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Blaise Pascal (1623-1662) est un scientifique, philosophe et théologien qui peut nous apprendre beaucoup ! Véritable génie, il a exploré de nombreux domaines du savoir : mathématiques, physique, technologie (il a mis au point la Pascaline, première machine à calculer), philosophie, théologie et même entreprenariat (il a lancé le premier réseau de transports en commun parisien). Son œuvre et sa vie sont une source d’inspiration pour qui, aujourd’hui, cherche la vérité et veut servir la société. Les communications de ce colloque voudraient contribuer à mettre en lumière, non seulement les grands apports classiques de ce penseur mais aussi des aspects beaucoup moins connus et originaux de son œuvre et de sa vie. Diverses thématiques sont abordées : Pascal, mathématicien et physicien de génie, précurseur de l’informatique ; Pascal entrepreneur : la vie économique à la lumière de Pascal ; l’être humain et son action à la lumière de Pascal ; Pascal et l’apologétique dans la société sécularisée contemporaine ; Pascal et la vie spirituelle… L’approche se veut donc complète, comme l’était Pascal : intellectuelle, intérieure et attentive aux préoccupations de notre temps.
« Pascal, le plus grand génie que la terre ait porté ? »
Charles Péguy
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Seitenzahl: 309
Veröffentlichungsjahr: 2026
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Page de titre
Grand Séminaire Francophone de Belgique
Centre UniversitaireNotre-Dame de la Paix de Namur
Blaise Pascal
Un homme aux mille facettes
Colloque scientifique
Joël Spronck, Pascal Dasseleer, Laura Rizzerio Dominique Lambert, Marie GeversÉtienne de Rocquigny, Christophe RouardMarie-Gabrielle Lemaire, Jean-Michel CounetChristophe Cossement, Mgr Guy Harpigny
Couverture
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Avant-propos
Introduction générale
Chronologie de la vie et de l’œuvre de Blaise Pascal
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Éminent scientifique, mathématicien, philosophe et théologien, Blaise Pascal (1623-1662) reste une figure fascinante pour l’époque contemporaine ! Preuve en est que le 4e centenaire de sa naissance a donné lieu à de nombreuses conférences et publications. Organisé à Namur les 24 et 25 février 2025, le colloque – dont on tient ici les actes – est le fruit d’un admirable partenariat entre deux institutions : d’une part, le Centre Universitaire Notre-Dame de la Paix (UNamur), et d’autre part, le Grand Séminaire Francophone de Belgique, établissement public pour la formation des futurs ministres du culte de l’Église catholique. Le comité scientifique du colloque a été porté par les professeurs de philosophie D. Lambert, L. Rizzerio et C. Rouard. Qu’ils soient ici chaleureusement remerciés pour leur disponibilité et leur travail.
L’occasion de ce colloque sur l’auteur des Provinciales est donc à rattacher au 400e anniversaire de sa naissance. Les nombreux contributeurs s’emploieront à montrer toute la fécondité et la pertinence de la pensée pascalienne pour aujourd’hui, sur les plans scientifique, anthropologique et théologique. Cette actualité n’a pas échappé à feu le Pape François, lui qui a publié une Lettre apostolique pour la circonstance sur l’itinéraire de Pascal, intitulée Grandeur et misère de l’homme (2023). Mgr G. Harpigny en présentera les contours en conclusion de ces actes.
Au seuil de cet ouvrage, nous voudrions rappeler brièvement le cadre de la démarche pascalienne, en montrant comment elle rejoint aujourd’hui notre quête de sens, de bonheur et de vérité. Blaise Pascal ne fut pas seulement un mathématicien de génie. Ce qui l’a saisi tout entier, c’est la question de l’homme, de la condition humaine. Il a voulu l’éclairer, non seulement en partant de son expérience et de sa recherche personnelle (dont les Pensées se font l’écho), mais aussi à la lumière de la foi, à la lumière de la question de Dieu. Ainsi, chez Pascal, le scientifique, le penseur et le croyant ne cessent de dialoguer. En ce sens, il plaide pour une rationalité humaine élargie, qui ne s’enferme pas dans l’autosuffisance, mais s’ouvre à la Transcendance, à Dieu (contre tout rationalisme ou scientisme). Ce décloisonnement épistémologique de la raison est bienfaisant, surtout pour notre époque qui peine à faire dialoguer les domaines du savoir.
Blaise Pascal a beaucoup scruté la condition humaine, de façon admirable : il y a vu un paradoxe de grandeur et de misère, un milieu entre Transcendance et finitude. Il écrit :
Car enfin qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leurs principes sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable, également incapable de voir le néant d’où il est tiré et l’infini où il est englouti. […] Nous sommes milieu entre deux extrêmes1.
On croit déjà entendre H. de Lubac (1896-1991) qui, s’inspirant de P. Ricoeur, parlera en ce sens d’une « constitution ontologique instable qui fait [la créature] à la fois plus grande et plus petite qu’elle-même », d’une « sorte de déhanchement » en l’homme, d’une « mystérieuse claudication qui n’est pas seulement celle du péché, mais d’abord et plus radicalement celle d’une créature faite de rien, qui, étrangement, touche à Dieu »2.
Si donc la finitude, le péché, la faillibilité rappellent à l’homme sa misère, en même temps il y a en lui une grandeur : l’homme n’est-il pas, écrit Pascal, ce « roseau pensant » dont toute la dignité « consiste en la pensée » (L 391) ?
L’homme est visiblement fait pour penser ; c’est toute sa dignité et tout son mérite ; et tout son devoir est de penser comme il faut. Or l’ordre de la pensée est de commencer par soi, et par son auteur et sa fin. Or à quoi pense le monde ? Jamais à cela ; mais à danser, à jouer du luth, à chanter, à faire des vers, à courir la bague, etc., et à se battre, à se faire roi, sans penser à ce que c’est qu’être roi, et qu’être homme. (L 226)
Pascal dénonce ici le « divertissement », qui est, chez l’homme, comme une diversion, une fuite de sa dignité et de lui-même. Or, « pensée fait la grandeur de l’homme » (L 233), comme d’ailleurs aussi cette ouverture à l’infinité, cette capacité à connaître Dieu et à l’aimer. Car l’homme est « produit pour l’infinité », « l’homme passe infiniment l’homme » (L 246). Au cœur de l’homme, il y a ainsi une « in-quiétude » que l’on retrouve chez un S. Augustin ou un Maurice Blondel, une recherche inlassable de bonheur, une avidité, une béance, « un gouffre infini qui ne peut être rempli que par un objet infini et immuable, c’est-à-dire que par Dieu même. Lui seul est son véritable bien » (L 300). À l’heure du transhumanisme et de l’homme augmenté, l’auteur des Pensées nous rappelle ainsi le caractère essentiellement transcendant, proprement divin, de ce désir d’augmentation et de plénitude inscrit au cœur de l’humanité.
Puissent donc ces contributions nous aider à penser la condition humaine et à cheminer vers notre cœur profond, là où le Deus absconditus3 se donne à connaître en vérité… en n’oubliant toutefois jamais, comme écrit encore Pascal, que « la vérité hors de la charité n’est pas Dieu ; [elle] est son image et une idole qu’il ne faut point aimer ni adorer » (L 738) ; autrement dit, « on n’entre dans la vérité que par la charité »4.
Joël Spronck
Recteur du Grand Séminaire Francophone de Belgique
1Pensées, 390. Les références aux Pensées sont celles de l’édition Lafuma, notées L puis le numéro de la pensée.
2 H. deLubac, Le mystère du surnaturel, Paris, Aubier-Montaigne, 1965, p. 149 ; O.C. XII, Paris, Cerf, 1999, p. 149.
3 Cf. le « Dieu caché » en Is 45,15 : Pensées,L 449.
4 B. Pascal, De l’Esprit géométrique, 2,De l’art de persuader, § 5, dans P. Lyraud et L. Plazenet (éds), Pascal. L’œuvre, Bouquins – Mollat, 2023, p. 516. Pascal s’inspire ici directement de S. Augustin : « Non intratur in veritate, nisi per caritatem » (Contra Faustum, XXXII, 18, PL 42, p. 507).
Les contributions qui sont présentées dans cet ouvrage sont le fruit d’une initiative des professeurs du Studium du Grand Séminaire Francophone de Belgique en lien avec la Chaire Notre-Dame de la Paix de l’Université de Namur. Elles témoignent de la volonté de ces professeurs d’adosser leurs enseignements au Séminaire à une activité de recherche, menée en commun, et en dialogue avec les milieux académiques et le monde contemporain.
Le choix de la vie et de l’œuvre de Blaise Pascal s’est imposé de manière naturelle par le désir d’approfondir la lettre écrite par le Pape François à l’occasion du quatrième centenaire de la naissance du savant et philosophe clermontois5. On pourrait penser que nul n’est besoin de revenir sur la vie et l’œuvre d’un auteur aussi classique. D’innombrables études lui ont été consacrées et certains pourraient même douter de la pertinence de proposer l’auteur des Pensées comme un guide pour l’Église de notre temps. Mais il faut se détromper, car la vie de Blaise Pascal présente des aspects tout à fait méconnus et particulièrement inspirants pour notre vie chrétienne d’aujourd’hui. Sa pensée, quant à elle, présente de précieux ressorts qui n’ont peut-être pas été assez exploités pour croiser, dans un dialogue empreint de respect, la foi chrétienne et la raison contemporaine.
Dans une communication intitulée « Pascal ou l’équilibre instable et dynamique du paradoxe », Pascal Dasseleer nous décrit les traits essentiels de la personnalité du savant clermontois. Ce dernier est tout à la fois mathématicien, physicien, inventeur, entrepreneur, écrivain, philosophe, théologien, homme du monde, moraliste et mystique. Et c’est justement cette multiplicité de visages qui rend difficile une appréhension correcte et unifiée d’un personnage quelque peu paradoxal, qui a fait l’objet de jugements souvent contradictoires. Dans le volume, on découvrira peu à peu ce qui donne son unité à cette riche diversité.
Au cœur de la pensée de Pascal, il y a une interrogation profonde sur l’homme. Christophe Rouard nous offre un éclairage pascalien sur l’homme et son action. On a pu reprocher à Pascal une vision très pessimiste de l’humain, tant il est prompt à dénoncer et à déplorer tous les travers dans lesquels l’humain est susceptible de tomber. Mais, en fait Christophe Rouard nous fait découvrir, aux antipodes de cette vision, les caractéristiques de l’anthropologie pascalienne, fondée sur la conviction d’une authentique grandeur de l’Homme. Grâce à Dieu, il peut même se dépasser lui-même, poser des actes de charité et connaître le souverain bien, qui est en Dieu, qui est Dieu. « L’homme passe infiniment l’homme »…
Par sa raison, il se hisse au-dessus des animaux, au-dessus de l’univers lui-même. Une des facettes bien connue de Pascal est son attrait pour les sciences : ses études sur le vide, sur la statique des fluides font partie de l’enseignement classique de la physique. Dès son enfance, à la grande surprise de son père d’ailleurs, Pascal se révèle aussi un génie des mathématiques. On retient de lui des concepts comme le « triangle de pascal » si utile en combinatoire ou la solution de problèmes liés aux jeux de hasard (« problème des partis »). Mais on lui doit aussi une machine à calculer tout à fait innovante. Marie Gevers nous décrit les « Machines d’arithmétiques » construites par Pascal et leur motivation. L’étude détaillée de sa machine d’arithmétique, la « Pascaline », présente non seulement un intérêt historique, mais elle permet également de cerner quelque chose de la personnalité de Pascal et de mettre en évidence un trait de son génie intellectuel mais aussi manuel, ce que l’on voit d’ailleurs aussi à l’œuvre dans sa conception d’expériences bien concrètes en physique ! Le texte de Marie Gevers nous permet de comprendre en quoi la « Pascaline » peut être considérée, du point de vue conceptuel, comme un ancêtre d’un ordinateur. Mais il montre aussi combien les machines qui s’échelonnent depuis celle de Pascal jusqu’à nos ordinateurs contemporains n’entretiennent curieusement aucune filiation directe avec la « Pascaline ». L’histoire montre donc une succession d’inventions de machines qui souvent ignorent celles qui les ont précédées.
Pascal était un scientifique de génie, mais il était aussi un chrétien profondément croyant. La question se pose donc de savoir comment l’auteur des Pensées unissait, dans sa pensée et dans sa vie, ces deux facettes de son existence. Dominique Lambert offre une réflexion qui cherche à répondre à cette question, en montrant que Pascal reste un auteur toujours stimulant aujourd’hui pour les scientifiques croyants cherchant à unifier leur vie autour d’une activité de science, qu’il convient de ne pas confondre avec la foi, et une vie de foi dont on peut rendre raison. De ce point de vue, on peut, par plusieurs traits, rapprocher Pascal de grands scientifiques contemporains qui étaient aussi des prêtres profondément attachés à leur foi et à leur sacerdoce : Mgr Georges Lemaître et le P. Teilhard de Chardin.
Le lecteur découvrira un des aspects les plus originaux de Pascal dans le texte d’Étienne de Rocquigny. Ce dernier a en effet contribué à montrer que Pascal n’est pas seulement un scientifique de génie ou une sorte d’ingénieur habile, mais qu’il est aussi un véritable entrepreneur. C’est en effet lui qui fonde le premier réseau de transport en commun à Paris : les « carrosses à cinq sols », véhicules conçus pour être accessibles au plus grand nombre et dont les profits pouvaient être réinvestis dans l’entreprise. Avec le texte d’Étienne de Rocquigny, on pourra découvrir au travers d’un Pascal méconnu, l’image d’un entrepreneur chrétien, réaliste, soucieux du bien commun et des plus pauvres. Ayant lu cette contribution, on ne pourra absolument plus isoler le mystique de Port-Royal du chef d’entreprise audacieux, pleinement investi dans le concret des affaires.
Par sa raison, l’homme se hisse au-dessus de l’univers. Par la charité, qui est d’un autre ordre, il est bien plus grand encore. Par son cœur, il peut sentir Dieu. Blaise Pascal nous lègue un bel héritage spirituel, théologique et apologétique.
Marie-Gabrielle Lemaire aborde la question de la présence de Blaise Pascal dans la pensée du P. Henri de Lubac. Elle fait remarquer que Blaise Pascal est peu cité dans les publications du P. de Lubac et ceci n’est pas tant lié à une ignorance, mais à une profonde assimilation. Henri de Lubac retient Pascal comme un témoin de la pensée chrétienne la plus authentique et ce qui attire le plus le P. de Lubac est la vision pascalienne de l’ordre, de l’étagement, par le haut, des divers aspects paradoxaux de la pensée et du réel, autrement dit de la vérité. Les trois ordres chez Pascal (celui des corps, de l’esprit et de la charité) sont plus juxtaposés qu’articulés alors que chez de Lubac, et c’est là une différence essentielle, on se trouve dans le registre du rapport dynamique à l’ordre surnaturel. On peut dire qu’Henri de Lubac esquisse une pensée plus large que celle de Pascal, l’assimilant en en exploitant toutes les virtualités du point de vue théologique et philosophique.
La contribution de Jean-Michel Counet livre quelques aperçus sur la dimension mystique et théologique de Blaise Pascal. Elle esquisse quelques traits d’une théologie qui s’est développée essentiellement à l’abbaye de Port-Royal, en s’enracinant dans de profondes et intenses expériences religieuses dont le fameux Mémorial en est l’une des traces les plus saisissantes. Jean-Michel Counet nous ouvre à l’intelligence de ce dernier, mais aussi à celle du Mystère de Jésus, un texte intégré dans les Pensées. Il souligne le rapport de Pascal à l’Écriture et sa conception particulière de la grâce, qui a suscité tant de discussions de son temps et dans la suite de l’histoire de l’Église.
La démarche apologétique est un point essentiel chez Pascal. Mais l’est-elle encore aujourd’hui ? Le texte de Christophe Cossement offre une réponse à cette question. Il nous montre que tout le dynamisme de Pascal visant à secouer ses contemporains qui s’étourdissent dans un divertissement insensé, pourrait encore nous servir aujourd’hui pour questionner, notamment, ceux qui suivent la voie d’un agnosticisme pratique, sans trop y réfléchir mais sans se poser, comme du temps de Pascal, en contradicteurs de la religion. Christophe Cossement nous montre aussi que l’apologétique pourrait être également une nécessité pour les croyants, afin de fortifier leur foi en les aidant à affronter, de manière intelligente, les objections et les doutes intérieurs et extérieurs.
Mgr Guy Harpigny, en commentant Sublimitas et miseria hominis, la lettre du Pape François pour le quatrième centenaire de la naissance de Blaise Pascal, nous montre que le Pape se situe en fait dans la ligne de son prédécesseur Benoît XVI, qui avait réfléchi sur le pari de Pascal et sur la formule d’Hugo Grotius qui conduit à penser que les normes morales fondamentales pourraient être les mêmes etsi Deus non daretur, même si Dieu n’existait pas. En fait, Benoît XVI et le Pape François sont les témoins des conséquences catastrophiques de l’oubli de la transcendance et de Dieu qui caractérise notre temps et qui se traduit paradoxalement par un effacement ou même un écrasement de l’humain. Et on comprend que ces Papes font leur le conseil que Pascal donnait à ses amis non croyants d’agir veluti si Deus daretur, comme si Dieu existait ! La lettre du Pape François met en lumière un Pascal chercheur de vérité, respectueux tout à la fois de la raison (il ne cherche en rien à « tordre » la science pour prouver Dieu), de la foi (dont il préserve la transcendance tout en en exhibant l’intelligibilité) et de la liberté de pensée de ses interlocuteurs (qu’il ne cherche pas à convertir par la force !). L’intérêt de la lettre du Pape François sur Pascal est aussi d’attirer notre attention sur le danger de croire que nous pourrions arriver à Dieu par nos propres forces en suivant nos propres normes, en oubliant le don gratuit de la grâce. Ce danger du (semi-)pélagianisme que critiquait le savant clermontois, était d’ailleurs aussi la cible de l’exhortation apostolique du Pape François Gaudete et Exsultate en 2018, sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel.
On comprend aisément, en lisant les diverses contributions de ce volume, la richesse et l’actualité d’une pensée comme celle de Pascal.
Dans une époque marquée par la science et par les entreprises hautement technologiques, nous avons, en l’auteur des Pensées, un témoin de la manière dont on peut vivre, comme scientifique de haut vol, comme inventeur de génie et comme véritable chef d’entreprise, une vie profondément enracinée dans le Christ, dans le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.
Dans une époque, ensuite, où l’on insiste sur la liberté de pensée et de conviction, nous avons, avec Pascal, l’exemple d’un chrétien qui ne cherche jamais à convaincre par la force ou par des arguments contraires à la raison, mais qui proclame l’intelligibilité de sa foi et le caractère rationnel de son option.
Dans une époque enfin où l’humain tente de construire un monde par ses seules forces, s’enfermant quelques fois dans la sphère de ses phantasmes violents et totalitaires où toute transcendance et toute référence à Dieu ont été estompées, Pascal souligne l’immense richesse anthropologique d’une ouverture à la grâce, au surnaturel, qui par le haut et gratuitement vient illuminer et parfaire toutes les dimensions de notre pensée, de notre action, de notre cœur.
Pascal est donc un maître pour notre temps qu’il convient de redécouvrir… Aider à cette redécouverte était précisément le but du colloque et de ses actes, qui vous sont présentés dans ce volume.
Bonne lecture…
Dominique Lambert
Laura Rizzerio
Christophe Rouard
5 Lettre apostolique Sublimitas et miseria hominis du Pape François pour le quatrième centenaire de la naissance de Blaise Pascal (site du Vatican, 19 juin 2023).
19 juin 1623 : Naissance à Clermont
1626 : Mort d’Antoinette Begon, la mère de Pascal
fin de l’année 163 : La famille d’Étienne Pascal déménage à Paris
1639 : Étienne Pascal est nommé Intendant de Normandie à Rouen
printemps 1640 : Déménagement de la famille à Rouen
1640 : Publication de l’Essai pour les coniques
1642-1645 : Mise au point de la Pascaline
1646 : « Première conversion » de Pascal
fin de l’été 1647 : Blaise et Jacqueline déménagent à Paris
1647 : Pascal écrit les Expériences nouvelles touchant le vide
1648 : Expérience du Puy de Dôme
24 septembre 1651 : Mort d’Étienne Pascal
4 janvier 1652 : Jacqueline entre à Port-Royal
1654 : Pascal rédige le Traité du triangle arithmétique
nuit du 23 au 24 novembre 1654 : La nuit de feu et le Mémorial
de janvier 1656 à mars 1657 : Publication des Provinciales
1658-1659 : Pascal rédige une série de lettres connues sous le titre Histoire de la roulette
18 mars 1661 : Début de l’exploitation des carrosses à cinq sols
19 août 1662 : Mort de Blaise Pascal
1663 : Publication posthume des Traités de l’équilibre des liqueurs et de la pesanteur de la masse de l’air
1670 : Publication par Étienne Périer des Pensées de Port-Royal
I. L’homme face à l’infini : la quête pascalienne du sens
Pascal ou l’équilibre instable et dynamique du paradoxe
Pascal est l’homme aux cent visages, un personnage paradoxal dont il n’est pas simple de cerner le véritable profil. Mathématicien, physicien, inventeur, entrepreneur, écrivain, philosophe, théologien, homme du monde, moraliste, mystique, il est un peu tout cela à la fois. Cela dit, avec quelle pertinence lui fait-on jouer tous ces rôles ? Car on ne peut que constater une réalité : les jugements les plus divers et les plus contradictoires ont été émis à propos de l’auteur des célèbres Pensées et ils témoignent de la difficulté à saisir sa vraie personnalité.
Au xviiie siècle, Voltaire voit en Pascal un janséniste rigoriste, austère et chagrin. Dans ses Remarques sur les pensées de M. Pascal6, il qualifie notre auteur de « misanthrope sublime » et dans son Épître 36 de « dévot satirique ». Selon lui, Pascal enseigne « aux humains à se haïr eux-mêmes »7. Mais il juge aussi, plus positivement, que « le premier livre de génie qu’on vit en prose fut le recueil des Lettres provinciales »8 et l’esprit persifleur de l’auteur de Candide n’est en effet pas sans rappeler le ton de Pascal dans lesdites lettres. Le génie littéraire de l’auteur des Provinciales fut d’ailleurs assez unanimement reconnu : Nicolas Boileau, Jean Racine, la marquise de Sévigné, René de Chateaubriand, tous l’ont souligné en leur temps.
André Bord, en 2000, dans La vie de Blaise Pascal, conteste énergiquement l’image d’un Pascal janséniste, orgueilleux, champion de l’ascétisme. Il écrit : « On a projeté sur Pascal des clichés. On a fait de lui un janséniste – il dit le contraire –, un piétiste, un ascète effrayant, un monstre d’orgueil. On a comparé Pascal avec une caricature de la mystique, le quiétisme, et au lieu de conclure qu’il n’est pas quiétiste, on en a déduit qu’il n’était pas mystique »9. « Or Blaise est un authentique mystique. […] Ce n’est pas la volonté de Pascal qui l’a fait ce qu’il est, mais bien la grâce de Dieu. Il n’a pas sculpté sa statue, il a accepté que Dieu la sculpte. Les sacrifices qu’il fait, les épreuves qu’il subit, il les assume non par une tension de sa volonté, mais grâce à un amour supérieur […] qui ne se démentira pas, qui au contraire ne fera que croître »10.
Quiétisme : mouvement spirituel et mystique, né au xviie siècle, qui enseigne que le but de la vie chrétienne est l’union avec Dieu dans le silence et la paix intérieurs de la contemplation. Il se caractérise par une grande passivité, un abandon total à la volonté divine et une certaine indifférence aux œuvres.
Pourtant, beaucoup plus récemment, en 2013, Paul Valadier est revenu à la charge. Défendant la casuistique des jésuites du xviie siècle contre les attaques de Pascal, il dénonce le rigorisme de ce dernier, lequel illustrerait les impasses d’une lecture rigide de l’Évangile11. Et il accuse notre auteur de déformer les propos des jésuites de l’époque dans le but de les ridiculiser, et cela sans grand esprit de charité.
L’éloge le plus dithyrambique de Pascal se découvre sans doute, au xixe siècle, sous la plume de Chateaubriand dans le Génie du christianisme. « Il y avait un homme qui, à douze ans, avec des barres et des ronds, avait créé les mathématiques ; qui, à seize, avait fait le plus savant traité des coniques qu’on eût vu depuis l’Antiquité ; qui, à dix-neuf, réduisit en machine une science qui existe tout entière dans l’entendement ; qui à vingt-trois ans, démontra les phénomènes de la pesanteur de l’air, et détruisit une des grandes erreurs de l’ancienne physique ; qui, à cet âge où les autres commencent à peine à naître, ayant achevé de parcourir le cercle des sciences humaines, s’aperçut de leur néant et tourna ses pensées vers la religion ; qui, depuis ce moment jusqu’à sa mort, arrivé dans sa trente-neuvième année, toujours infirme et souffrant, fixa la langue que parlèrent Bossuet et Racine, donna le modèle de la plus parfaite plaisanterie, comme du raisonnement le plus fort ; enfin qui, dans les courts intervalles de ses maux, résolut, par abstraction, un des plus hauts problèmes de la géométrie, et jeta sur le papier des pensées qui tiennent autant de Dieu que de l’homme. Cet effrayant génie se nommait Blaise Pascal »12.
Le jugement le plus sévère est peut-être celui posé en 1949 par la philosophe française Simone Weil dans son essai philosophique L’enracinement. « Pascal déjà avait commis le crime du manque de probité dans la recherche de Dieu. Ayant eu l’intelligence formée par la pratique de la science, il n’a pas osé espérer qu’en laissant à cette intelligence son libre jeu, elle reconnaîtrait dans le dogme chrétien une certitude. Et il n’a pas osé non plus courir le risque d’avoir à se passer du christianisme. Il a entrepris une recherche intellectuelle en décidant à l’avance où elle devait le mener. Pour éviter tout risque d’aboutir ailleurs, il s’est soumis à une suggestion consciente et voulue. Après quoi il a cherché des preuves. Dans le domaine des probabilités, des indications, il a aperçu des choses très fortes. Mais quant aux preuves proprement dites, il n’en a mis en avant que de misérables, l’argument du pari, les prophéties, les miracles. Ce qui est plus grave pour lui, c’est qu’il n’a jamais atteint la certitude. Il n’a jamais reçu la foi, et cela parce qu’il avait cherché à se la procurer »13.
Alors que penser de Pascal ? Que penser de ces jugements en sens divers ? Pour tenter de répondre, autant que possible, à ces questions, le mieux est de procéder par étape et de commencer par un aperçu de sa biographie.
Blaise Pascal naît le 19 juin 1623 à Clermont (aujourd’hui Clermont-Ferrand) dans un milieu familial plutôt favorisé14. Son père, Étienne Pascal, appartient en effet à la noblesse de robe et il est président de la Cour des aides15 de Clermont. La mère de Blaise, Antoinette Begon, meurt en 1626. Étienne ne se remarie pas et éduque seul ses trois enfants : Blaise et ses deux sœurs, l’aînée Gilberte et Jacqueline, la cadette. Gilberte va dès lors jouer le rôle de mère de substitution et elle laissera d’ailleurs ultérieurement un précieux récit de la vie de son frère et de sa sœur. Homme cultivé, Étienne Pascal se charge lui-même de la formation intellectuelle de son fils, dont il perçoit très rapidement les talents exceptionnels, en particulier pour les mathématiques et pour la physique. Jacqueline, quant à elle, montre de grandes dispositions pour la littérature et elle écrira, très jeune, des poèmes qui seront appréciés par Corneille et jusqu’à la cour de roi. Toute leur courte vie – Jacqueline meurt en effet à 36 ans et Pascal à 39 – le frère et la sœur entretiendront une relation de grande proximité. En particulier, ils s’influenceront de manière décisive quant à leur engagement religieux respectif. C’est en effet grâce à son frère que Jacqueline découvrira le jansénisme et qu’elle se retirera finalement comme religieuse à Port-Royal, et c’est sous l’influence de sa sœur que Pascal abandonnera ses préoccupations mondaines pour se consacrer tout entier à Dieu. Dans La vie de M. Pascal, Gilberte écrit à propos de son frère16 : Dieu « se servit pour cela de ma sœur pour le retirer, comme il s’était servi autrefois de mon frère pour retirer ma sœur des engagements où elle était dans le monde »17.
Jansénisme : position théologique qui se développe, surtout en France, au xviie et au xviiie siècles et dont le contenu n’est pas strictement défini par ceux qu’on a appelés les « jansénistes », le nom de jansénisme étant une invention de ses adversaires. Pour l’essentiel, le jansénisme se réclame de l’Augustinus (1640) de Cornelius Jansen et entend défendre la pensée authentique de saint Augustin. Selon ses adversaires, il promouvrait une conception pessimiste du péché originel et de la prédestination.
Toute sa vie, Pascal fut accablé par une santé précaire. Dès l’âge d’un an, il contracte ce qu’on appelle à l’époque la maladie de Chartre « qui consiste – selon ce que nous rapporte le Mémoire concernant M. Pascal et sa famille de Marguerite Périer, la nièce de Pascal – dans une telle sécheresse de tout le corps qu’il ne demeure que la peau sur les os »18. Aux portes de la mort, il en réchappe de justesse. À la fin de l’année 1631, toute la famille déménage à Paris et c’est là qu’Étienne va se consacrer tout entier à l’éducation de son fils19. Il lui fait d’abord découvrir les langues et les sciences. Gilberte rapporte que son frère était curieux de tout et « voulait savoir la raison de toute chose »20. Souvent, le jeune homme n’était pas convaincu par les explications reçues d’un phénomène et il se mettait aussitôt en quête d’une solution plus satisfaisante. Gilberte écrit : « Il a eu toujours une netteté d’esprit admirable pour discerner le faux ; et on peut dire que toujours et en toutes choses la vérité a été le seul objet de son esprit, puisque jamais rien n’a su et n’a pu le satisfaire que sa connaissance »21.
Étienne Pascal était très soucieux de ne donner à son fils que des enseignements proportionnés à son âge et il en concluait qu’il ne devait pas apprendre les mathématiques avant l’âge de quinze ou seize ans. Gilberte écrit : « Parce qu’il savait que la mathématique est une chose qui remplit et satisfait l’esprit, il ne voulait point que mon frère en eût aucune connaissance, de peur que cela ne le rendit négligent pour le latin et les autres langues dans lesquelles il voulait le perfectionner »22. C’était sans compter sur la précocité du jeune Pascal. Gilberte raconte ainsi qu’à l’âge de douze ans, et en cachette, le jeune homme redécouvre par lui-même la démonstration de la trente-deuxième proposition du premier livre d’Euclide, énonçant que la somme des angles d’un triangle est égale à deux droits. Le père de Pascal, stupéfié, décide de ne plus brider l’intelligence de son fils et lui donne à lire les Principes d’Euclide dans leur intégralité. Et les conséquences ne se font pas attendre. Dès l’âge de 16 ans, Blaise rédige – on est en 1640 – un Essai pour les coniques qu’il soumet à l’Académie de Marin Mersenne, un cercle de mathématiciens et de physiciens, et qui témoigne de son génie mathématique précoce23.
Durant l’automne 1639, le cardinal de Richelieu nomme Étienne Pascal adjoint à l’intendant de Normandie, à Rouen, lequel est chargé de lever l’impôt des tailles24. Sa famille doit donc déménager et Pascal ne reviendra à Paris qu’en 1647. C’est durant cette période normande que se situe un événement de toute première importance. En 1646, par l’intermédiaire de deux médecins, les frères Deschamps, Pascal découvre les écrits de Saint-Cyran, mais aussi ceux de Cornelius Jansen, Jansenius, et de son disciple, Antoine Arnauld, qui deviendra plus tard un ami. Et c’est l’éblouissement, ce que les historiens ont appelé sa première conversion25. Gilberte écrit : « Dieu l’éclaira de telle sorte par cette sainte lecture, qu’il comprit parfaitement que la religion chrétienne nous oblige à ne vivre que pour Dieu, et à n’avoir point d’autre objet que lui »26. Littéralement illuminé par la théologie du monastère parisien de Port-Royal, celui du grand Arnauld, Pascal redouble de zèle à convaincre ses proches et c’est toute la famille qui se convertit à une vie chrétienne plus rigoureuse, à un point tel que sa sœur Jacqueline entrera finalement à Port-Royal en 1652. Dès l’année 1641, Pascal est accablé par les souffrances d’une maladie neurologique, mais, en 1647, il est sujet à une attaque de paralysie du bas du corps telle qu’il ne peut plus se mouvoir sans béquilles27. C’est de cette époque que date peut-être sa Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies. Il part alors pour Paris, avec sa sœur Jacqueline, pour suivre un traitement médical. Et c’est là qu’il initie une riche période de recherches mathématiques et scientifiques28.
Contre les vues d’un jésuite aristotélicien, le père Étienne Noël, mais aussi contre celles de Descartes, il soutient l’existence du vide et rédige en 1647 les Expériences nouvelles touchant le vide, lesquelles seront diffusées dans toute l’Europe savante. Reprenant les expériences de Torricelli, il réalise en 1648 la célèbre et décisive expérience du Puy de Dôme, ce qui débouche sur le Traité de l’équilibre des liqueurs et le Traité de la pesanteur de la masse de l’air, publiés après sa mort. Par suite de ces publications, sa réputation en tant que physicien s’établit fortement et il est entraîné dans de nombreuses controverses contre des adversaires parfois virulents.
Déjà avant son retour à Paris, Pascal avait mis au point, en 1645, sa « machine arithmétique », la pascaline, première machine à calculer qu’il avait accompagnée d’un texte publicitaire intitulé Avis nécessaire à ceux qui auront la curiosité de voir la machine d’arithmétique et de s’en servir. En 1649, il obtient un privilège royal où sont reconnus ses droits d’inventeur et qui lui donne l’exclusivité de la production de machines à calculer en France.
Toujours à cette époque, Pascal, sous l’impulsion du chevalier de Méré, se met à réfléchir à l’usage des mathématiques dans les jeux de hasard, ce qui le conduira à ouvrir la voie au futur calcul des probabilités. Il écrit en 1654, dans une lettre adressée à l’Académie parisienne de mathématique, à propos de l’art de réduire le hasard par la géométrie, qu’« en joignant ainsi les démonstrations des mathématiques à l’incertitude du hasard, et en conciliant ce qui paraît contraire, prenant sa dénomination des deux, il s’arroge à bon droit ce titre de géométrie de hasard »29. Toujours en 1654, il écrit encore le Traité du triangle arithmétique30.
Mais c’est également durant ces années que Blaise et sa sœur Jacqueline prennent l’habitude de fréquenter le monastère parisien de Port-Royal. Le 4 janvier 1652, Jacqueline prend le voile et quitte définitivement le monde31. Jusque-là, son père s’y était opposé, mais il meurt en 1651. Plus rien n’entrave sa décision, laquelle fera une très forte impression sur son frère. Celui-ci est d’ailleurs réticent, mais il finira par céder face à la volonté de sa sœur32. Jacqueline lui écrit alors : « Je ne laisse pas d’avoir besoin de votre consentement et de votre aveu, que je demande de toute affection de mon cœur, non pas pour pouvoir accomplir la chose, puisqu’ils n’y sont point nécessaires, mais pour pouvoir l’accomplir avec joie, avec repos d’esprit, avec tranquillité, puisqu’ils y sont nécessaires absolument, et que sans cela je ferai la plus grande, la plus glorieuse et la plus heureuse action de ma vie avec une joie extrême mêlée d’une extrême douleur, et dans une agitation d’esprit si indigne d’une telle grâce que je ne crois pas que vous soyez assez insensible pour vous pouvoir résoudre à me causer un si grand mal »33.
C’est la nuit du 23 au 24 novembre 1654 qu’est situé l’événement capital de la vie de Pascal : sa seconde conversion, ce que les historiens ont appelé sa « nuit de feu »34. Durant quelques heures, il vit une expérience inouïe. Selon le Mémorial qu’il écrit à l’occasion et qu’on retrouvera après sa mort dans la doublure de son habit, elle dure « depuis environ dix heures et demie du soir jusques environ minuit et demi ». Il s’agit d’une expérience mystique où notre homme découvre la nécessité de renoncer au monde et de se soumettre totalement au Christ.
Le texte du Mémorial est ainsi rédigé35 : « Feu. Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants. Certitude, certitude. Sentiment. Joie. Paix. Dieu de Jésus-Christ. Deum meum et Deum vestrum. Ton Dieu sera mon Dieu. Oubli du monde et de tout, hormis Dieu. Il ne se trouve que par les voies enseignées dans l’Évangile. Grandeur de l’âme humaine. Père juste, le monde ne t’a point connu, mais je t’ai connu. Joie, Joie, Joie, pleurs de joie. Je m’en suis séparé : Dereliquerunt me fontem aquæ vivæ. Mon Dieu, me quitterez-vous ? Que je n’en sois pas séparé éternellement. Cette est la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. Jésus-Christ. Jésus-Christ. Je l’ai fui, renoncé, crucifié. Je m’en suis séparé. Que je n’en sois jamais séparé ! Il ne se conserve que par les voies enseignées dans l’Évangile. Renonciation totale et douce. Soumission totale à Jésus-Christ et à mon directeur. Éternellement en joie pour un jour d’exercice sur la terre. Non obliviscar sermones tuos, Amen. »
