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Le mot “âme” se dit en grec antique “psyché”, ce qui signifie aussi “papillon”, symbole par excellence de l’immortalité. Un vieux proverbe dit que lorsque les yeux de l’ignorant voient la mort de la chenille, l’esprit du sage contemple la naissance du papillon. Épictète, l’un des plus grands représentants du stoïcisme, réduit toutes les interrogations philosophiques à une seule et même source : la crainte de la mort. : « As-tu bien dans l’esprit, lui dit-il, que le principe de tous les maux pour l’homme, de la bassesse, de la lâcheté, c’est... la crainte de la mort? Exerce-toi contre elle; qu’à cela tendent toutes tes paroles, toutes tes études, toutes tes lectures et tu sauras que c’est le seul moyen pour les hommes de devenir libres » Notre rapport contemporain à la mort est une exception, un accident historique. Il semble que nous ayons besoin d’une guérison de nos intelligences tant elles sont imbibées des doctrines athées et de l’influence des médias. À l’heure où de grands débats agitent la société, l’euthanasie, le transhumanisme qui souhaitent donner définitivement à l’homme la toute puissance sur la question ultime, il semble intéressant de revenir à l’Essentiel et de proposer une synthèse des « sources chrétiennes » sur le sujet.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Yohan Picquart, journaliste, auteur, enseignant, a publié plusieurs ouvrages consacrés aux questions spirituelles. Diplômé en sciences des religions et en littérature, il réside actuellement dans le Nord de la France.
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Veröffentlichungsjahr: 2022
Apprivoiser la mort pour naître au Ciel
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saintlegerproductions.fr
© Saint-Léger éditions, 2019.
Tous droits réservés.
Louis Michel Blain
Apprivoiser la mortpour naître au Ciel
Regards chrétiens sur la question ultime
« Que direz-vous de cette clarté divine lorsque vous pénétrerez dans sa source ? »
Sénèque
« Nos conventions, nos apprentissages nous disent depuis des générations qu’on ne revient pas de la mort… Aujourd’hui, grâce aux progrès de la réanimation, on revient de la mort clinique »
Jean-Jacques Charbonnier,médecin anesthésiste et écrivain français.
« … Tu auras de la peine. J’aurai l’air d’être mort et ce ne sera pas vrai… […] Je ne peux pas emporter ce corps-là. C’est trop lourd. Ce sera comme une vieille écorce abandonnée. Ce n’est pas triste les vieilles écorces… »
Antoine de Saint-Exupéry
Introduction
Le mot « âme » se dit en grec antique « psyché », ce qui signifie aussi « papillon », symbole par excellence de l’immortalité. Un vieux proverbe dit que lorsque les yeux de l’ignorant voient la mort de la chenille, l’esprit du sage contemple la naissance du papillon.
Épictète, l’un des plus grands représentants du stoïcisme, réduit toutes les interrogations philosophiques à une seule et même source : la crainte de la mort : « As-tu bien dans l’esprit, lui dit-il, que le principe de tous les maux pour l’homme, de la bassesse, de la lâcheté, c’est… la crainte de la mort ? Exerce-toi contre elle ; qu’à cela tendent toutes tes paroles, toutes tes études, toutes tes lectures et tu sauras que c’est le seul moyen pour les hommes de devenir libres. »
Les hommes préhistoriques, déjà, enterraient « religieusement », leurs proches. Les scientifiques estiment que c’est lorsque l’homme a commencé à ensevelir ses morts qu’il est devenu humain.
Quelques soient les formes que cette croyance a pris, l’idée de la survie de l’âme a toujours, de tous tempset en tous lieux été une évidence pour l’humanité. L’humanité a toujours été porteuse de cette intuition. Ce n’est que depuis un siècle et demie que le doute s’est peu à peu généralisé dans nos sociétés dites « modernes ».
Notre rapport contemporain à la mort est une exception, un accident historique.
Il semble que nous ayons besoin d’une guérison de nos intelligences tant elles sont imbibées des doctrines athées et de l’influence des médias.
La tradition catholique a retenu trois destinations possibles pour l’Après-Vie : Le Paradis, le Purgatoire et l’Enfer. Il existe selon la théologie traditionnelle trois creusets de révélations : la Tradition, la Bible et le Magister. Ce sont ces trois sources qui serviront de base à cette enquête. Il ne s’agit donc pas ici de proposer un point de vue personnel ou éditorial sur le sujet, mais de mettre à disposition du lecteur une compilation de textes, qui permette de s’initier à la pensée de la grande tradition de l’Église sur ces sujets.
La préface de la Messe des morts résume notre condition de mortels appelés au salut : « … Si la pensée de la mort inévitable nous attriste, la promesse de l’immortalité à venir nous rend courage. Car pour vos fidèles, Seigneur, la vie n’est pas détruite mais elle est transformée, et lorsque disparaît la demeure de notre séjour terrestre, une habitation éternelle s’offre à nous dans le Ciel ! »
à l’heure où de grands débats agitent la société : l’euthanasie, le transhumanisme, qui souhaitent donner définitivement à l’homme la toute puissance sur la question ultime, il semble intéressant de revenir à l’Essentiel et de proposer une synthèse des « sources chrétiennes » sur le sujet.
Chapitre I Aperçu biblique
Nous allons ici étudier, à travers les travaux de quelques éminents biblistes, un panorama global (qui sera approfondi dans les chapitres suivants) de ce que la Bible a pu écrire sur « la vie d’après ».
Nous découvrons que, contrairement à certaines idées répandues, la croyance en un Au-delà n’est pas une « invention » des grands monothéismes. Il semble au contraire qu’Israël a été bien plus lente que d’autres peuples à élaborer une théologie de l’Au-delà. C’est le Christ qui, dans le Nouveau Testament, donnera une assise définitive à l’idée de la résurrection finale et de l’immortalité de l’âme.
Dans l’Ancien Testament
Sébastien Doane, Responsable de rédaction de la Table inter-diocésaine de la pastorale biblique de Montréal, propose ici une approche vétéro-testamentaire de la question de la mort et de l’Au-delà. Il développe dans un premier temps la notion de « shéol », importante chez les « premiers croyants ».
Pendant longtemps, dans l’histoire du peuple hébreu, aux temps de Moïse, de David et des prophètes, on n’avait pas vraiment développé ce qu’il en était de l’« Après-Vie ». La mort était la fin de la vie. Au-delà de la mort, il n’y avait rien, ou… presque rien : les morts étaient au shéol.
Au sens premier, le mot hébreu « shéol » indique une tombe, un trou profond dans la terre pour placer les cadavres. à la mort, la personne était donc physiquement au « shéol », dans sa tombe. Pour les Hébreux, il était impensable de séparer le corps et l’âme. Il faut se rappeler que pour l’homme de la Bible, l’humain était indissociable. Contrairement à la pensée grecque, l’Ancien Testament ne voit pas de distinction entre un corps matériel et corruptible, d’une part, et une âme immatérielle et incorruptible, d’autre part.
Avec le temps, le mot « shéol » finit par désigner une sorte de lieu du séjour des morts. Ce lieu est caractérisé par le noir, le silence, la poussière, la profondeur, l’absence, l’oubli… Il s’agit d’un lieu de semi-existence où la communication est impossible, en particulier avec Dieu. Dieu est absent du shéol. Le shéol, au plus profond de la terre, est à l’extrême opposé du ciel où habite le Dieu vivant. Le séjour des morts est évidemment un lieu d’où on ne peut sortir, un monde en rupture avec le monde des vivants. L’Ancien Testament regarde donc la mort en face, ose en parler sans l’édulcorer… L’humain est un être marqué par sa propre finitude. Plus tard, lorsque la croyance en la Résurrection va se développer, le shéol deviendra un lieu d’attente du jugement de Dieu et de la Résurrection finale.
** *
Le même auteur, cité précédemment, nous présente ensuite le principe de la « théologie de la rétribution », qui a profondément imprégné l’Ancien Testament et le peuple hébreu durant plusieurs siècles.
L’Ancien Testament affirme à plusieurs endroits que c’est sur terre que Dieu punit les méchants ou récompense les justes par la prospérité et la descendance. C’est ce qu’on appelle la « théologie de la rétribution ». Abraham, David et les prophètes n’attendaient pas de récompense au Ciel. Ils croyaient en Dieu, mais n’espéraient rien après la mort. Pour eux, la vie se vivait sur terre et la récompense de Dieu se trouvait, elle aussi, sur terre. Une personne fidèle à Dieu se trouvait récompensée par une grande descendance, la prospérité, des troupeaux, une terre, une maison, des serviteurs, des femmes et des concubines… Au contraire, une personne désobéissant aux commandements de Dieu était punie dès cette terre : maladie, pauvreté, stérilité, absence de descendance, mort. Abraham est un bon exemple de juste. Dieu lui donne une grande descendance, une terre, des troupeaux, femmes et concubines, et une vie de 175 ans. Dieu reste fidèle à son alliance puisque c’est sur terre qu’il s’occupe des justes. […]
Les grands personnages de l’Ancien Testament ne s’attendaient à rien après la mort, mais avaient une grande foi en Dieu.
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Il nous présente enfin, à travers le livre de l’Ecclésiaste, une contestation de cette théologie de la rétribution. L’idée d’une existence sans Au-delà paraît alors absurde…
« Vanité, tout est vanité », comme le proclame une expression passée à la postérité.
Le livre de l’Ecclésiaste (aussi nommé « Qohélet ») a été écrit à l’époque de l’Empire grec pendant la période où la Palestine est soumise aux Séleucides entre 250 et 200 av. J.-C. à la suite de Job, l’Ecclésiastique conteste l’interprétation traditionnelle de la théologie de la rétribution. Il observe que cette explication ne correspond pas à la réalité. Il y a des méchants qui prospèrent et des justes qui souffrent. C’est le hasard qui semble déterminer qui aura un destin heureux ou malheureux, sans tenir compte de la fidélité – ou de l’infidélité – à Dieu. […] Des justes sont traités comme le méritent les méchants, et des méchants connaissent la réussite que méritent les justes. […].
Qohélet propose une lueur d’espoir en nous suggérant de bien savourer les plaisirs de la vie dans le moment présent. Pour lui, ces plaisirs sont vus comme des dons de Dieu.
« Mange ton pain avec plaisir et bois ton vin d’un cœur joyeux, car Dieu a déjà approuvé tes actions. En toute circonstance, mets des vêtements de fête et n’oublie jamais de parfumer ton visage. Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, chaque jour de la fugitive existence que Dieu t’accorde ici-bas. C’est là ce qui te revient dans la vie pour la peine que tu prends ici-bas » (Qo 9, 7-9).
Pour Qohélet, même ces plaisirs sont vanités, car ils sont toujours passagers et ils n’empêchent pas l’homme d’aboutir à la mort. Ces plaisirs ne procurent pas le véritable bonheur qui cherche le cœur humain : un homme peut avoir une centaine d’enfants et vivre de nombreuses années. Que vaut tout cela s’il n’est pas heureux pendant sa longue vie et s’il n’est même pas enterré décemment ?
Car toute vie aboutit à la mort (Qo 6, 3-6).
« Tout est vanité » cette expression est dite et redite partout dans son livre : « Vanité des vanités, tout est vanité. » C’est un des versets les plus connus qui revient sans cesse revient dans le texte.
Pour Qohélet toutes les expériences de la vie autant bonnes que mauvaises sont qualifiées de vanité. Devant la mort définitive, la vie est éphémère et absurde. Ce livre nous ramène à un aspect essentiel de notre réalité humaine. Il nous invite à prendre en compte la réalité de notre propre finitude. L’idée de la mort est souffrance pour tous.
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Patrice Bergeron, prêtre du diocèse de Montréal, propose ici une analyse de l’émergence progressive de l’idée de la Résurrection au sein du Judaïsme.
La croyance dans un au-delà de la mort et en une résurrection, au sein du judaïsme, est une réalitéqui s’est mise en place lentement et progressivement. Dans les textes bibliques antérieurs au iie siècle av. J.-C., l’aspiration à une continuité de l’existence dans un« Au-delà » viendra se heurter sur la fatalité du shéol. On n’a alors pas encore osé imaginer un au-delà de la mort.
Nous trouvons les premières véritables traces de la croyance en la résurrection des justes dans un des épisodes de persécutions qui fut mené sous l’empire grec par Antiochus IV Épiphane.
Après la mort d’Alexandre le Grand (323 av. J.-C.), le royaume grec sera divisé entre plusieurs rois. Différents rois hellénistiques régneront sur la Palestine avec des attitudes fort diverses à l’égard des Juifs, allant de la tolérance aux tentatives d’assimilation à la culture dominante.
L’ensemble de l’Empire baigne dans la culture grecque. Cette culture est séduisante, à tel point que même des Juifs de Jérusalem, même des grands prêtres du temple seront séduits par la culture grecque et seront favorables à une certaine assimilation. […]
Quand Antiochus IV Épiphane (175-164) régna à son tour sur la Palestine, il s’attaqua violemment à la culture juive : il tenta d’interdire la circoncision, l’observance du sabbat, les pratiques de la Loi, il brûla les Livres de la Loi, contraignit les Juifs à participer à des cérémonies en l’honneur de divinités païennes et à participer à des repas sacrificiels où l’on consommait du porc.
Plusieurs Juifs subiront le martyre durant cette période, en voulant rester fidèles à leur Loi et en refusant de se prêter aux décrets du roi persécuteur. Cette tentative d’assimilation à l’hellénisme et ces persécutions sont relatées dans les deux livres des Maccabées de l’Ancien Testament. Le roi ordonna que, dans tout son royaume, tous les peuples n’en forment qu’un et renoncent à leurs coutumes. Beaucoup d’Israélites acquiescèrent volontiers à son culte, sacrifiant aux idoles et profanant le sabbat. […]
« Quiconque n’agira pas selon l’ordre du roi sera mis à mort ». C’est en ces termes que le roi écrivit à tous ses sujets. Il créa des inspecteurs pour tout le peuple et ordonna aux villes de Juda d’offrir des sacrifices dans chaque ville (1 M 1, 41-51).
Le point culminant d’Antiochus IV Épiphane fut de consacrer le temple de Jérusalem au dieu Zeus de l’olympe. Les Juifs décriront en ces termes cette profanation du temple : l’abomination de la désolation.
Lorsqu’on est attaqué ainsi dans son identité la plus fondamentale, et qu’on ne veut pas se laisser assimiler, il existe deux façons de réagir : la résistance armée ou la résistance religieuse (mettre encore plus de zèle dans l’observance religieuse), les deux étant vues comme une fidélité à Yahvé et à la Loi de Moïse. C’est ce qui se produira.
