Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Un romancier en panne d'inspiration, prends quelques semaines de vacances dans le Haut-Doubs sur le conseil de son éditeur. Il a réservé dans un logis hôtel que l'on appelle "le chalet". Il espère que pendant son séjour il retrouvera l'envie d'écrire. Il fera la connaissance d'Anna, une serveuse du restaurant qui lui indiquera quelques endroits à visiter dont "les échelles de la mort". Pendant son séjour sa curiosité de romancier l'amènera à faire des recherches sur l'origine de ce nom. Il se liera d'amitié avec un vieux paysan suisse qui lui racontera l'histoire de Jacob. Au fur et à mesure de la progression de son enquête et de son séjour, il tombera éperdument amoureux d'Anna qui lui redonnera l'envie d'écrire. Mais ce qu'il découvrira en rédigeant son nouveau roman bouleversera la vie de cette jeune personne ainsi que de toute sa famille.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 232
Veröffentlichungsjahr: 2023
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Avant-Propos
Chapitre I
Chapitre II
Chapitre III
Chapitre IV
Chapitre V
Chapitre VI
Chapitre VII
Chapitre VIII
Chapitre IX
Chapitre X
Un romancier en panne d'inspiration, prend quelques semaines de vacances dans le Haut-Doubs sur le conseil de son éditeur.
Il a réservé dans un logis hôtel que l'on appelle "le chalet". Il espère que pendant son séjour, il retrouvera l'envie d'écrire. Il fera la connaissance d'Anna, une serveuse du restaurant, qui lui indiquera quelques endroits à visiter dont "les échelles de la mort”.
Pendant son séjour, sa curiosité de romancier l’amènera à faire des recherches sur l'origine de ce nom. Il se liera d'amitié avec un vieux paysan suisse qui lui racontera l'histoire de Jacob.
Au fur et à mesure de la progression de son enquête et de son séjour, il tombera éperdument amoureux d'Anna qui lui redonnera l'envie d'écrire.
Mais ce qu'il découvrira en rédigeant son nouveau roman bouleversera la vie de cette jeune personne ainsi que toute sa famille.
J'arrivai enfin à Charquemont, au milieu des pâturages, et des sapins du Haut-Doubs proche de la frontière suisse. J’avais besoin de me ressourcer et de me changer les idées après cette année difficile.
Mon dernier livre avait eu un franc succès, mais depuis sa parution, j'étais en manque d'inspiration. La panne sèche, plus aucune envie d’écrire, sûrement un excès de travail.
Ce séjour qui serait complètement dépaysant, me permettrait peut-être de sortir de cette impasse. Mon éditeur m'avait conseillé cette adresse en me disant :
« Tu verras Alexandre, c'est un lieu tranquille et reposant, tu seras au bout du monde. »
Je garai ma voiture sur le parking et en descendant de mon véhicule, je remarquai la vue admirable sur la prairie et non loin la forêt de sapins. J'étais accueilli par un tintamarre de clarines. Les vaches dans le pré à proximité déambulaient tout doucement en dévorant cette bonne herbe bien verte que la nature leur offrait. Cette cacophonie me changeait du concert de klaxons des conducteurs bloqués sur les artères de la capitale. J'aperçus au loin le toit d'une habitation, la route que j'avais empruntée se terminait certainement devant celle-ci.
Ensuite, la forêt à perte de vue. Après avoir respiré à pleins poumons cet air frais et vivifiant qui me changeait de la région parisienne, je pris mon bagage pour entrer.
La bâtisse était une ancienne ferme rénovée d'après ce que j'avais lu dans le dépliant. Toutefois elle ressemblait plus à un chalet du Jura. Une jeune femme vint me voir pour me souhaiter la bienvenue.
Après avoir accompli les formalités, j’accédai à ma chambre. La vue sur les vallons était imprenable. Je regardais la nature en songeant que mon éditeur avait eu une riche idée de m'avoir conseillé cette adresse. Je défis ma valise pour mettre mes affaires dans l'armoire ; il était à peine 18 h, j'avais du temps avant le dîner.
Je descendis pour me balader. Je rencontrai la jeune personne qui m'avait reçu, elle préparait les tables dans la salle du restaurant.
Je n'avais pas remarqué tout de suite en arrivant sa belle chevelure rousse, ses yeux d'un bleu éclatant et les quelques taches de rousseur sur ses pommettes.
Quand je la croisai, elle me souhaita une bonne promenade. Je me retournai, elle fit de même m'adressant un sourire ; je continuai mon chemin.
Je pris la direction de la dernière habitation, non loin s'étendait la forêt : j'avais un besoin urgent de découvrir la nature environnante.
Je marchais depuis un moment quand j'ai rencontré sur le chemin une femme, elle était habillée d'une salopette grise et avait aux pieds des bottes, elle tenait à la main un long bâton. Elle devait revenir d'un champ, elle m'observa quelques instants et s'arrêta.
« Bonjour, vous cherchez quelque chose jeune homme ?
– Effectivement, le chemin pour rejoindre la forêt.
– Ah ! Vous n'êtes pas dans la bonne direction, mais vous pouvez passer par la ferme, vous rattraperez le sentier qui est juste derrière et qui mène aux échelles de la mort.
– Ah, merci c'est très gentil de votre part, je viens d'arriver, je loge au chalet et en attendant l’heure du dîner, je souhaitais visiter le coin.
– Vous avez raison, la campagne est magnifique.
– Merci beaucoup pour le renseignement ; désolé d'avoir pénétré dans votre propriété.
– Ce n'est pas grave cher Monsieur, bonne promenade. »
Je la traversai pour rejoindre le chemin. Après quelques minutes, je pénétrai dans la forêt. Je remplissais mes poumons d'un parfum boisé de pins et de sapins. L’odeur de la résine qui suinte sur les branches, celle des épines à la fois fraîches et vertes, chaudes et fusantes me fit un bien fou. Je me régalais d’être venu dans cette région.
Je rentrai vers 19 h. Quelques clients étaient déjà attablés, j'allai me rafraîchir pour redescendre un peu plus tard.
Quand je pénétrai dans la salle, toutes les tables étaient prises sauf une dans un coin. La serveuse qui courait dans tous les sens me fit signe avec un petit sourire en me désignant ma place.
Heureusement, qu'elle était secondée, car je la voyais mal faire le service toute seule.
Je les regardais toutes les deux passer de table en table, comme deux abeilles butinant de fleur en fleur. Il y a eu un petit moment d'accalmie, celle qui m'avait reçu si gentiment vint vers moi.
« Je suis désolée, tout le monde est arrivé en même temps, je vous ai un peu abandonné.
– Ne vous inquiétez pas, je suis en vacances, donc j'ai tout mon temps. »
Elle me sourit et prit ma commande. De mon petit coin tranquille, j’observais les gens. Le ballet des deux serveuses reprit. J'étais impressionné par cette jeune femme rousse qui virevoltait entre les tables pour satisfaire chaque client avec le sourire. À un moment, elle tourna la tête dans ma direction, elle avait dû sentir mon regard insistant. Elle ne fit aucune remarque en m'apportant mon plat.
De temps en temps, elle passait me voir et me demandait si tout était parfait, je lui faisais signe avec la main. Quand elle m'apporta mon dessert, la salle était pratiquement vide.
Je terminai en prenant un café et sortis pour prendre un peu l'air avant d'aller me coucher.
Il faisait bon en cette fin de mois de juin, je m'assis sur le banc qui se trouvait sur la terrasse du restaurant. Je restai là, à contempler la nature. Peu de temps après les deux serveuses sortirent faire une pause. L'une allumait une cigarette, l'autre, celle qui m'avait accueilli soufflait un peu. Je tournai mon regard vers elle :
« Vous avez l'air épuisé.
– Oui, mais tous les soirs c'est pareil.
– Je peux vous poser une question, je me suis promené vers la ferme, une femme m'a indiqué un chemin pour aller en forêt en direction des échelles de la mort.
– Oui, c'est exact, un sentier passe derrière la bâtisse, vous avez dû rencontrer ma mère.
– Ah, vous habitez à la ferme, vous êtes près de votre lieu de travail.
– Effectivement, à la disposition de ma patronne : ma tante. »
Elle rit en disant cela. Pendant ce temps sa collègue finissait sa cigarette.
« Vous pouvez me dire ce que sont les échelles de la mort ?
– Oui, mais pas tout de suite, je dois terminer mon service, par contre si vous êtes dehors d'ici une heure, je vous donnerai l'information.
– D'accord, je serai là, il fait tellement bon que je n'ai pas envie de me coucher encore. »
Le temps passa assez vite, je contemplais le paysage en profitant de la clarté. La lune était bien haute et surtout pleine, elle éclairait la nature.
Au loin près du bois, une ombre se détacha, une biche venait paître dans le pré, les vaches continuèrent de leur côté sans se soucier de sa présence. Mon regard resta figé sur cette scène étonnante, franchement j'étais bien. Une petite voix m'interpella, c'était la serveuse qui revenait, elle s'assit à côté de moi.
« Le paysage est splendide !
– Oui, ça me change de la région parisienne.
– Ah vous venez de Paris, ça doit vous faire un sacré bouleversement.
– Oui effectivement.
– Je ne suis jamais allée dans la capitale, j'espère m'y rendre un jour. »
J'ai tourné la tête pour l'observer, elle s'arrêta de parler. Je la dévisageai : sa chevelure rousse était retenue à l'arrière par un chouchou. Je ne la quittais pas des yeux, son visage fin faisait ressortir son regard d'un bleu azur. Je n’avais jamais vu une femme aussi belle.
« Bon, que voulez-vous savoir sur les échelles de la mort ?
– Tout... C'est quoi exactement ? »
Elle commença à me raconter :
« C'est un parcours de randonnée accessible à tout le monde à condition de ne pas avoir le vertige. Là, vous pouvez descendre en direction des berges du Doubs par les échelles qui sont en acier.
Avant elles étaient en bois, utilisées par les contrebandiers pour leur petit commerce. A cette époque, certains sont morts en faisant ce trafic d'où son nom.
C'est un lieu touristique très prisé des vacanciers. C'est une belle promenade, je l'ai faite maintes fois quand j'étais plus jeune, maintenant je montre le chemin aux touristes. »
Un grand sourire illumina son visage, elle me prenait vraiment pour un membre de cette corporation. En fin de compte, je suis là pour me reposer et visiter, je suis donc un touriste.
« C'est loin ?
– Non, pour y accéder, vous prenez le chemin derrière l'étable pour arriver au belvédère avec une vue fantastique sur la vallée du Doubs. Les échelles seront sur votre droite.
– Merci beaucoup, je vais dès demain m'y promener. »
Elle me raconta que pendant la deuxième guerre mondiale de nombreuses personnes qui fuyaient les nazis passaient par cet endroit pour se réfugier en Suisse.
Elle stoppa subitement, son regard était insistant.
« Je peux vous poser une question ?
– Oui bien sûr.
– J'ai l'impression de vous avoir déjà vu.
– Peu probable, c'est la première fois que je viens ici. À moins que vous n'ayez vu ma photo sur un de mes romans.
– C'est ça, j'y suis maintenant, j'ai vu votre portrait au dos d'un livre que ma mère a lu récemment, par contre je ne me rappelle plus du titre. »
Elle dit cela avec un tel sourire que je lui pardonnai son oubli. Elle était désolée et allait rechercher le livre en rentrant, me dit-elle.
« Vous êtes romancier, vous venez ici pour écrire ?
– Non pour me reposer et retrouver l’inspiration.
– Ah, dommage ! »
Elle se leva, il était plus de minuit, pour elle, la journée avait été longue et fatigante. Elle me tendit la main.
« Bon ben... Au revoir Monsieur. »
J'éclatai de rire, son visage se figea.
« Non, pas monsieur, j'ai l'impression de prendre un coup de vieux, mon prénom est Alexandre... Et vous ?
– Moi, c'est Anna, mais je dois vous appeler monsieur dans le travail.
– D'accord si vous êtes obligée, par contre en dehors ça sera Anna et Alexandre. »
Un sourire un peu gêné apparut sur son visage, on se serra la main en se souhaitant une bonne nuit. Elle partit en direction de la ferme. Je la suivis du regard tandis qu'elle s'éloignait dans la pénombre, elle se retourna brièvement avant de disparaître.
Je pensais à cette serveuse très sympathique qui désirait dire « Monsieur » alors que l'on avait visiblement peu de différence d'âge. Je ferai attention demain afin qu'elle n'ait pas de remontrance de la part de sa tante. J'ai pu remarquer qu'elle était très à cheval sur beaucoup de principes.
Je restai là encore quelques instants avant de monter dans ma chambre.
Le lendemain matin, je fus réveillé de bonne heure par la lumière du jour, j'avais laissé la fenêtre et les volets ouverts pour profiter de la douceur de la nuit.
J'admirai la nature qui s'était éveillée bien avant moi. Le soleil brillait déjà, il allait faire une excellente journée. Je descendis prendre mon petitdéjeuner. Anna était déjà au travail, quand je passai près d'elle :
« Bonjour Monsieur, vous pouvez prendre la même table qu'hier soir.
– Merci Mademoiselle. »
Elle hocha la tête avec un sourire discret, sa tante nous regardait. Elle surveillait sa nièce, je la soupçonnais de nous avoir vu la veille en pleine discussion sur le banc.
Après, je partis faire un tour, je pris le sentier derrière l'étable pour arriver au belvédère. Le point de vue était vertigineux. Des randonneurs empruntaient les échelles deux par deux. La pente était raide, mais pas dangereuse à condition de respecter les consignes de sécurité qui étaient affichées. Elle pouvait donner des sensations fortes, parce qu'il fallait descendre pratiquement de cent mètres pour arriver en bas sur les berges du Doubs.
Je n'ai pas voulu me lancer, il y avait trop de monde, j'avais le temps pour le faire un autre jour. Je suis resté là, à observer le paysage ensuite après quelques minutes je repartis en direction du chalet.
En arrivant, je croisai la mère d’Anna, je lui fis un signe pour lui dire bonjour. Elle vint dans ma direction et m'interpella.
« Bonjour vous avez trouvé les échelles ?
– Oui, mais il y a trop de monde aujourd'hui, je verrai une autre fois pour les descendre. »
Je m'aventurai à lui poser une question.
« Vous connaissez leur histoire ?
– Oui, un peu, par contre ma mère la connait mieux.
– Je suis curieux de nature, votre fille m'en a parlé hier soir, seulement j'aimerais en savoir davantage. »
Elle me regarda étonnée par mes dernières paroles concernant sa fille.
« Bah, venez prendre un café, je vous présenterai ma mère, si elle est disposée, elle pourra vous en dire plus. »
J'entrai dans la cuisine avec elle, sa mère écossait des haricots, elle fut surprise de me voir. Sa fille fit les présentations, sa mère me regarda intriguée par ma demande.
« Pourquoi voulez-vous connaître l'origine des échelles ?
– Par curiosité, je suis écrivain et j'aime les histoires. »
Elle m'observait tout en continuant son travail, sa fille me servit un café. J'étais assis devant elle sur le banc, sur la grande table en bois, elle poussa un tas de haricots vers moi.
« Posez-moi des questions et je verrai si je peux vous répondre, en attendant aidez-moi à les écosser. »
Sa fille qui buvait une tasse de café près de la grande cuisinière faillit s'étouffer avec son breuvage. Imperturbable sa mère me fixait et m'encourageait à commencer.
Je m’exécutai, elle débuta son récit :
«Mon cher Monsieur, à une certaine époque, les échelles étaient utilisées par des contrebandiers, le site enclavé dans la haute vallée du Doubs favorisait le petit commerce. Elle est appelée la vallée de la mort. Pendant cette période, c'était un haut lieu de la contrebande nécessaire pour la survie des gens. Avant elles étaient en bois et les contrebandiers les cachaient dans la végétation afin d'éviter les douaniers. Aujourd'hui, elles sont en acier et fixées à la roche. Vous pouvez ainsi rejoindre le belvédère à partir du Doubs ou descendre en direction de la Suisse, c'est une belle promenade. Pendant la seconde guerre, beaucoup de gens sont passés par là pour fuir les Allemands. »
Elle s'arrêta brusquement de parler, son visage se ferma. Je me retournai vers la mère d’Anna. Elle me fit signe qu'elle ne me dirait plus rien. J’avais fini mon café et le tas de haricots, je la remerciai et pris congé.
Dehors, la mère d'Anna qui m'avait accompagné ; déclara :
« Ma mère ne vous dira plus rien.
– Pourquoi s'est-elle arrêtée subitement ?
– Ah, mon père, son grand amour a disparu en 42. Il était parti en éclaireur en Suisse par les échelles et il n'est jamais revenu. C'est une longue histoire, si vous avez du temps un jour, je vous raconterai... Si cela vous intéresse. »
Je saluai cette femme en la remerciant et quittai la ferme avec une drôle d'impression, j'avais envie d'en savoir plus.
J'arrivai au restaurant pour déjeuner, Anna vint pendre la commande. Je lui parlai discrètement.
« En revenant du belvédère, j'ai rencontré votre mère et j'ai pris le café avec votre grand-mère. »
Déconcertée, elle me regarda :
« Pardon avec... »
Elle ne continua pas et moi j'ai parlé de ma commande, parce que sa tante nous observait. Je remerciai Anna, elle repartit vers la cuisine. Je ne sais pas pourquoi, j'ai dit à cette jeune femme que j'avais pris le café avec sa famille. De toute évidence j'étais attiré par elle, j'avais envie de lier la conversation.
Le repas fut rapide, je ne pris qu'un plat, je demandai à Anna si je pouvais boire le café en terrasse, elle me fit un signe d’acceptation. Dehors, au soleil, je vis arriver sa tante avec une tasse.
« Tout va bien monsieur, vous n'avez pas de reproches à faire pour le service ?
– Non, pourquoi ?
– Bah, je vous voyais discuter avec ma serveuse et je pensais que vous aviez une réclamation.
– Non madame tout est parfait, je suis heureux de manger et de séjourner chez vous.
– Bien, tant mieux... Je peux vous demander quelque chose ?
– Oui bien sûr.
– Est-ce que je pourrais avoir une dédicace de votre dernier roman, je l'ai lu, c'est une belle histoire.
– Absolument, apportez le moi. »
Je fus surpris par sa demande après notre discussion. C'était donc pour ça, les regards, la surveillance, elle m'avait reconnu et pas pour la discussion d'hier soir avec sa nièce sur le banc jusqu'à tard, du moins c'est ce que je désirais croire.
Elle revint rapidement et je lui dédicaçai mon livre, elle repartit heureuse. Anna qui a vu sa tante joyeuse à son retour dans le restaurant avec un livre à la main, m'a regardé par la baie vitrée. Je n'ai fait aucun signe et aucune expression sur mon visage ne pouvait l'informer de ce qui s'était passé.
Je bus mon café en pensant à cette scène. Je riais tout seul quand Anna vint débarrasser ma table. Elle me regarda ébahie en voyant mon sourire, elle prit la tasse et regagna la salle.
Je partis toute l’après-midi en voiture.
J'empruntai la route très sinueuse pour atteindre les berges du Doubs. Il me fallut à peine quinze minutes pour arriver au pied des échelles de la mort. En me promenant, je regardais le haut de la falaise, des randonneurs descendaient prudemment.
Un homme âgé était assis sur un muret et passait son temps à observer comme moi les touristes.
Je me dirigeai vers lui et j'engageai la conversation.
« Bonjour Monsieur, ça doit donner des sensations fortes quand on gravit les marches jusqu'au belvédère. »
L'homme ne broncha pas, il continua à fixer les randonneurs.
Je restai près de lui, sans rien ajouter, il n'avait peut-être pas envie de me parler. J'allais continuer ma visite à pied quand :
« Ah, mon brave, les sensations étaient plus fortes quand on faisait notre petit commerce. Il fallait nous voir avec nos marchandises grimper jusqu'en haut sans se faire prendre par les Gabelous. »
En voyant mon étonnement, il me précisa que c'était le surnom des douaniers.
« Pendant la guerre vous avez dû stopper votre petit commerce ?
– Non, néanmoins il fallait faire doublement attention, les patrouilles allemandes et françaises étaient nombreuses. Seulement le danger ne venait pas que des militaires, mais également de la situation.
Les gens qui fuyaient passaient en nombre et on se croisait. Certains étaient affolés et tombaient, parce qu'ils avaient le vertige ou se précipitaient de peur d'être pris par les Allemands.
Parfois de bon matin, on trouvait un cadavre au pied de la falaise, triste époque ! »
Son visage changea, des pensées d'un autre temps devaient revenir dans sa mémoire.
Pendant la guerre, il avait dû vivre à coup sûr des moments douloureux. Il réajusta sa casquette et se mura dans le silence. Je restai à côté de lui quelques minutes avant de partir.
« Au-revoir, Monsieur, merci pour vos informations.
– Moi c'est Léon.
– Oh pardon, moi c'est Alexandre. »
Son regard triste dirigé vers les échelles, il devait penser à cette période. Je pris le chemin du retour, j'arrivai au chalet. Tout était tranquille, la patronne répondait au téléphone, je montai dans ma chambre.
De la fenêtre, le spectacle de la nature était éblouissant. Dans le pré, les vaches broutaient sous le soleil et un ciel sans nuage. J'entendis le bruit des cloches qu’elles portaient autour du cou, c'était une véritable symphonie. Je décidai de repartir me promener, je n'allais pas rester enfermé par un si beau temps.
Je pris tranquillement la direction de la sapinière en passant derrière la propriété. Anna était avec sa mère, je leur fis signe de la main, toutes les deux me répondirent. Je remarquai qu'elles parlaient, elles restèrent un moment à m'observer. J'avais le sentiment que j'étais au centre de leur discussion. Je continuai mon chemin en direction du belvédère.
Il était environ 17 h quand j'arrivai, il n'y avait plus personne, la vue était très belle, mon regard se tourna vers les échelles. Je regardai vers le bas, c'était quand même une descente assez raide, il ne fallait pas se louper.
Je repensai à ce que m'avait rapporté Léon. Mon imagination d'écrivain m’amenait à évoquer cette époque douloureuse de la seconde guerre mondiale. J'imaginai des couples avec des enfants et un bagage restreint dévaler précipitamment les marches pour atteindre la liberté.
Je sortis de ma réflexion quand j'entendis une voix m'interpeller.
« Vous ne descendez pas, vous avez le vertige ? »
Je me retournai, c'était Anna un grand sourire sur le visage.
« Non, mais je repensais à ce que m'avait dit un vieux paysan que j'ai rencontré au début de l’après-midi et qui m'a raconté que pendant les années terribles de la guerre, des gens tentaient de s'échapper par ici, et que malheureusement certains ont fait une chute mortelle. »
Anna me scrutait sans dire un mot, son visage avait changé, son sourire s'estompa.
« Oui, des gens ont disparu, dont mon grandpère.
– Oui, votre mère m'en a parlé !
– Il fuyait les Allemands, il était juif. Avec sa femme ils sont arrivés à la ferme. Vous l'avez rencontrée, c'est ma grand-mère. De nuit, il est parti pour rejoindre la Suisse et trouver un lieu sûr pour qu'elle accouche.
– Que s'est-il passé ?
– On ne sait pas, ma grand-mère est restée à l'attendre, il n'est jamais revenu la chercher.
– Votre grand-mère devait craindre les Allemands ?
– Non, elle était catholique et ses papiers étaient encore à son nom. Ils s'étaient enfuis de Paris en juillet 42.
Elle fuyait les Allemands et voulait que son bébé naisse dans un pays libre. »
Un silence s'installa entre nous. Son regard dirigé vers l'horizon, elle ne parlait plus. Aucune expression sur son visage : je suis sûr qu'elle pensait à son grand-père.
Elle se leva subitement du banc.
« Désolée, il faut que je retourne au travail. »
Un petit sourire, elle se dirigea d'un pas rapide sur le sentier.
Je restai là, à suivre des yeux cette jeune femme qui m'intriguait de plus en plus après ses dernières révélations.
Peut-être la curiosité de l'écrivain que j'étais, ou, tout simplement, l'envie de savoir ce qu'était devenu son grand-père. Elle avait à peine fait vingt mètres, qu'elle se retourna pour me faire un signe.
Je l'ai suivie du regard pendant un moment, elle tourna la tête plusieurs fois comme si elle sentait que je l'observais. Elle disparut après une courbe, j'en profitais pour admirer le paysage impressionnant de la vallée de la mort comme l'appelaient les gens de la région.
Mais je ne pouvais pas me sortir de la tête, ce que m'avait raconté Léon et le mystère de la disparition du grand-père d’Anna.
Le soleil descendait tout doucement, je pris le chemin du retour. Le restaurant était pratiquement complet quand je pénétrai dans la salle, je retrouvai ma place.
Ce ne fut pas Anna qui me servit, mais sa collègue. Je dînai rapidement. Anna passa plusieurs fois à côté de ma table, elle ne tourna jamais la tête dans ma direction.
Après notre entrevue de la veille, avait-elle eu une remontrance ?
Pendant tout le repas, je fis très attention afin que sa tante ne remarque pas mon regard insistant. Car j'étais attiré par cette jeune femme. Le repas achevé, je pris le café sur la terrasse pour profiter de la nature, et de cette agréable fin de soirée.
Il était tard quand j'allai me coucher ; je vis la patronne qui discutait avec sa nièce.
En montant l'escalier, je me retournai, Anna me regarda, un sourire discret apparut, je continuai mon chemin.
J'étais sous son charme, elle était vraiment ravissante. Mais était-ce Anna qui m'intriguait le plus ou l'histoire de son grand-père qui avait disparu ?
Allongé sur le lit, je pensais à cette jeune femme et je me posais des questions. J'avais envie d'en savoir davantage sur cette disparition.
Ma curiosité reprenait le dessus, il fallait que je continue mes investigations pour découvrir son histoire.
Le lendemain, après le déjeuner, je décidai de descendre les fameuses échelles de la mort. En arrivant au belvédère, désert, je regardai du haut de la première échelle, et d'un pas hésitant, je me lançai.
Une impression étrange traversa mon esprit quand je déposai mes pieds sur les premières marches. C'était vertigineux, mais très agréable en même temps d'admirer le paysage de cette hauteur.
Mon imagination reprenait le dessus, je voyageais dans le temps et voyais les gens qui descendaient pour fuir précipitamment l'inimaginable destin que leur réservaient les nazis.
Je terminai la dernière échelle et je mis le pied sur le sol. Je me retournai pour voir le chemin accompli. Mon regard resta fixé quelques instants dans la direction du belvédère. J'étais descendu sans précipitation en faisant très attention, car les marches étaient humides.
J'avais pu prendre mon temps, je n'avais aucune menace comme avait dû avoir les réfugiés qui fuyaient les Allemands. Un frisson parcourut tout mon corps, c'était vraiment impressionnant. Je continuai mon chemin, je vis de loin un vieil homme assis sur le muret au bord du Doubs, c'était Léon.
Je me dirigeai vers lui :
« Bonjour vous allez bien ?
– Ah c'est vous, je vous ai vu de loin, vous êtes le premier que je vois descendre aujourd'hui.
– Ah bon ! L'ai-je bien descendu ? »
Il ajouta d'un ton amusé.
« Ah... Vous vous prenez pour Line Renaud au Casino de Paris.
– Non, aucune crainte, néanmoins j'étais fébrile pendant tout le chemin.
– Je l'ai vu vos pas étaient incertains. »
Il sourit et continua son observation, d'autres personnes empruntaient les échelles. Je m'assis à côté de lui, émerveillé par le spectacle. Apparemment il venait souvent sur ce muret pour passer le temps.
Après quelques minutes, j'osai lui poser des questions sur les réfugiés qu'il avait dû apercevoir pendant la guerre.
Je pensais au grand-père d'Anna.
« Vous avez vu beaucoup de personnes qui passaient la frontière par ici pour fuir la guerre ?
– Oh oui, ils venaient à la ferme de mes parents sur l'autre rive, après les avoir descendu ; des passeurs leur faisaient traverser le Doubs en barque, parce que la passerelle près du barrage était surveillée. Ensuite, ils venaient nous rejoindre pour manger un morceau et chercher du réconfort. Ils ne restaient pas longtemps, ils partaient plus à l'intérieur des terres pour travailler. Ils avaient peur de rester près de la frontière et préféraient s'éloigner le plus loin possible.
Toutefois je me rappelle d'un jeune homme très sympathique, il avait mon âge à l'époque. Il est resté quelques jours et nous a donné un coup de main à la ferme. C'était en juillet 42. Il avait laissé sa femme en France, parce qu'elle était enceinte, mais il désirait aller la chercher.
On discutait souvent ensemble, sa femme lui manquait. Un soir, de pleine lune, il m'a dit :
«Léon, il faut que j'aille la rejoindre, elle doit s'inquiéter. »
J'ai essayé de le dissuader, car avec la clarté, on le repérerait de loin. Je n'ai pas réussi à le convaincre qu'il était préférable d’attendre sagement une nuit sans lune. Il voulut quand même partir, je l’ai accompagné.
