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Un an déjà que la petite traileuse Niçoise participait à la course de ses rêves dans la Vallée d'Aoste, un format XXL, le "TOR des GEANTS" (350 km - 27 000D+). Transportée dans un monde extrême et hors du commun, elle traversera de nombreuses étapes tumultueuses emplies d'exaltation, de souffrance, d'enchantement, de larmes, de doute et de courage. Mais sa dévorante ivresse des montagnes saura-t-elle prédominer la difficulté de l'épreuve qui l'attend? Pour ce faire, elle devra parvenir à boucler cet ultra-trail en 150 heures! Réussira-t-elle malgré tout à franchir la ligne d'arrivée dans le temps imparti?
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Seitenzahl: 260
Veröffentlichungsjahr: 2020
A vous, Amoureux transis des plus belles Montagnes
A vous, Passionnés des contrées les plus sauvages…
A vous, Inconditionnels d’ultra-trail…
Je vous dédie ces quelques pages…
Je tiens à remercier mon époux pour son merveilleux amour et son dévouement sans faille durant cette extraordinaire aventure, ma maman pour son soutien indéfectible et son chaleureux réconfort mais également pour tous les dessins de ce manuscrit, mon papa pour faire naître en moi chaque jour un peu plus de force et de courage grâce au formidable être humain qu’il est.
Un immense merci à ma Lyly Love pour les corrections apportées à ce livre.
Je tiens à remercier également toutes les personnes qui m’ont accompagné, de près ou de loin, dans cette formidable course.
Toutes les photos ayant été prises sur le vif de la course et avec les moyens du bord, leur qualité n’est donc pas optimale. Néanmoins, elles ont le mérite d’exister puisqu’elles font parties intégrantes de cette aventure et de vouloir être partagées…
Telle une balle tu partiras
A l’assaut des cols, dénivelés et kilomètres tu te battras
Tout schuss dans les descentes tu iras
A bien des moments, la correctionnelle tu frôleras
Par instant, de bonnes dérouillées tu prendras
Ton impertinence, toujours, le Tor punira
De l’émotion, de la joie et de l’enchantement tu t’enivreras
La beauté des paysages, des yeux, tu dévoreras
Des panoramas et des climats tu t’accoutumeras
Cette liberté totale en pleine montagne tu savoureras
Un fleuve tranquille tu croiras
Abandonner, tu méditeras à bien des instants
Comme envolés, tes rêves d’enfant
Rampant de jour de nuit tel un zombi agonisant
Toujours, tu repartiras dans un élan euphorisant
Ton mental dépité, les coups accusant
Ton corps contusionné, d’efforts redoublant
Par instant ta carapace tu fendras
La peau des pieds et ton âme tu perdras
Seul sur ton chemin, à bien des moments, tu t’égareras
Un animal sauvage tu redeviendras
La sympathie et la douceur des bénévoles réconfortants
Auront alors sur toi un effet exaltant
De polenta, viande grillée et fromage abondants
Ils te régaleront pour déguiser tes doutes déchirants
Plaisir et souffrance, tu vivras
Euphorie et coup d’blues tu traverseras
Avancer sera alors ton seul mantra
Pour espérer une fin digne d’un ultra
La ligne d’arrivée, ton esprit focalisera
Mais cette histoire c’est toi qui l’écriras
Avec la force et le courage de ce que tu y mettras…
Bienvenue dans un territoire insolite et chimérique…
Bienvenue dans l’abîme du TOR des GEANTS !
PREAMBULE
CHAPITRE I - Samedi 7 Septembre 2019
CHAPITRE II - Dimanche 8 Septembre 2019 1ère Etape : COURMAYEUR – VALGRISENCHE 50 Km (3996 D+ / 3300 D-)
CHAPITRE III - Lundi 9 Septembre 2019 2ème Etape : VALGRISENCHE – COGNE 56 Km (4200 D+ / 4300 D-)
CHAPITRE IV - Mardi 10 Septembre 2019 3ème Etape : COGNE – DONNAS 48 Km (3348 D+ 2600 D-)
CHAPITRE V - Mercredi 11 Septembre 2019 4ème Etape : DONNAS – GRESSONEY SAINT JEAN 53 Km (4400 D+ 3600D-)
CHAPITRE VI - Jeudi 12 Septembre 2019 5ème Etape : GRESSONEY SAINT JEAN – VALTOURNENCHE 47 Km (2800 D+ 2700 D-)
CHAPITRE VII - Vendredi 13 Septembre 2019 6ème Etape : VALTOURNENCHE–OLLOMONT 50 Km (3400 D+ 3500 D-)
CHAPITRE VIII - Samedi 14 Septembre 2019 7ème Etape : OLLOMONT – COURMAYEUR 48 Km (2900 D+ 3100 D-)
CHAPITRE IX - Remise des prix…
CHAPITRE X - Epilogue
REFERENCES DES CITATIONS
Tout commence par un rêve.
Depuis ma plus tendre enfance, j’arpente les sentiers et les sommets du Mercantour dans les Alpes Maritimes et l’émerveillement qu’il me produit à chaque rencontre est toujours une nouvelle fois vécue comme un renouveau.
En 2015, alors âgée de 39 ans, je me dis qu’il serait enfin intéressant d’associer ma soif pour l’effort physique à la somptuosité du paysage qui défilera sous mes yeux. Cette idée m’a séduite. D’emblée, je me suis obstinée à suivre mon instinct et ma curiosité dans ce captivant dédale sans fin que l’on nomme ULTRA-TRAIL.
Tout débute cette même année, marquée par mes premiers pas dans les courses trail. Il y a un côté ludique que je ne trouve pas sur bitume. Une trentaine de courses me permettront de connaitre les premières joies des podiums, notamment celui du Challenge de la Vésubie-Tinée avec une belle seconde place ainsi qu’une 6ème place au Challenge Découverte Trail Département 06.
Cette même année, c’est la 1ère édition d’un nouvel ultra-trail qui se déroule, ici, à domicile, partant de Nice pour rejoindre St Martin de Vésubie, soit 145 kilomètres pour 10 000 mètres de dénivelé positif : c’est l’UTCAM, l’Ultra Trail Côte d’Azur Mercantour.
Je n’ai pas l’étoffe pour participer à une course d’une telle envergure, je débute à peine mais l’envie est bien là et je suivrais l’évolution de cette course qui me semble à cet instant, hors du commun et inabordable me concernant.
En voulant établir ma saison 2016, je me perds à regarder des teasers de différentes courses, et je suis attirée par une vidéo en particulier.
Je suis alors immédiatement envoutée par l’éclat des paysages, la stupéfiante vue des panoramas, la chaleureuse ambiance de la course, l’époustouflante générosité des spectateurs, l’inaccoutumé dévouement et l’effarante organisation des bénévoles.
Mais c’est quoi cette course ?
Le TOR des GEANTS !
Quel drôle de nom, jamais entendu parler !
Mais quel type de format offre-t-elle ?
Je me renseigne et, au plus je recherche au plus ma mâchoire semble se décrocher.
Ah ouais ! Tout d’même !
352 bornes à parcourir, rien qu’ça ?!
Et, niveau dénivellation, ça donne quoi ?
HA HA HA ! 27 450 mètres de dénivelé positif à gravir et autant à descendre.
Juste ça quoi ! Inouï !
Déconcertant, même !
Mais combien de personnes terminent ce genre d’épreuve ?
Sur l’ensemble des coureurs prenant le départ (660 à la création en 2010 pour atteindre les 950 en 2019) uniquement la moitié parvient à franchir la ligne d’arrivée, soit un coureur sur deux.
Hum…En somme, les chiffres d’un ultra!
Attendez, je lis un truc encore plus ahurissant !
Mais non !! Je n’en reviens pas ! Vous n’allez pas le croire ! Il y a même LES spécialistes du TOR. Ceux qui depuis la création de l’épreuve ont terminé toutes les éditions ! Fabuleux, hein !!! On leur a même attribué un surnom, celui de « Sénateur ». Chaque année, ces personnes s’engagent et terminent cette course insolite. Enorme, ça !! Je me dis que c’est difficilement croyable. Chaque année, ils encaissent tant de dédales et chaque année, ils ont envie d’y revenir. Ils doivent être dotés d’un sacré mental ! Je suis bluffée et très admirative par leurs exploits ! Plus je fouine sur le net et plus je comprends pourquoi c’est l’une des courses les plus exigeantes au monde.
Cette course me semble une énormité effrayante de difficultés mais, à la fois, extrêmement attirante.
Le TOR c’est l’équivalent de 4 fois l’ascension de l’Everest, c’est le franchissement de 25 cols entre 2 000 et 3 300 mètres d’altitude tout en respectant les 12 barrières horaires imposées sous peine d’élimination.
Le TOR c’est aller chatouiller gentiment le bout des pieds de 4 Géants qui culminent à plus de 4000 mètres d’Altitude : son Altesse Sérénissime le Mont Blanc (4809 m), le Mont Rose (4634 m), le Mont Cervin (4478 m) et le Grand Paradis (4049 m).
Le TOR c’est traverser la bassin valdôtain d’Ouest en Est, soit 16 vallées et c’est faire une formidable boucle tout autour de la Vallée d’AOSTE en sillonnant 24 communes.
Piouffff ! Ça a l’air d’une épreuve tellement enchanteresse malgré le combat à livrer.
Subjuguée par la difficulté de l’épreuve et sûrement un propi fouolé1, je me dis intérieurement qu’un jour, je prendrais le départ du Tor des Géants et je vivrais ainsi mon rêve éveillé à aller virevolter à des altitudes perdues…
Oui, vous avez bien lu… je dois être un peu dérangée d’avoir follement envie de participer à cette épreuve !
La saison 2016 se poursuit aussi riche que 2015 mais avec des distances qui s’allongent un peu plus, notamment en courant la Grande Coursasse (63 kms – 3500 D+) afin d’obtenir mon fameux et précieux sésame pour ma future inscription pour l’UTCAM de 2017.
Cela fait alors deux ans que cet ultra-trail est né et il me vient le désir et la volonté d’en prendre le départ. Je m’en sens enfin capable, chose impensable en 2015. Ne lâchant toujours pas mon idée fixe de courir un jour le TOR des GEANTS, je me convaincs alors que si je termine ce 145 kilomètre (10 000 D+), je pourrais peut-être y prétendre.
Cette même année, j’adhère et intègre le club du VESUBIE TRAIL CLUB 06 pour diverses raisons : sa philosophie de vie, cette alliance de sportivité, de montagne, de partage, de plaisir et de convivialité. J’y fais de très belles rencontres, dont une en particulier, celle de Célia, une personne au grand cœur, qui deviendra ma moitié sur mes ultras. Afin de m’aguerrir un peu plus, je participerais à 27 courses dont 14 podiums et terminerais 1ère du Challenge de la Vésubie-Tinée ainsi que 2ème du Challenge Nature du Département 06.
2017, l’année de tous mes espoirs. Je n’ai que peu d’expérience dans les longues distances.
Je m’attèle donc à travailler la relance avec ma participation en février au 80 kms de la 10ème édition de l’Ecotrail de Paris (1500 D+). C’est un trail plutôt urbain et roulant, et très sympathique, même si je préfère le trail très cassant.
J’ai beaucoup apprécié tous ces passages en forêt, et cette superbe arrivée en étage sur la Tour Eiffel avec un verre de bière en prime. Je mettrais 10h39 pour en venir à bout, tout sourire, soit du 8 km/h en moyenne.
J’axe également ma préparation à travailler la progression de nuit et le dénivelé en juillet avec le 80 km du Trail du Marguareis (5200 D+/5800 D-) où je terminerais 2ème femme et 8ème au scratch en 15h16, soit du 5,3 km/h en moyenne.
Une sacrée surprise pour moi !!!!
Je réduis volontairement le nombre de courses, souhaitant me consacrer uniquement à la préparation de mon premier ultra-trail. Je mise ainsi sur la qualité plutôt que sur la quantité.
Je me sens beaucoup plus confiante physiquement, plus forte mentalement et toujours autant animée et enthousiaste à courir en montagne.
A 41 ans, deux ans après mes débuts, je me sens prête à affronter l’UTCAM.
Le 25 Août 2017, il est 17h00, je suis sur la ligne de départ de l’UTCAM avec les 400 autres ultra-trailers.
Mon seul mantra sera de franchir la ligne d’arrivée en bon état physique et du premier coup avec ma banderole en hommage aux victimes de la Promenade des Anglais de l’an passé suite à un attentat terroriste.
Les deux autres objectifs seront bien plus secondaires : arriver dans le top 10 féminin et puis pourquoi pas un podium dans ma catégorie, ce serait une belle cerise sur le gâteau. Après tout, ne dit-on pas que l’espoir fait vivre…
Je traverserais la ligne d’arrivée le 27 Août à 14h09, bouclant ce parcours spectaculaire et technique en 45 h 09 d’une seule traite me faisant passer du rire aux larmes, de la joie à la douleur, de la confiance aux doutes, bref, tout un panel d’émotions à vivre sans filtre. Je termine à la 8ème place féminine et 1ère de ma catégorie, un souvenir immense qui me donne encore des frissons.
Et puis, toutes ces personnes au bord des chemins, près des ravitaillements et des bases de vie, qui ne vous connaissent pas mais qui vivent presque autant que vous cette aventure hors du commun. J’aime à le dire et à le répéter : il n’y a pas d’ultras-trailers sans ultras-supporters. Chaque petite chose est décuplée et vous apporte un bien immense.
Je ne remercierais jamais assez Célia pour son assistance de choc durant ces deux jours d’incroyable aventure humaine. Une fantastique amitié est née, c’est certain !
Mon année 2018 sera marquée, entre autres, par ma première participation aux Championnats de France Trail long, la 20ème édition de la Sky Race à Montgenèvre (67 km – 4500 D+) que je bouclerais en 13h30. Beaucoup d’abandons, près de la moitié des dossards du départ.
C’est un ultra que j’avais bien sous-estimé niveau difficulté et j’ai mis 2 bonnes heures de plus que ce que j’avais prévu à la base. Donc bien heureuse de l’avoir terminé même si les jours suivants je marchais tel un robot téléguidé ….
Puis, ma participation au KV en Championnat de France à Saint LARY SOULAN dans les Pyrénées (3,5 km – 1000 D+) que j’exécuterais en 59 minutes. De très belles expériences et de formidables rencontres, notamment celle avec la très célèbre Championne de France KV 2018.
J’ai repris une cadence de courses identique à mes débuts, plus d’une trentaine de courses et de nombreux podiums, et une fin de saison marquée par le finish de l’édition spéciale de la Saintélyon2. 11h54 de pure débâcle à lutter contre des conditions météorologiques désastreuses : le froid extrême, la pluie durant les ¾ de la course, le vent, la neige et la grêle.
Je termine également une nouvelle fois 1ère du Challenge de la Vésubie-Tinée et 4ème du Challenge Super Trail du Département 06.
Fin 2018, je n’ai qu’une seule et unique fierté : avoir toujours été au bout de toutes les courses dans lesquelles je me suis engagée, toutes celles-ci ayant toujours été mûrement réfléchies.
Puis arrive enfin l’année 2019 avec son lot de surprises et ses possibles. Janvier, je m’inscris aux 150 kilomètres de l’UTCAM, ce sera ma 2ème participation, et je me préinscris pour la 1ère fois sur le TOR des GEANTS afin de commencer mon engagement et avoir une chance d’être tirée au sort d’ici deux ans…
Ce serait très féérique de pouvoir la courir en 2021 pour mes 45 ans !
Il n’y a pas de prérequis particulier pour s’y inscrire si ce n’est de payer les 750€ si je suis retenue.
Le tirage au sort est assez complexe. Grossièrement, un quota est attribué pour chaque pays qui est proportionnel au nombre de préinscrits. S’ajoute à cela, un système de cœfficient en fonction du nombre de préinscriptions demandées lors des années précédentes.
En moyenne chaque année, ce sont près de 2500 préinscriptions pour 950 dossards disponibles. Autant dire, que cela laisse peu de place à la chance.
28 février 2019 : résultat du tirage au sort.
Je reçois un mail.
L’incroyable se produit…
Le hasard en a décidé autrement !
Je suis sélectionnée du premier coup pour participer à la course de mes rêves !
Ça bouillonne en moi, je passe des larmes aux rires, de la peur à l’espérance, de l’enthousiasme à l’accablement, de l’inquiétude à l’euphorie, de la confiance à la réticence, de la conviction au doute…
Bref, cinq jours d’un chamboulement total !
Une question émerge de tout ce chambardement intense.
« Suis-je réellement capable d’accomplir une telle distance dans un temps imparti ? »
2St Etienne→ Lyon (bitume et chemins pédestres, ¾ de nuit): 81 km – 2200 D+.
« Une fois épris des cimes sauvages et tourmentées qui bondissent vers le ciel, et de leurs rochers noirs entourés de blancheurs éternelles ou de lacs solitaires, on les aime toute sa vie. » Henri RUSSELL – Souvenirs d’un montagnard
Il est un peu plus de 13 heures.
Nous atteignons enfin COURMAYEUR, une commune italienne logée dans le haut Valdigne, à la frontière française et chatouillant les pieds d’un géant de 4 809 mètres d’altitude : le mythique Mont Blanc. COURMAYEUR, c’est à la fois la ville de départ mais aussi la ville d’arrivée d’une course hors gabarit.
Je vois un panneau au loin où il est inscrit « TOR », c’est évident, nous sommes arrivés à bon port.
Nous nous arrêtons sur un petit parking. Sur notre droite, un restaurant, c’est ici que nous allons déjeuner tous les quatre, mes parents, mon mari et moi. C’est un restaurant comme je les affectionne, avec une décoration rustique, vraie et chaleureuse. L’hôtesse est très souriante et agréable.
Nous sommes seuls et contents de l’être au fond. Nous disposons ainsi de tout un bel espace convivial. Mes parents commandent un apéritif, moi, je vais me retenir! Demain, je prends le départ du TOR des GEANTS, c’est juste fou et incroyable !
Autant dire que l’alcool amenuiserait mes capacités, tout en sachant que je ne sais pas encore où elles me mèneront. Je pourrais me permettre une bière mais je n’en ai pas forcément très envie à cet instant-là, surement ce soir. Le temps imparti pour terminer cette course est de 150 heures, soit l’équivalent de 6 jours et 6 nuits en continu, avec des barrières horaires à respecter. Il faut donc valider une à une chacune d’entre elles et arriver avant le gong des 150 heures, soit samedi prochain avant 18h00.
Je me dis que dans une semaine, je serais fixée sur mon sort. Dans une semaine, je saurais si j’ai réussi à venir à bout de ce périple. Dans une semaine, je serais peut-être en train de pleurer de joie ou pas, de regretter d’avoir dû abandonner la course pour diverses raisons, je serais peut-être en train de passer la ligne d’arrivée ou tout simplement déçue de ma prestation.
Peut-être que si, peut-être que ça. En fait, même avec l’entrainement assidu et entier que j’ai reçu, je n’ai aucune certitude sur rien. Au fond, on n’est jamais vraiment certain d’être suffisamment préparé.
Je me sens légèrement frustrée car je ne suis plus dans un certain contrôle, ni dans une maitrise, les paramètres de cette course sont bien trop nombreux à mon goût. Je sens bien que c’est possible à 92% mais dans les 8% restants, tellement d’ombre et d’inconnu au tableau.
Je ne sais pas encore vraiment tout ce qui m’attend sur ces prochains jours.
La seule chose que je sais, c’est que personne ne pourra réaliser ce rêve à ma place, tout simplement parce que personne ne connait mieux que moi, ce que je peux produire et la façon dont je peux le fournir.
Nombreux sont ceux qui m’ont livré leurs conseils, m’ont compté leur aventure et leur théorie, m’ont conseillé des directives. Chacun te notifie la sienne et la croit juste et unique. Mais, au final de toutes ces allégories, c’est à moi-seule de faire cette course et de la vivre comme je pense être le mieux. Personne ne la fera à ma place. Personne ne sait mieux que moi, les chemins que je veux prendre, personne ne connait le but final de ma course. C’est à moi seule de me battre sur ces chemins qui vont parfois être semés d’embûches et de travers, personne ne sera là pour les parcourir à ma place. Mon succès ne dépend donc uniquement que de ce que je vais être capable de composer et de soutenir pendant les six jours et six nuits à venir.
Dans l’attente de trinquer à ma possible victoire, nous levons nos verres à mon incroyable sélection et à mon futur départ dans moins de 24 heures.
Eux avec un petit vin sec pétillant ; mon mari et moi avec de l’eau pétillante.
Et oui, il est solidaire mon amoureux.
Nous choisissons nos plats. Pour moi, ce sera des gnocchis, bah, oui, de la pomme de terre…un bon féculent, non !
Les plats sont très bien présentés et succulents. Les assiettes de fromage me donnent très envie aussi, mais je préfère rester sage et laisser mon estomac avec ce qu’il connaît depuis quelques jours. On verra pendant la course, à ce qu’il paraît, les ravitaillements sont gargantuesques. Tu m’étonnes ! Avec l’effort que l’on va tous fournir, il faudra bien se rattraper. D’après mes recherches sur le net, il semblerait que sur ce type de course, les coureurs consomment entre 8 000 et 10 000 calories par jour. Impressionnant lorsque l’on sait que le repas d’une journée d’une personne lambda est de l’ordre de 2000 calories. Moi, qui adore manger, je vais être servie…
Une fois notre café avalé, nous réglons la note et nous filons au complexe sportif de Courmayeur à DOLONNE afin d’y retirer mon dossard.
Waouh, tout ce monde ! Toutes ces personnes ! Il a l’air d’y régner une folle ambiance, ça rigole, ça chahute, ça se chambre, ça danse. J’entends parler italien, anglais, chinois, russe, coréen.
Ah ! ça parle français là-bas !
Le TOR des GEANTS est une des rares courses à rassembler autant de nationalités, environ 70 à 75.
La grande majorité des participants est d’origine italienne, puis française et allemande. 80% des participants sont des hommes. Il y a donc peu de femmes à ces départs. Il n’y a qu’à regarder du côté français : 145 sur la ligne de départ demain sur les 950, et parmi ces 145 français, douze françaises uniquement dont une belle poignée d’élites.
Autant dire que des françaises lambda comme moi, il y en a peu, six au total. Je suis la plus novice d’entre elles, avec seulement deux ultra-trails à mon compteur.
Me revient alors en mémoire la phrase de Vincent lors d’une sortie préparatoire en vue de participer à la première édition du « Run to Camp - One & 1 », quelques mois plus tôt.
Vincent est un très bon athlète appartenant au même club que moi. Il a déjà réalisé de très belles et nombreuses prouesses sportives.
J’avais appris ma sélection un mois auparavant et j’étais remplie de doutes et d’incertitudes. Je me demandais si cette sélection n’était pas précoce par rapport à mon nombre d’années de pratique en trail. Et, en même temps, le tirage au sort s’est fait ainsi. Première demande qui s’est avérée gagnante!
Là où de nombreux traileurs chevronnés attendent jusqu’à quatre années pour être tirés au sort, de mon côté, la pêche a été fructueuse dès la première demande.
Quelqu’un m’avait même affirmé que c’était impossible d’être sélectionné du premier coup… Il se reconnaîtra, n’est-ce-pas Jonathan !
Je me questionnais aussi quant à l’étoffe de courir un tel format.
Aurais-je dû terminer d’autres ultras avant de m’y inscrire ? Aurais-je les mêmes chances de réussite qu’un autre ?
J’étais entre deux eaux : laisser filer ma sélection car j’étais trop « jeune » dans la pratique, avec le risque de repartir avec un cœfficient 1 l’année suivante et être tirée au sort peut être d’ici 3 ans OU BIEN, tenter ma chance et RELEVER LE DEFI !!!!
Comme le disait si bien William Arthur WARD « Les opportunités sont comme les levers de soleil. Si vous attendez trop longtemps, vous les manquez. »
Moi, j’ai ce pressentiment que je n’ai pas envie de louper ce rendez-vous extraordinaire…
Et Vincent m’avait joliment rétorqué : « Ce n’est pas parce qu’un coureur a participé à quinze ultra-trail dans sa vie qu’il aura plus de garantie que toi de terminer une telle course. Ce n’est pas le nombre d’ultra-trail qui offre plus de certitude à un coureur. Tout est dans la tête, et dans la tienne, c’est solide et costaud. Je suis persuadé que tu termineras cette course, juste parce que mentalement, tu as déjà tout ce qu’il faut. Je t’ai déjà vu à l’œuvre et tu as déjà prouvé cela sur tes ultras. J’essayerais de venir t’encourager sur place. »
Cela m’avait interloqué et je lui avais demandé pourquoi tant d’aplomb dans sa voix et pourquoi tant de conviction me concernant.
Et ce qu’il m’a répondu ce jour-là, a réconforté mes doutes et m’a tranquillisé.
Il m’a alors répliqué.
« Pourquoi t’es-tu inscrite cette année et non pas l’année dernière ? Moi je te réponds que l’année dernière tu te sentais incapable d’affronter une telle course et que cette année, c’est différent. Tu as pris de la bouteille, de l’expérience, de la maîtrise et tu t’es renforcée mentalement. Tu n’aurais jamais pris le risque de t’inscrire si au plus profond de toi tu ne te sentais pas à minima à la hauteur. En plus tu savais dès le début que tu avais une chance sur 4 d’être tirée au sort.
Le risque tu l’as pris en t’inscrivant à cette course. Donc, dans ta tête, tout était déjà réglé et organisé. Maintenant, prépare-toi au mieux. Tu as quatre bons mois devant toi, c’est assez pour relever ce défi avec ce que tu as déjà à ce jour. Mais, je te le répète, tu as un mental prédominant, il t’amènera au bout, tu verras ce que je te dis…On en reparlera ! »
J’ai alors décidé de relever le défi car il était vraiment de taille et que j’adore ça. J’aime rechercher, avant tout, de la difficulté. Plus c’est inaccessible et rude, plus c’est pour moi, plus j’ai envie d’y aller.
Nous entrons dans le complexe sportif de COURMAYEUR. Cette multitude de personnes en ébullition à droite, à gauche me fait penser à une fourmilière. J’ai cette impression d’être dans un lieu de vie communautaire.
Certains sont avachis sur leurs sacs à même le sol, d’autres sont insérés dans des files d’attente et s’amusent avec leur téléphone pour passer le temps quand certains autres courent d’une pièce à l’autre.
Je ne sais plus où donner de la tête, je ne sais pas vraiment où je dois me diriger et où me caler pour attendre mon tour. Mon mari est autant déboussolé que moi. Nous avons l’air de deux touristes à Paris ne sachant plus où regarder.
Tout à coup, j’entends une voix criant plus haut que les autres. C’est une bénévole, elle me fait des signes et me fait comprendre de venir à elle.
Je me retourne et je dis à mon mari de me suivre. Nous nous frayons un passage dans cette masse bourrée de testostérone. La bénévole m’accueille avec un charmant sourire. Elle parle français. Elle me demande si je suis inscrite à la course. Je réponds par l’affirmative. Elle me lâche alors d’emblée : « A mes yeux, vous êtes déjà une championne », me remet un ticket et me montre du doigt la file que je dois rejoindre. En deux temps trois mouvements, je quitte la fourmilière pour me retrouver à la Sécurité Sociale.
J’attends mon tour !
Numéro 549, nous en sommes au 290 ! Je regarde mon mari de manière déconcertée, je déteste attendre, ça n’a jamais été mon fort. Je pense à mes parents qui ont rejoint leur hôtel. Je me dis tout bas qu’ils ont bien fait, cela n’aurait servi à rien qu’ils poireautent avec nous.
Surtout que la patience n’est pas non plus la plus grande des qualités de mon père. Tel père, telle fille, il doit y avoir une question de gênes et d’hérédité dans tout ça.
Nous avançons à pas de fourmis, décidément, LOL.
Au bout de deux bonnes heures, ça y est c’est mon tour. Je montre ma pièce d’identité, un bénévole me donne une grosse enveloppe kraft de couleur beige. Je l’ouvre et j’aperçois mes dossards à l’intérieur. Numéro 1041.
Puis je verse 50 euros en échange de ma balise GPS qui sera accrochée à mon sac de trail. Je continue à avancer dans la file, une jeune bénévole d’une douzaine d’années environ me demande de lui présenter un de mes poignets. Ce sera le gauche car ma montre est toujours positionnée à droite. Elle m’accroche un bracelet jaune avec noté en grosses lettres majuscules grasses noires TOR.
C’est le bracelet comportant la puce de chronométrage, c’est lui qui sera bipé tout au long de la course dans les bases de vie et dans les refuges et qui attestera de mes divers passages. Mon numéro de matricule y est également inscrit en gris: 1041.
Puis, une autre jeune bénévole me fait signer une autorisation de soins dont je pourrais bénéficier si nécessaire sur les bases de vie. Je suis stupéfaite qu’à son âge, elle parle aussi bien le français et sans accent italien. Elle permute d’une langue à l’autre de manière déconcertante et tellement naturelle. C’est un véritable atout de nos jours d’être bilingue, je pense. Elle me remet dans la foulée un gros sac jaune estampillé Grivel®, partenaire de cette course. C’est le fameux sac d’allègement qui me suivra de base de vie en base de vie pendant 6 jours et 6 nuits sur les 7 étapes de ce format XXL.
Je continue à avancer et j’ai affaire à une énième personne de l’organisation qui teste ma balise GPS.
Elle m’explique qu’il faudra que je l’active demain, juste avant le départ de la course à midi. Un dernier contrôle sera ensuite effectué dans le sas d’attente, afin de se rendre compte si la balise est bien chargée et opérationnelle. Une fois que la file se termine, je me cale dans un coin et je transvase dans le sac d’allègement toutes mes affaires, que j’avais transporté dans un sac de voyage.
Une fois le transfert terminé, je me dirige vers la sortie et je dépose mon gros sac jaune sur la table, on y inscrit 1041 au feutre indélébile noir. Mon sac part alors rejoindre ses confrères sur une immense pile jaune. Ça y est, tout se concrétise un peu plus.
Je reste là, inerte une quinzaine de secondes à le contempler tout en songeant que je le retrouverais demain soir à VALGRISENCHE, j’aurais alors parcouru les 50 premiers kilomètres du parcours avec ses quelques 3800 mètres de dénivelé positif. J’espère alors ne rien avoir oublié, de toutes façons, mon mari me suivra, il va découvrir les joies de l’assistance, en l’absence de Célia.
Il aura le reste de ce qui me sera utile avec lui dans la voiture. Faut juste qu’il ne lui arrive rien.
Nous sortons du complexe et nous rejoignons notre voiture. J’appelle alors mes acolytes d’entrainement, Georges et Jean-Yves.
Eux, sont arrivés jeudi dans la journée et ont vu le départ des 100 coureurs du TOR des GLACIERS triés sur le volet : une course encore plus folle, un 450 kms avec près de 34 000 mètres de dénivelé positif, WHAOOO.
Je fais la connaissance de Fred, l’assistant de choc de Jean-Yves. Je leur présente mon mari, Georges le connait déjà. Nous échangeons sur la course à venir une bonne heure. Nous rigolons, parfois nerveusement, ça y est, nous arrivons tout doucement au jour que nous attendions depuis des mois. On s’embrasse et on se sépare.
RDV demain 12h00…
Nous nous rendons à notre hôtel, un hôtel 3 étoiles. La chambre est très correcte, la douche un peu étroite à mon goût.
Je me douche, histoire de me détendre un peu et de profiter de la chaleur de l’eau. A partir de demain, ce ne sera plus la même histoire, cela deviendra un luxe. Je ne sais pas encore vraiment comment cela va s’organiser ni si j’aurais vraiment envie de me doucher.
Il y aura tellement de choses à faire et à vivre sur une base de vie et le temps passera forcément très vite. Manger, se relaxer, se changer, se soigner, profiter de mon mari et de mes parents, dormir….
