Otsar - Serrano Luc - E-Book

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Serrano Luc

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Beschreibung

Il se raconte qu'un trésor maudit dormirait enfoui quelque part dans les hauteurs du cimetière d'une ville du Tarn. Il se dit même que tous ceux qui ont voulu essayer de le récupérer y ont laissé la vie. Ce n'est certainement qu'une légende comme beaucoup d'autres qui circulent dans la Montagne Noire. Et pourtant.

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Seitenzahl: 149

Veröffentlichungsjahr: 2021

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DU MÊME AUTEUR

14 février(roman), chez BoD, août 2015

(Médaille d’honneur de la ville de Moûtiers)

Antiqam(roman), chez BoD, juillet 2016

(Prix du roman régional du Lios Club Sud)

Abrazo(roman), chez BoD juin 2017

(Prix de l’œuvre originale 10ème salon international de Mazamet)

à celle, grâce à qui j’ai découvert et aimé la Montagne Noire.

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

Mourir à Mazamet est le but que poursuivent beaucoup de natifs de la vallée. Ceux qui s’exilent y reviennent dans cet espoir.

Il est vrai que le cimetière qui s’appelle « Canto-Coucut »1 occupe un emplacement privilégié à flanc de montagne, d’où l’on aperçoit les toits de la ville derrière les cyprès centenaires et les croix de granit.

C’est le plus beau point de vue du quartier, dont on ne peut jouir pleinement que lorsqu’on a fermé les yeux !

Extrait du livre « L’ACADÉMIE DE MAZAMET Exercices de mémoire » De Monsieur André Ribes (1926-2010) Paru en 1993 aux éditions ARDOREL

1 Chante-coucou

Plan de la partie privée du Consistoire protestant dans le cimetière de la ville de Mazamet

Il se raconte qu’un trésor maudit dormirait, enfoui quelque part dans les hauteurs du cimetière d’une ville du Tarn…

Il se dit même que tous ceux qui ont voulu tenter de le retrouver y ont laissé la vie …

Ce n’est certainement qu’une légende comme beaucoup d’autres qui circulent dans la Montagne Noire.

Et pourtant ….

Sommaire

Georges…

2019

Samuel…

1940

1942

Maître Daclos…

1940

1944

Juan…

1941-1945

1975

Antoine…

1992

Emilio…

1996

Martin…

1999

Moi…

2020

Georges…

2019

Je suis un grand amateur, de ce qui, au regard de beaucoup de personnes, ne représentent que de simples vieilleries.

Pour moi tous de ces objets anciens ont une histoire que je me plais à imaginer. C’est une des raisons qui me pousse à fréquenter avec assiduité les lieux où l’on peut, le plus souvent, en trouver, comme les videgreniers ou les brocantes.

Avant de finir leur existence dans les containers de la déchetterie toute proche, quelquesunes de ces reliques ont la chance d’obtenir un sursis en faisant une halte dans l’entrepôt de l’antenne locale d’Emmaüs.

C’est un de mes endroits de prédilection quand je suis en quête de bibelots, de cadres anciens ou de petits meubles. Le lieu regorge, tel un bazar hétéroclite, d’une quantité d’objets en tous genres, parmi lesquels il m’arrive quelque fois de découvrir ce qui pour moi prend alors l’allure d’un trésor.

Au cours de ma dernière visite j’ai été surpris par un empilement de petites tables de bois toutes identiques.

La jeune personne qui faisait office de vendeur m’a expliqué qu’un des hôtels de la ville avait récemment entamé une rénovation de ses chambres et, à cette occasion, avait décidé d’en changer le mobilier.

Je ne saurais expliquer pourquoi, à ce moment-là, mon choix s’est porté sur celle qui se trouvait tout en bas de la pile.

Au regard noir et plein d’incompréhension que m’a jeté le jeune garçon, j’ai bien compris qu’il me trouvait un tantinet pénible. Il essaya d’abord de me proposer la première, en haut du tas, m’expliquant afin de me convaincre, qu’elles, étaient toutes identiques. Mais je n’en démordis pas et pour essayer de faire pardonner mon exigence, je l’aidais à dégager l’objet de mon choix.

Je suis revenu chez moi, pas peu fier de mon acquisition - acquisition qui avait tout de même un sérieux besoin de nettoyage avant d’obtenir l’accord de ma compagne, pour intégrer le mobilier de la maison.

Comme j’avais en cette période beaucoup d’autres occupations, je dois avouer que je l’ai ensuite délaissée quelque temps et presque oubliée dans un coin du garage.

Ma sœur et son mari ayant annoncé leur visite pour la fin de semaine, j’entreprends de préparer la chambre d’ami de la maison pour les accueillir.

Alors que je suis en train de passer l’aspirateur, je ne sais pourquoi, je repense soudain à la petite table qui dort dans le garage depuis plusieurs semaines. Je réalise qu’elle aurait très bien sa place contre le mur à gauche de la porte de la salle de bain, endroit que je trouve un peu vide. Elle y ferait office d’écritoire ou de petit bureau.

Décision prise, une fois le ménage terminé, je vais l’extirper du coin de garage où elle attendait patiemment que je lui offre une seconde vie.

Tout en frottant le bois avec un chiffon imbibé d’essence de térébenthine afin d’ôter les nombreuses couches de cire déposées au cours des ans par les employés de l’hôtel, je me prends à rêver. J’essaie d’imaginer tout ce qu’elle a dû voir et entendre pendant les longues années de son séjour dans cette chambre.

Je suis certain que si elle avait la faculté de pouvoir s’exprimer, elle aurait tellement d’anecdotes à me raconter que je pourrais en écrire un nouveau livre.

C’est à ce moment-là que je découvre, bien dissimulé sous le plateau de la table, l’emplacement d’un petit tiroir. Je n’avais pas remarqué sa présence jusqu’à maintenant car la poignée qui aidait jadis à l’ouverture avait sans doute depuis longtemps disparue, et seule une petite fente sur son pourtour trahit son existence. Mes premières tentatives pour le dégager s’avèrent infructueuses.

Après avoir parachevé le nettoyage de la table par une légère couche de cire d’antiquaire, tout en admirant mon travail, j’éprouve une certaine fierté d’avoir pu rendre au vieux bois un peu de son lustre d’antan.

De nature assez curieuse, ce tiroir bloqué m’intrigue, il faut que j’arrive à l’ouvrir. Cela devrait être possible car il n’est en fait retenu que par une légère déformation des montants latéraux, causée sans doute par son âge vénérable.

Plus d’une heure m’est nécessaire avant d’arriver à mes fins, tout en ménageant au maximum le vieux meuble. Mon insistance est enfin récompensée quand, bien qu’avec encore un peu de difficulté, le tiroir finit par coulisser entre ses glissières.

Quel n’est pas mon étonnement quand je trouve à l’intérieur quelques feuilles vierges à l’entête de l’hôtel. Mais ma surprise grandit encore lorsque, au milieu de celles-ci je découvre un autre morceau de papier qui, vu son état, semble avoir été mouillé, et sur lequel de rares mots manuscrits sont encore lisibles, contrairement au reste du texte dont l’encre a été délavée.

Ce document semble assez ancien à en voir la texture épaisse du papier, différente des autres feuilles. Je m’empresse d’aller chercher une pochette plastique transparente afin de le protéger, car il semble si fragile qu’il pourrait se déchirer au moindre mouvement brusque.

Encore une fois cette trouvaille me conforte dans mon intérêt pour ces objets qui ont connu d’autres instants de vie.

Mais quel peut bien être celui de cette feuille sur laquelle, malgré mes efforts, je n’arrive pas à trouver de sens aux quelques mots encore lisibles ?

Un autre de mes hobbies est la philatélie. Il date de mon enfance, alors que j’avais onze ans, ma mère m’ayant offert en cadeau sa propre collection.

Pour partager cette passion, je suis devenu membre de l’association philatélique de la ville. S’il est vrai que la moyenne d’âge des adhérents est élevée, il n’en reste pas moins que l’un d’eux qui répond au prénom de Georges, attire plus particulièrement mon amitié et mérite tout mon respect.

Il est en effet tout proche d’obtenir le grade de nonagénaire, mais n’en reste pas moins une personne extrêmement intéressante à tous points de vue. Son érudition et sa mémoire sont restées intactes malgré les ans et c’est un immense plaisir de pouvoir échanger avec lui. Il est né ici, n’a jamais quitté la région, et de ce fait, devenu un peu la mémoire vivante des lieux. Toujours coquet malgré son âge, il affectionne les pantalons et les vestes en velours côtelé, qui lui donnent une allure de « Gentleman Farmer » augmentant encore son aura naturelle.

Lui aussi est un passionné des vieilles histoires et des objets anciens. Je décide donc, dès la prochaine réunion, de lui faire part de ma découverte.

Celles-ci ont lieu les dimanche matin, une semaine sur deux. La prochaine n’est programmée que dans dix jours et il me faudra patienter avant de savoir si ma trouvaille lui évoque quelque chose.

Le jour venu, je me rends à la salle de réunion de l’association avec l’espoir d’y rencontrer Georges. En arrivant je suis satisfait car il déjà là, affairé à feuilleter un des catalogues permettant d’identifier certains timbres mystérieux. Je profite d’une place vacante pour m’asseoir près de lui et, sans attendre, lui touche deux mots de ma découverte tout en sortant le document de ma sacoche.

Dès qu’il lit les premiers mots encore déchiffrables, je vois son visage se fermer et d’un air grave il se tourne vers moi et me demande où j’ai bien pu trouver ce papier. Devant ma mine étonnée par le ton de sa question, il se ravise et comprend qu’il doit commencer par me fournir quelques explications. Il m’avoue que cela lui rappelle une histoire qui fait partie jusqu’à ce jour des légendes, de l’imaginaire local. Mais l’apparition de ce document pourrait être un élément troublant et apporter la preuve que certains évènements aient pu réellement exister.

Il s’empresse de rajouter à mi-voix, qu’il ne peut me parler de tout cela ici, car c’est une longue histoire, et me propose de se rencontrer en d’autres lieux. Son air mystérieux aiguisant ma curiosité et impatient d’en apprendre plus, je le convie à passer à la maison aujourd’hui-même, dans l’après-midi.

Après avoir bu une tasse de thé et décliné les petits gâteaux secs qui l’accompagnaient, Georges m’explique tout d’abord que ce qu’il va me dire lui a été rapporté en partie par des prétendus témoins, jurant tous grands dieux que ce qu’ils avaient vu était vrai. Mais aucun n’a jamais été pris au sérieux.

Cependant, lui-même a assisté à certaines scènes qui, à l’époque, n’ont pas vraiment retenu son attention, mais, qui pourrait aujourd’hui prendre un autre sens. Il a en effet longtemps occupé le poste de gardien du cimetière.

Il a, à son tour, remplacé le successeur d’un certain Juan qui, lui, avait été victime d’un accident l’ayant rendu paraplégique.

Je trouve Georges très fatigué, mais une fois bien calé dans son fauteuil, les yeux à demi clos, il commence alors le récit d’une longue et bien étrange histoire…

Quand il arrête de parler, la lumière du jour commence à décliner. Le lourd silence qui s’ensuit et la pénombre qui règne dans la pièce, ajoutent au mal être que je ressens en portant mon regard sur le morceau de papier qui est là, posé sur la table du salon.

Ce vieux document vient de prendre une toute autre importance et je dois avouer que cela a quelque chose d’angoissant.

Après de longues minutes durant lesquelles je n’ose briser le silence de peur de laisser échapper ce moment hors du temps, mon narrateur reprend la parole pour exiger une faveur. Sur un ton grave et sérieux, il me fait promettre de garder pour moi tout ce que je viens d’entendre. Il m’explique que cela doit rester une légende pour ne pas tenter d’autres curieux avides de découvertes et pour qui la malédiction qui semble peser sur cet endroit ne leur coûte la vie à eux aussi.

Je lui avoue alors que je trouve tellement passionnante l’histoire qu’il vient de me raconter qu’il serait dommage de ne pas la faire connaitre. J’essaie de le convaincre, lui expliquant, qu’aujourd’hui, les croyances ont pour beaucoup disparues et tout cela restera du domaine de la fiction.

Georges hésite un long moment et finit par me donner son accord, l’assortissant tout de même d’une condition. Il me demande de patienter jusqu’à ce qu’il ait quitté ce monde et me fait aussi promettre de détruire ensuite la lettre trouvée dans le tiroir de la table.

Il ajoute, sur un ton sarcastique, que je n’aurai pas longtemps à patienter car en plus de son âge avancé, on lui a diagnostiqué un cancer du pancréas. Mais il ne veut surtout pas que je m’apitoie sur sa maladie, car il estime qu’il a eu une belle vie et qu’il est bien temps pour lui de s’en aller.

La surprise de cette nouvelle révélation passée, je le remercie de sa confiance et lui assure que toutes ses demandes seront respectées.

Je l’ignorais à ce moment-là, mais c’était la dernière fois que j’allais voir Georges, son état de santé s’étant par la suite très vite aggravé, il n’allait plus quitter sa chambre.

Quelques jours après cet étrange après-midi, j’ai dû me rendre durant plusieurs semaines dans notre maison de campagne afin d‘y effectuer quelques menus travaux. L’esprit occupé par ces activités manuelles, je ne pensais plus au récit du vieux Georges.

À mon retour en ville, une mauvaise nouvelle m’attendait. Le vieil homme avait succombé au mal qui le rongeait et reposait maintenant dans le cimetière dont il avait été longtemps le préposé. Il n’avait malheureusement pas pu atteindre ses quatre-vingt-dix ans, puisque décédé un mois avant.

Comme j’avais été absent lors de ses funérailles, je décidais de lui rendre un dernier hommage en allant me recueillir sur sa tombe dès le lendemain.

Lorsque je franchis la porte du cimetière, je ressens une étrange impression et ne peut retenir un frisson qui me parcourt tout le corps.

Sa tombe est encore recouverte d’une montagne de fleurs, dont beaucoup sont déjà fanées. Ce sont elles, qui avec tous ses amis et sa famille, l’ont accompagné lors de son dernier voyage. Je reste longtemps silencieux et recueilli devant son nom gravé dans le granit.

À cet instant me reviennent en mémoire les derniers moments que nous avons passés ensemble.

Je repense à cette étrange histoire qu’il m’avait alors racontée et aux promesses faites ce jour-là.

Georges n’est plus là, à vous de la découvrir maintenant….

Samuel…

1940

Tout a commencé pendant les jours sombres de la dernière guerre. Bien que nichée à l’abri de la Montagne Noire, Mazamet n’ayant pas été épargnée par les affres de cette période trouble

Samuel vit là, seul depuis le décès de sa mère, deux années auparavant. Sa seule consolation durant ces instants difficiles, a été de se dire qu’au moins elle n’aurait pas à connaître une deuxième fois dans sa vie, les tristes vicissitudes du conflit qui vient de commencer.

La famille Alberge était venue s’installer dans la région en 1880, sur les conseils d’un Grand ’oncle parti dix ans plus tôt, faire fortune en Argentine. Il y avait créé un comptoir par lequel transitaient des balles de peaux de moutons, avant d’être expédiées jusqu’ici, dans les contre forts de la Montagne Noire, dans le but d’y être « délainées ».

Mazamet était en effet à cette époque-là, le centre névralgique de l’industrie qui consiste à séparer la laine du cuir.

Cette opération se déroulait en plusieurs étapes, toutes nécessitant pour cela beaucoup d’eau. C’est une des raisons qui avait conduit toutes les usines pratiquant cette activité à se disséminer le long d’une petite rivière qui prend sa source sur un des versants du Pic de Nore, l’Arnette. Ces emplacements permettaient aussi d’utiliser la force motrice de l’eau pour alimenter les turbines fournissant l’énergie nécessaire.

N’ayant pas les moyens financiers suffisants pour investir dans la création d’une usine de délainage, les grands-parents de Samuel, toutefois un peu fortunés, avaient choisi de se spécialiser comme marchands dans le commerce lainier.

Pour mener à bien leur installation, les Alberge avaient fait construire un immense entrepôt. La laine, une fois triée et lavée, y était d’abord stockée en vrac. Suivant les commandes des filatures, elle était conditionnée en ballots de cent cinquante kilos environ, puis expédiée aux quatre coins du pays, en Europe, voire même dans le monde entier.

Pour s’assurer de vendre au meilleur prix, les marchands faisaient alors appel aux services de courtiers dont le travail consistait à négocier les cours et jouer le rôle d’intermédiaires entre vendeurs et acheteurs.

Les conseils du Grand ’oncle s’étaient avérés judicieux car le commerce de la laine était à son apogée et les bénéfices qui en découlaient étaient conséquents. La famille ne regrettait nullement d’avoir pris un jour la décision de migrer jusqu’à Mazamet, dans cette région montagneuse au sud du Massif Central.

Lors du décès prématuré de son père en 1912, Samuel qui était fils unique, avait repris les rênes de l’affaire. Encore bien jeune, il avait bénéficié pour cela du soutien de sa mère.

Aujourd’hui cela fait cinq ans que cette dernière a rejoint le caveau familial, emportée par une mauvaise maladie. On lui avait décelé tardivement une tumeur sur un sein et malgré les traitements, le mal s’était étendu à tout le corps. Elle était décédée dans d’atroces douleurs.

Cette période avait été très difficile à vivre pour son fils. Il avait eu beaucoup de peine à voir sa mère souffrir autant. Il lui arrivait même parfois de souhaiter sa fin prématurée. Le jour du décès, malgré son immense chagrin, Samuel dût s’avouer, tout en culpabilisant un peu, que cela était en fait une délivrance pour tous les deux.

Aujourd’hui, seul à la tête de l’entreprise, il est très inquiet pour son avenir. Une des raisons principales de ses interrogations, tient dans le fait qu’il est de confession juive et qu’une triste rumeur commence à se répandre. L’armée allemande après avoir envahi le nord du pays, a débuté une traque sans pitié envers la population de religion hébraïque.