D'étranges destins - Tome 1 - Michel Moyrand - E-Book

D'étranges destins - Tome 1 E-Book

Michel Moyrand

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Beschreibung

Pierre et Loïc sont si proches qu’on les appelle « les jumeaux ».
Suivant le même cursus en mécanique moto, leurs rêves divergent cependant. Loïc a l’ambition de devenir champion du monde de moto et Pierre, footballeur professionnel.
D’opportunités en désillusions, de voyages en rencontres, d’espoirs en drames, le destin des deux jeunes hommes prendra des routes différentes pour se rejoindre à la fin… tragiquement.

Une tranche de vie, aussi attachante qu’émouvante, que seul un passionné de jeunesse et de sport pouvait nous livrer…


À PROPOS DE L'AUTEUR

Fonctionnaire et homme politique à la retraite, Michel Moyrand, autodidacte né en février 1949 en Haute-Vienne, regarde avec inquiétude les menaces qui pèsent dangereusement sur notre planète et sur l’espèce humaine. Les nouvelles formes d’injustice et d’intolérance qui envahissent la société lui font penser aux époques les plus sombres de notre Histoire.
La nature, la poésie, la photographie, l’écriture encadrent désormais ses journées qu’il aime partager en famille et avec quelques amis.

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Seitenzahl: 214

Veröffentlichungsjahr: 2023

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D’étranges Destins

Tome 1 : Passions

Michel MOYRAND

Chevalier de la Légion d’HonneurChevalier dans l’ordre national du Mérite

D’étranges destins

Tome 1 : Passions

Roman

Cet ouvrage a été composé et imprimé en France par Libre 2 Lire

www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN Papier : 978-2-38157-497-4ISBN Numérique : 978-2-38157-498-1

Dépôt légal : Mars 2023

© Libre2Lire, 2023

Du même Auteur :

« Vies brisées »Roman – Ed Libre2Lire – 2022

« Une vie d’engagements »Témoignage – Ed Libre2Lire – 2021

« Le temps d’écrire »Poésie – Autoédition – 2019

« La conscience est un jugeet un punisseur inévitable. »

Confucius ; Les entretiens.

Michel Moyrand

Chapitre 1 :Loïc et Pierre, inséparables

Il était environ dix-huit heures trente, ce jeudi soir de la mi-décembre, quand le téléphone sonna chez Raïs et Huguette Kretony. Huguette, la maman, décrocha et avant d’avoir eu le temps de prononcer le traditionnel « allo », elle entendit la voix de son fils Pierre lui dire :

— Allo ! Maman, je ne rentre pas ce soir. Ne vous inquiétez pas, je reste dormir chez les parents de mon copain Loïc. Je serai de retour demain soir après les cours. Je ne peux pas te parler plus longtemps, la batterie de mon téléphone est vide. Bises à pap et à toi, mam.

La série de bips marquait déjà la fin de la communication sans qu’Huguette n’ait pu répondre à son fils. À regret et frustrée, elle reposa le combiné sonore.

— Qui c’était ? demanda aussitôt Raïs, son mari installé dans une petite pièce voisine, lisant le journal du jour.
— C’était Pierre, il ne rentre pas ce soir, il m’a juste dit qu’il dormait chez les parents de Loïc Perlongue, son meilleur camarade de classe et qu’il rentrerait demain soir après ses cours. Il a raccroché aussitôt, la batterie de son téléphone est vide.
— C’est très surprenant, il ne nous a même pas demandé l’autorisation de rester chez son copain et il nous prévient ainsi par un simple appel et, en plus, il ne te donne même pas le temps de l’interroger ! Est-ce qu’il t’a demandé la permission de rester coucher chez ces personnes ? Tu le connais, ce copain ? questionna le père sur un ton agacé.
— Non, il ne m’a jamais dit qu’il voulait passer une nuit chez son camarade. Je ne connais pas ce garçon, je sais seulement qu’il s’appelle Loïc Perlongue, ils sont dans la même classe, rétorqua calmement sa femme.
— Qui est la famille de Loïc ?
— J’ignore Raïs, Pierre m’a simplement dit qu’ils habitaient une superbe maison et qu’ils étaient riches.
— Il n’a pas trouvé de camarade de notre milieu dans son lycée ? Je le trouve bien trop jeune pour sortir sans notre autorisation, je t’assure que je vais lui dire mon mécontentement demain soir quand il rentrera, renchérit monsieur Kretony.
— Tu as raison Raïs, nous lui demanderons les raisons qui l’ont conduit à agir ainsi, mais nous devrons d’abord écouter ses explications. Il m’a déjà un peu parlé de son ami Loïc et de sa famille. Ils sont très souvent ensemble, ils ont la même passion pour la moto, indiqua Huguette.
— D’accord, mais cela n’excuse pas son comportement, je n’accepte pas son attitude, je veux qu’il le sache et surtout qu’il n’agisse plus de la sorte.

La discussion s’acheva sur les propos très déterminés de monsieur Kretony. Les parents avaient, tour à tour, tenté d’appeler leur fils sur son téléphone portable, mais leurs appels avaient directement basculé sur la messagerie. Leur nuit fut très agitée.

Loïc Perlongue et Pierre Kretony préparaient un Bac professionnel au lycée technique polyvalent Albert Claveillede Périgueux. Ils étaient l’un et l’autre passionnés de motos. Dès les premières semaines de scolarisation, ils devinrent très amis et quasiment inséparables, à tel point qu’on les surnomma les ménechmes. Ils avaient achevé leur première année de Bac professionnel appelé couramment Bac pro mécanique moto. Durant de longues semaines, Loïc insistait fortement auprès de son camarade Pierre pour qu’il reste dormir chez lui, un vendredi soir. Il voulait absolument lui montrer et lui faire essayer la nouvelle moto de compétition que son père lui avait offerte en récompense de ses bons résultats scolaires et des deux premières places obtenues lors de compétitions départementales de motocross. Pierre était très sensible à cette invitation et impatient de voir cette nouvelle machine. Cependant, il avait plusieurs fois décliné cette invitation, redoutant un refus de ses parents. Il n’osait pas solliciter leur accord en raison de l’écart de situation sociale des deux familles.

La fratrie était composée de Pierre, Émilie etChristophe, respectivement âgés de quinze, quatorze et dix ans. Il vivait en parfaite harmonie dans cette famille très unie. Raïs, solide gaillard d’environ 100 kg pour une taille de 1,90 m, était fils d’émigrés algériens. Il était né à Périgueux et avait vécu toute son enfance dans le quartier du Gour de l’Arche parmi de nombreux autres enfants de parents originaires d’Afrique du Nord, notamment. Il était ouvrier maçon dans une petite entreprise locale et son épouse travaillait en qualité de caissière et « rayonneuse » dans un supermarché installé à la périphérie de Périgueux. Il l’avait connue en allant faire du motocross sur une commune voisine. Pierre était un garçon calme et discret, excellent joueur de football. Il passait toutes ses vacances chez Louis et Adrienne Doumonse, ses grands-parents, à Chantejasse, un hameau de la commune de La Coquille, en Périgord vert. Ses résultats scolaires ne le plaçaient pas en tête de sa classe, mais il faisait les efforts nécessaires pour être toujours dans le top 10. Il lui arrivait d’être dans les cinq premiers pour la plus grande satisfaction de ses parents. L’ensemble de ses enseignants le qualifiait d’élève réservé, mais très agréable. Du cours préparatoire à l’entrée au collège, il avait fréquenté les garderies périscolaires et le centre aéré municipal. Durant cette période, son père le déposait tôt à l’école et le reprenait le soir, juste avant la fermeture de la garderie, à 19 heures. Ses journées étaient longues et fatigantes. Sa sœur et son petit frère furent soumis au même rythme. Depuis tout petit, il était passionné par le football qu’il pratiquait au sein du Périgueux football-club où Raïs avait joué également. Sur les terrains, Pierre fut vite remarqué par ses qualités techniques, son imposant gabarit et son excellent état d’esprit. Au fur à mesure qu’il gravissait les catégories de jeunes footballeurs, son talent émergeait au point que certains spécialistes lui prédisaient un avenir dans le milieu professionnel. Il savait mettre en valeur ses coéquipiers, les encourager et les soutenir. On lui avait confié les responsabilités de capitaine de son équipe tant sa technique et son sens du jeu éclaboussaient le groupe. Il fut, à maintes reprises, appelé en sélections départementales et régionales où, là encore, il se comportait, à chaque sortie, de manière satisfaisante. Bien que très jeune, il rejoignit l’équipe première du club qui évoluait au plus haut niveau interrégional. Son entraîneur, ancien vainqueur de la coupe de France aux côtés de Michel Platini, l’avait recommandé aux Girondins de Bordeaux pour intégrer le centre de formation des jeunes footballeurs. Par ailleurs, Pierre nourrissait une véritable passion pour la moto.

À Chantejasse, lieu isolé s’il en était, il ne trouvait aucun jeune garçon de son âge pour jouer avec lui durant ses vacances, mais il s’y sentait tout de même très bien. Ses grands-parents l’adoraient et lui les admirait. Il pouvait fréquenter autant qu’il lui plaisait le terrain de motocross situé à environ 2 km de la maison de son papy et de sa mamy. Là, il parcourait ce circuit, avec un vieux vélo que Louis avait équipé de pneus cramponnés. Pierre avait à peine treize ans quand il découvrit la vieille moto poussiéreuse de son père, abandonnée sous un tas de détritus dans une grange à Chantejasse. Aidé par son grand-père Louis, le jeune garçon parvint, après de longues heures de travail et de patience, à remettre cet archaïque engin en marche. Ce fut un vrai bonheur pour lui d’enfourcher, casqué et ganté, sa bécane pétaradante et fumante, et de parcourir le circuit libre d’accès et homologué pour recevoir des compétitions régionales. Il était attiré par les engins à moteur et plus particulièrement par les motos. Son père lui avait probablement transmis sa passion avant de l’interrompre pour des raisons financières. La machine, très âgée et très capricieuse, tombait souvent en panne. Pierre parvenait, en général seul, après des heures de recherche, à la remettre en marche. Quand le moteur redonnait la plénitude de sa puissance ou presque, le garçon éprouvait une véritable joie et une certaine fierté qu’il faisait partager à son papy. Le vieil homme, admiratif de son petit-fils, ne cessait de l’encourager et n’hésitait pas à aller, à bicyclette, le voir sur le terrain de motocross. Ce fut probablement ici, sur ce circuit de Chantejasse, qu’il imagina secrètement d’orienter son avenir professionnel vers le métier de mécanicien de motocycles. Pour fêter ses quatorze ans, ses parents lui avaient offert une moto de cross d’occasion 125 CC, estampillée de la marque de grande renommée, Suzu Pinbai. Heureux comme il ne l’avait encore jamais été, il put ensuite sillonner, à grand bruit, les sentiers forestiers parfois boueux de la commune de La Coquille et bien souvent ceux de communes limitrophes, sans risques de pannes intempestives. Pierre aurait aimé pouvoir s’inscrire à certaines épreuves officielles de motocross organisées les dimanches sur ce circuit où, envieux, il venait parfois regarder des compétitions. Les ressources financières de sa famille ne lui permettaient pas de pratiquer ce sport bien plus onéreux que le football.

Jacqueline Perlongue chérissait son fils Loïc à l’excès, selon Philippe, son mari. Cet amour débordant pouvait s’expliquer par son peu de disponibilité et par son insuffisance ovarienne qui la privait de mettre au monde d’autres enfants, comme le couple l’aurait souhaité. Loïc, de nature curieuse, débrouillarde, aventureuse et un peu gaspilleuse, profitait grandement de la mansuétude et de l’aisance financière de ses parents. Monsieur et madame Perlongue avaient chacun une bonne situation. Philippe possédait une grande unité de fabrication de produits cosmétiques « Teintfrais »léguée en héritage par son père décédé accidentellement en pilotant le jet privé de son entreprise. Comme le fut son aîné, il étaitengagé en franc-maçonnerieet y occupait d’éminentes fonctions, tant sur le plan local que national. Jacqueline, plus jeune de quinze ans que son mari, exerçait la profession de médecin spécialiste en chirurgie vasculaire dans une clinique privée de la ville. Son excellente réputation avait depuis longtemps dépassé les limites de Périgueux, y compris celles du département et lui apportait une abondante patientèle. Pour le plus grand désespoir de ses parents, Loïc montrait un faible intérêt pour les études. Il nourrissait, depuis tout petit, une passion grandissante pour la moto. Elle l’avait gagné lors de son 6ᵉ anniversaire. En effet, ce jour-là, son père lui avait offert, à l’insu de son épouse, une superbe moto électrique Kawasaki 6 volts. À compter de cette date, Loïc fréquenta très assidûment, les mercredis et les samedis après-midi, l’école de moto d’une commune voisine. À 8 ans, il participa à plusieurs épreuves en Aquitaine, en Limousin, en Charente-Poitou, en Auvergne-Rhône-Alpes, du Championnat de France de motocrossMinivert sur une machine de 65 cm3 et, à 10 ans, il reçut en cadeau une nouvelle moto de 85 cm3. Fort de ses bons classements, il répétait à souhait qu’il serait un jour champion du monde de cross. Sa mère l’encourageait à suivre de longues études scientifiques, littéraires ou commerciales. Tous ses efforts restèrent vains. Rien n’aurait pu détourner son esprit de sa passion. D’ailleurs, il se rebellait auprès de sa mère quand elle lui recommandait une autre orientation, et affirmait qu’il ne concevait pas sa vie en dehors de la moto.

L’intégration en filière technique était conditionnée par une formation concomitante en entreprise. Si les parents de Loïc ne rencontrèrent aucune difficulté pour obtenir un contrat d’apprentissage et trouver un maître de stage à Périgueux pour leur fils, ceux de Pierre se heurtèrent à de nombreux refus. Quelques jours seulement avant la rentrée scolaire, le patron d’un atelier de vente et de réparation moto, installé dans la ville de Terrasson, située à quasiment 60 km de leur domicile, accepta d’accueillir Pierre en formation alternée. Sans autre possibilité, ses parents avaient signé le contrat malgré l’éloignement du garage et les incidences financières afférentes. La petite bourse d’études versée chaque trimestre par l’État ne couvrait pas l’ensemble des frais. Son maître de stage, monsieur Hubert Bonaventure, ne prenait plus d’apprentis depuis des années. Il considérait les jeunes trop peu motivés pour les métiers manuels et trop désinvoltes. Huguette et Raïs avaient loué une chambre pour leur fils à madame Claudine Murton, dans sa maison du centre-ville où il se rendait lorsqu’il était en stage à Terrasson. Madame Murton vivait seule, et augmentait ses maigres revenus en louant son unique chambre disponible. Les opportunités étaient assez rares dans cette ville sans véritable activité économique. Les parents de Pierre étaient rassurés de savoir leur fils en pension chez cette dame plutôt qu’à l’hôtel, où, pensaient-ils, les tentations de sorties auraient pu l’entraîner sur des chemins hasardeux et peu recommandables. Ils avaient d’ailleurs demandé à madame Murton de veiller à ce qu’il ne rentre jamais trop tard, le soir. Ils étaient très vigilants sur les comportements et les fréquentations de leurs enfants.

Pierre et Loïc étaient demi-pensionnaires, contrairement à beaucoup de leurs camarades pensionnaires qui retournaient dans leurs familles uniquement au moment des vacances. Pierre, pour se rendre au lycée Albert Claveille, effectuait chaque jour le déplacement en bus. La durée du trajet était d’environ vingt minutes, mais, parfois, elle dépassait quarante minutes tant la circulation était lente.

Chapitre 2 :Échappée nocturne

Le soir de cette première aventure, après les cours, dès leur arrivée au domicile de monsieur et madamePerlongue, les deux garçons n’eurent de cesse, durant plus d’une heure, d’examiner la nouvelle moto, de la démarrer et même d’aller, à tour de rôle, rouler dans les rues du quartier, bien que l’engin ne soit pas réellement destiné à cette pratique. Ensuite, Loïc fit visiter une partie de l’immense maison de ses parents à Pierre. Construite sur deux garages semi-enterrés, la belle bâtisse de configuration « Périgourdine » s’élevait sur trois étages avec une série de quatre « chiens-assis » à l’avant et autant à l’arrière de la toiture. La chambre de Loïc, d’environ 30 m² de surface, jouxtait une vaste pièce qu’il dénommait l’espace loisirs. Là, se côtoyaient toutes sortes de jeux électroniques, un baby-foot, un magnifique flipper Pinball Williams Rocket, des livres, des bandes dessinées, des instruments de musique, mais également divers appareils de gymnastique et de musculation. Pierre restait sans voix et admiratif face à autant d’objets, de matériel, de jeux et de culture. Avant de partir, l’employée de maison avait préparé le dîner pour la famille et dressé la table avec trois couverts, comme à l’accoutumée, sachant que bien souvent Loïc mangeait seul en raison des rentrées tardives de ses parents. Vingt heures avaient déjà sonné à la Franc-comtoise installée dans l’entrée de la maison, quand les deux garçons partirent pour se rendre à la brasserie « Good corner », la préférée de Loïc. Cet établissement, stylé westerns américains, était situé sur les grands boulevards au cœur de la ville. Dès qu’ils eurent franchi le seuil du restaurant, Pierre comprit combien son camarade était un habitué des lieux. Les nombreux clients, hommes et femmes, filles et garçons, de tous âges et de tous horizons le saluaient en lui disant des mots aimables. Lui, souriant, rendait à chacune et à chacun son salut en nommant en général les personnes par le prénom. Plusieurs filles et femmes l’embrassaient en témoignage d’une affection ancienne. Chez certains et certaines, son arrivée provoquait de véritables signes de jubilation et de congratulation. Ces marques de reconnaissance venaient probablement de sa fidélité au lieu, mais également de sa notoriété montante de motocrosseur prometteur. Les deux copains s’installèrent un peu en retrait du comptoir, vers le fond de la salle déjà bien remplie. L’élégance du cadre, ainsi que l’ambiance paisible et joyeuse, faite de discrétion, donnait à ce lieu une atmosphère de tranquillité et de sympathie rassurante, particulièrement reposante. Loïc indiqua à Pierre qu’il était son invité pour la soirée et lui proposa de choisir un apéritif. Chacun prit un jus de tomate avant de commander un plat et un dessert accompagnés d’une eau pétillante. Lorsqu’ils eurent terminé leur frugal repas, les deux garçons partirent à la Civelle, un bar-pub réservé aux adultes, situé à quelques centaines de mètres du restaurant. Bien que mineurs, on laissa entrer les deux adolescents sans difficulté. Loïc était nettement moins connu par les clients qu’au « Good corner », seules deux ou trois personnes remarquèrent son entrée sans pour autant le saluer. En revanche, les deux serveurs lui lancèrent :

— Bonsoir lolo, bienvenue à toi et à ton accompagnant.

Nos deux jeunes compères s’installèrent à l’une des rares tables disponibles. La salle était éclairée par des lumières tamisées multicolores et clignotantes. Trois musiciens jouaient des morceaux de renom de Jazz swing. L’un, coiffé d’un petit chapeau noir, maniait parfaitement bien sa guitare électrique George Benson, un autre, costaud et barbu, alternait entre le saxophone Alto – Yamaha, et une trompette en si bémol, le troisième, le crâne rasé, jouait d’une batterie Grest Drums. Une belle jeune femme blonde, courtement vêtue, s’efforçait de chanter juste, dans un anglais passablement grinçant. Il n’y avait pas, à proprement parler, de véritable piste de danse, mais une dizaine de personnes dansait devant la petite scène où était installé l’orchestre. Loïc proposa une cigarette à son ami et commanda une vodka. Pierre refusa la cigarette et demanda un Pepsi-Cola. Loïc lui fit très courtoisement remarquer qu’il devrait prendre plutôt une boisson alcoolisée pour installer son esprit dans une ambiance joyeuse et entraînante, mais Pierre ne modifia pas sa commande. La Civelle s’était remplie de consommateurs dont plusieurs étaient affalés sur de larges et longues banquettes de velours. Une personne encapuchonnée était rentrée discrètement et, sans prononcer un seul mot, s’était dirigée vers un petit groupe de consommateurs. En un éclair, un échange avec deux clients s’effectua sans que Pierre définisse ce qui avait changé de main. L’étrangeté de la scène se reproduisit plusieurs fois durant la soirée. Loïc expliqua à son copain étonné par ces mouvements douteux que ce bar était réputé pour être un lieu où des stupéfiants s’échangeaient fréquemment. Il lui expliqua qu’ici circulaient cannabis, héroïne et cocaïne, et que la police effectuait de manière sporadique des passages sans jamais vraiment procéder à des recherches approfondies. Les consommateurs étaient très vigilants et achetaient leur produit uniquement pour leur usage immédiat. Ils bénéficiaient, par ailleurs, de la présence de vigiles placés dans un appartement idéalement situé pour surveiller les arrivées de la police. Le lieu d’observation permettait aux guetteurs de donner, sans être vus, l’alerte lors des descentes de police. Les codages spécifiques d’annonce changeaient régulièrement et n’étaient connus que des consommateurs fidèles. Certains revendaient parfois la came qu’ils avaient acquise pour pouvoir se réapprovisionner. Après avoir bu une partie de leurs consommations, les deux garçons rejoignirent le groupe de danseurs devant l’orchestre. Durant un long moment, ils restèrent sur la piste où ils échangeaient quelques mots entre deux morceaux de musique avec certains de leurs homologues. Ils étaient retournés à leur table et avaient commandé de nouvelles boissons. Loïc avait repris une vodka et Pierre s’était laissé convaincre de prendre une boisson avec alcool. À sa demande, le serveur lui apporta un whisky-baby. Contre l’avis de sa mère, son père lui avait fait goûter cet alcool le jour de ses quinze ans. Si, à juste à raison, la boisson lui était apparue très forte dans un premier temps, il en avait rapidement apprécié les arômes restés en bouche. Vers 23 heures, ils rentrèrent chez Loïc. Madame Perlongue, était seule, installée en robe de chambre dans un confortable fauteuil, une revue médicale à la main. Son fils lui présenta Pierre qu’elle embrassa et invita à s’asseoir en face d’elle. La conversation porta d’abord sur la journée de Loïc, puis sur celle de Pierre et ses projets professionnels. Ils étaient identiques à ceux de son fils, excepté le titre de champion du monde de motocross que Pierre n’ambitionnait absolument pas. Si les effets du whisky n’étaient pas encore totalement dissipés, l’invité d’un soir, comme à son habitude, ne fut guère expressif sur sa situation personnelle, et pas davantage sur celle de sa famille. Il dormit seul au second étage de la maison, dans une grande chambre équipée d’une télévision et d’une magnifique salle de bain. L’heure du petit-déjeuner du lendemain matin avait été fixée à sept heures. Jacqueline Perlongue avait dressé la table où étaient disposés des plaques de beurre, des pots de confitures, des fruits, des viennoiseries, des tranches de pain grillées, des bouteilles de lait, du jus d’orange et de la poudre de chocolat. Pierre retrouva, à l’heure convenue, son camarade et sa mère dans la salle à manger. Il fut très surpris de découvrir une table aussi copieusement garnie, alors qu’il ne disposait chez lui pour le petit-déjeuner que d’un bol de chocolat au lait et de deux biscottes, chaque matin. Il était un peu gêné face à cette abondante garniture au point de demander timidement à son camarade, à l’abri des oreilles de sa mère, si une telle table était habituelle ou si elle était ainsi garnie en raison de sa présence. Loïc, étonné par cette question, répondit sans hésitation qu’il en était de même chaque jour et même davantage les dimanches et jours de fête où son père allait chercher des viennoiseries chez le boulanger-pâtissier proche de chez eux. Pierre, un peu intimidé par l’élégance et la prestance de la maman de son camarade, mangea très peu. Les deux garçons se couvrirent chaudement avant de quitter la maison pour rejoindre leur établissement scolaire. En saluant la maman de Loïc, Pierre la gratifia de ses plus chaleureux remerciements pour l’avoir si aimablement reçu. Elle lui dit toute sa satisfaction d’avoir fait sa connaissance et le plaisir qu’elle aurait à le revoir et à le recevoir de nouveau chez elle. Durant le trajet vers le lycée, Pierre évoqua la circulation de produits illicites qu’il avait observée dans le bar-pub La Civelle, la veille. Il entendait souvent ses parents évoquer les trafics de drogue dans la cité HLM où il habitait. Il avait toujours à l’esprit les fortes recommandations souvent répétées par sa famille. Huguette mettait souvent en garde ses enfants sur les graves effets provoqués par la consommation de produits stupéfiants sur les êtres humains, mais également sur les risques entraînés par d’éventuelles complicités apportées dans l’aide à la circulation clandestine. Pierre questionna son copain pour savoir s’il avait déjà consommé ce type de drogue. Loïc lui indiqua qu’il lui arrivait de fumer quelques joints avec des potes, mais qu’il n’était pas un consommateur régulier et qu’il ne voulait surtout pas tomber dans les pièges de la dépendance qui pourrait perturber ses performances moto. La journée de cours se déroula normalement pour les deux compères dont la proximité ne cessa de grandir.

Chapitre 3 :Retour de Pierre à son domicile

Le vendredi soir, dès la fin des cours, peu après 18 heures, Pierre prit le bus pour rentrer chez lui. Le fait de retrouver ses parents et devoir justifier son attitude de la veille le tourmentait. Il choisit de s’isoler au fond du bus pour se concentrer sur les explications à donner et le comportement à adopter face à la désobéissance que sa famille allait vertement lui reprocher. Il redoutait les remontrances de son père et n’écartait pas une punition qui pourrait prendre la forme d’une privation temporaire de sport. Il savait ses parents rigoureux et attachés à certains principes portant notamment sur les sorties non accompagnées. Huguette était, comme beaucoup de mamans, plus tolérante et moins stricte envers ses enfants que son mari. Mais, la liberté prise par son fils aîné, à son insu et à celui de son père, la contrariait comme jamais l’attitude de l’un des trois enfants ne l’avait à ce point embarrassée. C’était un affront porté à sa rigueur éducative, d’une part, et un très mauvais exemple donné à sa sœur et à son frère, d’autre part. Lorsque Pierre franchit le seuil de l’appartement F5 situé au neuvième étage de la tour HLM qui en comprenait onze, son regard croisa aussitôt celui très sombre de son père. Il s’allégea de ses vêtements d’hiver et de son cartable qu’il alla soigneusement poser dans la chambre partagée avec Christophe, son jeune frère, et vint s’asseoir dans la salle à manger en face de Raïs et Huguette. Un silence pesant régnait dans l’appartement. Monsieur Kretony venait de rentrer d’une journée de travail harassante. Il avait demandé à la sœur et au frère de Pierre de rester dans leur chambre et de tenir les portes fermées.

— Bonsoir mam, bonsoir pap, je sais que c’est mal ce que j’ai fait hier et je vous demande pardon, dit Pierre timidement.
—