Week-end à Venise - Claude Hiebel - E-Book

Week-end à Venise E-Book

Claude Hiebel

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Alexandre partit à Montréal pour terminer ses études, y restera après la rupture avec Léa. Il rencontrera Tess avec qui il fondera une famille, et aura un fils Nathan. Il reviendra vingt-trois ans plus tard pour le décès de son père. Il retrouvera ses amis avec qui il partageait son adolescence et sa vie insouciante d'étudiant. Il découvrira que ses amis, son pays lui manquent. Il fera le point sur sa vie, sa fuite en avant et son éloignement feront apparaître des regrets. Peu à peu, il prendra conscience que son retour définitif en France est inévitable. A quarante-trois ans, il prendra une décision importante qui changera sa vie. Son ami Bruno, qui est le seul à avoir gardé le contact avec lui, le recevra à son domicile. Lors d'un repas, Alexandre apprendra la fin tragique de Léa qui lui avait adressé un courrier quelques années auparavant. Il décidera d'enquêter sur les causes de sa mort. Il découvrira un passé qu'il ignorait qui au début l'attristera, puis l'enchantera.

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Veröffentlichungsjahr: 2025

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Je ne trempe pas ma plume dans un encrier, mais dans la vie.

Blaise Cendrars

Table des matières

Avant-Propos

Chapitre I

Chapitre II

Chapitre III

Chapitre IV

Chapitre V

Chapitre VI

Chapitre VII

Chapitre VIII

Chapitre IX

Chapitre X

Chapitre XI

Chapitre XII

Chapitre XIII

Chapitre XIV

Chapitre XV

Chapitre XVI

Chapitre XVII

Avant-Propos

Alexandre partit à Montréal pour terminer ses études, y restera après la rupture avec Léa. Il rencontrera Tess avec qui il fondera une famille, et aura un fils Nathan. Il reviendra en France vingttrois ans plus tard pour le décès de son père. Il retrouvera les amis avec qui il partageait son adolescence et sa vie insouciante d'étudiant. Il découvrira que ceux-ci et son pays lui manquent. Il fera le point sur sa vie, sa fuite en avant et son éloignement feront apparaître des regrets.

Peu à peu, il prendra conscience que son retour définitif en France est inévitable.À quarantetrois ans, il prendra une décision importante qui changera sa vie. Son ami Bruno, qui est le seul à avoir gardé le contact avec lui, le recevra à son domicile. Lors d'un repas, Alexandre apprendra la fin tragique de Léa qui lui avait adressé un courrier quelques années auparavant. Il décidera de savoir comment elle est morte. Il découvrira un passé qu'il ignorait qui au début l’attristera, puis l'enchantera.

Chapitre I

« Mesdames et Messieurs, veuillez attacher votre ceinture, notre arrivée est prévue à 10 h 25, la température est de 21 degrés et le temps est particulièrement beau. J’espère que vous avez fait un excellent voyage avec notre compagnie et nous espérons vous revoir prochainement. »

L'intervention du chef de cabine me sortit de mon sommeil, je regardai mon voisin qui bâillait à se décrocher la mâchoire. Par le hublot, je découvris la banlieue nord de Paris et quelques instants après nous survolâmes l'autoroute juste avant d’atterrir à Roissy. J’avais pris le premier avion pour rentrer en France après la terrible nouvelle : mon père était décédé d'une crise cardiaque. Depuis mon départ au Canada, il y avait maintenant plus de vingt ans, je n'étais revenu qu'une fois, pour les obsèques de ma mère, cinq ans auparavant.

Mesparents venaient très fréquemment me voir, ils se plaisaient à visiter le Canada. Mon père avait du mal à vivre sans ma mère. La dernière fois qu'il avait fait le voyage, c'était au printemps dernier, je l'avais trouvé affaibli.

Les roues de l'appareil touchèrent le sol me tirant de mes pensées, il roula doucement sur la piste, puis stoppa. Les voyageurs commençaient à se préparer pour descendre, mon voisin lui avait l'air pressé, il prit son bagage à main et me fit un signe. Pendant ce temps, j'examinai le tarmac et le personnel qui s'affairait.

Les premiers passagers commencèrent à sortir en discutant bruyamment. Je les suivis, j'avais gardé le contact avec mon meilleur ami, Bruno. C'est lui qui m'avait annoncéle décès demon père.

Quand je l'avais informé de mon vol, il m'avait immédiatement envoyé :

« Je serai là, à très bientôt, mon ami. »

Il m'attendait dans le hall pour me conduire chez lui. Je n'avais pas envie de passer à la maison familiale immédiatement, bien qu'elle soit très proche de son domicile.

Après avoir récupéré ma valise, je scrutai la foule ; je vis subitement une pancarte bouger de gauche à droite avec l'inscription :

« Alexandre. »

Je distinguai difficilement Bruno dans la cohue, il ne mesurait qu'un mètre soixante-huit et, dans cette foule compacte, son indication me permit de le trouver plus facilement.

Son étreinte me coupa le souffle, il avait une force incroyable malgré sa petite taille.

« Bonjour Alexandre, d'abord, mes condoléances... Tu as fait un bon voyage ?

– Merci, Bruno. Oui, j'ai dormi pendant toute la durée du vol.

– Je te ramène chez moi, tu pourras te rafraîchir et te délasser. Tu es là pour combien de temps ?

– Plusieurs semaines, certainement.

– Bon bah, bienvenu au pays. »

Il ne me questionna pas davantage, prit ma valise et nous nous dirigeâmes vers le parking. On mit plus d'une heure pour regagner sa propriété dans les Yvelines.

Il avait acheté une maison près d'un étang dans la campagne proche de la capitale, à dix kilomètres du domicile de mes parents.

Durant le trajet, il resta silencieux, moi, j'observai le paysage. Paris et ses environs avaient effectivement changé, depuis mon départ pour une année d'études au Canada, en septembre 1995.

Ma dernière visite pour l'enterrement de ma mère avait été très brève. Aussitôt après la cérémonie, j'avais repris l'avion ; j'avais aperçu Bruno à la fin des obsèques et je n'avais passé que trois jours avec mon père. J'avais fui ce pays qui m'avait vu naître, pour raison sentimentale.

Mais le fait que je reste loin de mon pays définitivement, après ma rupture avec Léa, avait étonné mes parents et mes amis. Je repensais à cette époque quand Bruno stoppa sa voiture devant un portail. Il descendit pour ouvrir, avança et le referma, m'adressant un sourire :

« Voilà, on est arrivé. »

J'étais émerveillé par la beauté du lieu : sur la droite, sa maison avec une terrasse donnait sur une pelouse arborée qui se terminait près d'une étendue d'eau proche de la forêt.

J'étais ébloui. Je n'entendais que les oiseaux qui jacassaient. Tout d'un coup, un aboiement me surprit, Bruno cria :

« Doucement Olaf, gentil le chien. »

Un berger allemand accourant, vint vers moi pour me sentir, il remuait la queue pour me souhaiter la bienvenue.

« C'est comme cela que tu gardes la maison, tu dormais encore sur la terrasse. » Dit Bruno.

Le chien faisait la fête à son maître en lui sautant dessus.

« N'aie pas peur, Alexandre, tu as vu mon gardien ? Je suis sûr que si un voleur pénètre dans la propriété, il lui fera fête. »

Il le caressait tout en lui parlant ; ensuite, il m'accompagna jusqu'à ma chambre au premier étage et me laissa m'installer.

Par la fenêtre, la vue sur le plan d'eau était magnifique. Je m'assis sur le lit, songeant à mon père quand mon portable sonna. C'était Tess, ma femme.

« Allô Alexandre, le voyage s'est bien passé ?

– Oui, Tess, je viens d'arriver chez mon ami Bruno.

– Nathan a eu son diplôme, je tenais à te prévenir.

– C'est super quand tu le verras, embrasse-le de ma part.

– Tu peux l'appeler, il sera ravi.

– D'accord, mais j'ai tellement à faire pour les obsèques.

– Je comprends. »

Nous discutâmes plusieurs minutes, avant de raccrocher. Tess s'était éloignée, elle avait repris l'affaire familiale et trop de responsabilités ou tout simplement l'usure du couple. Depuis cinq ans, notre vie amoureuse se détérioraitprogressivement et j'escomptais que ce voyage de plusieurs jours nous ferait du bien. Toutefois, j'étais sceptique après notre dernière discussion.

Bruno toqua à la porte et ouvrit.

« Tu viens déjeuner ? »

Il avait allumé son barbecue et préparé l'apéritif, ouvert une bouteille de saint-é milion, il se souvenait de nos soirées d'avant mon exil, avec notre bande de copains et de copines.

« Ça fait plus de vingt longues années que je ne t'ai vu, ou si peu aux obsèques de ta mère ! Tu n'as pas changé ''le Canadien'', je suis content que tu sois là, malgré les circonstances.

– Oui... Comme tu dis. »

Tout en dégustant un verre et en attendant que la viande soit prête, Bruno se montrait curieux.

« Alors Alexandre, raconte-moi ta vie au Canada, la dernière fois, tu m'as dit que tu étais marié et que tu avais un garçon !

« C'est exact, j'ai connu ma femme, Tess, quand j'ai fait mon stage pendant mes études à l'université de Montréal. Je revenais au campus après ma journée. Sur le bord de la route, une jeune femme, le pouce en l'air, attendait une âme charitable : sa voiture apparemment refusait de démarrer. J'invitai mon colocataire canadien, qui m’emmenait chaque jour à s'arrêter. Il étaitpressé, alors je convins avec lui que je prendrais le bus. Cette ravissante auto-stoppeuse n'avait pas pu joindre son père ; son portable n'avait plus de batterie. Donc, je lui prêtai le mien. Elle me remercia. Malheureusement, son paternel ne pouvait pas venir tout de suite.

Je suis donc resté avec elle pour l'attendre. On a fait connaissance, elle avait vingt ans comme moi et faisait des études dans la même université. Sincèrement, je ne l'avais, en aucune façon remarquée auparavant. Elle était très agréable et plaisantait avec moi, le temps passa très vite.

Stoppa une grosse cylindrée, Tess me présenta son père. C'était dans son entreprise que j'étais stagiaire depuis une semaine ! Stupéfait et embarrassé, j'avais du mal à trouver mes mots. Par la suite, je continuai à voir Tess à l'université et en dehors. »

J'arrêtai pour déguster mon verre de vin, Bruno surveillait sa grillade, il se retourna :

« Et après... Je tiens à tout savoir, mon ami. »

« À la fin de mon stage et de mes études, j'ai pris la décision de rester au Canada. Jene trouvais pas de travail. J'ai fait des petits boulots, dans un restaurant français, comme serveur et à la plonge. Grâce à Tess, je fus embauché par son père dans sa société de transport, comme chauffeur. J'utilisais des petits véhicules et c'est là, que j'ai passé mon permis poids lourd. J'ai pu conduire leurs fa meux camions qui sont de véritables monstres.

Son père me donnait des missions de plus en plus loin, je crois qu'il voyait d'un mauvais œil ma relation amicale avec sa fille. Pendant mon congé du week-end, je passais habituellement mon samedi soir dans une boîte de nuit bien connue du centre-ville. Ce soir-là, assis au bar, je conversais avec la barmaid avec qui j'avais sympathisé, je vis arriver Tess avec deux copines. Elles s'assirent à une table proche et me dévisagèrent, elles avaient toutes les trois les yeux rivés sur moi.

Dans la soirée, Tess m'aborda, me voyant seul, elle m'invita à sa table, j'acceptai. On passa la nuit à échanger et à danser, e jles abandonnai vers 4 h du matin. On s'est revu plusieurs fois, seulement, e jn'insistais pas, c'était la fille du patron et je tenais à mon travail. Un jour, elle me croisa dans l'entreprise et m'invita àson anniversaire, chez ses parents. J'étais réticent, mais elle s’obstina tant que je consentis à venir. En entrant à son domicile ce jour là, je notai qu'il y avait du beau monde, les invités étaient bien habillés, moi, en jean, baskets et chemise retombant sur le pantalon, j'étais mal à l'aise. Je détonnais parmi tous ces gens tirés à quatre épingles.

Tess en robe longue vint m'accueillir, les cheveux relevés en chignon, elle resplendissait : un vrai rayon de soleil. Elle me présenta à ses parents ; son père l'air grave ne devait pas apprécier ma présence, sa mère chaleureuse me souhaita la bienvenue.

Plus tard dans la soirée, elle me confirma qu'elle m'avait invité, parce qu'elle avait un faible pour moi et, en même temps, elle désirait provoquer son père. Celui-ci voulait qu'elle fréquente le fils d'un ami et elle rejetait catégoriquement cette idée. Le jour de

son anniversaire, elle avait pris le parti d'entrer en rébellion pour montrer qu'elle régissait sa vie à sa façon.

Elle avait choisi l'événement, son père fêtait ses quarante-cinq ans. Tess avait complètement omis de me prévenir. Elle était satisfaite de me présenter à tous les membres de la famille et aux amis, moi, je n'avais qu'une envie : m'échapper.

Son paternel me surveilla pendant toute la soirée. Je compris que je n'étais pas le bienvenu. Je profitai que Tess soit avec sa mère pour m'éclipser sur la terrasse. Je me demandais ce que je faisais là, quand, venant sans faire de bruit, elle m'enlaça.Étonné, lui faisant face, elle prit ma tête entre ses mains et m'embrassa. Ses parents étaient particulièrement mécontents que leur fille se donne en spectacle. Notre idylle commençait, les choses se précipitèrent, et malgré le désaccord de son père, Tess continua à me voir.

Un jour, il me convoqua ; malgré nos efforts pour rester discrets, certaines personnes mal intentionnées avaient fait leur rapport.

Ce jour-là, j'eus peur de sa réaction. En fait, voyant sa fille épanouie, il me proposa un poste dans les bureaux. Il avait consulté mon dossier, il savait que j'avais un diplôme qui me permettait de gérer a llogistique et son entreprise s’agrandissait très rapidement.

J'approuvai, car passer toute la ourjnée sur les routes ne m'enchantait pas. Quelques mois après, on se mariait, puis notre fils naissait l'année suivante. La vie s'est écoulée, Nathan a maintenant 20 ans.

J'ai vécu de tendres moments dans ce beau pays. »

« Eh bien, mon gaillard, c'est une très belle histoire. J'espère que tu es heureux, tu le mérites après ta mésaventure avec Léa. »

Je ne répondis pas, ma rupture avec elle avait laissé des traces.À l'époque, ce fut un drame avant mon départ à Montréal. Bruno vit tout de suite qu'il fallait éviter le sujet, il enchaîna :

« Que vas-tu faire cet après-midi ?

– Je vais aller chez mon père et m'occuper des formalités, l'enterrement a lieu vendredi à 15 h.

– J'ai prévenu nos amis, ceux qui sont dans la région viendront, d'ailleurs, je les ai invités pour le week-end, ça fait tellement longtemps qu'ils ne t'ont pas vu, qu'ils ont tous été d'accord.

– Merci, Bruno, il ne fallait pas te donner autant de mal.

– Ça te fera du bien de les revoir et ça te changera les idées, tiens, voilà les clefs de ma voiture.

– Un grand merci, mon ami. »

Je rangeai avec lui et partis vers le domicile de mes parents. Je poussai la grille en fer forgé qui grinça, je reconnus ce bruit, cela faisait des années que je ne l'avais pas entendu.

Je traversai le petit jardin devant la maison, mon père consacrait tout son temps à l'entretenir, les massifs de fleurs multicolores me firent penser à lui et me serrèrent le cœur.

Quand j'ouvris la porte d'entrée, je fus ébahi, rien n'avait changé, l'intérieur était resté le même depuis l'enterrement de ma mère.

En entrant dans la cuisine, je vis sur la table la tasse que mon père utilisait pour son petit-déjeuner et, à proximité, ses lunettes que je saisis pour les poser sur le buffet près de son journal.

Je montai au premier, j'ouvris la porte de ma chambre et ce fut la stupéfaction. Rien n'avait bougé depuis vingt-trois ans, mes affaires étaient là, les photos des artistes et des sportifs que j’idolâtrais toujours accrochées au mur avaient jauni et la poussière et les toiles d'araignées avaient envahi cet espace.

Je m'assis sur le lit, aucun objet n'avait changé de place et ne manquait. Quand j'étais venu pour le décès de ma mère, j'avais logé à l’hôtel, mon père avait trouvé cela bizarre, mais dormir dans ma chambre à côté de celle de mes parents m'aurait anéanti. Par conséquent, après la cérémonie, j'avais raccompagné mon père sans monter à l'étage.

Je me pris la tête entre les mains, les larmes coulaient le long de mes joues. Mes parents ne s'étaient jamais plaints de mon absence, je leur téléphonais très souvent et quand ils traversaient l'Atlantique pour venir me voir, on passait beaucoup de temps ensemble.

Néanmoins, ils m'avaient manqué, et de toute évidence moi aussi. J’aurais dû vivre auprès de ma famille et je regrettais, seulement, il était trop tard.

Mon téléphone sonna, j'étais en retard pour organiser les obsèques, je descendis l'escalier et filai précipitamment.

Plus tard, je retrouvai Bruno pour dîner, on passa le temps à se remémorer notre passé de jeunes insouciants, celui de notre groupe d'amis avec qui on organisait des soirées mémorables à refaire le monde. Notre petite bande de copains se réunissait au moins une fois par mois pour fêter un anniversaire, une fête, tout était prétexte à s'amuser, et la plupart du temps, on se regroupait chez les uns ou les autres.

Quelquefois, on s'évadait pour tout le weekend en voiture, à l'aventure. On décidait deux jours avant l'endroit de notre destination et le vendredi soir, on se réunissait pour s'échapper.

Au complet, on était une dizaine, autant de filles que de garçons, il y avait une sacrée ambiance entre nous. Parfois, une personne invitée par un membre du groupe venait élargir notre cercle.

Et c'est comme cela, que j'ai connu Léa, mon premier amour.

La nuit était tombée. Assis sur un fauteuil de la terrasse, je contemplais la nature pendant que Bruno apportait son cognac favori pour me le faire déguster. J'entendais au loin dans la forêt des bruits d'animaux, les oiseaux gazouillaient dans les arbres. Il faisait bon en ce mois d'avril et ils en profitaient. Bruno posa les verres et versa son nectar.

« Quelle calme chez toi, depuis quand tu habites ici ?

– Depuis mon divorce, il y a deux ans maintenant.

– Tu n'as pas trouvé une compagne ? »

Il sourit en me tendant un verre.

« Non, je suis devenu très difficile et mon job ne me le permet pas, je pars très souvent en province ou à l'étranger. »

J’acquiesçai, effectivement, une relation durable exigeait une présence.

« Pour compagnie, j'ai mon chien et mon chat, d'ailleurs, le voilà qui revient pour la nuit et surtout pour manger. »

Le berger se leva et vint au-devant du matou qui lui fit un câlin, les deux animaux entrèrent dans la maison. Mon regard dirigé vers la pelouse, je jouissais de ce havre de paix en me délectant avec son vieux Cognac. Bruno, le verre à la main, ne disait rien, il se tourna dans ma direction :

« Ce week-end, tu vas rencontrer certains de nos amis.

– Ah lesquels ?

– Bah,Élodie, Annie, Franck et François, malheureusement les autres qui vivent en province ne pourront pas être là, ils te transmettent leurs condoléances et espèrent te voir une autre fois. »

Je me contentai simplement de lui faire un signe de la tête, la fatigue du voyage commençait à me submerger. Je remerciai Bruno et pris congé. Dans la chambre, couché sur le lit, les mains derrière la tête, je repensai à cette époque ; à ces moments de fête et de délires.

Élodie était la plus acharnée de toutes les filles, elle était invariablement la première à blaguer. Franck l'organisateur, François l'intellectuel, Annie la pin-up du groupe... Tout ce petit monde, comment allais-je le retrouver ? Je riais tout seul dans le lit avant de plonger dans les bras de Morphée.

Le lendemain matin, j'ouvris les paupières difficilement ; en regardant ma montre, je sursautai, il était plus de 10 h. Je poussai les volets, le soleil brillait dans le ciel bleu, le chien allongé sur la pelouse leva la tête et la reposa.

« Alors le Canadien, on récupère du décalage ? »

Bruno sur la terrasse, une tasse à la main caressait son chat.

« Descends, un café t'attend. »

Je lui fis signe de la main et m'empressai de le rejoindre. Après avoir pris le petit-déjeuner et une bonne douche, Bruno me déposa devant la maison de mon enfance et repartit.

« J'ai une course à faire, je reviens dans deux heures, ça ira ?

– Absolument, Bruno, je vais juste récupérer des documents. »

Du tiroir du buffet, je sortis un classeur, mon père, qui avait été comptable était très ordonné, tous les papiers qu'il recevait étaient systématiquement archivés. Assis sur le canapé, je consultai chaque dossier, quelques-uns me firent voyager dans le temps. La sonnerie de la porte me fit sursauter. Je laissai tout et me dirigeai vers la fenêtre pour écarter les rideaux. C'était la voisine, une amie de mon père, je lui fis signe d'entrer.

« Bonjour madame Ledrain, comment allezvous ?

– Très bien, mon petit Alexandre et toi ?

– Bah, comme quelqu'un qui a perdu un être cher. » Rétorquai-je.

« Bah, oui, mon pauvre Alexandre, il est parti trop vite, la veille, on buvait le café ensemble, il était bien. »

C'était une brave femme qui s'occupait parfois de lui faire les courses.

Restant silencieux, elle continua.

« Tu sais, Alexandre, tu n'as pas changé, je me rappelle tout gamin quand tu venais sonner chez moi et que tu te cachais, je sortais, il n'y avaitpersonne, je devinais que c'était toi, tu étais très espiègle. »

Je songeai à ces moments où j’embêtais notre voisine. De son côté, quand je jouais au ballon et qu'il atterrissait dans ses fleurs, elle rouspétait, néanmoins, elle nous le redonnait toujours.

« Alexandre, l'enterrement est à quelle heure vendredi ?

– À 15 h, au cimetière du centre-ville.

– Ah, tu ne fais pas de messe ?

– Non, mon père n’appréciait pas trop les curés. » Répondis-je.

« Bon, bah, j'y serai et si tu as besoin de quelque chose, n'hésite pas à sonner comme tu faisais plus jeune.

– Merci, madame Ledrain. »

Elle repartit me laissant seul, j'ouvrai l'album de photos et m'installai pour revivre ma vie avec mes parents et toute la famille. Celles de ma naissance, de ma communion, de mon mariage avec Tess. Je n'ai pu atteindrela fin, letemps passa trop vite, Bruno était de retour. Je le pris avec moi pour le consulter plus tard. Je jetai un dernier coup d'œilvers la maison, avant de refermer la grille.

Le vendredi pour la cérémonie, il y avait beaucoup de monde, les voisins et amis de mon père étaient tous présents, certains m'avaient reconnu, d'autres me fixaient et devaient me trouver changé. Le premier adjoint fit un discours, mon père avait été maire et ensuite avait participé comme bénévole à la vie de sa ville dans plusieurs associations.

Mes amis regroupés à côté de Bruno m'observaient. Tous me saluèrent et déposèrent une rose sur le cercueil. Personnellement, j'étais passé cueillir un gros bouquet de différentes fleurs de son jardin, c'était sa passion.

Je restai seul devant ce trou béant, regardant longuement sa dernière demeure. Je lui lançai mon bouquet en le saluant.

Ensuite, je fis signe aux agents qu'ils pouvaient intervenir et rejoignis mes amis qui conversaient entre eux. Annie etÉlodie silencieuses, vinrent m'embrasser et me prirent par le bras. Elles m'accompagnèrent jusqu'à la voiture. Ensuite, mes amis prirent leur véhicule pour nous suivre et Bruno rentra directement.

Chapitre II

Nous nous assîmes tous ensemble autour de la table de la terrasse ; Bruno aidé par Annie apporta des boissons. Les quatre amis étaient ravis de me revoir, moi également. Physiquement, ils n'avaient pas trop changé. Je leur parlai de ma femme, de mon fils et de ma vie au Canada.

Élodie, rayonnante de bonheur ne cessait de me poser des questions. J'adorais cette femme. Étudiants, nous avions eu une aventure qui avait duré plusieurs mois, puis, on était resté bons amis. Annie, toujours prête pour faire la fête, était réjouie que je sois là, il est vrai que dans notre bande, c'était un boute-en-train.

Franck, géomètre avait son cabinet en banlieue sud. Chaleureux, il m'expliquait que depuis son divorce, il n'avait fait que travailler et ce week-end lui permettait de décompresser.

François était resté célibataire d'après Bruno, et restait discret. Je décelai une grande complicité entre lui etÉlodie. La fin de journée arriva rapi dement, nos discussions sur nos sorties en groupe il y avait désormais vingt-trois ans nous rendirent nostalgiques de cette époque. Mon portable sonna.

C'était Tess, je décrochai et m'absentai un instant, elle souhaitait savoir comment je me portais après les adieux à mon père. On ne discuta pas longtemps, elle était submergée par le travail, je l'embrassai.

Quand je revins sur la terrasse, il y avait de l'ambiance, l'apéritif était servi et les garçons plaisantaient,Élodie venait d'avouer sa liaison avec François, les commentaires fusaient. Je les félicitai et on trinqua à leur bonheur.

Pendant ce temps, Bruno faisait cuire des merguez sur son barbecue tout en buvant son verre. Mes amis riaient et se charriaient mutuellement.

Toutes ces plaisanteries me firent le plus grand bien. Je retrouvai l'atmosphère de notre jeunesse.

Je ressassais toute cette période avec beaucoup de regrets, toutes ces années, passées loin d'eux, me pesaient.

Nostalgique, je m'éloignai un instant, la vue sur le jardin et le plan d'eau m'apaisèrent, Annie vint près de moi.

« Pourquoi tu restes tout seul, Alexandre ? Viens avec nous. »

Je me retournai et l'accompagnai.

« Tu as l'air soucieux. » Dit Franck.

« Une mauvaise nouvelle, Alexandre ? » Lança Annie.

« Non, les amies, c'était Tess, ma femme ; en ce moment, on est un peu distant, je m'occuperai de ce soucis plus tard. Il y a une chose que j'ai omis de vous dire :

– Laquelle ? » Lancèrent en chœur Élodie et Annie.

« C'est que vous m'avez tous manqué.

– Toi aussi, le Canadien, et on espère que tu reviendras volontiers nous voir. » Déclara ensemble toute l'assistance.

« On trinque tous au retour de notre ami Alexandre. » Dit Bruno.

La discussion reprit, j'étais satisfait de ces retrouvailles. Pourtant, brusquement, je songeai à Léa. On avait passé deux jours à Venise avant notre rupture, ce fut un merveilleux week-end. Malheureusement, peu de tempsaprès notre retour, pour une raison que j'ignore toujours, elle m'avait téléphoné pour rompre. Ce fut pour moi une immense désillusion, une déchirure, ce qui décida mon séjour prolongé au Canada.

« Vous avez des nouvelles de Léa ? »

Ma question eut l'effet d'une bombe, tout le monde s'arrêta de causer, ils me regardèrent étonnés. Personne ne prit la parole, Bruno intervint après un moment de solitude, soulageant les autres.

« Léa n'est plus de ce monde... Tu n’étais pas au courant. »

Les yeux rivés sur Bruno, cette nouvelle m'abasourdit et je m'assis sur la première chaise proche de moi. La stupeur passée, je bredouillai :

« Non... Absolument pas. Que lui est-il arrivé ?

– Elle a eu un accident de voiture cinq ans après ton départ. » Indiqua Franck.

« Vous pouvez préciser ? » Dis-je.

« Elle revenait d'une soirée avec son mari, elle a loupé un virage et s'est encastrée dansle mur d'une propriété, ils sont morts tous les deux. »

Un grand silence se fit. Je ne parvins pas à réaliser, je revis notre séjour, son sourire, sa joie de vivre, elle était heureuse et je n'avais jamais admis sa décision.

Pour changer le climat que j'avais complètement plombé, Bruno dit :

« Tu savais qu'elle avait une sœur jumelle ?

– Non... Léa m'avait toujours affirmé qu'elle était fille unique.

– Bah, non, Alexandre... Je l'ai rencontrée à l'enterrement de Léa. Elle est pharmacienne, son officine est sur la place de l'église ! »

– Ici... Dans ta ville ?

– Oui, je te montrerai, quand on se baladera. »

J'étais stupéfait par cette information. Mon esprit n'était plus avec mes amis, Léa que j'avais aimée comme un fou et avec laquelle je désirais faire ma vie était morte, une page se tournait et j'avais beaucoup de mal à participer à la fête.

C'est Élodie qui vint me voir :

« Ça va, Alexandre ?

– Non, cette information m'attriste, tu sais pourquoi. »

Elle fit un signe de tête et me prit le bras pour n’emmener loin du groupe.

« Tu as toujours des sentiments pour elle ?

– On ne peut pas oublier les excellents moments, même si notre liaison s'est mal terminée. J'adorais cette fille, j'aurais préféré qu'elle soit heureuse comme moi, je l'ai été par la suite... Tu comprends ?

– Oui, tu as raison... Viens, on va rejoindre les autres, ça t'évitera d'y penser. »

La discussion continua et la soirée resta animée. Tout le monde alla se coucher, sauf moi qui m'attardai sur un fauteuil en dégustant un verre de cognac.

Était-ce le dernier adieu à mon père ou la mort de Léa qui me troublait autant ? Ou bien la fatigue du décalage horaire et la discussion avec Tess.