Au-delà des lettres - Damien Khérès - E-Book

Au-delà des lettres E-Book

Damien Kheres

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Beschreibung

Paulin, un trentenaire désabusé et solitaire, reçoit un jour une lettre anonyme glissée sous sa porte. Plusieurs lettres vont suivre et le jeune homme, perturbé dans son quotidien et dans son isolement, va se retrouver confronté à un jeu de piste dont il ressortira transformé. Une quête spirituelle à l'encontre de son destin, au-delà des maux, au-delà des lettres.

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Seitenzahl: 66

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Du même auteur :

Ab’Errances Verbales

, Chroniques,

ISBN 978-2-322-04260-9, éditions BOD ©2016

Vers Soufflés

, Poésie,

ISBN 978-2-322-03386-7, éditions BOD ©2013

Chassés-Croisés

, Nouvelles,

ISBN 978-2-810-62348-8, éditions BOD ©2012

Mots d’esprits

, Poésie,

ISBN 978-2-810-60428-9, éditions BOD ©2010

Mots d’esprits

, Poésie,

ISBN 978-2-810-60428-9, éditions BOD ©2010

Brouillon(s) de vie(s)

, Poésie,

ISBN 978-2-304-02024-3, éditions Le Manuscrit ©2008

Site internet de l’auteur : www.damienkheres.com

‘’La vérité attend au bout de soi. Et aller au bout de soi, c'est aimer et comprendre.’’

Francis Bossus

Sommaire

‘’Croire ne plus avoir d'illusion est la plus naïve des illusions’’ : Albert Brie

‘’Le doute est un hommage rendu à l'espoir’’ : Lautréamont

‘’La patience moissonne la paix, et la hâte le regret.’’ : Avicébron

‘’Le soleil ne se lève que pour celui qui va à sa rencontre.’’ : Henri Le Saux

‘’On ne peut pas peindre du blanc sur du blanc, du noir sur du noir. Chacun a besoin de l'autre pour se révéler.’’ : Manu Dibango

‘’Croire ne plus avoir d'illusion est la plus naïve des illusions’’

Albert Brie

— Très bien, Madame. Vous avez une préférence ? Majorque, Ibiza, Minorque...?

— Mais non, jeune homme, je vous ai demandé les Baléares !

— …

Comment expliquer à une ignare quelque chose qui vous parait évident ? Car ici deux choses semblaient plus qu’évidentes. Non seulement la géographie insulaire des Baléares, lacune intellectuelle qui pouvait encore passer et dont il était maintenant habitué à entendre, mais aussi l’insuffisance mentale menant à ne pas chercher à connaître la destination de ses prochains congés et d’oser renvoyer au visage de son leur interlocuteur sa propre nullité.

Après un temps de réflexion, Paulin reprit la conversation, tout en gardant son calme. Bien qu’en cette fin de journée il avait déjà eu droit à son lot d’ignorants insupportables.

— Ecoutez madame, ce qu’on va faire, c’est que vous allez regarder nos brochures et vous me rappellerez une fois que vous saurez un peu plus précisément où vous désirez passer vos vacances.

Et il raccrocha, sans oublier de glisser préalablement une banale formule de politesse.

Dans l’idéal, il aurait dû prendre le temps de lui expliquer. Dans l’idéal…

Voilà ce qu’était une partie de son travail, dans l’agence de voyage, où il passait ses journées au téléphone ou bien face à des gens à qui il était censé « vendre du rêve », selon le leitmotiv de tout bon vendeur qui se respecte.

Il avait atterri là il y a un peu plus de trois ans alors qu’il cherchait un emploi relax. Après ses maudites années au sein d’une compagnie d’assurance, il avait cherché à se recycler dans une toute autre voie. Et c’était grâce à son oncle et à ses relations qu’il avait pu dénicher ce job.

Job pas si relax en fin de compte.

Le cliché lié à l’agent de voyage laissait à penser que c’était un métier plutôt tranquille, peut-être parce que cela concernait les voyages et que cela évoquait les vacances. Mais cela n’avait rien de relax. C’était une illusion, une idée reçue. La plupart des clients ne savaient pas ce qu’ils voulaient, ni où, ni quand ils voulaient partir et ils venaient en espérant que l’on puisse lire dans leurs pensées. Sans parler de ceux qui exigeaient le luxe pour trois fois rien. Usant.

La fin de la journée approchait et Paulin se sentait extenué.

L’agence de voyages Zalan’Tours était une agence plutôt importante comptant une vingtaine d’employés regroupés dans un open-space. À l’entrée de l’agence, quelques canapés et des brochures à disposition permettaient aux futurs touristes de se projeter dans leurs rêveries vacancières.

Dans l’open-space, le vacarme incessant des sonneries téléphoniques associé aux allers et venues réguliers des clients conférait à son lieu de travail une allure de bocal grouillant de parasites auditifs.

Malgré la proximité des bureaux, Paulin ne fréquentait pas vraiment ses collègues. Si bien sûr, il discutait volontiers avec eux lors de la pause-café, allait même déjeuner avec certains le midi, mais jamais il ne les fréquentait en dehors du travail. Pas par principe, non, simplement parce qu’il n’était pas particulièrement sociable et que de toute façon il était beaucoup mieux chez lui à profiter de son appartement, enfin surtout de son canapé d’angle qui pouvait accueillir jusqu’à six paires de fesses et qui prenait une bonne moitié de l’espace consacré au salon.

C’est ainsi qu’aujourd’hui, comme tous les autres jours après le travail, Paulin rentra directement chez lui. Sans faire de détour. Et toujours par le même chemin.

Son appartement était situé au quatrième étage d’un immeuble du douzième arrondissement, à une quinzaine de minutes de l’agence. Enfin, une quinzaine de minutes en vélo puisque c’était son moyen de locomotion. À pied, on pouvait compter une bonne demi-heure, cinq minutes en voiture et vingt minutes en métro. Mais il n’avait pas de voiture et n’aimait pas le métro.

Une chance qu’il ait pu trouver cet appartement si proche de son lieu de travail. Si on pouvait appeler ça une chance. Car quelle chance d’habiter au quatrième étage sans ascenseur ! Cela permet de garder la forme sans avoir à s’inscrire dans une salle de sport. Soixante-quatre marches, ça n’a l’air de rien, mais les bras chargés de courses ou le corps lesté de fatigue, il lui arrivait de rêver d’un ascenseur. Avec une grille en guise de porte et un gros bouton indiquant son étage.

Il avait aussi le grand privilège de vivre avec de si charmants voisins qui économisaient leurs mots pour éviter de dire bonjour, qui tapaient sur ses murs dès qu’il toussait et qui ne se privaient pas d’écouter la messe tous les dimanches matin avec un niveau sonore capable de réveiller un sourd équipé de boules Quiès.

Sans oublier la parfaite isolation de ses fenêtres qui lui offrait la sensation de se trouver au beau milieu de la rue pendant les heures d’affluence.

Il avait peut-être de la chance de vivre près de son lieu de travail mais c’était bien le seul avantage que présentait son appartement.

Il n’était pas propriétaire, juste locataire. Il ne voulait pas s’engager dans des démarches laborieuses pour finir par traîner un emprunt toute sa vie avec la banque à son chevet, prête à lui sauter à la gorge à la moindre faiblesse. Il avait l’impression que la location le rendait plus libre, et qu’il pouvait à tout moment changer aisément.

Quoiqu’il en soit, c’était chez lui. Malgré les inconvénients évidents, c’était chez lui. Il s’était habitué et en avait fait son refuge dans lequel il passait la plupart de son temps.

Une quarantaine de mètres carrés, une chambre, un salon, une cuisine, une salle de bain, le tout disposé en étoile et répartit autour de l’entrée, typique des immeubles des années trente.

Vautré dans son canapé, il se repassait sa journée en mémoire qu’il acheva par un profond soupir de lassitude. Avait-il encore la motivation pour travailler à l’agence ? Il ne tiendrait sûrement plus très longtemps. En plus, il n’aimait pas le concept des voyages organisés, où on payait pour être trimballé d’un endroit à un autre en suivant comme des moutons, à prendre des photos là où on nous disait d’en prendre, d’aller aux toilettes quand on nous disait d’y aller, tout y était chronométré, la seule liberté qu’il nous restait étant encore de choisir dans quelle position dormir entre l’extinction des feux et le réveil en fanfare.

Il pouvait comprendre que certaines personnes aient envie de se reposer pendant leurs vacances mais si c’était pour marcher au pas et ne visiter que les boutiques de souvenirs autant s’engager dans l’armée et prévoir ses permissions dans le centre commercial le plus proche.