Curieuses Histoires de 39-45 - Daniel-Charles Luytens - E-Book

Curieuses Histoires de 39-45 E-Book

Daniel-Charles Luytens

0,0

Beschreibung

Les histoires insolites de la Seconde Guerre mondiale

Daniel-Charles Luytens, fin limier de l’Histoire, est sans cesse à la recherche d’archives inédites, oubliées ou méconnues. Il nous livre ici sa dernière moisson de dossiers consacrés à l’une des périodes les plus tragiques du XXe siècle, 39-45, période durant laquelle Hitler et ses acolytes sévirent sur l’Allemagne et les territoires occupés. Grâce à des documents tels que des lettres, des interviews, des bandes d’enregistrement, des journaux personnels, le lecteur découvrira entre autres :

• Le dernier ordre du jour rédigé par Hitler,

• La lettre d’adieu de Magda Goebbels à son fils,

• L’unique lettre d’amour du Fuhrer,

• Les confessions de personnages tels que Adolf Hitler ou Baldur Von Schirach,

• La présence supposée d’Hitler à Liverpool, - Le faux journal d’Eva Braun,

• Les contacts soviétiques de Martin Bormann,

• Les raisons qui auraient pu permettre d’éviter la défaite d’Arnhem,

• Le possible assassinat par Hitler de sa nièce Geli.

Un ouvrage richement documenté pour découvrir des anecdotes inédites de la Seconde Guerre mondiale.


EXTRAIT :
 
Bruxelles, dimanche 10 septembre 1944. Le maréchal Montgomery - il a été promu à ce titre le 31 août - reçoit, à sa demande, la visite de son supérieur hiérarchique interallié, le général Eisenhower. La rencontre a lieu sur l’aérodrome d’Evere. Eisenhower ne descend pas de son avion parce qu’il s’est foulé le genou en allant voir Bradley à Chartres. C’est à bord de l’appareil que se déroule la conférence qui va durer tout l’après-midi. Montgomery est uniquement assisté de son adjoint administratif, le général Graham, son chef d’État-major, le général Guingand étant grippé. Eisenhower est entouré du maréchal de l’air Tedder et de son adjoint administratif le général sir Humphrey Gale, un homme prudent et méticuleux.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern

Seitenzahl: 276

Veröffentlichungsjahr: 2015

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Curieuses Histoires de 39-45

Daniel-Charles Luytens

ARNHEM, LA DÉFAITE POUVAIT ÊTRE ÉVITÉE

Témoignage du Prince Bernhard des Pays-Bas

Bruxelles, dimanche 10 septembre 1944.

Le maréchal Montgomery - il a été promu à ce titre le 31 août - reçoit, à sa demande, la visite de son supérieur hiérarchique interallié, le général Eisenhower. La rencontre a lieu sur l’aérodrome d’Evere. Eisenhower ne descend pas de son avion parce qu’il s’est foulé le genou en allant voir Bradley à Chartres. C’est à bord de l’appareil que se déroule la conférence qui va durer tout l’après-midi.

Montgomery est uniquement assisté de son adjoint administratif, le général Graham, son chef d’État-major, le général Guingand étant grippé. Eisenhower est entouré du maréchal de l’air Tedder et de son adjoint administratif le général sir Humphrey Gale, un homme prudent et méticuleux.

Monty est tendu et, dès le départ, demande que Gale soit invité à se retirer. Ike, toujours cordial, donne son accord sans s’étonner de la présence de Graham.

Ainsi, Monty s’assure un meilleur auditoire avec Graham et Tedder, tous deux britanniques.

Le maréchal ouvre un très gros dossier dont il extrait une par une les pièces qui étayent son argumentation. En fait, son discours est un véritable réquisitoire contre les Américains et Eisenhower en particulier. Le ton est tellement acide et déplaisant que le commandant en chef l’interrompt un instant :

- Du calme, Monty ! Vous ne devez pas me parler sur ce ton. Je suis votre supérieur !

L’ambiance est électrique, mais après un silence, le maréchal se reprend :

- Je vous demande pardon, Ike.

Après cet incident, le dialogue peut enfin s’ouvrir. Résumons les thèses en présence.

Pour Eisenhower, la première ligne à atteindre avant l’assaut final doit être celle du Rhin.

Monty fait état d’une communication récente qu’il a reçue la veille du maréchal Alan Brooke, le chef d’état-major impérial et principal conseiller militaire de Churchill.

- Des V-2 sont tombés sur Londres. Ils sont tirés de la région de Rotterdam-Amsterdam. Quand allez-vous encercler ce secteur ?

L’objectif est important. On sait maintenant que du 5 septembre au 31 décembre 1944, 1561 V-2 vont être lancés et qu’ils frapperont Anvers (924), Londres (447), Norwich (43), Liège (27), Lille (25), Paris (19), Tourcoing (19), Hasselt (13), Tournai (9), Arras (6), Cambrai (4), Mons (3), Diest (2), Ipswich (1).

En fait, les bases de tir étaient situées en Hollande (Staveren, La Haye, Ommen) et en Allemagne (Hermeskeil, Merzig, Burgsteinfurt, Euskirchen et Hachenburg).

Eisenhower rappelle ses préoccupations logistiques. Des garnisons allemandes bloquent tous les ports à l’exception de Cherbourg. Marseille et Toulon ne pourront fonctionner qu’à partir de la fin septembre. Saint-Malo, tombé le 2 septembre, est provisoirement inutilisable.

Or, les armées alliées exigent un acheminement quotidien de 18 000 tonnes vers le front. Il faut donc gagner la bataille des bouches de l’Escaut et dégager Anvers pour utiliser son port au maximum.

Depuis le milieu du mois d’août, Montgomery propose à Eisenhower de grouper 40 des 53 divisions dont il dispose au nord du front afin d’effectuer une percée vers le sud des Pays-Bas, la Ruhr et Berlin.

Monty croit le moment venu de faire triompher son plan.

Le commandant en chef déclare qu’il donne priorité à l’avance vers la Ruhr, mais qu’il ne veut point, pour autant, réduire la poussée vers la Sarre et la trouée de Francfort. Monty reprend sa démonstration. Il faut agir dans le sens d’une poussée principale, bénéficiant du maximum de moyens logistiques, menée par un chef unique, Bradley ou Montgomery. C’est, une fois de plus, l’opposition entre la stratégie anglaise basée sur le déséquilibre de l’adversaire et la tactique américaine du rouleau compresseur.

Toujours diplomate, mais peu réceptif aux enseignements de la stratégie, Ike reste commandant unique et adopte un compromis provisoire… qui durera jusqu’à la fin de la guerre : pour annihiler tout de suite les bases de V-2 de Hollande et assurer le fonctionnement normal d’Anvers, Montgomery, bénéficiant d’une « priorité restreinte », peut aller de l’avant à l’aile gauche.

D’importants moyens sont confiés à Montgomery : le corps aéroporté britannique (deux divisions britanniques et une brigade polonaise) et le 18e corps aéroporté américain (les 82e et 101e divisions Airborne), soutenus par 3 groupes de transport. L’ensemble forme la première armée aéroportée qui doit ouvrir un couloir de 80 km à la 2e armée britannique de Dempsey progressant par voie terrestre.

Quelles sont les forces que va trouver devant elle l’armée aéroportée alliée ? Les services de renseignements sont partagés. Le général Strong, chef de l’Intelligence auprès d’Eisenhower, est très optimiste. Dans le rapport qu’il a remis à son chef le 9 novembre, il écrit :

Von Rundstedt ne peut pas espérer recevoir de l’extérieur plus d’une douzaine de divisions au cours des deux mois à venir.

Quant au service de Montgomery, il assurait que les troupes ennemies du secteur nord étaient composées d’unités disparates, en réserve ou en reconstitution.

Mais tandis que l’opération se préparait, il est un endroit où l’inquiétude était grande : le château de Rubens, à Elewijt, près de Malines. Là, résidait le prince des Pays-Bas, nommé, le 3 septembre 1944, commandant en chef des Forces néerlandaises, les Forces de l’Intérieur incluses (Binnenlandse Strijdkrachten, B.N.S.), sous l’autorité du général Eisenhower.

Calvitie élégante, des lunettes d’or angulaires, droites. Voici le prince Bernhard des Pays-Bas. Éternel œillet blanc à la boutonnière d’une veste bleu marine. Cravate noire au crochet. Le prince est un flegmatique souriant, très décontracté. En 1944, il avait trente-trois ans. Il a gardé un souvenir très précis des événements de l’époque.

Nous avions des contacts très étroits avec la résistance intérieure, par des courriers qui franchissaient continuellement la ligne du front et par des émetteurs clandestins. Nous recevions des renseignements détaillés sur tous les mouvements de l’ennemi. Par exemple, le réseau Tromp qui « travaillait « le secteur en question, nous contactait trois fois par jour, en nous appelant au départ des cabines téléphoniques. Je peux dire que nous savions tout sur la défense adverse : le nombre et l’emplacement des unités, la situation de chaque poste de défense antiaérienne, etc. Dès que le projet « Market Garden » fut annoncé, c’est-à-dire dès le 11 septembre, j’ai veillé personnellement à ce que chaque message important fût transmis directement à Montgomery.

Quelle fut l’exploitation de ces renseignements ?

Monty, auquel j’ai parlé à plusieurs reprises, m’a répondu ceci : « La résistance française et belge nous a transmis de nombreux renseignements erronés. Je vous remercie de ces informations, mais je n’en tiens pas compte ». Il y eut plus grave. Vous savez que le plan Montgomery était de réaliser trois implantations au nord-est du front : Eindhoven, Nimègue et Arnhem. Un tapis de chars d’assaut, suivi à distance par l’infanterie motorisée, devait ensuite, depuis le front, être déroulé sur 80 kilomètres en reliant entre elles les trois zones de parachutages.

Un examen rapide de la carte nous rappelait que, si la route était bonne jusqu’à Eindhoven, elle rétrécissait par la suite et entrait à partir d’Uden dans une zone de polders.

J’en conférai immédiatement avec mon chef d’État-major le général Peter Doorman, qui était un gradué de notre Haute École Militaire. Avant 1940, il avait personnellement été chargé des essais d’utilisation des tanks sur nos routes de polders. Dorman fut catégorique. À partir d’Uden, les chars avanceraient en file indienne et deviendraient une proie facile pour les pièges antichars. En outre, si l’un d’eux tombait en panne, il encombrerait la route durant le temps nécessaire à son rejet dans le fossé par les fantassins. L’infanterie devait donc accompagner les chars pour éliminer les pièges. Enfin, il était tout à fait exclu que les 20 000 véhicules de l’infanterie qui devaient suivre puissent passer sur cette route étroite et fragile.

J’envoyai Doorman expliquer tout cela à Monty. Le maréchal, visiblement contrarié, le reçut avec quelque brusquerie. « Nous savons tout cela. Les chars avanceront seuls. Leurs équipages sont expérimentés. De toute façon, nous aurons la maîtrise aérienne. Rassurez-vous, tout ira bien ».

Lorsque Doorman me rapporta cette conversation, je ne pus que m’incliner. Monty était maître de cette partie du front. Comment pouvait-il négliger toutes ces inconnues ? L’insuffisance des routes, le mauvais temps éventuel, une défense adverse efficace.

Je crois que Montgomery voulait, enfin, s’imposer devant Eisenhower.

Il était présomptueux. Nous savons maintenant que les opérations de transport des troupes aéroportées ne pouvaient durer moins de trois jours. Nous voyons aussi que l’objectif final, la ville d’Arnhem, était trop éloigné de la zone d’atterrissage, l’accès en étant particulièrement difficile. Et entre Nimègue et Arnhem, tout déploiement des chars et de l’infanterie était impossible : les bas-côtés de la route étaient inutilisables.

Sauter sur Arnhem, c’était la seule façon de gagner par surprise, car les Allemands n’auraient pas le temps de se ressaisir. Et nous savions que la défense était importante. Mais Monty ne voulait rien entendre. Il avoue maintenant que l’opération fut un échec. Il faut ajouter que ce désastre aurait certainement pu être évité.

Quelle fut votre réaction au jour J ?

Le jour J était le dimanche 17 septembre. Ce jour-là, de Londres, le gouvernement néerlandais déclenche, par un appel de la B.B.C., la grève générale des chemins de fer. Notre État-major des forces néerlandaises, section Forces de l’Intérieur (B.N.S.) lance les ordres de sabotage des voies ferrées et des routes stratégiques. L’effet de surprise joue donc, mais trop brièvement : les Allemands ont le temps de prendre toutes les contre-mesures qui s’imposent. Il ne nous reste plus qu’à exécuter les ordres de Monty.

Dans la matinée du 17 septembre 1944, la FLAK1, les terrains de chasse sont écrasés sous 3139 tonnes de bombes. Puis vers 13 h, 1544 avions, escortés par 1171 chasseurs, amènent 478 planeurs au-dessus de la partie sud-est des Pays-Bas. 35 transports et 13 planeurs seulement sont abattus par la FLAK.

Au soir du premier jour, 20 190 parachutistes et 14 686 aéroportés ont pris pied sur trois secteurs : Arnhem, Nimègue et Eindhoven. Ils disposent de 5230 tonnes de matériel et de 1927 véhicules.

Le maréchal Model, chef de groupe d’armées B, fait face à l’armée alliée aéroportée. Depuis le 15 septembre, son quartier général était installé en l’hôtel Tafelberg à Oosterbeek, près d’Arnhem. Le maréchal connaissait la prudence habituelle de Montgomery, il n’attendait aucune surprise de ce côté.

Le général Student, chef de la première armée parachutiste, avait fixé son poste de commandement à Vught, à cinquante kilomètres à l’ouest de Nimègue. Le 17 à 13 h, Student voit passer les vagues de planeurs qui se dirigent vers Nimègue. D’abord, il admire, en connaisseur, puis ne tarde pas à réagir. Il réclame des rapports sur les zones d’atterrissage, puis téléphone à Model.

À Oosterbeek, Model qui déjeunait sur la terrasse du Tafelberg voit lui aussi descendre des parachutistes au-delà et en deçà du Rhin, à quelques centaines de mètres de lui. Le maréchal n’a que le temps de grimper dans sa chambre, de boucler sa valise et de filer vers le quartier général de Bittrich, chef très remarquable du IIe corps blindé SS, à trente kilomètres à l’est d’Arnhem, à Doetinchem.

Student n’a pas réussi à atteindre Model, mais d’un planeur abattu par la FLAK, un de ses hommes a réussi à extraire un plan détaillé de l’opération « Market Garden ». Dès cet instant, les Allemands sont pleinement informés.

En moins d’une semaine, Model va rassembler quatorze divisions autour de la tête de pont d’Arnhem, quatorze alors que les services de renseignements alliés, qui n’ont pas tenu compte des informations de la résistance hollandaise, en avaient annoncé huit !

Le 18 septembre, nouveau largage par 1360 avions de transport et 1203 planeurs. Ce renfort accuse cinq heures de retard à cause de la brume.

Dans le secteur d’Arnhem, la 1ère division aéroportée britannique chargée d’établir une tête de pont sur le Bas-Rhin est en difficulté. Les trois groupes cherchent à se rejoindre, mais l’ennemi, proche de ses bases, a réagi promptement. Le 19 septembre, le temps devient mauvais. Une nouvelle vague de 655 avions et 431 planeurs décolle d’Angleterre avec retard à 15 h, mais 40 avions et 112 planeurs sont abattus par la FLAK. 186 transports et 73 planeurs font demi-tour. À Arnhem, 33 planeurs atterrissent sous le feu de l’ennemi et les 390 tonnes de ravitaillement tombent en dehors de la zone alliée.

Le 20 septembre, le temps est encore plus mauvais. 519 avions de ravitaillement passent quand même. Le 21, dans les mêmes conditions, 110 avions, dont 53 arriveront au but, vont larguer 750 Polonais à Arnhem. Le 22, le ciel est tellement bouché qu’aucun vol ne peut avoir lieu. L’opération « Market Garden » tire à sa fin.

Les combattants d’Arnhem-Oosterbeek sous les ordres du général Urquhart, renforcés depuis le 21 par la brigade polonaise du général Sosabowski, ont été accueillis avec enthousiasme par la population qui maintenant les gêne dans leurs mouvements.

Le 22, les combattants sont préoccupés par les blessés toujours plus nombreux. Le service de santé est débordé : les mourants doivent être abandonnés. Médecins et assistants, qui n’ont pas dormi depuis cinq jours, se consacrent aux blessés.

Le colonel Warrack, médecin-chef, obtient l’autorisation de ses chefs de négocier une trêve. Il se rend à l’hôtel Tafelberg, reconquit par les Allemands, et conclut avec ceux-ci une trêve de deux heures. Il revient avec des ambulances allemandes et avec l’aide des infirmiers ennemis, il dirige l’évacuation de plus de 500 blessés. La bataille d’Arnhem resta donc digne des vieilles traditions militaires.

Le 23, 654 transports et 490 planeurs vont renforcer Nimègue et Eindhoven, tandis que dans Arnhem, la première division britannique, après six jours de combats, recule, maison par maison, vers le Rhin : elle ne compte plus que 2300 combattants sans eau, sans vivres, avec peu de munitions.

Dans la nuit du 25 au 26, les survivants, 2163 sur 10005, parviennent à franchir le fleuve et à se replier au sud du Rhin. Le 26, 219 avions de transport réussissent à atterrir sur un terrain sommairement aménagé à douze kilomètres de l’ennemi et à repartir pour l’Angleterre amenant avec eux les blessés.

Les 82e et 101e Airborne US se sont maintenues dans les secteurs de Nimègue et d’Eindhoven. Il est vrai que, dès l’après-midi du 18, les troupes terrestres avaient rejoint la 101e Airborne à Eindhoven et dès le 19, la 82e à Nimègue. Le mauvais temps et la forte défense de l’ennemi avaient empêché la soudure avec le groupe d’Arnhem.

La bataille d’Arnhem, la plus grande opération aéroportée de l’histoire, fut donc une défaite incontestable pour les Alliés.

Le 26 septembre, les Allemands tenaient toujours le Rhin sur toute sa longueur et allaient le tenir, en Hollande, jusqu’au 27 mars 1945.

Leurs garnisons des Pays-Bas n’étaient pas encerclées et quatre millions de citoyens, habitants des provinces de Hollande du Sud, du Nord et d’Utrecht, allaient, jusqu’au 5 mai 1945, subir un siège effroyable au cours duquel treize mille personnes allaient perdre la vie à cause de la famine.

Les bases de lancement des V-2 restaient intactes. Le port d’Anvers était toujours inutilisable. Le nettoyage des bouches de l’Escaut (Walcheren) allait s’effectuer du 20 septembre au 8 novembre, par des opérations combinées, et le 28 novembre, Anvers accueillait le premier cargo allié.

Quant aux pertes humaines, les unités aéroportées engagées, près de 35 000 hommes, comptaient au 30 septembre plus de 13 000 tués, blessés et disparus, soit plus d’un tiers des effectifs. Les Allemands avaient perdu 3400 hommes.

Montgomery considère toujours l’affaire d’Arnhem comme une défaite personnelle. Le général Student attribue la responsabilité de l’échec allié au mauvais temps et à l’erreur de n’avoir pas sauté sur Arnhem dès le premier jour.

Trente ans après, la mauvaise évaluation des forces ennemies et l’appréciation inexacte du terrain nous paraissent l’emporter dans les causes d’échec. Pourquoi Montgomery a-t-il négligé les informations qui étaient à sa portée ?

C’est à pleurer, conclut le prince Bernhard, chassant d’une main ces souvenirs douloureux qui l’obsèdent.

1. La FLAK, abréviation de Flakartillerie, est le nom générique des unités de batteries antiaériennes statiques.

MARTIN BORMANN ÉTAIT-IL UN AGENT SOVIÉTIQUE ?

Le dauphin d’Hitler a-t-il survécu ?

Mort officiellement dans les décombres de Berlin, on aurait retrouvé sa trace en Amérique du Sud.

N’était-il pas un agent soviétique infiltré dans l’entourage d’Hitler ?

Il est maintenant totalement établi que Martin Bormann, secrétaire d’Hitler, s’échappa du bunker de la chancellerie, le 1er mai 1945, peu avant minuit. Mais des témoins, nazis garantis d’origine, ont assuré qu’il trouva la mort au cœur de Berlin, lors de sa fuite. Et puis, des témoignages ont abondé : « Bormann est vivant ».

Écoutons un guide de montagne : « J’ai appartenu à une chaîne chargée de faire franchir la frontière italienne à certains nazis. J’ai ainsi fait passer Martin Bormann aux environs du 16 août 1947, puis Adolf Eichmann, quelques jours après. »

Bormann s’est embarqué à Gênes pour gagner l’Argentine. Cette filière était celle organisée par le « Mouron Rouge » des nazis : l’évêque Aloïs Hudal, qui permit à plus de 50 000 nazis de fuir les décombres de l’Allemagne. D’autres organisations secrètes nazies, telles que « l’Araignée » ou « l’Odessa » contribuèrent aussi à la fuite de certains dignitaires du IIIe Reich.

Mais ce fut le Vatican qui contribua le plus au passage des nazis en Amérique du Sud. Des passeports furent délivrés par le Vatican sous l’entière responsabilité de Mgr Montini, qui deviendra le futur pape Paul VI, à de « grands nazis « qui, pour certains, revêtirent la soutane. C’est donc déguisé en prêtre que Martin Bormann aurait débarqué dans son pays d’adoption.

Il serait arrivé en Argentine en 1947. Pour son entrée, il aurait versé la coquette somme de 800 000 000 de dollars à Évita Peron, montant qui sera immédiatement transféré dans différentes banques suisses.

En 1955, Bormann s’installa au Brésil, qu’il quitta quelques années plus tard pour la Bolivie. Après avoir changé plusieurs fois de nom, il deviendra frère augustin et se réfugia dans un monastère de rédemptoristes.

Plus tard, on le retrouva encore au Paraguay, au Pérou et au Chili. Dès qu’il se sentait menacé, c’était la fuite, tentant toujours de maintenir son autorité sur les organisations nazies toujours agissantes dans le monde.

Des témoins l’auraient rencontré en 1973, alors âgé de 73 ans, dans un petit hôpital du Sud-ouest bolivien dépendant de l’ordre des Rédemptoristes. À sa sortie, il aurait repris le chemin de l’Argentine et là… nous perdons définitivement sa trace.

Le général Reinhard Gehlen, chef de la section d’évaluation des renseignements sur le front russe, puis chef du DNB (services secrets de la République fédérale allemande), écrit dans ses « Mémoires », parlant de Martin Bormann :

« Deux rapports distincts provenant d’au-delà du Rideau de Fer me confirmèrent que Bormann avait été un agent soviétique, et qu’après la guerre, il vécut dans la clandestinité en Russie, où il continua à conseiller le gouvernement de l’U.R.S.S. jusqu’au jour de sa mort ».

Gehlen prétend avoir été informé par l’amiral Canaris1, en juillet 1943, de ses soupçons à l’égard de Bormann. Nous voici confrontés à un nouveau mystère Bormann. L’éminence grise du Fürher se serait-elle réfugiée en U.R.S.S. ? Les Russes lui auraient, dès lors, garanti l’impunité.

1. Surnommé « le petit amiral », il dirigea l’Abwehr, l’espionnage et le contre-espionnage de la Wehrmacht, durant la majeure partie du règne d’Hitler.

ALBERT SPEER : 20 ANS APRÈS SES PREMIERS AVEUX

- Monsieur Speer, nous avons appris au procès de Nuremberg qu’à l’époque où l’on sentait approcher l’agonie du IIIe Reich, vous aviez projeté d’assassiner Adolf Hitler. En février 1945, vous avez songé à transformer en chambre à gaz le bunker du Führer. Puis, vous y avez renoncé. Néanmoins, plus tard, vous avez encore eu à plusieurs reprises des entretiens confidentiels avec Hitler.

Albert Speer : Oui.

- Pourquoi alors, en ces diverses occasions, n’avez-vous pas tiré avec votre pistolet pour le tuer ?

A.S. : Après l’attentat de Stauffenberg, le 20 juillet 1944, je n’en ai pratiquement plus eu la possibilité, car avant de pénétrer dans le bunker du Führer le visiteur était toujours obligé de déposer son porte-document à l’extérieur. Et un petit revolver, susceptible de passer inaperçu dans la poche d’un veston, n’aurait pas suffi : pour réussir, il en fallait un d’un calibre déjà assez important.

- Était-ce la principale raison qui vous a poussé à renoncer à vos projets ?

A.S. : Sans doute comprendrez-vous plus facilement la seconde raison. On a toujours tendance à assurer à sa propre famille un maximum de chances, même quand il en reste très peu. Le gaz permet à l’auteur de l’attentat de demeurer dans l’ombre. Que je tire ouvertement sur le Führer, et c’était la liquidation immédiate de toute ma famille : mes enfants, ma femme, mes parents et mon frère.

- Est-il vrai que, jusqu’aux derniers jours de la guerre, vous avez été fasciné par Hitler ?

A.S. : Non. Il y avait longtemps qu’il avait perdu à mes yeux ce pouvoir qui m’avait effectivement fasciné quatorze ans auparavant.

- C’était en 1931, n’est-ce pas ?

A.S. : Oui. À cette époque, Hitler avait prononcé un discours devant les étudiants et les professeurs de l’Institut des Hautes Études Techniques de Berlin. D’après la presse, c’était, paraît-il, un homme qui poussait des cris, qui rugissait, qui tapait du poing sur la table et dont la mèche légendaire balayait le visage. Mais ce jour-là, il s’est présenté en complet bleu et nous a donné un cours parfaitement construit. Je me suis rendu compte depuis que c’était de sa part une ruse particulièrement habile. Je crois que ce fut l’incident décisif qui m’a entraîné vers lui.

- Quand vous êtes-vous trouvé réellement en contact direct avec Hitler pour la première fois ?

A.S. : En 1933. Après avoir préparé le terrain pour la fête du 1er mai du parti national-socialiste, j’ai été convoqué à Nuremberg où il fallait monter une tribune au Zeppelinfeld. Je dessinai un projet qui fut approuvé, et c’est ainsi que, du jour au lendemain, je me suis trouvé face à face avec Hitler. Devant lui étaient étalées les pièces détachées d’un pistolet, et je me souviens encore de l’émotion que j’ai ressentie à la vue de cet homme qui nettoyait lui-même son arme.

- Voulez-vous dire par là qu’un autre aurait dû s’en charger ?

A.S. : Oui, il me semble. Qu’en pensez-vous ?

- Comment vos relations avec Hitler se sont-elles développées ensuite ?

A.S. : Pendant un certain temps encore, je ne le revis pour ainsi dire pas. Puis on me demanda de participer à la transformation de la résidence à la Chancellerie du Reich, car l’architecte, originaire de Munich, ne connaissait pas très bien Berlin. C’est ce qui m’a donné l’occasion de rencontrer de nouveau Hitler assez souvent. Manifestement, il s’est pris d’intérêt pour moi.

- Comment s’est manifesté cet intérêt qu’il vous portait ?

A.S. : Un jour, il m’a emmené déjeuner chez lui à l’improviste. Plus tard, quand je suis devenu pour ainsi dire son architecte attitré, cela s’est renouvelé de plus en plus souvent. Il m’a emmené aussi à Berchtesgaden où je n’ai pas tardé à faire partie du cercle de ses intimes. Souvent, le soir, vers 10 ou 11 h, je recevais un coup de téléphone d’un de ses aides de camp pour me demander si je n’avais pas quelque dessin sous la main et si j’acceptais de venir les lui présenter, car « le Führer avait besoin de se changer les idées ». Effectivement, jusque vers 8 h du matin, il se plongeait dans l’examen de mes planches.

- Quels sentiments éprouviez-vous à son égard, à cette époque-là ?

A.S. : Ce qui me plaisait en premier lieu, évidemment, c’est que j’avais la possibilité d’exercer mon métier sans restrictions.

- N’y avait-il rien d’autre ?

A.S. : Ajoutez-y la jeunesse. En 1933, j’avais 28 ans.

- Pensiez-vous qu’il vous donnait la grande chance de votre vie ?

A.S. : Plus que cela. Je considérais qu’il m’offrait l’occasion d’entrer dans les annales de l’art.

- Est-ce que tout cela n’a pas développé chez vous un sentiment de vénération pour Hitler ?

A.S. : À cette époque-là, sans aucun doute.

- Sur quoi basiez-vous cette vénération ?

A.S. : Tout son être rayonnait de gentillesse et il se montrait toujours très attentif à l’égard de ma famille et de moi-même. Ainsi, quand nous partions faire du ski, si jamais nous rentrions avec une heure de retard, il s’inquiétait, croyant qu’il nous était arrivé un accident.

- Hitler se considérait lui-même comme un artiste particulièrement doué en matière d’architecture. Une fois même, il a laissé entendre que, s’il ne s’était pas orienté vers la politique, il serait certainement devenu architecte, « et probablement même un des meilleurs d’Allemagne ». Êtes-vous aussi de cet avis ?

A.S. : Loin de moi la pensée qu’il n’aurait pas pu devenir architecte et que, dans la masse des autres, il n’aurait pas fait bonne figure. Il avait certainement des dons…

- Des dons qui auraient pu faire de lui un architecte célèbre ?

A.S. : Non, je ne le crois pas. Mais cela aurait certainement été une grande chance pour l’humanité si quelqu’un avait pu lui offrir un contrat, même modeste, vers 1920. Saviez-vous que c’est Hitler lui-même qui a dessiné les plans, en 1925-1926 déjà, du Palais des Sports de Berlin et de l’Arc de triomphe, travaux qui m’ont été confiés par la suite ?

- Avez-vous eu l’impression d’être alors, en quelque sorte, l’interprète de « Adolf Hitler l’architecte » ?

A.S. : Il m’a très rapidement laissé carte blanche. Aussi ai-je pris l’entière responsabilité de mes œuvres. Mais, pour en revenir aux deux plans dont nous venons de parler, je me suis contenté de les signer de trois étoiles avant de les faire agrandir chez moi.

- Ce qui voulait dire… ?

A.S. : Que je n’en étais pas l’auteur. Il m’en a parlé une fois d’ailleurs et m’a prié de les signer de mon nom, mais j’ai refusé, bien entendu. Un architecte ne s’attribue pas les croquis réalisés par un autre.

- Que pensiez-vous de ces deux dessins ?

A.S. : Je leur trouvais quelque chose d’inquiétant, mais pas du tout sur le plan financier ni dans le sens littéral de l’expression souvent rabâchée « genre monumental ». Dans l’histoire de l’architecture, chaque période a eu ses édifices monumentaux.

- Qu’est-ce qui causait votre malaise, alors ? En face de ces projets de construction de type pyramidal, aviez-vous l’impression qu’une sorte de démesure allait fondre sur l’Allemagne ?

A.S. : Pas encore, du moins pas encore en face de ces deux croquis. C’était surtout le côté pompeux, le côté somptuaire qui me déplaisait, et cette impression ne fit que s’accentuer avec les nouvelles constructions. À l’hôtel Deutscherhof de Nuremberg, par exemple, il y avait un tapis parsemé de croix gammées. L’étui à papier hygiénique portait également une croix gammée. Je n’ai pas manqué naturellement de me moquer de ces excès.

- À partir de 1942, vous ne vous êtes plus occupé d’architecture, mais d’armement. Vous avez pris la succession de Todt.

A.S. : Lorsqu’Hitler m’a proposé ce poste, je me trouvais justement à Rastenburg, au quartier général du Führer. La veille, j’avais dîné avec Todt, et il m’avait invité à rentrer avec lui à Berlin, le lendemain, en avion. Cela m’arrangeait, mais quand Hitler a appris ma présence à Rastenburg, il m’a immédiatement convoqué. Nous avons parlé jusque vers 3 h du matin, et j’ai dû me décommander auprès de l’aide de camp de Todt qui est parti seul.

- Et si vous aviez pris le même avion que lui…

A.S. : Je serais mort, moi aussi. Ce sont les hasards de l’existence. À 8 h du matin - je dormais encore -, quelqu’un m’a téléphoné pour me prévenir que l’avion de Todt venait de s’écraser et que lui-même était mort. Trois heures plus tard, j’étais de nouveau convoqué chez Hitler.

- Est-ce que dans ce nouveau secteur de vos activités Hitler vous impressionnait autant ? Quelques observateurs lui ont attribué une connaissance toute particulière de l’état de l’armement en Allemagne et dans les pays ennemis.

A.S. : Il faisait illusion grâce à une mémoire extraordinaire, en particulier dans le domaine des chiffres. Il avait aussi parfois de bonnes idées. Par exemple, il a beaucoup insisté pour qu’on adopte le canon long sur les chars de combat. Seulement l’abondance des idées qui germaient sans cesse dans son cerveau était catastrophique. Ainsi se fit-il champion d’une multiplicité de calibres, ce qui provoqua évidemment un véritable chaos dans les réserves.

- Est-ce que les spécialistes de l’armement ne pouvaient pas lui donner quelques conseils autorisés ?

A.S. : Ils n’arrivaient même pas à se faire entendre. Tenez, pour la construction des premiers chasseurs à réaction, les Me 262, ce fut une véritable tragi-comédie. En 1941, j’avais déjà eu l’occasion de voir à Rostock le bloc moteur de ces Me 262 sur le banc d’essai. Puis Hitler en a stoppé l’évolution jusqu’à ce que lui tombe sous les yeux, en 1944, une coupure de journal anglais qui parlait d’un réacteur britannique. Il asséna alors un violent coup de poing sur la table en demandant : « Où en est donc resté notre avion à réaction ? » Ensuite, il a voulu en faire un bombardier. Cette fois, cela tournait au grotesque. L’avion ne pouvait en effet transporter que deux cent cinquante kilos de bombes, alors que, équipé en chasseur, il aurait pu avoir des effets particulièrement meurtriers sur les escadrilles de bombardement. Dans l’intervalle, on m’avait confié une tâche très lourde : la réparation des dégâts causés à l’industrie allemande par les bombes alliées.

- Comme vous l’avez dit vous-même, la destruction et la reconstruction se sont livrées là à une véritable course contre la montre.

A.S. : Course que les Alliés, s’ils avaient montré plus de logique dans leur stratégie, auraient pu gagner plus tôt. Ainsi, en mai 1943, les Anglais ont bombardé le barrage de la Moehne. Cela représentait un grand danger. L’inondation, certes, a paralysé complètement les centrales électriques construites dans la vallée, mais si le barrage de la Moehne avait été totalement détruit, toutes les aciéries auraient été obligées de fermer par manque d’eau, ce qui aurait été plus grave encore. Donc, si les Anglais avaient détruit systématiquement ou tout au moins bombardé sans relâche tous les barrages de cette région, en très peu de temps nous aurions dû sonner le glas de notre sidérurgie. Là, vraiment, la défaillance de la Royal Air Force a été très nette.

- Et les Américains ?

A.S. : Ils procédaient autrement. En un seul jour - cela s’est passé plus tard -, ils ont tellement bien nettoyé nos usines hydrauliques qu’elles ne produisaient plus que cinquante pour cent de leur capacité. Prenons un autre exemple : les bombardements de Schweinfurt. C’est là qu’était concentrée presque toute notre industrie de roulements à billes. Le premier bombardement des Anglais a causé d’immenses dégâts, mais ensuite, ils nous ont laissés tranquilles, ce qui nous a permis de reconstruire Schweinfurt en partie et de décentraliser les usines. Que les Anglais pourtant se consolent : dans ses attaques de représailles sur l’Angleterre, le quartier général de la Luftwaffe s’est montré tout aussi mauvais calculateur.

- En 1944, s’est produit ce que vous avez appelé un jour la « crise » de votre vie ?

A.S. : J’ai été malade très longtemps en 1944. J’ai eu une grave thrombose, à la suite de laquelle s’est déclarée une embolie pulmonaire. Pendant environ dix semaines, j’ai vécu en marge de tout et de tous. Je me suis contenté, en quelque sorte, de regarder le plafond.

- Et c’est là que vous avez vu la défaite inéluctable de l’Allemagne ? Est-ce que cette découverte vous a ouvert les yeux et porté à examiner d’un peu plus près le système nazi ?

A.S. : C’est possible. En tout cas, c’est à partir de là que Hitler, à mes yeux, a perdu son auréole.

- Parce que vous vous êtes rendu compte qu’il n’était plus tout à fait invulnérable ?

A.S. : Ce serait plutôt l’affaire d’un psychologue de juger cette réaction. Il est possible de rester prisonnier d’une hypnose prolongée. Une chose est certaine, c’est que je ne voyais plus Hitler avec les mêmes yeux qu’avant.

- Comment cela ?

A.S. : Eh bien, je me suis aperçu brusquement qu’il manquait de la sagacité la plus élémentaire. Je ne m’en étais jamais rendu compte jusque-là. À partir de ce moment-là, je me suis senti plus libre que je ne l’avais jamais été. Et pourtant, j’ai encore continué à m’occuper, comme par le passé, du secteur qui m’était attribué. Je n’ai commencé à réagir vraiment que lorsque j’ai réalisé que Hitler menait le peuple allemand à la catastrophe la plus irrémédiable.

- Nous permettez-vous de vous demander si, avant d’en venir à cette constatation, vous pensiez véritablement que Hitler aurait pu mener le peuple allemand à un avenir glorieux et digne ?

A.S. : Non, il y avait déjà longtemps que je n’y croyais plus.

- Depuis quand ?

A.S. : J’ai commencé à en douter dès le début de la guerre.

- Considériez-vous cette guerre comme absolument nécessaire ?

A.S. : Non, pas le moins du monde.

- Mettez-vous toute la responsabilité de cette guerre au compte de l’Allemagne ?

A.S. : Non, pas au compte de l’Allemagne, mais à celui d’Hitler…

- Vous êtes-vous déjà demandé ce qui serait advenu de l’Allemagne si elle avait gagné la guerre ?

A.S. : À l’époque, je me suis seulement imaginé qu’après la guerre j’aurais toute liberté pour m’adonner à ma passion architecturale.

- Et maintenant ?

A.S. : Maintenant, je suis heureux qu’il n’en ait rien été… Dites donc, je trouve que nous poursuivons là une conversation plutôt pénible.