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Louise est porteuse d'eau. Louise a offensé un homme aisé. Louise doit voler un mouchoir en tissu. En 1828, une nouvelle couleur vient de faire son apparition : Alizarine.
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Seitenzahl: 27
Veröffentlichungsjahr: 2022
Louviers - 1826
Assise sur sa couche, le regard vague, les mains croisées et posées devant elle, Louise se souvenait. Elle voulait tellement comprendre. Les événements s’étaient enchaînés si vite. Une fois encore, elle repassait dans sa tête le déroulement de cette matinée pluvieuse de novembre à la recherche d’un indice.
Le mouchoir était là, juste devant elle, à portée de main, d’un rouge nouveau, limpide et profond. Louise ne pouvait pas se tromper, ce carré de tissu resplendissait au milieu des autres, essentiellement jaune pâle ou blancs. Le marchand l’avait même posé sur un petit cube de bois, comme une nappe ou le velours d’un écrin pour attirer l’attention des chalands. Jusqu’au dernier moment, elle se demanda si elle allait commettre son larcin. Elle scruta les gestes du vendeur, des clients et des passants, attendant le moment où personne ne la regarderait. Par chance, la pluie faisait baisser les yeux de tous ces inconnus qui déambulaient dans les allées bruyantes du marché de Louviers. Alors, cachée sous une épaisse couverture de laine dont elle se servait pour protéger sa robe, c’est un bras tremblant qu’elle tendit en direction du mouchoir coloré de l’étal. Elle le sentit du bout de ses doigts, l’attrapa et le ramena près de son corps avant de s’éloigner d’un pas leste. Il n’y avait eu aucune réaction dans la rue mais elle n’osait pas le sortir de sa cachette, de peur d’être surprise. Elle rentra chez elle le plus rapidement qu’elle put et ouvrit nerveusement la porte qu’elle referma sitôt à l’intérieur. C’était un petit appartement constitué d’une seule pièce. Voilà tout ce qu’elle réussissait à louer. Une cheminée trônait au milieu d’un des quatre murs, à côté d’un lit de paille. De l’autre côté, un évier fendu d’où l’eau s’écoulait plus ou moins claire selon les jours. Louise s’assit à une modeste table en bois, en plein centre de la pièce, sur laquelle elle exposa l’objet de sa convoitise et le regarda longuement avec tristesse.
On frappa alors à la porte. Les coups avaient été martelés nettement et puissamment, faisant bondir Louise qui rangea immédiatement le mouchoir dans sa poche et alla ouvrir. Deux hommes se tenaient devant elle, droits sous la pluie. L’un d’eux portait un uniforme de la gendarmerie. Il la dépassait d’une tête et avait de grandes mains burinées.
— Brigadier Barbeau, je suis accompagné de M. Mourier, magistrat. Pouvons-nous entrer ?
Ils joignirent le geste à la parole sans attendre de réponse.
— Mademoiselle, nous enquêtons sur le vol d’un mouchoir rouge sur le marché. Le méfait vient d’avoir lieu. Nous vous avons vue nerveuse en rentrant chez vous. Sauriez-vous quelque chose ?
Louise devint blême. Le ton soupçonneux du brigadier ne la rassurait pas.
— C’est... la pluie, bredouilla-t-elle. Je déteste être mouillée.
— Allons mademoiselle, voulez-vous vider vos poches de votre chef ou souhaitez-vous que je le fasse moi-même ? J’ai ordre de fouiller chaque recoin de votre logement.
