Cancer et méditation - Gilbert Caty - E-Book

Cancer et méditation E-Book

Gilbert Caty

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Beschreibung

À 74 ans, Gilbert est un randonneur qui n’a jamais été malade. En plein été, il est foudroyé par une leucémie aiguë : urgences, hospitalisation, isolement en secteur protégé… Ayant frôlé la mort, refusant en toute inconscience de considérer son cancer comme une épreuve, il décide d’en faire une « expérience ». Avec Madeleine, terrassée elle aussi, il nous en conte le quotidien dans ses aléas et sa richesse. Ce témoignage à deux voix nous fait découvrir un monde parallèle porté par le sourire et l’abnégation des médecins, femmes de service, aides-soignantes, infirmières au coude à coude. S’adressant aux centaines de milliers de cancéreux et leurs proches, Madeleine et Gilbert commentent une démarche intérieure qui, conjuguée avec la méditation et le bazooka des « chimios », défie mort, angoisse, désespoir. Et gagnent la partie.

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Seitenzahl: 143

Veröffentlichungsjahr: 2016

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« On a deux vies. La deuxième commence le jour où on réalise qu’on en a juste une. »

Confucius

TABLE DES MATIERES

PRÉMISSES

APLASIE

SURREAL

INTERMEZZO

CORPS ET ĀME

CURE AND CARE

UNE FIGURE

POURQUOI ?

QUAND LE CORPS CHAVIRE

AU-DELA DES PAS

EPILOGUE

POST-SCRIPTUM

PRÉMISSES

Ce soir nous fêtons notre vingt-cinquième année de mariage. Le matin même j'étais de nouveau à l'hôpital d'Avignon pour un prélèvement de moelle osseuse dans le service d'onco-hématologie, autrement dit du cancer. Madeleine et moi y prêtons à peine attention : randonneur de longue date, jamais malade, à 74 ans je suis en pleine possession de mes moyens. Si un cancer s'était installé en moi, il y aurait eu des alertes ! Simplement, depuis quelques semaines j'ai le souffle court.

Presque enjoués, nous évoquons l'année passée à l'Isle-sur-la-Sorgue où, enfin, nous avons déposé besace et soucis. Notre vie fut tellement chaotique et cabossée ! Ici nous partageons une plénitude lumineuse. Proche de Gordes et Ménerbes, le village d'antiquaires est à 20 km d'Avignon. Dans cette niche encadrée par les monts de Vaucluse, le Ventoux et le Luberon, nous avons pris nos habitudes.

Fréquemment Madeleine m'invite à prendre une consommation sur la terrasse du café qui longe la rivière. Dans le lointain les collines, à nos pieds la Sorgue. Le cours d'eau vient de passer une chute de 50 cm de hauteur ; le grondement assourdi nous ferait croire que nous sommes dans une station de montagne. Une joie simple, élémentaire, qui rend compte d'un émoi devant l'harmonie du décor, pour peu qu'on s'y laisse absorber.

Ces moments, comment les évoquer ? Cela fait des années que nous communions dans le rituel du café en ville, dans cet « espace transitionnel » dirait un psy, où libérés des contraintes du quotidien et des habitudes de l'appartement, nous prenons le temps de commenter nos rencontres, le film vu la veille, le dernier livre, les amitiés si précieuses, le devenir des petits-enfants de Madeleine, cette soirée au Passeur de l'Isle, la librairie de la place de l'église …

Oui, dans sa simplicité, notre vie est riche. Oserions-nous dire que nous nous suffisons à nous-mêmes comme deux retraités privés de racines, absorbés par ces paysages de Provence que tant d'étrangers découvrent émerveillés chaque année, cinq à six mois durant ? Nous nous y refusons.

*

Le cancer nous foudroie.

Je suis hospitalisé d'urgence le 9 août. La leucémie est confirmée, une leucémie dite aiguë qui nécessitera vraisemblablement des mois d'hospitalisation en isolement, entrecoupés d'intermèdes chez soi. Notre chance, c'est de n'avoir pris la mesure de l'épreuve que progressivement.

Tout a commencé deux semaines plus tôt. Le lundi matin, dès 9 heures 5, mon médecin m'ordonne de me rendre immédiatement aux urgences, muni des résultats de l'analyse sanguine. Ils comprendront. Je ne sais pas ce qu'est un hôpital, encore moins les urgences, sinon à travers les descriptions horrifiées des urgences franciliennes. Rien de tel en Avignon. Je suis aussitôt dirigé vers le service d'onco-hématologie. Quelques minutes d'attente et je suis accueilli par un médecin.

Le personnage me frappe, sa stature devrais-je écrire. Son autorité naturelle, la rigueur du propos ne parviennent pas à me détourner de son regard : de la bienveillance, de la bonté, acquises dans la confrontation quotidienne au malheur.

Lorsque je le reverrai un peu plus tard, le médecin me confiera qu'il fut sollicité par le privé qui lui offrait un salaire bien supérieur. Il a refusé, estimant que le service public lui apportait des satisfactions professionnelles sans commune mesure : le temps de l'écoute, du conseil, du partage ; le sentiment de contribuer à soulager le malheur, à dépasser révolte ou résignation chez ses patients, voire l'abandon de la vie.

Au terme de notre premier entretien, le médecin demande sur le champ un bilan biologique complet et téléphone à l'hôpital de jour de Cavaillon pour une transfusion sanguine. J'ai décrit ma découverte de l'hôpital public dans un article de La Provence envoyé à Olivier Mazerolle, son directeur. A ma surprise le long papier, dont je pensais qu'il serait écourté, est publié intégralement un lundi, le jour de forte diffusion (du fait des résultats sportifs). Olivier Mazerolle a pris la peine de me téléphoner. L’article était intitulé « Merci le service public. Merci l’hôpital public ! » J’observais que :

« Les séries télé nous ont conditionnés, parfois pour le pire. Voilà l'hôpital réduit à un héros, chirurgien ronchon qui, chrono sous les yeux, opère et ramène à la vie des cas désespérés. A ces nouveaux héros, dignes des westerns d'antan, s'ajoutent les reportages télé sur les urgences parisiennes réduites à des couloirs encombrés de brancards.

Il y a d'autres urgences et d'autres lieux d'urgence où la vie se joue également aux dés, pourrait-on dire. Plongé dans un milieu saturé d'angoisse, j'ai été confronté à une urgence qui se déploie dans un temps comme suspendu. La détresse y est accueillie et prise en charge dans la douceur et le sourire, dans l'efficacité aussi et la rigueur implacable des protocoles. »

"Vive l'hôpital public !" Je ne croyais pas si bien dire. Je retrouve les urgences quelques jours plus tard. J'ai attrapé une angine et dois m'aliter. En fin de journée, inquiète, Madeleine a pris ma température : 41 de fièvre. Appel au SAMU qui, au regard de mon dossier d'onco-hémato, nous envoie aussitôt une ambulance. Manifestement je n'ai plus assez de globules blancs pour être immunisé. Je dors aux urgences, où l'on m'a isolé, avant d'être transféré en onco-hématologie. La fièvre est calmée mais pendant plusieurs jours je ne pourrai ni manger ni même boire. J'en sortirai une semaine plus tard pour accéder au fameux secteur protégé. En quittant ma chambre je ne savais comment remercier le personnel qui s'était relayé comme si j'étais son unique patient. Je laisserai une lettre derrière moi.

Aux membres de l'équipe de soins onco-hématologie

« Au moment de quitter l'unité, je tiens à vous dire merci. D'abord, parce que, grâce au service, j'ai survécu à la nuit du 9 août. Ensuite, parce que, ayant malgré tout gardé ma tête, j'ai eu le loisir de vous observer pendant la semaine passée ici. J'aimerais tant pouvoir vous remercier, chacune, chacun. Mais vous êtes si nombreux à entourer vos patients nuit et jour ! Je me contenterai donc d'énoncer quelques souvenirs qui traduisent mon admiration pour le travail que vous accomplissez dans l'ombre.

J'en fais l'aveu, pour qui ne mangeait plus depuis une semaine, les menus composés par Mme E.1 eurent tout d'une bamboche rabelaisienne. J'ajoute à l'attention de C. que son jus d'orange pressée et givrée m'aura transporté des sables d'Arabie à la cour du grand Moghol !

J'ai bien souvent compati avec A. qui, à l'aube, s'efforçait à dominer des cathéters facétieux n'en faisant qu'à leur tête… Et comment n'avoir pas un souvenir ému pour ces dames qui, maniaient les lavettes virevoltantes sur le sol, dans le silence studieux du matin, non sans me demander toujours si elles me gêneraient. Mon activité quotidienne je vous la dois N., ma bonne étoile, dont l'humeur enjouée me faisait oublier le sérieux d'un travail où s'entremêlaient téléphone, ordinateur et … perfusion. Il est vrai, j'avais attendu avec impatience le passage de C. qui, avec la prestance d'un butler, déposait le substitut de Nespresso (qu'il s'excusa de ne pouvoir m'offrir) sans lequel je n'aurais pu démarrer. Et comment ne pas remercier Z. qui était bien la seule à savoir me piloter dans les arcanes d’un wifi si peu hospitalier !

Là où j'ai le plus apprécié votre qualité d'âme, tant elle est subtile, c'est le soir et la nuit. Vous entriez avec une discrétion de chat et vous vous excusiez de me réveiller dans un effleurement de la main dont j'ose écrire qu'il était compassionnel. De même la nuit, alors que la pénombre nous livre à la solitude, toujours cet effleurement de la main le long de la jambe, comme pour me dire : nous sommes là, nous veillons sur vous.

Toutes ces attentions, tous ces gestes étaient portés par un même sourire enveloppant. Ce qu'il y a de magnifique, c'est que ces leçons de vie, je ne les aurai pas reçues d'un prêche ou d'un livre mais de vous, aux prises avec vos propres contraintes. J'en tire une conclusion pour l'avenir : et si tous, nous faisions comme vous dans notre quotidien ? »

Quelle n'a pas été ma surprise d'apprendre que ma lettre avait été affichée dans la salle de réunion des infirmières. Et chacune de me la commenter : « Emouvante ! » « Vous êtes un poète M. Caty ! » « Nous l'avons toutes relue deux fois ! » « Comme on est touchées ! ». « Je n'ai pas tout compris, mais ça fait rien ». « C'est tellement bien de vous être rappelé de nos prénoms ! » On s'en doute, je suis devenu un patient bien particulier. Il est vrai, j'étais déjà l'écrivain puisque, cette semaine-là, j’avais aidé un ingénieur à finaliser son livre, soumis à des délais d’impression impératifs. J'avais fixé nos rendez-vous téléphoniques le matin, un moment où j'étais assuré d'avoir encore ma tête. Ils duraient d’une heure à une heure et demie. Les infirmières et le personnel de service se pliaient avec discrétion à cette exigence.

J'étais donc un écrivain. Sur quoi avais-je écrit ? Un ouvrage technique qui mêlait ingénierie et droit à propos d'un accident ayant provoqué mort d’homme et handicap à vie. Une infirmière me fit raconter l'histoire, puis une autre. Chacune, chacun, aide-soignante, personnel d'entretien, infirmière, médecin, l’entendit. Ce n'était pas une œuvre poétique mais un peu le livre d'aventures de notre enfance qui opposait le bon et le méchant, le généreux et le pervers, le puissant et le faible, sans que l'on sache encore si la victime innocente serait écrasée par une raison d'Etat aveugle… « Vous nous direz la suite, M. Caty ! » Bien sûr, fidèles auditrices.

1 Les noms et prénoms sont écrits en toutes lettres dans le mot

Le regard de Madeleine

Pour toi, j’écris

Gilbert n'a jamais douté de sa guérison. Mais il fallut un signe du ciel pour qu’il soit convaincu d'en faire le récit. De même, au terme de quelques semaines j’ai souhaité décrire mon ressenti, celui d’un proche responsable du malade. Lui apporter des marques d'amour et une présence, ce rôle est essentiel. Mais il est éprouvant et à risques : il génère du stress et l’on risque de tomber malade à son tour.

Les premiers soirs, j’affronterai ma solitude sur fond de sidération. Plus tard, viendra la prise de conscience du combat à mener. Chacun dans ses marques.

Enfin l’été s’installait

Enfin l’été s’installait. Un parfum d’hédonisme semblait flotter certains soirs dans le village provençal. Déjà le calendrier estival se garnissant un peu trop à mon goût, j’avais décidé avec Gilbert de différer à l’automne balades et réceptions. Notre été serait calme et serein, suspendu aux lectures en bord de Sorgue.

Mais un matin, au résultat d’une simple analyse, Gilbert est confronté à une minutieuse consultation en service d’onco-hématologie. Le médecin nous dessine avec prudence et gravité les contours d’un cancer du sang. Nous recevons cette nouvelle dans une totale incrédulité. Deux semaines plus tard, c’est « l’effet parpaing » quand le verdict tombe, radical : L.A.A. Autrement dit, une leucémie aiguë atypique, de celle qui « marathone » à la vitesse du mercure. En un rien de temps, elle plaque au sol un homme sain. En un rien de temps, je deviens étrangère à moi-même et n’ai qu’un unique projet : lui rendre visite tous les jours, lui tenir la main et lui répéter comme un mantra : « tu vas guérir, tu vas guérir ! ».

Oui, je vivrai désormais dans une constante dualité. La certitude qu’il survivra, ressentie par l’hémisphère droit de mon cerveau confus, et la peur animale de le perdre, produit de l’autre hémisphère, le gauche, qui m’obsède à chaque instant.

Leucémie, tu me fais penser aux doux prénoms désuets du 19e siècle : Lucie, Emilie, Eulalie… Leucémie, avec la discrétion d’un cobra, tu t’es insinuée dans le corps aimé. Tu as explosé notre union parfaite. Sans l’amour des miens et de mes amis, je pencherais vers la déraison.

Il faut évaluer cette « incongruité », non pas comme un obstacle à contourner mais une force obscure à éradiquer de manière frontale. Nous sommes prévenus : a priori, le traitement durera huit mois en « secteur protégé » avec des intermèdes « à la maison ».

A lui l’enfermement, la dépendance, le matraquage ; à moi la solitude, le foyer désert, la déprime. Matériellement je m’organise en quelques heures ; psychiquement, je rassemble toutes mes lignes de force pour exister chaque jour et apporter à Gilbert le soutien moral, affectif, qui sont les fondamentaux d’une guérison durable.

Gilbert et ses 41 de fièvre s’engouffrent dans l’ambulance

Gilbert et ses 41 de fièvre s’engouffrent dans l’ambulance. Je me retrouve seule dans la rue, théâtre d’ombres où les touristes s’attardent dans la tiédeur estivale, tandis que je frissonne en regagnant l’appartement. En ouvrant la porte je saisis l’ampleur du désastre. Mon compagnon parti, c’est toute ma vie qui s’évapore et avec elle, l’harmonie du décor, la gaieté, les projets. Tout m’apparaît dérisoire. La commode de la chambre m’irrite et m’inquiète, son bois grince. Mes chattes me rejoignent sur le lit, je les serre contre moi, et sur cet ilot de chagrin partagé, une seule pensée m’obsède : demain, je pars pour l’hôpital et m’assure qu’il est toujours vivant ! J’écouterai son souffle, scruterai son visage et lui murmurerai « Tiens bon ! Tiens bon ! »

J’attrapai donc le train, le bus, cavalai dans les couloirs de l’hôpital, enfilai masque et tenue stérile. Le point culminant de ma journée. Ce fut ainsi durant les mois qui s’ensuivirent avec les aléas liés aux transports, les craintes, les rebondissements et le travail sur soi pour ne jamais capituler.

Les premiers trajets s’effectuèrent en mode canicule. Mon état de sidération me rendait insensible à cette météo mais aussi à l’environnement humain. Les cris, les bousculades, les conversations sur téléphone portable ne m’affectaient pas. Je les absorbais pour mieux les évacuer et ce, dans une indifférence compacte.

Ces visites vécues auprès d’un Gilbert regonflé par les transfusions, furent si intenses et gratifiantes qu’elles valaient hautement le contingent des tracasseries. Celles qui sont générées par les déplacements quotidiens. Au fil des semaines, mon psychisme retrouvait ses marques, mon anxiété s’émoussait. Je contais à Gilbert les scènes qui se jouaient sur le quai, sous l’abribus ou à l’accueil de l’hôpital. L’humaine comédie m’interpellait à nouveau. J’en ai retenu plusieurs portraits et quelques leçons de vie.

APLASIE

Le médecin m’avait recommandé de prévenir mes enfants si j’en avais. J’avais aussitôt compris que ma vie était en suspens. Il avait conclu : «Ce sera une épreuve. » « Une expérience ! » avais-je répondu en toute inconscience. J'étais décidé à relever le défi. Mais comment ? Je n'en avais aucune idée. Je savais seulement qu'il faudrait me concentrer sur ce que je serais appelé à vivre, ancré dans l'instant, m'interdisant l'échappatoire de la nostalgie, de la révolte, de l'accablement. J'avais en tête les vingt-cinq leçons de vie du Dr Christophe André, médecin hospitalier dont Madeleine m'avait offert le Méditer jour après jour.2 Nous l'avions fait connaître à tant d'amis en nous efforçant d'y penser « jour après jour », dans une discipline digne du yoga.

Où en étais-je de ces leçons ? A la première évidemment.

« Ce que nous apprend la pleine conscience, c'est à ouvrir les yeux. Cet acte est important car il y a autour de nous des mondes que nous négligeons. Ici et maintenant. Nous pouvons y entrer en arrêtant le cours automatique de nos actes ou de nos pensées.

« Cet acte est un acte de libération. Libération de nos pensées sur le futur ou le passé : la pleine conscience nous ramène dans le présent. Libération de nos jugements de valeur : la pleine conscience nous ramène dans la présence. (…) Certes, le passé importe, le futur importe. La philosophie de l'instant présent, ce n'est pas dire qu'il est supérieur au passé ou au futur. Juste qu'il est plus fragile, que c'est lui qu'il faut protéger, lui qui disparaît de notre conscience dès que nous sommes bousculés, affairés. C'est à lui qu'il faut donner de l'espace pour qu'il puisse exister. »

« Méditer en pleine conscience, ce n'est pas analyser l'instant présent, ou du moins pas comme on le croit. C'est l'éprouver, le ressentir de tout son corps, sans mots. »

Quel champ d'expérimentation !

*

Je suis mené dans l’une des six chambres du secteur protégé. Au sas d'entrée, un contrôle de douane : point de brosse à dents (elle est susceptible de provoquer un saignement des gencives), ni rien qui ait été utilisé auparavant ; tout nouvel objet doit être nettoyé avec un désinfectant de surface. Le Monde, mon journal depuis toujours, est rejeté : seul admis, le papier lisse et glacé des magazines ; dieux merci aucun livre n’est censuré. Madeleine devra m'apporter les vêtements de rechange dans une boîte fermée. Une obsession anti microbienne qui conduit le visiteur à enfiler charlotte, masque, tunique de survêtement, sur-chaussures. Le personnel soignant porte également masque et charlotte dans la chambre. Il est revêtu d'un ensemble, veste et pantalon vert bouteille, de bon goût, « english green » me commente une infirmière qui a le sens de l’humour, comme la plupart de ses collègues. La cellule est avenante et relativement spacieuse : une douzaine de mètres carrés sans compter le coin toilette indépendant, avec douche.