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Voila deja qu´un siecle s´est ecoule depuis le debut de ce genocide appele "Guerre Mondiale". En Allemagne cet evenement est presque tombe dans l´oubli bien qu´il soit a la genese de cette catastophe du 20e siecle et que les faits et sacrifices de nos aieux en impregnerent l´Histoire. Ce fut la premiere des guerres qui instituera la mort en masse par l´industrialisation de ses moyens aux fins d´augmenter l´hecatombe humaine. Sous la pression des nouvelles techniques de destruction, l´homme reduit aux plus simples choses de l´existence, faim, soif, fatigue, sous la peur constante de la mort frappant aveuglement, s´accroche a sa petite flamme de vie. De nos jours encore, nous pouvons relever dans les paysages du nord de la France et en Belgique, des traces de ce conflit qui se dressent en temoins muets. Il n´est pas rare qu´un soc de charrue deterre dans ces terres meurtries un obus ou des ossements anonymes. Pourtant tout n´est pas oublie. Quelques contemporains atteles a un travail de memoire, archeologues amateurs ou professionnels, veillent a que soit rendu un dernier et digne hommage autour d´une sepulture dans la plus proche necropole. Tout ceci mon grand-pere Albert Krentel l´a note dans son petit carnet et ce livre relate son vecu en ces temps. Pour le plus grand bonheur de la famille, il a servecu a cette tourmente.
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Seitenzahl: 271
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Musketier Albert Krentel, 2. Kompagnie I.R. 163
Avant-propos
Sa formation de soldat
Dans les tranchées d’Hulluch
La bataille à la Somme
Devant Ypres
Au repos à l’est de Bruges
De retour devant Ypres
Bataille d’Arras
En captivité chez les Anglais
Mot de fin
La première guerre mondiale est presque un évènement oublié du public allemand. Les documentaires du centenaire et rétrospectives du début de conflit diffusés par les médias n’y changeront pas grand-chose. Les affres de la seconde guerre mondiale qui s’en suivit, ses crimes contre l’humanité, repoussèrent cette catastrophe fondamentale du 20ème siècle de la mémoire des Allemands alors que ce temps d’Histoire aurait dû leur laisser une empreinte forte.
Ce fut pour beaucoup un élan patriotique quand en août 1914, les hommes fiers de suivre l’exemple de leurs pères et pour leur Patrie, partirent pour une guerre prévue courte. Le nombre des engagés & volontaires dépassa les possibilités d’effectifs des régiments. Bientôt il en fut tout autrement. Le développement des armes avec ses pouvoirs de destruction massive dépassa toute imagination. Dix millions de morts, de disparus dans les explosions ou ensevelis par la terre de leur tranchée. Vingt millions de blessés ou affreusement mutilés fut le bilan de ces quatre années de guerre. Ni le courage individuel ni le commandement militaire ne furent décisifs pour la victoire ou la défaite, mais bien les capacités de production de notre industrie.
La mort survint selon l’occasion, anonyme et sans état d’âme. Mitrailleuses, chars, artillerie toujours plus puissante, avions, gaz asphyxiant modifièrent l’image de cette guerre. Le soldat creusa la terre de plus en plus pour s’abriter mais fut finalement écrasé par les forces élémentaires. Les batailles d’usure, faisant fi des pertes humaines propres, n’avaient d’autre but que de tuer un maximum d’ennemis et entrainèrent le soldat à sa perte. Des combats de position meurtriers et les tirs d’artillerie sans fin n’apportèrent que peu de gain de terrain. L’Homme végétait dans un environnement apocalyptique.
Malgré tout, des deux côtés, on chercha à percer les lignes ennemies par de nouvelles offensives afin de faire basculer le cours des évènements. En pure perte. Devant Verdun, de février à juin 1916, Allemands et Français payèrent pour ces tentatives d’assaut, environ 700 000 soldats blessés ou tués. La même année dans la Somme, s’en furent encore plus.
Soumis aux feux roulants d’artillerie une semaine durant, véritable destruction programmée et progressive, interrompu par les vagues d’assaut de l’infanterie, le soldat avait l’impression de n’être qu’un rouage d’une partie de machine. Les conséquences physiques et psychiques endurées entrainèrent de profondes défections et séquelles, bien connues par l’Etat-major mais ignorées et démenties par ses chefs : «la guerre est une affaire de nerfs, de volonté » comme on le disait officiellement.
Dans ce combat matériel auquel aucun participant ne fut préparé, le soldat apprit les limites de l’existence d’un humain. Tout fut ramené à quelques bases de vie : faim, soif, froid, épuisement, le tout lié à la peur de la mort ou d’une mutilation amoindrissante de vie. Le combat lui-même est vécu comme une réalité menaçante – une balle venue de nulle part cherche sa victime sans faire de choix. Etre lacéré, taillé en pièces ou bien enterré vivant, furent les dangers permanents.
Les politiques de l’Entente n’avaient en regard des pertes énormes, ni le pouvoir ou la volonté d’arrêter ce massacre et négocier une paix juste et équitable. (Voir note 001) Ils étaient fermement décidés de mener leur objectif à terme et à n’importe quel prix. Cela leur fut possible en ralliant de leur côté les Etats Unis, leur fournisseur de matériel et bailleur de fonds depuis le début du conflit et qui par suite, tenait les cordons de la bourse. (Voir note 002)
Après quatre années de guerre, la vieille Europe politique a cessé d’exister. Les monarchies allemandes, autrichiennes, russes sont renversées. L’Europe centrale et de l’Est sont devenues instables et imprévisibles. Les chaos, politique, social et économique engendrés par la première guerre mondiale ainsi que les conditions du traité de Versailles portèrent en eux les germes de la seconde guerre à venir. Le vingtième siècle devint pour l’Europe une catastrophe qui réduisit son influence mondialement.
Encore de nos jours, les traces de cette guerre restent visibles. Il n’est pas rare qu’un laboureur belge ou français déterre un obus avec sa charrue, que des morts accidentelles surviennent suite à des manipulations de munitions trouvées par déterrement et la curiosité. Enfin, lors de création de routes et autres fouilles, des ossements sont mis à jour, analysés, avant de rejoindre avec les honneurs les camarades d’une proche nécropole militaire.
Une forme de tourisme fait en sorte que le souvenir reste vivace. Les gens du Commonwealth sont des gardiens ardents et soignent une vraie culture à leurs régiments et défunts soldats avec le « Battlefield-Tourism » car dans leur histoire, jamais il n’y eut autant de morts que durant cette guerre. Le mémorial d’un régiment, un cimetière soigneusement entretenu, des tranchées reconstituées, les restes de bunker en béton sont autant d’éléments qui réveillent le souvenir d’une région naguère dévastée et qui fut la dernière vision de tant d’hommes.
De quelle façon le simple soldat vécut-il cette guerre ? Comment y survécut-il ? Mon grand-père Albert Krentel fut l’un de ceux qui en revinrent et ceci est le récit de son vécu.
1916, la guerre entra dans sa 3e année.
Après que ses frères ainés Heinrich (Henri) et Karl (Charles), déjà enrôlés depuis longue date dans cette guerre, qu’au printemps 1916 vint l’ordre d’incorporation au compagnon cordonnier Albert Krentel de Vorsalz (de nos jours Salzgitter-Bad). Né le 21 juillet 1895, il avait à peine 21 ans quand sa classe fut appelée. Jusqu’ici sa vie s’écoula sereinement, habitant chez ses parents, Wilhelm Krentel et Wilhelmine née Fürchtenicht, avec six frères et sœurs au n°21 de Vorsalz. Son père en tant qu’employé de la Poste, un emploi stable, se faisait un point d’honneur à ce que ses fils apprennent un métier. Albert, comme de tradition, entra à six ans dans les huit classes de l’école communale. Il fut bon élève mais son père exclura la poursuite des études.
A ses quatorze ans il quitta l’école et sa confirmation donna un ton festif et solennel au tout. Peu de temps après, ce fut à Semmenstedt qu’on l’envoya apprendre le métier de cordonnier. Comme ce fut la mode jadis, il habita chez son maitre d’apprentissage, Christian Kohlert, pour une durée de trois ans et demi. Ce fut à Braunschweig qu’il travailla dans la fabrique de chaussure du « Altewiekring » et logea au 15 de la « Wiesenstrasse ». Il gagna bien sa vie et put ainsi aider ses parents car le salaire de postier n’était pas énorme. Par contre, il profita de ses moments de liberté pour gouter aux joies de la jeunesse dans la grande ville. Ce fut de courte durée, le début de la guerre lui fit perdre son emploi, une conséquence des restrictions en matériaux. Il retourna à Salzgitter et prit un poste d’auxiliaire à la distribution de courrier, emploi libéré par le titulaire parti au front.
L’ordre de se présenter à 7H30 au dépôt des recrues du 1er Ersatz-Bataillon du régiment d’infanterie N°79 lui parvint le 10 mai 1916. Cette caserne n°1 de Hildesheim se nommait également «Steingrubekaserne». Comment rejoignit-il Hildesheim pour une heure si matinale ? Avec le train de Ringelheim direction Goslar ? A pied les six kms entre Salzgitter et Ringelheim ? N’importe comment ce fut, c’est avec un carton dans les mains dans lequel seront renvoyés ses effets civils qu’il atteignit à temps la gare d’Hildesheim où furent rassemblées les autres recrues.
La gare de Salzgitter
La caserne 1 an der Steingrube (caserne1 à la carrière). Elle fut détruite durant la 2e guerre.
Le « Scharnhorstgymnasium» est érigé actuellement sur cet ancien terrain.
Dans son carnet de notes personnelles, il prit soin de relever les adresses de ses frères, amis et proches parentés.
- Gefreiter der Landwehr Heinrich KRENTEL 1. Batterie 2. Landwehr-Feld-Artillerie Abteilung26
MarineDivision, Marinekorps
- Sanitäts-Oberjäger Karl KRENTEL 2. Kompanie, Feld Jägerbataillon 10 Alpenkorps
- Gefreiter KEUNE, 113. Pferdedepot, 113. Infanteriedivision, Westen
- Gefreiter K. Fürchtenicht, Landwehr-Infanterie-Regiment 78, Stab des 3. Bataillon, 111. Infanteriedivision
- Musketier AHRENS 2. Rekruten-Depot, 1. Ersatz-Bataillon, Infanterieregiment 79 , 4. Kompagnie Oberleutnant Busche Hildesheim
- Musketier SÖCHTIG 2. Rekruten-Depot, 1. Ersatz-Bataillon, Infanterieregiment 79 , 1. Kompagnie Oberleutnant Friese Hildesheim
- Füsilier HEINE 1. Reservedivision, 1. Ersatzbataillon, Füsilierreg.73, Hannover, Bult-Kaserne
La formation militaire dura environ dix semaines, durée nécessaire pour transformer une recrue en soldat. Stricte discipline, obéissance aux commandements, respect envers les supérieurs, concentration à l’accomplissement d’un ordre furent les valeurs inculquées. Le temps pressait et certains sous-officiers dépassaient les directives, si bien que maintes recrues trouvèrent le traitement inutilement dur, voire en pure chicanerie. Il ne fut pas rare que des instructeurs fussent rossés en des lieux sombres en dehors de la caserne, si bien que certaines rues peu éclairées de Hildesheim furent soigneusement évitées par ces gradés. Durant cette période, les recrues furent vaccinées contre le typhus, le choléra et la variole.
Jeudi le 25 mai 1916 à 15H se tint le serment au Drapeau. Pour la Prusse le texte fut :
« Moi, Albert Krentel, prononce et fait devant le Dieu tout puissant, serment à sa Majesté le Roi de Prusse, Guillaume II, mon indulgent souverain, qu’en tous cas sur terre et mer, en guerre ou en paix et où que ce soit, de le servir fidèle et loyal, de faire de mon mieux, d’écarter dégât et préjudice, d’exécuter scrupuleusement les consignes de guerre et ordres qui me sont donnés et de me comporter en soldat sûr et zelé. Aussi vrai que Dieu m’aide par Jésus Christ et la Sainte Evangile »
Les exercices de tir s’alternèrent avec les vaccinations et furent scrupuleusement notés. Le tir avec la carabine 98 débuta. Samedi 03 juin 1916 à 10 H, Albert appuya une première fois la détente lors d’un tir couché avec appui, cible à 150 m. 10-10-10 ; insuccès réussi, toutes les balles à coté.
Vendredi 23 juin 1916 lors du second tir couché sans appui à 150 m le résultat 9-7-4 n’est pas une réussite. Les exercices se suivirent: à 150 m couché avec appui puis dans une tranchée, cible à 200 m couché sans appui puis à l’épaulé, à 400 m répétition des positions auparavant avec en plus les tirs enchainés. La plupart du temps Albert put s’acquitter et remplir les conditions imposées.
Les patrouilles à Hildesheim et les tours de garde à la caserne figuraient également au service.
Le dimanche fut journée de sortie en permission mais pas avant que le « Kommandeur» en fit l’appel et le rassemblement dans la cour. Pour la tenue de sortie les consignes à respecter furent tant scrupuleuses que pénibles.
Le 21 juillet 1916 jour d’anniversaire d’Albert, vint l’annonce de son envoi vers le front. Avec deux de ses camarades, ils se rendirent chez le photographe Samson&Co Almstrasse 15 à Hildesheim pour une photographie qui sera utilisée ultérieurement en carte postale. Adressée à son père Wilhelm Krentel, Salzgitter Harz, Vorsalz 21 et postée à Hildesheim le 22 juillet 1916 il écrivit:
« Hildesheim le 21/7/1916 Mes Chers Je vous adresse à bonne fin un petit souvenir. Soyez tous salués chaleureusement par votre fils. Nous partirons en campagne avec le 9eKorps »
Hildesheim 21/07/1916 - à gauche Albert Krentel
Samedi 22 juillet 1916, départ vers le dépôt de recrues du IX. Armeekorps.Destination: la France. Jamais il ne s’éloigna aussi loin du foyer paternel. C’est le début d’une grande aventure qu’il consigna soigneusement dans un carnet. Voici son itinéraire vers Ham près de St Quentin.
- durée du trajet 33 heures
- départ de Hildesheim à 13H54 le 22 juillet 1916
- Nordstemmen – Elze- Hameln – Oeynhausen – Löhne – Herford – Brake – Bielefeld – Gütersloh (ravitaillement) – Hamm – Hamborn – Henrichenburg arrivée à 01H3, ravitaillement.
Dortmund – Bochum – Duisburg – Krefeld – Rheydt – Mönchengladbach – Aachen – Lüttich (Liège) – Namur
– Charleroi – Jeumont – Maubeuge – St Quentin – débarquement de nuit à Ham, il est 23H le 23/07/1916
La bataille de la Somme bat son plein et le bruit de la canonnade est assourdissant. Dès le 24 juillet, une marche de 15 km vers le bois près de Croix et Falvy fut entreprise.
Ce ne fut que pour un temps très court qu’il resta dans la région. N’étant point aguerris pour les combats au front, on renvoya ces jeunots vers l’arrière.
Le 26 juillet 1916 à 15H, fut donné l’ordre de départ pour une marche de 32 Km direction de Neuville (St Amand). Le jour suivant, reprise en direction d’Origny (Ste Benoite) avec arrêt ravitaillement puis le reste jusqu’à Macquingny. Enfin le 28 juillet à 16H30, arrivée à Essigny (vraisemblablement Essigny-le-Petit au Nord-Est de St Quentin). Vu de nos jours, les distances parcourues à pied jadis sont étonnantes. Les soldats sont logés dans les habitations réquisitionnées ou abandonnées par la population évacuée. Albert dessina la maison dans son carnet de notes.
Officiellement et depuis le 25 juillet, Albert appartient à la 1e section du Feld-Rekruten-Depot de la 18e Division d’infanterie.
En ces lieux débuta une formation au combat de tranchée qui dura environ quatre semaines.
Les exercices de tir reprirent - à 200m couché avec appui - 6.5.6.
Samedi 12 août 1916, Albert fut envoyé au IX. Corps de réserve et le jour suivant à 7H il entama avec ses nouveaux compagnons la route pour la gare de Guise qui fut atteinte à 11H. De là, embarquement en train pour Le Câteau, Hirson, arrivée et débarquement à 9H, gare de Le Quesnoy. Il passa la nuit au bivouac, sous la tente.
Lundi 14 août 1916, départ pour une marche en direction de Jenlain où un « Oberleutnant » fit la répartition. Albert fut versé au 163e régiment d’infanterie.
Il ne lui resta plus que 10 km à parcourir pour rejoindre la 2e compagnie à Sebourg.
L’Infanterie-Regiment 163 est revenu du combat à la Somme, combat qui se déroula du 29 juin au 14 août 1916. Depuis le 14 août, Albert fait partie de la 2e compagnie. Un repos de huit jours fut accordé au régiment à l’arrière de la 6e Armee, dans les secteurs prévus aux regroupements. Voici le commentaire du Major Holger Ritter qui rédigea l’historique régimentaire.
« Durant l’espace de temps entre le 1er juillet au 14 août 1916, IR163 du Schleswig – Holstein engagé dans la Somme chiffre sa perte humaine ainsi :
- tués : 14 officiers, 269 sous-officiers et hommes de troupe
- blessés : 51 officiers, 1364 sous – officiers et hommes de troupe
- disparus : 199 soit une perte d’effectif de 50% »
Quel changement en six semaines dans ce régiment, entre le départ au combat et son retour. Beaucoup de choses avaient changé, de nouvelles têtes prirent place dans les rangs, seul l’esprit du régiment ne se modifia point et resta son pareil.
L’échelon de commandement régimentaire ainsi que la 1e compagnie marchèrent le 11 août 16 en direction de Cambrai-Annexe, puis par chemin de fer vers Valenciennes rejoindre les quartiers de repos. La compagnie de mitrailleurs avec ses gros bagages fit tout le trajet à pied.
La répartition se fit ainsi :
- la compagnie de commandement du régiment avec la 1e et 2e à Sebourg
- l’échelon de commandement 1 avec la 3e & 4e compagnie à Eth
- le IIe bataillon avec son commandement et les 6 e& 8e compagnie à Wargnies-le-Grand
- la 5e compagnie à Bry, la 7e à Jenlain
- l’échelon de commandement du IIIe bataillon avec les compagnies 9 & 10 s’installèrent à Curgies tandis que la 11 & 12e compagnie prirent quartier à Preseau.
Les installations furent bonnes, si bien que ce repos accompagné d’un beau temps d’été fut bénéfique. Les exercices de creusement de tranchées avec postes de tir et d’observation, l’instruction au combat spécifique et une stricte discipline soudèrent les nouvelles recrues aux Anciens. Les armes furent remises en état, de nouveaux équipements vestimentaires distribués, une bonne nourriture, des profonds sommeils réparateurs transformèrent si bien le régiment que bientôt, les traces des souffrances endurées quittèrent les traits des combattants.
Vendredi 18 août 1916, le général von Boehn commandant la 17e Division de Réserve, rassembla à Wargnies– le-Petit l’ensemble de sa Division pour la remercier pour les faits accomplis et son engagement durant ce combat en Somme. Le Ier bataillon s’y fit particulièrement remarquer et une mention particulière lui fut adressée. Un grand nombre de Croix de Fer fut distribué au son de notre musique militaire qui refit une apparition pour la circonstance. Le tout se clôtura par le défilé de la troupe avant de rejoindre les quartiers de repos. Ce fut comme au temps de paix jadis, que se déroula le défilé de ces hommes, fiers de leurs faits d’armes et admiratifs pour leur général aussi proche de sa troupe. Le général von Zieten commandant la Division et l’Oberst von Beczwarzowsky commandant la brigade, ne furent point avares de louanges.
En matière de combat, les gaz toxiques prirent une extension considérable si bien que les contre-mesures progressèrent de même façon. Le masque à gaz fut amélioré sensiblement par l’adjonction d’une cartouche dévissable et d’un remplacement aisé. L’utilisation de ces nouveaux masques fut instruite sous la surveillance des officiers (Gasschutz-Offiziere) formés spécialement et dans les chambres à gaz (Stinkraum) l’étanchéité absolue confirmée.
La suppression des permissions fut levée et des retours au pays accordés selon les besoins du service. Depuis la gare de Valenciennes les permissionnaires montèrent dans le D-Zug pour entamer un retour vers les siens. Maints soldats reclus dans l’abri de tranchée parmi les rats et rongés par les poux, rêvaient en secret de prendre ce train.
Dans la salle d’attente régnait une chaude ambiance de paix, rehaussée par la bière bavaroise servie bien fraiche.
La visite de Valenciennes et de ses sites pittoresques fut également prisée et pour quelques sous, l’achat de dentelles sera le cadeau à offrir à l’être cher là-bas, si loin.
Ici nous étions éloignés de la guerre, ce ne fut que sous un fort vent d’ouest que nous parvint le bruit de la bataille et les avions ennemis ne nous firent point de visite.
La gare de Valenciennes
Tout ceci ne concernait pas Albert. Il écrivit dans son carnet que dès 6H, le 20 août 1916, il prit la route vers la gare de Le Quesnoy puis le train pour Douai pour atteindre le Feldrekrutendepot du IX Reservekorps à Flers. Ce dépôt sera transféré 19 jours plus tard à Phalempin où se trouvait le haut commandement du corps d’armée. Il prit ses quartiers dans une villa près des rails du chemin de fer. Les attaques d’aéroplanes sont fréquentes et il dénombra la chute d’une soixantaine de bombes lors d’une incursion. Par navettes en camion de son groupe vers Pont à Vendin, une position de défense fut réalisée avec en alternance à Flers près de Douai, les exercices de tir au jugé à 150m (10-9-10)
Le temps de formation d’Albert tira à sa fin. Samedi le 16 septembre 1916 à Phalempin près de Lille un dernier exercice de tir eut lieu avec le masque à gaz sur le visage. Cible à 150m au jugé, 9-8-9. Le même jour, son excellence von Boehn inspecte le 2e dépôt de recrues du IXe corps de réserve. Deux jours plus tard Albert rejoignit l’IR 163.
En France le 12/09/1916 Albert Krentel est le 3e à partir de la droite.
Remarquons à cette date que le port de l’ancien casque à pointe n’est pas remplacé par le « Stahlhelm ». Ce n’est qu’au front que cet équipement fut versé.
Le IX. Reserve-Korps remplaça le 22 août 1916 le 2eBayerische Armeekorps en position près de Hulluch. Ainsi l’IR 163 releva des positions le 18e Bayerischen Infanterieregiment.
Avec les régiments de réserve 75 & 76, ils formaient les éléments de la 33e Brigade de réserve.
La position de défense se situait au sud de Haisnes, un village complètement détruit. Elle se composait d’une tranchée avant, d’une position intermédiaire puis de la seconde ligne de défense. Les tranchées furent reliées entre elles par des tranchées d’approche.
Le boyau de circulation se nommait « Rupprechtsgraben » (ou tranchée Robert) auquel on accédait par le « Rupprechtstor » qui lui, donnait sur la chaussée Meurchin – Wingels.
A Hulluch – entrée du boyau « Rupprecht » (Robert)
L’autre accès nommé Landauer Weg (route de Landau) puis les Kaiser et Holz Graben donnèrent entrée à la position de défense.
Près de la chaussée Haisnes-Hulluch, au point appelé « Pfälzer Hof», était implanté le poste de commandement du régiment.
La première ligne était occupée par deux bataillons, chaque avec trois compagnies réparties à l’avant, la quatrième en retrait dans la position intermédiaire.
Ces galeries étonnamment très profondes et étroites, creusées dans une terre meuble et calcaire qui s’effondrait rapidement, avaient les parois renforcées avec des tôles de 2 mètres de haut. Néanmoins lors d’une explosion d’obus près ou dans le dispositif, ces tôles formaient des obstructions qui furent difficilement relevables. En certaines positions, les parois furent stabilisées avec des planches de bois.
Les abris n’étaient pas très profond, en majorité de 18 marches mais seulement une entrée/sortie ce qui constituait un grand danger bien connu.
Les secteurs du bataillon à droite, avec le poste de commandement au point appelé « Zeppelinburg » (château Zeppelin), furent dénommés 3a, 3b, 3c et à gauche 4a, 4b, 4c. Le poste de commandement du bataillon à gauche fut appelé « Warschau » (Varsovie). Le bataillon au repos logeait à Carvin.
Ernst Jünger décrit dans son journal un tel emplacement de défense :
« Du premier coup d’œil, on différencie une tranchée de défense des premières réalisations du début de la guerre. Ce n’est plus une simple tranchée, mais maintenant elle est aménagée et creusée à une profondeur de deux à trois hommes **. Les soldats se déplacent comme sur un plancher de carrière, pour observer et tirer ils grimpent par une échelle sur des margelles en bois, la tête dépassant juste le niveau du sol. Le tireur se tient à son poste, protégé par des sacs de sable décalés d’un mince interstice de surveillance ou bien un bouclier métallique blindé dans lequel sera glissé le fût du fusil. La masse de terre excavée est entassée derrière la ligne, formant ainsi le mur défensif dorsal : dans ce mur de terre, les nids de mitrailleuses prennent place. A l’avant de la tranchée, la terre est étalée soigneusement pour libérer le champ de vision et de tir. Plusieurs rangées de barbelés et d’entrelacs de fils forment un obstacle qui retiendra l’attaquant et permettra au défenseur de tirer posément »
**- en ces temps la taille moyenne d’un homme fut de 1,60m, la tranchée avait 2,5m de profondeur au minimum.
Dans une tranchée allemande
Les obstacles à l’avant de la tranchée (barbelés, chevaux de frise)
Les obstacles de barbelés et de chevaux de frise sont envahis par les hautes herbes car sur ses champs abandonnés, la végétation reprend ses droits. Les fleurs sauvages qui fleurissaient localement parmi les céréales ont pris le dessus; ci et là émerge un petit buisson. Même les anciens chemins sont envahis mais se dessinent encore distinctement par la pousse du plantain à larges feuilles.
Dans cette nature redevenue sauvage les oiseaux sont à l’aise, telles les perdrix avec leur appel particulier durant la nuit ou bien les alouettes aux drilles matinales dès le lever du soleil, retentissent par-dessus ces trous.
Les attaques de flancs sont contrecarrées par les méandres réguliers du dispositif. Ces retours aux épaulements de l’excavation doivent contrer les tirs de flanquements; ainsi le combattant est protégé de l’arrière par le mur de terre, des cotés par ces retours de méandre d’épaulement et de l’avant par l’entassement des sacs de sable et de terre.
Pour le repos sont prévus les abris qui du simple trou seront améliorés en locaux fermés, dressés par des murs en bois et protégés au-dessus par des poutres et de la tôle bitumée puis recouverte d‘une bonne épaisseur de terre. D’une hauteur d’homme, leurs sols sont de niveau avec la margelle. Mais lors d’un tir ennemi d’artillerie lourde, l’abri se transforme en souricière et il valait plutôt rejoindre le fond du boyau.
Tranchée allemande près de Hulluch
Les galeries et boyaux sont renforcés avec de solides cadres en bois. Le premier est encastré à hauteur de semelle dans les murs et forme son entrée. Les suivants sont enfoncés plus bas à peu près de deux largeurs de main si bien que rapidement on gagne en protection. De cette façon se constitue un escalier; à la trentième marche on obtient 9 voire 12 m de terre d’épaisseur en protection. Des cadres plus grands, en ligne ou en angle droit contigus à cet escalier, forment le local d’habitation. Par les liaisons transversales souterraines, un réseau de boyaux mène vers le coté ennemi d’où partent les galeries d’écoute et selon, de pose de charges explosives.
Il faut se représenter le tout en une forteresse enterrée paraissant endormie, mais qui en ses entrailles abritait une activité d’observation, de corvée, de travaux de consolidation, le tout se transformant en quelques secondes dès l’alerte donnée, en une ruche fébrile. Inutile de se figurer une situation romantique; il règne plutôt une tranquillité engendrée par ce contact avec la terre.
Holger Ritter écrivit plus loin : « Le régiment en contact à droite, le R.I.R76, avait dans sa position le dénommé « Hohenzollernwerk » (ouvrage Hohenzollern). Ce fut un grand crassier de mine à charbon aménagé et continuellement miné par l’ennemi.
L’aile droite du 76e touchait le canal de La Bassée près du village La Bassée. A gauche nous étions en contact avec le R.I.R75. L’ennemi occupait un réseau dense de tranchées et galeries à 150m de nous. C’est au secteur 4a que la position ennemie fut au plus près de notre ligne.
Les environs sont dégagés mais un nombre important de crassiers de mines de charbon occupent la position ennemie si bien que celui-ci dispose d’une vue plongeante sur nos positions. La plus grande prudence de circulation derrière nos lignes fut requise. Notre grand trou de mine « Liederlich » défendait notre ligne avant.
Hulluch – trou « Liederlich » résultat de l’explosion d’une mine souterraine
L’ennemi réduisit son feu d’artillerie, tirant moins que ce à quoi nous fûmes habitués. Il avait certainement déplacé un nombre de ses canons vers la Somme. Par contre les feux de mortier prenaient une ampleur extraordinaire et particulièrement efficaces. La ligne avant subissait les coups au but et nous ne pûmes y répondre à cette supériorité.
La position près de Haisnes, secteur 3c
Le 25 août, le régiment dû mettre à disposition de la 6e Bayerischen Mineur-Kompagnie 190 hommes et 10 à la Pionier-Kompagnie 268. La guerre souterraine fut aussi à l’ordre du jour de cette position.
A Haisnes
La fosse n°13 près de la Cité St Elie
Samedi 26 août 1916 fut constituée cette compagnie de travaux, plus tard d’un grand renom. L’ossature fut constituée par un Vizefeldwebel, 6 sous-officiers et 50 hommes. Son officier fut l’Oberleutnant der Reserve Jürgensen qui avec sa brave compagnie réalisa un travail remarquable pour le régiment.
Qu’importe que soit créée une cuisine pour la compagnie, la pose de rails pour les wagonnets, la réalisation de quartiers avec évacuation des eaux, des ouvrages bétonnés, jamais cette compagnie ne baissa les bras.
Qu’elle soit en zone exposée ou non, de jour comme de nuit, cela n’avait aucune influence sur elle. Tout ce qui fut demandé fut réalisé, toujours prête et appliquée à aider en toutes circonstances. Elle jouissait d’une grande considération auprès le régiment.
La troupe fut six jours durant aux avants et pendant trois jours au repos à Carvin. Le bataillon de relève fut amené jusqu’à Meurchin par le train, celui-ci restant en gare chargea et ramena le bataillon relevé à Carvin. Le bataillon au repos à Carvin fut logé dans des quartiers propres quoiqu’exiguës.
Les après-midi notre musique régimentaire donnait l’aubade sur la Place du Marché et tout le bataillon assistait au concert. A l’apparition d’avions ennemis, ce qui fut souvent le cas, l’assistance disparut à toute vitesse et la place si animée fut vide en un instant. Aussitôt les avions éloignés, tous revinrent des abris en souriant et le joyeux concert reprit.
Malheureusement chaque compagnie des régiments du Armee Korps dû céder 16 hommes aux régiments de réserve 31 & 84 et qui plus tard formèrent le nouveau régiment 394. C’est à Carvin que l’ensemble fut constitué et rassemblé.
Il en fut de même pour plusieurs officiers de l’IR163 qui durent changer le N° d’épaulettes.
Notre adversaire tirait relativement peu d’obus d’artillerie mais compensait par des tirs de mortier pour nous harceler. L’infanterie resta au calme et n’entreprit que peu d’escarmouches et quand elle quittait sa tranchée pour un assaut, elle fut repoussée facilement si bien que l’attaque ne servit à rien.
Un jour, alors que nous entreprîmes un assaut en tenaille sur la tranchée adversaire depuis notre galerie « Paul », nos adversaires se laissèrent dépasser sans ouvrir le feu. Par un mouvement identique de ceux d’en face, le pionier Scharff trouva la mort, lui qui tout récemment fut muté du 163e à la Pionier- Kompagnie 340.
Carvin, la place du Marché – le foyer du soldat (Soldatenheim) se trouve dans l’immeuble à l’angle gauche avec la rue.
Il fut urgent de se renseigner de la nationalité et régiment de notre adversaire. Pour ce faire, une patrouille fut constituée par le sous-officier Scheel, l’aspirant Höwel et le « Musquetier Ralf10 ».
Ce trio put s’introduire facilement dans la tranchée adverse et faire trois victimes, mais elles ne portaient ni N°, ni écussons si bien qu’ils revinrent dans nos lignes sains et saufs, mais bredouilles.
Le RIR75 en position à gauche de notre secteur, fut retiré et le régiment 394 nouvellement constitué prit sa place. Nous qui avions tant mené d’actions communes avec ceux du 75e, ne les revîmes plus jamais car retirés de l’effectif de l’Armee-Korps.
Entretemps, le vendredi 15 septembre 1916, on attribua au régiment 12 mortiers servis par la Minenwerfer-Kompagnie sous la conduite du lieutenant de la réserve Meyer, mais qui pour l’instant n’avait pas pris ses fonctions.
Granatwerfer 16
Samedi 23 septembre 1916. Albert est envoyé dans les tranchées près de Hulluch et comme le fit chaque soldat, il nota dans son carnet les grades et noms de ses supérieurs.
Vorgesetzte beim Regiment 163 2. Kompagnie
Korporalschaftsführer Unteroffizier Schaft
Zugführer Vizefeldwebel Geinbintz
Kompagniefeldwebel Wilken
Kompagnieführer Leutnant Schmirza
Bataillonsführer Hauptmann Weede
Bataillonsadjudant Leutnant Würfel
Regimentskommandeur Oberstleutnant Sick
Divisionskommandeur Generalmajor von Ziethen
Korps Kommandeur seine Excellenz General der Infanterie von Boehn
La bataille à la Somme nécessitant une grande consommation de munitions d’artillerie, il nous fut recommandé de ne pas répondre aux harcèlements des mortiers ennemis.
Finalement la Division se résolut quand même à des représailles envers ces troublions de la tranquillité. Du 24 au 26 septembre débuta un tir combiné de mortiers et d’artillerie bien ajusté sur les positions ennemies qui réduisit leurs installations et mit fin à leurs velléités. Le calme revint.
Nous nous habituions à cette vie dans les tranchées et vaquions à nos occupations règlementaires quand arriva le 27 septembre avec l’ordre de relève du régiment. Dans la nuit du 27 au 28 septembre, l’IR 245 de la 54e Division prit possession de notre emplacement.
Albert nota dans son carnet « à 2H du matin relève par les Saxons du IR 245 »
Ce sera son second voyage dans la Somme ! Ainsi le temps d’adaptation d’Albert prit fin.
Plus tard, la bataille de la Somme s’inscrira dans l’Histoire comme une des plus meurtrières.
La relève du régiment à Haisnes se déroula sans problèmes. Nous étions rompus aux changements rapides et inopinés. Le 28 septembre, au petit matin, tous les bataillons et la compagnie de mitrailleurs furent à l’œuvre dans Carvin. Sur les routes régnaient une activité fébrile. Les chariots et camions de transport en attente de leur chargement étaient rangés devant les habitations et sur la place du Marché. Les employés aux écritures rangèrent les dossiers, les ouvriers arrêtèrent le travail en cours, machines à coudre et marteaux de cordonnier prirent place dans les grands camions, la roulante fumait, les musiciens du régiment emballèrent soigneusement leurs instruments, les lignes télégraphiques et appareils furent démontés ou selon, transférées aux successeurs, les habitations rangées et mises en ordre par un nettoyage poussé. Celui qui n’avait plus rien à faire pouvait prendre une dernière chope d’adieu, bref, ce fut le grand chamboulement d’un départ. Un train en gare, reconnaissable par sa composition de wagons de transport de troupe, attendait et nous savions qu’il sera pour nous.
