Brésil : Dans les pas du géant - Patrice Montagu-Williams - E-Book

Brésil : Dans les pas du géant E-Book

Patrice Montagu-Williams

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Beschreibung

Parce que pour connaître les peuples, il faut d’abord les comprendre

Immense pays. Immenses ressources. Immenses défis. Pour le visiteur, condamné à ne découvrir qu’une infime partie de ce territoire géant, le Brésil est une aventure en soi. Mais qui connaît les Brésiliens sait que cette immensité géographique, source d’infinis métissages, leur colle aussi à la peau comme une seconde nature. Musique, émotions, passions, football... Réussites, richesses, inégalités sociales, opportunités...Tout, sur cette terre conquise par une poignée de colons, où la déforestation à grande échelle de l’Amazonie côtoie l’explosion urbaine sans précédent de Sao Paulo ou de Rio de Janeiro, se joue en dehors des cadres habituels. Sa miraculeuse renaissance, synonyme de développement économique et d’aspiration géopolitique, ne sera jamais linéaire.

Ce petit livre n’est pas un guide. C’est un décodeur. Au fil d’un récit nourri par les multiples voyages qu’il a effectués tout au long de sa vie dans le pays, l’auteur nous donne à voir et à comprendre pourquoi le Brésil est si différent. Et pourquoi, des rivages d’Ipanema aux profondeurs indigènes de la forêt tropicale en passant par ses stades mythiques, il nous dit tant sur nous-mêmes, nos désirs et nos limites. De grands entretiens accompagnent cette explosion de passions. Pour mieux les comprendre.

Un grand récit suivi d'entretiens avec Isabel Lustosa (Le Brésil colonisé a été maintenu dans le sous-développement) et Claudio Frischtak (L'immense espace brésilien n'est plus infini)

Un voyage historique, sportif et social pour mieux connaître les passions brésiliennes. Et donc mieux les comprendre

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

- "(...) Belle et utile collection petit format chez Nevicata, dont chaque opuscule est dédié à un pays en particulier. Non pas un guide de voyage classique, mais, comme le dit le père de la collection, un «décodeur» des mentalités profondes et de la culture. Des journalistes, excellents connaisseurs des lieux, ont été sollicités (...). A chaque fois, un récit personnel et cultivé du pays suivi de trois entretiens avec des experts locaux. -  Le Temps
- "Comment se familiariser avec "l'âme" d'un pays pour dépasser les clichés et déceler ce qu'il y a de juste dans les images, l'héritage historique, les traditions ? Une démarche d'enquête journalistique au service d'un authentique récit de voyage : le livre-compagnon idéal des guides factuels, le roman-vrai des pays et des villes que l'on s'apprête à découvrir." -  Librairie Sciences Po

À PROPOS DE L'AUTEUR

Homme d'affaires et voyageur, auteur du remarqué roman policier La Porte de Jade (Ed. Balland), Patrice Montagu-Williams vit depuis plus de trente ans avec le Brésil dans la peau et dans la tête.

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Seitenzahl: 94

Veröffentlichungsjahr: 2014

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L’ÂME DES PEUPLES

Une collection dirigée par Richard Werly

 

Comprendre l’autre, c’est apprendre à le connaître.

 

Signés par des journalistes écrivains de renom, fins connaisseurs des pays, des métropoles et des régions sur lesquels ils ont choisi d’écrire, les livres de la collection L’âme des peuples ouvrent grandes les portes de l’histoire, des cultures, des religions et des réalités socio-économiques que les guides touristiques ne font qu’entrouvrir.

 

Écrits avec soin et ponctués d’entretiens avec de grands intellectuels rencontrés sur place, ces riches récits de voyage se veulent le compagnon idéal du lecteur désireux de dépasser les clichés et de se faire une idée juste des destinations visitées.

 

Une rencontre littéraire intime, enrichissante et remplie d’informations inédites.

Richard Werly (1966), journaliste et auteur, suit les questions européennes et internationales au quotidien suisse Le Temps. Ses reportages de terrain lui ont démontré combien, derrière chaque idée reçue sur un pays et un peuple, se cachent à la fois des mythes, des peurs et des parts de vérité. D’où le pari de ces livres-décodeurs, intimistes, littéraires et engagés. Pour que le voyage et la découverte ne soient jamais des fruits secs.

AVANT-PROPOS

Pourquoi le Brésil ?

Oubliez l’Europe, ses peuples que l’on dit repus et fatigués, sa croissance molle, sa vie balisée, son passé écrasant et son avenir compliqué. Oubliez aussi un instant les habituels clichés : football, samba et carnaval. Chaussez de nouvelles lunettes et laissez-vous guider : comme le navigateur portugais Pedro Álvares Cabral en l’an de grâce 1500 sur le littoral bahianais, vous débarquez dans un pays immense et méconnu. Un pays à conjuguer au superlatif : le Brésil, la septième puissance mondiale, celui qu’Amerigo Vespucci fut le premier à qualifier de « paradis terrestre ».

 

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le Brésil, c’est d’abord 8,5 millions de km². Cinquième pays de la planète par sa superficie, il représente la moitié de toute l’Amérique du Sud à lui seul !

 

Une très forte unité culturelle préserve toutefois la nation brésilienne des risques d’éclatement que l’on peut constater dans d’autres grands États où coexistent de nombreuses minorités. Une langue unique, le portugais. Une même religion, le christianisme, pratiqué selon les rites catholique ou évangéliste1. Une absence notable de problèmes raciaux due au fort métissage de la population, largement composée de mulatos (métissage de Blancs et de Noirs), de caboclos, appelés aussi mamelucos (métissage de Blancs et d’Indiens) et de cafuzos (métissage d’Indiens et de Noirs). Tout cela constitue le socle de la nation brésilienne et permet à la population de cet immense territoire de cohabiter dans une relative harmonie, malmenée en revanche par des inégalités parmi les plus criantes au monde et une indiscutable violence urbaine.

 

Le sentiment d’appartenir à la même nation est, au Brésil, une indéniable réalité. Tous se retrouvent le soir devant les telenovelas de la TV Globo et le pays s’arrête de respirer quand l’équipe nationale de football, la Seleção, pénètre sur la pelouse lors d’une compétition internationale.

 

Mais unité ne veut pas dire uniformité.

À la vérité, il n’y a pas « un » Brésil mais « des » Brésils.

Quoi de commun en effet entre l’immense forêt amazonienne, le polygone de la sécheresse du sertão décrit par les climatologues, et les mégalopoles du Sud, São Paulo et Rio de Janeiro ?

 

Seule une âme profondément métissée pouvait refléter à la perfection l’extrême diversité – à la fois ethnique, sociologique, économique et culturelle – de ce pays. C’est cette âme-là qui, depuis mon premier voyage sur place en 1968, m’a fait aimer profondément le Brésil et m’a permis de mieux le comprendre au fur et à mesure que j’y faisais des découvertes toujours plus fascinantes.

1.

Si l’Église catholique a perdu un quart de ses fidèles, essentiellement au profit des églises pentecôtistes, le Brésil reste le plus grand pays catholique du monde.

« Il ne nous sera jamais permis de douter que la volonté divine a prédestiné le Brésil au mélange des races. »

Karl von Martius, naturaliste allemand (1844)

À la mémoire de Roberto Bittencourt,ami foudroyé sur les trottoirs de Buenos Aires

 

Dans les pas du géant

Je contemple par la fenêtre du taxi le Christ Rédempteur illuminé, gigantesque statue de 38 mètres plantée au sommet du Corcovado, un impressionnant pic de granite qui domine Rio et la baie de Guanabara. De ses bras ouverts, il protège la ville et, malgré la violence qui gangrène les favelas, il continue, imperturbable et bienveillant, à rappeler au monde entier ce qui fait la force et le charme unique du Brésil : tolérance, joie de vivre et convivialité.

À peine débarqué à Rio de Janeiro après trois années d’absence, j’ai voulu retrouver le Bar Lagoa. Renouer avec les souvenirs, même récents, est, au Brésil, un défi permanent car ici tout change et tout renaît en permanence. Le pays, entièrement tourné vers le présent, n’a pas le culte du passé comme en Europe. Mais le Bar Lagoa, immuable depuis son ouverture en 1934 sous le nom de Bar Berlim (Bar Berlin) – un bar allemand qui dut changer de nom au moment de la guerre –, est une exception. Posé sur la rive de la vaste lagune que bordent les quartiers chics de la zone sud de Rio, c’est une véritable institution.

Antônio Carlos Jobim, l’un des fondateurs de la bossa nova, y tenait table ouverte. Certes, ce dernier fréquentait à peu près tous les établissements de la ville et ce n’est pas au Bar Lagoa mais au Bar Veloso, aujourd’hui rebaptisé, que lui vint l’idée, en voyant passer régulièrement sur le trottoir une superbe fille en route pour la plage, de composer avec son complice, le poète Vinícius de Morais, la célèbre Garota de Ipanema1.

La décoration intérieure du Bar Lagoa est art déco et fait une large place au marbre de Carrare. Assis sur la véranda devant une assiette de croquettes de viande et un verre de caïpirinha, tout me revient aussitôt en mémoire. À commencer par le nom de quelques étrangers célèbres tombés amoureux du Brésil.

Je pense à Paul Claudel qui profita de sa mission diplomatique en 1917 et 1918 à Rio, alors capitale du pays (« la plus intéressante de ma vie » devait-il écrire plus tard), pour continuer ses explorations dans le domaine musical et théâtral avec celui qui l’avait accompagné comme secrétaire, le compositeur Darius Milhaud. Sa pièce Le Soulier de satin porte les traces de son séjour brésilien. Quant à son compagnon, il créera Le Bœuf sur le toit, une œuvre inspirée d’une chanson brésilienne, O Boi no telhado, laquelle donnera plus tard son nom à un célèbre cabaret parisien de la rive droite, rendez-vous préféré de Jean Cocteau et de l’intelligentsia parisienne pendant l’entre-deux-guerres.

Je songe à Blaise Cendrars qui fit ici plusieurs voyages et se lia d’amitié avec les poètes modernistes Oswald et Mario de Andrade, ainsi qu’avec la très belle artiste peintre Tarsila do Amaral, membre elle aussi du mouvement moderniste2. Bien plus tard, Cendrars publiera Le Brésil, des hommes sont venus3, illustré de photos de Jean Manzon, célèbre photographe français établi à Rio.

Je n’oublie pas non plus Roger Bastide, sociologue et anthropologue, qui occupa un temps la chaire de sociologie à l’Université de São Paulo et publia Les Amériques Noires et Brésil, terre de contrastes4 ainsi que Le Candomblé de Bahia5.

Je me souviens, bien sûr, des écrits de l’anthropologue Claude Lévi-Strauss et de ses fameux Tristes Tropiques6, mélange de souvenirs de voyage et de méditations philosophiques.

Impossible de passer sous silence enfin l’écrivain autrichien Stefan Zweig. Épuisé, revenu de tout, persuadé que les nazis allaient gagner la guerre, il se réfugia ici en 1942, avec sa femme Lotte, avant de se suicider à Petrópolis7, l’ancienne cité impériale, nichée dans les collines de la Serra dos Orgãos, non loin de Rio.

Le Brésil, droit au cœur

Tous ces intellectuels m’avaient fait partager leur passion pour cet immense territoire. Les ayant lus, je pensais tout connaître de l’âme de ce pays. Pourtant, en arrivant ici pour la première fois, l’année de mes 24 ans, ce que je découvris n’avait rien à voir, ou presque, avec ce que décrivait leur prose, aussi talentueuse soit-elle. Parce qu’on n’apprend pas le Brésil dans les livres, on le vit.

On le vit en prenant son cafezinho (petit café) debout dans un botequim (petit bistrot) ouvert sur la rue. On le vit en pénétrant dans l’enceinte du Maracanã, l’un des plus grands stades de football du monde, assister au derby Fla-Flu, Flamengo-Fluminense, deux des principaux clubs de Rio. On le vit enfin en se promenant le long des plages de Rio ou du Nordeste tout en contemplant les silhouettes somptueuses de ces filles qui vivent dans un pays où l’on ne plaisante pas avec son apparence. Car le Brésil est en passe de devenir le second marché du monde pour les cosmétiques, hommes et femmes confondus, et la chirurgie esthétique y est une religion. Et pour cause : la séduction est partout. « Le péché n’existe pas au sud de l’équateur » écrivait si bien John Updike dans son livre Brésil8.

Le grand écrivain argentin Jorge Luis Borges traitait ses compatriotes « d’Italiens qui se prennent pour des Anglais ». Rien de tel au Brésil où l’on est fier d’être Brésilien et où l’on a compris que, si le pays est devenu ce qu’il est aujourd’hui et a encore un si grand avenir, il le doit en grande partie au métissage de sa population.

« Mon » Brésil s’est bâti peu à peu, à l’occasion des très nombreux et très longs séjours que j’y ai faits, séjours marqués de rencontres parfois extraordinaires, toujours enrichissantes.

Le premier date de l’été qui suivit mai 1968. Le pays vivait des années de plomb. Soutenue par la CIA, une junte militaire avait pris le pouvoir9. Une censure imbécile muselait la presse. Les opposants étaient arrêtés, souvent torturés et certains disparaissaient pour toujours.

À peine débarqué, je rencontrai un homme qui changea ma vie. Jean-Marie Buffière était Français, géologue au BRGM, le Bureau de recherches géologiques et minières. Il travaillait en Amazonie et décida de m’emmener en mission avec lui.

Pendant de longues heures, le monomoteur piloté par l’ami Custódio survola à faible altitude le long ruban de la BR-163 qui, sur 4 400 km, relie Tenente Portela dans le Rio Grande do Sul, à la frontière du Suriname, tout au nord du pays. À ma grande frayeur, le trafic routier n’étant pas encore intense à l’époque, le petit avion pouvait se poser entre les énormes semi-remorques pour faire le plein dans les stations services. Environ à mi-chemin, à Guarantã do Norte, on fit escale : au-delà, la route n’était plus asphaltée et l’avion ne pourrait se ravitailler qu’une fois arrivé à sa destination finale.

Le soir, il y eut cinéma en plein air. On y projeta un western, L’homme qui tua Liberty Valance, avec John Wayne. Quelle ne fut pas ma surprise de voir, à la sortie, plusieurs spectateurs enfourcher leur cheval et partir au petit trot !

La forêt des dieux

Le lendemain, nous nous envolâmes pour l’Amazonie, un monde hors du temps, fascinant et encore relativement préservé. « La dernière page de la genèse qu’il reste à écrire », comme le disait l’écrivain et sociologue Euclides da Cunha10. Ce premier contact avec l’Amazonie devait me marquer pour le restant de mes jours. C’était donc ça, le Brésil : une forêt qui fait sept fois la taille de la France, et traversée par le plus long et plus puissant cours d’eau de la planète !

« La largeur du fleuve peut atteindre 40 km et, dans son embouchure qui fait 300 km de large, se trouve une île, Marajó, qui a la taille de la Suisse » me précisa Jean-Marie en riant. Et d’ajouter que, chaque année, une vague déferlante d’eau de mer, la pororoca