, il était obligatoire d'avoir des règles et d'avoir un club, car il fallait se licencier et il fallait avoir un nom de club. En se réunissant à quelques-uns, on a créé l'OGS avec ses couleurs. On avait décidé du jaune et du bleu. » Les couleurs du blason de la ville. Ils ne le savent pas encore, mais ils viennent de créer l’un des piliers fondateurs de la ville que nous connaissons aujourd’hui. Non seulement le sport va pouvoir se développer, mais plus encore, il génèrera les liens nécessaires à la vie de la cité, à son épanouissement, participera à la sédentarisation des travailleurs grâce notamment à la venue des familles et l’engagement des enfants dans les différentes disciplines sportives. Le sport va élargir de l’usine à la ville la cohésion sociale nécessaire à la vie en commun. Solidarité, partage, fraternité prendront leur sens grand-synthois.
Le 6 juin 1963, le conseil municipal reconnaît officiellement l'OGS et lui alloue la subvention promise.
Les premiers mois sont un peu difficiles, car si comme le confie Félix Mierzejewski à Jean Sename, journaliste à la Voix du Nord « C’est difficile de former une équipe, les gens ont peu de contact et vivent repliés sur eux-mêmes. » Créer de toute pièce un club de sport est une affaire très prenante. L’implication est totale, au détriment parfois même de la vie de famille. « Souvent, je rentrais vers neuf heures le soir et ma femme me disait - Tu n’peux pas rentrer un peu plus tôt ?» se rappelle Pierre Gars. Il faut penser à tout, être très présent, monter des dossiers auprès des instances qui décident, qui donnent des agréments, qui permettent au sport d’exister là où il n’y avait rien. Au-delà de l’aspect administratif, faire du sport à Grande-Synthe est un défi permanent. Il n’y a pas de salle, pas de terrain, aucun équipement sportif dédié.
« La première salle qu’on a eue, c’est la salle Victor Hugo et la cour de l’école maternelle et c’est tout ! C’était une vraie bagarre pour la répartition des heures d’entrainement, mais on s’entendait bien, alors ça allait quand même. On jouait dans la cour de l’école. L’hiver on devait se lever de bonne heure pour faire fondre la neige. » se souvient encore Pierre Gars, prolongé dans ses propos par Jean-Luc Mierzejewski « On s’entrainait dehors avec des lampadaires accrochés au mur de l’école pour qu’on puisse voir, donc vous imaginez un petit peu les conditions. Au football, parce que je faisais aussi du football, on jouait dans des pâtures qui tenaient lieu de terrain d’entraînement. »
Entre pâtures et chantiers, René Leroy peine à trouver un terrain. Il raconte « Il n'existait aucun terrain de sport, ni aucune équipe. A plusieurs, nous sommes allés au centre social pour mettre en place des équipes de foot pour la saison 1963-64.» Louis Baldan précise « Le premier des tout premiers terrains où on a eu nos premiers entraînements se situait de l'autre côté de la rue nationale en face de la salle Victor Hugo, là où aujourd'hui il y a les maisons des ingénieurs Usinor. C'était le tout premier terrain d'entraînement avec la première composition d'une équipe où chaque joueur portait ses propres couleurs. »
Ce terrain prêté pour un an par Usinor, sur demande du maire, n’est pas satisfaisant. C’est une pâture à l’état brut. Elle n’est pas nivelée, et par ailleurs, elle doit accueillir le fameux quartier des ingénieurs. La mairie met alors à disposition des footballeurs un nouvel espace situé au Nord de la commune. « En allant voir le maire, il nous dit : - Vous avez un terrain ! - Ce terrain est aujourd'hui le parking du Palais du Littoral, mais il y avait des trous, il y avait des navets, des betteraves, un peu d'herbe, donc on l'a aménagé nous-mêmes. Nous avons eu les buts par la ville. On nous a amené quelques cabanes pour faire les vestiaires, et en guise de douches on a pris des bassines et des seaux, et donc on se lavait dans ces bassines. Alors je ne vous dis pas, lorsqu’il faisait -1 ou 0 degré… Après un match il fallait être courageux... » Rapporte René Leroy. « C’était une pâture qui n'avait rien à voir avec un terrain de football et sur lequel le maire à l'époque, Julien D'Hulster avait fait planter en guise de buts quatre poteaux de bois !» enchérit Louis Baldan.
Si la plupart des sections n’éprouve aucune difficulté à recruter des sportifs, Pierre Gars a du mal à constituer une équipe de volleyeurs et reconnaît en fin d’année 1963 qu’il manque d’adeptes pour cette discipline. Il réussit toutefois à démarrer avec une équipe d’adultes qui joue à un très petit niveau. Tandis que la section tennis de table remplit ses rangs de talents prometteurs, la section basket compte déjà vingt-quatre licenciés et a réussi à créer deux équipes, l’une constituée de filles cadettes, l’autre de garçons minimes. Jean-Luc Mierzejewski en garde un souvenir intact. «L’OGS a structuré une bonne partie de ma vie. Ça m'a donné une occupation passionnante, avec notamment la première équipe minime dans laquelle je jouais avec une bande de copains, sous l'encadrement de mes parents.»
La formation des jeunes est un point essentiel du développement de la section basket, d’ailleurs très vite sont mises en place des écoles de basket. « Alors ça, je peux dire que c'est la philosophie centrale de mes parents qui considéraient le sport comme un vecteur d'éducation et qui en avaient une approche au centre de laquelle il y avait la formation d'emblée. Les écoles de basket étaient le b-a ba de la formation de jeunes au basket. A cette époque-là nous étions deux, avec Jean-Yves Barras. Mes parents nous avaient envoyés en stage d’entraineur à Wattignies, alors qu'on n’avait que quatorze ans... »
La section football se développe bien aussi, malgré l’absence d’un vrai terrain. René Leroy raconte. « On jouait en quatrième division, il n'y avait pas plus bas, mais nous étions obligés de passer par là. On a joué à Hondschoote, à Bourbourg, on est allé aussi à Wormhout, parce que notre terrain n'était pas tout à fait prêt encore. Ce n’était pas d’un niveau extraordinaire la quatrième division, mais on avait de très bons joueurs qu’on ne pouvait pas utiliser à temps plein parce que beaucoup faisaient les postes, donc il fallait jongler. Nous avions créé aussi, dès la première année, une équipe junior et une équipe minime qui s'est très bien comportée. De ces jeunes, certains ont joué en équipe première. » Louis Baldan précise. « Nous avons perdu le match contre Wormhout, mais lors de cette première saison, 1963-64, nous avons accédé à la demi-finale de la coupe maritime. »
De son côté, le hand-ball recherche un second entraîneur parce qu’une équipe benjamine sera peut-être engagée au championnat UFOLEP
Sans terrain ni espace dédié, des gens se regroupent pour courir. « On allait dans la nature, par exemple le long de la route qui mène aujourd’hui à Auchan. Il y avait des arbres et des sentiers, on allait là-dedans. Disons qu’il y avait un embryon, c'est-à-dire que des gens faisaient de l'athlétisme, mais ils n'avaient pas de licence parce qu'il n'y avait pas de club. » se rappelle Marcel Ghéwy. Décembre 1963, lors d’une réunion ordinaire de l’OGS, Huguette Mierzejewski émet l’espoir de voir monter rapidement une section athlétisme. Il faudra encore attendre un peu…
A l’assemblée générale de clôture de la première saison sportive de l’histoire de l’OGS, Le 20 juin 1964, le président dressant l’état des effectifs du club note qu’il y a quatre-vingt-dix-sept licenciés, vingt séniors non licenciés et cinquante jeunes qui fréquentent les écoles de sport. Il prévoit pour la saison 1964–65 une évolution des effectifs entre deux cents et trois cents licenciés. 1965 sera une belle et grande année puisque sont prévus un terrain multisports principal avec une piste de course "rod-grand", un terrain de sports secondaire et quatre gymnases scolaires. Il sait aussi qu’il pourra compter sur l’amélioration des équipements existants.
René Leroy, qui depuis novembre 1963 a quitté la section football, laissant à Jacques Samaille la présidence et à Félix Debril la vice-présidence, organise une réunion au centre social. « Ça me démangeait et j'ai fait une réunion un soir et là j'étais étonné : il est venu trente personnes. Je fais une réunion pour dire que je crée une section athlétisme. J'ai donc été élu président et très vite on a formé une équipe très sympathique. » Marcel Ghéwy assiste à cette réunion. Elle sera le point de départ d’une nouvelle aventure pour lui.
Toutefois, en avril 1965, lors d’une réunion ordinaire de l’OGS, les discussions ont pour sujet l’augmentation du nombre de sections pouvant être en état de fonctionner au sein du club. Si Huguette Mierzejewski prévoit la création d’une section gymnastique, dans son esprit une section athlétisme n’est plus à l’ordre du jour. Par ailleurs, Yves Danjou et une poignée de fervents d’haltérophilie envisagent de créer leur section. La demande d’affiliation à l’OGS est faite et reçoit un avis favorable du comité directeur le 19 juin. Lors de cette même réunion, le comité apprend le détail de la cérémonie d’inauguration du stade Jean Deconninck qui se déroulera le dimanche 13 juin 1965.
Un chapiteau de plus de 500 m2 accueillera le samedi soir un bal avec trois orchestres. Dimanche 13 juin, un défilé des différentes sections de l'OGS accompagnées de la musique de Saint-Pol-sur-Mer partira de la mairie pour rejoindre le stade. Deux matches de football étrenneront le tout nouveau terrain : une rencontre de benjamins suivie d’un match entre les professionnels du LOSC et de l'US Dunkerque. Ces derniers ont perdu le match, mais les grand-synthois ont gagné un terrain de sport, un endroit où vibrer ensemble, noyés dans les clameurs de tribunes qui ricocheront d’immeubles en maisons d’une ville qui s’éveille au diapason des battements de cœur de ses sportifs et de leurs supporters. C’est un premier "vaisseau amiral", il y en aura d’autres, mais il faudra attendre…
René Segard était là ce jour-là « Je me souviens que je jouais contre un joueur international, Paul Courtin. C'était un grand gaillard et on m'avait dit de le surveiller. Pour moi, c’était vraiment un match impressionnant parce qu'on jouait contre une équipe pro. Je crois qu'on a pris six buts, mais on a eu plaisir à jouer. »
La deuxième saison sportive se clôt sur cet évènement et Huguette Mierzejewski qui préside l’assemblée générale de l’OGS omnisports du 26 juin souligne l'augmentation du nombre de pratiquants sportifs par rapport à l'effectif réalisé la saison précédente. Dépassant les prévisions, l'effectif total de la saison s'élève à 338 pratiquants qui se répartissent entre le football qui compte 111 licenciés plus 31 non licenciés, le basket-ball rassemble 64 licenciés plus 40 non licenciés, le hand-ball représente 37 licenciés, le volley-ball 16 licenciés plus 7 non licenciés et le tennis de table culmine à 17 licenciés plus 15 non licenciés.
La nouvelle section culturisme et haltérophilie est officiellement reconnue au sein de l’OGS. La composition de son comité est déposée. Il est constitué de Raymond Gillet au poste de président, de Pierre Doom comme vice-président, le secrétaire est Yves Danjou et le trésorier Lionel Bouchart. Ce n’est encore qu’un tout petit club de passionnés, mais il a déjà trouvé son espace d’entrainement, ce sera à la salle Ampère, tout près du centre commercial Saint-Jacques.
La saison qui s’ouvre en septembre 1965, est une saison de premières moissons pour tous les clubs, mais elle débute avec l’étonnement d’Huguette Mierzejewski qui a lu dans le journal local la création d’une section rugby au sein de l’OGS. C’est la surprise générale puisqu'aucun contact n’a été pris avec le comité directeur. La demande officielle d’affiliation du rugby à l’OGS arrivera quelques semaines plus tard, en octobre, signée de M. Cacheux son représentant. Il obtient un accord de principe sous condition des subventions à venir. La boxe, sur demande écrite de M. Droit, souhaite également rejoindre l’OGS. Le comité directeur laisse sa décision en suspens à cause des subventions de la ville qui ne prévoyaient pas l’afflux de nouvelles disciplines. La question est donc discutée en comité directeur, car si le club OGS est omnisports, il ne pourra rejeter indéfiniment les demandes d’affiliation. Il est alors décidé de prévoir par section non encore affiliée les demandes de budget pour la saison suivante, cela aura pour effet de faciliter l’entrée de nouvelles disciplines comme par exemple le tir à l'arc "la flèche d'or" dont la demande vient d’arriver pour la saison prochaine 1966-67.
Les Jaunes et Bleus du football entament leur première saison au stade Jean Deconninck. « Je me souviens très bien de notre tout premier match officiel sur le terrain du stade Jean Deconninck. » Louis Baldan raconte : « C’était fin août ou début septembre 1965. Ce tout premier match, nous l'avons joué contre l'équipe réserve de Dunkerque qui ne nous a pas fait de cadeau, parce qu'en fait Dunkerque nous avait envoyé son équipe ‘’amateurs’’ de haut niveau. Ce match nous l'avons perdu quatre à trois, mais nous avons fait une belle saison parce que nous avons fini deuxième du championnat. Nous avions comme entraîneur Henri Vandyck et comme capitaine René Segard. »
L’arrivée du Boxing club au sein de l’OGS ne sera pas possible sur décision à l’unanimité du comité directeur qui, compte-tenu du nombre croissant de sections et le budget déjà élevé demandé à la ville pour la saison suivante, ne pourra pas accueillir une nouvelle section. Cependant, le 22 janvier 1966, l’athlétisme qui vient de se créer, intègre l’OGS et présente son comité composé de René Leroy, président ; Jean Gomel, vice-président, comme secrétaire Ernest Verquise et le trésorier est Richard Szymzack.
Marcel Ghéwy justifie cette affiliation : « Le stade a été fourni avec les aires de saut, le saut à la perche le saut en longueur, de lancer de poids, de disques, il y avait de tout. On avait tout. Au début nous étions à peu près une trentaine, après on est monté à quarante, on a fini à près de cent…En plusieurs années quand même. On a eu des résultats encourageants tout de suite. » René Leroy complète et confirme « On avait des jeunes très doués à Grande-Synthe, nous avions principalement une très bonne équipe de sprinters, et ça a monté très vite. »
A l’autre bout de la commune, dans le magasin de cycles qui partage le petit parking devant la mairie, quelque chose de nouveau est en train de se préparer. Philippe Limousin raconte « Où il y a une banque aujourd'hui qui fait le coin, il y avait un marchand de cycles qui était tenu par Eugène Carru. Eugène Carru était un ancien coureur qui s'était reconverti comme marchand de cycles. Ce magasin était un lieu de rencontre des passionnés de vélo. On y parlait de vélo et des anciens exploits d’Eugène parce qu'il avait même fait un tour de France. »
Claude Limousin qui a mis un terme à sa carrière de coureur cycliste pratique désormais le vélo en loisir. Il va souvent au magasin de cycles d’Eugène Carru. Les conversations entre les hommes de la petite reine les conduisent en mars 1966 à se poser la question qui est déjà une réponse en elle-même : « Et pourquoi on ne ferait pas un club ici à Grande-Synthe ?» Philippe Limousin, enfant, se souvient « Le bureau s'est constitué le 6 mai 1966 qui est la date officielle de la création du club avec donc Eugène Carru, mais c'est Pierre Lefranc qui a pris la première présidence du club et mon père vice-président avec Jean-Marie Rivoal. Il y avait aussi un copain qui s'appelle Noël Mazy qui a pris le poste de trésorier, donc voilà l'aventure est partie de là, de façon tout à fait modeste, avec un coureur. Il n'y avait qu'un coureur… » Ce coureur, c’est Gervais Denis.
A l’époque, chaque nouvelle discipline sportive qui se crée émet le souhait de rejoindre l’OGS. L’O.C.G.S. Olympique Cycliste de Grande-Synthe n’échappe pas à ce principe, mais Pierre Lefranc veut en discuter les termes. Il rencontre à cet effet Huguette Mierzejewski et il en conclut que son club restera en dehors de l’OGS…
De son côté, la section rugby peut intégrer le club omnisports car la ville vient de lui allouer sa première subvention d’un montant de 2.380 francs. La préoccupation des responsables du rugby c’est aussi de pouvoir s’entraîner et M. Cacheux demande l’autorisation de placer sur l'ancien terrain de football des poteaux de rugby dans le même sens que ceux du football, mais pour cela, il devra attendre la fin de la saison en cours.
Quelques jours plus tôt, le 30 avril 1966, lors de la réunion du comité directeur de l’OGS, La présidente lit une lettre de Pierre Gars. Il y annonce sa démission au poste de vice-président de l'Olympique de Grande-Synthe ainsi que de la section volley-ball. Pierre Gars, quitte l’OGS pour aller jouer à Dunkerque, sans vraiment abandonner Grande-Synthe. Il explique : « J’ai joué pendant deux ans à Grande-Synthe puis après j’ai été contacté par Dunkerque. Il y avait un polonais qui s’appelait Richard et c’est lui qui m’a dit - Viens à Dunkerque ! - Alors j’y suis allé, mais en accord avec Grande-Synthe. » On ne le sait pas encore à ce moment-là, mais il en reviendra plus fort d’une équipe et le volley-ball connaitra ses plus belles années…
Un nouveau coup de théâtre frappe le comité directeur lorsqu’il apprend début mai, la démission de celui qui est à l’origine de l’OGS et qui en était devenu le conseiller technique : Félix Mierzejewski. En pré clôture de séance, il remet une lettre à la présidente, puis à la stupéfaction générale, quitte la salle. Huguette Mierzejewski lit cette lettre pendant que des voix s’élèvent pour s’opposer à cette démission que la quasi-totalité de la salle ne comprend pas. Ce soir-là, ils ont été plusieurs à tenter de faire revenir Félix Mierzejewski sur sa décision, en vain. Il restera ferme et ne réintègrera pas la réunion.
La saison 1965-66 qui se termine, a été une saison difficile, avec la perte d’un membre à la section football, M. Gilles disparu tragiquement, mais aussi les demandes d’affiliation, les intégrations, les refus, les réponses en suspens, les démissions et toujours la chasse aux équipements. A l’assemblée générale, le 25 juin, la présidente souligne l'augmentation importante de sportifs inscrits à l'OGS. L’effectif est passé de 338 à 508 licenciés. Huguette Mierzejewski salue les trois nouvelles sections que sont l'athlétisme, l'haltérophilie et le rugby. M. Patoux qui représente la municipalité est venu annoncer que deux salles seront terminées pour la fin de l'année, celles des groupes scolaires numéro un (Victor Hugo) et cinq, ce qui représentera deux gymnasiums et deux plateaux d'évolution. Sur le même thème, M. Ranson pose la question du deuxième terrain de foot qui devient absolument nécessaire. M. Patoux avance une mise à disposition vers fin 1968 début 1969. Jusque-là les entraînements de football et de rugby auront lieu sur l'ancien terrain provisoire (aujourd’hui le parking du Palais du littoral).
Au volley-ball, M. Gomel qui a pris la responsabilité de l’équipe depuis le début de saison 1965-66 enregistre de timides progrès, mais témoigne d’un bon espoir, même s’il reconnaît qu’il y a encore du travail. C’est au basket que la saison 1966-67 va marquer les esprits sportifs synthois avec notamment des filles et des garçons du club sélectionnés en équipes départementales, mais aussi une distinction régionale pour un poussin, Christophe Duhem. Jean-Luc Mierzejewski s’en souvient très bien : « Nous avons eu le plaisir dans un regroupement régional à Wattignies d'avoir un joueur d'une de nos équipes poussins, Christophe Duhem qui a 11 ans à l’époque, nommé M. Mini Basket au niveau régional. »
