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Une odyssée sexuelle, nuit très féminine, comme une possibilité ontologique d'échapper à la dictature de la narration de soi et de ses jeux du paraître ; comme un refus de participer à l'absurde condition humaine. Un éloignement métaphysique, jusqu'à la naissance du cri épiphanique de l'animal humain : Le Dire Véritable. Deuxième volet d'une trilogie frontale, pour lecteurs affranchis.
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Seitenzahl: 62
Veröffentlichungsjahr: 2017
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« Elle était le dernier lien avec les temps premiers, le temps des chances intactes, un lien avec celui qu’il était avant le commencement du monde. Une douce et apaisante ignorance. »
Romain Gary
La Tête Coupable
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Épilogue
Sous le soleil de la vérité, au bord de la mer indéterminée bellement houleuse, les amants, recouverts de l’embrun des écumes, étaient assoiffés d’authenticité… jusqu’au bout du jouir… L’étreinte sexuelle, ce mouvement infini produit en lui-même et par lui-même, le plus proche de celui de l’Univers et de la pensée en deçà de la conscience et de la volonté. L’amour physique au rebours de la haine. La haine au rebours de l’amour physique… En levrette bien claquée, bellement sauvage et libre, l’amante avait ce visage animal empreint d’un envoûtant rictus : le cri épiphanique. Ses fesses rougies en claquaient d’effroi. Le coup et le contre-coup. Malgré toute cette haine à l’envers, toute cette haine sublimée, elle en jouissait de ces coups et contre-coups. Ses longues mains veinées, repliées dans le sable blanc écru ondulé par les convulsions toujours recommencées de son corps ouvert et écarté, elle s’enfonçait au-delà de ce corps insolent, au-delà de cette nudité odorante, dans l’infinie substance qui enrobait un ovule fécondé et allant se nicher sur la paroi gaufrée de l’utérus pour y revivre toute la genèse du vivant, c’est-à-dire le stellaire, le minéral, le végétal et l’animal ; de la singularité cosmique jusqu’à l’instant opportun qui déterminait toute copulation, toute éjaculation féminine et masculine. Ainsi vulgaire et barbare à nos yeux mis en culture, l’amante était connaissance pure, Dire Véritable, vérité crue, une obscénité méta-langage où le verbe s’échappant de sa belle bouche purpurine devenait chair brûlante, la chair dépouillée de ses mensongères formes intelligibles, la vérité effective de toutes les choses où la femme et l’homme effrontés et affranchis respiraient ensemble.
Dans l’instinct des années-lumière de la voûte céleste, traîne laiteuse riche en étoiles, se détachait le corps nu de la femme, magnificence empreinte de bestialité, tête multifaciale Toucouleur aux traits amérindiens et aux yeux de feu, la bouche obscène criant le monde. Accroupie en position Andromaque, sous la houle de sa croupe puissante, elle ne se laissait pas apprivoiser : elle encapuchonnait l’homme entre ses jambes, loin dans son ventre… notre origine. Pas de vierge qui enfante.
La civilisation, cet Océan ontologique d’où il faudra bien sortir, comme nos ancêtres de la mer primitive ; et alors de ramper sur les rives de l’inconnu pour aller vers notre futur simple, sans bords, sans limites et sans fictions : l’angoisse de la liberté radicale d’être.
Un temps jadis, sur le monde qui était – et le demeure – une femme, Gaïa, il s’était déversé deux millions de tonnes de bombes, c’est-à-dire huit cents tonnes de bombes par jour pendant cinq années. Plus d’un million de morts. Quatre-vingt pour cent des rues détruites étaient maintenant enfouies sous les pieds des amants. Ils marchaient dans la ville aniline, au bord du fleuve qui emportait la merde du monde civilisé par la technologie. Les collines de la ville avaient été créées par les décombres et les gravas. Vingt millions de mètres cubes de ruines charriés par camions entiers. Ensuite, il avait suffit de planter de l’herbe et des arbres à colline. C’étaient des couches d’histoire superposées qui gisaient sous les pieds des amants qui marchaient. Elle et lui ne se sentaient pas obliger de parler. C’était un luxe, et ils en avaient conscience. C’était aussi la raison pour laquelle cette marche était empreinte d’éternité. Et même en dehors du lit à coucher – où ils s’étaient accouchés monstres libres –, ils se touchaient, se caressaient, s’embrassaient à pleine bouche… Il leur faudrait encore marcher longtemps à travers cette jungle de béton pour traverser le labyrinthe d’images autoritaires, visages néo-fascisants, tout à la fois publicitaires et architectoniques, marcher des siècles jusqu’à cette île déserte et minérale comme l’étant premier où la pierre humide brasillait sous le soleil de la vérité. Ultime refuge pour les égarés, les clandestins de la vie et les amants audacieux assoiffés d’authenticité qu’elle et lui voulaient être, par-delà la psychopathologie de la vie quotidienne, au risque de leur vie sociale, physique et psychique. Par-delà bien et mal.
Elle et lui longeaient la façade en briques crues d’un immeuble fruit d’un calcul hygiéniste. Par une fenêtre entr’ouverte du rez-de-chaussée, ils entendaient des gémissements attendus d’une femme qui n’aimait pas faire l’amour, mais subissait ce faire comme un rôle social, une narration qu’elle se devait de tenir dans l’attente que jaillît l’hécatombe. Micropouvoir qui cimentait le vrai pouvoir, dont la présence incertaine hantait la scène sexuelle en la présence du crucifix au-dessus du lit conjugal, et de la Vierge dont le regard fantôme fixait la femme brûlée vive sur le bûcher-phallus de son époux. Assis pas loin de la fenêtre sur un banc – mobilier urbain dissuasif car peu confortable – elle et lui écoutaient, pensivement. Lui, il lui ressouvint même de cette femme dans le métro qui parlait d’une voix aiguë très désagréable. On ne pouvait pas ne pas l’entendre. Elle ne s’en rendait pas compte, mais elle prenait un certain plaisir à cette narration d’elle-même, et ce plaisir de se mettre en scène avait sa raison d’être du fait même qu’elle savait implicitement qu’elle était entendue, donc reconnue. Totalement. Sinon, cela n’aurait eu aucun sens pour elle de dire dans le vide qu’avant le mariage elle mettait des jupes courtes, qu’elle allait en boîte de nuit et qu’elle matait des films pornos sur Anal +, mais qu’elle était vierge. Elle racontait à ses deux collègues de travail (elles étaient tout ouïe, ne pouvant placer un mot) que la veille, pour fêter son anniversaire de mariage, elle avait couru à la boulangerie pour y acheter un gâteau. Mais il était trop tard : il n’y avait plus rien, même pas deux religieuses. Heureusement, Big Sam, son mari, avait en réserve dans le réfrigérateur une petite bouteille de champagne, histoire de marquer le coup au coin du bon sens, quand même ! N’étant pas très loin de cette femme adossée à la porte du wagon, il s’était déplacé entre les usagers muets pour mieux la voir. Sa voix, ses gestes, son visage lissé, son sac de luxe en cuir noir, qu’elle tenait avec l’anse par le pli du coude d’un bras replié en simulacre d’érection, et son pantalon noir qui lui moulait ses jolies fesses rebondies, ce tout en mouvement socialement convenu l’agaçait. Et malgré cette irritation désagréable, il ressentait l’étrange désir mêlé de haine de la
