Le plus longtemps possible - Claude Hiebel - E-Book

Le plus longtemps possible E-Book

Claude Hiebel

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Beschreibung

Vanessa a 22 ans, elle a été élevée par sa mère depuis le départ brutal de son père, il y a maintenant huit ans. Sa mère doit subir une opération délicate au coeur. A l'aube de cette intervention, elle émet des regrets concernant un certain Luc son amour de jeunesse. Vanessa sensibilisée par ses paroles va enquêter et découvrir son passé, celui-ci va la bouleverser. Elle sera déterminée à connaître toute la vérité. Mais sa découverte va réveiller des blessures, des moments douloureux, des sentiments pour les personnes concernées. Le futur parfois réserve bien des surprises. Que fera Vanessa en découvrant toute la vérité ? Toute une vie peut-être complètement chamboulée. Mais rien de l'arrêtera...

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Veröffentlichungsjahr: 2023

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Table des matières

Avant-Propos

Chapitre I

Chapitre II

Chapitre III

Chapitre IV

Chapitre V

Chapitre VI

Chapitre VII

Chapitre VIII

Chapitre IX

Chapitre X

Avant-Propos

Avant une opération délicate du cœur, la mère de Vanessa émet des regrets concernant une période de sa vie.

Vanessa sensibilisée par ses paroles va enquêter et découvrir le passé de sa mère qui va la bouleverser.

Elle sera déterminée à connaître toute la vérité. Elle se mettra en quête de retrouver l'homme qui a, à ce moment là, partagé l'existence de sa mère.

Mais cette rencontre avec l'être que sa mère a aimé dans sa jeunesse, va réveiller des blessures, des moments douloureux mais également des sentiments.

Le futur parfois réserve bien des surprises.

Tout peut basculer, tout ce que vous avez construit peut-être chamboulé. Mais rien n'arrêtera Vanessa pour connaître la vérité...

Chapitre I

Je venais à peine de raccompagner mes derniers locataires à leur voiture que je vis un véhicule entrer et se garer dans la cour.

En cette fin de week-end, je n'attendais personne et surtout pas de client.

Une jeune femme blonde descendit et vint dans ma direction. Pendant que je faisais signe à mes vacanciers en leur souhaitant une bonne route, elle se planta devant moi et avec un très beau sourire :

« Bonjour, avez-vous une chambre de libre ?

– Oui, Madame. C'est pour combien de jours ?

– Une semaine, si c'est possible.

– Pas de soucis, venez avec moi. »

Elle n'avait pas plus de vingt-cinq ans, elle retourna à sa voiture pour prendre son bagage et me suivre. Après avoir rempli les papiers nécessaires pour son séjour, j'accompagnai cette jeune personne jusqu'à sa chambre.

Elle me remercia, je refermai la porte en lui souhaitant une bonne nuit.

Quelques minutes plus tard, assis sur un fauteuil dans le salon, je la vis descendre l'escalier.

Elle vint vers moi.

« Excusez-moi, connaissez-vous un restaurant dans le village ?

– À cette heure-ci, un dimanche ! Je crois que vous ne trouverez rien.

– Ah ! Bon, c’est dommage.

– Mais si vous voulez, je peux vous proposer une assiette de charcuterie, avec du fromage, et ma coupe de fruit.

– Bah, oui, si ça ne vous dérange pas.

– Asseyez-vous, je vous prépare ça. »

En revenant quelques minutes après, je déposai son repas devant elle. Elle téléphonait, elle hocha la tête pour me remercier.

Je regagnai mon fauteuil pour poursuivre la lecture de mon livre.

Elle acheva son repas et se dirigea vers moi.

« C'était excellent, je suppose que les produits sont de la région ?

– Tout à fait. J'essaie de me procurer des produits du terroir, ça vous a plu ?

– Oui, c'était vraiment délicieux, je vous dois... ?

– Rien, ce n’était pas grand-chose.

– Alors, merci beaucoup.

– Vous désirez boire un café ? Je vais m'en faire un.

– Oui, je vous remercie. »

Quand je suis revenu, elle était sur le fauteuil face au mien. Je déposai la tasse sur la petite table à côté d'elle.

« Merci beaucoup, j'en ai besoin, car le trajet a été pénible.

– Vous venez de loin ?

– De Paris.

– Effectivement, le dimanche, la route est chargée, vous venez vous reposer ou pour le travail ?

– Pour me reposer, et pour visiter la région. »

Elle but une gorgée puis reposa sa tasse.

« Vous tenez une chambre d’hôtes depuis longtemps ?

– Non, depuis six mois. À la mort de mes parents, j'ai récupéré la maison familiale et je l'ai transformée. Je travaillais à Paris, je possédais ma propre société avec un ami.

Subitement, j'ai pris la décision de partir, de tout lâcher, j'ai vendu mon appartement, mes parts, et j'ai emménagé dans la maison.

– C'est une belle reconversion, mais votre famille ?

– Je suis divorcé, sans enfant, donc je suis libre de faire ce que je veux. »

À ces dernières paroles, elle reprit sa tasse et me fixa. Son regard étonné m'interpella, mais pourquoi je lui raconte tout cela, c'est une inconnue, une cliente.

J’arrêtai immédiatement mes confidences.

« Vous faites quoi dans la vie ? »

Elle reposa sa tasse, mais ne répondit pas immédiatement.

« Je travaille dans les bureaux, j'avais besoin de faire un break.

– Mais comment avez-vous trouvé mon établissement ?

– Par une amie qui était venue chez vous un week-end. »

Elle était vague dans ses explications. Je n'avais pas eu beaucoup de gens depuis mon ouverture. Je voulais en savoir un peu plus, mais je n'ai pas eu le temps.

Elle avait terminé de boire, elle se leva.

« Désolée, je vais me coucher, le voyage m'a épuisée. »

Je lui souhaitai une bonne nuit, elle monta l’escalier rapidement. Je restai là, sur mon fauteuil, mais une désagréable sensation m'envahissait. J'ai pensé que ma dernière question l'avait faite fuir.

Je réalisai qu'elle ne me disait pas toute la vérité sur sa venue. Je ne m’inquiétai pas, je disposerai d'autres moments pour en savoir plus.

Elle m'intriguait. Malgré ça, je poursuivis ma lecture, mais je ne tardais pas à rejoindre mon lit.

Le lendemain matin, elle descendit dans la salle pour son petit-déjeuner, on le prit ensemble. Ensuite, elle partit en direction du village.

On entrait dans une période creuse après les vacances de Pâques, ce serait certainement l’unique cliente pour la semaine. Dans le courant de la matinée, je rejoignis également le village pour acheter mon journal ainsi que le pain et prendre, comme à mon habitude, un café au bar.

Il n'y avait qu'un boulanger, c'était un ami d'enfance, Lucien. Il avait repris le commerce de ses parents. Je le saluai de loin, il discutait avec son apprenti.

Sa femme m'avait servi, je repartais, j'avais accompli à peine quelques mètres quand Lucien m'interpella :

« Luc, tu es bien pressé ce matin. »

Je me retournai, il venait vers moi.

« Aujourd'hui, une jeune femme est venue à la boutique, elle a demandé si je connaissais un certain Luc. J'ai bien sûr répondu, non pas dans le village.

Elle m'a dit qu'elle logeait chez toi.

– Oui, j'ai bien une jeune femme arrivée hier soir, mais tu lui as demandé pourquoi elle cherchait cette personne ?

– Non, je te laisse le soin de lui poser la question. En tout cas, elle est charmante, monsieur Luc le célibataire. »

Après ses dernières paroles, il avait un sourire qui en disait long, il se moquait un peu de moi.

Je bougeai la tête pour lui signifier qu'il faisait fausse route.

«Je suis d'accord, elle est ravissante, mais elle était très jeune. »

J’allais allègrement vers mes quarante-six ans et elle en avait vingt-deux d'après les informations qu'elle m'avait communiqué.

Je lui fis signe de la main et poursuivis mon chemin pour passer prendre un café au seul bar qui était également tenu par un ami d'enfance.

Je m'assis à la terrasse, il faisait un temps magnifique, le soleil commençait à chauffer, il ferait une superbe journée.

Je consultai le journal en attendant ma tasse, quand mon ami Jean-Michel la déposa et s'assit en face de moi.

« Tu connais une belle blonde qui loge chez toi ?

– Oui, c'est une cliente arrivée hier soir, ne me dis pas qu'elle t'a demandé si tu connaissais un certain Luc ?

– Comment tu le sais ?

– Je viens de passer à la boulangerie, et elle a posé la même question ; c'est étrange.

– Ah oui, il va falloir que tu t’occupes de ça.

– Tu lui as répondu quoi ?

– Je lui ai dit non. »

Il souriait jusqu'aux oreilles en me regardant.

« Tu as de la chance d'être recherché par une jolie blonde. »

Je bougeai la tête de droite à gauche en soupirant, mais me demandai si c'était bien moi le fameux Luc. Il devait y avoir certainement d'autres personnes portant ce prénom dans la région.

Après les allusions de mes deux amis d'enfance, je commençai à m'interroger, sur cette cliente.

J'avais le sentiment qu'elle n'était pas venue par hasard dans ma maison, surtout sans avoir réservé.

Je finissais ma tasse et la lecture de mon journal, quand je vis de loin cette personne qui venait de la librairie. Elle se dirigeait vers la fontaine pour prendre une photo.

À l'époque, c'était notre lieu de rencontre avec les copains. Le premier arrivé s'asseyait sur le bord pour attendre les autres, ensuite, on partait dans la nature pour ne rentrer que le soir très tard.

Ces souvenirs me revenaient, je ne faisais plus attention à elle, plongé dans mes pensées d'adolescent.

Je ne la vis pas arriver vers moi.

« Ah, bonjour, la campagne est merveilleuse, c'est extrêmement paisible comme endroit. »

Je l'observais sans rien dire, elle continua de parler sans me laisser le temps de répondre.

« Est-ce que cette brasserie fait restaurant ? »

J'allais lui donner l'information mais mon ami Jean-Michel qui était revenu dit :

« Bien sûr Madame que je fais restaurant, le midi comme le soir.

– Merci, je viendrai tout à l'heure et peut-être ce soir.

– Ça sera un plaisir de vous recevoir. »

Elle remercia mon ami par un grand sourire, tourna les talons et continua sa promenade. Jean-Michel saisit une chaise et se rapprocha de moi.

« Elle est agréable. Est-ce que tu sais pourquoi elle te cherche ?

Elle reste combien de temps ?

– D'après ce qu'elle m'a dit, une semaine. Mais je vais lui parler franchement ce soir, car je me pose des questions.

– Bon ! Ben, bon courage Luc, tu me tiens au courant. »

Il me fit une tape sur l'épaule et se dirigea vers le bar s'occuper des clients qui le réclamaient.

Je repartis vers mon domicile, mais en attendant de la voir, toute la journée, je pensai à cette jeune femme.

Pour quelle raison cherchait-elle cette personne ? Serais-je le fameux Luc ?

Il était plus de 21 h quand elle arriva. J'étais dehors sur la terrasse à lire, mais je n'étais pas trop assidu à l'histoire de mon bouquin.

Immédiatement, je lui proposai un café, elle accepta. Je déposai devant elle une tasse, elle me remercia, elle l'avait à peine saisie que je dis :

« Ah, je souhaiterais vous poser une question ! »

Brutalement, son regard exprima une certaine inquiétude, elle but une gorgée de café avant de me répondre.

« Oui, je devine que vous désirez savoir pourquoi je recherche un certain Luc ? »

J'étais surpris par sa réponse interrogative.

« Oui, effectivement, dans le village, les gens qui me connaissent depuis longtemps m’ont informé.

– Je recherchais cette personne qui était un ami de ma mère, mais je pense que je l'ai trouvé. »

Elle était hallucinante et un peu énervante : elle fournissait la réponse avant que je puisse formuler ma question.

« Je pense que le fameux Luc, c'est tout simplement vous.

– Ha ! Vous croyez. Et pourquoi, ce serait moi ?

– Avez-vous connu une jeune femme qui s'appelait Émilie ? »

Ce prénom faisait resurgir des souvenirs de plus de vingt ans en arrière, toute une jeunesse, mais notre relation se termina sans savoir pourquoi. J'attendis quelques minutes avant de lui répondre.

« Effectivement, j'ai connu une personne portant ce prénom.

– C'est ma mère. »

Je scrutai cette jeune femme qui ne me quittait plus des yeux. En pensant à mon amour de jeunesse, je fus surpris de découvrir qu'elle ressemblait étonnamment à sa mère.

« Pourquoi recherchez-vous ce Luc ?

– Parce qu'elle me l'a demandé. Elle est malade, elle doit être opérée du cœur. Elle ne sait pas si elle va s'en sorti,r alors elle souhaiterait avoir de vos nouvelles et vous revoir avant son opération. »

Je restai interloqué. Cela me ramenait à une époque dont je conservais de bons, mais aussi de mauvais souvenirs.

Je ne répondis pas, elle termina de boire son café.

« J'avoue que je vous ai menti, je ne travaille pas dans un bureau, je suis bibliothécaire et j'écris des romans.

J'ai un nouveau projet, je désire raconter la vie de ma mère. Sur sa jeunesse qui a été d'après ses dires, riches en émotions et en événements.

Vous avez partagé cette période et vécu avec elle de nombreux moments de sa vie. »

Elle s'arrêta brusquement, je pense qu'elle a vu sur mon visage que mon passé revenait à grand pas, que certains souvenirs étaient douloureux.

« Je suis désolée, j'aurais dû vous téléphoner et vous avertir avant de venir.

– Oui, effectivement... J'ai aimé votre mère, notre relation était compliquée, mais c'est le passé et il me revient d'un seul coup. »

Je ne sais pas pourquoi, mais cette intrusion dans ma vie m'avait passablement énervé.

La jeune femme m'observait.

« Vous désirez savoir quoi exactement ? »

Devant ma réaction, elle s'aperçut que j'étais contrarié, mais elle précisa sa demande.

« Que vous me racontiez tous les moments que vous avez vécus avec ma mère pendant sa jeunesse. »

J'étais dubitatif, je la regardais, mais je pensais à sa mère, mon premier amour.

« Vous savez pourquoi votre mère veut me voir ?

– Non, elle me parle fréquemment de vous depuis que mon père est parti. Elle éprouve des regrets, je pense qu'elle veut se faire pardonner quelque chose, et elle appréhende son opération. »

Je relevai la tête à ses dernières paroles.

« Émilie...Enfin...Votre mère est séparée ?

– Non, divorcée.

J'avais quinze ans quand après une dispute, ils se sont séparés, je ne sais pas pourquoi, j'étais au lycée.

Depuis cette date, je n'ai plus de nouvelles de mon père, cela fait à présent bientôt huit ans. »

Son regard s'était assombri en évoquant ce moment douloureux. Je ne répondis pas tout de suite à sa demande, mais pourquoi pas cette semaine, je n'avais rien de spécial à faire.

« Bon, qu'est-ce qui vous serait utile pour votre manuscrit ?

– Eh bien ! Je souhaiterai savoir comment vous avez connu ma mère, ce que vous avez vécu ensemble jusqu'au moment où vous vous êtes séparés.

– Ça va faire beaucoup de choses, mais on peut commencer demain après-midi, car là, il est un peu tard.

– Ah, je vous remercie, je suis heureuse que vous acceptiez.

– Je dois bien ça à votre mère. »

Son regard était moins triste, un sourire discret apparut sur son visage. Elle me remercia à nouveau en me souhaitant une bonne nuit.

Je fis de même, mais je restai là sans bouger. Des images du passé revenaient dans ma tête. Je revoyais des moments de cette époque, les vacances à Valloire où j’avais connu Émilie , son sourire, sa joie de vivre.

La mélancolie commençait à m’envahir. Je me levai, il ne fallait pas que je repense à cette période et pourtant, je m'étais engagé à parler à sa fille pour écrire son livre.

Pourquoi, avais-je accepté sa demande ?

Pourquoi Émilie après toutes ces années voulait-elle me voir ?

Autant de questions qui restaient sans réponse pour l'instant.

Il était minuit quand j'ai rejoint ma chambre, mais j'ai eu du mal à m'endormir.

Chapitre II

Le lendemain, en début d'après-midi, on s’installa tous les deux sur un fauteuil de la terrasse.

Le soleil brillait dans un ciel parsemé de quelques nuages, une petite brise soufflait. Elle était décidée, elle avait un petit magnétophone qu'elle posa devant moi, et sur la table un cahier pour prendre des notes.

« Je ne vous ai pas demandé si je pouvais vous enregistrer ?

– Ça ne me gêne pas au contraire, on ira plus vite.

– Vous avez beaucoup à me dire ?

– Oui, on a vécu une histoire merveilleuse et d’excellents moments ensemble pendant plusieurs années. »

Je l'observais, son visage détendu et souriant m'invitait à commencer.

Je débutais donc mon histoire.

« J'ai connu votre mère à la mi-janvier 68, j'avais décidé de partir aux sports d'hiver. C'était la première fois, il fallait que j'en profite, car l'année suivante, je devais faire mon service militaire pendant dix-huit mois.

Je me suis inscrit à la maison des jeunes pour un séjour de deux semaines ; destination Valloire en Savoie. Je partais seul, un peu à l'aventure, car je n'avais jamais chaussé de skis.

Je devais rejoindre Paris par le train, ensuite le métro direction la gare de Lyon.

Sur le quai d'autres jeunes partaient comme moi.

Je voyais au loin les feux de la locomotive à vapeur et son panache de fumée. La pluie commença à tomber et il faisait tellement froid que les gouttes gelaient se transformant en verglas.

Il était temps que le train s'immobilise. Le quai devenait une patinoire. Très vite tous les voyageurs sont montés pour se mettre à l’abri. La locomotive commença lentement à tracter les wagons.

Une douce chaleur nous réchauffa. Une ambiance de fête s'amorçait entre tous les jeunes qui partaient pour la même destination.

On ne se souciait pas des intempéries.

On arriva à la gare du nord pratiquement à l'heure. Le métro, lui, n'avait pas de soucis, il ne subissait pas les aléas de la météo.

Le train en direction de Saint-Michel de Valloire était déjà à quai et nous avions plus d'une demi-heure d'avance.

Je montai dans le wagon et j'entrai dans le compartiment, ma place se trouvait à côté de la fenêtre.

Le compartiment se remplissait, il y avait trois filles qui apparemment se connaissaient auparavant, dont votre mère.

Nous étions cinq garçons, nous serions donc huit à partager ce voyage de nuit. Votre mère s'assit à côté de moi, j'ai immédiatement remarqué son beau sourire.

Elle me regarda avec insistance : apparemment, elle souhaitait de l'aide pour monter sa valise dans le filet.

Elle n'a pas eu le temps de formuler sa demande que je me levai pour ranger son bagage.

Elle me remercia par un sourire, ses copines l'ont un peu taquinée, car elles avaient dû se débrouiller toutes seules.

Dans le compartiment, on ne mit pas longtemps à lier connaissance, après quelques minutes on discutait sur notre destination.

C'était la même, la maison des jeunes de Val-loire. Il était 23 h 20 le train s'ébranla doucement, dehors, il pleuvait toujours.

Au bout d'une heure, le silence régnait dans le compartiment, tout le monde dormait sauf moi. J'avais du mal à fermer les yeux, il fallut attendre un peu plus longtemps avant que ma fatigue prenne le dessus. »

J'observais la fille d'Émilie, elle prenait des notes. Elle était satisfaite, quelquefois elle relevait la tête pour m'observer et en profitait pour surveiller son magnétophone.

« Je ne vais pas trop vite, je ne donne pas trop de détails ?

– Non, c'est parfait, après je mettrai le texte en forme, pour l'instant vous me dites tout ce qui vous vient à l'esprit. »

Je continuai.

« Votre mère en s'endormant, appuya sa tête contre mon épaule. Je ne dis rien, je faisais attention de ne pas la réveiller. Je distinguais le bruit caractéristique des roues du train à chaque changement de rail, mais celui-ci n'allait pas très vite.

Un peu plus tard, j'entendis le haut-parleur d'une gare, le train s'était arrêté. Je soulevai le rideau pour entrevoir le nom du lieu, la pluie avait redoublé. Le verglas recouvrait tout, le train avait des difficultés pour avancer.

Au bout de quelques minutes, il se remit à bouger, mais il ne roulait pas à sa vitesse normale, je me suis endormi bercé par son bruit.

J'avais le sommeil léger, car plusieurs fois, le grincement de la porte du compartiment qui s'ouvrait me tirait de ma léthargie. J'évitais de bouger pour ne pas réveiller votre mère, mais il n'y avait rien à craindre elle dormait profondément.

On n'apercevait pas grand-chose, la lumière était éteinte. Parfois, en traversant une gare, l'éclairage public traversait le rideau pour nous tirer de la pénombre une fraction de seconde.

A ce moment-là, je tournai la tête vers votre mère, et avec ma main, j'essayai de la maintenir pour éviter qu'elle ne tombe.

Quand le jour se leva, les voyageurs les uns après les autres commencèrent à émerger dans le silence, non sans quelques bâillements.

Votre mère ouvrit les yeux, sa tête reposait toujours sur mon épaule, elle se redressa brutalement.

Elle était étonnée, elle me demanda si elle avait passé la nuit de cette façon. Je le lui confirmai, elle était désolée. Elle avait un grand sourire en me regardant. Alors, je lui fis comprendre que ce n'était pas grave. Elle ne me quitta pas des yeux jusqu'au moment où ses deux copines ont commencé à la taquiner sur sa façon de draguer.

Elle tourna la tête vers elles, j'ai vu du coin de l'œil qu'elle leurs faisait signe de se taire toujours en souriant.

Par la suite, elle me remercia. »

Je dévisageai sa fille qui ne disait rien, mais qui éprouvait un certain plaisir en terminant de consigner ces derniers mots.

Elle leva la tête, j'ai compris que je pouvais poursuivre.

« Je relevai le rideau de la fenêtre afin d'admirer le paysage et d'essayer de savoir si nous approchions de notre destination, quand le train s’arrêta de nouveau.

Des lumières au loin nous permettaient de penser que nous étions près d'une ville, mais laquelle. Il était 6 h du matin, notre arrivée à Saint-Michel de Valloire était prévue vers 10 h.

Au bout de dix minutes, arrêtés en pleine nature, on commençait à se poser des questions. Le contrôleur ouvrit subitement la porte du compartiment et nous informa que le train avait pris beaucoup de retard à cause du verglas.

Les aiguillages gelaient. Le conducteur avait dû ralentir sa vitesse, nous ne serions pas à l'heure, et on serait certainement obligé de changer de train en cours de route.

C'était une mauvaise nouvelle, mais celle-ci n'avait pas l'air de nous contrarier, l'ambiance restait joyeuse dans le compartiment.

Notre arrivée était prévue vers midi. On s'aperçut très vite que compte tenu de la vitesse et de tous les arrêts dûs aux des intempéries, on aurait de la chance si on pouvait atteindre Saint-Michel de Valloire avant la nuit. »

Je stoppai mon monologue, elle me regarda.

« Je peux vous offrir une boisson, un café, ou un jus de fruit ?

– Oui merci, plutôt un jus de fruit.

– C’est comment votre prénom ?

– Vanessa.

– D'accord, on va faire une petite pause si vous voulez bien. » Elle stoppa l'enregistrement et posa son cahier.

Je revins de la cuisine, elle regardait le jardin.

« J'ai l'impression d'être un peu long, de fournir trop de détails.

– Non, au contraire, c'est parfait. »

Elle but une gorgée et je repris mon récit.

«Après avoir changé de train, on arriva à Saint-Michel de Valloire vers 15 h 30, un bus nous attendait pour nous conduire à Valloire.

Enfin, il s'immobilisa devant un bâtiment un peu en retrait de la ville, notre destination, la maison des jeunes.

Le responsable, après nous avoir souhaité la bienvenue, nous informa du règlement et nous indiqua nos chambres. On se sépara des filles qui logeaient dans une autre aile du bâtiment.

Je me retrouvai avec trois personnes qui avaient effectué le voyage avec moi.

Après avoir récupéré notre forfait et notre matériel, nous nous retrouvâmes à une trentaine de filles et de garçons réunis pour manger dans la vaste salle du premier étage.

Ceux qui avaient eu la chance d'arriver le matin avaient pu effectuer leur première journée de ski. On se restaura tranquillement et on alla se coucher sans demander notre reste.

Le voyage avait été éprouvant et une grande journée nous attentait.

Le lendemain matin, le responsable de la maison des jeunes, nous réveilla à 7 h en douceur avec le concerto N°1 de Tchaïkovski. »

« Ah, je ne connais pas du tout, mais se réveiller en musique doit être très agréable. » Dit Vanessa.