Alors, heureuses ? - Viviane Teitelbaum - E-Book

Alors, heureuses ? E-Book

Viviane Teitelbaum

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Beschreibung

On entend souvent parler du choix des femmes. Soit parce que d’aucun-e-s ne les considèrent comme incapables de faire un choix, soit parce qu’on leur reconnaît une autonomie qui implique de pouvoir choisir librement ou pas, soit parce qu’il est plus facile de tolérer des discriminations ou des violences en mettant le soi-disant choix à la charge des femmes.Dans de nombreux domaines où les femmes se battent pour leurs droits et leurs choix, ces derniers sont mis à mal par les conservatismes religieux ou politiques. Dans d’autres domaines, le législateur tend à décider à leur place. Mais que veut dire choisir ? Choisir, c’est sélectionner parmi différentes options. Par exemple, pour le mariage, je peux choisir si je veux me marier ou non. Si oui, je choisis qui j’ai envie d’épouser. Sauf dans le cas de mariages forcés ou cela ne peut être son choix puisque, qu’elle ait 10 ou 20 ans, on ne lui propose pas d’autre option. Ce n’est pas un vrai choix, d’une personne libre ! Choisir, c’est donc la faculté, libre et non contrainte, de sélectionner des alternatives parmi plusieurs options. Pour les femmes, ce n’est pas toujours aussi simple. Choisir librement n’est pas encore une réalité pour de nombreuses femmes tant en Europe que dans le monde, et ce, dans les différentes étapes de leur vie et dans de nombreux domaines lorsqu’elle ne peut faire un libre choixC’est à cela que cette publication tentera, entre autres, de répondre.Contributrices : Françoise Maisin, Bruna Sassi, Sylvie Lausberg, Isabelle Kempeneers, Christine Mironczyk, Sigrid Dieu, Bernadette Lenotte, Isabelle Steinkalik, Monique Bargibant, Catherine Haquenne, Viviane Teitelbaum, Amandine Parent. Sous la direction de Viviane Teitelbaum, présidente du Conseil des femmes francophones de Belgique (CFFB), de 2010 à 2018.

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Seitenzahl: 99

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Sous la direction de Viviane Teitelbaum

ALORS, HEUREUSES ?

    

Éditions Luc Pire (Renaissance S.A.)

Avenue du Château Jaco, 1 - 1410 Waterloo

éditions Luc Pire

www.editionslucpire.be

Alors heureuses ?

Corrections : Astrid Legrand

Mise en pages : Martine Gillet

ISBN : 978-2-87542-163-0

© Éditions Luc Pire, 2018

Tous droits réservés. Aucun élément de cette publication

ne peut être reproduit, introduit dans une banque de données ni publié sous quelque forme que ce soit, soit électronique, soit mécanique

ou de toute autre manière, sans l’accord écrit et préalable de l’éditeur.

Souvent, en Europe et en Belgique, on entend parler du « choix » des femmes lorsqu’elles sont en difficulté ou sujettes à des discriminations, ou encore lorsque d’aucun·e·s les considèrent comme incapables de faire un choix. Ou encore lorsqu’on leur attribue une autonomie ou une indépendance qui implique de pouvoir choisir librement, alors que ce n’est pas le cas, afin de pouvoir rejeter la responsabilité du soi-disant choix à charge des femmes elles-mêmes et ainsi tolérer les discriminations qui en découlent.

C’est pour cela que le Conseil des femmes francophones de Belgique (CFFB) a décidé, à travers sa commission Droits des femmes et interculturalité (DFI), de s’emparer du concept, de l’analyser, de le comprendre, à l’aune du féminisme qu’il défend.

Le CFFB est une association coupole qui réunit une soixantaine d’organisations de femmes et féministes ainsi que des membres individuelles. À travers des commissions, le Conseil définit des positions sur différents sujets qui sont ensuite validées par le conseil d’administration. Les prises de position sont ensuite rendues publiques à travers des colloques, conférences, publications et communiqués, mais aussi par un site internet 1.

Outre à Bruxelles, où se situe le siège social, le CFFB est présent dans des sections à Charleroi, Liège et Huy. Le Conseil est un organisme pluraliste, d’éducation permanente, agréé par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui bénéficie du soutien de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes et qui a pour objectif de grouper, associer, représenter des femmes et des associations de femmes, de tous milieux, opinions et situations, en vue de promouvoir leurs droits et leurs intérêts sociaux, culturels, politiques, économiques, dans le respect de leur autonomie.

À l’occasion de débats sur la prostitution et la marchandisation des corps, lorsque l’argument « C’est leur choix » est systématiquement opposé, le Conseil réplique. De même, pour le temps partiel et les conséquences sur les carrières des femmes qui tentent, tant bien que mal, de concilier vie privée et vie professionnelle. « Travailler mi-temps dans un emploi précaire ? Mais c’est son choix ! » Peut-être, mais pas toujours, pas dans la majorité des cas.

Le CFFB a, pour ce faire, énuméré les différents domaines dans lesquels les femmes sont enfermées par un choix trop souvent contraint.

Alors, nous nous sommes posé la question, que veut dire « choisir » ?

Il existe plusieurs définitions du « choix », mais nous avons pris le parti de dire que choisir, c’est pouvoir sélectionner parmi différentes options.

Cela concerne tant les choix économiques que le choix à disposer de son corps, que les choix culturels ou cultuels, ou encore les violences (toujours imposées) faites aux femmes.

Ce livre est structuré en deux parties. La première permet de comprendre la notion de choix sous l’angle psychologique grâce à Sylvie Lausberg 2, présidente du conseil d’administration depuis le 26 février 2018. Ensuite, je tente d’éclairer les expressions « libre choix » et « libre arbitre » d’un point de vue plus philosophique. Françoise Maisin, membre de notre commission DFI, a analysé et résumé le travail d’une chercheuse canadienne, Geneviève Szczepanik, pour rendre compte de la vision féministe, qui est loin d’être unanime.

Dans la deuxième partie, nous abordons, en trois volets, les différents sujets dans lesquels le choix est instrumentalisé pour justifier le sexisme ou les discriminations.

Dans le volet économique, Sigrid Dieu, présidente de la commission socio-économique, analyse la thématique du temps partiel de manière détaillée et complète. L’interruption de carrière est également abordée, tout comme la différence de choix dans l’orientation scolaire et professionnelle en fonction du genre, partie examinée par Catherine Haquenne, membre du CFFB.

Pour le volet éthique, je mets en exergue la question du choix dans la thématique controversée de la prostitution et donne la position du CFFB basée sur le travail de la commission Violences-Prostitution, présidée par Pascale Maquestiau.

Bernardette Lenotte, membre de différentes commissions (dont DFI), aborde la problématique non moins controversée de la gestation pour autrui, sur base de la position définie par le groupe de travail créé dans ce but et dont elle est membre.

Ensuite, j’analyse le droit à l’avortement, qui est malheureusement encore un de nos combats permanents, tout comme la question de la stérilisation.

Enfin, dans le volet religieux, je rappelle la position du CFFB sur le port du foulard à l’école – adoptée dès 2009 – et traite du voile en général dans la conclusion, sujets qui ont été fortement débattus au sein du Conseil et qui ont trouvé un consensus fragile.

Christine Myronczyk, membre de notre commission DFI évoque quant à elle les mariages forcés.

Dans la conclusion, le thème de la majorité sexuelle est mis en relief par Amandine Parent.

Enfin, certaines thématiques évoquées par Isabelle Kempeneers, Nelly Jazra ou Isabelle Steinkalik ont également influencé la discussion et la relecture, tout comme l’apport de Pascale Maquestiau. Toutes ont participé au travail collectif qui a abouti à ces analyses.

Enfin, c’est en tant que présidente sortante de la fonction, après huit années à la tête de cette association – que j’ai fièrement présidée –, que je signe également la conclusion de ce livre.

Par ailleurs, je tiens aussi à affirmer qu’aujourd’hui encore, les libres choix ne sont ni systématiques ni faciles pour la majorité des femmes. Même lorsqu’elles font des choix, leur comportement est parfois jugé, jaugé, condamné, et elles deviennent sujettes à différentes formes de harcèlement. Citons la romancière française Leïla Slimani 3 qui, récemment, s’est exprimée sur ce point : « Marcher dans la rue. Prendre le métro le soir. Mettre une minijupe, un décolleté et de hauts talons. Danser seule au milieu de la piste. Me maquiller comme un camion volé. Prendre un taxi en étant un peu ivre. M’allonger dans l’herbe à moitié dénudée. Faire du stop. Monter dans un Noctambus. Voyager seule. Boire seule un verre en terrasse. Courir sur un chemin désert. Attendre sur un banc. Draguer un homme, changer d’avis et passer mon chemin. Me fondre dans la foule du RER. Travailler la nuit. Allaiter mon enfant en public. Réclamer une augmentation. Dans ces moments de la vie, quotidiens et banals, je réclame le droit de ne pas être importunée. Le droit de ne même pas y penser. Je revendique ma liberté à ce qu’on ne commente pas mon attitude, mes vêtements, ma démarche, la forme de mes fesses, la taille de mes seins. Je revendique mon droit à la tranquillité, à la solitude, le droit de m’avancer sans avoir peur. Je ne veux pas seulement d’une liberté intérieure. Je veux la liberté de vivre dehors, à l’air libre, dans un monde qui est aussi un peu à moi. »

Il s’agit bien ici de pouvoir choisir, il s’agit bien ici de liberté.

Choisir de prendre son destin en main. De prendre la pilule sans jugement du pharmacien, de pouvoir avorter sans être condamné par la société.

Libres de nos choix ? De nos corps ? Aujourd’hui, pas vraiment, pas réellement, pas encore ou, plutôt, toujours pas !

Choisir librement n’est pas encore une réalité pour de nombreuses femmes tant en Europe que dans le reste du monde, et ce, dans les différentes étapes de leur vie et dans de nombreux domaines.

Moi, je peux choisir librement, mais des millions de femmes ne le peuvent pas, et c’est en leur nom que nous, membres du CFFB, avons écrit ce texte.

Viviane Teitelbaum

Présidente sortante du CFFB 4

et présidente de la commission Droits

des femmes et interculturalité

Mars 2018

1. http://www.cffb.be/presentation.

2. Historienne et psychanalyste.

3. Leïla Slimani, prix Goncourt 2016, dans la tribune « Un porc, tu nais ? », Libération, 12 janvier 2018.

4. De février 2010 à février 2018.

PARTIE 1

Le choix

Chapitre 1

Le choix psychologique

Que signifie l’acte de choisir ?

Personne n’ignore que nos choix – quels qu’ils soient – sont soumis à des contraintes assimilées ou extérieures auxquelles nous ne pouvons que difficilement nous soustraire.

Selon les circonstances, ces contraintes psychiques sont intégrées, invisibles ou inconscientes.

Les contraintes intégrées proviennent d’une injonction passée et extérieure, mais déterminante au moment où la personne se trouve dans l’obligation de choisir.

Les contraintes invisibles ont ceci de sournois que la personne qui y est soumise ressent réellement une pression, mais est incapable d’identifier la contrainte comme telle.

Enfin, la contrainte peut être inconsciente et émaner directement du processus de construction psychique de l’individu.

Cette dernière est sans doute la moins évidente à saisir, l’inconscient restant finalement une notion très vague pour la majorité d’entre nous. Comment l’appréhender ? Peut-être en réalisant pour commencer que la construction psychique des individus est inhérente à l’environnement dans lequel l’être humain voit le jour. Autrement dit, l’être humain est défini au moment même de sa naissance et de son inscription au sein de la société, le plus souvent comme fille ou comme garçon. Pour le sujet qui nous occupe, se posera la question de savoir dans quelle mesure les choix sont davantage contraignants pour les filles que pour les garçons ?

La sexuation et ses implications

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’assignation sexuelle ne commence pas avec la reconnaissance – visuelle, matérielle et physique – d’une différence sexuelle. On imagine souvent que le surgissement de cette différence sexuelle s’origine et s’effectue alors que la petite fille remarque qu’elle n’a pas de zizi et, inversement, lorsque le petit garçon réalise qu’il en a un. C’est un peu court.

En réalité, l’enfant in utero est déjà l’objet du fantasme parental. Dissimulé dans le ventre de sa mère, il ou elle est déjà l’objet d’un « discours », c’est-à-dire d’espoirs, d’attentes, de projections, discours déterminant, conscient et/ou inconscient dans le chef de ses parents.

Ce discours est multiforme, il en existe autant qu’il existe de parents. Cependant, certaines formes discursives sont récurrentes, parmi lesquelles les grands classiques : « C’est une fille ou un garçon ? », « Fille ou garçon, peu importe » ou « Encore une fille ! »

Depuis la conception et durant toute la grossesse, de nombreux éléments de la vie d’une femme ou d’un couple sont susceptibles de moduler la perception et le discours se rapportant à l’attente de l’enfant.

Quand l’enfant naît, après une longue attente, il est donc déjà le fruit d’un discours anténatal qui en dit long et dont résulte, par exemple, sa nomination.

Dira-t-on le « bébé », l’« enfant », le « nourrisson », le « petit » ? Conjointement au prénom, il y a mille manières de nommer et désigner l’enfant tout juste né.

On le constate donc, l’assignation sexuelle précède la naissance.

Ensuite, dès sa venue au monde, l’enfant va se construire en fonction d’autres discours, de mots et d’actes posés.

Des gestes, apparemment insignifiants, ont également une incidence sur la construction psychique du bébé : le comportement de ses parents, les cajoleries dont il fait (ou non) l’objet, les regards qui lui sont adressés, la façon dont il est montré et présenté au monde.

Tous les comportements parentaux concourent à façonner l’enfant et la manière qu’il aura de traduire ou entrer dans une forme de compréhension des choses. Compréhension/traduction qui sera déterminante et absolument nécessaire lorsqu’il s’agira pour l’enfant, et ensuite l’adulte, de poser des choix ou d’exercer une forme de liberté de choix.

La sexuation (et donc la différence sexuelle) a des conséquences directes sur la façon dont l’enfant est traité par son petit monde et par la société en général.

La société tout entière est structurée autour de cette différence sexuelle, qui ne se limite pas à une simple « répartition » fille-garçon.