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Connaissez-vous réellement ces hommes qui ont collaboré au cours de la Seconde Guerre mondiale?
Alors que l’histoire de Pétain et du gouvernement de Vichy est connue de tous, celles qui dépassent les frontières françaises restent, elles, obscures dans les esprits. Quels sont ces hommes, oubliés de tous, qui ont fraternisé avec l’ennemi ? – En Angleterre, Édouard VIII, en raison de ses sympathies nazies, fut envoyé aux Bahamas comme gouverneur ; – À Jérusalem, le grand mufti mit sur pied la SS musulmane ; – En Lettonie, Viktor Arajs extermina la moitié des juifs de son pays ; – Au Vatican, le pape Pie XII se tut alors qu’il savait ; – Les banques, en Suisse, ternirent leur réputation – non elles n’étaient pas neutres ; – L’IRA lança une campagne d’attentats en Angleterre, soutenue par l’Allemagne nazie ; – En Wallonie, Léon Degrelle soutint corps et âme Hitler, allant jusqu’à déclarer être le fils que le Führer aurait voulu avoir. La liste est bien plus longue : le Hollandais Anton Adriaan Mussert, le Flamand Staf de Clercq ou encore le Norvégien Quisling... Ils sont nombreux, ceux qui ont « tendu la main » au dictateur allemand. D.-C. Luytens dresse le portrait de ces hommes qui, bien souvent, ont été étouffés par les Histoires nationales.
Un ouvrage qui vous permettra de connaître davantage les raisons qui ont encouragé les collaborationnistes à soutenir l'idéologie hitlérienne.
A PROPOS DE L'AUTEUR :
Daniel-Charles Luytens est conférencier et un véritable chercheur de terrain. Les découvertes faites lors de ses investigations servent à alimenter ses nombreuses conférences. Devant le succès de celles-ci, il passe aujourd'hui à l'écriture.
EXTRAIT :
En 1936, le roi d’Angleterre Édouard VIII renonce au trône pour épouser une Américaine deux fois divorcée, Mrs Wallis Simpson. Cependant, c’est seulement depuis quelques années que l’on sait que le roi n’a pas renoncé au trône par amour, mais à cause de ses sympathies pour le régime nazi. Édouard VIII quitte le trône pour épouser celle qu’il aime et laisse la place à son frère qui devient George VI. Ce couple deviendra mythique, comme on en rencontre dans les légendes anciennes. Mais oublions donc ce conte de fées. Il faut savoir que Wallis et Édouard ont eu des liens étroits avec les nazis et les fascistes et que les Services britanniques vont s’efforcer d’en effacer les traces. Wallis Simpson est mariée à un richissime Américain, Ernest Simpson. Wallis est soupçonnée d’espionner pour le compte des nazis, depuis qu’elle est entrée dans la vie d’Édouard. Ses faits et gestes sont surveillés, son passé est bien connu des services de renseignements britanniques. En 1925, lorsqu’elle rejoint en Chine son premier mari, un militaire américain, elle fréquente une maison close où l’on pratique des massages et où l’érotisme n’est pas absent... tout comme l’espionnage, d’ailleurs. Tout ce qu’elle apprendra dans ces maisons particulières, Wallis le mettra à profit pour gravir les échelons de la hiérarchie des courtisanes. Elle sera mise en contact avec des diplomates, dont le comte Ciano, le futur gendre de Mussolini, qui fut son premier flirt avec le fascisme. Un an plus tard, en 1926, elle rentre aux États-Unis pour divorcer. Puis, elle cherche un nouveau mari, de préférence riche. Elle rencontre à Paris Ernest Simpson. Elle l’épouse et le suit en Angleterre. C’est lui qu’elle va quitter pour Édouard.
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Seitenzahl: 243
Veröffentlichungsjahr: 2015
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Les collabos
Daniel-Charles Luytens
En 1936, le roi d’Angleterre Édouard VIII renonce au trône pour épouser une Américaine deux fois divorcée, Mrs Wallis Simpson. Cependant, c’est seulement depuis quelques années que l’on sait que le roi n’a pas renoncé au trône par amour, mais à cause de ses sympathies pour le régime nazi.
Édouard VIII quitte le trône pour épouser celle qu’il aime et laisse la place à son frère qui devient George VI. Ce couple deviendra mythique, comme on en rencontre dans les légendes anciennes. Mais oublions donc ce conte de fées.
Il faut savoir que Wallis et Édouard ont eu des liens étroits avec les nazis et les fascistes et que les Services britanniques vont s’efforcer d’en effacer les traces. Wallis Simpson est mariée à un richissime Américain, Ernest Simpson. Wallis est soupçonnée d’espionner pour le compte des nazis, depuis qu’elle est entrée dans la vie d’Édouard. Ses faits et gestes sont surveillés, son passé est bien connu des services de renseignements britanniques.
En 1925, lorsqu’elle rejoint en Chine son premier mari, un militaire américain, elle fréquente une maison close où l’on pratique des massages et où l’érotisme n’est pas absent… tout comme l’espionnage, d’ailleurs.
Tout ce qu’elle apprendra dans ces maisons particulières, Wallis le mettra à profit pour gravir les échelons de la hiérarchie des courtisanes. Elle sera mise en contact avec des diplomates, dont le comte Ciano, le futur gendre de Mussolini, qui fut son premier flirt avec le fascisme.
Un an plus tard, en 1926, elle rentre aux États-Unis pour divorcer. Puis, elle cherche un nouveau mari, de préférence riche. Elle rencontre à Paris Ernest Simpson. Elle l’épouse et le suit en Angleterre. C’est lui qu’elle va quitter pour Édouard. En janvier 1931, Wallis se fait inviter chez le prince de Galles.
À l’avènement du roi, en 1936, Wallis devient officieusement la maîtresse de maison. Elle accède enfin au train de vie somptuaire dont elle rêvait. Elle éprouve le besoin d’impressionner. Édouard VIII la couvre de bijoux. Et pourtant, ce rêve, ce roman d’amour, n’est qu’une façade. Wallis Simpson n’a jamais aimé le roi.
Celui-ci avait organisé une croisière sur le yacht Nahlin vers la Grèce et la Turquie. Quelques amis et Wallis l’accompagnent. Dès les premières escales en Yougoslavie, Mrs Simpson comprit que leur amour avait cessé d’être un secret.
Des journalistes américains en chasse de clichés sensationnels vinrent se joindre aux curieux qui offraient leurs hommages spontanés au souverain. La presse anglaise demeurait silencieuse.
Wallis lui est infidèle. Elle reçoit régulièrement des fleurs d’un des personnages les plus influents de son temps, Joachim von Ribbentrop, ambassadeur d’Allemagne à Londres, le plus haut dignitaire nazi sur le sol britannique. Wallis transmettait ainsi des secrets d’État au gouvernement allemand.
Wallis avait conclu un marché avec son amant pour qu’elle les lui transmette. Ces documents compromettants, assez gênants, qui décrivaient l’attitude des Windsor durant la Seconde Guerre mondiale, ont été détruits après la guerre… sur ordre.
Connaissant les intentions du couple à venir s’installer quelque temps à Miami et connaissant leurs amitiés fascistes, le FBI a voulu vérifier que les Windsor n’allaient pas se livrer à des propagandes en faveur des mouvements nazis. L’ombre du nazisme planait sur la couronne britannique.
1936. Édouard VIII ne cache pas son admiration pour l’Allemagne d’Hitler et sa renaissance économique, un pays dans lequel règne une réelle politique sociale. Face à la montée du communisme en Europe, l’arrivée d’Hitler au pouvoir tranquillise nombre d’Anglais, dont le roi Édouard, qui redoute plus que tout le bolchévisme, responsable de l’assassinat de la famille impériale russe, apparentée à la famille d’Angleterre.
Hitler comprend qu’en Édouard VIII il dispose d’un soutien de poids. Il va d’ailleurs rapidement s’en rendre compte. Le 7 mars 1936, les chars allemands envahissent la Rhénanie. Pour la France, il s’agit d’une provocation que les Alliés ne doivent pas tolérer. La France supplie les Anglais de réagir. Réponse du roi : Je refuse, si on m’oblige de faire la guerre à l’Allemagne, j’abdique.
Par ce chantage, le roi interdit toute réaction au premier pas d’Hitler vers sa folie destructrice. Le Premier ministre anglais a dû céder. Édouard VIII est devenu une véritable menace. Mais il reste peut-être une solution : dévoiler la relation du souverain avec Wallis Simpson au grand jour.
Le public ne sait encore rien. La presse ne bronche pas. Édouard et Wallis sont en croisière sur la Méditerranée. Et puis, la presse anglaise va trahir le secret : des photos vont être publiées.
L’Angleterre va être choquée. C’est le scandale. Les photographes se jettent sur Wallis. Elle devient la femme la plus détestée du Royaume-Uni.
Édouard VIII devient gênant et de plus, il est trop proche des nazis. Une nouvelle fois, il propose d’abdiquer, mais cette fois, le peuple n’est plus derrière lui.
Mrs Simpson et Édouard VIII choisissent la France comme lieu de refuge, chez des amis de Wallis : Herman Rogers et sa femme Katherine, dans leur villa Lou Vieï, au-dessus de Cannes.
La meute de journalistes se met bientôt en branle aux quatre coins du territoire pour tenter de retrouver la mystérieuse héroïne responsable de la crise qui fait vaciller le trône d’Angleterre et remplit depuis quelques jours les premières pages des quotidiens.
La première nuit du voyage vers la Côte d’Azur se passe à l’Hôtel de la Poste à Rouen. Le lendemain, le couple déjeune à Évreux. Le 5 décembre, le couple en fuite atteint Lyon et en fin de soirée, ils entrent au paradis : la villa Lou Vieï à Cannes.
Le 11 décembre 1936, le roi Édouard VIII abdique et son discours passe sur les ondes :
… Et maintenant nous avons un nouveau roi. De tout cœur, je Lui souhaite, ainsi qu’à vous, Son peuple, bonheur et prospérité. Que Dieu vous bénisse. Que Dieu garde le Roi.
Wallis est à l’écoute. Elle jette son verre de whisky par terre : l’imbécile ! dira-t-elle. Elle comprend à ce moment-là qu’elle a tout perdu.
George VI, le nouveau roi, conseillera à son frère qu’il préférerait ne pas le voir se marier à la Côte d’Azur, célèbre pour ses casinos, et qu’un vieux château au centre de la France lui paraît être un cadre plus digne pour le mariage d’un roi, fût-il en exil.
Le 3 mai, le divorce de Mrs Simpson allait être prononcé définitivement. Elle l’annonça à ses amis les bras au ciel. Wallis quitta Cannes accompagnée de ses amis Rogers. Ses amis dévoués allaient mener à bien son mariage.
Édouard épousera Wallis au château de Candé, non loin de Tours, le 3 juin 1937. On est loin des fastes d’un mariage royal. Seize invités en tout et pas un membre de la famille royale. On eut beaucoup de peine à trouver un pasteur anglican refusant d’obéir à sa hiérarchie. Après la cérémonie, le clergyman, le révérend Anderson Jardine, vicaire de Saint-Paul à Darlington, type même du curé de campagne, se verra dans l’obligation de s’embarquer pour les États-Unis.
Le propriétaire des lieux, l’industriel français Charles Bedaux, est en lien étroit avec le régime nazi. Or, les nazis vont tendre une main secourable au couple en pleine disgrâce. Charles Bedaux était le conseiller technique du gouvernement de Vichy et participait à l’aryanisation des biens des Juifs. Il va mourir mystérieusement le 18 février 1944, officiellement suicidé.
Lors de ces noces, Hitler se fera représenter par un cadeau, une petite boîte gravée pour Wallis. Le chancelier Hitler a très bien compris qu’Édouard et Wallis pouvaient être des agents très utiles.
Octobre 1937. Le couple est invité à Berlin, officiellement pour étudier le système social germanique. Ce sont les plus hauts dignitaires nazis qui les accueillent.
Cherchant à m’informer, j’acceptai, à l’automne 1937, une invitation officieuse du gouvernement allemand à faire le tour du Reich avec ma femme. On nous montra les grands complexes industriels de la Ruhr, j’eus un aperçu de la Hitler-Jugend et m’entretins avec la plupart des chefs nazis : Goering, Himmler, Goebbels, Ley, Hess et beaucoup d’autres. Au dernier moment, Hitler nous invita dans sa retraite de Berchtesgaden. Hitler, pour sa part, parla beaucoup, mais il chercha surtout à me persuader que la Russie soviétique était notre seul ennemi et qu’il était dans les intérêts de la Grande-Bretagne et de l’Europe aussi de se tourner contre l’Est et d’écraser le communisme pour toujours. Il me déclara qu’il ne cherchait nullement la guerre avec la Grande-Bretagne, et je le crus.(…)
Pendant dix jours, le couple visite des usines modernes et des ouvriers endoctrinés. Le couple est invité à Berchtesgaden où aura lieu une rencontre qui aurait pu changer le cours de l’histoire. Les clichés de la presse ne laissent aucune place au doute. Le sourire du duc de Windsor et de son épouse serrant la main d’Hitler fera le tour du monde.
Si personne ne voulait recevoir Wallis Simpson à Londres, par contre, à Berlin et à Berchtesgaden, on la traitait comme une reine. Hitler donna à Wallis le titre que l’Angleterre lui refusait, celui d’Altesse royale. Hitler dira en la voyant : « C’est dommage, elle aurait fait une très bonne reine ». Dès lors, Wallis considéra Hitler comme un homme du monde.
À Berchtesgaden, Hitler et les Windsor vont conclure un pacte, un accord oral, dont on ne retrouve que peu de trace en Europe.
De retour en France, le duc et la duchesse de Windsor entretiendront leur amitié avec Hitler jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale.
Le 27 août 1939, le duc de Windsor adresse un télégramme chaleureux à Hitler, le priant d’user de toute son influence en faveur d’une solution pacifique. Ces termes traduisent une nouvelle fois la naïveté du duc de Windsor, une naïveté qui ne tardera pas à tourner à la trahison.
Septembre 1939. Hitler confie à Édouard une mission officielle en France. L’ancien roi d’Angleterre est chargé d’inspecter les défenses françaises. Ainsi, le duc de Windsor visitera les lignes françaises du front et en tirera de précieuses informations. Le duc va pouvoir ainsi constater toutes les faiblesses du système de défense militaire français, et notamment dans la zone des Ardennes.
Le 6 novembre 1939, à Paris, dans un salon du Ritz, les Windsor reçoivent leurs amis pro-nazis, les Bedaux. À la fin du repas, pendant que Wallis parle de mode avec madame Bedaux, le duc converse avec son ami Charles. La discussion prend un tour sérieux durant de longues minutes et l’ancien roi tend à Bedaux une lettre signée de sa main. Il pliera cette lettre et elle sera cachée soit dans la doublure du manteau de Bedaux soit dans son chapeau. Elle ne doit tomber dans aucune main étrangère en dehors de celles d’Hitler.
Une lettre de l’ancien roi d’Angleterre qui commence par Cher Monsieur Hitler.
Voilà qui tient déjà du scandale. La suite est bien pire. Ce document a été retrouvé par un historien dans les années 1990. Le duc de Windsor décrit son voyage dans le Nord. Allusion codée à son inspection sur le front français. Pour plus de détails, Édouard recommande d’interroger le porteur de la lettre. Monsieur B. connaît les informations sur la faiblesse des Ardennes.
L’ex-roi d’Angleterre est un traître. Un traître qui demeure dans l’ombre.
Le 8 novembre 1939, Bedaux part pour l’Allemagne, avec les précieuses informations. Sans le savoir, ce jour-là, Bedaux rendra un très grand service au Führer. Il va lui sauver la vie. En effet, quand le Français va atterrir sur le sol allemand, Hitler est à Munich pour un discours, une commémoration de son putsch manqué seize ans plus tôt.
Or, contrairement à ses habitudes, le Führer écourte son discours et quitte la salle bien plus tôt que prévu. Vingt minutes après, la brasserie explose. Ce que racontera plus tard le secrétaire d’Hitler, c’est que le Führer a dû partir pour rencontrer Bedaux. Le duc de Windsor aurait donc indirectement sauvé la vie du chancelier… Impensable… et pourtant vrai !
Hitler, sur le rapport de Bedaux, va décider de changer de tactique : alors qu’il prévoyait de contourner les Ardennes, le Führer lancera finalement ses chars en ligne droite vers la zone faible du front, un désastre pour l’armée française.
En 1949, le duc de Windsor est nommé gouverneur des Bahamas, un moyen très sûr de l’éloigner. Quant aux preuves accablantes de cette trahison, tout sera fait pour les éliminer. Londres niera tout en bloc.
À l’issue de la Première Guerre mondiale, la Palestine est sous contrôle britannique. Les Britanniques ont décidé de démanteler l’empire ottoman.
Amin al-Husseini naquit en 1895 à Jérusalem, il a fait la Grande Guerre dans l’armée turque et combattu les Britanniques.
Ayant été grugé par la politique des Anglais, Mohammed Amin al-Husseini s’engage à pactiser avec l’occupant. Étant devenu l’allié des Britanniques, il formera des bataillons formés afin de gonfler les rangs de l’occupant.
Mais de plus en plus de Juifs viennent s’installer en Palestine. Les Palestiniens veulent protéger leurs terres. Les Juifs sionistes veulent y créer un état purement juif. Une situation que Mohammed Amin al-Husseini ne peut tolérer. C’est alors qu’en 1917, les Britanniques prennent une décision politique dont les effets se font encore sentir aujourd’hui.
Les Britanniques encouragent l’établissement des Juifs en Palestine. Les Britanniques soutiennent donc l’idée d’un État juif, sans l’avis des Arabes.
Les Anglais considéraient les Arabes comme étant des « métis dégénérés », déclaration du Premier ministre du Royaume-Uni et chef du parti conservateur, Arthur James Balfour. Pour les Arabes, cette déclaration est une terrible insulte.
Mohammed Amin al-Husseini est une figure controversée, un homme dont les décisions ont profondément affecté la vie de son peuple. Pourtant, certains le considéraient comme un prophète.
À l’âge de vingt-six ans, il reçoit le titre spirituel et politique de Grand Mufti. Il se trouvera à la tête d’une centaine de milliers d’Arabes de Palestine. C’est en 1921 qu’Herbert Samuel, politicien juif anglais, premier consul en Palestine, fit d’Amin al-Husseini le Grand Mufti ; il le restera jusqu’en 1948. Herbert Samuel, député libéral, fut le premier Juif à entrer au gouvernement britannique. Le nouveau mufti sera choisi. Le précédent, son demi-frère, venait de mourir subitement. Ses funérailles furent grandioses. Un nouveau chef religieux de tous les musulmans de Jérusalem et de toute la Palestine devra être nommé.
Amin al-Husseini est de taille moyenne. Il porte non pas le turban vert auquel il a droit en sa qualité de descendant du Prophète, mais une hemma d’un blanc immaculé. Il est vêtu d’un caftan fourré et richement orné. La figure est très mobile et les yeux, tantôt gris, tantôt verts, sont ceux d’un renard. La barbe, taillée en pointe, est blonde.
Les musulmans estimaient peu le nouveau mufti et ils le trouvaient peu digne d’avoir été choisi. De plus, il n’avait pas été élu selon la procédure habituelle par les autorités religieuses, mais par les occupants britanniques. En 1922, le mufti devient président du conseil musulman. En coulisse, pendant quatorze ans, Amin encourage toutes les actions, toutes les violences contre l’immigration juive.
Malgré son absence de qualifications, son pouvoir ne va cesser de grandir. À vingt-six ans, il devient un des acteurs les plus puissants du Moyen-Orient. Des affrontements opposent les Arabes et les Juifs en Palestine. Les propriétés des Juifs de Palestine et même les synagogues sont visées par des attaques et détruites.
Mais pendant les flambées de violences, on aperçoit souvent le Grand Mufti s’efforçant de rétablir l’ordre. Pourtant, malgré sa volonté apparente de maintenir l’ordre, certains bouleversements l’amèneront à se retourner une nouvelle fois contre les Britanniques. Ces bouleversements auront lieu en Allemagne. En mars 1933, Adolf Hitler bénéficie d’un soutien qui ne cesse de grandir ; il s’est hissé au sommet du pouvoir en Allemagne. Après avoir mis un terme à la démocratie, le nouveau dictateur peut enfin se consacrer à l’objectif qui l’anime par-dessus tout : la destruction des Juifs.
Il commence par imposer un boycott des boutiques juives, puis, durant la nuit du 10 mai 1933, se déroule un spectacle que l’on n’avait pas vu depuis le Moyen Âge : des étudiants se rassemblant à Berlin pour brûler des livres d’auteurs juifs.
Des dizaines de milliers de Juifs sont obligés de quitter le pays. Une de leurs destinations : la Palestine. On peut prétendre que la venue des nazis au pouvoir est certainement une conséquence de la création de l’État juif de Palestine.
En 1933, 209 000 Juifs quittent l’Allemagne pour la Palestine, ce qui provoque la colère parmi les Arabes palestiniens. C’est un vrai défi pour le Grand Mufti et les autorités arabes de l’époque. La situation deviendra incontrôlable.
1937. Le nombre de Juifs a encore augmenté. Ils sont désormais 396 000. Mais le Mufti ne tient pas les Allemands responsables de cet afflux soudain et le consul général allemand en Palestine informe le Führer que les musulmans voient d’un très bon œil le nouveau régime nazi.
De nouvelles communautés juives s’installent en Palestine ; pour la population arabe, la situation va empirer. À Londres, la demande du Grand Mufti de mettre sur pied un groupe chargé de représenter l’opinion arabe palestinienne est refusée.
Il y aura des manifestations, des grèves. La Palestine est paralysée. Le Grand Mufti ordonne la fin de l’émigration juive en Palestine. Émeutes puis révoltes. L’armée britannique intervient pour mettre fin aux violences. Des bandes arabes mettent le feu à des villages juifs. C’est le début d’un véritable bain de sang qui va durer pendant trois ans. Il y aura 1 300 tués.
Un ancien officier turc, Fauzy Kawakjy, déjà condamné à mort par les Français lors de la révolte des Druses, agite les bédouins de Syrie et voit sa tête mise à prix par les Anglais.
Le 7 août 1936, Londres annonce la création d’une commission royale d’enquête, présidée par lord Peel. Ce groupe d’experts va déposer son rapport le 7 juillet 1937 : lord Peel conclut à la nécessité d’un partage de la Palestine et de la constitution d’un État juif de 5 000 km2.
Dans le même temps, la police a établi la responsabilité des membres du Haut-Comité Arabe et les Britanniques décident leur déportation et celle d’une centaine de leurs partisans, dans un camp de concentration des îles Seychelles. Une revue arabe du Caire, inspirée par les Anglais, a publié la photocopie d’un chèque de 20 000 livres remis par les Allemands à l’un des dirigeants du Comité.
Le 30 juin 1937, jour où les leaders palestiniens vont être arrêtés, le Grand Mufti, qui se trouve dans la mosquée d’Omar, réussit à fuir par des souterrains. Déguisé en débardeur, il gagne le port de Haïfa où il embarque à bord d’une goélette. Le lendemain, il met pied à terre sur la côte syrienne et va s’installer à Beyrouth d’où il va diriger la résistance palestinienne, provoquant des incident sanglants jusqu’en octobre 1939. Le chef de la sûreté française, M. Colombani, assure sa protection. Il a été établi depuis lors que le Grand Mufti était en liaison suivie avec Berlin et Rome.
Le 4 avril 1941, la situation se tend au Proche-Orient. Un nationaliste irakien, Rachid Ali el Kailani, a pris le pouvoir à Bagdad, à la suite d’un coup d’État. C’est la troisième fois qu’il accède à la direction du gouvernement, mais maintenant il est décidé à y rester. Il est en liaison avec des agents allemands, dont l’archéologue Max von Oppenheim de Cologne, qui a échappé ainsi à la chasse aux Juifs, mais il ne tient pas compte de leurs consignes de prudence.
Sans attendre que les Allemands aient terminé leurs opérations en Crête, il est passé à l’action. Rachid Ali proclame la déchéance du régent Abdul Illah qui s’est enfui à bord d’un avion britannique. Il dote l’Irak d’une constitution fasciste, d’un nouveau régent, ami du Mufti, Al Charif Charaf, et lance le national-socialisme arabe. Les Anglais ne veulent pas laisser couper la route des Indes, mais Rachid Ali mobilise l’armée et entreprend le siège de la base britannique de Habbaniyah. Puis, il appelle à la rescousse son ami, le Grand Mufti.
Amin al-Husseini, qui vit à Beyrouth, amicalement surveillé par les Français, malgré une demande d’extradition des Anglais, se rend immédiatement à Bagdad d’où il prêche la « Guerre Sainte » contre les Anglais, amis des Juifs. Fauzy Kawakjy, qui l’accompagne, prend la tête d’une colonne motorisée et s’attaque aux Anglais. Dans Bagdad, tous les résidents britanniques sont molestés ou jetés en prison ; les biens britanniques, capitaux, puits de pétrole, pipe-lines sont mis sous séquestre. L’Allemagne promet son appui à Rachid Ali.
Toute cette action, mal préparée, se déroule dans un grand désordre et lorsque l’envoyé spécial de Keitel, le fils du général von Blomberg, débarque à Bagdad, il est fusillé par erreur par les hommes de Rachid Ali.
L’insurrection tourne court. Kawakjy, repéré par des avions de la R.A.F., est mitraillé dans sa voiture : il est grièvement blessé. Il est évacué en Allemagne où il mettra un an à se remettre de ses blessures. Le 30 mai, les Anglais reprennent la situation en main et les rebelles sont contraints à la fuite. Rachid Ali franchit la frontière turque. Papen, l’ambassadeur allemand à Ankara, le prend sous sa protection et, quelques mois plus tard, l’aidera à gagner le Reich à bord d’un avion allemand en compagnie du Dr Schmidt (Paul Carell), collaborateur de Ribbentrop.
Le Grand Mufti, que les Turcs refusent d’accueillir alors que les Anglais offrent 20 000 livres de primes à qui le livrera, file en Iran où l’ambassadeur d’Italie lui donne un passeport diplomatique au nom du comte Mazzolini. Habillé à l’européenne, il gagne en avion Rhodes, puis Tirana où il reprendra ses vêtements religieux avant de rendre visite en juin à Mussolini et à Hitler.
Le Grand Mufti se réfugie au cœur même du régime nazi. Le 28 novembre 1941, il rencontre Hitler et lui demande d’intervenir afin d’obtenir l’indépendance des nations arabes vis-à-vis des puissances coloniales britanniques et françaises, ainsi que le droit des autorités arabes palestiniennes à empêcher toute création de foyer juif.
Le Grand Mufti reçoit des subsides allemands pour financer un projet de soulèvement en Palestine. Le 27 octobre 1941, il avait été reçu par Benito Mussolini, qui avait accepté le principe d’un soutien de l’Axe à sa proposition.
À Berlin, Amin al-Husseini et Rachid Ali sont traités comme des amis. Par ordre spécial du Führer, ils peuvent demander ce qu’ils veulent. Rachid Ali lance, par les émissions arabes de Radio Stuttgart, des appels à la révolte arabe. Le Grand Mufti promet beaucoup, mais tient peu. À la veille de la bataille d’El-Alamein, utilisant ses réseaux arabes de renseignements et d’action, il prépare avec son agent au Caire, Anouar el Sadate, homme de grand avenir, un vaste soulèvement des nationalistes égyptiens.
On sait que l’affaire échouera et que Sadate sera emprisonné par les Anglais. Plus tard, il monte des opérations de parachutage qui n’auront pas plus de succès. Amin al-Husseini sait surtout se faire apprécier par les encouragements verbaux et écrits qu’il donne à Himmler et à Eichmann dans leur persécution antisémite, ne demandant en échange que la promesse du Reich de détruire le Foyer National Juif de Palestine. C’est le Mufti qui, par exemple, fait échouer les projets d’échange des Juifs de Budapest. Entre temps, le « Buro des Grossmufti » (Al Maktab Al Arabi) de Berlin a de grands besoins d’argent et ceux-ci sont satisfaits sans discussion. Amin al-Husseini recevra vingt-cinq kilos d’or ainsi que la somme de 50 000 dollars qu’il a fait transférer à Zurich.
Hitler annonce au monde arabe que l’heure de la liberté sonnera pour eux dès qu’il atteindra la porte sud du Caucase. Après quoi, il se limitera à l’extermination des Juifs vivant sous la protection des Britanniques dans les pays arabes.
Hitler dira : « Le Grand Mufti est un homme qui, en politique, ne fait pas de sentiment ». En mai 1942, les musulmans des Balkans formeront la 13e division de montagne de la Waffen SS.
Le Grand Mufti de Jérusalem aurait clairement déclaré : « Tuez des Juifs partout où vous les trouvez, cela plaît à Dieu, à l’Histoire, à la Religion ».
Des musulmans furent recrutés pour former des divisions SS spéciales. On peut affirmer que le Grand Mufti était parfaitement au courant du génocide. Mais aux yeux de son peuple, il voulait surtout conserver son territoire et le défendre.
Noël 1943. Alors que Berlin est soumis à une offensive aérienne ininterrompue, le Grand Mufti et Rachid Ali sont évacués en Saxe où ils passeront la fin de la guerre. Rachid Ali réussira à se perdre dans la débâcle finale et, sous divers déguisements, à gagner Marseille où il s’engagera comme soutier à bord du cargo Marrakech. Arrivé à Beyrouth, il sera emmené en auto par des amis syriens jusqu’à Djeddah, la capitale de l’Arabie saoudite, où il sera l’hôte d’Ibn Séoud.
Quant à Kawakjy, marié à une modéliste allemande à sa sortie d’hôpital, il avait servi de conseiller militaire au Grand Mufti et s’était présenté aux autorités françaises d’occupation à Berlin. Il obtint un visa d’entrée en Syrie et prit avec sa femme, son garde du corps et un speaker arabe l’avion pour Paris. Il résida quelques jours fin mars 1947 dans un grand hôtel de la capitale, puis reprit l’avion pour Damas, faisant escale au Caire et à Tel Aviv sans être inquiété par les Britanniques.
Le 8 mai 1945, un avion allemand se présenta à l’aérodrome de Berne. Après l’atterrissage descendirent cinq hommes : deux officiers nazis, le Grand Mufti de Jérusalem et deux aides de camp arabes.
Les Allemands furent internés. Quant aux Arabes, ils furent accueillis avec les honneurs dus à leur rang, puis remis aux Français qui les prirent en charge avec beaucoup de tact.
De plein accord, les quatre grands avaient disjoint le cas du Mufti de la procédure de Nuremberg et les diplomates et les policiers français lui accordèrent le droit d’asile politique.
Amené à Paris par la Sûreté dans un convoi dont faisait partie Fernand de Brinon, confié aux bons soins de la Préfecture de Police, le Mufti fut installé dans une villa de La Varenne en qualité de réfugié politique. Quant à Fernand de Brinon, qui collabora avec les nazis, il fut exécuté le 5 avril 1947 au fort de Montrouge près de Paris.
Le commissaire de Saint-Maur est chargé de sa surveillance. Quelques semaines plus tard, les autorités françaises mettent à sa disposition, sur ordre du général de Gaulle qui dame le pion aux Anglais, une vaste résidence à Vaucresson : le Grand Mufti est protégé par la Préfecture de Police, mais il est devenu l’hôte du gouvernement. Le leader nationaliste ne semble éprouver aucune difficulté d’argent.
En 1973, le Grand Mufti réunit dans sa résidence de Mansourieh, près de Beyrouth, plusieurs de ses compagnons de 1946 autour de son ancien avocat J.L. Aujol. Il leur déclara : « Je me suis toujours efforcé, malgré toutes les pressions, de m’abstenir de toute prise de position agressive à l’égard de la France au cours des événements d’Algérie et de la campagne de Suez. De toutes les puissances coloniales, la France est celle qui a agi avec le plus de désintéressement, et dont une grande partie de l’œuvre, spécialement dans les domaines de la justice et de l’enseignement, demeure vivante ».
Les organisations de la résistance palestinienne lui reprochaient son esprit religieux traditionnel et ses conceptions féodales, mais lors de sa mort, survenue à Beyrouth le 4 juillet 1974, elles ont rendu hommage au grand leader qui a consacré sa vie à lutter pour la cause palestinienne et la nation arabe.
Automne 1941. Plus de 24 000 Juifs lettons sont délogés de chez eux et exécutés de deux balles dans la tête. Une équipe de pousseurs est ensuite chargée de basculer dans les fosses les corps tombés sur les rebords…
À Libau, le 24 juillet 1941, des soldats de la Wehrmacht, stationnés dans ce port de la Baltique, assistent à une exécution organisée à un kilomètre de la ville par le commando Arajs, formé de trois cents Lettons. Le même mois, le commando extermine 4 000 Juifs et 1 000 communistes dans la forêt de Biekernieki, près de Riga …
Ils étaient surnommés les Hommes aux bus bleus parce qu’ils se déplaçaient à bord de véhicules de cette couleur...
Les hommes d’Arajs expliquent que s’ils jetaient les enfants en l’air avant de tirer dessus, ce n’est pas parce qu’ils sont des gamins farceurs, mais pour éviter de dangereux ricochets sur le sol…
Tout cela atteignait de telles proportions que cela paraissait irréel. D’après des témoins, cela paraissait être un véritable cauchemar. Mais il ne faut pas se leurrer : les Lettons ne sont pas les seuls responsables de cette tuerie. Ils ont rassemblé les dépouilles, ils ont mené les Juifs devant les poteaux d’exécution, mais ils n’ont pas appuyé sur la gâchette.
