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Connaissez-vous les différents types de substances et leurs effets, à court et long terme ? Que savez-vous des addictions et des polyaddictions ? Êtes-vous susceptible de basculer dans la dépendance ? Que vous soyez ami ou parent d’une personne confrontée à la dépendance ou que vous le soyez vous-même, il est crucial de commencer par comprendre avant d’agir.
L’objectif de cet ouvrage de prévention est double : aider les jeunes, les parents et les familles à décoder la problématique des addictions et donner des clés pour soutenir ceux qui veulent faire le pas d’arrêter la consommation.
Les auteurs, médecins et spécialistes des drogues et des addictions, détaillent avec pédagogie les différents types de substances, leurs effets ravageurs sur le corps et l’esprit ; ils dévoilent les rouages complexes qui maintiennent sous emprise et décryptent un phénomène de société qui prend de plus en plus d’ampleur auprès des ados et des jeunes adultes. Riche de témoignages de soignants, d’acteurs de prévention, mais aussi d’(ex-)consommateurs, ce livre offre des pistes de solutions positives, des outils et des recommandations pour déjouer les addictions.
À PROPOS DES AUTEURS
Vincent Liévin est journaliste spécialisé dans le domaine médical et auteur de plusieurs ouvrages traitant de problématiques de santé publique.
Thomas Orban est médecin généraliste, addictologue et alcoologue. Il est le coauteur, avec
Vincent Liévin, de "L’alcool sans tabous et Alcool. Ce qu’on ne vous a jamais dit" (Mardaga).
Pauline Gérard est médecin généraliste et accompagne des patients consommateurs sur le terrain.
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Seitenzahl: 338
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Il n’existe pas qu’une seule façon de s’en sortir.
Psychiatres, psychologues, urgentistes, consommateurs, parents, soignants, responsables de centres d’accueil, inspecteurs de police… Toutes et tous proposent des pistes de solutions et des conseils pour s’en sortir ou pour prévenir l’usage de drogues.
Avertissement des auteurs
Le terme de « réduction des risques » (RdR) est un terme consacré et pertinent pour plusieurs raisons essentielles et rencontrées sur le terrain lors des contacts avec les acteurs et les patients. Nous avons fait le choix de ce terme de pour diverses raisons :
1/ Nous sommes conscients que notre livre n’arrêtera pas l’usage des drogues par la société ou par les lecteurs du livre, nous voulons donc qu’ils connaissent davantage ce qu’ils utilisent pour mieux en prévenir les effets secondaires potentiellement graves. Par ailleurs, la curiosité étant une motivation à la consommation, surtout chez les jeunes, les informations contenues dans ce livre peuvent y répondre partiellement (bien que cela ne remplacera pas l’expérience en elle-même de consommer) ;
2/ Notre objectif est de fournir des outils et des connaissances également aux non-consommateurs (soignants, responsables politiques, citoyens), afin qu’ils puissent être mieux équipés face à l’usage des drogues et aux consommateurs et qu’ils puissent aborder la problématique de manière adéquate et en connaissance de cause. Nous souhaitons ouvrir la discussion sur un sujet qui ne devrait pas être tabou à la maison/à l’école/ entre amis… et offrir des clés et des réponses aux questions que se posent les jeunes qui ne souhaitent pas en parler ;
3/ L’usage des drogues comporte des risques sanitaires et provoque des dommages sociaux : l’approche de réduction des risques et des dommages est une approche validée en santé publique. Notre ouvrage s’inscrit aussi dans cette démarche ;
4/ Levons un éventuel doute chez certains : écrire un livre sur les drogues n’est pas une manière d’en encourager l’usage, d’aucune façon. La volonté des auteurs de cet ouvrage est d’en responsabiliser la consommation et de lever le tabou.
Note des auteurs
Dans cet ouvrage, le genre masculin est utilisé dans le seul but d’alléger le texte, et ce, sans préjudice pour la forme féminine.
Lorsque l’on tente de circonscrire la question de l’addiction et de l’usage des drogues, il faut être conscient que toutes les statistiques disponibles sous-estiment ce phénomène dans la plupart des pays européens : seul le sommet de la consommation apparaît dans les divers cadastres et enquêtes. Cette carence d’informations réelles semble liée aux différents profils de consommateurs et au caractère illicite des drogues. Un rapport européen récent rapporte que 29 % des adultes (15 à 64 ans) de l’Union européenne auraient déjà consommé une drogue illicite. Le phénomène est donc de taille et méritait que notre collection y consacre un ouvrage.
En effet, depuis sa création, dans chacun de ses ouvrages, la collection « Santé en soi » de Mardaga relève le défi d’apporter, sous une forme très accessible, une information médicale de grande qualité. Elle vise à offrir à tout lecteur des ouvrages abordant des questions qui animent aujourd’hui tant la communauté scientifique que la société autour de la santé dans sa définition la plus large.
Certes, l’usage des drogues par l’être humain est un fait très ancien, mais nous pouvons affirmer au moment de publier cet ouvrage que la situation s’est complexifiée en matière d’addictions, au vu de la disponibilité accrue et de la plus grande diversité tant des consommateurs que des modes de consommation. Des personnes peu scrupuleuses inondent le marché d’innovations et de falsifications sans se soucier des impacts sur la santé tant individuelle que publique des populations. C’est dès lors une réalité : aujourd’hui, de nombreuses personnes sont touchées d’une manière ou d’une autre par l’usage de drogues, que ce soit directement ou indirectement. Les conséquences médico-sociales sont importantes lorsqu’une personne met le doigt – souvent par accident ou par mimétisme – dans cet engrenage.
Face à cette problématique complexe, la réponse doit être multiple, allant de l’éducation afin de mieux comprendre les substances et leurs effets, au renforcement des prises en charge et de la réduction des risques et des dommages. En amont de la consommation, il faut comprendre les risques, accompagner les personnes en vulnérabilité face à cette addiction et éviter les risques liés à la consommation de ces substances, qu’ils soient infectieux, toxiques ou sociaux.
De nombreuses initiatives sont mobilisées pour venir en aide aux consommateurs et à leur entourage. Si dans ce domaine de nombreuses sources d’informations sont déjà consultables sous toutes les formes (médias, réseaux sociaux, blogs, sites web, podcasts, conférences, etc.), le défi relevé par les auteurs de cet ouvrage est de confronter les multiples points de vue d’acteurs investis dans la prise en charge des personnes victimes d’addiction, sans oublier l’entourage de ces dernières. Au fil de votre lecture, vous allez ainsi être en immersion dans un monde peu connu où la bienveillance, la disponibilité, l’expertise et l’endurance sont des balises nécessaires pour venir en aide aux consommateurs. Vous ressortirez de cette lecture avec un point de vue augmenté, personnel et enrichi qui, nous l’espérons, vous sera utile quelle que soit votre situation.
Au nom des Éditions Mardaga, je remercie toutes les personnes qui ont participé à cet ouvrage pour répondre à l’objectif fixé par la collection « Santé en soi », à savoir, vous aider à apprendre et comprendre tous les éléments utiles, sans céder à une simplification outrancière du sujet traité.
Je vous invite maintenant à lire ce livre, à le faire résonner dans votre quotidien et surtout à bien prendre soin de vous !
Professeur Frédéric Thys
Directeur de la collection « Santé en soi »
En l’espace de trente ans, la situation, les comportements et nos connaissances relatives aux conduites addictives ont radicalement changé.
Là où nous parlions de « la » drogue, nous parlons aujourd’hui « des » drogues, « des » substances psychotropes, c’est-à-dire des substances qui ont un effet sur le système nerveux central, sur notre cerveau.
Là où nous parlions « du » toxicomane ou de « l’héroïnomane », nous parlons de poly-usage, de personnes qui consomment différentes substances, de façon successive ou concomitante.
Là où nous parlions de drogues « douces » ou « dures », nous parlons d’un vaste ensemble de substances d’origine végétale ou chimique, aux propriétés anesthésiantes, relaxantes, stimulantes, hallucinogènes ou psychédéliques.
Là où les risques étaient associés à une substance en particulier, l’héroïne, aujourd’hui les nouvelles substances chimiques aux propriétés et à la qualité inconnues, et les mélanges de produits divers représentent parfois un risque de toxicité élevé.
Là où les substances consommées avaient une pureté et une concentration relativement faibles, celles-ci ont très fortement augmenté et atteignent des niveaux plus dangereux pour la santé et la santé mentale.
Là où l’usager de drogue était présenté comme une victime, une personne mal dans sa peau ou un délinquant qu’il fallait sauver, punir ou remettre dans le droit chemin, aujourd’hui un grand nombre de personnes découvrent et expérimentent l’usage de substances et de l’alcool dans un but récréatif.
Là où l’on croyait mieux savoir à la place des usagers ce qui était bon pour eux, au prix parfois d’une totale ignorance de leur vécu, de leurs difficultés et de ce qui les avait amenés à consommer, la priorité devient « aider au lieu de punir » en adoptant une approche de « réduction des risques et des conséquences ».
Enfin, là où la loi semblait simple et précise dans l’affirmation de l’interdit associé à la drogue, les choses ne sont plus aussi claires. Nous vivons dans une société dans laquelle l’usage de substances pour améliorer sa performance, s’amuser, gérer son angoisse, apprivoiser l’incertitude de l’avenir ou encore améliorer sa performance sexuelle est devenu normal, et dans certains pays l’usage récréatif du cannabis est désormais autorisé.
Tous ces changements sont la marque d’une révolution dont le cours n’est pas achevé, mais qui suscite logiquement des craintes et des questions chez les parents et les éducateurs. Ceux-ci font face à une réalité changeante et complexe ; la norme et les pratiques sociales sont moins assurées et certains d’entre eux sont en droit de se sentir démunis.
De quoi parle-t-on ? De quoi s’agit-il ? Est-ce grave ? Mon enfant va-t-il s’en sortir ? Que puis-je faire ? Est-ce ma faute ? Voilà quelques-unes des questions que tout parent se pose et que le présent livre aborde dans une approche humaniste et respectueuse.
L’ouvrage de Thomas Orban, Pauline Gérard et Vincent Liévin est un guide, une boussole dont l’objectif est avant tout d’aider à s’orienter à propos des substances, de leurs propriétés et des risques associés, mais qui apporte aussi des éléments de réponse, d’initiative et de créativité.
Le livre s’appuie sur de nombreux témoignages et sur l’expérience de nombreux acteurs de terrain et de professionnels, dont certains sont devenus au fil du temps des références en France ou en Belgique.
De la même manière qu’« il n’existe pas qu’une seule façon de s’en sortir », il n’y a pas qu’une seule façon d’entamer un processus qui, dans certains cas, aboutit à une dépendance. Et ce n’est pas forcément toujours la faute de quelqu’un.
Ce que cet ouvrage illustre également, c’est que les addictions ou conduites addictives peuvent toucher tout le monde, tous les enfants, tous les individus, toutes les familles.
Il n’y a pas d’un côté les « bonnes » familles et les « bons » parents, chez lesquels jamais rien ne se passe tant ils sont parfaits, et puis d’un autre côté ceux et celles qui sans doute « y sont pour quelque chose ». L’éducation, comme la prévention, est avant tout une grande leçon d’humilité.
Il n’existe pas de moyen d’éviter à nos enfants et à nous-mêmes tous les risques et leurs conséquences. Mais nous pouvons les aider et nous faire aider, expérimenter et partager avec d’autres leurs pistes et leurs solutions. Nous pouvons écouter et nous faire entendre, sans juger, sans blâmer, avec la conscience qu’au bout du compte chacun d’entre nous fait de son mieux.
Dans cette perspective, les explications et les conseils prodigués tout au long de cet ouvrage sont extrêmement précieux, tant pour la clarté de l’information fournie que pour les conseils et les recommandations dénués de toute approche manichéenne et simpliste.
Puisse cette boussole aider à prendre confiance en soi, à comprendre de quoi il s’agit, à saisir que tout n’est pas toujours blanc ou noir, à dédramatiser, et avant tout à savoir que l’on n’est jamais seul, qu’il existe un réseau d’intervenants de terrain sur lesquels s’appuyer.
Alexis Goosdeel
Directeur exécutif de l’Agence de l’Union européenne sur les drogues (EUDA)
« Le plus gros cap à passer, c’est te commander toi-même1. »
« Tes amis t’ont-ils déjà proposé d’essayer de la drogue ? Connais-tu des personnes qui en consomment ? Sais-tu ce que l’on ressent quand on en prend ? As-tu peur des effets de la drogue sur ton corps ? Tu en prends déjà et tu ne sais pas comment arrêter ?… » La liste de questions est interminable, et en tant qu’adultes nous n’avons pas toujours les réponses qui pourraient pourtant aider les jeunes à éviter de consommer ces substances, ou au moins à mieux en mesurer les conséquences. Alors, quelles sont les attitudes, les moyens de prévention, les ébauches de solution qui fonctionnent chez nous ou à travers le monde pour « armer » et « soutenir » les jeunes, ou ceux qui hésiteraient ou souhaiteraient franchir le pas ? Comment aider les jeunes, les parents et les familles à anticiper la problématique de la drogue ?
Avant d’être un livre, un « smart livre » même, ces quelques pages, qui sont le reflet d’un quotidien, invitent à une immersion dans une réalité au travers de témoignages de personnes en souffrance. Au fil de ces pages, la bienveillance, l’écoute et les expériences de terrain vous permettront de nourrir votre réflexion. L’objectif, modestement, est de vous aider à comprendre les ressorts et enjeux cachés de ces substances.
Ce n’est un secret pour aucun parent, l’adolescence est une période critique de la vie. Ce moment est par ailleurs un instant à haut risque de toxicomanie, temporaire ou à long terme. Un comportement qui peut conduire à la délinquance ultérieure, à l’échec scolaire et à l’activité sexuelle à risque2. Au-delà de la surveillance parentale et de la relation parent/adolescent, la personnalité et le tempérament des jeunes peuvent agir comme des déterminants de vulnérabilité à la consommation de substances3.
À leur niveau, les parents sont aussi des modèles pour la santé, le comportement et la transmission de valeurs liées à la santé4. L’engagement régulier dans les activités familiales et les rituels est désormais reconnu comme un facteur de protection5, car il augmente la probabilité pour le parent de transmettre à ses enfants ses valeurs liées à la santé6. Concrètement, sécuriser l’attachement aux parents, les liens familiaux et la communication parent/enfant atténue les risques ultérieurs de problèmes majeurs d’addiction. Des relations familiales fermes mais non punitives, bienveillantes et solidaires, peuvent également réduire efficacement les risques liés à la consommation de substances.
L’entourage des jeunes, leurs amis notamment, peut en revanche avoir des répercussions non négligeables sur leur vie. Les parents, tout en laissant leur enfant libre, ne doivent pas ignorer cet aspect très important : passer du temps avec des consommateurs augmente le risque de consommer soi-même des substances7. Pire, les études montrent qu’avoir des parents sous influence est encore plus grave8 – d’autant plus pour un jeune en début et milieu d’adolescence9. Cette période n’est favorable ni pour laisser ses enfants se promener seuls dans les rues ni pour les laisser passer du temps avec des personnes que les parents ne connaissent pas.
Mais que comprenons-nous de ces substances ? D’un côté, les facteurs de personnalité individuels – comme le goût du risque, la recherche de fortes sensations, la tendance à rechercher la stimulation de nouvelles expériences, y compris des situations à haut risque10 – sont associés à l’augmentation de la consommation de substances pendant l’adolescence11,12. De l’autre, il ne faut pas occulter la problématique de la santé mentale dans notre société. En effet, la tendance au stress et à l’instabilité émotionnelle13 est un facteur de susceptibilité de dépendance aux drogues14. Il est dès lors important de prendre en compte cet élément chez les adolescents anxieux en leur offrant des outils pour les aider à affronter des situations stressantes afin qu’ils n’aient pas recours à des substances. Cette thématique du stress et de sa gestion individuelle est, par ailleurs, centrale dans la consommation des adultes.
Il est également important de souligner que garçons et filles ont des motivations différentes quant à l’expérimentation de drogues, la recherche de sensations étant un trait de tempérament, au moins modérément héréditaire. Le lien parent-enfant est aussi un élément à ne pas négliger. En effet, pour les hommes qui consomment, la qualité de la relation père-enfant est un important facteur de protection indirect15. Il représente aussi un contexte de règles et de normes réduisant ainsi la durée du temps non structuré avec des pairs16. Le temps qualitatif passé avec les parents, à table autour d’un repas notamment, où l’on peut parler de tout et de rien, n’est vraiment pas à ignorer.
Les parents ont un rôle d’éducation à jouer pendant la période de l’adolescence, en particulier dans la vie des jeunes en quête de sensations. Ils ont une fonction préventive. Un élément majeur sans doute un peu… beaucoup oublié dans la vie folle que toutes les familles doivent mener au quotidien.
Des solutions saines et positives pour lutter contre les addictions et réduire l’usage de substances existent. Nous en apportons quelques-unes dans cet ouvrage. D’ailleurs, n’hésitez pas à nous communiquer des solutions efficaces que vous auriez développées. Car c’est ensemble que nous pourrons améliorer la prévention en la matière. Chacun avec son expérience, sa connaissance, ses erreurs, ses réussites temporaires ou à plus long terme.
Bonne lecture !
P.S. : Et n’oubliez pas, il faut connaître une substance, et bien la connaître, avant de la consommer.
Un peu d’histoire17
Les drogues ont toujours existé, mais ce n’est qu’à partir du XVIIe siècle que les usages modernes connaissent leur essor, grâce aux progrès combinés de la chimie, qui permet de potentialiser les effets des drogues « traditionnelles » et d’en synthétiser de nouvelles, de l’industrialisation progressive des moyens de production, qui permet de les produire en masse, et au développement de la société marchande, qui en garantit une large diffusion. Le recours à l’alcool, produit en quantité industrielle dès le début du XIXe siècle, explose très rapidement parmi la population européenne ; l’usage de la morphine, découverte en 1804, se diffuse à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, époque à laquelle l’industrie du tabac prend également son essor avec l’invention et la diffusion de la cigarette pré-roulée à partir de 1880 ; la cocaïne, synthétisée en 1865, connaît un succès retentissant, au même titre que l’héroïne trois décennies plus tard… Cette multiplication des drogues disponibles et de leurs usages, associée à un contexte économique, politique et social très dur, provoque immédiatement des déséquilibres et des dérives parfois spectaculaires : l’alcoolisme de masse qui touche la population entre les années 1810 et 1850, mais aussi les « épidémies » de morphinomanie de la fin du XIXe siècle, d’opiomanie et de cocaïnomanie au début du XXe siècle, sont ainsi les premiers indicateurs historiques du développement des phénomènes d’addiction et de dépendance18…
Vous voulez vraiment voir tous les impacts des drogues sur votre corps ? Un coup d’œil suffit à l’affiche présentant l’anatomie des drogues de RESPADD, une association à but non lucratif qui fédère plus de 600 établissements de santé (hôpitaux, cliniques, EHPAD, établissements médico-sociaux, etc.) engagés dans la prévention et la prise en charge des pratiques addictives.
Anatomie des drogues19
Vous êtes ou connaissez un consommateur de drogues ? Voici plusieurs tests20 à faire vous-même ou à proposer à un proche afin d’ouvrir le dialogue sur le sujet, car en parler, c’est un bon début, vous le découvrirez au fil de ces pages.
DETC
DETC21 est l’acronyme français proposé pour « Diminuer, Entourage, Trop, Cannabis ». Il s’agit d’un équivalent du questionnaire CAGE-cannabis (Cut, Annoyed, Guilty, Eye-opener), originellement élaboré et validé aux États-Unis.
Questions
Oui
Non
Avez-vous ressenti le besoin de Diminuer votre consommation de cannabis ?
Votre Entourage vous a-t-il déjà fait des remarques au sujet de votre consommation ?
Avez-vous déjà eu l’impression que vous fumiez Trop de cannabis ?
Avez-vous déjà eu besoin de fumer du Cannabis dès le matin pour vous sentir en forme ?
Résultats :
Deux réponses positives évoquent une consommation nocive de cannabis.
POSIT
Voici un questionnaire d’entretien22 structuré sur l’usage et l’abus d’alcool ou de drogues illicites. Identifier un abus de substances peut justifier une évaluation approfondie des adolescents (12-19 ans) en milieu scolaire.
Questions
Oui
Non
Avez-vous des problèmes à l’école dus à l’alcool ou aux drogues ?
Avez-vous déjà été accidentellement blessé ou avez-vous accidentellement blessé quelqu’un après avoir consommé une quantité importante d’alcool ou de drogues ?
Ratez-vous des activités parce que vous dépensez trop d’argent pour l’alcool ou les autres drogues ?
Avez-vous déjà eu l’impression d’être dépendant à l’alcool ou aux autres drogues ?
Êtes-vous obligé de consommer de plus en plus de drogues ou d’alcool pour obtenir l’effet que vous voulez ?
Avez-vous déjà quitté une soirée parce qu’il n’y avait ni alcool, ni autres drogues ?
Avez-vous constamment envie de prendre de l’alcool ou d’autres drogues ?
Avez-vous déjà eu un accident de voiture ou de deux-roues sous l’effet de l’alcool ou d’autres drogues ?
Oubliez-vous les choses que vous avez faites sous l’effet de l’alcool ou d’autres drogues ?
Au cours du dernier mois, avez-vous conduit une voiture ou un deux-roues sous l’effet de l’alcool ou d’autres drogues ?
L’alcool ou les drogues vous causent-ils des variations rapides d’humeur, comme d’heureux à triste ou vice versa ?
Manquez-vous l’école ou arrivez-vous en retard à cause de votre consommation d’alcool ou d’autres drogues ?
Votre famille ou vos amis vous ont-ils déjà dit que vous deviez réduire votre consommation d’alcool ou de drogues ?
Avez-vous de sérieuses disputes avec vos amis ou votre famille à cause de l’alcool ou de la drogue ?
L’alcool ou les autres drogues vous font-ils faire des choses que vous ne feriez pas normalement (ne pas respecter les règles, ne pas rentrer à l’heure prévue à la maison, transgresser la loi) ?
Avez-vous des difficultés à garder vos amis à cause de l’alcool ou d’autres drogues ?
Avez-vous déjà eu l’impression que vous ne pouviez pas contrôler votre utilisation d’alcool ou d’autres drogues ?
Résultats (de 0 à 17) :
•Inférieur à 1 : risque faible d’usage nocif.
•Entre 1 et 6 : risque modéré.
•Supérieur à 7 : risque élevé.
ADOSPA
Voici un questionnaire23 pour repérer rapidement un usage nocif de substances psychoactives chez l’adolescent.
Questions
Oui
Non
Êtes-vous déjà monté dans un véhicule (Auto, moto, scooter) conduit par quelqu’un (vous y compris) qui avait bu ou qui était défoncé ?
Utilisez-vous de l’alcool ou d’autres drogues pour vous Détendre, vous sentir mieux ou tenir le coup ?
Avez-vous Oublié des choses que vous deviez faire (ou fait des choses que vous n’auriez pas faites) quand vous consommiez de l’alcool ou d’autres drogues ?
Consommez-vous de l’alcool et d’autres drogues quand vous êtes Seul ?
Avez-vous déjà eu des Problèmes en consommant de l’alcool ou d’autres drogues ?
Vos Amis ou votre famille vous ont-ils déjà dit que vous deviez réduire votre consommation de boissons alcoolisées ou d’autres drogues ?
Résultats :
Deux réponses positives indiquent un usage nocif de substances psychoactives.
CAST
Le CAST (Cannabis Abuse Screening Test)24 est une échelle de repérage des consommations problématiques de cannabis. Chaque item décrit des comportements d’usage ou des problèmes rencontrés dans le cadre de la consommation de cannabis.
Questions
Oui
Non
Avez-vous déjà fumé du cannabis avant midi ?
Avez-vous déjà fumé du cannabis lorsque vous étiez seul ?
Avez-vous déjà eu des problèmes de mémoire quand vous fumez du cannabis ?
Des amis ou membres de votre famille vous ont-ils déjà dit que vous devriez réduire votre consommation de cannabis ?
Avez-vous déjà essayé de réduire ou d’arrêter votre consommation de cannabis sans y parvenir ?
Avez-vous déjà eu des problèmes à cause de votre consommation de cannabis (dispute, bagarre, accident, mauvais résultat à l’école, etc.) ?
Résultats :
Deux réponses positives au test doivent amener à s’interroger sérieusement sur les conséquences de la consommation.
Témoignage & solutions
Dr Pauline Gérard, médecin généralisteExpérience soignants – Expérience patients – Expérience parents
« Mes premières expériences avec des patients consommateurs de drogues ont eu lieu lors de mes débuts en tant qu’assistante en médecine générale. J’ai travaillé un an à Namur, où j’ai rencontré différents types de consommateurs, entre autres de cocaïne et d’héroïne. Il a été nécessaire que je me mette rapidement à niveau pour les accueillir et répondre à leurs besoins et attentes. Et il n’a pas fallu très longtemps pour que je me rende compte de la nécessité d’agir en équipe, face à des problèmes bien plus complexes que “juste” la substance. À Namur, nous collaborions déjà avec les hôpitaux voisins et structures pluridisciplinaires telles que Phénix et Sésame.
Au sein du projet LAMA, j’ai eu la chance d’être encadrée par une équipe pluridisciplinaire soudée et bienveillante. J’ai vite appris que ce travail d’équipe était essentiel pour accompagner le patient dans son cheminement face à l’addiction. Nous comptons parmi nous des psychologues, assistants sociaux, accueillants, infirmiers et médecins. Cela nous permet de prendre en charge les problèmes de dépendance mais également les complications et conséquences qui y sont associées. Que ce soit des dettes liées à l’achat de drogues, des plaies apparues suite à des injections, des traitements de substitution, le travail sur la motivation intrinsèque à la consommation… nous sommes parés pour agir sur tous les niveaux. Dans l’idéal, les patients sont accompagnés par un prestataire de chaque secteur, offrant un soutien multisystémique. Nous nous rendons compte que si nous agissons uniquement sur la substance par exemple, mais pas sur les dettes du patient, il va éprouver des difficultés financières anxiogènes qui le pousseront peut-être à consommer de nouveau pour répondre à ce stress. Un autre exemple, c’est la dépendance physique qui sera prise en charge par le médecin et la dépendance psychologique par nos psychologues, sans quoi le patient aura des difficultés à s’en sortir puisque la dépendance regroupe ces deux versants complémentaires.
Par ailleurs, une fois par mois, le réseau hépatite C de l’hôpital Saint-Pierre (SAMPAS) se joint à nous pour offrir des dépistages et des FibroScan® (détection de fibrose et cirrhose hépatique) dans nos locaux. Cela rend l’accessibilité aux soins plus importante, et permet d’ouvrir le dialogue avec des patients qui ont parfois peur de se rendre en milieu hospitalier.
Quel message clé livrer à un patient qui essaye de sortir de l’addiction ? Une personne qui essaye d’arrêter de consommer va passer par plusieurs phases, c’est le cycle de Prochaska26 :
1.La précontemplation. Le patient connaît les dangers de la consommation mais ne ressent personnellement pas de problèmes liés à la sienne ;
2.La contemplation. Le patient se rend compte des inconvénients liés à sa consommation mais ne se sent pas encore prêt à arrêter ;
3.La détermination. Envie d’arrêter, temps de réflexion pour déterminer comment y parvenir ;
4.L’action. Modifications du style de vie ;
5.La maintenance. Consolidation des nouvelles habitudes de vie pour pérenniser l’abstinence ;
6.La rechute. Elle n’est pas systématique mais fait partie du processus ! Face à ce mécanisme bien connu, rappelons l’importance de ne pas considérer la rechute comme un échec mais comme un apprentissage. Le patient répétera le cycle autant de fois qu’il le faudra, et l’équipe l’accompagnera dans ce parcours. C’est un concept qu’il est intéressant de partager avec la famille du patient également, rappelant la place de la rechute dans le processus et surtout la bienveillance qui doit l’accompagner plutôt que des reproches.
De plus, rappelons également que chacun est différent en raison de son vécu et de son rapport à la substance. Il faut parfois du temps pour trouver les outils qui aideront un patient en particulier et pas un autre… et c’est normal !
Il est intéressant de noter que de nombreux organismes existent pour limiter les risques et accompagner le patient, à chaque stade de son parcours. Un patient en phase de précontemplation sera le bienvenu pour la distribution de matériel stérile, la réalisation de dépistages ou encore le testing de substance. Lorsque le patient évolue dans le cycle, les soins également !
– Faut-il obligatoirement être accompagné ?
– Le soutien de personnes de son entourage ou de professionnels est un atout dans le parcours de rémission. Je ne doute pas que certains patients arrivent à arrêter de consommer seuls, et s’ils me lisent, félicitations à eux !
– Pourquoi écrire un livre sur les drogues ?
– Je suis de nature curieuse, et lorsqu’un patient amène à ma consultation un sujet que je ne maîtrise pas bien, j’aime me renseigner et me mettre à niveau. Les drogues et la consommation n’ont pas fait exception. Ma formation m’a appris à rechercher des informations médicales fiables, et j’ai accès à des bases de données spécialisées. Mais qu’en est-il de l’adolescent qui se pose des questions sur la consommation ? Du parent qui ne saisit pas tout à fait la période que traverse son enfant ? Ou encore de l’adulte qui ne sait plus comment s’en sortir ?
Au projet LAMA, je rencontre beaucoup de patients qui ont l’impression d’avoir touché le fond. Leurs histoires sont complexes et la consommation remonte généralement à plusieurs années avant la prise de contact avec un professionnel de santé. L’information est un bon moyen de sensibiliser ces patients avant qu’ils n’en arrivent au stade de nous contacter, et d’une certaine façon un bon moyen de rappeler que des aides existent et peuvent être activées avant de “toucher le fond”.
Cela passe également par la discussion alors, n’hésitez pas, que ce livre soit un support de discussion au sein de votre famille, auprès de vos amis… Les drogues, parlez-en ! »
Témoignage & solutions
Dr Gugu Kabayadondo, médecin urgentiste depuis huit ansExpérience soignants – Expérience patients – Expérience parents
Aucune consommation n’est anodine. La consommation de substances peut conduire à des situations de détresse passagère urgente ou avoir un impact sur une longue durée. Dans le parcours de santé d’un consommateur, il arrive souvent qu’il doive se rendre aux urgences. Comment est-il pris en charge ? Comment communique-t-il avec l’équipe médicale ? Tous les jours, aux urgences, le Dr Gugu Kabayadondo, médecin urgentiste (La Louvière, Belgique), reçoit des patients pour des pathologies diverses mais l’addiction ou la consommation de substances n’est jamais loin.
« L’alcool est une cause quotidienne d’admission dans notre service, principalement à la suite d’accidents de la voie publique mais également des accidents domestiques, des négligences, des brutalités, des sevrages, des intoxications aiguës ou des chutes. En outre, le service des urgences est parfois le seul recours de patients dépendants chroniques isolés, qui se présentent pour un problème directement ou non lié à la consommation, pour un sevrage ou un certificat médical. La question de l’alcool devrait être systématiquement évoquée lors de la prise en charge du patient.
– Les types de consommation évoluent…
– Nous avons tous les jours aux urgences des patients qui ont un problème de consommation. Il est très difficile d’établir des chiffres exacts car, dans de nombreux cas lors de la discussion avec le patient, la consommation n’est pas avouée ou amoindrie s’agissant de la quantité et de la fréquence. Cela vaut tant pour les drogues dures (cocaïne, morphiniques, héroïne…) que pour l’alcool. Nous avons aussi beaucoup de consommation mixte (polyaddiction), un phénomène plus marqué dans la population jeune.
– La détection de la consommation par les analyses de laboratoires reste difficile…
– Un laboratoire peut effectuer une détection de base sur un nombre limité de substances (cannabis, cocaïne, amphétamines, alcool). À l’exception de l’alcool, on détecte souvent la présence et non la quantité. Il n’y a qu’une poignée de laboratoires capables de rechercher les autres substances. Les drogues que l’on trouve en boîte de nuit posent vraiment problème. C’est très difficile pour nous parce qu’on ne sait pas ce que contiennent ces comprimés. On ne peut pas demander de chercher quelque chose qu’on ne connaît pas. Il faut donc rappeler aux jeunes et moins jeunes de ne pas consommer des produits qu’ils ne connaissent pas ou dont ils ne connaissent pas le contenu. Cela peut mener à des situations dramatiques. Cela complique la prise en charge médicale.
– Le plus complexe est évidemment de faire parler le patient de sa consommation ?
– La plupart du temps, la personne n’explique pas spontanément aux urgences qu’elle a consommé des substances. Les patients ne doivent pas avoir peur quand ils arrivent aux urgences de dire qu’ils consomment ou qu’ils ont consommé quelque chose parce que cela permet aux soignants de mieux les prendre en charge. Je rappelle que nous sommes médecins et que nous ne sommes pas la police. Nous sommes tenus par le secret médical et nous ne sommes pas là pour juger le patient qui a consommé quelque chose. Nous conseillons toujours au patient de faire un suivi de son addiction ou de sa consommation avec son généraliste. Le jour ou la nuit, pendant la garde aux urgences, les médecins rencontrent principalement deux types de passages.
