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Un accident et c'est une vie qui s'écroule. Au hasard d'une rencontre inattendue, un espoir renaît, mais jusqu'à quand ? Ces deux êtres n'auraient jamais dû se croiser, mais c'était sans compter combien la vie sait être patiente et rancunière. Entre l'amour et les coups de poing de l'existence, leurs deux destins vont basculer. Pour son troisième roman l'auteur a choisi une écriture percutante dans laquelle les phrases sont dépouillées et les mots comme autant d'éclaboussures qui atteignent le lecteur. Un roman qui se lit mais qui se vit aussi au travers des lignes. Que vous aimiez ou non, vous n'en sortirez pas indemnes.
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Seitenzahl: 95
Veröffentlichungsjahr: 2017
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14 février(roman), chez BoD, août 2015
Antiqam(roman), chez BoD, juillet 2016
à Aurore et Émilie.
Antichambre de l’hiver,
Jours de commémorations.
Je te déteste, novembre !
T’es moche, triste, malsain.
Avec ton ciel vitreux,
Ton sol crasseux,
Tes arbres décharnés,
Tes hommes déchaînés,
Tes champs pisseux,
Tes rues de misère,
Tes paysages délavés,
Ton vent d’angoisse
Avec le brouillard,
La pluie, les larmes,
Le froid, la mort,
Tu abîmes les jours
Qui s’éteignent trop vite.
Françoise Plassiard.
Milonga
Café
Réveil
Studio
Mojito
Duck Me
Ennui
Chapitre 1
Retour
Matin
Tango
Chinoiseries
Ciné
Chapitre 2
Absence
Aéroport
Weekend
Chapitre 3
Noël
Solitude
Chapitre 4
Réveillon
Téléphone
Angoisse
Avion
Hôpital
Diagnostic
Chapitre 5
Clinique
Lueur
Permission
Prison
Chapitre 6
Délivrance
Ensemble
Chapitre 7
Été
Chapitre 8
Déménagement
Crémaillère
Fin
La salle est quasi déserte.
Quelques couples sur la piste.
Ils s’appliquent à suivre le rythme.
La langueur lancinante du bandonéon.
Tout autour des chaises vides.
Lumière blafarde de fin d’après-midi.
Elle pèse sur la tristesse du lieu.
Pourquoi suis-je là ?
Je ne sais pas danser le tango.
Je ne sais pas danser tout court.
J’ai entendu de la musique.
Milonga.
C’était écrit sur l’affiche.
Je suis entré.
Triste et banal dimanche.
Triste fin de novembre.
Des heures à errer.
Dans ces rues inconnues.
Moi aussi je suis un inconnu.
C’est pour cela que j’ai choisi cette ville.
C’était hier.
Un point sur la carte.
Presque au hasard.
Un billet de train.
Aller simple.
Un sac de voyage et mon passé.
Mon lourd passé.
— Dans la famille !
Je l’avais promis aux hommes en blanc.
Ils n’ont pas compris qu’elle n’existait plus.
Ils m’ont laissé sortir.
Ordonnances et pilules en poche.
Suivi programmé.
J’avais tellement insisté.
Je n’en pouvais plus d’être enfermé.
Emprisonné.
Un an.
Un an de potions.
Un an de cachets.
Un an de discussions stériles.
Un an au milieu des fous.
Il fallait que je sorte.
Ils allaient me rendre fou.
Le taxi jusqu’à la gare.
Le TER jusqu’au terminus.
Cinq voyageurs dans le wagon.
Cinq voyageurs et moi.
Seul sur le quai.
Saisi par la fraîcheur du soir.
La place à traverser.
Le seul hôtel.
Original.
L’Hôtel de la Gare.
Une chambre.
Peu importe.
La moins chère.
Pour quelques jours.
Peut-être plus.
Je ne sais pas.
Oui, avec le petit déjeuner.
Première nuit de liberté.
Sommeil absent.
Allongé tout habillé.
Lueur bleue de l’enseigne.
Reflets dansants sur les rideaux.
Les images dans ma tête.
Toujours les mêmes.
Un an et encore si présentes.
Imprimées à l’intérieur des paupières.
Sept heures du matin.
Café, pain, beurre et confiture.
Seul dans la grande salle.
C’est dimanche.
Les autres dorment encore.
Deux banalités avec le serveur.
Le froid matinal.
Ville déserte.
Un trottoir.
Un autre.
Encore un autre.
Une rue.
Deux rues.
Un carrefour.
Se perdre.
Se fondre dans le décor.
Ne plus exister.
Eviter les images.
Vouloir appuyer sur «reset ».
La salle est dans la pénombre.
Je l’aperçois.
Seule aussi.
Cernée de chaises vides.
Belle.
Belle mais triste.
Elle a dû s’appliquer.
Devant son miroir.
Cheveux tirés.
Chignon orné d’une fleur rouge.
Lèvres écarlate.
Jupe étroite.
Noire.
Fendue haut.
Corsage de satin.
Rouge lui aussi.
Fines chaussures.
Hauts talons.
Jambes croisées.
Habillées de bas nylon.
À couture.
Les mains chargées de bagues.
Posées sur les genoux.
Belle mais seule.
Seule et triste.
Je l’observe.
J’essaie de comprendre.
Pourquoi n’est-elle pas sur la piste.
Je devine qu’elle doit savoir.
Savoir glisser sur le parquet.
Enchaîner les figures.
Enchaîner les passes.
Maîtriser le jeu de jambes.
Elle a le port altier des danseuses.
Elle exhale une aura de sensualité.
Je ne peux me détourner.
Elle ne me regarde pas.
Elle ne me voit pas.
Je reste invisible à ses yeux.
Je suis ailleurs.
Elle aussi est ailleurs.
D’ailleurs.
Absente.
De longues minutes dans le vide.
Soudain mon cerveau donne un ordre.
Mes jambes se redressent.
Mes pieds me font traverser la piste.
La chaise d’à côté.
Je ne la regarde pas.
Elle ne se retourne pas.
Encore quelques mesures de bandonéon.
Une nouvelle impulsion de mon cortex.
Ma tête pivote.
Elle l’a deviné.
Elle l’a senti.
Elle est face à moi.
Deux regards silencieux se croisent.
Toujours le bandonéon.
Deux mains se rejoignent.
Les lèvres s’entrouvrent.
— Marc !
— Camille !
Fini le bandonéon.
La nuit tombe sur la ville inconnue.
La salle du bar est bruyante.
Rendez-vous dominical des jeunes du quartier.
Fin de weekend.
Un petit guéridon.
Près de la vitre.
Dehors les gens se pressent.
Cols remontés.
Mains dans les poches.
Ils rentrent.
Chez eux.
Moi je n’en ai pas.
Je n’en ai plus.
Plus depuis un an.
Plus de famille.
Plus de chez moi.
Je l’attends.
J’attends Camille.
Rendez-vous improbable.
Inattendu.
Imprévu.
C’est l’heure.
Elle entre.
Ponctuelle.
Longue parka noire.
Mèches brunes.
Fuyant du bonnet rouge.
Jeans.
Pull col roulé beige.
Bottines en daim.
Elle me cherche.
Son regard parcourt la salle.
Je ne bouge pas.
Je prends plaisir à l’observer.
Elle m’aperçoit.
Un sourire.
Elle s’approche lentement.
La chaise d’en face.
Contre la vitre aussi.
Un ange passe….
Seuls les yeux parlent.
— Café ?…
— Heu…oui !
— Garçon, deux autres cafés s’il vous plait !
— Vous êtes venue ! C’est bien !
Un autre ange passe…
— Je vous dois combien ?
— Quatre euros !
— Tenez ! Gardez-tout !
— Merci Monsieur !
— Du sucre ?
— Sans sucre !
— Moi aussi !
Ses doigts fins saisissent la tasse.
Je remarque l’absence des bagues.
Elle souffle sur le liquide brûlant.
Délicatement.
Pour le refroidir.
Elle en avale une gorgée.
Moi je le préfère tiède.
J’attends.
Elle repose la tasse.
Sensualité de son geste ralenti.
Je sens son regard.
Vers ma main gauche.
Mon alliance.
Je rougis.
Obligé de me justifier.
Je balbutie.
— Je suis veuf… Depuis …un an…Veuf et… sans enfant.
— Célibataire … Et sans enfant !
Mots douloureux.
Mon regard se voile.
Elle l’a remarqué.
Elle ne pose pas de questions.
Encore un long silence.
Regards intenses.
Liaison électrique.
Puis les mots se formulent enfin.
Elle habite ici depuis un an.
Pour le travail.
Elle vient d’ailleurs.
Presque le même ailleurs que moi.
Une farce du hasard.
Ou pas.
Un petit studio dans une résidence.
Un emploi d’aide laborantine.
Une boite d’analyses médicales.
Besoin de s’éloigner de son ailleurs.
De sa famille.
Moi ?
Arrivé hier.
Dans un petit hôtel.
Besoin aussi de partir loin.
Loin de cet ailleurs presque commun.
Quelques aveux réciproques.
Des banalités.
De longs silences.
Les minutes s’écoulent.
Les tasses sont vides.
Le bar est désert.
— Demain je commence à sept heures !
— Excusez-moi de vous retenir si tard !
— Non ! C’était agréable ! Mais je dois rentrer.
— À demain peut-être ?
— Si vous voulez ! Avec plaisir ! Ici, dix-huit heures ! Bonne nuit !
— Au revoir ! À demain !
Elle regagne la porte.
Elle ne se retourne pas.
Je reste assis.
Je la regarde s’éloigner.
La main sur la vitre.
Pour effacer le contre-jour.
Un dernier café.
Les chaises retournées sur les tables.
De la sciure sur le sol.
Je me lève.
Monnaie sur le guéridon.
La morsure glaciale de la rue.
Quatre rues.
Deux carrefours.
La place de la gare.
Le comptoir de l’hôtel.
La clé de la chambre.
Tristesse figée du décor banal.
Silence pesant.
Ce soir je me déshabille.
Les draps sont froids.
Mon cœur aussi.
Depuis longtemps.
Lutte contre le sommeil.
Toujours la peur des images.
Flashback.
Analepse sur la journée.
La nuit est plus forte.
Elle m’emporte.
Les sons du dehors.
Les choses de la vie.
Chocs de poubelles.
Moteurs de voitures.
Les annonces sur les quais de la gare.
Un bruit d’eau derrière la cloison.
Une porte qui claque.
Des pas dans le couloir.
Le jour à travers les rideaux.
Mal de tête.
Insomnie.
À cause des images.
La bouche pâteuse
Effets secondaires du traitement.
La tête embrumée.
Comme celle d’un drogué.
Je suis drogué.
Ils m’ont drogué.
Un long moment pour comprendre.
Les murs ne sont pas blancs.
Les meubles sont en bois.
Le lit est large.
Pas de barreaux à la fenêtre.
Ce n’est plus la clinique.
Encore un instant pour se souvenir.
De l’hôtel.
De la ville.
Mon cerveau se remet en marche.
Rien à faire de la journée.
Traîner encore au lit.
Un prénom.
Camille.
Pourquoi ?
Aimer ?
Impossible.
Compagnie ?
Je n’ai de cesse de la fuir.
Destin ?
Je n’y ai jamais cru.
Alors pourquoi ?
La raison me dit de ne plus la revoir.
Mais ai-je encore ma raison ?
Depuis un an j’agis mécaniquement.
Robotiquement.
Je me sens décérébré.
Ils ont tout effacé.
Tout sauf les images.
Elles reviennent chaque nuit.
Dans le désordre.
Violentes.
Percutantes.
Douloureuses.
Et puis les bruits.
Les cris.
Les mains inutiles sur les oreilles.
Ils sont à l’intérieur.
Ils résonnent.
J’ai peur de fermer les yeux.
La douche.
Mon salut.
Le jet brûlant annihile mes pensées.
Les faïences ruissellent.
Brouillard épais dans la salle de bain.
La minuscule salle de bain.
Le miroir est embué.
Mon esprit aussi.
Les images deviennent floues.
Ma peau se fripe sous la chaleur.
Jusqu’à faire mal.
Encore de l’eau.
Encore la douleur.
La preuve que je suis vivant.
Que j’existe.
Epuisé je ferme le robinet.
Ceinturé d’un drap de bain.
Allongé sur le lit.
Encore mouillé.
Des gouttes sur le visage.
De l’eau.
Des larmes.
Envie d’abandonner.
De m’arrêter là.
Non.
Il aurait fallu le faire avant.
Mon choix est fait.
J’ai choisi de continuer.
Assumer la vie.
Celle qui m’a été épargnée.
Je n’ai pas droit à la touche « stop ».
Pour elle.
Pour eux.
Les images sont là.
Toujours présentes pour me le rappeler.
Coupable.
Coupable et condamné.
Mais pas à la peine capitale.
Non.
Trop simple.
Trop bref.
À la perpétuité.
Celle de vivre avec les images.
De vivre avec les bruits.
De vive avec les cris.
De vivre avec le chagrin.
Une chape de chagrin.
Mais est-ce vivre ?
Ou seulement survivre ?
Sonnerie du réveil.
Six heures du matin.
Encore nuit dehors.
Elle a mal dormi.
Vu et revu le film de la journée.
Pourquoi être allée à cette milonga ?
Même pas une danse.
Deux heures à se préparer pour rien.
L’air ridicule sur une chaise.
Tapisserie.
Elle allait partir.
Et puis cette rencontre.
Surprenante.
Irréelle.
Cet inconnu sorti de nulle part.
Venu d’ailleurs.
Presque du même ailleurs qu’elle.
Et ce rendez-vous le soir.
Pourquoi ?
Marre de la solitude ?
Besoin d’affection ?
De tendresse ?
De chaleur ?
Non.
Simple envie.
Laisser faire la vie.
Vingt-cinq mètres carrés.
Peu d’espace.
Beaucoup de choses.
Un canapé-lit à replier chaque matin.
La table basse à recentrer sur le tapis de laine.
Lumière indirecte du lampadaire moderne.
Studio petit mais accueillant.
Chaud et cosy.
Un appartement de fille.
De fille seule.
Arrêter de réfléchir.
Se lever rapidement.
Douche.
Petit déjeuner.
Sur le pouce.
Seule.
Comme tous les matins.
Sur la table de poupée.
Seule face au calendrier « Mylan ».
Unique décor du coin cuisine.
Songeuse.
Devant le bol de thé fumant.
Marc.
Un grain de sable dans son quotidien.
Un imprévu dans la monotonie de sa vie.
Le retrouver à nouveau ce soir.
Marc.
Son air sombre.
Son charme.
