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Le livre "À côté du bonheur" est un récit poignant anonyme qui explore les méandres de la condition humaine, où la quête du bonheur se heurte à des réalités souvent désenchantées. Avec un style d'écriture simple mais profondément émouvant, l'auteur parvient à établir un lien intime avec le lecteur, invitant ce dernier à réfléchir sur ses propres aspirations et déceptions. Ce texte, qui s'inscrit dans la lignée de la littérature contemporaine francophone, s'éloigne des conventions classiques pour proposer un regard introspectif sur les thèmes de l'amour, de la perte et de l'acceptation. L'anonymat de l'auteur confère une dimension universelle à l'œuvre, permettant de s'interroger sur les raisons qui poussent un écrivain à choisir de se cacher derrière un masque. Ce choix souligne peut-être une volonté de transcender la personnalité individuelle pour offrir une résonance plus large aux expériences humaines partagées. L'œuvre parle à ceux qui ont connu l'angoisse des choix et les aléas de l'existence, illustrant la lutte entre idéal et réalité. "À côté du bonheur" est hautement recommandé à quiconque désire plonger dans une réflexion délicate sur la vie et ses paradoxes. La profondeur des émotions conjuguée à l'authenticité de la narration en fait une lecture essentielle pour les amateurs de littérature qui aspirent à comprendre les nuances de la joie et du chagrin. Ce livre suscitera sans aucun doute une résonance durable chez ses lecteurs.
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Veröffentlichungsjahr: 2021
C’était par un des plus beaux jours de mai. Les courses venaient de finir et les Champs-Élysées étaient encombrés de brillants équipages. Devant la porte de l’ambassade de N… qui ouvrait sur l’avenue ses larges grilles et sa grande cour, un élégant phaéton s’arrêta non sans peine à cause de l’encombrement. Un jeune homme en descendit et il gravissait rapidement l’escalier de l’ambassade, lorsqu’il faillit se heurter contre quelqu’un qui descendait.
– Quoi, c’est vous, M. de Fleynac? s’écria un homme assez âgé, avec un accent méridional des plus prononcés. Depuis quand êtes-vous à Paris? il y a longtemps qu’on ne vous y a vu!
Georges de Fleynac, reconnaissant un ancien ami de sa famille, répondit avec bonne grâce:
– J’ai fait un voyage de deux ans en Égypte et en Italie.
– Ah! et maintenant, vous allez revenir dans notre midi, j’espère? votre père va être ravi!
– Je l’attends prochainement.
–Très bien! vous allez sans doute rejoindre là-haut notre compatriote, votre amie d’enfance, madame d’Éricey?
– Non! je ne la savais même pas à Paris.
– Elle sera enchantée de vous revoir; nous parlions de vous ensemble tout à l’heure. A bientôt!
– A bientôt.
Et, libre enfin, le jeune homme franchit le dernier palier. En entrant il jeta un regard d’investigation dans les premiers salons, comme s’il se fût attendu à y rencontrer quelqu’un et il pénétra dans la pièce principale. Toutes les fenêtres de cette pièce s’ouvraient sur un balcon, d’où l’on apercevait les Champs-Elysées, étincelants de soleil, pleins d’éclat et de gaieté.
D’un seul regard M. de Fleynac s’assura que la personne qu’il cherchait n’était pas là non plus. Un peu déçu en apparence, il salua la maîtresse de la maison et s’installa dans un coin, à demi caché par le battant d’une fenêtre ouverte.
Il s’assit et, malgré son attente impatiente, savoura l’ombre et la fraîcheur, si agréables après la lumière éclatante, le bruit et la poussière d’une journée de courses. Sa rêverie était toute rose, et comment ne l’aurait-elle pas été? Celle qu’il s’attendait à rencontrer et dont il guettait l’entrée, c’était la fiancée de son choix, charmante et adorée; elle allait venir, venir pour le retrouver, pour lui donner quelques-uns de ces heureux instants, goûtés sans mélange durant leur séjour en Italie et que le tourbillon de Paris rendait déjà plus rares.
Tout en rêvant, Georges laissait ses yeux errer au hasard, lorsque son regard tomba sur une personne placée très près de lui. La fenêtre les séparait seule; sans cela, ils se seraient presque touchés!
C’était une jeune femme, assise sur un siège bas, les bras allongés sur les genoux et les yeux baissés; son visage délicat, les lignes de son corps souple et gracieux frappèrent le voyageur, par leur ressemblance avec ces statuettes et ces figures de femmes égyptiennes, dont il avait aimé et admiré la gracilité harmonieuse. Il s’étonna de retrouver ce type, si singulièrement exact, dans un salon de Paris et cette bizarrerie absorba toute son attention. Il regarda les mains étroites, les épaules tombantes et frêles, le corsage mince et pourtant arrondi, les hanches effacées, toute cette personne qui se dessinait avec grâce et simplicité, sous les rayures d’une étoffe blanche; rien n’y manquait, pas même l’expression mélancolique des yeux, très longs, bordés de cils noirs et la forme délicate des lèvres rouges; les cheveux et le teint s’écartaient seuls du modèle; sous le chapeau de dentelle mêlée de fleurs on apercevait des bandeaux ondulés, aux reflets dorés et la carnation, un peu pâle, était d’une blancheur nacrée et vivante.
En étudiant ainsi sa voisine, Georges reconnaissait dans cette fille d’Osiris égarée à Paris quelque chose de déjà vu, qui réveilla des souvenirs confus. Tout à coup il se rappela ce que le vieil ami de son père lui avait dit dans l’escalier. Était-ce là, vraiment, la petite compagne de son enfance, la fille de ses chers voisins du Midi? mais l’enfant maigre, ébouriffée, qu’il avait quittée à seize ans, d’une laideur déplorable, avait-elle pu se transformer à ce point?
– Car elle est charmante! se dit-il, non pas d’une beauté à effet, peut-être, mais plus on la regarde et plus elle est séduisante!
En ce moment, la jeune femme leva les yeux et les fixa sur le ciel bleu, où couraient de petits nuages roses.
– C’est elle! pensa Georges, voilà ses yeux d’un vert olive presque noirs; voilà cette expression de tendresse innocente et inconsciente, que mon père admirait et qui lui faisait trouver délicieuse celle qu’on appelait le petit singe, en dépit de ses disgrâces. Je vais lui parler.
Il se leva et s’approcha de la jeune femme.
– Je ne sais, madame, dit-il, si vous reconnaîtrez un ancien ami.
Elle tourna la tête; son regard, surpris d’abord, se remplit d’émotion, presque de larmes, avec quelque chose de si douloureux et de si tendre, que Georges se sentit le cœur tout remué. Elle lui tendit naïvement les deux mains, sans songer à ceux qui les entouraient.
–C’est vous, enfin! dit-elle d’une voix altérée, vous, notre cher bon ami du pays!
Un demi-sanglot, rapidement étouffé, lui coupa la parole.
Fort ému de cet accueil, Georges lui serra affectueusement les mains et s’assit auprès d’elle.
– Vous n’oubliez donc pas ce cher Midi, au milieu du monde et des fêtes de Paris?
– Je l’aime toujours, et plus que jamais, maintenant qu’il garde tout ce que j’ai tant aimé!
– Oui! répondit Georges très touché; nos chers morts et nos absents sont là, Sténie.
Une larme tomba des longs cils baissés, sur la main fluette.
– Ah! voilà enfin le comte Georges! dit, avec un léger accent étranger, une voix qui fit tressaillir et lever en sursaut le jeune homme. Tout près de lui passait un groupe, composé d’une femme grande et forte, d’une belle jeune fille et d’un homme jeune encore.
C’était la jeune fille qui avait parlé et son accent indiquait le mécontentement; son regard hautain et irrité rencontra le regard humide de madame d’Éricey et elle passa sans retourner la tête.
– Qui sont ces dames? demanda Sténie.
–C’est madame de Laybach et sa fille; et il ajouta avec un peu d’embarras:
– Il faut que je me sauve; quand pourrai-je vous voir? je vous croyais à la campagne.
– Pas encore! vous me trouverez toujours chez moi avant quatre heures, vous savez: Cours-la-Reine?
– Oui! à bientôt.
Le jeune homme lui serra la main et alla rejoindre la belle personne dont il avait senti instinctivement la colère. Ce fut dans la salle à manger qu’il la retrouva. Un buffet offrait aux invités les rafraîchissements d’un lunch à l’anglaise. Trois ou quatre jeunes gens entouraient mademoiselle de Laybach; elle causait et riait avec cette liberté qui fait aisément reconnaître l’étrangère parmi les jeunes Parisiennes. Lorsque Georges arriva, la jeune fille venait de remettre à l’un de ses compagnons son assiette vide et prenait des mains d’un second un verre de Champagne. Mais ses yeux, pleins de flammes, se tournaient vers celui qui l’avait amenée et leur expression n’était pas faite pour plaire à M. de Fleynac; elle s’en douta peut-être, car elle se fit aussitôt, pour son fiancé, tendre et caressante.
Elle se tourna vers lui et lui dit à demi-voix, du ton le plus affectueux:
– C’est donc ainsi que vous m’attendiez, méchant! Lorsque j’arrive, pensant vous trouver inquiet de mon absence, je vous vois auprès d’une jolie femme qui pleure! et vous étiez fort ému, encore!
– Mon émotion était bien naturelle, répondit Georges apaisé (un homme est toujours flatté d’une apparence de jalousie chez la femme qu’il aime), j’étais avec madame d’Éricey, cette amie d’enfance dont je vous ai souvent parlé. Nous ne nous étions pas revus depuis des pertes cruelles.
– Triste conversation pour un retour de courses!
Mademoiselle de Laybach leva légèrement les épaules et vida son verre de Champagne. Le jeune homme auquel elle avait témoigné tant de sympathie s’avança, pour la débarrasser de son verre.
– Merci! dit-elle en souriant. Georges, le duc de Sauves. Duc, M. de Fleynac.
Le duc tendit la main avec empressement; Georges fut bien obligé de la prendre. Mais il le fit trop froidement, pour que le contraste passât inaperçu.
– Votre nom est souvent venu jusqu’à moi, dit gracieusement le duc. Nos provinces se touchent et la famille de Fleynac est tellement adorée dans son pays, que le bruit en pénètre chez nous!
Georges s’inclina. Il n’eût pu rendre ce compliment; la réputation des de Sauves n’était pas précisément du même genre!
Après quelques paroles échangées avec la jeune fille, le duc s’en alla. Mademoiselle de Laybach se retourna vivement vers Georges.
– Qu’est-ce qui vous prend? lui demanda-t-elle, contrariée, je vous présente le duc et vous le recevez ainsi1
–Depuis quand cette nouvelle connaissance, Hélène?
– Nous l’avons connu à Florence et, tout à l’heure, il nous a sorties d’un embarras de voitures. Qu’avez-vous contre lui?
– Le duc de Sauves n’est pas de ceux que je voudrais voir dans votre intimité, Hélène. Vous arrivez à Paris et ne pouvez vous douter de sa réputation ici. Si vous y étiez depuis plus longtemps je n’aurais pas à vous prévenir, tant elle est connue!
– Que vous êtes difficile!
Hélène prit un air boudeur.
–Je ne passe pas, en général, pour cela! dit Georges en riant. Mais ne détournez pas vos beaux yeux de moi, lorsque j’ai failli me faire écraser, pour me rendre plus tôt ici!
– Oui! pour retrouver cette dame fluette.
– Dont j’espère bien vous faire faire la connaissance au plus vite!
Une moue significative d’Hélène.
– Je croyais que vous en auriez le désir après ce que je vous avais raconté de nos rapports de famille et de notre ancienne amitié. Vous savez qu’elle a été comme une sœur pour moi, comme une fille pour mon père. Sa position dans le monde, la considération dont elle est entourée.
– Ah! vous avez rejoint Hélène? dit la mère de celle-ci en s’approchant. De qui parliez-vous?
– De madame d’Éricey que je viens de quitter. Hélène ne paraît pas se soucier de la connaître.
–Quelle folie! justement, on me parlait de cette dame, tout à l’heure. Elle est très bien posée et très admirée. Présentez-nous vite, cher!
Madame d’Éricey passait, précisément, au bras d’un vieux général et fit, de la main, un signe d’adieu à Georges. Celui-ci fut aussitôt près d’elle. 1
– Permettez-moi, lui dit-il, de vous présenter madame et mademoiselle de Laybach. Ce sont des amies, pour lesquelles je vous demanderai une bienveillance particulière.
– Vos amis sont toujours assurés de ma bienveillance, répondit-elle. Général, voulez-vous m’attendre un instant?
Elle dégagea son bras et fit quelques pas au devant des dames que Georges lui amenait.
– Je suis heureuse de me rencontrer avec des amies de M. de Fleynac, dit-elle à madame de Laybach. Je regrette d’être obligée de me retirer si promptement. Mais il me dira où je puis aller vous chercher et.
– Oh! Georges nous mènera chez vous! dit la mère. Hélène sera enchantée.
– Oh! enchantée! répéta Hélène.
Madame d’Éricey, surprise du ton singulier de la jeune fille, leva les yeux sur elle, comme pour en chercher l’explication. Cette beauté régulière et brillante la frappa d’admiration. Des traits purs, dignes de la sculpture, des yeux superbes, couleur de turquoise, un teint éblouissant, un visage ovale, dont le seul défaut était un menton un peu fort, une grande et belle taille dans toute la splendeur de la jeunesse épanouie, expliquaient assez cette sensation de Sténie.
– Quelle belle personne! se dit-elle involontairement. Cependant, elle ne ressentit pas ce charme que fait éprouver d’ordinaire la vraie beauté. Cela tenait-il à l’expression sarcastique, presque hostile de ces lèvres moqueuses, de ces prunelles claires? Madame d’Éricey n’eut pas le temps de s’en rendre compte; car, au même moment, une émotion soudaine lui fit oublier tout le reste.
M. de Fleynac s’était avancé près d’Hélène; la tendre admiration, exprimée par sa physionomie, ne pouvait laisser aucun doute sur la nature de ses sentiments.
La jeune femme eut un léger frisson et son teint pâle pâlit encore. Mais, elle fit un pas en avant et tendit la main à la jeune fille, avec quelque chose de si bon et de si simple à la fois, que celle-ci en fut touchée. Au moins y répondit-elle plus gracieusement que son attitude ne l’eût fait supposer un instant auparavant.
– A bientôt! dit madame d’Éricey.
Elle rejoignit le général et s’éloigna avec lui.
Le mois de mai finissait agréablement. Il faisait déjà chaud. Paris était charmant, paré de fleurs, égayé par les toilettes de printemps. Le bruit, le tourbillon, étaient dans tout leur brio, aux Champs-Élysées. Mais le Cours-la-Reine, avec ses allées ombreuses et la Seine qui le borde, se trouve moins à la portée des promeneurs; tout y respirait le calme frais et paisible, si agréable en été. Un souffle léger venait de la rivière et agitait mollement les arbustes fleuris d’un beau jardin en terrasse, préservé par sa balustrade des regards indiscrets.
Ce joli coup d’éventail arrivait jusqu’à madame d’Ericey. Elle lisait, assise près d’une porte-fenêtre ouverte sur le jardin. Un store, rayé de bleu, couvrait d’ombre les marches du perron et répandait une douce demi-teinte dans le salon où elle se tenait, salon d’été rempli de divans, de fauteuils de toutes formes. Quelques rayons de lumière égarés y faisaient resplendir des paillettes d’or sur les objets précieux, ornements des petites tables basses éparses çà et là, ou chatoyer la fine porcelaine des grands vases aux feuillages élégants.
Sténie lisait, ou elle avait lu. Son livre reposait sur ses genoux et son regard se fixait, sans les voir, sur les touffes de lilas. La porte s’ouvrit et un grand jeune homme, en veste du matin, en chemise de couleur, entra le cigare à la bouche; d’un air indolent et fatigué, il vint s’asseoir en face de la jeune femme.
– Bonjour, Félix, dit-elle, non sans quelque surprise. Vous voilà donc de retour?
– Oui, un pari au club. Assommant! Diable de chaleur! assez bon, pourtant, chez vous!
– Le jardin et la rivière rendent la température supportable. J’aimerais mieux être à la campagne, cependant. Quand pourrai-je m’installer à Celles?
Le jeune homme, qui n’était autre que M. d’Ericey, leva faiblement les épaules et ne répondit rien.
La femme eut un éclair dans les yeux; mais elle reprit avec douceur:
– Six mois de Paris et ce temps m’ont réellement fatiguée. Je voudrais changer d’air, aller respirer un peu.
M. d’Éricey se leva, évidemment contrarié et se mit à examiner un plat d’émail cloisonné.
– Impossible! dit-il enfin. La maison est pleine d’ouvriers. un bouleversement complet, odeur de peinture très malsaine, impossible!
– Ah! vous faites des réparations? je l’ignorais.
–Des raccords, des nettoyages, murmura-t-il, puis rompant ce discours:
– Dites donc! n’avez-vous pas, par là, des étoffes d’Orient, que je vous ai données, il y a quelques mois?
– Il y a deux ans! fit remarquer Sténie assez tristement.
Son mari ne releva pas ce mot.
– J’en aurais besoin, faites-les-moi voir.
Madame d’Éricey sonna. Sur son ordre une femme de chambre déposa un tas de gazes et de soies sur le divan. M. d’Éricey les souleva, les considéra attentivement et en choisit une où des raies bleues se détachaient sur un fond blanc par des fils d’or et d’argent; l’ensemble avait cet éclat doux et harmonieux, que les Orientaux savent si bien rendre; il la mit de côté, y joignit un tapis brodé et repoussa le reste.
– Je prendrai cela, vous n’en faites rien? dit-il d’un air embarrassé, j’ai perdu un pari avec notre voisine madame de Saron… vous savez?
– Eh, mon Dieu! à son âge, que fera-t-elle de cette jolie gaze?
– Que m’importe? s’écria M. d’Éricey d’un air irrité.
Et prenant ses étoffes sous son bras, il se dirigea vers la porte.
– Félix, dînez-vous ici ce soir? demanda sa femme, repartez-vous tout de suite?
– Je pars ce soir et je dîne au club.
– C’est que M. de Fleynac, notre ancien ami, est revenu de son voyage. J’aurais voulu l’inviter.
– Eh, qui vous en empêche? invitez qui vous voulez, ma chère. Qui vous gêne? pas moi, bien sûr!
Une peine contenue se peignit sur les traits de la jeune femme.
– Mais vous n’y serez pas, reprit-elle, et pour la première fois.
– Ça dépend… pour Fleynac… bien vu au club; si vous m’avertissez à temps, dans la semaine qui vient.
–Mardi vous irait-il?
– Peut-être, je vous le ferai savoir. Adieu! amusez-vous bien.
Il lui fit un signe des doigts et sortit.
Madame d’Éricey se rassit tristement, une pâleur plus mate envahit son visage délicat et ses mains se croisèrent nerveusement; il n’y avait pourtant rien de nouveau pour elle, dans la froideur ennuyée de son mari, dans la séparation complète, si clairement indiquée par les phrases qu’ils venaient d’échanger. Ils étaient mariés depuis trois ans, et dès les premiers mois d’une union où tout semblait réuni pour assurer le bonheur, madame d’Éricey avait dû renoncer à toute illusion. Mais peut-être, avant de continuer cette histoire, ferons-nous bien de remonter un peu en arrière et de raconter au lecteur comment Sténie de Santis était devenue madame d’Éricey.
Sténie de Santis n’avait point connu les premières joies de l’enfance. Son père était un homme d’une intelligence remarquable, qui aimait avec passion les occupations sérieuses, mais qui se laissait volontiers absorber par ses travaux. Sa mère au contraire, jolie comme les amours, ne rêvait que plaisirs et distractions mondaines! être entourée d’hommages et de flatteries, dans les réunions les plus élégantes de Paris, lui semblait la seule vie supportable. Aussi l’union de M. et de madame de Santis n’avait-elle pas été heureuse, et lorsque après quelques années d’une vie dissipée M. de Santis jugea prudent d’enlever sa femme à des dangers qu’il n’avait peut-être pas assez soigneusement écartés d’elle, de tristes malentendus avaient déjà séparé leurs cœurs et leurs habitudes. En même temps la santé de madame de Santis, depuis longtemps menacée par une maladie organique, n’avait pas résisté à cette existence de plaisirs et de fatigues. Elle arriva déjà faible et souffrante au château des Roques que son mari possédait dans un département du Midi, et bientôt il fut évident pour tout le monde, excepté pour elle, que ses forces déclinaient rapidement. M. de Santis l’entoura des soins les plus affectueux et s’efforça de la consoler et de la distraire.
Dans l’existence de ces deux êtres qui, sans se l’avouer, souffraient l’un par l’autre, une petite fille de sept ans aurait dû tenir une grande place, puisqu’elle était leur unique enfant; mais une fatalité déplorable la reléguait au dernier plan. L’enfant était maigre, noire et disgracieuse. Elle avait les épaules étroites, les bras longs et minces comme des pattes d’araignée, sa bouche paraissait grande et on ne voyait pas ses yeux, tant elle les levait peu. Ses mouvements étaient gauches et les jolies toilettes, inventées pour elle par sa mère, lui donnaient l’air d’un singe habillé. On peut imaginer son succès dans un cercle élégant. Aussi après deux ou trois essais, fut-elle renvoyée dans la nursery où le petit monstre, comme l’appelait sa mère, trouvait heureusement une tendresse et un dévouement absolus dans sa bonne anglaise, Sarah. Quant à son père, absorbé dans ses préoccupations et ses études, une enfant de cet âge n’existait en quelque sorte pas pour lui.
L’enfance de Sténie se serait peut-être écoulée tout entière dans la nursery, si dans le voisinage des Roques, M. de Santis n’avait eu un ami. Bien qu’il fût un campagnard endurci, le comte de Fleynac avait conservé le goût des choses de l’esprit; il était veuf. Son fils achevait son éducation à Paris. La terre de la Belourde n’était séparée de celle des Roques que par la rivière. Rien ne l’empêchait donc d’apporter à ce triste intérieur, où se mourait la jeune femme, le secours de son amitié. Il y devint bientôt presque indispensable et la présence de cet ami dévoué semblait dissiper les nuages que la vie avait élevés entre les deux époux. En même temps, M. de Fleynac s’était pris d’une tendre pitié pour la petite fille, tenue au loin comme une paria; il ne quittait jamais le château des Roques sans trouver moyen de voir celle qu’il appelait dans le patois du pays petite Mouni (petit singe). L’enfant, délaissée par les siens, montra bien alors que son pauvre petit cœur n’était dépourvu ni de gratitude ni de sentiment.
Chaque fois que le comte sortait de chez madame de Santis, il trouvait la petite qui attendait assise sur une marche du perron; ni la chaleur, ni la longueur de l’attente ne parvenaient à la lasser; dès qu’elle l’apercevait, elle se précipitait pour se suspendre à sa main. Suivis de Sarah, ils descendaient vers la rivière; une pente rapide les menait au bac, à travers un bois de chênes et de buis séculaires. Sténie causait alors ouvertement et, cependant, avec une réserve et un tact singuliers dans un enfant. Jamais elle ne faisait d’allusion à la solitude où on la laissait. Mais, si un hasard amenait le nom de sa mère dans la conversation, une légère rougeur se répandait sur son petit visage pâle et elle perdait pour quelque temps sa gaieté.
Un jour, en accompagnant jusqu’à la porte le vieil ami, comme on appelait le comte, M. de Santis trouva sa fille sur le perron. La petite voulut s’échapper; M. de Fleynac la tenait déjà par la main, M. de Santis la prit par l’autre et elle descendit ainsi la montagne, sans se mêler à la conversation.
En revenant, comme elle marchait silencieuse auprès de son père, celui-ci s’avisa de lui dire le nom d’une fleur et ses propriétés. Pour la première fois, l’enfant leva sur lui deux yeux ouverts et vivants; sa physionomie en fut transformée, comme par enchantement.
– Elle n’est pas si mal ainsi! se dit le père. Lorsqu’il la congédia à la porte, elle se souleva sur ses petits pieds pour lui donner un baiser timide, mais très tendre, et il en ressentit une douceur inattendue.
Bientôt, il ne manqua pas une de ces promenades de chaque jour, vers l’embarcadère du bac; la petite Mouni ne savait plus avec lequel de ses protecteurs elle préférait se trouver. Une expression de gaieté et de bonheur sans nuage rendit à sa pauvre petite figure plus de jeunesse et de charme. On put en voir le reflet sur le visage de M. de Santis.
Les épreuves de celui-ci devenaient, pourtant, de plus en plus douloureuses. Sa femme allait s’affaiblissant et quelque chose de la vérité semblait parfois apparaître à son esprit troublé. Tantôt en proie à des terreurs nerveuses, tantôt livrée à des espérances non moins navrantes, elle accablait de ses caprices maladifs celui dont elle s’était longtemps détachée. Les moments où il pouvait sortir avec sa fille devinrent bientôt pour M. de Santis un véritable besoin; les pays sans, en le rencontrant avec l’enfant qui sautait autour de lui, disaient avec leur bon sens naïf:
– Le pauvre Monsieur, pécaïré! son bon ange est avec lui!
Sténie devait exercer, à son insu, une influence plus grande encore.
Un jour, sa mère se trouva en meilleure disposition. M. de Santis était retenu par une affaire; elle eut l’idée de faire appeler la petite. Sténie moins comprimée, épanouie par les deux affections qui lui rendaient la vie si douce, se laissa aller à son babil naturel; la malade parut y prendre plaisir et dit même en riant:
– Il me semble que ce petit singe devient plus gentil.
Et embrassant la petite, elle lui demanda un verre d’eau, placé sur la table. Sténie l’apportait avec précaution, lorsqu’un cri étouffé de sa mère l’arrêta court: la pauvre femme, livide et à moitié pâmée, était renversée sur sa chaise longue, un spasme affreux lui ôtait la respiration; elle eut encore la force de faire un signe de la main vers la sonnette. Malgré son effroi, l’enfant ne perdit pas la tête et tirale cordon. Sarah et une autre femme accoururent, on employa les remèdes nécessaires et madame de Santis se trouva soulagée.
Mais ses nerfs étaient ébranlés; elle avait senti, dans cette crise, le souffle de la mort, une crainte vague s’était emparée de son imagination. Quand ses femmes se furent retirées, elle se prit à verser des larmes, en disant:
– Mourir! c’est affreux, c’est horrible!
– Mais non, maman, dit une petite voix, tout près d’elle, ce n’est pas si terrible! Le bon Dieu est là pour vous aider et on va près de lui, où on est bien mieux qu’ici.
–Madame de Santis souleva sa tête et vit Sténie qui la regardait de ses grands yeux émus et pleins de conviction. Très troublée, elle lui demanda:
–Qui t’a dit cela?
–Sarah et le catéchisme; et puis M. le curé à l’église. Et c’est vrai! Car, l’autre jour, nous sommes allées chez la vieille mère Jeanne, qui était bien malade; ses enfants l’entouraient en pleurant et elle leur disait: «Ne pleurez pas, pécaïrés. Je m’en vais contente. Le bon Dieu et sa mère me donnent du cœur et vont me faire heureuse là-haut!» M. le curé la bénissait et elle avait l’air bien tranquille!
–Sarah! Sarah! s’écria la malade, emmenez-la!
Quand Sarah sut ce qui s’était passé, elle soupira et ne gronda pas la petite.
Ce germe, qui semblait tombé sur la pierre aride, produisit des fruits inespérés. Un matin, le curé du village, un digne et saint prêtre, fut appelé auprès de madame de Santis. Sans doute, la pauvre malade trouva là quelques consolations. Ces visites devinrent fréquentes et longues. Un apaisement sensible se fit dans ce cerveau ébranlé. Des relations meilleures s’établirent entre le mari et la femme. Une détente générale donna plus de douceur aux réunions, où Sténie fut souvent admise et la santé de la malade parut se raffermir un peu.
Un beau soir de septembre, le ciel était pur comme un saphir, et l’air aussi doux qu’en été, madame de Santis voulut faire quelques pas sur la terrasse plantée de fleurs, qui dominait la rivière. Le crépuscule, animé des derniers reflets du soleil disparu, éclairait encore la campagne. Le bac traversait sans bruit les ondes bleues.
Sur l’autre rive, le village se perdait à moitié dans l’ombre violette des montagnes. Une fauvette chantait dans le bois, les fleurs embaumaient. Madame de Santis soupira et dit:
– C’est bon! cela fait du bien!
Un instant après, elle vit revenir le bac et débarquer une figure bien connue.
– Voilà le vieil ami, dit-elle à son mari. Allez à sa rencontre; moi, je rentre.
M. de Santis la ramena à sa chaise longue et elle murmura, en s’y étendant:
– Je suis vraiment mieux, aujourd’hui!
Lorsque son père rentra, il vit, avec surprise, l’enfant agenouillée devant le canapé, la tête inclinée sur ses petites mains jointes. Il s’approcha et Sténie lui dit tout bas:
–Maman dort. Nous avons prié Dieu ensemble.
Un cri échappa à M. de Santis. L’enfant se sentit enlevée dans les bras de M. de Fleynac, qui la transporta dans la pièce voisine. Il la remit à Sarah et retourna au salon.
Toutes les sonnettes s’agitaient. Les domestiques couraient de côté et d’autre. Sarah emporta la petite dans sa chambre et la berça sur ses genoux. L’enfant ne disait rien, ne faisait pas de questions.
Enfin, M. de Fleynac entra et vint baiser Sténie tendrement sur le front. Elle leva vers lui des yeux voilés et sérieux.
– Est-ce qu’elle est au ciel? demanda-t-elle à voix basse.
– Oui, mon enfant. Elle est heureuse. Priez Dieu qu’il nous réunisse un jour à elle!
– C’est ce qu’elle m’a fait dire avant de s’endormir et elle a ajouté: Amen!
M. de Fleynac l’embrassa de nouveau, en cachant ses larmes. Il allait retrouver l’ami chez qui cette mort soudaine ravivait tant de plaies et auquel ses consolations étaient si nécessaires.
Bien des années s’étaient écoulées et Sténie avait grandi au château des Roques. Depuis la mort de sa femme, M. de Santis ne quittait plus le Midi. Il s’absorbait dans ses travaux littéraires et dans le soin de l’éducation de sa fille.
Là encore, M. de Fleynac fut d’une grande utilité à sa petite amie, il laissa au père le plaisir de cultiver l’esprit de sa fille par l’étude et les livres. Mais il apporta dans cette éducation, si virilement dirigée, deux éléments qui furent la joie de la jeunesse de Sténie. Très bon musicien lui-même, il lui enseigna la musique et elle y prit un goût extrême. Puis, tandis que M. de Santis se plongeait dans la réclusion de sa bibliothèque, le comte se chargea de l’existence extérieure de la jeune fille.
Montée sur un petit poney, ou à pied dans les rudes sentiers de la montagne, comme dans les chemins de la plaine, Sténie le suivait chaque jour et prenait part à sa vie d’infatigable charité. On était arrêté bien souvent, en route, chacun ayant à demander un remède, un avis, un peu d’aide pour attendre la récolte. On entrait dans les pauvres maisons aux toits de tuiles, aux balcons couverts de vignes. Une bonne parole, un léger secours, laissaient dans ces pauvres demeures des cœurs soulagés. Leurs bénédictions semblaient planer sur le retour et égayer la soirée, qui réunissait les trois amis aux Roques ou à la Bélourde.
Mais le temps heureux entre tous était celui qui ramenait au foyer paternel le fils de M. de Fleynac, le Georges si tendrement aimé. M. de Santis lui rendait dans son cœur l’affection que le vieil ami témoignait à Sténie. La saine et bonne nature de ce jeune garçon ouvert et doux lui inspirait l’estime et la tendresse.
Quant à Sténie, elle aimait Georges du plus profond de son âme. C’était son protecteur, le compagnon de ses jeux, le centre de toutes ses pensées, comme une moitié d’elle-même! tantôt elle semblait le tyranniser, tantôt lui obéir en esclave. Le vrai, c’est qu’elle n’avait jamais une volonté, un goût, un désir, différents des siens. S’ils s’étaient trouvés en contradiction sur quelque point, elle eût aussitôtsacrifié son idée; car c’était une petite âme dévouée à ceux qu’elle aimait; mais cet effort ne lui était pas nécessaire. Elle sentait et pensait avec lui. Elle ne songeait qu’à ne pas perdre un seul des moments heureux passés avec ce frère bien-aimé. Elle en gardait le souvenir pendant le reste de l’année. Je ne sais lequel de M. de Fleynac ou d’elle, pendant les jours d’absence, ramenait le plus souvent la conversation sur le cher exilé.
Rien ne dure en ce monde! ces existences si simplement arrangées, qui semblaient si bien abritées dans leur paisible retraite, devaient subir l’effet inévitable des années. Georges avait quatorze ans à la mort de madame de Santis. Il termina ses études et la vie de jeune homme commença pour lui. Son attachement pour son père et pour le Midi le ramenait souvent à la Bélourde; mais l’influence de Paris et du monde, quelques voyages, où il entraîna le comte, le séparèrent un peu de ce pays. Il entra dans la diplomatie et passa deux ans en Allemagne. Son père alla l’y voir et rapporta la bonne nouvelle qu’il reviendrait avant l’automne. La joie fut vive aux Roques; M. de Santis et sa fille désiraient ardemment ce retour, par des motifs différents.
Enfin, le jour vint où le comte ramena en triomphe ce fils chéri à la Bélourde. Georges était arrivé assez tard et le soir approchait, lorsque ils s’assirent, tous deux, dans le jardin. L’air d’août, rafraîchi par les pluies de la Saint-Louis, était délicieux à respirer.
Le vieillard il avait maintenant les cheveux blancs tenait la main de son fils et regardait, pensif, la plaine étendue sous ses yeux. Le fleuve suivait en courbes gracieuses les bords d’un plateau escarpé et rocheux, entremêlé de bois et de petites maisons aux toits rouges. A l’occident, l’extrémité de ce contrefort s’avançait comme un promontoire dans la rivière. Là, s’élevait le château des Roques, mirant dans les ondes claires son jardin en terrasse, et sa tour carrée. Sa ceinture d’arbres séculaires couvre une pente si rapide, que le vieux castel semblait suspendu au-dessus des eaux.
Les regards de M. de Fleynac se fixaient sur ce point favori. Ils exprimaient une tendresse heureuse et Georges le remarqua en souriant.
– Quoi que vous prétendiez des effets de l’âge, mon père, dit-il, votre passion pour le petit singe me semble aussi vive que jamais!
– Georges n’oublierez-vous jamais ce sobriquet absurde?
– Mouni n’était pas un nom plus laid qu’un autre, répondit Georges, en riant, et combien de fois l’appelez-vous Sténie? mais, sérieusement, a-t-elle embelli, depuis le temps où ce surnom lui convenait si bien?
– Hum! fit le père, c’est encore une enfant.
– Une enfant qui a bien seize ans.
Comme Georges achevait de parler, une figure longue et mince parut dans l’allée, courant à eux; et d’un seul bond, sans la moindre hésitation, se jeta au cou du jeune homme.
– Georges! mon Georges! s’écria-t-elle.
C’était bien une enfant sans arrière-pensée, qui s’attachait ainsi à son ami d’enfance, comme à un frère adoré. Georges rougit un peu et l’embrassa seulement sur le front. Il était homme; il avait déjà vécu et l’innocent abandon qui laissait à la jeune fille tout l’élan de sa simple affection, n’était plus de son âge. Elle dénoua ses longs bras maigres, avec un sentiment instinctif de la froideur de son ami. Sa physionomie exprima une nuance d’inquiétude et ses grands yeux voilés interrogèrent le visage de Georges. Mais celui-ci avait déjà surmonté sa légère émotion et serrait affectueusement les mains de Sténie. Elle reprit sa sérénité, sans se douter de ce qui rendait à Georges la familiarité d’autrefois.
– Pauvre petite! s’était dit le jeune homme; elle n’a pas changé. Elle est aussi enfant et aussi laide que jamais!
En effet, la jeune fille était de celles chez qui un développement tardif, une santé délicate, prolongent au delà du terme ordinaire cet âge malheureux, si justement appelé: âge de disgrâce. Rien n’avait encore effacé les angles pointus de sa maigreur. Elle était assez grande; mais on n’eût su dire où se trouvait la taille dans cette personne étroite et toute d’une venue. La longueur de ses bras semblait démesurée. Ses cheveux, par leur abondance même, faisaient l’effet d’une perruque. Le teint blafard, la bouche tirée, n’arrangeaient rien. Les yeux seuls étaient beaux, très longs, bordés de cils foncés et recourbés, d’une teinte olive, qui selon la lumière paraissait tantôt d’un bleu foncé, tantôt noire. Ils eussent pu racheter le reste, tant ils se remplissaient par moment d’expression et de flammes, mais le cercle de bistre qui les entourait les faisait paraître enfoncés dans la tête; et leur éclair ne durait guère.
Georges ne fut pas tenté de revenir sur sa première impression, en se promenant sous les tilleuls avec Sténie, tandis que son père allait au devant de M. de Santis. Il oublia bientôt son âge et son sexe.
– Avez-vous bien joui de l’hiver que vous avez passé à Paris? lui demanda-t-il en souriant.
